Chapitre 14: Une vérité brouillardeuse
C'est la faim qui réveilla Narcissa. Elle tournait et retournait dans des draps blancs. Elle avait bien dormi. Elle s'étira dans le lit avant d'ouvrir les yeux et de s'asseoir. La vision encore un peu flou dû à son réveil, elle discernait qu'elle était dans une tente. Il faisait bon, plusieurs bougies étaient allumées et le poêle à bois crépitait. Un récipient rempli d'eau était posé sur une petite table à côté du lit. Elle s'éclaboussa un peu le visage avec. Sa vision devint plus nette ainsi que ses souvenirs. Elle remarqua qu'elle n'était pas dans sa tente mais dans une autre plus petite mais à la fois plus chaleureuse. Après quelques minutes où une migraine décida de s'installer, elle sortit du lit. Ses pieds nus caressaient le sol frais et tout en marchant, elle tenta d'attacher ses cheveux et de retrouver sa baguette. Alors qu'elle se rendait dans le salon, elle se vit dans un miroir. Elle fut plus que surprise de voir qu'elle ne portait plus sa jupe grise de la veille et qu'il ne lui restait plus que sa chemise blanche qui était légèrement déboutonnée aux manches et au cou. Elle se remémora soudainement de son dernier souvenir. Elle s'était laissée dans les bras de Malefoy après qu'il l'est réconforté. La situation était donc évidente. Elle était dans sa tente. Mais que s'était-il passé ensuite ? Pourquoi n'avait-elle plus sa jupe et pourquoi avait-elle atterri dans son lit ? Avait-il profité de la situation ? Elle devint rouge qu'un boutefeu chinois. Elle chercha ensuite le regard glaçant de Malefoy. Elle fut plus que soulagée quand elle remarqua qu'il n'était pas dans la tente. Il y avait cependant, à côté de sa jupe soigneusement pliée sur le divan et de sa baguette, un mot.
Je suis parti au match de Quidditch. On se retrouve plus tard pour parler de ce qui s'est passé hier. Je n'en parle à personne. Oh, et, j'espère que tu as bien dormis.
LM
Si elle avait bien dormi ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Que voulait-il insinuer ? Et pourquoi ne pas simplement expliquer clairement ce qui s'est passé sur ce bout de parchemin? Honteuse, Narcissa ne prit pas le temps de comprendre. Elle mit rapidement sa jupe, arrangea un peu sa figure et ses cheveux grâce à un coup de baguette, jeta le morceau de parchemin dans le poêle à bois et s'en alla, faisant bien attention à ce qu'il n'y ait personne autour, elle ne voulait surtout pas qu'on la voit sortir de la tente de Malefoy de bon matin. Tourmentée au plus haut point, elle tenta de ne pas trop se prendre la tête et de trouver des explications rationnelles sur le chemin de son retour, puis, elle s'engouffra dans sa tente. Sur le chemin, elle avait repensé à la soirée de la veille. Lucius et Cassiopée qui n'avaient pas démenti être en couple, Bellatrix lançant des regards déstabilisants, et la déclaration soudaine et inattendue de Caractacus. Avec le vent qui l'avait frappé en pleine face et cet afflux de souvenirs, elle était sur le point de pleurer. Elle prit à peine le temps de voir ce qui se passait dans sa tente. Karen pliait le linge sur la table basse et Cassiopée lisait à côté. Elles échangèrent un regard de surprise quand elles virent la jeune Black débarquée ainsi. Il était extrêmement rare de la voir dans cet état. Narcissa était impassible, le paroxysme du calme et de la maîtrise de soi. Les seules moments où l'on apercevait un sourire sur son visage, des larmes ou tout autre chose exprimant une expression relevaient de l'extraordinaire. Mais là, devant leurs yeux, Narcissa Black était tétanisée, tremblante, totalement désemparée. Elle même se rendait compte de l'image qu'elle dégageait mais ce qu'elle ressentait à l'intérieur était pire. Toute cette situation semblait dérisoire et sans importance même. Dans le monde, il y avait bien pire, des guerres, des souffrances et des maladies bien plus graves. Mais pour Narcissa, c'était son monde qui était chamboulé, ses repères, sa conscience, son esprit, elle-même. Elle était totalement perdue. Un milliard de pensées traversaient son esprit ne lui laissant aucun répit.
Elle se ressaisit soudainement, avala sa salive et se précipita dans sa chambre sans prononcer un seul mot. Elle se déshabilla rapidement, elle sentait terriblement sale. Mais pas sale comme après une dure journée de travail, de transpiration où après qu'on se soit taché. Non, elle se sentait souillée. Pas à cause de Malefoy. C'était elle même qui la dégoûtait, elle s'observait. Elle ne se reconnaissait pas, ne comprenait pas qui elle voyait dans le reflet. Avec l'eau et le savon, elle frotta sur sa peau. Elle frotta chaque partie de son corps presque jusqu'au sang. Elle cherchait une nouvelle peau, ou son ancienne, elle ne savait plus. Elle voulait aller mieux, être bien. Elle désespéra, les larmes continuaient à couler suivit d'un mal de ventre et de sa migraine qui persistait. Après plus d'une heure à tenter d'aller mieux en se nettoyant, elle céda et essaya une autre méthode. Elle arriva vers son lit et remarqua que Karen avait délicatement posé ses vêtements dessus, une attention qu'elle ne manquerait pas de remercier quand elle en aurait l'occasion. Cependant, elle constata qu'il s'agissait d'une tenue assez sportive. Elle ne chercha pas à comprendre, elle n'en avait pas la force pour le moment. Elle se contenta de s'habiller et d'attacher ses cheveux, chose qu'elle faisait rarement mais elle avait besoin d'y voir clair et de ne pas s'occuper des choses superficielles comme son apparence.
Une fois qu'elle revint dans le salon, Cassiopée était partie et Karen semblait l'attendre. Elle la questionna du regard.
- Mademoiselle ne vient pas manger ? demanda-t-elle, innocemment inquiète.
- Oh, commença Narcissa, se rappelant qu'il était l'heure de déjeuner. Non, je n'ai pas très faim, ne t'inquiète pas pour moi, je vais rester un moment ici à me reposer.
- Bien Mademoiselle, commenta la jeune Américaine, visiblement soucieuse de l'état de sa maîtresse. N'oubliez pas la randonnée cette après-midi, voulez-vous que je vienne vous chercher ?
- La randonnée ? répéta Narcissa, n'ayant absolument pas le souvenir de ce détail.
Elle s'était probablement inscrite mais pour le moment, elle n'avait plus rien en tête, elle qui était pourtant si organisée et minutieuse d'habitude. Elle secoua la tête, pour chasser ses nouvelles pensées plus qu'inutiles. C'était simple, elle avait randonnée cette après-midi et elle avait justement plus que besoin d'air frais.
- Oui, s'il te plaît, finit-elle par répondre.
Karen s'en alla, laissant la jeune blonde seule et démunie face à elle-même. Elle avait froid, elle sentait que tout autour d'elle était glacial comme si un mangemort était dans les parages. Elle entreprit de mettre un pull mais elle avait désormais chaud, comme si elle étouffait. Plus ou moins consciemment, elle se dirigea vers le mini bar, vraiment cette tente disposait de tout ce que pouvait offrir un hôtel de luxe. Elle trouva une bouteille de whisky pur feu ainsi qu'une de bière au beurre. Elle prit d'abord la bière au beurre, bien plus rapide à avaler. Narcissa ne tenait pas l'alcool, comme sa mère. Ses sœurs avaient, elles, hérité du côté paternel pour ça, elles pouvaient s'enfiler des verres à la suite sans pour autant être ivres. Il suffisait de deux bons verres à Narcissa. Elle décapsula la bouteille et l'approcha de sa bouche. Le goût amer de la bière était atténué par le beurre, ce goût un peu sucré. C'était rafraîchissant, revigorant. Elle n'aimait pas particulièrement le goût mais l'effet désiré était au rendez-vous. À chaque gorgée, elle sentait qu'une partie de ses tourments disparaissait. Elle but la bière à une vitesse affolante. Elle sortit directement un verre et versa un peu de whisky. Le verre froid atteignit ses lèvres, tremblantes, avides et à la fois peureuses. Le liquide coulait dans sa gorge, la brûlant au passage. C'était bien plus fort mais peut être bien plus efficace. Elle réitéra l'action, avec plus de précaution cette fois. Elle laissa son palet savourer le goût du whisky, puis elle avala, avec toujours cette même impression de dragon dans son gosier. Elle but le verre gorgée par gorgée, souvenirs par souvenirs. Une fois vide, elle le posa et expira par la même occasion. Elle se sentait un peu mieux. Elle s'allongea sur le divan, observa le toit de cette immensément petite tente. Elle ferma les yeux et imagina le marronnier de ses grands-parents. Les longues après-midi d'été avec ses sœurs et ses petits cousins, ingénus, mais terriblement et insoucieusement heureux.
Elle ne vit pas le temps passer. Karen arriva, annonçant qu'il était l'heure. Cela sonnait presque comme une mise à mort. Après tout, elle devait aller retrouver les autres, et, à cet instant, cela pouvait être comparable au jugement dernier. Karen avait jeté un regard quelque peu alarmé en voyant l'alcool sorti mais ne posa pas de question sur le chemin.
À l'entrée d'une clairière se trouvait un petit groupe. Narcissa ne prit pas le temps d'observer qui était là ou non. Elle se doutait de l'absence de sa sœur n'ayant pas eu le droit à une petite remarque dans les cinq minutes qui suivirent. Un homme annonçait des consignes que Narcissa n'écouta absolument pas. Puis il demanda de faire des groupes de deux. La jeune Black commença à s'affoler, des groupes ? Elle chercha Karen qui était rayonnant à côté de Fabian Prewett. Juste à côté se tenaient Gideon et Cassiopée. Avec qui allait-elle se retrouver ?
- Il semblerait que vous n'ayez pas de partenaire mademoiselle, murmura une voix à son oreille.
Elle se retourna et fit face Corban Yaxley, affichant un hideux et pervers sourire. Narcissa préférait mourir sur place plutôt que passer une après midi avec ce prédateur assoiffé. Il semblait ravi de la voir se décomposer.
- Yaxley, Lestrange n'a pas de coéquipier, annonça sous la forme d'un ordre une nouvelle voix, à nouveau derrière Narcissa.
Son sourire disparut immédiatement. Il se contenta d'hocher la tête et de se diriger vers son ami. Narcissa se sentit revivre un peu, soulagée, pour un court instant cependant. Elle se retourna pour faire face à son nouveau partenaire. Elle crut s'effondrer et à la fois sauter de joie en voyant le visage bienveillant de Malefoy. Elle se contenta d'un sourire timide puis de devenir rouge en repensant à la veille. Il était le seul à savoir ce qui c'était passé et il était peut-être le seul maître à pouvoir savoir ce qui allait se passer cet après-midi.
L'homme donna les dernières consignes et prit les devants, s'enfonçant dans la forêt. Tout le monde était par paire, pour assurer la sécurité de l'autre apparemment. Black et Malefoy fermaient la marche. Durant plus de deux heures, ils n'échangèrent pas un mot, se contentant d'escalader et de marcher. Puis, Malefoy ralentit son rythme, ce qui intrigua la jeune femme. Elle s'approcha de lui et réellement soucieuse elle demanda:
- Ça va Malefoy, tu as mal quelque part ?
Il observa le groupe et reprit sa marche à une allure moins intense que le groupe prenant la main de Narcissa.
- Je voulais m'éloigner un peu, pour te parler.
Le sang de Narcissa ne fit qu'un tour, elle paniqua.
- Eh, calme-toi, je n'ai pas dit que j'allais expérimenter des sorts sur toi.
Ils sourirent un peu face à cette légère pointe d'humour. Puis Malefoy afficha un sourire moqueur.
- Alors Beurk ? Ton petit ami, vraiment ?
Narcissa leva les yeux au ciel, elle n'avait pas envie de se faire humilier par Lucius à cause de son mensonge à propos de Caractacus, rien que de penser à lui la désolait profondément. Elle se remit à marcher plus vite, faisant comprendre son agacement. Bien entendu il la rattrapa et il prit une nouvelle fois le poignet pour la retenir.
- Je suis désolé, je ne voulais pas te remémorer le comportement qu'il a eu hier soir, déclara-t-il sincèrement.
- Tu nous a vu hier nous disputer et nous embra… elle ne put se résoudre à finir sa phrase mais il hocha positivement la tête.
- Ta gifle, très belle d'ailleurs, n'a pas été la seule punition suite à son acte, annonça-t-il. Je l'ai peut-être un peu frappé avant de te courir après, expliqua-t-il sous le regard interrogateur de Narcissa.
- Oh Lucius, tu n'avais pas à faire ça ! Il... enfin c'est, je ne sais pas pourquoi on n'en est arrivé à la gifle hier mais Caractacus n'est pas quelqu'un de méchant, c'est mon meilleur ami et…
- Et lui te considérait comme plus, finit-il froidement et clairement.
- Tu n'as pas de leçon à me donner, il m'a dit que tu lui avait avoué que tu étais en couple. Tu te permets de jouer sur deux tableaux, entre Cassy et moi. Alors je ne pense pas que tu sois très bien placé pour donner des leçons de moral, rétorqua-t-elle froidement.
- Hey, je ne lui ai pas dit que j'étais en couple mais dans une relation compliquée, se défendit-il.
Elle haussa les épaules, c'était la même chose pour elle, il n'était pas honnête.
- Ça fait une éternité que je veux te parler de Cassiopée et que tu m'en empêche à chaque fois.
- Très bien, cette fois je t'écoute, céda-t-elle.
- Cassiopée et moi on s'est rencontrés en France, elle était en voyage avec son père et mon père et moi faisions affaire avec un riche sorcier parisien. On s'est rencontrés dans un bar magique, vers Montmartre. On a bu quelques verres ensemble, ravie de trouver quelqu'un parlant anglais. On a beaucoup discuté et rit. Les jours d'après, son père est parti en vadrouille quelque part et je n'en pouvais plus des réunions, alors on a passé beaucoup de temps ensemble. Ni Cassiopée ni moi n'avons eu le coup de foudre. Ce n'est pas vraiment le terme que j'emploierais. C'était plutôt un concour de circonstances qui ont fait qu'on est tombé plus ou moins amoureux. C'était il y six mois à peu près. On s'est retrouvé à son retour en Angleterre, il y quatre ou trois mois.
- Cassy est revenue il y à moins de deux mois, contra Narcissa, à l'affût du moindre détail suspect.
- C'est ce que tout le monde croit, expliqua Lucius avec sincérité. Mais elle est venue me voir directement. Pour moi ça n'était pas sérieux, une sorte d'amourette de vacances, de jeunesse, qu'on ne revoit plus. Mais pour elle ça avait pris une autre tournure. Elle n'était pas soudainement tombée amoureuse, tenta-t-il de rassurer voyant les yeux rageurs de Narcissa. Elle est venue me voir, paniquée et…
Il hésitait, réellement tourmenté et inquiet face à la révélation qu'il allait faire. Il regarda Narcissa dans les yeux et annonça la vérité.
- Et enceinte.
Narcissa eu comme un électrochoc. Cassiopée était tombée enceinte de Malefoy ? Et elle ne lui avait même pas dit ? Depuis le début de la semaine elle voyait sa cousine comme un troll sans coeur déchirant son futur mariage. Mais en réalité c'était Narcissa qui détruisait une possible histoire. Face au désarroi total de la jeune Black. Malefoy s'empressa de continuer.
- On s'est brièvement posé la question de garder l'enfant ou non. Mais il était évident que ce n'était pas possible. Je savais déjà que j'allais me fiancer à toi et quand je lui ai appris elle m'a ordonné d'oublier notre histoire et l'enfant. Elle ne l'a pas gardé, évidemment, sinon elle serait encore enceinte. Mais depuis que l'on s'est revu, c'est compliqué de gérer toute cette histoire. Je ne comprends pas ce qu'elle veut. Elle m'a demandé de tout oublier et pourtant depuis le bal elle revient vers moi. Je pense qu'elle cherche du réconfort et qu'elle a confiance en moi ou quelque chose dans le genre, je n'arrive pas à savoir. C'est pour ça que j'ai été si désagréable au restaurant. Je venais de la voir et elle m'avait parlé de l'enfant et ça m'avait énervé, je ne comprenais pas pourquoi le sujet était de nouveau d'actualité. Je suis vraiment désolé Narcissa de t'apprendre ça, mais c'est la vérité et je veux que tout soit clair entre nous. Je veux une relation saine, de confiance et d'honnêteté.
- Je… et que s'est-il passé hier soir ? demanda-t-elle subitement, ne parvenant pas à se faire une opinion quant à cette révélation.
