Crédits : les personnages, à quelques exceptions près, appartiennent à Maki Murakami, nous nous contentons simplement de les emprunter.
Merci à tous ceux et celles qui suivent cette histoire !
CHAPITRE XIII
Quand Hiroshi éloigna enfin sa bouche de la sienne, Yukari décida aussitôt de prendre les affaires en main ; elle l'enlaça et lui rendit son baiser puis, tout en le maintenant habilement, elle se leva et se colla à lui, une de ses mains glissant même sur sa fesse. Enfin, elle le libéra en se léchant les lèvres et se rassit.
« Waaaouh ! Je ne sais pas ce que tu as fait mais c'était… » s'exclama le garçon. Le reste de sa phrase mourut. Suguru faisait déjà assez la tête alors de là à raconter devant une bonne partie du Japon, et surtout devant lui, que Yukari lui avait fait quelque chose à réveiller un mort, c'était plutôt déplacé.
« Je te jure qu'il a apprécié, Nana. Un gay y aurait été insensible. Tu devrais aller aux toilettes en attendant que ça passe, Nakano-chou », pouffa la bassiste.
Si elle pouvait apprendre ça à Suguru, songea le jeune homme, qui se sentait tout de même un peu coupable d'avoir embrassé la jeune fille et surtout d'avoir ressenti autant de désir suite à son baiser. Quand il revint, le jeu s'était terminé mais un autre avait commencé.
« Aaaaah, Nakano s'est soulagé ! s'exclama Takeshi avec bonne humeur. On t'attendait pour le courrier des spectateurs !
– Le courrier des spectateurs ?
– On a plein de fans qui nous écrivent et on va répondre à leurs questions », expliqua Miki.
Hiroshi reprit sa place entre Shûichi et Suguru mais il sentit soudain que quelque chose s'était cassé entre eux. Le claviériste devait se sentir blessé et il régnait toujours cette discrétion oppressante entre eux.
« Première question pour les filles : pourquoi avoir choisi ce nom de groupe ? »
C'est Nana, leader naturel, qui répondit :
« Jezabel était une reine d'Israël accusée d'avoir détourné Achab, son mari, de Dieu afin qu'il vénère Baal. Elle fut aussi coupable d'avoir fait assassiner les prophètes de Dieu. Après la mort du roi, elle a continué à régner mais ses fils, puis elle, ont été tués. Et nous, nous sommes des tueuses sanguinaires. On assassine les tapettes, gloussa-t-elle.
– Mais c'est aussi par rapport au manga de Kaori Yuki ! renchérit Miki. D'ailleurs, poursuivit-elle sur un ton de confidence, j'ai une théorie selon laquelle Comte Cain et Riff sont amants, ainsi que le superbe médecin démoniaque Jezabel et son fidèle Cassian.
– Cela dit, tu soupçonnes aussi Cléhadore de fantasmer sur Cain, se moqua gentiment Fumie.
– Et alors ? Il est trop canon Cain !
– Les filles ! Calmez-vous, rit Voix-off. Une pour Shûichi cette fois : « Le très beau et mystérieux Eiri Yuki porte-t-il des slips ou des caleçons ? »
– Facile ! Boxers ! répondit Shûichi avec un sourire béat à cette évocation. Ça moule ses trop jolies fesses. Mais des fois… Il ne met rien, c'est pour me faire la surprise… »
Brouhaha chez les filles, Takeshi ramena le calme et lut la question suivante :
« Miki, tu es trop stylée, qu'est-ce qui te plaît chez Fujisaki ? »
La batteuse rougit.
« Bah… C'est personnel…
– Allez Miki ! l'encouragea Fumie.
– Hé bien, avant de le connaître, je l'aimais bien parce qu'il est discret par rapport à Shindô et Nakano. C'est un excellent musicien aussi ! Peu de gens le savent mais il a fait du classique, et j'ai entendu quelques morceaux qu'il a interprété et il est tout simplement génial. Et puis… ça va bientôt faire quatre merveilleuses semaines qu'on habite ensemble et je l'aime encore plus. Il a du style lui aussi, il est élégant, il se tient très bien, il est soigné, un petit peu précieux quand il parle avec ses expressions parfois désuètes, et il est trop craquant parce que quand il s'énerve il a l'accent du Kansai. C'est vraiment rigolo ! J'aime beaucoup son regard aussi. Il paraît distant mais je suis sûre qu'au fond il est timide et très tendre. Il…
– Je crois qu'on a bien compris, Miki, l'interrompit Yukari d'un ton malicieux.
– Justement, Yukari, une question similaire, annonça Voix-off.
– Quoi ? Ce qui me plaît chez Fujisaki ?
– Non. Qu'est-ce qui te plaît chez Hiro ?
– Hiro… Il est grand, célibataire apparemment, et à ce que j'ai senti plutôt opérationnel. Vu qu'ici c'est un peu le désert niveau mec, c'est un bon candidat.
– Donc il sert juste à assouvir tes besoins ? Hors jeu, il t'aurait plu ?
– Non, il ne sert pas uniquement à assouvir mon instinct de mante religieuse, gloussa la bassiste. Il est plutôt bien bâti et il m'aurait plu même en dehors du jeu, mais on ne s'est jamais vraiment croisés. Disons que je crois que Hiro est comme moi. Il aime les bonnes choses et on ferait un couple explosif.
– Hiro, c'est une déclaration, fit Takeshi, moqueur. Quand vas-tu passer à l'action ? Qu'est-ce qui te retient autant ?
– On n'est pas des animaux, si ? Et ce n'est pas parce qu'on voit un joli… gâteau qu'on va forcément le manger.
– Justement Hiro, une question compliquée pour toi.
– Combien font deux plus deux, railla Nana, provoquant l'hilarité de ses camarades.
– C'est une question trop compliquée Nana ! rit Takeshi. Plus simple : « Qu'est-ce que tu n'as jamais osé dire à ton père ? »
Hiroshi prit le soin de réfléchir. Qu'est-ce qu'il n'avait pas osé dire à son père ? Qu'il était bisexuel depuis l'âge de seize ans et demi, qu'il sortait depuis plus de sept mois avec un garçon, mineur de surcroît, qu'il avait volontairement échoué le concours d'entrée à Todai, qu'à quinze ans il s'était fait faire son premier tatouage, suivi d'un piercing ? La liste était vraiment longue mais ce n'était pas le moment d'étaler ça en public.
« Je crois que… je n'ai jamais osé lui dire que je l'aimais. Que je continue à me cacher derrière mon côté rebelle pour me protéger parce que… parce que j'ai peur qu'il ne me retourne pas mes sentiments. »
Un petit sanglot lui étreignit la gorge et l'atmosphère devint brutalement plus sérieuse. Se rendant compte de sa bêtise il se ressaisit aussitôt.
« Et je crois surtout que je n'ai jamais osé lui dire qu'il s'habillait comme un ringard », acheva-t-il.
« Hiyoko-chan », murmura madame Nakano derrière l'écran de son ordinateur portable.
« Monsieur Nakano, si vous regardez, suivez les conseils de votre fils pour vous habiller ! En parlant de famille, Suguru une question pour toi : « Veux-tu absolument ressembler à ton cousin plus tard ? PS : Je peux te faire un bisou ? »
« Non ! Personne ne peut lui faire de bisou, il est à moi, s'écria aussitôt Miki.
– Pauvre petit hamster ! Un matin il se réveillera tatoué « Je suis à Miki », ricana Nana.
– Vous devriez faire attention, mademoiselle Ito. Ne vous moquez pas des incisives d'un petit hamster, ça peut faire mal.
– Mmmmmh, tu mords. Tu as affaire à un sadique, Miki-chan, se moqua la chanteuse.
– Quant à la question, reprit Suguru, préférant ignorer le sarcasme. Je ne tiens pas à ressembler à… monsieur Seguchi. Mon parcours et mes inspirations sont différents des siens et il me semble avoir atteint certains de mes objectifs, même si je vise plus haut.
– Ça a dû t'aider pour intégrer les Bad Luck ? demanda Takeshi qui vouait un culte au claviériste des Nittle Grasper.
– Non. Si j'avais été mauvais il m'aurait renvoyé sans un remord. Nous dissocions le travail et le milieu personnel. C'est bien comme ça qu'agissent les professionnels, non ? »
Hiroshi retrouvait bien Suguru dans ces paroles. Il était tellement adulte lorsqu'il était question de travail, pourtant il n'était qu'un adolescent en proie aux mêmes doutes et aux même peurs que ses pairs lorsqu'il s'agissait de sentiment. C'était cela aussi qui lui avait plu chez le claviériste. Son assurance professionnelle et sa timidité, sa force et sa fragilité.
En cet instant, il aurait voulu implorer son pardon. Même si embrasser Yukari n'avait été qu'un jeu, il savait qu'il avait poussé Suguru dans le gouffre du doute. Il avait fallu des mois avant que le jeune garçon ose lui avouer qu'il avait peur qu'une fille ne l'arrache à lui. Il se sentait impuissant face au pouvoir de séduction des filles, jamais il ne pourrait rivaliser ; alors Hiroshi l'avait rassuré, il n'y avait que lui à ses yeux.
Aujourd'hui aussi il n'y avait que lui à ses yeux mais il avait concrétisé la plus grande crainte de Suguru : il avait embrassé une fille, et pire encore, il en avait été excité. Alors pourquoi l'avait-il fait ? Cette histoire qu'il était gay commençait à le fatiguer. Bien sûr tout aurait été plus simple s'il avait pu en parler à son père. En général, il s'en moquait, et du jour où il avait quitté le nid familial, il n'avait plus eu de comptes à rendre à personne. Mais sur ce point-là il était toujours pudique. Il avait avoué peu de temps auparavant sa bisexualité à son frère et sa mère, mais étrangement il se sentait obligé de préserver son père, et pour cela il avait écorché son petit ami. Il lui faudrait réutiliser le carnet de partitions pour se faire pardonner, ou du moins s'expliquer.
Un rire nerveux secoua Takeshi ; il n'aurait pas le dernier mot avec le petit hamster aussi enchaîna-t-il avec la question suivante.
« Fumie, tu nous fais rêver avec ta peluche. Un pingouin ce n'est pas courant. Pourquoi as-tu choisi cet animal ? »
« En fait, je suis allée voir Happy feet avec des amis et…
– Et elle a adoré, expliqua Mao.
– Oui, j'ai adoré alors j'ai craqué pour une peluche en forme de pingouin.
– Dernière question à Mao : « L'une d'entre vous a-t-elle peur des chiens ? »
La jeune fille rit.
« Personnellement, je suis terrorisée par les chiens. Nana dit que du coup c'est moi la Jezabel du groupe.
– Ah ? Et pourquoi ?
– La reine Jezabel a été dévorée par des chiens…
– Évidemment. Pas de danger ici, plaisanta Takeshi, il n'y a qu'un petit hamster, avec un bon appétit certes, mais attention, il est remonté.
– Dis-moi, Voix-off, intervint Hiroshi, agacé, j'ai l'impression que tu as parti pris pour les filles.
– Mais non, se défendit Takeshi.
– Alors pourquoi tu surnommes Fujisaki « hamster » ? Dans ce cas-là sois équitable et appelle Nana « Nanaze ».
– Ce n'est pas très gentil, comme surnom.
– Parce que « hamster » c'est gentil ?
– C'est mignon. Sur ce je vous laisse et bonne fin de soirée. »
La communication coupa. Cette séquence ne serait sans doute pas retransmise dans l'émission quotidienne mais les internautes propageraient sûrement l'échange.
Les colocataires se dispersèrent et Hiroshi fila se « remettre au travail ». En réalité, il écrivit un message pour Suguru dans le carnet de partitions. Il s'excusait et le rassurait sur ses sentiments.
À suivre…
