Chapitre 13 - Bienvenue en Louisiane !
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Tony récupère ses valises et celles de sa compagne. Ils sont à la Nouvelle-Orléans, il est onze heure. Le voyage s'est bien passé. Il a seulement les oreilles qui bourdonnent un peu. Abby n'a pas cessé de parler tout le temps du trajet. Il est habitué donc ça a été -bien que l'annonce de l'atterrissage imminent ait été soulageant- mais les passagers autour commençaient à saturer. Tout le monde connait à présent les noms prénoms et biographie de chaque membre de la famille Sciuto, des endroits à éviter à tout prix dans la ville et ceux incontournables, ainsi que son histoire et celle du Jazz. Il le sait, mais cela l'étonne toujours que l'on puisse dire autant de chose en si peu de temps. On ne lui enlèvera pas de l'idée que le fait d'avoir des parents sourds et muets a accentué son besoin de parler et son goût du bruit.
En parlant de ça, il a eu droit à un cours accéléré de langue des signes toute cette semaines. Depuis le temps qu'il la côtoie il a appris certaines choses, mais assurément pas autant. Il l'a d'ailleurs étonné par les connaissances qu'il a de cette langue. Bien que maigres, elle s'attendait à pire. Il s'est bien gardé de lui dire qu'il a appris pas mal de signes pour pouvoir comprendre ce qu'elle dit avec Gibbs en mode silence. Cela l'intéresse au plus haut point, surtout que bon nombre de ces rares conversations où il est présent ont lui pour sujet.
Il rejoint Abby qui enlace sa mère puis une de ses amies. Elle le présente dans les deux langues. La bonne nouvelle une fois qu'il a salué à son tour madame Sciuto, c'est qu'elle lit sur les lèvres. Ses signes étant encore un peu brouillon, cela va lui être d'une grande aide.
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Ally grimace en voyant le repas du déjeuner. À ses côtés, ses frères et les autres enfants en font de même. Manger de la soupe de légumes en été et à midi est, de leur avis à tous, inhumain. Heureusement c'est mangeable, le cuisinier n'est pas incompétent. Tant qu'aucun d'eux ne met les pieds dans sa cuisine tout va pour le mieux.
Au début, ils ont trouvé ça bizarre. D'habitude, camp est synonyme de colo ou parfois de scout et ce qu'il va avec, c'est à dire, entre autres, à eux de préparer le repas. Ici ce n'est pas le cas, Yahn Summers, le cuisto a interdit l'accès à son antre. Ils vivent dans des chalets de bois et non dans des tentes ou à la belle étoile. Ils sont dans un village miniature avec le minimum vital, eau courante et électricité.
Leurs grands-parents les ont déposés ici il y a quelques jours en disant qu'ils allaient bien s'amuser. Tu parles! C'est plutôt un ennui généralisé. Ils auraient préféré un endroit proche du littoral, pas être coincés dans les terres. Seulement ce n'est pas ici que leur père pourrait les retrouver. Les Jorensen n'ont pas fait de vagues suite à leur confrontation avec Tony, sans doute l'avantage d'être agent fédéral et de ne pas vouloir encore mêler la justice à leurs histoires, mais ils restent vigilants.
Les adultes responsables de la cinquantaine d'enfants du camp sont nombreux. Ils passent entre les tables pour surveiller. Ils ne les connaissent pas encore tous. Chacun est responsable d'un groupe et d'activités particulières. Hormis les balades en forêt, les promenades en kayak et les veillées au coin du feu, incontournables évidemment, ils n'ont pour l'instant rien fait d'extraordinaire. Il leur faut attendre encore pour que cela change.
Les chalets des filles et des garçons sont séparés, au grand dam des Tripl's. Ils aiment peut-être la solitude, comme tout un chacun, mais ils ne conçoivent pour autant pas la vie quelle qu'elle soit loin les uns des autres. Être séparés de deux cents mètres, même pour dormir, leur est intolérable. Avec tout ce qu'ils ont vécu ces dernières semaines, ils ont encore moins envie de rester éloignés. Ils ont besoin de se rassurer, d'être ensemble.
Ils sont sans cesse surveillés. Ils n'ont pas encore réussi à se retrouver tous les trois tranquille. De ce fait, ils n'ont pas pu téléphoner à leur père. C'est tout juste si Will a réussi à lui envoyer un message pour dire où ils sont. Ils attendent avec impatience une baisse de vigilance de la part de leurs gardiens pour l'appeler. Ils ne le connaissent pour ainsi dire pas et ils ont hâte que cela change.
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Tony s'éclipse de table en s'excusant dès qu'il entend son portable sonner. Il voit le numéro des Tripl's s'afficher avec ravissement. Il décroche lorsqu'il juge être assez loin du salon et de ses hôtes.
- Allo Papa?
- Salut Will! Alors comment ça va mon grand?
- Imagine un bagne en plein milieu de l'Amazonie avec des gardes armés jusqu'aux dents de sourires débiles et de lampes de poches et multiplie ça par mille!
- À ce point là? sourie-t-il.
- Pire! C'est l'enfer!
- L'écoute pas! coupe Nathan. Il est de mauvaise humeur parce qu'il a pas assez mangé!
- De la soupe Papa! Ils nous ont servi de la soupe de légume ce midi!
- Je suis d'accord avec lui, c'est franchement nul comme repas! continue Ally. Nat te le dira pas, mais il en pense pas moins!
- Je comprends que ce soit dur.
- Te moque pas! s'exclame Will. Tu serais à notre place, tu comprendrais vraiment.
- Je l'ai été.
- Quand?
- À votre âge. Mon père m'envoyait tous les été en camp.
- Et la bouffe été aussi nulle?
- Souvent!
- Génial! Maintenant on est sûr que ça s'améliorera jamais!
- T'exagère, reproche Ally, c'est bon ce qu'on mange.
- Oui, pour des petits vieux qu'ont plus de dents!
- Donc si je saisis ce que vous me dîtes, les repas sont bons mais pas adaptés?
- C'est ça!
- Je penserai à vous amener des rations de survie quand je viendrai vous voir!
- C'est vrai? s'écrie son fils. Tu vas venir?
- Je ne suis pas sourd Will!
- Oups, désolé.
- Tu viens quand? questionne la voix de Nat à son oreille.
- Je ne sais pas exactement. Dès que je peux me libérer.
- Demain? demande Ally avec espoir.
- Non, après-demain sans doute.
- Super!
- On fera comment pour se voir? demande Nathan. On est tout le temps surveillé.
- Le soir, quand ils vous enverront vous coucher.
- Il fera nuit, réfléchit Will, ça va pas être facile.
- Je sais, mais...
- J'adore! C'est génial!
- Quoi?
- Will adore tout ce qui est interdit Papa, explique Nat. Plus ça l'est, plus il le fait.
- Paraît que c'est avoir l'esprit de contrariété, enchérit sa sœur.
- Je vois, rit Tony.
- Dis P'pa, les interrompt Will, t'entends quoi par rations de survie?
