Disclaimer: Ni l'auteure ni moi ne possédons House.
Auteure : Cardio Necrosis.
Traductrice : Saturne.
Hum. Oui. Je sais. Toutes mes plates excuses ! Pour ma défense, j'ai commencé la série Sherlock et j'ai pas pu décrocher ! D'ailleurs si je trouve une bonne fic en anglais j'en traduirai peut-être une quand j'aurai fini avec A New Divide, héhé... D'ailleurs, très franchement, Sherlock/John ça ne vous fait pas penser à House/Wilson ? Les similitudes sont frappantes !
Vos gentilles reviews m'ont donné des remords, alors voilà la suite ! Et merci aux reviewers anonymes à qui je n'ai pas pu répondre personnellement !
Continuez tous, ça me motive vraiment ! :)
Bonne lecture !
A New Divide
Chapitre Quatorze
Amber était morte.
Wilson était assis à son bureau. Il fixait son verre de Paris posé sur le bois vernis et tentait d'ignorer les gouttes qui glissaient le long du verre et s'accumulaient à sa base. Il ignora le léger goût de whisky sur sa langue et aspira la nicotine à pleins poumons d'une main tremblante, laissant des traînées décousues de fumée se tordre dans l'air devant lui.
Il aurait dû rentrer à la maison, mais il ne pouvait pas – pas pour l'instant. Pas avec toutes ses affaires autour de lui pas alors qu'elle n'était pas là avec lui. Pas alors qu'il ne savait pas pourquoi elle était morte, ni pourquoi elle s'était trouvée avec House à la base, ni pourquoi il n'avait pas su... Pourquoi House n'avait-il pas pu trouver un moyen de la sauver. Il pouvait trouver tout le reste, alors pourquoi pas le moyen de sauver Amber ?
Des vagues de douleur traversaient sa tête et ses yeux brûlaient – pas parce qu'il était en train de pleurer, mais parce qu'il avait pleuré. Ça faisait mal, qu'on lui arrache Amber sans qu'il puisse lui dire aurevoir. Le fait qu'il y ait de grandes chances pour qu'elle se soit lassée de lui et ait couché avec nul autre que House était encore plus douloureux. Comment pourrait-il rentrer à la maison après tout ça ?
Il y eut quelques coups à sa porte, et il soupira. Rien de surprenant – il se doutait bien que Cuddy finirait par venir, probablement pour lui dire de rentrer chez lui et de se reposer. Il avait rangé la bouteille de Jack Daniels quelques minutes plus tôt, mais le verre était toujours sur le bureau, et il était sûr de sentir le whisky, et même s'il avait essayé, il n'aurait pas pu faire sortir l'odeur de la cigarette avant qu'elle entre.
"Entrez," dit-il en espérant qu'elle ne se formaliserait pas du fait que de toute évidence il avait bu et fumé dans son bureau.
La porte s'ouvrit, House entra, et Wilson grogna. House n'avait pas frappé à sa porte depuis... A vrai dire, il ne se souvenait pas d'une seule fois où il avait frappé ou était entré calmement au lieu de débouler dans le bureau comme s'il lui appartenait.
"Qu'est-ce que tu veux ?" demanda-t-il en aspirant la fumée et en fermant les yeux à la douleur qui refaisait soudain surface. Il souffrait déjà, mais à présent que House était là c'était pire.
House tapa sa canne sur le sol. "Je... j'aurais dû..." Wilson ouvrit les yeux et regarda House qui était planté là, l'air aussi perdu que lui. Il laissa échapper un soupir agressif avant de regarder le plafond, comme s'il pouvait l'aider à dire ce qu'il essayait de dire. "Je suis désolé," grommela-t-il, et il avait l'air de le penser, même si ces mots semblaient lui avoir été arrachés de force.
Wilson ne savait pas s'il voulait accepter ses excuses ou sauter par-dessus son bureau pour l'étrangler. A la place, il resta assis et prit une autre bouffée de sa cigarette. Les larmes coulaient à nouveau le long de son visage et il s'étrangla avec la fumée ou à cause de l'émotion – l'un ou l'autre.
House se dirigea lentement vers le bureau et s'assit en face de lui. Ils se regardèrent fixement pendant une minute, et Wilson fit mine de ne pas remarquer que les yeux de House était humides et rouges. Il regarda la cigarette qu'il tenait entre ses deux doigts, et il eut soudain la nausée.
Il tendit la cigarette à demi consumée et House la prit, la plaçant entre ses lèvres.
"Pourquoi vous étiez ensemble ?" demanda enfin Wilson d'une voix brisée.
House secoua la tête et tendit la cigarette à Wilson. Il fit non de la tête, alors House la remit entre ses lèvres pendant une seconde et souffla la fumée qui voila son visage. "Je ne sais pas."
"Tu ne sais pas," répéta Wilson d'un ton morne, et il sentit la colère enflammer sa poitrine.
"Je ne m'en souviens pas."
"Eh bien, comme c'est commode," cracha Wilson.
"J'essaye de me montrer-"
"Quoi ? Réconfortant ? Tu as tué ma petite amie."
"Je n'ai pas tué-"
"Tu peux sauver n'importe qui House ! Tu-tu-tu diagnostiques la peste et-et tu sors ces idées ridicules de nulle part, mais tu ne peux pas le faire pour-"
"Tu crois que je n'ai pas essayé ?" cria soudain House, et Wilson sursauta, surpris par son ton tranchant. "J'aurais fait n'importe quoi pour la sauver, espèce d'imbécile !"
"Pourquoi ? Parce que tu l'aimais ? Enfin, que ce soit le cas ou pas, ça n'a aucune importance, parce que moi, je l'aimais !" hurla-t-il en se pointant lui-même du doigt – vers son cœur qui semblait se briser.
"Oh, mais bien sûr ! Je te déteste tellement que j'ai fait exprès de la tuer juste pour te faire chier !"
"Pourquoi est-ce qu'elle était dans le bus avec toi, House ? Qu'est-ce que vous faisiez tous les deux ?" demanda-t-il à nouveau.
"Je ne sais pas ! Je ne me souviens pas ! Mais bon sang, si on s'est retrouvés pour baiser tu ne peux pas dire que tu ne l'avais pas vu venir !" rétorqua-t-il en écrasant violemment le mégot dans le cendrier que Wilson cachait aussi dans son tiroir et ne sortait que pour y mettre les cendres quand il fumait.
"Je n'ai jamais trompé Amber !"
"Oh, je t'en prie. Combien de temps tu crois que ça aurait duré ? Combien de temps avant que vous ne vous disputiez et que tu te précipites dans un bar pour boire un coup ? Combien de temps avant que tu fasses ta demande en mariage et que tu te lasses de coucher avec la même foutue bonne femme chaque nuit et que tu invites à déjeuner une cochonne du service oncologie ?"
Wilson serra les poings comme si ce seul geste pouvait étrangler House. "Espèce-espèce de petit-" bafouilla-t-il, incapable d'articuler ce qu'il ressentait. Incapable d'articuler à quel point il voulait voir House crever. "Ne pourrais-tu pas – ne serait-ce qu'une seule fois dans ta vie, House, ne pourrais-tu pas – ma petite amie vient de mourir ! Par ta faute ! Pourquoi tu ne me laisses pas tranquille pour une fois ?"
"Je ne suis pas venu ici pour qu'on se dispute. J'ai essayé tout ce que je pouvais, mais je – je ne sais pas, c'est tout, Wilson ! Tu ne penses pas que si j'avais pu la sauver, je l'aurais fait ?"
"C'est tout ce qui compte pour toi, House ! Tu te fiches de Amber ! Tout ce qui t'intéresse c'est de trouver ce qu'elle avait !"
"Quoi, parce que toi tu t'en fous ?" coupa House avant de se lever brusquement et de le regarder, les sourcils froncés. "Elle comptait plus pour moi que pour toi. Tu ne sortais avec elle que parce qu'elle était un substitut."
"Tu n'as pas le droit d'approcher son rapport d'autopsie," cracha Wilson. "Et dégage de mon bureau."
"Avec plaisir," répliqua House avant de claquer la porte du bureau si fort que le verre trembla sur le bois.
La sonnerie insistante dans mon oreille me réveilla et j'ouvris lentement les yeux, éteignant par réflexe l'alarme de ma montre. Je fixai le plafond inconnu au-dessus de moi, sans reconnaître la texture de l'édredon ni du matelas sur lequel j'étais. Je regardai sur le côté et vis House dormir à côté de moi, sur son dos mais la tête tournée vers moi. Je sentais son souffle chaud effleurer mon visage, et je réalisai que je dormais dans le lit de House.
Je n'étais pas allé dans son lit hier soir – ou en tout cas, je ne m'en souvenais pas. Je n'avais pas bu assez de bière ou de scotch pour avoir eu des relations sexuelles et avoir tout oublié, alors ça ne pouvait pas être ça, et je me souvenais clairement m'être endormi sur son canapé vers deux heures du matin, quand il avait dit qu'il devait aller au lit.
Alors je me souvins. Je me souvins que House m'avait réveillé vers trois heures du matin et m'avait presque traîné jusqu'à son lit. J'avais été tellement crevé que mes souvenirs étaient comme tirés d'un rêve embrumé, et à peine je m'étais retrouvé dans son lit que j'étais à nouveau endormi sans me soucier du fait que House se glissait dans le lit à quelques centimètres de moi.
Je me tournai sur le côté et le dévisageai, et souris en l'imaginant me réveiller et me mettre dans son lit. Je me rappelai de l'effet que ça faisait de l'embrasser, et j'étais sûr que j'étais en train de rougir à l'idée que j'avais gémi dans sa bouche.
Je fronçai les sourcils en songeant au fait que je n'étais même pas le Wilson qu'il avait aimé, ou connu, et qu'il n'était pas non plus la personne dont j'étais tombé amoureux. Enfin, d'accord, c'était lui – le même visage, la même personnalité, mais pas les mêmes souvenirs... Un jour, il se passera quelque chose et il me posera une question à propos de quelque chose que je devrais savoir, et je serai incapable de répondre. Un jour j'aurai envie d'évoquer des souvenirs qui n'auront jamais existé, et que se passera-t-il alors ?
Avec un soupir, je m'assis sur le matelas, mes jambes pendant hors du lit, et je pris mon visage entre mes mains, baillant en me frottant les yeux. Je restai ainsi assis pendant une minute à essayer d'émerger du sommeil, puis je me levai, étirai mes bras et fis craquer mon dos. Je baissai les yeux vers House – la couette avait glissé jusqu'à sa taille, son t-shirt blanc était un peu relevé, dévoilant un peu de peau, sa tête inclinée et sa bouche entrouverte.
Dans l'obscurité, il ressemblait à mon House. Les rides plus profondes, la peau plus pâle, les cernes sous les yeux... n'existaient pas, pas sans lumière. Il n'avait pas perdu de poids et ne flottait pas dans ses vêtements. Je tendis la main pour toucher son visage, presque comme si je voulais m'assurer qu'il m'avait vraiment mis dans son lit en plein milieu de la nuit, mais à cet instant il remua et fit un bruit, alors je retirai ma main.
Je sortis de la chambre et fermai sans bruit la porte derrière moi, ne voulant pas le réveiller.
Je n'avais pas apporté mon sèche-cheveux, tout simplement parce que j'avais pensé qu'on boirait plus que ça et qu'on aurait la gueule de bois au réveil. Il vaut mieux éviter le bruit le lendemain d'une beuverie. Je pris une douche le plus rapidement possible (pas parce que je ne voulais pas le réveiller, mais parce que c'était troublant de laver un corps qui n'était pas tout à fait le mien, de devoir regarder ces cicatrices sur mes cuisses et ne sentir celles sur mon torse qui n'était pas vraiment visibles.)
Je me brossai les dents en tâchant de ne pas remarquer les différences entre mon visage ici et mon visage chez moi. Une toute nouvelle année dans une toute nouvelle vie... Je n'étais pas sûr d'aimer ça ou non. Je savais que je voulais rentrer chez moi, mais j'avais aussi des choses dont je me réjouissais ici. Que se passerait-il si je partais ? Est-ce que ce Wilson irait se suicider ? Est-ce qu'il... ferait souffrir House en le quittant, ou quelque chose dans ce genre ? Mais ce House avait beau avoir besoin de moi, j'étais sûr que mon House aussi avait besoin de moi. Oh mon Dieu, et si ce Wilson était dans mon corps et qu'il m'avait tué ? Et si mon House avait essayé de discuter avec lui et qu'il s'était fait rejeter ?
Je secouai la tête – je ne pouvais pas penser à ça. De toute façon je ne pouvais rien y faire.
Je sortis de la salle de bain et vis House assis sur le canapé avec une assiette de pancakes aux noix de macadamia sur ses genoux dont il fourrait des fourchetées dans sa bouche. Je les avais préparés avant de prendre ma douche et les avais mis dans le frigo pour quand il se réveillerait. Je me surpris à me demander quel goût ça aurait sur sa langue si je l'embrassais, puis je me raclai la gorge. Avec ce genre de pensées, j'allais être en retard au boulot.
"La douche t'a réveillé ?" demandai-je en me passant la main dans mes cheveux humides. Frotter avec une serviette et les laisser sécher à l'air libre, ce n'était vraiment pas mon truc.
"Nan, c'est ton alarme qui m'a réveillé. Ce truc fait un boucan pas possible," parvint-il à dire, la bouche pleine, avant de me jeter un coup d'œil rapide, puis de reporter tout de suite son regard vers la télévision sans le son.
Pour la première fois, je me demandai s'il regrettait ce qu'il s'était passé la veille. Nous n'avions fait que nous embrasser et nous allonger l'un contre l'autre (bizarrement, ça paraissait hors de propos de dire que House et moi nous étions câlinés) et dormir dans le même lit, mais... Enfin, si House regrettait ce qu'on avait fait, ou avait trop peur pour continuer...
Je me frottai la nuque et je savais que je reportais mon poids d'un pied à l'autre nerveusement. "Euh, est-ce que tu veux que je t'amène en voiture au boulot ? Je peux attendre quelques minutes que tu te prépares."
"Je vais juste finir ça et retourner au lit," dit-il en montrant de sa fourchette les pancakes couverts de sirop.
Il n'agissait pas différemment de d'habitude, mais parfois c'était difficile à dire, avec lui. Je me dirigeai vers le placard et sortis mon manteau tout en l'épiant du coin de l'œil – pour vérifier s'il avait l'air contrarié ou mal à l'aise, ou ayant l'air d'une façon ou d'une autre de regretter de m'avoir embrassé hier soir.
Lorsque j'enfilai mon manteau, House posa son assiette sur la table basse avec un tintement et se leva, attrapant ma mallette avant moi. Devant la porte, il me mit la mallette dans la main, me regardant comme s'il attendait quelque chose. "Il ne faudrait pas que tu oublies ça," dit-il, et nos doigts se frôlèrent quand je pris la mallette.
Nos poitrines étaient très proches, et ses yeux étaient rivés dans les miens. Devrais-je l'embrasser pour lui dire aurevoir, ou est-ce que ça faisait trop couple marié à son goût ? House n'était pas du genre tactile.
Avant que je ne puisse me décider, il recula d'un pas et me donna une tape sur l'épaule. "A tout à l'heure au boulot," dit-il en guise d'adieu avant de tourner les talons et de retourner vers le canapé.
Les heures de consultation était les mêmes que toujours pour le premier jour de l'année. La plupart des gens avaient la gueule de bois, même si certains avaient des engelures et des os cassés et des hématomes à cause de disputes familiales. Il y en avait un qui avait une brûlure au troisième degré sur ses mains parce qu'il avait raté l'allumage d'un feu d'artifice, trop ivre pour le faire correctement. En gros, rien de nouveau.
Je n'arrêtais pas de me rappeler avoir embrassé House sur son canapé, et je me mettais à sourire comme un idiot sans aucune raison. L'infirmière qui me tendait les dossiers me demanda si j'avais passé une bonne nuit, et elle avait un petit sourire entendu qui était à la fois troublant et attirant. Rien que de me rappeler la sensation de sa bouche pressée contre la mienne, ou de sa langue se glissant entre mes lèvres, faisait palpiter nerveusement mon cœur, comme un papillon enfermé dans une cage et essayant de s'échapper.
Il était un peu plus de onze heures et je savais que si House n'était pas déjà là, il n'allait pas tarder, alors je décidai de monter dans mon bureau et d'attendre. S'il ne surgissait pas dans mon bureau pour demander à déjeuner, j'irais lui proposer moi-même dans son bureau vers midi. Je me demandais si ça serait considéré comme un rencard, ou si déjeuner au boulot ne comptait pas.
"Wilson," Cuddy me salua en marchant dans ma direction, avec un sourcil haussé d'un air entendu, et son sourire était assorti à celui que m'avait lancé l'infirmière tout à l'heure. "Tu as passé une bonne veille du Nouvel An avec House ?" demanda-t-elle. Elle n'essaya pas de prendre un ton innocent ou désinvolte.
Je me raclai la gorge et frottai ma nuque. Mes joues brûlaient légèrement. "Oui," répondis-je en essayant de m'empêcher de sourire d'une oreille à l'autre. J'ai probablement fini par faire ce sourire pincé que House me lançait toujours, comme celui que j'esquissais quand je faisais mine de ne pas le trouver drôle.
"C'est bien ce que je pensais. Il n'a pas trop renâclé quand je lui ai donné un cas à traiter."
"Oh, alors il est là ?"
"Il s'est pointé il y a environ une heure." Elle me suivit alors que je me dirigeais vers l'ascenseur, sans quitter son sourire recourbant ses lèvres. "Alors..." commença-t-elle, l'air plus qu'amusée.
"Alors," acquiesçai-je, la regardant avec un sourcil haussé.
Nous nous arrêtâmes devant l'ascenseur, et son sourire s'élargit encore. "Donc c'est officiel ?"
"Quoi, House et moi ?" Elle hocha de la tête et je remuai un peu sur place en appuyant sur le bouton pour appeler l'ascenseur. "Je suppose que oui. Que c'est officiel, je veux dire. On sort ensemble, si c'est ce que tu voulais savoir."
"C'est ce qu'il a dit," annonça-t-elle. Bon, s'il lui avait dit qu'on sortait ensemble, alors apparemment il ne regrettait pas de m'avoir embrassé. Dieu merci. "Tu... comptes vraiment pour lui, Wilson."
"Je sais."
"Ne le blesse pas," prévint-elle au moment où les portes s'ouvrirent, puis elle pivota sur ses talons et s'éloigna.
Il était midi moins dix quand j'entendis des cailloux cogner contre la porte vitrée de mon balcon. Je levai les yeux pour voir House posté de l'autre côté du muret, des cailloux dans une main et l'autre inclinée en arrière, comme prête à balancer un nouveau projectile.
Nos yeux se croisèrent et il laissa tomber les autres cailloux.
Je me levai de ma chaise et enfilai mon manteau sans le lâcher des yeux. Quand j'ouvris la porte l'air froid me frappa brusquement, mais ce n'était pas désagréable. En fait, il faisait un peu trop chaud dans mon bureau par rapport à ce léger froid.
"Hey," dis-je en guise de salutation, debout devant le muret qui nous séparait.
"Tu m'évites," accusa-t-il, le menton levé d'un air entêté.
Je fronçai les sourcils. "Quoi ? Non, je ne t'évite pas. Je faisais juste mes heures de consultation."
"Jusqu'à onze heure et demi ?"
"En fait, j'ai terminé à onze heure. Après je me suis occupé de mes dossiers."
Il me regarda, ses yeux bleus parcourant mon visage d'un air méfiant, comme s'il cherchait le moindre petit signe prouvant que je mentais. Je ne mentais pas, et ça devait se voir, vu qu'il hocha de la tête et reporta son regard sur le ciel gris. "Ok," céda-t-il.
Je le regardai en fronçant les sourcils, puis m'appuyai sur la rambarde qui nous séparait de la chute qui tuerait n'importe qui se jetant dans le vide. "Pourquoi tu as pensé que je t'évitais ?" demandai-je. Il ne répondit pas – il continua à fixer le sol enneigé, mais je pouvais voir à son léger froncement de sourcils et à ses yeux plissés que ça le perturbait toujours. "C'est à cause d'hier soir ?" le pressai-je timidement.
Il acquiesça presque imperceptiblement. Si je l'avais voulu, j'aurais pu faire comme s'il n'avait rien fait.
Bien sûr qu'il s'inquiéterait de savoir si je regrettais, j'avais moi aussi eu des doutes à son sujet. Je m'inquiétais parce que, eh bien, en quinze ans à passer la plupart de mon temps avec lui il ne s'était jamais rien passé, et il s'inquiétait probablement parce que pendant ces quinze ans je l'avais détesté. C'était logique. Ce qui ne l'était pas, c'était que dans ma réalité, House n'avait jamais montré le moindre intérêt... Bon, peut-être un peu, mais pas comme ça. Pas suffisamment pour tenir ma main ou me demander de sortir avec lui ou m'embrasser.
"House ?" Il grogna pour que je sache qu'il m'avait entendu. "Pourquoi m'as-tu embrassé ?"
"Oh, bon Dieu," grogna-t-il avant de passer sa main sur son visage. "Je le savais. Je savais que t'allais flipper. Espèce de fils de pute."
"House, écoute, je ne suis pas-"
"Ne me sors pas ton histoire de 'Je ne suis pas homosexuel', imbécile. Je sais que tu as déjà couché avec des hommes. Je sais ce qui a brisé ton premier mariage, alors ne fais pas ça."
"Quoi ?" réclamai-je d'une voix un peu plus forte que j'avais prévu, et je jetai des regards aux alentours comme si quelqu'un avait pu entendre alors que nous étions seuls. "Elle te l'a dit ?"
"Elle me l'aurait dit que ça aurait été pareil," grommela-t-il en me regardant d'un air maussade. "Elle faisait des détours dans ses phrases. 'Oh, notre camarade de classe ci, et oh, la personne avec qui il m'a trompée cela, et blablabla, notre ami(e) avec qui il a couché, blablabla' et ce genre de conneries. Elle n'a jamais dit 'elle'. Elle aurait aussi bien pu me dire que tu t'es mis à quatre pattes et que t'es fait prendre par derrière."
Je pris mon visage dans mes mains et grognai. Je l'entendais déjà se moquer de moi à ce propos – que la première fois que j'avais été infidèle, ça n'avait même pas été avec une femme. Je ne voulais même pas savoir ce qu'il dirait s'il savait que j'avais un peu expérimenté au lycée – même si, je suppose, je n'avais pas vraiment 'expérimenté' mais j'étais plutôt 'sorti avec quelqu'un histoire de voir'. "Écoute, ce n'est pas ce que – J'étais ivre, et je-j'avais des problèmes et nous étions – écoute, House, ce n'est pas-"
"Quoi, tu n'es pas homosexuel ? Ces trois bières hier soir t'ont achevé ? Tu ne m'as embrassé que 'parce que tu étais ivre' ? Épargne-moi ça."
Je me reculai et secouai un peu les mains. "Non, non, je ne suis pas – je ne suis pas pas homosexuel, c'est juste que – je ne voulais pas que tu le saches parce que c'est du passé, et je savais que tu te foutrais de ma gueule – et t'embrasser n'était pas une erreur, j'étais juste – écoute, personne n'est au courant pour – pour ce qu'il s'est passé cette nuit là – enfin, à part l'évidence, apparemment-"
"Pas pas homosexuel ? Est-ce que tu t'écoutes parler au moins ?"
"Eh bien, je ne suis pas homosexuel – j'aime les femmes – il se trouve juste que j'aime aussi les hommes – enfin, pas beaucoup d'hommes, juste de temps en – House, non. Écoute, tu n'as pas du tout compris ce que je voulais dire. Je-j'étais-je n'étais pas en train de dire que je regrettais de t'avoir embrassé, je voulais juste... savoir pourquoi toi tu l'avais fait."
House me regarda en haussant un sourcil, et vu le demi-sourire sur son visage, il était clairement amusé. "Tu es mignon quand tu es gêné. Mignon dans un sens non émotionnel, non bisounours, non romantique."
Je me passai la main sur le visage, conscient que mes joues devaient être écarlates. "Ce n'est pas comme ça que j'imaginais que tu apprendrais que j'ai déjà été avec des hommes," marmonnai-je.
"Tu n'es pas vraiment doué pour cacher ton homosexualité."
"Je ne suis pas homosexuel," insistai-je.
"Bi, alors."
"Ouais, comme Numéro Treize – je sais," marmonnai-je en me pinçant l'arête du nez. C'était embarrassant de le dire à haute voix – même si je l'avais toujours su, le dire à haute voix c'était comme signer un contrat avec mon sang – je ne pouvais pas retirer ce que je venais de dire, même si je suppose que le fait d'être tombé amoureux de mon meilleur ami rendait ça évident. Enfin, et le fait qu'on s'était embrassés et que j'avais dormi dans son lit la veille – même si le coup du lit voulait dire que c'était lui qui était bi, vu que c'était lui qui m'y avait traîné de force au beau milieu de la nuit.
"Numéro Treize ? De quoi tu – oh, Numéro Treize était bi ?" Il fronça les sourcils, réfléchissant, puis haussa les épaules. "Huh, bref, ça explique bien des choses."
Je le regardai, réalisant un peu trop tard que je n'aurais pas dû mentionner la fille qu'il n'avait pas engagée.
Il pointa du doigt l'air entre nous, ses yeux allant de lui à moi. "Mais euh... Toi et moi, on est..." il n'acheva pas sa phrase, ses yeux grands ouverts et suppliants.
"Ouais. On est... toujours ensemble. Je voulais juste savoir pourquoi tu m'as embrassé. Tu as passé quinze ans sans rien tenter, alors... Qu'est-ce qui t'a poussé à le faire ?"
Il haussa les épaules. "Ce n'est pas comme si j'avais quelque chose à perdre."
Et voilà – il n'avait rien à perdre. C'était logique, en un sens. Quinze ans d'amitié ? Inexistants. Tout ce qu'il avait c'était quelques jours où on s'était bien entendus, et avant ça, quinze ans de haine. Qu'est-ce qu'il aurait peur de perdre ? Au pire, je l'aurais rejeté, comme apparemment je l'avais déjà fait, et tout serait redevenu comme avant que je lui paye le déjeuner. De quoi aurait-il pu avoir peur ?
House avait du mal à renoncer aux gens, presque autant que moi. En fait, probablement pire que moi. Ça lui était égal de ne jamais se lier avec les gens – c'était quand il commençait à apprécier quelqu'un que ça le gênait. Perdre quelqu'un était la pire chose qu'il puisse vivre – j'avais été là après Stacy, et ça avait été l'enfer. Je n'avais pas été là quand j'avais décidé de ne plus être ami avec lui, mais son équipe m'avait raconté comment ça avait été.
"House, je... je sais que ça pourrait te surprendre, mais... ça fait un moment que je voulais ça."
Il rit doucement, et regarda à nouveau le ciel. "Tu n'es pas très doué pour le cacher. Nier, peut-être. Cacher ? Non."
Je regardai le ciel avec lui, et après un moment, je sentis sa main se glisser dans la mienne l'air de rien. Le fait que ça n'ait l'air de rien – pas de malaise, pas d'hésitation – me fit sourire, et je la pressai tendrement. "Tu es la fille dans cette relation, au fait," déclara-t-il, son pouce caressant les articulations de mes doigts.
"Pardon ?"
"Bah, il y a toujours un efféminé. De toute évidence, je suis l'homme."
"Oui, parce que tu es tellement musclé et viril."
"Ce n'est pas moi qui utilise un sèche-cheveux et qui fais des pancakes aux noix de macadamia, alors..."
"Ce n'est pas parce que je me préoccupe de mon apparence que ça signifie que je suis efféminé. Savoir cuisiner est sans importance. D'ailleurs, il se trouve que la plupart des chefs sont des hommes."
Il ricana. "Des hommes homosexuels, peut-être."
Je levai les yeux au ciel et contemplai son profil. Le petit sourire sur son visage suffisait à me réchauffer de l'intérieur et me satisfaire de l'état des choses, et il dut sentir mon regard sur lui puisqu'il tourna la tête et me regarda.
Je repensai au regard qu'il m'avait lancé près de sa porte avant que je parte au boulot, un regard qui attendait quelque chose, et je réalisai qu'il était en train de me regarder de la même manière.
Je l'embrassai chastement, ses lèvres étaient froides et gercées, des petits bouts de peau secs égratignaient ma bouche et m'envoyaient des frissons dans le dos. Je me reculai, mais il se pencha et posa à nouveau ses lèvres sur les miennes, avec plus d'insistance que je ne l'avais fait.
Le lent mouvement de sa langue contre la mienne me fit violemment louper un battement de cœur, c'en était presque douloureux. Je pouvais sentir le dentifrice et le sirop dans sa bouche, et ses mains tenaient ma mâchoire, ses doigts étaient froids. Ce n'était pas très agréable, mais la chaleur de sa bouche rattrapait le coup.
Nous nous reculèrent tous les deux, et je pressai encore une fois mes lèvres contre les siennes rapidement. Ses yeux bleus quittèrent mon visage et se tournèrent vers la salle de diagnostic. Son sourire vacilla brièvement et je jetai un œil dans la même direction.
Taub, Foreman et Kutner étaient tous debout dans la pièce et nous dévisageaient avec différentes expressions de confusion et de choc sur leurs visages. Apparemment, ils nous avaient vus nous embrasser.
"J'imagine qu'ils ont compris que je ne plaisantais pas quand j'ai dit qu'on sortait ensemble, hein ?" dit-il d'un air suffisant.
Je reportai mes yeux sur lui, puis haussai les épaules. "J'imagine, oui."
Il esquissa un rictus, puis attrapa ma cravate et me tira brusquement vers lui de sorte que nos lèvres se rejoignent sans douceur. Il me fallut une seconde pour incliner la tête afin que le baiser soit moins maladroit. Après ce bref instant et il se recula, toujours avec son rictus.
"Tu es diabolique," dis-je simplement.
"Tu sais que tu aimes ça."
Encore des reviews, tout plein ! :D
