14.

Albator rageait, autant contre sa jambe folle que contre le semi-échec de sa mission.

- Si ce maudit Karyu n'avait pas déboulé j'aurais pu finir le travail ! Mais vu l'état dans lequel j'avais demandé aux Stofart de me mettre, je n'étais plus capable de grand-chose contre un cuirassé et un Destroyer… Murhie n'avait parlé que du gamin ! ?

- Elle n'a pas retrouvé l'entièreté de ses pouvoirs, mais suffisamment pour nous prévenir, gronda Hograd le Suprême des Erguls.

Absolument pas impressionné par l'Ergul qui faisait deux fois sa taille, le grand Pirate balafré le fixa, la mine et l'œil rageurs.

- Ces Mécanoïdes commandos sont plus terribles que dans mon souvenir. Le second de ce Starlight les a envoyés et ils ont déferlé de partout. Et je n'ai toujours que quarante Marins à mon bord !

- On vous a proposé… glissa Kromer.

- Aucun Ergul ne mettra les pattes à bord ! C'était déjà suffisamment humiliant d'avoir perdu une fois !

Albator martela le sol de son pied valide.

- Qu'importe si j'ai sous-estimé au premier engagement un ennemi finalement totalement inconnu. Ils sont quasiment piégés tous les deux dans la Mer de Galets. Ils ne seront pas à nouveau opérationnels avant des semaines, ça me laisse le temps de revoir entièrement ma stratégie. Ensuite, je repartirai avec vos Drakkars pour une nouvelle campagne de conquête. Il me tarde de rappeler ce que signifie vraiment mon drapeau, ce que je suis au plus profond de moi.

- Nous n'en doutons pas, firent les deux têtes pensantes des Erguls. Il suffisait de gratter un peu le vernis du prétendu chevalier blanc pour trouver le guerrier pur et noir.

- Je vais superviser les réparations de mon Arcadia.

Et sans attendre l'éventuel accord de ses géants interlocuteurs, Albator fit demi-tour et quitta le dôme de pierre abritant leur salle de décisions.

Hograd et Kromer échangèrent un regard soucieux.

- Il a échoué. Nous ne nous attendions pas à cela.

- Murhie n'avait effectivement prédit que l'arrive du gosse. Sinon Albator aurait eu d'autres Drakkars en appui.

- Le piège était intelligent, il a été à un cheveu de réussir, objecta Kromer. C'est moi le stratège, Hograd, je suis le mieux à même de juger ! Albator ne sera pas à son maximum destructeur avec cette poignée de Marins. Il va falloir le persuader d'embarquer nos Rampants !

- Je doute qu'il change d'avis… maugréa Hograd.

- Il n'a pas voix au chapitre ! siffla la noire Souveraine Elomène en se matérialisant, semblant jaillir du joyau scellé au sol. On dirait que vous oubliez ce qu'il est ? Vous ordonnez, il obéit, c'est aussi simple que cela !

- A vos ordres.


Bien qu'il ait émis le souhait de ne pas être dérangé, Warius ne s'offusqua pas de voir Machinar franchir le seuil de son appartement.

- Je voudrais savoir combien de temps nous restons dissimulés au cœur des crevasses de cet astéroïde ? questionna d'entrée le Doc du Karyu.

- Autant de temps que de nécessaire. Nous en avons pour un bon moment avant que les réparations des équipes Mécanoïdes ne soient finies, ici et sur le Starlight bien que ce dernier ait surtout été dévasté de l'intérieur.

- C'est tout ce qui était important pour moi.

- Quel est le souci ? Comment va Alie ?

- Mieux, médicalement parlant. Mais je doute que quiconque soit de cet avis une fois qu'il sera remis sur pieds, qu'il pourra revenir sur les événements qui l'ont amené une fois encore dans ma salle d'opération… En revanche, bien que je lui ai proposé à l'époque la chirurgie esthétique pour sa balafre, là je ne peux pratiquement rien.

- Je me doutais bien d'une annonce comme celle-là, soupira Warius en passant les mains sur son visage. Il n'y a vraiment aucun espoir ?

- Infime, mais je ne m'y engagerai pas. Son état est encore beaucoup trop critique !

- Nous avons du temps, malheureusement, pour qu'il se rétablisse, reprit Warius après un moment de silence.

Il releva la tête, son regard dans celui de Machinar.

- Tu n'es pas venu que pour ces nouvelles. Tu es venu pour… l'autre chose, c'est ça ?

- Oui. Tu es le parrain d'Alérian dans la Flotte Indépendante. J'ai besoin de ton accord, de ta signature sur la décharge.

- Tu ne peux plus rien faire ?

- Rien du tout.

Warius rendit les documents paraphés.

- Quand vas-tu le faire ?

- Maintenant. J'avais déjà fait préparer Alérian pour le bloc avant de venir te voir ! Je vais donc procéder à l'amputation de sa main droite.