New Vogue Children
Chapitre 14
Le Grenier
Il prit les deux bébés larmoyants dans ses bras, la clé du grenier en main et marcha en direction de celui-ci, dans un des couloirs où il n'allait que rarement, celui-ci ne débouchant que sur des chambres inoccupées ainsi que l'escalier menant à la trappe au plafond. Escalier qu'il monta lentement en berçant les jumeaux pour aller déverouiller, avec quelques difficultés, la porte en bois. Il l'ouvrit et fut accueilli par un nuage de poussières. Ill attendit qu'ils soit complètement dissipé avant d'y mettre les pieds. Il repéra rapidement un vieux sofa protégé d'un drap qu'il enleva, histoire de ne pas étouffer les enfants dans la poussière, avant de les y laisser et de partir à la recherche d'un interrupteur. À la lueur de la lune, il trouva une cordelette pendant à une ampoule nue au centre de la pièce. C'était le royaume grisâtre de la vieillerie recouverte de couvertures jaunies dans cette pièce qu'il n'avait, jusqu'alors, jamais vue. À certains endroits sur le plancher, il pouvait discerner de vieilles traces de pas dissimulées sous un fin voile granuleux, fibreux, où il y avait moins de moutons. Curieux, il décida de les suivre. Les traces menaient à une boîte assez grande sur laquelle il y avait une inscription qu'il ne pouvait décrypter à cause de la quantité trop importante de poussière y étant accumulée. Il passa une main dessus et pu lire "Vieilleries à se débarrasser" écrit grossièrement en feutre noir ; c'était la calligraphie de Hora. Il ouvrit le carton ; il semblait remplis de vieux vêtements à eux deux. De vieilles robes dont il n'avait même pas remarqué la disparition dans sa penderie puisqu'il ne les mettait plus, des blouses, des chemises, des pantalons et même des chaussettes dépareillées s'y trouvaient aussi. Il vida le contenu, souriant quelques fois aux morceaux qu'il trouvait, se rappelant de l'époque à laquelle il les portaient encore. Lorsqu'il la crue vide, il se pencha au dessus et vit un petit cahier à la reliure noire et usée. Il sentit son coeur se serrer lorsqu'il le prit pour le retourner et voir la couverture ; il venait de remettre la main sur son vieux journal intime, celui qu'il avait commencé lorsqu'il était tombé malade, un peu avant, peut-être. Il était persuadé de l'avoir égaré... Alors c'était Hora qui était parti avec ?
Il l'ouvrit à la première page et se mit à lire : " 1er janvier 1999, un nouvel an commence et avec elle, je commence ce journal. C'est ma première résolution de l'année. Je ne sais pas à quelle fréquence je vais écrire, mais je vais faire en sorte de ne jamais le mettre de côté. Ça faisait un moment que j'y pensais, mais ce n'est que maintenant que je me lance parce que je crois que c'est bien d'écrire ce qu'on ressent, d'écrire pour farder nos souvenirs plus clairs. Peut-être qu'avant, à 15 ans, j'étais tout simplement trop jeune, et que mes souvenirs et sentiments de ce temps-là étaient les mêmes que n'importe quel adolescent. Quoi que non, peut-être pas... J'étais quand même le seul de ma classe à vraiment écouter - et regarder - du Visual Kei et à l'apprécier. Mais, cette dernière année, je sens que j'ai beaucoup muri, je sais un peu mieux qui je suis et je me fiche éperdument d'être différent des autres. Je préfère la jupe au pantalon, et alors ? Je préfére les garçons aux filles, et alors ? ! Je suis sorti du placard il y a quelques mois et beaucoup d'amis que j'avais ont arrêté de me fréquenter. Mais au moins, Hora est toujours là pour moi, maman, aussi. Mon père ne le sait pas encore, mais je m'en fiche. Je ne sais d'ailleurs pas si je vais le lui dire... J'en verrais pas l'utilité...
Donc voilà, mon journal est inauguré, j'espère que je n'oublierai pas de m'en servir."
Il avait seize and lorsqu'il avait écrit ces lignes, il avait encore l'espoir d'avoire un avenir bien meilleur que la vie qu'il menait à ce moment-là. À cet époque, il ne se doutait pas de tout le malheur dont il allait témoigner dans ces pages. Il le feuilletta rapidement prêtant plsu ou moins attention à ce qu'il avait écrit.
"Elles m'ont bien entendu ! Ce n'est pas moi qui ai tord ! Pourquoi ne peuvent-elles pas voir que ce sont elles, les folles ! Sales pétasses, rien de plus que des salopes... Pourquoi ne meurent-elles pas qu'elles ne rient plus jamais ?!"
"Il fait fondre mon coeur ! Je voudrais que nous vivions cette intoxication pour toujours ! Nous nous aimons d'une façon aussi douce que l'odeur du chocolat !"
"Ne pourrait-on pas dévorer tous ces ignorants, ces hétérosexuels ?! Ils sont tellement plus hideux que tout le reste..."
"Malgré tout, je n'ai jamais souhaité ou pensé que tout aurait été meilleur si on ne s'était jamais rencontré, tous les deux..."
Et ainsi ça continuait, relatant ses déboires amoureux d'avant qu'il ne tombe malade, combien il détestait la grande différence d'âge que Hora et lui avait, la haine que les homophobes avaient générée en lui envers les hétérosexuels, comment Hora l'avait soutenu quand ses parents sont décédés, la douleur insupportable qu'il avait ressenti quant à la perte de sa mère, quand il commença à être sérieusement malade, quand Hora lui a acconcé qu'il avait fini son cours en médecine, quand celui-ci jugea préférable pour lui et sa santé qu'il ne sorte plus, les amis qu'il ne voyait plus... Puis, il n'avait plus rien écrit dans ce cahier. Le dernier message datait d'avril 2002... C'est à ce moment et pendant les quelques années suivantes que son état fut le pire. Il passait parfois des semaines entières au lit, branché à un soluté. Il secoua la tête en réalisant que les larmes lui étaient montées aux yeux. Il ferma le bouquin d'un coup sec et alla le poser à côté des bébés qui avaient fini par s'endormir au bout de leurs pleurs, et retourna vaquer à son occupation première : quelque chose qui pourrait servir de berceau.
Il jeta un regard circulaire à la pièce. À première vue, rien n'aurais pu être ou aurait pu faire office de berceau... Mais tout était couvert de draps qui avait dû être blancs, autrefois. Il s'affaira à tous les enlever, un par un, pour ensuite les jeter dans un coin pour plus tard les envoyer à la lessive.
Il découvrit là un tas de vieilleries, passant de la machine à coudre datant s'une autre époque au meubles de jardin défraîchis. Il y trouva aussi un vieux tourne disque avec quelques disque de Maria Callas et en vint à se demander si le tout était toujours fonctionnel. Ce n'est que vers les derniers draps à soulever qu'il trouva ce pourquoi il était monté là-haut. Il ne s'agissait en fait que d'un landeau probablement quincagénaire, voire même plus, mais il était bien assez grand pour accueillir les deux enfant au futur meurtrier. Il n'avait besoin que d'un certain nettoyage.
Il alla pour le descendre dans l'escalier, mais se ravisa en pensant qu'il ne pouvait pas laisser les jumeaux sans surveillance. Il ne pouvait pas non plus les descendre dans le landau sale, ni les descendre d'abord puis remonter ensuite pour ce qui servirait de berceau. Il décida donc d'aller s'asseoir sur le sofa à côté des nourrissons pour entreprendre de relire au complet son journal en attendant le retour de Hora.
Le début relatait la vie d'un adolescent conscient qu'il était différent des autres, mais qui était aussi heureux d'être aussi unique. En fait, il semblait mener une vie presque exemplaire, cependant, lorsqu'il en arriva à l'épisode de l'accident de ses parents, ça se mit à se gâter, ça avait tout gâché. Les pages gondolées pour avoir absorbées ses larmes se faisaient de moins en moins rares, dans le même sens, la fréquence à laquelle il écrivait diminuait. Dans certains bas de pages, des phrases avaient été laissée en suspend puisqu'il ne s'était plus sentit capable d'en écrire davantage. Ça devait être dans ces moments-là qu'il finissait par jeter son cahier au bout de ses bras pour ensuite se laisser tomber mollement dans son lit et finalement s'endormir en pleurant. Ça lui avait d'ailleurs fait remonter les larmes aux yeux une nouvelle fois. Tant d'années était passées avec une telle tristesse... Tout ça se transformait peu à peu en désespoir. Trop de temps lui était coulé entre les doigts sans même qu'il ne puisse rien y changer, sans même mettre le moindre orteil à l'extérieur. Si jamais cela lui était permis à nouveau, même si maintenant, il souhaitait vraiment échapper à cette vie, il ne pourrait pas faire autrement que de revenir à la maison à la fin de la journée, possiblement avant, puisque non seulement il n'avait nulle autre part où aller, mais aussi le monde avait-il incroyablement changé en presque 10 ans... Cette libertée lui semblait donc... inconcevable.
Toutes ces pensées entrèrent en collision dans sa tête, tous les mauvais souvenirs – et Dieu seul sait combien il en avait – refirent surface pour venir se joindre à son malheur du présent, ce qui déclancha chez lui un flot incontrôlable de larmes ; il pleurait comme jamais il n'avait pleuré auparavant. Il commençait à étouffer ; Il voulait se calmer, mais n'y parvenait pas, ça n'eut pour effet que d'empirer son cas. Il se leva sans se soucier du livre qui tomba dans un nuage de poussières et, la tête lui tournant de plus en plus, il s'approcha de la petite lucarne qu'il n'y avait pas loin de là. Au faible éclairage des rayons de la lune, il cru voir la voiture de Hora, au travers de ses larmes, dans l'allée. Il s'adossa au mur de bois nu, les mains sur les tempes. Il ferma les yeux et tenta de se concentrer sur ce qu'il se passait dans la maison, mais ce fut sans résultat concluant.
Hora... ! tenta-t-il d'appeler, mais ce ne fut que d'une voix faible, étranglée entre deux hoquets.
Il fit quelques pas vers l'escalier, mais il perdit l'équilibre et tomba sur ses genoux, le souffle court. Avec difficulté, il se releva, marcha encore quelques pas, réussit à se rendre jusqu'à une colonne de soutient et s'y aggripa.
Hora... ! appela-t-il une seconde fois, aussi désespérément que la première.
Il entendit des pas gravir rapidement les marches menant au grenier, toutefois son esprit s'embrumait, ses paupières devenaient lourdes et la force viendrait à sous peu lui manquer dans les jambes. La trappe s'ouvrit toute d'un coup, ce qui l'aveugla puisque la lumière d'en bas était bien plus puissant que celle de là où il se trouvait, et le fit sursauter, le faisant ainsi lâcher le poteau auquel il se tenait. Il se sentit tomber vers l'arrière, mais deux bras fort se resserrèrent autour de sa taille. Incapable d'en prendre plus, il laissa sa tête choire sur la poitrine de l'autre et s'y évanouit.
Kaya ! s'écrita l'autre, réveillant, du coup, les bébés.
Dans un certain état de panique, il glissa un bras sous ses genoux, le prit dans ses bras pour le porter jusqu'à sa chambre puis le poser sur son lit et aller chercher les enfants s'égosillant toujours dans le grenier. Il redescendit l'escalier à la volé et les coucha à côté de leur "mère" inconsciente avant de repartir à la course vers son labo. C'était l'occasion rêvée (enfin, c'était tout de même très relatif...) de tester le médicament qu'il mettait au point en attendant chaque nouvelle naissance de New Vogue Child. Il prit la petite fiole remplie de liquide transparent dans son petit réfrigérateur et pigea une seringue neuve dans une armoire puis revint à la chambre. Là, deux options s'offraient à lui : Nourrir les enfants d'abord, puis soigner Kaya ou l'inverse...
Il choisit cette dernière option puisque la première demanderait qu'il laisse l'effeminé dans un état commateux un peu trop longtemps à son goût. Les jumeaux pouvaient bien attendre encore quelques minutes.
Au chevet de l'évanoui, il dosa à peine quelques millilitres de la solution dans la seringue et la posa sur la table de nuit pour mieux lui enlever sa blouse, question de bien dégager son bras, et planta l'aiguille dan sune veine bleue qui se distinguait bien sur la pâleur de sa peau. Une fois l'injection terminée, il disposa de son instrument et s'agenouilla à côté du lit, jeta un bref coup d'oeil aux deux autres, en lui tenant la main, attendant de voir l'effet du médicament. Petit à petit, ses paupières se mirent à papillonner, jusqu'à ce qu'il ouvre complètement les yeux, yeux qui ne tardèrent pas à presque s'exorbiter. Hora se remit sur pied.
Ka...
Il ne continua pas, l'autre fut pris d'un haut le coeur et il évita de justesse qu'il ne lui vomisse dessus.
Merde... mon tapis... ! s'exclama l'alité, aussi fort qu'il le put, en constatant l'ampleur des dégats avant d'encore fondre en larmes en retombant sur ses oreillers.
C'est pas grave, c'est qu'une descente de lit, je t'en achèterai une autre... lui dit-il doucement en lui caressant les cheveux.
