14. Jade Mackson, District 4 – tuée par les guêpes tueuses lâchées par Katniss Everdeen, District 12

Boum.

Ce n'est pas le coup de canon d'un tribut qui vient de mourir. C'est le bruit sourd d'un nid de guêpes qui vient de s'écraser au sol, juste à côté de nous. Les réactions sont immédiates. Des hurlements de peur, de douleur, les guêpes qui nous assaillent, qui se jettent littéralement sur nous, nous recouvrant presque entièrement. Les garçons qui se lèvent et qui commencent à courir. Marvel qui hurle «Au lac, au lac !». Clove, Glimmer et moi qui restons au sol, incapables de nous relever, incapables de voir, condamnées à rester au sol, à nous débattre et à hurler. Puis, une grande silhouette masculine revient en courant. C'est Cato. Cato qui aide Clove à se relever et qui l'entraîne au lac, nous abandonnant ici, Glimmer et moi. Mais de toute façon, c'est tout aussi bien comme ça. Je ne veux pas de l'aide de Cato. Je ne veux plus rien du groupe des carrières. Si Cato était venu m'aider, j'aurais été obligée de subir à nouveau les remarques blessantes de mes camarades des Districts 1 et 2. Oui, c'est vrai qu'en général, quand les tributs des Districts 1 et 2 font équipe avec ceux du 4, c'est plus par «tradition» qu'autre chose. Car même si le District 4 reste un District de carrières, il est moins entraîné que le 1, et définitivement beaucoup moins entraîné que le 2 – le District 2 étant le petit protégé du Capitole, il est toujours mieux que les autres, de toute façon. Et en général, les tributs du District 4 sont un peu mis à l'écart de l'alliance. Ça a commencé déjà au Centre d'entraînement du Capitole, quand Timotee a été éjecté, sous prétexte que Cato le trouvait inutile. J'ai bien essayé de plaider sa cause, mais Cato s'est montré catégorique. Il a même menacé de m'éjecter moi aussi de l'alliance. Il l'a dit lui-même comme ça : «Ferme ta gueule et arrête d'insister pour qu'on prenne le mioche qui te sert de partenaire de District, ou tu vas être obligée de te démerder toute seule toi aussi». Et j'avais besoin de cette alliance pour rester en vie le plus longtemps possible. Je n'avais pas le choix. Alors, à contrecœur, je me suis tue, et ai laissé Timotee se faire exclure sans rien dire. Je savais bien que tout seul, le petit ne tiendrait pas. Cato s'en était même chargé personnellement lors du bain de sang. Et quand j'y réfléchis, je me dis que j'aurais dû m'exclure moi-même de l'alliance des carrières, et peut-être même essayer de faire ma propre alliance avec Timotee. Car je suis sûre que même la mort aurait été plus douce que ce que m'ont fait subir mes «alliés». J'étais une paria, pour eux, sous prétexte que je n'étais pas une «grande carrière», et ils se faisaient un malin plaisir à me traiter comme leur larbin.

À côté de moi, Glimmer hurle à s'en arracher les poumons, elle pousse des cris perçants et déchirants, tout comme les miens. Les piqûres des guêpes apportent les tous premiers effets hallucinatoires, et me font résonner toutes les paroles blessantes qu'ils m'ont envoyé à la figure depuis le début dans la tête, encore et encore.

«En plus d'être moche, t'es inutile. Je me demande pourquoi on te garde.»

Glimmer.

«Bordel, 4, bouge ton cul un peu et accélère ! Ou alors on te tue tout de suite !»

Marvel.

«Mais au fait, j'y pense, t'as tué personne. Et t'es censée être une carrière ? C'est une blague ou quoi ? Le District 4 prend vraiment n'importe qui à ses Moissons de nos jours. Enfin, dans ton cas à toi, je dirais plutôt n'importe quoi

Clove.

«T'es juste une putain d'incapable. Comme le gosse de ton District que j'ai tué. Je devrais te tuer tout de suite, d'ailleurs.»

Cato.

«Quand je te regarde, je me dis que ta mère devait être un légume.»

Clove.

«Eh, Jade, on va prolonger ton tour de garde. J'ai absolument besoin de mon sommeil de beauté, et comme je me dis que toi, t'es déjà moche, ça veut dire que même un sommeil réparateur n'y changera rien, donc tu peux bien rester éveillée quelques heures de plus.»

Glimmer.

«Faut-il que je te charcute pour que tu bouges enfin ton putain de gros cul ?»

Encore Clove.

«De toute façon, tu seras la première de l'alliance à crever. Je te tuerais peut-être même avant Joli Cœur. Même lui est plus utile que toi.»

Cato.

«Eh, 4, histoire d'être utile pour une fois dans ta minable, pathétique et inutile petite vie, va chercher du bois pour faire du feu.»

Encore Cato.

Cato et Clove avaient été les plus méchants, les plus blessants, les plus cruels. Comme tous ceux du 2. Ceux du 2 ont toujours été ceux qui ont été élevés dans l'esprit de la plus grande cruauté, et je n'ai jamais compris pourquoi. Et puis, Cato était un connard naturellement, et Clove était une garce naturellement, ils en étaient fiers et le revendiquaient eux-même. Chaque piqûre me ramène une nouvelle réflexion à l'esprit. Mon visage gonfle, mes mains gonflent, mes pieds gonflent... j'ai mal, horriblement mal. Ma peau me brûle, me pique, semble sur le point d'exploser. Les guêpes ne me lâchent toujours pas. J'ai cessé de me débattre. À quoi bon ? Je vais mourir, de toute manière. À côté de moi, je vois Glimmer se débattre et crier, mais je ne l'entends pas.

Je n'entends qu'un sifflement sourd, dans mes oreilles, puis Glimmer... disparaît, purement et simplement. Puis, elle réapparaît. Sans aucune trace des guêpes, elle est comme neuve. Comment est-ce possible ? Cato, Clove, Marvel et Joli Cœur sont là, eux aussi. Pourquoi ne sont-ils plus au lac ? Et je suis là, moi aussi. Je me vois. Je n'ai aucune piqûre sur moi. Mais qu'est-ce qu'il se passe ? Est-ce ça, les hallucinations ? Suis-je en train de revivre une de mes nombreuses scènes d'humiliations ? Puis, Clove se relève et sort à mon alter-ego, de son petit ton supérieur :

_ Eh, 4, j'ai envie de fraises. Et j'ai vu un buisson de fraises des bois, là-bas, alors rends-toi utile et va me cueillir des fraises. Et goûte-les, d'abord, au cas où elles seraient empoisonnées.

Je fronce les sourcils. Non, je ne suis pas en train de revivre un flash-back. Clove ne m'a jamais demandé d'aller chercher des fraises, et on a pas vu une seule fois de buisson de fraises sur notre chemin. Mon alter-ego s'éloigne, et je ressens toutes ces émotions, comme si on avait fusionné. Toutes ses pensées traversent ma tête. À présent, je suis furieuse. Furieuse contre le groupe des carrières, contre Clove qui encore une fois se prend pour une princesse. Et sa façon de dire «Goûte-les, d'abord, au cas où elles seraient empoisonnées»... je suis pas son cobaye ! En colère, je ramasse rageusement les fraises du buissons, je les glisse dans ma poche. Mais je ne les goûterais pas. Je me fiche qu'elles soient empoisonnées ou non. Je me fiche que Clove meure en les mangeant. Qu'elle s'étouffe avec. Qu'elle crève ! Après avoir ramassé les fraises, je reviens au groupe, et je pose ma cueillette au sol.

_ T'as bien goûté, avant ? me demande Glimmer d'un ton soupçonneux.

_ Si je ne suis pas morte, c'est que ces fraises ne sont pas empoisonnées. je réponds sur un air de défi.

_ Peu importe. J'ai la dalle. grommelle Clove en saisissant une poignée de fraises.

Avant qu'elle ne les avale, je regrette immédiatement de ne pas les avoir goûtées d'abord. Car si elles sont empoisonnées et que Clove meurt, les autres vont comprendre que j'ai menti. À choisir, j'aurais préféré mourir d'une mort rapide donnée par les fraises que d'une mort lente donnée par les carrières. Mais trop tard, la machine est lancée... je prie juste pour que ces fraises ne soient pas empoisonnées, s'il vous plaît faites que ces fraises ne soient pas empoisonnées...

Clove prend une grosse poignée de fraises dans sa bouche. Tout à coup, elle commence à suffoquer, à devenir bleue avant de s'écrouler au sol.

_ Clove ! hurlent Marvel et Glimmer.

Le canon retentit. Cato essaie de la secouer, en vain. Elle est morte. Glimmer, Marvel et Joli Cœur sont choqués, tandis que Cato pousse un long hurlement – de rage ou de douleur ? - avant de se relever, ses yeux lançant des éclairs dans ma direction.

_ Salope... putain de menteuse... crache-t-il avec haine.

_ Je... je... je tente de balbutier.

_ Alors comme ça, tu les avais goûtées, hein ? Tu vas voir ce qu'il t'en coûte de mentir aux carrières, ma petite... menace Glimmer en s'avançant vers moi, son arc à la main.

Je recule tandis que les 3 autres s'avancent vers moi, menaçants. Cato m'enfonce son épée dans le ventre, Glimmer me tire une flèche entre les deux yeux, Marvel m'enfonce son épieu dans la gorge et Joli Cœur m'enfonce un couteau dans le dos. Je ne ressens aucune douleur, à aucun moment. Mais je sens que je suis en train de... me désintégrer. Comme si je partais en poussière. Et puis, je vois une jolie fille aux cheveux roux et aux yeux verts. Je la reconnais. Elle s'appelle Mona, elle vient de mon District. Elle m'a toujours détesté et s'amusait à me torturer.

_ Ils ont raison, tu sais, Jade. Tu es moche, inutile et incapable.

Puis, elle éclate d'un grand rire démoniaque, avant de se changer en serpent. Je pousse un cri. J'ai toujours détesté les serpents. Puis, d'autres serpents arrivent, et mes cris redoublent. Mais ce ne sont pas des yeux de reptiles, qu'ils ont. Ce sont des yeux humains. Il y a Cato. Clove. Glimmer. Marvel. Joli Cœur. Et... Timotee. C'est lui, le plus haineux. Il me susurre, dans un sifflement :

_ Tu es un monstre, Jade. Tu te crois meilleure, mais tu es un monstre.

_ Non ! C'est faux !

_ C'est vrai. Tu m'as laissé tomber, et tu as préféré te ranger du côté des carrières. On peut dire que tu as payé le prix fort, tu ne penses pas ? Quoique, ce n'est pas encore assez...

Puis, il se jette sur moi et enfonce ses crochets dans mon cou. Je hurle de douleur, quand les autres serpents en font autant. Me mordant partout, dans les jambes, dans le flan, dans le cou, au visage... Chaque morsure est comme... une piqûre de guêpe tueuse. Les serpents, les hallucinations disparaissent pour laisser place à la réalité : les guêpes tueuses. La douleur de mes piqûres. La douleur pire que tout ce que j'ai pu imaginer... mon sang bouillonne en moi.

Un canon. Sans doute Glimmer. Marvel gémit son nom avec désespoir avant de s'écrouler. Joli Cœur revient... que fait-il ici ?

«Cours, Katniss !» je parviens à entendre avant d'entrevoir un jeune homme blond – Cato – le frapper à la jambe avec son épée. Puis, je ne vois plus rien. Le noir total. Et je ne sens plus rien. Mais ce n'est pas plus mal. Au moins, cette atroce douleur a cessé.