Yo ! Oui, oui, je suis beaucoup trop en retard, j'ai été occupée de la mort qui tue ces derniers temps, mais à présent je suis plus libre, et ce chapitre annonce aussi mon retour sur le site ! Enfin, en vrai je vais partir dans un endroit où j'aurai pas internet la semaine prochaine, donc je posterai pas forcément des masses non plus mais dans l'idée, je serai plus présente, ou plutôt moins absente à partir de maintenant. Inch'allah.
Alors merci à Laemia, Ima Nonyme, Leptitloir, Linklecreusois, Hylliy et Coeur de lune pour leurs commentaires au chapitre précédent !
Xenos chronicles
Partie 3 : A question of lust
Chapitre 13 : Never let me down again
.Juin.
Il arriva vers huit heures à Saint-Pancras, et prit un taxi auquel il donna l'adresse qu'il avait trouvée dans l'historique de sa sœur. Il regarda par la fenêtre les rues de Londres qui défilaient. Il comprenait l'attrait de Xion pour cette ville. Ça avait l'air … libre. Il fut devant l'immeuble à peine quinze minutes plus tard et appuya sur tous les boutons, répondant qu'il était le frère de Xion jusqu'à ce qu'on lui ouvre. Il monta un étage, et sur le palier de l'appartement, sa sœur l'attendait. Elle portait des vêtements qu'il n'avait jamais vus, une jupe en jean boutonnée devant, un large T-shirt noir et des sandales à talons. Elle avait dû les acheter ici, dans la journée. Elle se tenait droite. Elle s'était recoupé les cheveux pour qu'ils encadrent tout juste son visage, comme deux ans plus tôt, l'été où elle avait rencontré Roxas. Elle souriait.
« Tu m'as trouvée. »
Vanitas ne sut jamais qui avait sauté dans les bras de l'autre. Xion n'avait quitté leur ville que la veille, mais il avait l'impression que ça faisait mille ans qu'elle avait disparu de ses yeux, et c'était peut-être vrai. Elle l'invita à boire un thé glacé et le présenta vaguement à ses quatre colocataires – une fille du nom de Selphie, un jeune homme vantard qui avait dit s'appeler Irvine et deux autres filles que Vanitas avait déjà oubliées – avant de se diriger vers la petite terrasse.
« Alors ?
— Quoi ?
— Pourquoi tu es partie ? »
Xion eut un sourire doux en regardant dans le vague. Elle avait sur le visage un air sage et lointain, pourtant elle semblait plus jeune qu'elle ne l'avait été ces derniers mois.
« Tu sais pourquoi je suis partie. »
Vanitas acquiesça.
« Pour sûr je sais. Mais j'crois que ça t'ferait du bien d'en parler.
— J'aime Roxas. Mais ça ne me suffit pas. Je ne peux pas vivre d'amour et d'eau fraîche, et puis … j'avais besoin de prendre de la distance. Depuis que j'ai rencontré Roxas, on ne s'est pas quittés trois jours. C'est trop pour moi. Ça faisait deux ans que je n'avais pas passé vingt-quatre heures sans penser à lui. Tu te rends compte ? Deux ans. Et tu me manquais.
— Tu m'as manqué aussi. »
.
Le soir venu, Xion partagea le lit de son frère et ils passèrent la nuit à se pousser l'un l'autre dans leur sommeil, cherchant plus d'espace et de l'air frais. La lumière du matin les réveilla, et avec elle se soulevèrent plusieurs grandes questions. La table du déjeuner était animée dans la grande colocation, et le méli-mélo de paroles leur rappelait l'époque où ils vivaient chez leurs parents, version anglaise sans sous-titres. Et non-fumeur.
« Tu as prévu de rentrer quand ? Eh, laissez-moi du café. (1)
— Je ne sais pas. Je n'ai pas vraiment prévu de rentrer.
— Vous les rangez où, les couverts ? Tu vas pas rester toute ta vie ici ?
— Dans le tiroir orange.
— Je sais pas. Je n'ai pas très envie d'y penser. Oh, Selphie, tu peux rajouter de l'eau dans la théière ? J'en prendrai aussi.
— Sérieusement, ça dérange qui si je fume ?
— Vanitas ! On vient d'arriver tous les deux, sois pas impoli aussi vite !
— Si je peux me permettre, ce qui n'est pas très poli, c'est de parler dans votre langue natale alors qu'on est tous ensemble. »
Vanitas sourit suspicieusement au seul autre garçon de la pièce, qui lui jetait un regard plein de … solidarité masculine ? Quelque chose de ce genre. Xion baissait la tête en marmonnant.
« Tu parles Français ?
— Je comprends un peu.
— Vanitas, c'est ça ? Si tu veux fumer, ouvre la fenêtre et mets-toi à côté.
— Merci, euh …
— Merida. Bon, j'y vais, ou le prof va me tuer.
— Encore en retard ?
— Selphie, sois mignonne et étouffe-toi avec ton thé.
— Mais toi, Vanitas ? Tu as pris ton billet de retour ?
— Tout pour toi, Merry.
— Pas encore. Je crois que …
— Salut !
— Que quoi ? À ce soir, Merida !
— Que moi aussi, j'ai besoin d'un peu de distance. »
Allant chercher sa tasse de thé, Xion ne lâcha pas son frère du regard. De ce qu'elle savait, il avait l'air plutôt bien. Elle voulut lui poser une question mais fut interrompue par la porte qui s'ouvrit à la volée sur la dernière colocataire, survoltée.
« Salut tout le monde ! J'ai été au marché, j'ai ramené des fruits pour le déjeuner ! Merida est déjà partie ? Zut, je lui avais pris des pommes, je suis certaine qu'elle va avoir faim dans la journée. Oh, le nouveau est là ! Salut ! On n'a pas vraiment pu discuter hier, tu peux me rappeler ton prénom ?
— Vanitas.
— Oh, c'est joli. Latin, non ? Moi c'est Rapunzel, mais tu peux m'appeler Zéla. »
Vanitas s'étouffa avec son café. Xion rit dans sa barbe, et la blonde se reprit, embrassant vivement la joue d'une Selphie peu réveillée qui s'en allait à son tour. Rapunzel débordait d'énergie, à neuf heures du matin, c'était assez impressionnant. Et Vanitas se dit que ça devait être difficilement vivable, aussi.
« Ah, oui, Xion m'a dit que c'était le nom de votre tante, alors, euh, appelle-moi comme tu veux. Il reste du café ? »
Vanitas, qui avait compris la moitié de ce que débitait la blonde, se demandait si c'était véritablement une bonne idée de lui donner de la caféine. Par chance, il n'en restait plus et elle se rabattit sur un thé, s'asseyant finalement. Vanitas soupira, épuisé à la simple vue de la jeune fille sur ressorts.
« Zéla, on avait déjà une poêle à frire. »
La blonde sourit à Irvine, légèrement coupable.
« Elle était en promotion ?
— Tu abuses. J'y vais aussi, j'ai une réunion du syndicat.
— À tout à l'heure ! »
Ouvrant la fenêtre, Vanitas alluma sa première cigarette de la journée. Dans le salon ne restait plus que Rapunzel, Xion et lui. C'était tout à coup plus calme et il se sentit tout aussi soulagé que vide. Le silence se prolongea et la blonde commença à jouer avec ses doigts.
« Euh, je suis de trop ?
— Non, il est juste pas réveillé.
— C'est marrant, Vanitas, je ne t'imaginais pas vraiment comme ça.
— Parce que tu m'imaginais ?
— Bien sûr ! Xion nous a beaucoup parlé de toi. Elle nous avait dit que tu viendrais à l'improviste très vite, elle a eu raison, d'ailleurs, c'est dingue comme elle te connaît bien, ça doit être un truc de famille. J'aimerais bien avoir un frère, aussi, mais je suis fille unique. Je me plains pas, hein, et puis cette colocation, c'est un peu comme une famille nombreuse, tu devrais t'y plaire. Enfin, je dis ça, je sais pas si tu comptes rester. Tu comptes rester ? »
Vanitas se massa l'arrête du nez, tentant de remettre en place dans sa tête le discours de la blonde. Décidant que c'était de peu d'importance, il se contenta de répondre à la question.
« J'sais pas.
— Si c'est le cas, on a une chambre de libre, juste à côté de celle de ta sœur. Enfin, y en a une autre aussi mais elle est plus petite. Trois de nos colocataires sont partis d'un coup, ils étaient là pour leurs études, alors ça fait un petit vide. On est contents d'avoir trouvé Xion aussi vite. Enfin, elle n'est là que depuis hier, mais je pense qu'on va s'entendre, non ?
— Putain, tu parles toujours autant ?
— Ah ? Oui, je crois. Je parle trop ?
— Ouais.
— Vanitas !
— Ça va, je ne suis pas vexée. On me le dit souvent … Ah, le loyer de la grande chambre est de trois cents livres par mois, et la plus petite est à deux-cents soixante. (2) Viens, je vais te les montrer. D'ailleurs, tu n'as pas encore visité, vrai ? Allez, on y va ! Ah, zut, je parle encore trop, non ? Allez, debout. On va commencer par les chambres. »
Se laissant guider, moitié par curiosité, moitié par flemme, Vanitas accepta de faire le tour de l'appartement. Apparemment, la conversation avec sa sœur attendrait. Lors de la visite, il apprit que Selphie travaillait dans une agence immobilière, que Merida avait trois petits frères et qu'elle était d'une famille noble écossaise, qu'Irvine était un très bon tireur mais qu'il se foirait toujours aux compétitions à cause du stress, et des tas de choses sur Rapunzel, aussi génériques que ses études au Beaux-arts et parfois plus spécifiques, comme le fait qu'elle adorait tout les fruits jaunes, particulièrement les citrons et les bananes, ainsi que d'autres informations random sur le fonctionnement de la colocation, qui faisait à manger quand et autre. La blonde finit par les quitter également, se retirant dans sa chambre pour continuer une toile qu'elle avait commencée la veille. Vanitas s'installa sur un des deux canapés du salon, observant son environnement.
« Tu penses sérieusement à rester ici ? Pourquoi tu as besoin de distance ? »
Vanitas haussa simplement les épaules et Xion lui frappa l'arrière du crâne.
« Putain, tu fais mal !
— Bah réponds.
— Nan.
— Quoi, nan ? Comment ça, nan ?
— Tu t'en fous. »
Xion siffla, blessée. Elle n'arrivait pas à en croire ses oreilles. Elle ne voulait pas en croire ses oreilles. Vanitas ne pouvait pas sous-entendre, pire, ne pouvait pas penser qu'elle ne s'inquiétait pas pour lui.
« Bien sûr que non.
— Bien sûr que si ! Depuis ton mariage, combien de fois est-ce que tu m'as demandé comment j'allais ? Combien de fois tu t'es demandé si j'étais heureux ? J't'avais dit d'être égoïste mais je pensais pas que tu le resterais après.
— Moi ? Égoïste ?
— 'Mais comment oses-tu dire ça ? Moi qui suis malheureuse et triste, et j'ai même pas de home cinéma …'
— Tu casses les couilles.
— Et toi tu t'en bats les couilles. Va savoir ce qui fait le plus de mal. »
Xion baissa la tête un moment, encaissant le choc. Alors Vanitas était sincère dans ses accusations. C'était plus douloureux que toutes les insultes du monde. Elle finit par claquer la main sur le plan de travail, une fureur remplaçant sa peine.
« Mais ça va pas la tête ? T'as un spermatozoïde à la place du cerveau ou quoi ? Moi, me battre les couilles de ta petite personne de merde ? Jamais. J'ai toujours, toujours été là pour toi, et si ces derniers temps j'ai eu du al à être présente c'est …
— C'est Roxas ?
— Oui, c'est Roxas, en partie, mais ne crois pas que j'en sois heureuse. La faute est sur moi, d'accord, mais je te signale que tu n'étais pas beaucoup là pour moi non plus. Tu étais où, quand Roxas avait demandé ma main et que j'étais paumée ? Tu jouais au docteur avec Riku alors que tu as un putain d'âme-sœur ! Merde, Vanitas, tu blesse tout le monde autour de toi et tu t'en fous !
— Ça, c'est dégueulasse. J'ai jamais voulu blesser Riku.
— Bien sûr. C'est jamais de ta faute. Toujours celle des autres, toujours, ou alors tu as une bonne excuse.
— Tu dis ça parce que tu sais rien. Laisse tomber. J'vais rentrer. T'inquiète pas, je dirai à personne où t'es et tu pourras continuer à faire ta petite crise et à inquiéter tout le monde sans souci.
— J'avais besoin de ça ! Besoin, d'accord ? Pas envie, besoin, j'allais finir par me tirer une balle si je continuais ! C'est pas parce que j'ai pas fait de dépression que t'as le monopole de la déprime. Et puis c'est quoi ton raisonnement de merde ? Tu refuses de me parler sous prétexte que je m'en fous, et quand je te réponds tu dis que c'est parce que je sais rien ? Tu vois pas qu'y a comme un truc qui cloche ? Si tu me parles pas, comment tu veux que je sache, hein ? Je suis pas devin, je suis pas née sept jours avant les muses, moi, j'ai besoin qu'on me dise les choses pour les comprendre, OK ?
— Besoin, besoin, t'es pas la seule à avoir des besoins ! Par exemple, moi, j'ai besoin que tu répondes au téléphone quand je t'appelle, ou au pire, que tu rappelles le lendemain, et si tu le fais pas ça prouve que tu t'en branles, OK, parce que tu sais que j'appelle que …
— Que quand t'as besoin, ouais, toujours.
— … que si y a une urgence, dont je peux pas me démerder tout seul, et que j'ai besoin d'un soutien, merde, je te demande pas plus que ça !
— Mais quand ? Quand est-ce que je n'ai pas répondu à un de tes putains de coups de fils que tu passes que pour demander un service ou du réconfort, quand ?
— La nuit du onze au douze décembre, je t'ai appelé deux fois, et t'as pas répondu, quand Riku venait de me larguer –
— C'est carrément la faute de Riku, maintenant ? Mon pauvre, t'es même pas conscient de la portée de tes actes ou quoi ? Tu l'as trompé ! Avec ton âme-sœur !
— Axel t'a raconté, c'est ça ? Je sais pas ce qu'il ta dit, putain, mais ça s'est pas passé comme ça.
— Alors quoi ? Comment ?
— Ah bah voilà une question qui a du sens, merde, enfin tu dépasses un peu les préjugés que te font bouffer Axel et Roxas ! Ces deux-là ils t'ont changée, mais pas toujours en bien, crois-moi !
— Tu évites le sujet, en vrai, t'as rien pour te défendre, comme toujours, alors arrête de jouer les victimes ! »
Vanitas ravala ce qu'il était sur le point de dire, l'aveu final, celui qui aurait pu le libérer. Les paroles non-prononcées étaient aussi acides que de la bile, aussi amères que de la cannelle en poudre et il fila récupérer sa guitare et son CD.
« Vanitas, tu fous quoi ?
— Je me casse.
— Tu restes là !
— C'est mort, tu me donnes pas des ordres ! Tu te prends pour qui, là, avec tes leçons de morale ? »
Vanitas les sentait remonter peu à peu, les paroles, comme il ne devait plus les prononcer. Il n'était plus temps. Il ne pouvait pas encore jouer les victimes. Pourtant, ça allait sortir. Ça menaçait de déborder. Il devait se tirer vite.
« Reviens, tu vas jamais trouver un train, Vanitas !
— Tu me lâches. Immédiatement. Tu sais quoi ? Je vais rentrer. Et je vais être heureux, tu sais, ou du moins toute ta vie tu croiras que je suis putain d'heureux avec ce connard d'Axel – que je n'aime pas, d'ailleurs – et de toute ta vie jamais tu ne remettras en doute mon bonheur apparent, trop concentrée sur tes propres problèmes, convaincue que si c'est Axel, ce si bon pote Axel ! Convaincue que si c'est mon âme-sœur je n'ai aucune raison d'être triste et comme jamais tu ne te poseras la question, jamais tu n'apprendras que je m'effondre avant que mon suicide te tombe sur un coin de la gueule … »
Vanitas savait que le chantage au suicide était le pire de tous, mais à présent, il était prêt à n'importe quoi pour abîmer un peu sa sœur de ses propres chagrins, pour qu'elle le lâche, et peut-être, qu'elle comprenne.
« … et même après ça, tu feras l'innocente, et tu seras innocente, parce que tu n'auras rien vu, rien su, et tu mourras à ton tour sans jamais te douter que ton meilleur pote est un sale type et qu'il a violé ton frère ! »
C'était peut-être trop d'un coup. Parce que Xion n'eut pas l'air abîmé. Elle eut l'air de se dissoudre sur place. Elle semblait brisée, défoncée, cassée, dispersée en éclats et en cendre bouillonnantes. Son visage se tordit dans son expression la plus féroce, son expression d'ourse en colère, terrible, rugissante et destructrice.
« Il a quoi ? »
La colère de Vanitas retomba sèchement comme celle de Xion augmentait et gonflait. Sa guitare dans une main, son CD dans l'autre, il chercha en lui des restes de la force qui lui avait fait prononcer ces mots.
« Il m'a … »
Mais elle s'était enfuie. Il l'avait dit. Il n'aurait jamais cru. Il l'avait toujours su au fond de lui, et même son psy l'avait dit, mais lui-même n'avait jamais voulu prononcer le mot, même dans sa tête. Et maintenant c'était sorti. Devant sa sœur. C'était sorti et il en sortait vidé comme une coquille de noisette rongée par les vers. Son ourse de sœur remarqua le changement chez lui.
« Oh putain de bordel de merde, Vanitas ! »
Il se mit à crier. Les larmes ne lui étaient plus d'aucun secours, les mots avaient disparus alors il cria, un long moment, Rapunzel passa une seconde avant d'être renvoyée dans sa chambre par Xion d'un geste de la main. Xion le serra du plus fort qu'elle put contre elle, douloureusement consciente de ce que ça ne changerait rien, ni à ce qui s'était passé, ni à ce qui avait été dit. Elle faillit l'étouffer contre son épaule et ils finirent par s'écrouler tous les deux sur le canapé, épuisés de tant d'émotions.
« Je vais le tuer.
— Xion …
— Tu serais triste ? Si je lui arrachais la tête.
— T'irais en prison. Ça serait triste.
— Je te manquerais ?
— Rêve pas. Mais Maman me casserait les burnes encore plus.
— Et … Tu l'aimes ? »
Vanitas enfonça la tête dans le ventre de sa sœur, cherchant sa chaleur malgré la température déjà élevée.
« Non. J'ai essayé.
— Pourquoi ?
— Hm ?
— Pourquoi t'as essayé de l'aimer ? Après ce qu'il t'a fait ? »
Vanitas grimaça dans le ventre, avant de se redresser. Il avait tout de même trop chaud. Et besoin d'une cigarette. Sa sœur le sentit et alla ouvrir la fenêtre la plus proche et chercher son paquet. Elle en alluma une et la lui tendit, avec un petit cendrier.
« Parce que … bah, j'avais plus rien à perdre. Et il allait bien finir par dire à tout le monde qu'il était mon âme-sœur. Personne s'est posé la question de si je l'aimais ou pas. C'est mon âme-sœur, on sort ensemble, tout est clair, faut croire. Alors moi aussi j'ai arrêté de m'poser la question.
— Ça te ressemble pas.
— Et ça te ressemble pas de disparaître du jour au lendemain. Xion, on fait de la merde.
— Ouais.
— Je peux … rester ici ?
— C'est quoi cette question naze ? Bien sûr que tu peux. J'ai des économies, je peux t'avancer. Je vais commencer à chercher un job après-demain.
— Pas demain ?
— Au départ, c'était le plan, mais en fait non. Je propose : aujourd'hui, on glande. Demain, on se balade. Après-demain, on cherche un boulot.
— J'aurais dû demander une lettre de recommandation à Larx' avant de partir.
— Elle te l'aurait foutue au cul.
— Probable. Avec Marluxia, elle y a prit goût.
— T'es horrible.
— Allez, c'est pour ça que tu m'aimes.
— N'importe quoi. Même si t'étais le pire des abrutis je t'aimerais. Même si t'étais gentil et niais je t'aimerais. Parce que t'es mon frère, OK ? Alors peu importe ce que tu fais, ce que tu deviens, tu peux être sûr que jamais j'arrête de t'aimer.
— La vache, tu deviens trop niaise. »
Xion soupira en rajustant une de ses mèches. Elle était heureuse de retrouver ses cheveux courts. Lui tournant le dos, Vanitas continua.
« Mais, euh … tout pareil. »
Elle explosa de rire, et le doigt d'honneur que lui montra son frère ne fit rien pour la calmer. Qu'est-ce qu'ils pouvaient être cons, parfois. Elle avait été à deux doigts de le perdre, tout à l'heure. Plus jamais, se promit-elle.
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Kiss me goodbye when I'm on my own,
But you know that I'd rather be home …
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FIN
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(OU PAS) (3)
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«Selphie, je peux emprunter ton ordinateur ? J'ai pas regardé mes mails depuis que je suis là. »
Avec un grand sourire, la jeune fille finit ce qu'elle était en train de faire sur son PC avant de le tendre à Xion, qui ouvrit une nouvelle page internet avec appréhension. Ça faisait deux semaines que Vanitas et elle vivaient ici, il s'était trouvé un nouveau boulot dans un bar, dont l'ambiance ne le changeait pas trop de celui de Larxène. De son côté, Xion travaillait à mi-temps chez la fleuriste en bas de la rue, ce qui lui suffisait à payer le loyer et sa part des courses, et elle passait le reste de ses journées à flâner. Elle lisait, aussi, et s'il était frustrant d'avancer si lentement dans son livre, elle se consolait en voyant son vocabulaire en Anglais s'améliorer. D'ici quelques semaines à peine, elle lirait bien plus vite, peut-être presque aussi vite qu'en Français. Elle soupira. Elle ne prévoyait pas de rentrer de sitôt. Vanitas et elle étaient là depuis deux semaines … et n'avaient donné aucun signe de vie à personne depuis une semaine. Elle s'était frappé le plat de la main contre le front en apprenant qu'il n'avait rien pris d'autre que sa gratte. Pas d'ordinateur, pas de téléphone, rien. Elle savait qu'elle avait fait pareil, mais … Mais rien. Elle se disait juste qu'ils se ressemblaient trop, tous les deux, dans leurs pires aspects. Ils avaient en commun les jurons, l'égoïsme, la désinvolture … Xion soupira à nouveau. C'étaient plutôt les vices de Vanitas qui avaient déteint sur elle, en fait. Mais ils avaient en commun un amour inconditionnel l'un pour l'autre, et au final, rien n'avait plus d'importance que cette certitude.
Elle ouvrit ses mails. Sa boîte était surchargée, et pas seulement de spams. Il y avait des mails de Roxas, de ses parents, quelques uns de Nouritsa, d'Axel, du reste de sa famille … Leur inquiétude la toucha moins qu'elle ne l'aurait cru de prime abord. Elle s'y attendait. Ce fut, jusqu'à ce qu'elle ouvre ses mails. Elle ne lut nulle part une ligne de colère mais toujours des mots de douceur, plus ou moins bien formulés, des questions, des propositions, du réconfort. Elle aurait crevé pour recevoir ça quelques semaines, non, quelque mois plus tôt. Xion voyait ce que Vanitas avait voulu dire en parlant de suicide. Parfois, il fallait que quelque chose de grave se produise pour que les gens se rendent compte que tout n'était pas parfait, simplement parce qu'ils n'avaient pas envisagé la chose ainsi auparavant. C'était une triste réalité, mais Xion n'avait pas d'autre choix que de vivre dedans. C'était à elle aussi à apprendre à s'exprimer plus clairement. Elle finit par envoyer un mail collectif, disant qu'elle allait bien, qu'elle avait un toit sur la tête et qu'elle mangeait. Elle dit aussi qu'elle était avec Vanitas, mais ne précisa pas où. Elle leur demanda de ne plus les chercher, qu'ils reviendraient d'eux-mêmes un jour, peut-être. Elle ne se sentait pas prête à leur écrire individuellement. Elle ne saurait pas comment s'expliquer à Roxas.
À peine eut-elle envoyé le message qu'elle en reçut un autre. Sa mère la grondait pour la forme, lui envoyait tous les baisers du monde et lui promettait de faire tracer son adresse IP si elle ne donnait pas régulièrement de nouvelles. Xion sourit au mail mais n'y répondit pas, et respira un grand coup. Elle n'était pas obligée. Et elle n'avait pas à culpabiliser.
« Tu fous quoi ? »
Elle avait fermé sa session facebook aussi vite qu'elle l'avait ouverte, n'ayant au final pas envie de voir les publications de ses amis. Plus tard.
« Je regardais les mails. C'est l'ordinateur de Selphie.
— Je peux ?
— Bien sûr. »
Vanitas acquiesça en direction de l'anglaise et il s'assit à côté de sa sœur qui fit glisser l'ordinateur vers lui. Il ouvrit à son tour sa boîte mail, tout aussi pleine, et un sourire se dessina sur ses lèvres comme les messages d'injures de Larxène s'étaient transformés au fil des jours en mots plutôt gentils, puis à nouveau en insultes et enfin en inquiétudes sincères. Il sembla hésiter un moment avant de se décider à répondre, s'excusant tout de même pour la merde dans laquelle il avait mis le bar du jour au lendemain. Il s'attaqua ensuite aux mails de Pitch – et eut le surprise de trouver également des messages de Jack – qui lui posait mille questions. Il se sentait bien entouré, mais aussi un peu trop materné. Il répondit ensuite à son père et sa mère, puis à ses grand-parents, et, sous les yeux avides de Xion, ignora et supprima les mails provenant d'Axel. Il ne rejeta pas la main de sa sœur sur sa cuisse et soupira en vidant sa corbeille. Il fit le tour du reste. Il hoqueta. Un mail de Riku apparaissait. Il se mordit la lève avant de cliquer dessus. L'argenté avait appris par Kairi qui avait appris par Zéla qui avait appris par Nouritsa qui avait appris par Astrig (mais qui le savait peut-être déjà) qui avait appris par Pitch qui avait appris par Larxène que Vanitas était porté disparu. Son cercle de proches était vraiment … un cercle, en fait. Le serpent se mordait la queue.
Avec des mots délicats, choisis, Riku exprimait son inquiétude. Il s'excusait aussi, de la manière dont ils s'étaient quittés. Vanitas ne savait pas comment prendre ce message. Est-ce que son ancien amant lui disait ce qu'il pensait que Vanitas voulait entendre, ou est-ce qu'il le pensait vraiment ? Ça changerait tout. Dans le fond, Vanitas savait qu'il n'était pas normal qu'il ne soit pas tombé amoureux d'Axel. Les relations abusives étaient bien plus courantes chez les âmes-sœurs que l'absence d'amour. Vanitas aurait dû tomber amoureux d'Axel. Il serait tombé amoureux d'Axel, sans doute de la manière la plus tordue qui soit, mais il serait effectivement tombé amoureux s'il n'aimait pas déjà de tout ce qu'il avait à offrir d'amour. Il referma la page mail, n'alla même pas regarder les réseaux sociaux, et retourna dans sa chambre, un livre en mains. Il sentit dans son dos le regard de Xion le suivre jusqu'à ce qu'il aie refermé la porte derrière lui mais ne le lui rendit pas.
.Juillet.
Satisfaite, Xion plia en trois la dernière des cinq feuilles qui composaient sa lettre à Roxas. Elle avait mis deux semaines à l'écrire, entre les brouillons, les plans et les ratures, et avait fini par la rédiger d'un coup, sans se relire, sans quoi elle ne l'enverrait jamais, et tant pis s'il restait des fautes d'orthographe. Elle n'avait pas réussi à envoyer de mail personnel à Roxas et s'était contentée sur messagerie instantanée de tenir les gens plus ou moins au courant de ce qui se passait dans leur vie à elle et Vanitas, ainsi que de discuter avec son père et sa grand-mère. Elle avait été très occupée à profiter de la vie, en dehors de ça. Elle s'était inscrite à un cours de tango avec Irvine, et c'était agréable de trouver tant de complicité avec lui, sans craindre la jalousie de Roxas. Il l'avait emmenée une fois au stand de tir avec lui et elle avait apprécié, faisant montre d'un certain talent – mais pas autant que Vanitas, qui fréquentait à présent l'établissement au moins une fois par semaine. En fait, les membres de la colocation les avaient traînés un peu partout. Rapunzel les avait incrustés à un des cours de peinture qu'elle donnait dans une petite association aux enfants du quartier – qui avait fini en bataille de gouache –, Selphie leur avait fait visiter Londres depuis l'intérieur de somptueux appartements, et Merida les avait initiés à la campagne environnante ainsi qu'à un nombre impressionnant de sports de combat. La rousse faisait principalement du tir à l'arc, mais était intéressée par tous les sports, surtout ceux qui permettaient de se salir ou de se défouler.
Xion boucherait bientôt les trous de son emploi du temps en demandant plus d'heures chez le fleuriste, et avec sa paie augmentée, elle apprécierait de se mettre à l'escrime. La perspective la réjouissait, mais elle se considérait pour l'instant plus ou moins en vacances. Elle prenait le temps. Elle savait, à présent, qu'elle voulait rester ici sur le long terme. Elle n'avait pas encore déterminé si 'long terme' représenterait six mois ou trois ans, mais elle était certaine de ne pas rejoindre la France d'ici longtemps. C'était aussi pour cela qu'il avait été urgent d'écrire cette lettre à Roxas. Qu'elle le veuille ou non, cela le concernait. Elle espérait qu'il puisse l'attendre, ou plutôt, accepter une relation longue distance avec elle. Elle ne voulait pas rentrer, et s'il lui posait un ultimatum, elle choisirait sa liberté en premier, parce que c'était ce qui la rendait heureuse. Roxas la comblait. Elle était complète avec lui. Mais elle préférait être incomplète et heureuse que complètement triste. Xion exposait dans sa lettre clairement ses idées, les enjeux de la situation, pour elle, ce qu'elle aurait dû faire depuis longtemps. Se dirigeant vers le bureau de poste, elle embrassa l'enveloppe du bout des lèvres. Elle ne voulait pas que Roxas vienne à Londres. Elle avait besoin de distance, et de temps. Il était impératif qu'il lui accorde cela, ou ils finiraient mal tous les deux. Tout ce qu'elle pouvait faire à présent, c'était espérer, et attendre. Les cartes étaient dans les mains de son âme-sœur.
.
« Axel. Mange quelque chose.
— J'ai pas faim. »
Roxas claqua violemment l'assiette contre la table, l'air furieux.
« Ça suffit ! J'en ai ma claque, tu ne peux pas continuer comme ça ! Alors tu vas me faire le plaisir de manger ce sandwich ou je te l'enfonce dans le gosier. »
Le roux lui renvoya un regard terne et Roxas soupira en se passant la main dans les cheveux. Il s'assit sur le canapé où gisait son meilleur ami, inquiet.
« Toujours pas de nouvelles de Vanitas, hm ? Xion dit qu'il va bien. »
Axel enfonça la tête dans un coussin sans prononcer un mot. Roxas lui caressa les cheveux le plus doucement du monde. Il ne savait plus par quel bout prendre le roux.
« Pourquoi tu ne veux pas me dire ce qui s'est passé ? Et pourquoi Xion t'en veut aussi ? Elle ne veut pas me le dire. Dis-moi, Axel. »
Son meilleur ami était toujours amorphe et Roxas se releva d'un trait, pivotant pour accuser encore Axel de son regard.
« Pourquoi je suis le seul à ne pas savoir, hein ? Je suis pas digne de confiance, c'est ça ? »
À cette remarque, Axel se retourna mollement, puis s'assit. Cela semblait être pour lui une peine extrême et Roxas grimaça. Le roux avait toujours été maigre, mais là, c'était vraiment maladif. Et il n'était pas normal d'être aussi pâle au beau milieu de l'été.
« Ça ne te regarde pas, c'est tout. »
Axel se passa les mains sur les yeux, et Roxas crut que ses doigts allaient s'enfoncer dans ses orbites. Il fuma.
« Quoi ? Tu es une épave sur mon canapé depuis presque un mois ! Tu es mon meilleur ami ! Ça me regarde ! »
Le roux se contenta de soupirer et Roxas croisa les bras, plein de dépit, tête basse.
« C'est moi qui aurais dû disparaître. J'aurais manqué à personne. »
L'absence de Xion se faisait beaucoup trop sentir. Il perdait de ses forces, de sa motivation, et il n'arrivait pas à gérer un Axel dans cet état, dans son état. Des pupilles acides se dardèrent vers lui avec douleur.
« Dis pas de conneries. Tu m'aurais manqué.
— Alors ça veut dire que je compte pour toi ?
— Oui, Roxas.
— Alors dis-moi ! Te laisse pas crever comme ça, mange ce sandwich !
— J'ai pas envie de sandwich.
— Tu me soûles, Axel.
— J'ai envie d'une glace à l'eau de mer. Tu crois que c'est possible ? »
Roxas eut un visage tendre, souple.
« Bien sûr que c'est possible. Je reviens dans dix minutes. »
.
En rentrant, Xion trouva Vanitas déjà en train de couper des aubergines.
« Qu'est-ce que tu prépares ?
— Je sais pas trop. Des pâtes aux aubergines ?
— Je vais t'aider.
— Pourquoi ?
— J'ai le droit, non ?
— Hm ? Ouais. »
Vanitas prit une nouvelle aubergine du panier à légumes et s'apprêtait à la couper quand Xion lui tapa sur les doigts.
« Faut les laver abruti. »
Il leva les yeux au ciel et la laissa faire comme elle l'entendait, peu désireux de lancer un débat ou une dispute. Elle lui tendit le légume lavé et il put le couper.
« Au fait … Tu as regardé tes mails, aujourd'hui ?
— Ah, alors c'est pour ça que tu voulais cuisiner avec moi.
— Donc ?
— Non. Plus tard.
— D'accord. Mais …
— Mais quoi ?
— Rien. Et si on faisait des pizzas aux aubergines ?
— Finis ton 'Mais …'. Faut qu'on arrête de pas se dire les choses.
— Axel te lâche pas. Tu devrais lui répondre. Pour lui dire que c'est fini. Je … je le pardonnerai jamais pour ce qu'il a fait mais …
— Mais ça bouffe Roxas aussi, c'est ça ?
— Hm.
— Je le ferai. Demain. Je coupe les aubergines, fais la pâte à pizza. »
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Roxas marchait dans la rue avec le pas léger alourdi par la chaleur. Des glaces, c'était une bonne idée. Il n'avait pas mangé de glace à l'eau de mer depuis le lycée, où il avait rencontré Axel. Ils n'étaient pas dans le même niveau, mais à chaque pause qu'ils avaient en commun, ils allaient en prendre deux. Les souvenirs lointains du lycée donnaient à Roxas l'impression d'être vieux comme un arbre de dix mètres. Il plongea les mains dans ses poches, triturant le tissus, avant de froncer les sourcils. C'était dans ses poches qu'était supposé se trouver son porte-monnaie. Il ouvrit son sac pour vérifier, se traitant mentalement de tous les noms. Il était déjà à la moitié du chemin. Désespéré, il fit demi-tour, pressant le pas autant que faire se pouvait sous le soleil de plomb.
Il monta les marches de l'immeuble quatre à quatre, savourant la fraîcheur de sa cage d'escalier. Il ouvrit fluidement la porte et se figea sur place. Debout sur le rebord, qu'Axel n'essaie même pas de lui faire croire qu'il voulait juste fumer. Avant d'avoir le temps de réfléchir, il s'élança en avant.
« Axel ! »
Le roux sursauta, se retournant vers lui comme son pied glissait vers le vide. Roxas croisa son regard, tellement surpris, tellement vert, tendit le bras, attrapa son poignet et tira du plus fort qu'il le put. Axel pesait le poids d'une plume. Les pieds déjà du côté de la rue, le roux trébucha, s'étalant de tout son long sur le parquet de l'appartement et sur Roxas, sa tête heurtant un coin de la table au passage. Il tenta de se relever, étourdi, mais déjà deux mains furieuses agrippaient son col pour le redresser de force. Roxas ressemblait à un démon. Mais il n'y avait qu'un ange pour croire en un cas désespéré comme Axel.
« Plus jamais tu fais ça, t'entends ? C'est quoi ces conneries, merde ? »
Ça aurait pu faire rire Axel, en d'autres circonstances, d'entendre Roxas jurer, comme si Xion déteignait sur lui. Mais la situation était un peu trop sérieuse.
« C'est ça, ton plan miraculeux pour te sortir de tes emmerdes ? T'éclater contre le goudron ? Mais parole, t'es con comme tes couilles ! »
Ah, cette expression, il était certain que Roxas la tenait de Xion. Sans pouvoir le contenir, Axel fut pris d'un fou-rire atroce, du genre qui n'allait pas partir en trois secondes et deux grandes inspirations. Roxas serra plus fort son col.
« C'est pas drôle ! Merde, Axel, pourquoi tu ris ? C'est pas drôle … J'te déteste. Fais plus jamais ça. Je ferais quoi, sans toi ? »
Axel retint le 'Tu serais heureux pour toujours.' qui lui tiraillait la langue et rit encore.
« C'est vrai. C'est pas drôle. Mais putain si. C'est trop triste pour pas être un peu drôle, Rox'. »
Ils se tinrent ainsi jusqu'à ce que Roxas calme ses pleurs, et Axel son rire. À les voir ainsi, ils semblaient les deux faces d'une même pièce, diamétralement opposés et pourtant bien trop semblables.
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Vanitas cliqua sur envoyer. Il savait que ses mots étaient durs, et secs, mais il n'arrivait pas à formuler ça autrement. Il était même plutôt satisfait. C'était au tour d'Axel de souffrir de son tatouage.
Je ne t'aime pas. Et je ne t'aimerai jamais. Alors lâche-moi.
Il n'avait aucune idée de ce qui allait advenir. Mais il préférait les choses ainsi. Il vit dans sa boîte mails presque autant de messages de ses connaissances que de publicités. Mais aucun de Riku. Il répondit seulement à sa voisine de palier, qui lui donnait des nouvelles de Polyphème. Son chat lui manquait. Pitch lui manquait. Et le bar, aussi. Il avait pris sa décision. Il intercepta Xion, qui sortait des toilettes.
« Eh. Je vais rentrer. »
Elle lui offrit un sourire compréhensif avant de venir s'asseoir à côté de lui.
« Quand ?
— À la mi-août. Larxène a engagé un vacancier pour me remplacer, son contrat se termine vers là. Et puis j'ai plus de quoi payer deux loyers, aussi.
— Tu sais ce que tu vas faire ? Tu vas reprendre ta vie d'avant ?
— À peu près. J'ai envoyé le message à Axel.
— Oh. Merci. C'est bien. Et du coup … Tu as reparlé à Riku ?
— Nan.
— Mais tu comptes le faire ?
— Pour lui dire quoi ?
— Ce que tu m'as dit. Il comprendra.
— C'est hors de question.
— Alors porte plainte contre Axel.
— Ça servira à rien. Il est mon âme-sœur, et ça sera sa parole contre la mienne. Je veux pas me lancer là-dedans.
— Donc tu vas juste … faire comme si de rien ? Vanitas.
— J'en sais foutre rien, OK ? Et je m'en contre-branle. J'vais m'en sortir et c'est tout. »
Xion lui frotta le crâne, reconnaissant son petit frère dans tous ses paradoxes. Il avait agi, et le temps ferait le reste.
.Août.
« Tu n'as rien oublié ?
— Xion, je n'ai rien à oublier. »
L'aînée soupira. Vanitas repartait comme il était arrivé, un étui de guitare sur l'épaule et rien dans la cervelle. Sauf que maintenant il savait à nouveau en jouer, de la guitare. Elle le serra fort contre son corps avant de l'éloigner, les mains toujours sur ses épaules.
« Tu viendras me rendre visite, hm ?
— Nous oublie pas. J'aimais bien tirer avec toi.
— Enfin, l'odeur de tes clopes nous manquera pas.
— Merida ! Ne l'écoute pas. Écris-nous, d'accord ? Selphie t'envoie des bisous, elle avait une visite ce matin.
— Beurk.
— Vanitas, dis au revoir correctement.
— Ouais, ouais. Bah, salut. T'façon je repasserai voir ma sœur. Vous lui faites du mal, vous passez tous par la fenêtre, aussi.
— Je peux prendre soin de moi, Van ! Allez, file, tu vas rater ton train. »
Xion serra le bras de son frère, puis le regarda partir vers le quai. Il avait l'air heureux. Elle sourit à cette pensée. Non seulement il avait l'air heureux, mais il l'était. Elle lui avait demandé. Et les yeux jaunes ne mentaient pas, pas à elle. Elle laissa libre cours à des larmes légères, même pas vraiment tristes, et Rapunzel l'attira dans une étreinte chaude. La petite troupe finit par quitter la gare et se séparer, Xion décidant d'essayer de rentrer à pieds, pour la promenade. Il y avait de beaux bâtiments, tout le long du chemin.
.
« Eh, Black ! Mets-moi un burger. Et oublie pas, les frites, grillées, hein ! »
Ça n'était peut-être pas la meilleure idée du monde, de surprendre son meilleur pote quand il avait un couteau dans les mains, mais le voir tout lâcher, faire tomber des couverts par terre et jurer valait le risque. Peut-être. S'essuyant les mains sur son tablier, Pitch vint le fusiller du regard.
« Alors toi ! P'tit con, va ! Ce soir, tu viens chez moi et tu sors pas avant de m'avoir tout raconté.
— Tu vois pas Jack ?
— Je m'en fous. On va pas en mourir, de décaler un rendez-vous. Allez, assieds-toi, je crois que Larxène a un savon à te passer. »
.
Riku allait et venait dans son appartement. Il savait que Vanitas était rentré la semaine précédente, et il avait aussi entendu qu'il avait rompu d'avec Axel. Mais il ne comprenait pas. Il n'avait pas compris, en premier lieu, ce qui avait pu pousser Xion et son frère à s'enfuir du jour au lendemain, abandonnant leur conjoint respectif. Les âme-sœurs étaient supposés avoir leur 'Ils vécurent heureux pour toujours' par défaut, non ? Alors que signifiaient ces complications ? Nul doute que Vanitas reviendrait un jour ou l'autre vers Axel, cependant. Alors Riku n'avait pas le droit d'espérer. Pas le droit de croire en des mots anciens que Vanitas avait prononcés, un soir, avait répétés comme s'ils étaient les derniers à avoir du sens. « Je t'aime. », comme si c'était tout ce qui comptait. Il ne doutait pas que Vanitas avait sincèrement cru l'aimer mais … le bruit de la sonnette interrompit ses pensées et il regarda l'heure. Il n'était même pas onze heures, et c'était une plaisante surprise. D'habitude, quand le propriétaire lui envoyait un plombier 'entre neuf heures et midi', ce dernier arrivait vers treize heures. Il sourit à la perspective d'une bonne douche. Il avait transpiré toute la nuit et voulait juste se débarrasser de cette odeur âcre. On sonna à nouveau et il se précipita vers la porte.
Soit Vanitas s'était reconverti pendant son temps à Londres, soit ça n'était pas le plombier qu'il attendait.
« Yo.
— Euh … salut ? »
Le brun avait son sale sourire sur la tête, et entra dans l'appartement sans y être invité, s'asseyant sur une des chaises de la cuisine. Donc Vanitas n'était pas devenu plombier.
« Tu sors avec quelqu'un ? »
La question le désarçonna et il ferma la porte avec mille précautions.
« Quoi ?
— Eh bah, toujours aussi lent à la détente, putain. »
Même si Riku ne l'avouerait jamais, ce genre d'insultes lui avait manqué. Il devait vraiment être masochiste.
« Et toi, toujours aussi incompréhensible. Je peux savoir ce que tu es venu faire ici ?
— Te voir, ducon. Parler, tout ça.
— Parler de quoi ? »
Le sourire sur les lèvres de Vanitas vacilla.
« Nan, t'as raison, c'est pas une bonne idée. Salut. »
Est-ce que Vanitas comptait partir aussi vite qu'il était arrivé, sans explications ? Très certainement. Mais Riku n'avait pas l'intention de le laisser faire.
« Je comprends pas, Vanitas.
— Nan mais c'est vrai. Ça fait neuf mois, j'sais pas à quoi j'm'attendais.
— De quoi tu parles ?
— Tu le fais exprès, c'est pas possible !
— Tu m'aides pas, là.
— Bah à ton avis ? C'est rien, je rentre.
— Attends ! »
Vanitas se stoppa dans sa course vers la porte, et Riku devait avoir l'air désespéré. Il n'avait pas le droit d'y croire. Mais il ne voyait pas d'autre sens à cette mascarade.
« Est-ce que … tu es revenu en ville pour moi ?
— Non. »
Le cœur de Riku se brisa un peu, et Vanitas se gratta l'arrière du crâne, cachant son visage.
« Je suis revenu pour moi. Mais, si je suis ici, là, bah ouais, c'est pour toi. C'est con, hein ?
— Je te crois pas. »
Vanitas releva les yeux, et Riku put la voir, vive encore, cette blessure. Et il savait qu'il l'avait causée, cette plaie ouverte, avec ses mots, avec toute la confiance qu'il n'avait pas pu accorder à Vanitas.
« Je vois.
— Non, attends ! C'est pas ce que je voulais dire. Euh … Vanitas, je suis pas sûr de comprendre …
— C'est pas nouveau.
— Oh, ta gueule. Mais si je comprends bien, et que ton comportement chelou signifie ce que je crois … Je dois te poser une question. Et si … Si je me trompe pas, je te jure que c'est la dernière fois que je la poserai. Qu'est-ce que tu ressens pour Axel ?
— Du mépris, principalement. Je l'aime pas.
— Pourquoi ?
— T'es con.
— Je sais. Pourquoi ?
— Tu sais pourquoi.
— Ouais. »
C'était certain, maintenant, et si Riku se trompait, il ne s'en remettrait jamais. Mais quand il ajouta :
« Moi aussi. »
Alors Vanitas s'approcha de lui pour le toucher, l'embrasser, et ça lui avait beaucoup trop manqué pour qu'il réussisse à tenir debout sur ses jambes. Mais le brun le soutenait.
« Riku ?
— Hm ?
— Tu pues. »
L'argenté donna un léger coup de boule à son … son quoi ? Son petit-ami, vraiment ? Et Vanitas le lui rendit pour la forme.
« Mais je t'aime quand même. »
C'était dit, certain, assumé. Vanitas jura en entendant la sonnerie de l'entrée retentir, interrompu dans ce qu'il avait prévu être des retrouvailles intenses.
« Râle pas, je crois que je vais pouvoir prendre une douche.
— Tout seul ?
— À voir. »
.
It's a question of lust,
It's a question of trust,
It's a question of not letting what we've built up,
Crumble to dust.
It is all of those thing and more,
That keep us together.
FIN
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(1) : Alors, du coup, comme ils sont en Grande-Bretagne, les répliques en Anglais sont en italique et celles en Français … bah pas en italique. Ça va vous être utile pour comprendre qui dit quoi. J'avais pensé à mettre les répliques en Anglais, au début, mais je me suis dit que ça serait assez confus comme ça, d'autant que plus tard Rapunzel a de grosses répliques.
(2) : Ça semble pas cher du tout mais je vous jure qu'on trouve de belles colocations dans Londres dans cet ordre de prix. J'adore regarder des annonces d'appartements où j'habiterai jamais et je me suis récemment inscrite sur un site spécialisé dans les colocations, en mettant que je cherche une chambre vers Londres à moins de cinq cents livres, et j'ai plein d'annonces tous les jours. Je regarde les photos, ça me vend du rêve. Du coup voilà. Ça me sert de base pour ça.
(3) : J'ai sérieusement hésité à mettre la fin ici, parce qu'au final, c'est la conclusion à laquelle je voulais en arriver. J'écris la suite parce que je sais que ce genre de fin me frustre, mais du coup, si vous êtes pas d'accord avec ce qui se passe après vous pouvez décider que ça s'arrête là (ou écrire une autre suite SPOILER : écrivez une suite Vanixel. De base, c'était supposé être un Vanixel (je précise bien que de base il n'y avait pas de viol, aussi)).
.
Et, euh, voilà.
C'est fini. La vache.
Je vais cliquer sur 'Complete', en éditant. Sa mère.
Pour tout ce qui se passe après … Xion reste un an et sept mois à Londres, puis retourne chez elle où elle reprend des études d'architecture, entre temps Roxas et elle correspondent par lettres, et ils viennent parfois passer les week-ends l'un chez l'autre, mais c'est rare.
Pitch et Jack sont contents.
Axel … euh, je sais pas trop.
Zexion et Demyx, que j'ai totalement lâchés depuis qu'ils sont en couple, vont bien aussi, même si le guitariste est souvent sur les routes.
Sora et Kairi vont avoir un enfant. Puis deux. Puis trois. Riku et Vanitas seront baby-sitters attitrés, et Pitch viendra pour faire chier les enfants, sauf quand Jack sera là pour le rappeler à l'ordre.
Marluxia et Larxène se disputeront au moins une fois par mois à cause de leurs points de vue divergents, mais se lâcheront jamais pour autant.
Riku aura encore du mal à faire confiance à Vanitas, mais respectera sa promesse de ne jamais plus lui demander ce qu'il ressent pour Axel. Souvent, sa jalousie sera injustifiée. Parfois, pas vraiment, mais Vanitas ne le trompera jamais plus d'une nuit. Il se sépareront à nouveau plusieurs fois. Mais se remettront ensemble très rapidement. Riku restera infirmier et Vanitas continuera de bosser au bar.
Polyphème deviendra une star mondiale sur internet à la suite d'une vidéo de lui attrapant un papillon au vol avant d'atterrir dans une flaque – vidéo filmée par Vanitas et mise en ligne par Riku, qui n'avait rien à faire ce jour-là. Sa deuxième vidéo la plus connue sera celle où il agresse le tourne-disque de Xion, où Roxas aura eu le malheur de mettre un vinyle de Francis Lalane, par nostalgie.
Mais bon, vous imaginez ce que vous voulez. Parce que c'est fini. Dah, c'est dur de me dire ça.
Merci beaucoup à tous ceux qui ont lu, suivi et commenté, Laemia, Hylliy, Leptitloir, Ima Nonyme, Coeur de lune, Linklecreusois, SisYa-Wa, SleepyPie. Si vous étiez pas là, tout aurait été beaucoup moins chouette, et lire vos commentaires me met toujours de bonne humeur. Merci, merci, merci, je le dirai jamais assez. J'espère sincèrement que ce dernier chapitre vous aura plus, que vous avez apprécié d lire autant que j'ai apprécié d'écrire et de partager cette histoire avec vous.
À bientôt !
