Dans un village, parmi les plus humbles habitants, on voit les coteries,

les fiertés, les préjugés des gens du monde.

- Jacques Chardonne

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« Mercredi 30 Octobre »

Les jours défilaient à une vitesse folle et sans que les élèves s'en aperçoivent. L'annonce officielle du banquet d'Halloween avait été déclarée par McGonagall, il y avait une semaine déjà. Durant son discours, elle n'avait bien sûr pas omis le fait que les élèves étaient invités à se déguiser, petite nouveauté qu'avait joyeusement proposé Ginny, le but étant de se mêler aux autres, toute maison confondue et en préservant l'anonymat.

En plus d'avoir proposé les déguisements, Ginny avait pu négocier une sortie à Pré-au-Lard beaucoup plus tôt que prévue. En effet, cette année, la première sortie était prévue pour mi-novembre. Ginny était très fière de ses prouesses et ne cessait de s'en vanter auprès de ses amis.

Son homologue, quant à lui, n'était pas très enchanté. A vrai dire, ni la soirée déguisement, ni la sortie précoce ne l'intéressaient. Ce n'était que des responsabilités et des devoirs en plus de ceux des professeurs. Et puis, il fallait le dire, il n'avait nullement envie de surveiller tous ces élèves en ce beau mercredi. Mais il y était contraint.

Cependant, le pire restait le fait qu'il était en plus obligé d'aller au banquet déguisé lui aussi, et, en prime, assorti à son homologue sous les ordres de cette dernière. Bien sûr, il aurait pu envoyer la rousse paître, mais le regard qu'elle lui avait envoyé avait réussi à le faire taire. On avait beau tout lui reprocher, s'il y avait bien quelque chose dont Drago pouvait se vanter, c'était d'être prudent.

Suite à sa sortie dans la forêt interdite, Ginny et Drago avaient recommencé à faire leurs rondes ensemble. Au cour de celles-ci, leur langue s'était déliée et ronde après ronde, ils apprirent à communiquer via des discussions très banales jusqu'à ce qu'ils arrivent tout deux à mieux tolérer voir même apprécier la compagnie de l'autre.

Lors d'une soirée où les six gryffondor et serpentard de la salle des préfets partageaient le salon -faisant, bien entendu, groupe à part- Ginny avait eu cette idée soudaine de déguisement commun avec Drago.

« – Hey, Malefoy ! avait crié Ginny tandis que Harry et Hermione, qui étaient assis à côté d'elle, la regardaient, interloqués. Drago quant à lui ne releva même pas la tête.
– Hmm ? avait donc marmonné le blond sans même tourner la tête vers le groupe de gryffondor qui se trouvait derrière lui.
– On se déguisera de la même façon pour le banquet ! avait babillé Ginny.»

La réaction de Drago ne s'était pas fait attendre : il éclata de rire et il se retourna complètement de son fauteuil. Lorsqu'il vit le visage sérieux de Ginny, il fronça les sourcils et ouvrit la bouche, près à débattre, mais Ginny lui lança le fameux regard cité plus haut. Il s'était donc ratatiné sur le fauteuil sans même s'en rendre compte sous les rires d'Hermione, Harry, Blaise et Pansy.

Depuis ce moment la, l'estime qu'avait construit Drago pour Ginny s'était presque totalement effondré.

«9h00»

Ce mercredi trente octobre, les deux Préfets-en-chef se tenaient à l'entrée de Poudlard, en face d'une horde de jeunes qui n'attendaient qu'une chose : aller vers le village sorcier voisin. Drago boudait royalement Ginny. Aussi, il bailla sans gêne pour montrer son agacement et lançait des regards noirs à chaque élève qui se permettait de poser leurs yeux trop longtemps sur lui. A peu de chose près, il aurait pu facilement être confondu avec Rusard qui était non loin d'eux et lançait lui aussi des regards noirs à tout-va, comme à son habitude.

Même s'il ne voulait pas le faire, Drago prit le temps de contrôler toutes les autorisations et une fois le travail fini, il se porta volontaire pour fermer la marche des élèves, laissant à Ginny le soin de l'ouvrir. Ce fût les mains dans les poches qu'il se dirigea donc vers Pré-au-Lard.

Cela faisait officiellement une semaine que l'été avait fait place à l'automne. On le remarquait de plus en plus au fil des jours qui passaient. Les arbres se coloraient de nuances chaudes. Les arbres sorciers qui bordaient le chemin avaient, eux, le feuillage qui balançait d'une couleur à une autre, d'un profond bordeaux à un jaune pâle en l'espace de quelques secondes. Ces arbres là semblaient vouloir recoller une à une leur feuille morte à l'aide de leurs longues branches. Mais l'effort était souvent vain, car le chemin était recouvert de milliers de feuilles orangées.
Le soleil qui était seul dans le ciel ne servait à rien à cause du vent qui annihilait toute chaleur. D'ailleurs, Drago enfouit sa tête dans son écharpe vert et argent après une grosse bourrasque.

Plus le blond marchait, plus il s'agaçait de la situation. Il aurait voulu être n'importe où plutôt qu'ici.

«9h15»

Drago marchait lentement, les mains dans les poches, regardant le sol et donnant de légers coups de pied aux feuilles qui étaient sur son chemin. Il ne le savait pas, et peut-être que s'il l'avait su son comportement aurait changé, mais il avait l'air d'un petit garçon boudeur à qui on avait refusé un bonbon.
Soudain, quelqu'un l'interpella.

« – Drago Malefoy, attends !»

Drago ne se retourna pas, mais ralentit tout de même la cadence. Il reconnut la douce voix rêveuse qui l'avait appelé. Lorsqu'il entendit les pas être assez près de lui, il parla.

« – Lovegood, tu es en retard. Les Serdaigles sont passés par là, dit-il en montrant un groupe d'élèves qui était déjà bien loin d'eux.
– Oh, je sais bien, Mais Mr. Rusard a eu la gentillesse de vérifier mon autorisation, elle rattrapa le peu d'espace qui les séparait tout en reprenant son souffle.
– Alors, que me veux-tu ? demanda Drago
– Je penses que ce sont les bestioles qui tournent autour de ta tête qui provoque ta mauvaise humeur. Tu devrais boire une infusion de géranium dentu et de gingembre. Fait attention au géranium, tu n'es pas sans savoir qu'il mord fort si tu l'offenses, murmura-t-elle sur le ton de la confidence. Pourrais-tu donner cette lettre à Hermione Granger ?
– J'ai l'air d'un hibou, Lovegood ?
– C'est vraiment important tu sais.
– Alors il fallait le donner à tes nombreux amis qui sont aussi proches d'elle que toi.
– Au revoir Drago, et merci, conclut-elle en ignorant superbement le blond, un sourire aux lèvres.»

La jeune fille repartit vers le château insouciante et rêveuse. Ses cheveux blonds voletaient derrière elle et lui donnait l'aspect d'un être féerique. Il allait l'interpeller pour lui signaler que le village était de l'autre côté, mais il la laissa partir : après tout elle n'avait pas à chercher un déguisement, ses vêtements devraient faire l'affaire.

Drago ne savait que penser de cette fille. Parfois, il se demandait si elle existait vraiment ou s'il ne faisait que rêver de ses apparitions. Le parchemin entre ses doigts lui rappela qu'il n'hallucinait pas l'existence de Luna. En jetant un regard derrière lui pour voir si elle était à porté de vue -et ce n'était plus le cas-, il réduit le parchemin en une petite boule de papier et s'apprêta à la lancer entre les arbres. Cependant, au dernier moment, il s'arrêta dans son geste. Une pointe de curiosité était apparue et il ouvrit le parchemin.

L'écriture était appliquée et belle.

Coucou Hermione,
On ne se voit plus souvent maintenant, et Ginny me dit que ça ne vas pas super bien.
Je voulais donc prendre de tes nouvelles. J'espère que tu tiens encore le coup.
D'ailleurs, j'ai entendu dire que ce garçon de Serdaigle allait te demander de l'accompagner pour le bal.
Accepte, cela te changera les idées.

On se revoit demain soir,
Luna.

Le Serpentard réduit à nouveau le parchemin en boule, mais sans pour autant le jeter comme il avait prévu de le faire plus tôt. Essayant d'oublier le mot qu'il avait glissé dans sa robe de sorcier, il continua sa route jusqu'aux portes du village. De là où il se trouvait, il voyait l'effervescence dans les rues de Pré-au-Lard. Tous les magasins étaient pris d'assauts par les élèves. Les commerçants adoraient ces sorties, périodes où ils faisaient de bonnes affaires avec les étudiants de Poudlard.

Mais Drago ne voulait pas participer à cette effusion de joie et ne s'empressa pas à courir dans les magasins pour un déguisement. Non. Il voulut se la jouer rebelle et au diable la rousse infernale !

Il se dirigea donc à la Tête de Sanglier, sachant par habitude qu'il n'y avait pas grand monde de Poudlard : il y serait tranquille pour les heures qui allaient suivre et prétendrait avoir fait le tour du village afin de surveiller les élèves si on lui demandait où il était passé.

Le pub semblait bien vide. Il s'avança jusqu'au comptoir et commanda un Whisky-Pur-Feu. Il ne s'attarda pas plus à ce comptoir crasseux et s'en alla s'attabler dans un coin de la salle.
Les propriétaires des pubs du village avaient pour interdiction de servir aux élèves de Poudlard de l'alcool. Mais à la Tête de Sanglier, on ne respectait pas les règles, ils se la jouaient rebelles aussi.

Un serveur vint lui apporter sa commande qu'il sirota peu de temps après, les yeux dans le vague et l'esprit voguant ailleurs. Plusieurs minutes passèrent ainsi, la journée allait être longue et il le savait bien.
Soudain, le grincement de la porte du pub se fit entendre. Il tourna la tête par réflexe vers la source du bruit. Ce fut avec surprise qu'il reconnut la tignasse brune d'Hermione. Il l'entendit commander de l'hydromel aux épices avant de balayer la salle du regard afin de trouver une place où elle ne serait pas remarquée. Son inspection se stoppa quelques secondes lorsque son regard croisa celui du blond : Hermione arqua un sourcil d'étonnement. Ce moment ne dura pas plus que cela, car Abelforth descendait les escaliers et elle s'empressa de le saluer. Ils échangèrent quelques mots que Drago ne put comprendre et elle reçu enfin sa commande.

Hermione s'éloigna du gérant et partit à la recherche de la table la moins crasseuse au plus loin du serpentard. Elle s'attabla, dos au blond et ne vit pas donc le sourire moqueur de celui-ci. Le blond se leva avec discrétion et partit vers la Rouge et Or. Il se glissa sans un bruit derrière elle et susurra à son oreille.

« – Une Gryffondor, ici ? On aura vraiment tout vu.»

La brune frissonna lorsque le souffle chaud de Drago caressa sa nuque. Elle ferma les yeux quelques secondes, mais se reprit tout aussi rapidement.

« – Cet endroit t'est réservé, peut-être ? lança-t-elle d'une voix froide.»

Drago contourna sa table et vint s'asseoir en face d'elle. Il la regarda avec curiosité. Autant Drago et Ginny s'entendaient malgré les récents événements qui l'avaient contrarié, autant avec Hermione il avait plus de mal. Il y avait un blocage des deux côtés. Il ne connaissait pas la cause de son blocage à elle, mais pour lui c'était tout vu : la cause n'avait pas changé depuis le début de l'année bien qu'elle se soit atténuée, Hermione était un concentré de tout ce qu'il n'aimait pas et pourtant, il y avait quelque chose qui l'intriguait chez elle. Un sentiment de dégoût et d'attirance se faisait sentir : paradoxal, mais cela était conforme au personnage.
Drago avait tout d'un être paradoxal.

Il lui arrivait de voir Hermione comme un nouveau défi, un nouveau moyen de dépasser ses propres limites. S'il arrivait à devenir proche de cette fille, il pourra enfin se faire sa propre idée des choses, savoir si oui ou non son père avait raison. Devenir proche de cette née-moldu, de cette sang-de-bourbe était bénéfique pour son bien personnel et mental. Des jours et des jours de réflexion avaient été nécessaires, mais il savait quoi faire maintenant. Il suivrait les conseils de Blaise.
Drago continua alors la conversation.

« – Non, bien sûr que non. Mais ce n'est pas le genre d'endroit qu'on pourrait qualifier de fréquentable ?
– Je suis la seule qui ait gardé cette habitude, confia-t-elle.
– Ah, je vois, un ange passa, Drago regarda le verre d'Hermione.
– De l'hydromel ?
– Oui, répondit-elle sèchement.
– Ok, dit-il voyant bien qu'elle ne voulait pas tenir la conversation. Il aborda donc un sujet qui la fera forcément réagir. Alors avec Goldstein, comment ça se passe. »

Elle regarda, étonnée, le garçon qui se trouvait en face d'elle.

« – Pour faire chier les gens t'es le meilleur, grinça-t-elle en buvant une gorgée de sa boisson.
– Je me renseigne juste.
– Mêle toi de tes affaires, Malefoy.
– J'ai besoin de te poser une question.
– Si ça a un rapport avec Anthony, va voir ailleurs si j'y suis, dit-elle en regardant le pub : tout était bon pour fuir le regard curieux qu'il lui lançait.
– Tu admettras que je fais des efforts pour être agréable -
– Tu veux une médaille pour faire quelque chose qui devrait être naturel ?
– J'imagine que tu ne l'as pas cette médaille ! Moi, au moins, je fais des efforts, on ne peut pas dire autant de toi ! rétorqua Drago, agacé.
– Elle est où ta question, Malefoy ? concéda Hermione d'un ton las.
– Pourquoi es-tu devenue si amer depuis le début de l'année ?
– Malefoy, je vais te dire quelque chose : nous ne sommes pas amis, je ne vais sûrement pas commencer à étaler ma vie avec toi. On vient de terminer une guerre et tu veux que je sois au mieux de ma forme ?
– Tu vois très bien de quoi je parle.
– Au risque de me répéter, mêle-toi de tes affaires. »

Elle se leva énervée, mais Drago lui prit la main. A ce contact, tous les deux eurent un frisson. Peut-être était-ce parce qu'ils ne touchaient jamais. Et en pensant à cela Hermione se souvint de la dernière fois où il lui avait touché volontairement les cheveux, dans la salle commune après qu'elle se fut confiée à lui sur sa souffrance. Ironique. Pourquoi lui avait-elle parlé cette soirée-là et pas aujourd'hui ? Elle y pensait encore sans se rendre compte qu'ils étaient restés main dans la main, comme pétrifiés par le geste et assimilant tous les frissons que cela procurait.
Drago fut le premier à se reprendre en repensant à la raison de ce contact : il glissa le mot de Luna dans la paume d'Hermione et rompit le contact assez brusquement. Il se leva lui aussi, déposa l'argent sur la table, et passa devant Hermione qui n'avait pas bougé.

«– C'est de Loufoca, elle tenait à te le donner, conclut-il lorsqu'il fut près d'elle.»

Hermione mena son verre d'Hydromel à ses lèvres, toujours debout, et elle pensa à tout ce qui venait de se passer. Elle voyait le blond sortir du pub avec la même allure aristocratique qu'elle lui connaissait. Dans sa main gauche , le parchemin semblait brûlant. Etait-ce une blague du Serpentard ? Pourquoi Luna ne lui avait pas remis la lettre via quelqu'un d'autre ? Hermione prit cependant son courage de Gryffondor à deux mains et lu tout de même la lettre. Elle fit un petit sourire triste à chaque mot, que ses yeux voyaient.

La rouge et or défroissa de ses doigts les bords du parchemin, pestant mentalement contre Drago qui l'avait réduit en une minable boulette. Elle le plia soigneusement en deux et le mit dans une de ses poches. Ses mains entourèrent à nouveau son verre et elle fixa un point invisible au dessus du bar. Elle fit un sourire à peine visible pour le mot qu'elle venait de lire. Hermione ferma les yeux et les rouvrit une minute plus tard. Elle sursauta de surprise de voir Harry devant elle. La brune cligna plusieurs fois des yeux et se mit à souffler bruyamment.

«– Harry, par Merlin, ne fait plus jamais ça !
– Calme toi Hermione, il sourit. Je voulais juste venir te voir, je savais que je te retrouverai ici.»

Hermione lui rendit son sourire et finit son verre d'une traite.

«– On peut aller faire un tour ? demanda Harry.
– Oui bien sûr, elle laissa quelques pièces sur la table et suivit Harry.»

Arrivés dehors, les deux Gryffondor marchèrent dans un doux silence avec leurs épaules qui se frôlaient dans un agréable froissement de tissus.

«– Tu vas mieux ? demanda soudainement Harry
– Je fais avec, Harry. Il me faudra beaucoup de temps...
– Je le sais bien. Et toi, n'oublie pas que si tu veux parler, je suis là.»

Hermione lui fit un sourire tendre et croisa son bras au sien pour être encore plus près de son meilleur ami. Quelques secondes passèrent avant que la brune ne parle.

«– Tu viens de rater une scène très étrange.
– Ah oui ? Le pub était pourtant vide et calme lorsque je suis arrivé, tu avais même l'air endormie, la taquina-t-il, par quoi elle répondit d'un coup de coude dans les côtes.
– Malefoy s'est encore pointé pour venir me parler.
– Encore ? Que veux-tu dire ? Il te harcèle ou un truc du style ?
– Non, il est gentil et essaie de faire la conversation, ce genre de truc tu vois ?
– C'est bien pire si tu veux mon avis, Hermione rit à cette réponse, non mais plus sérieusement, tu penses qu'il prépare un mauvais coup ? Il avait l'air bien calme en ce début d'année, peut-être trop pour que ce soit innocent.
– Non, Harry, et c'est bien ça qui m'embête. Il a l'air d'être bel et bien innocent cette fois. Ginny s'entend bien avec lui grâce à leurs rondes, elle me dit qu'il a changé, qu'il est agréable et ouvert à la conversation durant les soirées qu'ils passent ensemble.
– Donc c'est moi qui dois m'inquiéter ? murmura-t-il d'un air faussement choqué, Hermione rit doucement.
– Non, pas du tout, Ginny n'a d'yeux que pour toi. Les blonds ne sont pas de son style de toute façon.
– Ca aurait été problématique dans le cas contraire, rit-il. Alors même si je trouve ça suspect, quel est le problème qu'il soit gentil si toi, tu penses qu'il n'y a rien de louche à son comportement ?
– Et bien, je ne veux pas m'entendre avec lui.
– Et pourquoi ça ?
– Je ne pense pas qu'il puisse m'apporter quelque chose de bénéfique, ce gars m'a toujours fait du mal,confessa-t-elle d'une voix très basse comme honteuse de l'avouer.
– Hermione, écoute moi bien, je pense que tu devrais lui laisser une chance. Non, laisse moi finir, dit-il en voyant sa meilleure amie prête à répliquer. Moi-même je vois qu'il change, soit il nous montre son vrai visage, soit il prépare un mauvais coup. Je préfère la première option. Toutefois, je ne sais pas ce qui le motive... J'en parlerai à Blaise à l'occasion, il en saura plus j'imagine.
– Toi aussi tu changes Harry, lâcha Hermione tout en regardant son ami d'un œil nouveau.
– Tout comme toi, comme tout le monde. La guerre nous a tous changés. Que ce soit dans les mœurs, dans nos comportements et nos physiques. Il y en a qui ont totalement changé leur façon de penser, comme Blaise, il y en a qui ont des prothèses à la place d'un membre, comme Seamus. On a tous changé de manière différente, et si Malefoy fait le premier pas, c'est un acte qui doit d'ailleurs être relevé par son incongruité, c'est qu'en soit il a déjà changé. À toi de voir maintenant si tu fais le second pas ou non.»

Hermione ne prit pas la peine de lui répondre, resserrant sa prise autour du bras de Harry. Ils marchèrent jusque devant la cabane hurlante. Les collines aux alentours avaient bruni. Hermione s'installa au pied d'un arbre avec Harry auprès d'elle. La brune sortit sa baguette et lança quelques sorts aux champignons qui poussaient allègrement non loin d'eux. Les petits champignons s'arrachèrent du sol et commencèrent à voleter tout autour des deux gryffondor, tantôt à la file indienne, tantôt en faisant des petites chorégraphies dans les airs.

Harry aimait cela aussi chez Hermione, sa capacité à faire de la belle magie, celle qui était en soi inutile, mais qui trouvait toujours le moyen de d'arracher un sourire à quiconque en était témoin. Il appréciait ces sortilèges futiles et parfois amusants qu'elle lançait lorsqu'elle n'avait rien de mieux à faire. Il l'avait déjà aperçu ensorceler ainsi les champignons lorsqu'elle révisait ses cours de potions, avec des fleurs -qu'elle venait de cueillir dans la forêt interdite pour les étudier- posées dans son sac. Jamais elle ne lui avait paru plus sorcière qu'à ce moment-là. Identique à la représentation qu'en faisait les moldus -la laideur en moins.*

La brune fit rire Harry encore quelques secondes en ajoutant une bonne dizaine de feuilles mortes au ballet, puis engagea la conversation à nouveau tout en continuant son manège.

« – Et à propos d'Anthony... commença-t-elle sans vraiment savoir quoi rajouter, l'absence du Serdaigle étant toujours assez douloureuse.
– Je ne le connais pas assez pour avoir un avis fondé sur lui, continua Harry quelques secondes plus tard après avoir bien réfléchi à ce qu'il allait lui dire. Mais de ce que je vois de son comportement actuel envers toi, j'ai bien peur que mon avis ne soit pas objectif et sympathique.
– Je tombe toujours sur des cas sociaux, ce n'est pas possible, râla-t-elle tandis qu'Harry éclata de rire.
– Je le dirais à Ron, Hermione lui lança un regard noir en biais, manquant de faire tomber tout les champignons. Et puis tu n'avais pas dit que tu ne voulais pas t'impliquer émotionnellement ou sentimentalement avec lui ? Tu voulais juste lui parler non ?
– Ecoute, je ne sais pas ce qui s'est passé. Je pensais aussi vouloir juste me faire un nouvel ami, mais j'imagine qu'il s'est présenté beaucoup trop tôt après ma rupture. Je me suis attaché à lui de la manière même que je voulais éviter à tout prix.
– Tu l'aimes, Hermione ? demanda le survivant, inquiet de la réponse.
– Non, bien sûr que non. Je suis juste attaché à lui, comme je te l'ai dit. Suffisamment pour que son absence me soit désagréable et me rende un peu plus triste que je ne le suis déjà. Ne t'inquiète pas pour ça, Harry, j'arriverai à gérer toute cette histoire. Il me faut du temps voilà tout. Ecoute, je vais aller chercher un déguisement, je te retrouve au Trois Balais, d'accord ?
– Pas de problèmes, soupira-t-il sachant qu'il ne servait à rien d'insister. A tout à l'heure, Hermione ! »

Hermione se dirigea seule vers la boutique de prêt-à-porter Gaichiffon et Scribenpen. Elle lança un regard envieux vers la deuxième boutique, mais se décidant tout de même à entrer dans la première. La gryffondor ne savait pas trop ce qu'elle recherchait, elle savait juste que le but était de ne pas se faire reconnaître. Au détour d'un rayon, elle aperçut une robe qui lui plut immédiatement : celle-ci ne faisait pas du tout déguisement, mais elle savait ce qu'elle allait en faire. Après l'avoir essayée, elle passa en caisse et sortit du magasin presque aussitôt.
Ses pas la menèrent vers les Trois-Balais où Ginny et Harry l'attendaient.

Cependant, alors qu'elle observait le paysage durant sa marche, elle ne vit pas le roux qui venait vers elle.

« – Hermione ? »

Au son de cette voix qu'elle reconnut aussitôt, elle tourna d'un coup sec la tête, craquant douloureusement ses vertèbres. Elle jeta un regard noir au nouveau venu tandis que celui-ci baissait la tête, gêné.

« – Qu'est ce que tu veux, Ron, cracha-t-elle.

– Je... Je voulais prendre de tes nouvelles... On ne se voit plus du tout !

– Et bien, oui, je mets un point d'honneur à t'éviter, il manquerait plus qu'on se voit en dehors des cours comme maintenant, dit-elle en levant les yeux au ciel.

– Hermione, tu me manques. Tu es ma meilleure amie, ça me manque de passer du temps avec toi et Harry. Rien n'est plus pareil depuis-

– Depuis notre rupture. Oui, je sais. Il fallait y penser avant.

– Je ne veux pas avoir à choisir entre toi et Padma. Tu es comme ma propre sœur, à la même position que Ginny, je ne veux vraiment pas te perdre. »

A cette confession, Hermione sentit une douce chaleur s'emparer d'elle. Ça lui faisait tout de même plaisir de voir qu'elle comptait encore pour lui. Mais ce n'était pas ce dont elle avait besoin à ce moment là.

« – Tu dois me laisser le temps de digérer tout ça, Ron, tu comprends ? lâcha-t-elle d'une voix qu'elle voulait douce. Il est encore trop tôt pour moi, j'ai vraiment beaucoup de mal avec tout ça et ... Juste donne moi du temps, tu m'as fait beaucoup de mal.

– Je comprends... Je suis désolée, je n'ai que cela à te dire. J'espère sincèrement que nous allons redevenir meilleurs amis. Tu me manques, Hermione. »

Il baissa les yeux et s'en alla, ne voulant pas imposer sa présence plus longtemps. Hermione la regardait disparaître au détour d'une maison tout en sentant une larme couler sur sa joue. Elle l'effaça d'un geste dur et rapide et s'empressa de se rendre aux Trois-Balais.

Blaise avait lui aussi acheté son costume sous l'avis de Drago qui l'avait rejoint après son détour à la tête de sanglier. Eux aussi décidèrent d'aller au Trois-Balais pour rejoindre Pansy qui les attendait. La pluie commençait tout juste à tomber lorsqu'ils passèrent les portes du pub. L'atmosphère était, comme à son habitude, conviviale et chaleureuse. Le fond sonore n'était que rires et discutions. Blaise jeta un œil sur l'ensemble de la salle et son regard s'arrêta sur le dos de Pansy qui attendait au fond avec un verre de jus de citrouille en face d'elle.

Les deux garçons s'assirent et commandèrent deux bièraubeurres. Pansy était dos à la foule d'élèves, Drago avait une vue sur toute la salle et Blaise était assis sur le côté, et à moins de se tordre, il ne voyait que les élèves à sa droite. Ils parlèrent un bon moment de tout et de rien, faisant passer le temps du mieux qu'ils pouvaient, voulant retarder le plus possible le moment où ils allaient rentrer au château.

Le temps à l'extérieur était déplorable, la pluie s'abattait à grosses gouttes sur le toit du pub et le vent s'engouffrait par chaque petit trou de la porte.
Drago regardait maintenant l'ensemble des élèves et s'arrêta sur Harry, qui était bien sur accompagné d'Hermione et de Ginny. Drago analysait chaque faits et gestes des trois adolescents et il pensait activement à comment faire pour reparler à Hermione.
Soudain, toutes réflexions s'arrêtèrent, il voyait un intrus dans le décor. Que faisait un Serdaigle en compagnie des trois Gryffondors ?

Il regarda plus attentivement le nouveau venu : c'était Anthony Goldstein et il parlait à Hermione. Celle-ci arborait un regard interloqué et un peu hautain. Après un moment d'hésitation, elle se leva et suivit le Serdaigle à une table vide. Le jeune homme était dos à Drago et Hermione face à lui. Il put le voir se pencher un peu sur la table et dire quelque chose à Hermione. Celle-ci rougit instantanément. Elle resserra son écharpe autour de son cou et leva la tête vers le garçon, son regard était calculateur et perçant. La gryffondor fronça les sourcils comme dans une intense réflexion puis lui sourit et fit un mouvement vertical de la tête.

A ce moment là, le Serdaigle se leva d'un bond et alla vers la Gryffondor et il lui fit un baiser sur la joue. Elle baissa la tête, encore plus rouge que les cheveux d'un Weasley et se leva à son tour pour rejoindre sa table, sans un regard de plus pour Anthony qui s'en allait lui aussi vers ses amis.

«– Dites ... murmura Drago interrompant la conversation de ses deux amis.
– Mh ? répondirent en chœur Pansy et Blaise.
– Si on vous draguait lourdement pour ensuite vous ignorer pendant deux semaines et revenir pour un rendez-vous, vous réagiriez comment ?»

Les deux Serpentard regardèrent Drago, surpris par cette question très précise. Celui-ci attendait une réponse qui arriva bien vite de la part de Pansy.

«– Je lui collerai un bon maléfice au cul, ça c'est sûr. Mais s'il est convainquant, peut-être que j'accepterai,répondit Pansy tout en coinçant sa main sous son menton en signe de réflexion. Blaise quant à lui leva les yeux au ciel et répondit à son tour.
– C'est une bonne technique l'indifférence, le garçon drague, attrape la fille qu'il veut conquérir, la cajole et se rapproche d'elle pour ensuite l'ignorer une bonne semaine ou deux. La fille de son côté espère qu'il va revenir et n'attend qu'un signe de vie et, bien sûr, lorsque celui-ci revient, elle l'accueille les bras grands ouverts. Le piège s'est refermé.
– Tu décris tout ça pour qui ? demanda Pansy d'une voix moqueuse.
– À qui veut bien l'entendre, répondit-il, accompagné d'un clin d'œil.
– Non mais, si c'était pour moi, suite à ma réponse, tu n'avais pas besoin de préciser tout le processus : je connais très bien cette technique pour l'avoir utilisé Merlin sait combien de fois, fit-elle un sourire satisfait aux lèvres.»

Pendant qu'ils se chamaillaient, Drago regardait Hermione raconter avec un enthousiasme sans égal la scène qui venait de se dérouler. Effectivement, le Serdaigle avait bien réussi son coup. Hermione était vraiment idiote et naïve. Le brun savait se faire désirer pensa Drago. Bien malgré lui, son estomac se tordit à l'idée de savoir qu'elle allait avoir un nouveau rendez vous avec Anthony. C'était sans doute dû au fait que ce dernier pouvait parler à Hermione avec beaucoup de facilité alors que lui cherchait encore un moyen de l'approcher. Oui, c'était sans doute ça.

Les trois amis continuèrent de boire leur biéraubeurre et rentrèrent au château mouillés, mais fin près pour la soirée du lendemain.


EDIT 30/12 : je suis passée de 3100 à 5000 mots :D