Hello, hello! Je me rappelle que je voulais dire quelque chose de particulier dans cette note d'auteur, mais je ne me souviens absolument plus de quoi...

Juste pour clarifier ce chapitre ce place en même temps que le dernier, donc le jour suivant la bataille sur le chemin de traverse. ^^

Enjoy & Review


At some point, you have to make a decision. Boundaries don't keep other people out. They fence you in. Life is messy. That's how we're made. So, you can waste your lives drawing lines. Or you can live your life crossing them. But there are some lines... that are way too dangerous to cross.

~ Dr. Meredith Grey (Grey's Anatomy)

A un moment donné, il faut prendre une décision. Mettre des limites n'empêche pas les gens de les franchir. Elles vous enferment. La vie n'est pas toute propre. C'est de ça que nous sommes faits. Alors, vous pouvez perdre votre temps à tracer des limites. Ou vous pouvez passer votre vie à les briser. Mais il y a des limites... qu'il est bien trop dangereux de franchir.

~ Dr. Meredith Grey (Grey's Anatomy)

Chapitre 14 : Drawing Lines

La cuisine empestait le tabac froid.

Sirius plissa le nez et observa d'un mauvais œil la vaisselle qui s'entassait dans l'évier, les bouteilles vides échouées sur la table et le cendrier qui débordait. Les assiettes et verres sales n'étaient pas tous de son fait mais l'alcool et les cigarettes qu'il avait passé le reste de sa nuit et une bonne partie de la journée à enchaîner en revanche...

« Kreattur. » appela-t-il.

Comme à l'accoutumée, le nom passa ses lèvres avec dégoût. Ce n'était pas tant l'elfe qu'il exécrait que les souvenirs qui y étaient attachés. C'était exactement la même chose que pour la maison. Le bâtiment en lui-même n'avait rien de bien terrible, il aurait même pu être agréable.

Si une telle noirceur n'avait pas suinté de chacun des murs.

« Le Maître a demandé Kreattur. » lâcha la créature, en apparaissant devant lui avec un léger craquement.

Sirius s'efforça d'ignorer ses marmonnements désobligeants, il s'obligea même à regarder ailleurs. Partout plutôt que l'elfe.

Remus n'en pouvait plus de l'entendre le disputer ou menacer de le frapper... Sans parler des quelques sorts qu'il n'avait pas su retenir...

« Nettoie. » cracha-t-il, avant de s'emparer du plateau qu'il avait préparé et de quitter la cuisine sans un coup d'œil en arrière.

Il était temps que Kreattur gagne son pain. Mis à part épousseter le tableau de sa mère et promettre à chacun de ses ancêtres collés au mur par un sortilège de glue perpétuelle qu'il veillait sur les trésors des Black, on ne pouvait pas dire qu'il soit grandement utile.

Au moins, il savait se faire oublier.

Il monta lentement l'escalier, quelque peu handicapé par la raideur de sa jambe. Il s'était tiré de l'échauffourée de la veille relativement intact mais un Explosos avait frôlé son mollet. Pas assez pour que l'os se brise mais suffisamment pour qu'il le tourmente. Rien qu'une potion antidouleur n'aurait arrangé mais ce genre de remède se mariait mal avec le whiskey qu'il avait ingurgité à grandes lampées pour effacer les propos accusateurs de Remus, et l'oubli lui avait semblé plus essentiel que de soigner une simple égratignure.

Sans compter que leur stock de potions diminuait rapidement à présent que Snape n'était plus là pour les préparer.

Les marches lui paraissaient plus hautes que d'habitude et il était déjà essoufflé lorsqu'il parvint au premier palier. Il poursuivit néanmoins son chemin, décidé à faire la paix avec son meilleur ami. Remus avait dit des choses qui dépassaient sa pensée, cela leur arrivait à tous.

Il refusait de croire que la dispute qui avait éclaté au petit matin marquait le terme de leur amitié.

Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher de le craindre. Peut-être parce que ce désaccord de trop, cela faisait maintenant des mois qu'il le guettait.

Lorsque Dumbledore lui avait ordonné de quitter le Chemin de Traverse pour regagner le Square Grimmaurd, il n'avait pas été préparé au silence mortel qui l'y attendait. Le calme trompeur, les ténèbres oppressantes qui s'étaient empressées de l'aspirer dès qu'il avait transplanné dans la cuisine était un tel contraste avec l'action qu'il venait de quitter qu'il avait perdu pied quelques secondes. L'adrénaline pulsant dans ses veines lui avait évité de faire exploser la maison, mais n'avait pas réussi à le convaincre qu'aucun ennemi ne se dissimulait dans les coins sombres.

Le couloir avait fait les frais de sa folie passagère. Le lustre, un ou deux tableaux, une commode...

Dans tous les recoins, il avait cru distinguer une silhouette. L'ombre imposante de son père se détachait du petit boudoir où il s'enfermait toujours pour son brandy du soir. Son oncle le fixait, immobile, du haut des escaliers. Sa tante attendait dans le salon, le couteau qu'elle avait utilisé pour défigurer les Aurors venus arrêter son mari à la main. Le rire fou de Bellatrix, éclatant de jeunesse et de vitalité, résonnait dans son dos. Regulus ne cessait de lui murmurer qu'il l'avait abandonné. Andy chantait quelque part dans les étages. Narcissa se moquait. Et sa mère le couvrait d'insultes de son tableau increvable.

Il n'avait plus été capable de discerner les bruits réels de ceux de son imagination. Quand quelqu'un avait lâché un juron, quelque part sur sa droite, il avait arrêté de tirer à l'aveuglette pour viser le danger le plus proche.

Évidemment, il avait baissé sa baguette lorsqu'il avait reconnu Remus. Évidemment. Mais il était déjà trop tard, le mal était fait. Que son meilleur ami ait été à l'abri derrière un bouclier ne comptait pas.

Il avait fallu des heures et des heures à Sirius pour déduire qu'il avait été sous le coup de la terreur. Il avait cru avoir perdu Tonks à Bellatrix, il y avait eu le stress de la bataille... Les mots que Remus lui avait lancés au visage n'étaient pas importants. Ils auraient dû se dissiper avec l'aube.

Sauf qu'ils étaient restés.

Ils étaient restés pour le hanter au travers des brumes vaporeuses de l'alcool et de la fumée des cigarettes.

Complètement fou, avait dit Remus. Il devrait être enfermé. Responsable.

Que du vrai là dedans malgré la colère qui avait fait surgir ces paroles. Fou, il l'était. Enfermé, il l'était. Responsable ? Il ne l'était que trop.

De James et Lily. D'Harry. De Peter, peut-être même. De Bella, sans doute.

Il n'aurait jamais dû douter de Remus, jamais dû proposer de laisser la place à Peter. Trop lâche, au bout du compte, pour protéger ses amis correctement. Il aurait dû être là pour élever Harry, veiller sur lui et, surtout, ne pas le perdre. Il aurait dû prêter davantage attention à Peter. Pour le surveiller ou le sauver, il n'était pas sûr. Quant à Bella... Il était plus vieux, certain de la noirceur de la voie qu'elle s'était choisie. Pourquoi n'avait-il rien dit ? Ils avaient tous été élevés ensemble... Mais il avait toujours préféré la compagnie d'Andy, qui lui ressemblait, à celle de ses deux autres cousines. Ça ne l'empêchait pas de les avoir aimées toutes les trois.

Oui, il se souvenait d'une époque où il avait trouvé ça facile. Aimer. Aimer son frère. Aimer Andy, Narcissa, Bella... Aimer James, Remus et Peter. Aimer Lily. Aimer Harry, surtout. Tout petit, si fragile, si innocent.

Il se rappelait d'une époque où l'amour avait le goût du jus de citrouille servi à Poudlard, l'odeur légère de fleurs qui flottait toujours dans la maison de Godric's Hollow, le bruit réjouissant de rires... Désormais, tout n'était que cendres. Il ne goûtait, ne sentait, n'entendait et ne voyait que des cendres.

Même Harry...

Il aimait Harry. Il savait qu'il aimait Harry. Harry était le fils de James. Plus que ça, Harry était un gamin courageux qui gagnait à être connu. Il appréciait de passer du temps avec lui, de discuter, de revivre un peu son passé au travers des histoires qu'il lui racontait.

Il aimait Harry. Rationnellement, il le savait. Seulement, il n'était plus capable de le ressentir. Ses émotions étaient atrophiées, abîmées par de trop longues années d'exposition aux Détraqueurs. Il se sentait mort. Il se sentait mort lorsque l'adrénaline ne coulait pas dans ses veines. Il se sentait mort lorsqu'il lui fallait rester terré dans son trou plutôt que d'agir, de réfléchir. De vivre.

Sa jambe céda alors qu'il atteignait le troisième étage mais il refusa de renverser le plateau qui lui avait pris tant de temps à préparer et serra donc les dents. Il ne perdrait pas Remus, quand bien même ne s'agissait-il plus du Remus de ses souvenirs. Remus était tout ce qui lui restait et il avait toutes les intentions de le garder.

Il longea les couloirs interminables, concentré sur son objectif. Ne penser qu'à ce qu'il était en train de faire lui évitait de laisser son imagination s'emballer. Il n'y avait aucun fantôme. Ils étaient tous morts et enterrés. Le seul danger qui le guettait depuis cette époque maudite était Bella, bien réelle, elle.

Mais Bellatrix n'était pas là et en épousant Lestrange, elle avait perdu tout droit sur le Square Grimmaurd et toutes les autres possessions des Black. Il était le dernier héritier d'une lignée qui mourrait avec lui s'il le pouvait. Il était le maître des lieux, traître à son sang ou non.

La porte de la chambre se dessina devant lui et il entra, sans frapper.

« Lunard ? » hésita-t-il.

Il ne pouvait pas s'excuser de ce pour quoi Remus lui en voulait. Il ne regrettait pas la bataille de la veille, même si cela avait failli mal se terminer. Il était convaincu que c'était par l'action qu'ils devaient se battre et pas par une observation aussi passive qu'inutile.

Le reste, en revanche, il aurait pu s'en excuser. Sa folie... Les ténèbres qui dansaient à la périphérie de son esprit... Qu'on l'ait désigné comme son gardien d'asile...

Il déposa le plateau sur le haut de la commode et marcha droit jusqu'à la fenêtre pour tirer les épais rideaux. Remus resta prostré sur son lit tout du long. Il ne tressaillit même pas lorsque le soleil inonda la pièce.

La chambre était probablement l'endroit le plus propre et le mieux rangé de la maison entière. Il n'y avait pas un grain de cette poussière qui semblait recouvrir chaque centimètre carré de la demeure.

« Lunard? » répéta-t-il, osant poser une main sur son épaule pour le secouer.

Son ami émergea brutalement du sommeil, saisissant son poignet par réflexe tout en promenant son regard tout autour de lui pour évaluer le danger.

Si ça avait été Sirius, quelqu'un se serait déjà pris un sort en pleine poitrine. Mais la baguette de Remus reposait sagement sur la table de nuit, marquant la page d'un livre de poche à la couverture usée.

« Patmol ? » murmura le loup-garou, encore désorienté.

« Je t'ai préparé à manger. » offrit-t-il, maladroitement.

Remus cilla plusieurs fois puis son expression se fit plus sévère, et il sut que les souvenirs venaient d'affluer.

« Écoute, pour hier... » commença-t-il, avant que son ami ait le temps de repartir dans un sermon interminable. « Je suis désolé d'avoir pété un plomb. »

Et d'avoir manqué le blesser en tentant de tuer des gens déjà morts depuis plus d'une décennie.

Remus l'observa quelques secondes, puis se frotta le visage avec lassitude.

« Ce n'est pas ta faute. » déclara le lycanthrope. « On était sous pression et... J'ai dit des choses que je ne pensais pas, je le regrette. »

N'ayant jamais été de ceux qu'un trop plein d'émotion ravissait, il haussa les épaules.

« Tu ne penses pas que je suis fou à lier ? » se moqua-t-il. « C'est la vérité. »

Il éclata de rire, sans trop savoir pourquoi. Mais le regard de Remus était tout à fait sérieux, lui.

« Tu n'es pas fou. » gronda fermement l'autre Maraudeur, du ton qui trahissait la présence d'un loup, quelque part en lui. « Si on pouvait te sortir d'ici et te laisser récupérer... Tu n'es pas fou, Sirius. »

Toute trace d'hilarité le déserta. Il se prit à souhaiter pouvoir le croire parce qu'être fou n'avait rien de drôle.

« Tout le monde le dit, pourtant. » répondit-il.

Il se força à sourire comme si cela ne le touchait pas.

« Personne ne le dit. » contra Remus. « Et personne ne le pense vraiment non plus. »

La conversation devenait un peu trop pénible pour lui, il désigna le plateau d'un geste de la main.

« J'ai fait à manger. » répéta-t-il.

Remus rejeta les couvertures et se leva pour aller examiner ce qu'il avait apporté.

« Tu essayes de m'empoissonner ? » plaisanta le loup-garou. Ça ne l'empêcha pas de dévorer un des toasts en quelques secondes. « Quelle heure est-il ? Combien de temps ai-je dormi ? »

« Il est presque six heures. » lui apprit-il. « Tu as dormi toute la journée. »

« Plus de mon âge de tomber des toits. » marmonna Remus, en avalant une tranche de bacon.

« Tu as une heure avant que les autres débarquent afin que Dumbledore puisse nous passer le savon du siècle. » grimaça-t-il.

Il devrait bien mentionner ce petit détail à un moment ou à un autre. Le Patronus de McGonagall était apparu peu après l'aube et les avait informés qu'une réunion spéciale se tiendrait le soir même. Le Conseil au complet. Ça promettait de belles réjouissances...

« Il doit être déçu surtout. » soupira Remus, en se passant une main dans les cheveux. « Il me faisait confiance et... »

« Oh, oui... » coupa Sirius, un brin ironique. « Pour obtenir obéissance, Voldemort utilise le Doloris et Dumbledore son expression déçue. Le pire, c'est que l'un est aussi efficace que l'autre. »

Son ami le dévisagea quelques secondes, visiblement partagé entre rire et désapprobation. Finalement, il se contenta de redonner au plateau plein de nourriture toute son attention.

« Tonks sera là. » déclara-t-il, prudemment. « Elle n'avait rien de trop grave. Ils ne l'ont même pas gardée à l'hôpital. »

Remus disparut derrière sa tasse de thé.

« Elle est passée ? » demanda le loup-garou, d'un ton désintéressé qui sonnait particulièrement faux pour lui qui le connaissait depuis son premier béguin pour Délia Feur.

« Fol'Œil a envoyé un hibou pour dire que tout le monde allait plus ou moins bien. » expliqua-t-il. « Il pensait que l'état de Tonks t'intéresserait spécialement vu que tu semblais tellement déterminé à te faire arrêter pour elle, hier soir. »

La tasse retrouva la soucoupe avec un tintement brutal.

« J'ai déconné. » admit Remus.

Ce fut le langage plus que l'expression coupable de son ami qui le fit froncer les sourcils.

« Aucun Auror ne t'a vu. » relativisa-t-il. « Et je suis certain qu'elle trouvera ça... »

« Je l'ai embrassée. » coupa l'homme.

Sirius ouvrit et referma la bouche plusieurs fois sans qu'aucun son ne passe ses lèvres. D'un côté, il aurait voulu affirmer qu'il était plus qu'heureux pour lui, et il l'était vraiment. D'un autre... Tonks était comme une petite sœur, ou une petite nièce, depuis sa naissance et le hiatus de quatorze ans dans leurs relations ne comptait pas tellement en la matière. Il n'était pas sûr que l'imaginer en train d'embrasser Remus ne soit bon pour sa santé mentale déjà précaire.

« Encore. » insista Remus, voyant qu'il n'obtenait pas de réaction.

Ce qui le faisait, très visiblement, paniquer parce qu'il pensait qu'il était dangereux ou une connerie du genre. Se ressaisissant, il prit un air ferme pour lui répéter une millième fois que lui aussi méritait sa part de bonheur lorsqu'un détail lui sauta aux yeux.

« Comment ça encore ? » lâcha-t-il, stupéfait.

Avait-il manqué un épisode ? Pourtant le flirt entre Remus et Tonks l'avait distrait depuis qu'il les avait présentés l'un à l'autre... Il s'arrangeait toujours pour ne rien rater, parce qu'ils étaient absolument hilarants...

« Combien de fois l'as-tu embrassée exactement ? » pressa-t-il.

Et qu'avait-il manqué d'autre ? Ceci dit, cela expliquait leur comportement curieux des derniers jours...

« Ce n'est pas l'important. » objecta Remus. « C'est à cause du loup ! Je n'ai aucun contrôle. Il m'a fait sauter du toit, il refusait de rester tranquille tant qu'on ne l'avait pas retrouvée ! J'étais mort d'inquiétude. C'était... C'était... »

Sirius était nettement moins alarmé que la veille, lorsque Remus lui avait fait un aveu similaire. En réalité, il pensait que le loup était peut-être plus intelligent et lucide que l'humain sur certaines questions...

« Tu es sûr que c'était le loup ? » coupa-t-il, un brin moqueur. « Ce ne serait pas plutôt... des sentiments ? Le genre de sentiments qui rend les hommes naturellement cinglés ? »

Son meilleur ami secoua la tête.

« Je pourrais contrôler des sentiments. » démentit Remus.

« Si tu veux mon avis, tu contrôleras plus facilement ton loup que tes sentiments. » contra Sirius. « Excepté pour la pleine lune, tu es aux commandes de ce côté là. »

« Tu ne comprends pas. » se plaignit Remus. « Il ne faut pas. Ce n'est pas juste. »

« Pas juste pour qui ? » rétorqua-t-il, en se levant. « Dépêche-toi de te préparer, il ne vaut mieux pas faire attendre Dumbledore... »

°°O°°O°°O°°O°°O°°

Bill s'avachit sur la causeuse devant la fenêtre, écrasant presque le bras de son frère. Charlie se contenta d'un grognement mécontent, puis bougea légèrement pour optimiser l'espace qui lui restait. Tourné sur le côté, la tête posée sur un coussin à la propreté douteuse, il semblait déterminé à rattraper son sommeil en retard.

L'aîné des Weasley poussa lui-même un soupir fatigué. La journée lui avait paru atrocement longue et monotone après les événements de la nuit passée. Vérifier les enchantements des coffres, examiner des objets qui auraient pu endommager les protections de Gringotts... Pas assez d'heures de repos, le contre-coup de l'adrénaline... Il n'était pas réellement surpris de la migraine qui lui vrillait les tempes.

Il observa distraitement les personnes aller et venir dans le salon, notant la séparation naturelle qui s'était faite entre ceux qui avaient pris l'initiative du piège et ceux qui avaient été tenus à l'écart. Fol'Œil discutait dans un coin avec Sirius, Anthony s'était échoué sur un des fauteuils et attendait, les yeux fermés, que le temps passe, Remus n'était nulle part en vue et Kingsley et Tonks n'étaient pas encore arrivés. L'ancien chef des Aurors et le fugitif avaient l'air abattu, la grimace rivée aux traits d'Anthony s'expliquait plus que raisonnablement par le bandage qui entourait sa tête.

Andromeda n'avait pas dû être enchantée de le voir échapper à sa surveillance aussi vite parce qu'elle était perchée sur le bras du canapé, au centre du salon, et le fixait avec attention. Son mari, en revanche, ne se trouvait pas là.

A l'autre bout de la pièce, Fleur discutait avec Molly. Il ne savait pas sur quoi portait la conversation mais à voir les gestes amples de sa petite amie et l'expression de sa mère, la française ne faisait pas l'unanimité.

Bill se sentit sourire.

Fleur agaçait. Elle agaçait les Gobelins, elle agaçait ses collègues, elle agaçait tout le monde. Elle l'avait agacé lui aussi, au début, avec ses manières guindées et son petit numéro de pimbêche... Avant qu'il ne voie au delà de son assurance et de sa beauté presque trop prononcée. Il ne lui serait jamais venu à l'idée de l'inviter à sortir si Dumbledore ne l'avait pas intégrée à l'Ordre. Il avait appris à la connaître, avait découvert le tempérament de feu, le courage, la détermination et l'intelligence de la jeune femme.

Il aimait Fleur. Il l'aimait pour tout ce que les autres, ceux qui s'arrêtaient à sa beauté, ne voyaient pas.

Convaincre sa famille qu'elle n'était pas qu'une écervelée arrogante s'avérerait sans doute plus compliqué, mais ils n'en étaient pas là. C'était bien trop tôt pour envisager ça.

L'était-ce ?

Son père débarqua dans la pièce, un peu essoufflé, peut-être soucieux d'être en retard, et déposa un baiser sur la joue de Molly avant de l'arracher à la conversation. Fleur chercha autour d'elle quelqu'un à qui parler, il lui fit signe mais trop occupée à s'éloigner aussi loin possible de Mondingus, elle ne le vit pas et finit par engager Andromeda dans une discussion plus calme que celle qu'elle avait eue avec sa mère.

« Toujours pas ta copine ? » se moqua Charlie.

Bill tourna la tête, peu étonné de voir son frère l'observer à travers des paupières entrouvertes.

« Tu avais cinq minutes de retard, ce matin. » déclara-t-il. « Tu sais que pour les Gobelins, c'est un motif de renvoi ? »

Charlie haussa les épaules.

« Qu'ils me renvoient. » cracha le jeune homme, dans un sursaut d'énergie. « Ce sont des monstres. »

« Juste pas humains. » corrigea-t-il. « Ils n'ont ni la même éthique, ni la même morale. »

« Ils n'ont pas de morale. » marmonna Charlie. « Ils sont cruels. »

Voilà pourquoi il n'avait jamais été aussi enthousiaste que sa mère à l'idée que son frère revienne s'installer en Angleterre. Il avait su, dès le départ, que la façon dont les dragons étaient utilisés à Gringotts poserait problème.

Charlie était quelqu'un de très intègre. Déjà quand ils étaient enfants, il avait cet instinct qui le poussait à protéger toute créature vivante. Combien de chats ou de chiens errants avaient été ramenés au Terrier - et immédiatement adoptés par leur mère qui ne supportait pas de voir souffrir quoi que ce soit ? A Poudlard, Charlie passait le plus clair de son temps avec Hagrid à s'occuper de ci ou de ça.

Bien sûr, ça n'empêchait pas son jeune frère d'être un farceur né, un excellent joueur de Quidditch et, dans sa jeunesse, un bourreau des cœurs, mais si Bill avait dû retenir une seule caractéristique, ça aurait été celle là. Charlie avait l'âme la plus pure qu'il connaissait.

« Tu n'as rien dit, hein ? » demanda soudain son frère, avec inquiétude.

Il fronça les sourcils avant de suivre son regard. Molly était en grande discussion avec Anthony. Les yeux de ce dernier se détournèrent brièvement, le temps de croiser ceux de Charlie, puis revinrent vers leur mère qui ne parut pas remarquer quoi que ce soit.

« Bien sûr que non. » se vexa-t-il légèrement.

« Merci. » soupira Charlie, soulagé.

Quelques minutes passèrent en silence, puis Bill reprit la parole. Il n'était pas de ceux qui laissaient se détériorer une situation. Il n'aimait pas les non-dits.

« Tu aurais pu m'en parler. » lui reprocha-t-il, aussi gentiment que son ego blessé le lui permettait.

N'étaient-ils pas plus proches l'un de l'autre que d'aucun autre de leurs frères et sœur ? Ils avaient tous un frère avec qui l'affinité était plus grande. Il avait Charlie. Les jumeaux étaient ensemble et Ron et Ginny formaient une équipe pratiquement imbattable. Restait Percy, qui était né à la plus mauvaise place, ce qui expliquait probablement son entêtement à suivre le Ministère au lieu de leur père.

« Il n'y a pas tant de gens qui sont au courant. » se défendit Charlie. « Enfin... Ici. »

C'était donc différent en Roumanie. Ce qui signifiait également que cela durait depuis un moment.

Cela attrista Bill. Il aurait pensé que son frère leur aurait fait confiance. Le cas de Percy mis à part – et encore – les Weasley ne jugeaient pas les leurs. Ils les acceptaient inconditionnellement.

« Tonks sait, je suppose. » déduisit-il.

C'était sa meilleure amie, après tout. Et elle passait suffisamment de temps chez les garçons pour avoir compris même si personne ne le lui avait dit.

« On n'a pas tellement de secrets l'un pour l'autre. » répondit prudemment Charlie, avant de soupirer. « Je voulais te le dire, Bill. »

« Pas assez, visiblement. » remarqua-t-il, un peu amèrement.

Une nouvelle fois, Charlie soupira.

« Ce n'est pas si simple. » objecta son frère. « Quand on était là-bas... C'était plus facile de ne rien dire, ça évitait les questions interminables, les mélodrames... Tu sais comment ça peut être à la maison... »

Oui, il savait. Il devait admettre que parfois, sa famille était quelque peu envahissante. Il les aimait tous, bien sûr, et il se serait sacrifié pour n'importe lequel d'entre eux, mais il fallait avouer qu'une famille aussi nombreuse n'était pas toujours simple à gérer.

« Et quand on est revenu... » continua Charlie. « J'allais vous le dire. Je te jure. Anthony voulait vous rencontrer et je ne voulais pas le présenter comme un ami parce que ce n'était pas... Ce n'était pas juste. Seulement... Harry a disparu, maman était dans un tel état et les choses se sont enchaînées. »

Bill fronça les sourcils.

« A toi aussi, elle t'a fait le coup des petit-enfants ? » demanda-t-il, amusé.

Il n'avait rien vécu d'aussi surréaliste que ce moment où elle l'avait coincé dans le poulailler pour lui expliquer qu'il arrivait en âge de trouver une gentille fille et de s'installer. Il avait mis ça sur le compte du bouleversement qu'avait entraîné la perte d'Harry.

« Plutôt, oui. » ricana Charlie. « Elle m'a fait une liste des sorcières de ma promotion qui étaient encore libres, Tonks en tête. »

Il avait eu droit à sa propre liste. Il avait presque sorti la carte Fleur pour s'extirper de cette conversation gênante mais il avait craint que ça ne fasse que la conforter dans ses idées saugrenues. Il avait le pressentiment que Fleur et Molly ne s'entendraient pas.

« Remarque, si tu lui disais, elle te laisserait tranquille. » nota-t-il.

« Elle sera déçue. » lâcha son frère.

Bill le dévisagea, les yeux ronds.

« Tu l'as déjà vue être déçue par l'un d'entre nous ? » répliqua-t-il sèchement. « Elle nous aime. Elle ne réagira pas... »

« Je sais. Ce n'est pas ce que je veux dire. » coupa Charlie. « Je sais qu'elle ne désapprouvera pas ou qu'elle ne jugera pas. Je sais que personne ne me rejettera. Le problème, c'est que maman veut de la normalité en ce moment. Elle veut oublier que n'importe lequel d'entre nous peut disparaître comme Harry l'a fait. Elle veut oublier qu'on est en guerre. Et franchement, je n'ai pas envie de la distraire alors qu'on est en danger permanent. »

Bill analysa ses paroles puis secoua la tête.

« Ce que tu dis n'a aucun sens. » décréta-t-il.

« Non ? » riposta Charlie. « On dirait que tu ne sais pas comment fonctionne la famille. On se protège les uns les autres, elle s'inquiète déjà de nous. Elle se met en danger pour nous. Si je lui dis pour Anthony, je l'intègre à la famille et elle va vouloir le protéger comme s'il était à elle, tu le sais aussi bien que moi. Je préférerai qu'elle se soucie un peu plus de sa sécurité et un peu moins de la nôtre. »

Son regard se posa sur Fleur et il se surprit à partager ses sentiments. Il aimait Fleur, oui. Molly la détesterait, c'était certain. Mais parce qu'il l'aimait, elle ferait son possible pour la protéger si la situation l'exigeait, qu'importait qu'elle soit capable de se débrouiller seule. Il ne risquerait pas sa mère pour la jeune femme.

« D'accord. » accepta-t-il, finalement. « Mais moi je surveillerais ses arrières comme s'il était un de nous. »

Les lèvres de Charlie s'étirèrent en ce sourire mutin qui avait fait son succès à Poudlard.

« Tant que tu ne surveilles pas de trop près... » plaisanta le dragonnier.

Bill leva les yeux au ciel.

« Je sors avec Fleur. » déclara-t-il, après un moment de silence. « C'est sérieux, je crois. »

Son frère haussa les épaules avec fatalité.

« Alors j'aurais une nouvelle sœur sur qui veiller, hein ? » offrit Charlie.

°°O°°O°°O°°O°°O°°

Passant le seuil juste derrière Kingsley, Tonks pénétra dans la maison au pas de charge et claqua la porte dans son dos. Immanquablement, le portrait de sa grand-tante se mit à proférer une litanie d'insultes plus imagées les une que les autres. Elle la laissa s'égosiller.

Nymphadora Tonks était de très, très mauvaise humeur. Elle avait passé le reste de sa nuit à Sainte Mangouste, la matinée à répondre aux questions idiotes de ses collègues et son après-midi à tenter d'expliquer à Fudge ce qui avait bien pu se passer dans les cellules.

Elle n'avait pas eu le temps de se doucher ou de se changer et elle était un peu trop consciente d'empester. A vrai dire, elle avait eu toutes les intentions du monde de ne pas se présenter à la réunion mais Kingsley l'avait avertie que ce ne serait pas sage et elle avait admis elle-même que contrarier davantage Dumbledore n'était pas un bon plan.

Excepté qu'elle n'avait pas mesuré à quel point elle serait énervée.

Les Mangemorts qu'ils avaient capturés la veille s'étaient tous envolés dans la nature sauf un. Ils les avaient placés en détention provisoire dans les locaux du Ministère, comme le voulait la loi en attendant qu'ils puissent être envoyés à Azkaban dans l'attente de leur procès. Et ils s'étaient volatilisés. Pas de traces d'effractions, pas de blessés. Pouf. Disparus.

Celui qui restait n'avait rien pu leur dire étant donné que son sang était déjà coagulé depuis longtemps lorsqu'ils s'étaient aperçu de l'évasion. Elle plaignait les équipes de nettoyage.

Fudge refusait de comprendre ce que Kingsley et elle s'étaient acharnés à lui expliquer : cela ne pouvait que signifier que les Mangemorts avaient des complices au sein du Ministère. Inimaginable, d'après le Ministre.

Mieux valait discuter avec une porte qu'avec cet homme. La porte, au moins, ne l'interrompait pas avec des conneries.

Kingsley ne tenta pas de lui adresser la parole – il avait abandonné l'idée d'avoir une conversation correcte avec elle depuis le déjeuner qu'ils avaient dû sauter – et se dirigea droit vers le salon d'où leur parvenait la majorité des voix.

Elle bifurqua vers la cuisine, espérant y trouver quelque chose à grignoter. Elle mourrait littéralement de faim, en plus du reste.

« Salut. » lâcha Anthony, en la voyant entrer.

Il était très occupé à mâcher ce qui semblait être des toasts trop cuits. Il suivit son regard et lui tendit l'assiette.

« Sirius les a préparés. » déclara-t-il. « Pas aussi mauvais qu'on pourrait le croire. »

Elle haussa les épaules et s'empara de deux d'entre eux. Mauvais ou pas, elle avait besoin d'avaler quelque chose.

« Ça va ? » demanda-t-elle, en dépit de son humeur massacrante. « Fol'Œil a dit que tu avais pris un mauvais coup, hier. »

Le jeune homme lui offrit un faible sourire.

« Ta mère m'a remis à neuf. » déclara-t-il. « Et offert une semaine de vacances. »

Elle n'aurait rien eu contre quelques jours de repos, elle non plus.

« Alors... De qui tu te caches ? » s'enquit-elle, curieuse.

Elle espérait qu'il ne s'était pas disputé avec Charlie. Elle n'avait pas très envie de devoir ramasser son meilleur ami à la petite cuillère.

« Andromeda et Molly semblent penser qu'elles doivent s'occuper de moi à chaque seconde, de chaque minute. » grogna-t-il. « J'ai l'impression d'être mourant. »

Elle s'assit distraitement sur la table et posa les pieds sur une des chaises.

« Ce sont des mères. » rétorqua-elle avec fatalisme. « Que veux-tu qu'elles fassent d'autre ? »

Anthony ne répondit pas immédiatement, ce qu'elle imputa à la nature caoutchouteuse des toasts de Sirius. Cependant, il s'avéra qu'elle avait tort.

« Je n'ai pas tellement d'expérience sur ce plan là. » commenta-t-il, d'un ton sec. « J'avais sept ans quand mes parents sont morts. Après ça, je suis passé de foyers d'accueil en orphelinats. »

Ce que Charlie avait mentionné plus d'une fois.

Elle s'étouffa avec son pain beurré.

« Désolée. » s'excusa-t-elle, mortifiée. « Je... »

« Laisse-tomber. » conseilla Anthony. « Je voudrais juste qu'elles me laissent tranquille. Je voudrais me coucher et dormir pendant trois jours. »

Il croisa les bras et posa la tête dessus.

Qu'est-ce qu'ils avaient dans la tête pour le faire venir ici malgré ses blessures ?

Son propre bras était encore raide et lui faisait mal par moment, de ce qu'elle avait pu apercevoir à Sainte Mangouste, son corps était plus violet qu'autre chose mais l'un dans l'autre, elle s'en était bien tirée. Il était clair qu'Anthony avait besoin de repos.

« Tu sais si Dumbledore est déjà arrivé ? » demanda-t-elle.

Peut-être qu'il pourrait aller s'allonger dans une des chambres... Il n'avait pas l'air en état de se faire sermonner.

« Ils seront en retard. Un truc avec Ombrage. » marmonna Anthony. « Tu as le temps d'aller te doucher. Tu sens mauvais. On dirait que tu t'es roulée dans les égouts. »

« Bon résumé. » plaisanta-t-elle. « Tu devrais aller te coucher. Dormir un peu... »

D'un geste de la main, il lui indiqua de garder ses conseils pour elle. Elle n'était donc pas la seule à être de mauvaise humeur.

Décidant de le laisser à son repos volé, elle s'empara du dernier toast et le dévora en se dirigeant vers les étages. Elle monta les marches quatre à quatre. Un Recurvite avait atténué le plus gros des dégâts mais rien ne remplaçait l'eau et le savon. Puisque Dumbledore semblait déterminé à leur faire admettre leurs erreurs...

Elle choisit la salle de bain la plus proche de la chambre de Sirius avec l'intention de se servir en vêtements dans son armoire. Son cousin pouvait bien se passer d'un pantalon et d'un pull, après tout.

Elle n'était pas préparée à se retrouver face à face à Remus.

Ils restèrent stupidement plantés l'un en face de l'autre, de part et d'autre du seuil de la salle de bain, à se dévisager en chien de faïence.

Tonks était un peu trop consciente d'empester. Sans parler de ses cheveux ébouriffés. Ou de la zébrure rouge qui lui barrait le front.

« Salut. » lâcha-t-elle finalement, lorsque le silence devint beaucoup trop embarrassant à son goût.

Remus l'observa quelques secondes supplémentaires avant de murmurer un salut en retour.

Sans doute cherchait-il une nouvelle manière de lui faire comprendre que la scène de la veille avait été une erreur. Peut-être avait-il raison, au fond. Peut-être avait-elle tort de s'accrocher à une possible relation qu'il ne désirait pas. Seulement, elle savait, elle savait, qu'ils pourraient vivre quelque chose de fort. D'exceptionnel, même.

« Qu'est-ce que... Qu'est-ce que tu fais là ? » demanda Remus, après s'être raclé la gorge.

« Réunion. » lui rappela-t-elle, avec un léger sourire.

Il fronça les sourcils mais une étincelle amusée vint adoucir son regard.

« Elles n'ont jamais eu lieu dans la salle de bain, jusque là. » remarqua-t-il.

Le sourire de la jeune femme se fit plus assuré.

« Il suffisait de demander. » répliqua-t-elle.

Si ça avait été n'importe quel autre homme, elle aurait posé la main sur son torse, l'aurait poussé en arrière et claqué la porte. Dumbledore aurait dû les attendre un moment...

Mais c'était Remus et elle ne commit pas cette erreur là. Cela devait venir de lui ou il la rejetterait encore.

«Nymphadora. » gronda-t-il.

C'était décidément fascinant. Parfois, lorsqu'il était très mécontent ou simplement sur la défensive, il prenait ce ton... Sa voix devenait grave, rauque même. Elle semblait monter de sa poitrine et s'enrouler dans sa gorge... Elle prenait des accents presque animal.

Et cela la faisait frissonner de terreur autant que de désir.

« Quoi ? » se moqua-t-elle, un peu sèchement. « Tu peux manquer te faire arrêter pour un simple baiser mais je n'ai même pas le droit de flirter ? »

Il s'humecta les lèvres et détourna les yeux, gêné.

« Ce n'était pas... Je n'avais pas prévu de t'embrasser. » protesta-t-il. « Je voulais juste m'assurer que tu étais... »

« Vivante ? » termina-t-elle, lorsqu'il échoua à trouver le mot approprié. « Dis-moi... Quel est l'intérêt de me savoir vivante si tu ne veux pas en profiter ? »

Elle n'avait réellement pas prévu d'avoir cette conversation ce jour là. Bien sûr, elle avait réalisé que ce petit jeu avec Remus n'était pas sain et que, s'il se poursuivait de la même façon, elle s'en tirerait probablement avec un cœur brisé. Cela ne voulait pas dire qu'elle comptait renoncer, simplement installer des bases un peu plus sûres.

Pas ce jour là, cependant.

Trop d'heures depuis qu'elle avait dormi pour la dernière fois. Trop d'événements. Trop de rencontres amicales avec des poubelles.

« Nymphadora... » soupira-t-il et elle leva les yeux au ciel.

« Ça va vite devenir fatiguant, tu sais ? » demanda-t-elle, sans réelle hostilité. « Tu as peur de je ne sais quoi, d'accord, j'ai saisi. Mais arrête de nier qu'il se passe quelque chose, Remus. »

« Il ne se passe rien. » affirma-t-il, d'un ton qui n'admettait pas de réplique.

Si elle n'avait pas été aussi contrariée, elle aurait probablement éclaté de rire.

Pour toute réponse, elle se contenta d'attraper le pull en laine fine, passé à la hâte sur une chemise qui n'avait pas encore eu le temps de se froisser, et tira. Instinctivement, il enroula un bras autour d'elle et se retint au chambranle avec l'autre, afin qu'ils tombent pas. Entraînés par le mouvement, ils finirent contre le mur du couloir, Tonks coincée entre lui et la paroi.

Elle ne lui laissa pas le temps de se remettre les idées en place. Sa main droite resta là où elle était, à tordre la laine, tandis que la gauche fusait vers sa nuque. Elle n'eut même pas à esquisser le moindre geste. Lorsque ses doigts s'enroulèrent dans ses cheveux, il s'était déjà emparé de ses lèvres.

Le corps de Remus se fit plus lourd et sa bouche plus exigeante. Elle passa sa jambe derrière la sienne, l'invitant à approfondir le contact. Leurs mains étaient partout, les siennes volaient de ses cheveux à son torse, elle tira sur la laine, sur la chemise... Son gémissement se répercuta en elle lorsque ses doigts frôlèrent sa peau, déclenchant une sensation familière dans son ventre.

Elle avait peine à se souvenir qu'ils étaient dans le couloir, que n'importe qui pouvait arriver à n'importe quel moment.

« Remus... » murmura-t-elle.

La salle de bain ou la chambre de Sirius.

Il ne sembla pas l'entendre. Elle se retrouva soulevée et enroula ses jambes autour de sa taille par réflexe, sa langue retraça le dessin de sa mâchoire et elle rejeta la tête en arrière dans un gémissement. Tout idée cohérente la déserta.

Sa bouche se colla à son cou, ses dents attaquèrent la chair plus tendre sous son oreille et...

Il se recula si violemment qu'elle se retrouva brutalement par terre. Il lui fallut plusieurs secondes pour retrouver ses esprits. Le froid fut ce qui la heurta en premier. Le froid caractéristique qui accompagnait toujours la solitude. Puis le sol dur et couvert de ce résidus de plâtre qui tombait des murs et du plafond. La douleur enfin. Elle ramena son bras blessé contre sa poitrine, en s'efforçant de se concentrer sur sa respiration. Les Médicomages lui avaient recommandé d'éviter de s'en servir quelques jours. Elle doutait que ça inclue ce genre d'acrobatie.

Puis, avant qu'elle ait eu le temps de se mettre à hurler – ce qu'elle aurait indubitablement fait – Remus était sur elle. Une de ses mains la coinçait à l'épaule, une épaule qui ne demandait qu'à être maniée avec délicatesse, tendit que l'autre forçait sa tête en arrière.

« Non... » gémit Remus. « Pitié, non... Je t'ai blessée ? Il n'y a pas de sang. La chair n'est pas percée. Tout va bien. Tout va bien. Je suis désolé. Je suis désolé. »

Elle se dégagea sans ménagement, et tourna la tête pour lui demander ce que signifiait cet élan de folie. Peut-être était-ce cela que tout le monde semblait lui cacher ? Remus était cinglé.

Son regard paniqué semblait lui donner raison. Seulement, au lieu d'attendre patiemment qu'elle ne trouve une réplique assez forte pour exprimer son agacement, il l'attira contre lui.

Il venait de la jeter par terre.

A présent, il la prenait dans ses bras comme si elle venait de frôler la mort.

« Je suis désolé. » marmonna-t-il. « Je ne voulais pas te faire de mal. »

« Évite de me pousser dans ce cas. » grogna-t-elle, en tentant de trouver la force de lui rendre la pareille.

Néanmoins, c'était un peu compliqué quand il la serrait si fort qu'elle pouvait à peine respirer.

« C'est pour ça que c'est impossible. » continua-t-il. « Je perds la tête avec toi. Ça n'a jamais été comme ça avec aucune autre fille. Ça ne m'a jamais autant affecté. J'ai failli te mordre. J'ai failli... »

Ses doigts glissèrent sur son cou et elle réalisa quel était son problème. Tout ce cinéma pour ce qui aurait été un petit suçon de rien du tout ? L'idée qu'il soit un vampire l'effleura. Après tout, cela expliquerait tout aussi bien son comportement qu'une santé mentale fragile... Cela ne tenait pas, cependant. Il évoluait en plein jour, ne paraissait pas avoir besoin d'invitation pour entrer chez les gens et, indice plus important, il n'était pas sur la maigre liste des vampires résidant en ville. Ils tombaient sous la responsabilité des Aurors, c'était son job de connaître leurs noms et leurs visages.

« Dis-moi la vérité. » exigea-t-elle, agacée de tous ces mystères.

Il chercha à s'écarter mais elle le retint, attrapant ses bras avant qu'il ne recule hors de sa portée. Elle ne le laisserait pas fuir. Pas cette fois.

« Dis-moi la vérité. » répéta-t-elle.

Ses yeux cessèrent de fuir les siens. Une nouvelle fois, elle sentit son cœur accélérer en croisant son regard. Chaud, doux, aimant.

« Je... »

Pendant une seconde, elle crut vraiment qu'il allait le faire. Lui avouer ce fameux secret que personne ne se décidait à partager avec elle et qui leur gâchait la vie. Pendant une seconde, elle sut qu'il allait le faire. Mais il secoua la tête et chercha à s'arracher à sa poigne.

« Je ne peux pas. » déclara-t-il. « Je suis désolé. »

« Arrête d'être désolé ! » s'énerva-t-elle. « Dernière chance, Remus. Dis-moi la vérité ou ne te cache plus derrière elle. »

Leurs regards se croisèrent à nouveau. Doucement, il posa la main sur sa joue et attira son visage vers lui. Elle fut un peu surprise qu'il initie un baiser mais ne le rejeta pas pour autant, ce qui était certainement une erreur tactique parce que cela instaurait un dangereux précédent. Elle ne voulait pas qu'il se sente en droit de noyer le poisson en l'embrassant.

Si l'étreinte précédente avait été enfiévrée, celle-ci n'était que tendresse. Ses lèvres, les caresses de ses mains... Elle se sentait fondre entre ses bras sans le moindre espoir de guérison. Oh, oui. Trop tard pour elle. Son cœur était déjà dans la balance.

Elle ne comprit un peu trop tard qu'il s'agissait de sa manière de lui dire adieu, de mettre un terme à ce qui n'avait même pas commencé.

Quand il abandonna ses lèvres et appuya son front contre le sien, les yeux fermés, elle sut. Elle sut avant même qu'il parle.

« Je regrette. » murmura-t-il.

Elle le laissa s'éloigner, le laissa se relever et même faire quelques pas vers l'escalier.

« Je croyais que les Gryffondors étaient censés être courageux ! » lança-t-elle.

Il s'immobilisa et tourna la tête vers elle. Juste la tête. Apparemment, elle ne valait pas mieux que son dos.

« Je crois que je suis un Maraudeur avant d'être un Gryffondor. » répondit-il, avec amertume. Regret, peut-être. « Les Maraudeurs n'ont jamais été courageux. »

« Alors, c'est comme ça ? » insista-t-elle. « Tu veux qu'on ignore ce qu'il y a entre nous parce que tu as peur ? »

Elle réalisa alors qu'elle était encore avachie sur le sol, au milieu de la poussière, et elle refusa cette image. Elle refusa d'avoir le rôle de la pauvre gamine au cœur brisé. Elle avait sa fierté. Elle l'avait toujours eue.

« Tu n'as pas besoin de moi, Nymphadora. » assura-t-il, alors qu'elle se remettait sur ses pieds. « Tu as Charlie. »

« Je ne vois pas bien le rapport. » riposta-t-elle avec colère.

« Vous passez tellement de temps ensemble... » lâcha-t-il, d'un ton morne. « C'est normal. Vous êtes... Tu devrais rester avec lui. »

« Oh, tu n'as pas le droit. » grinça-t-elle. « Tu n'as pas le droit de me dire que tu ne veux pas de moi, puis d'être jaloux. »

« Comment veux-tu que je ne sois pas jaloux alors qu'il n'arrête pas de te toucher en permanence ? » répliqua Remus, en se retournant finalement.

A nouveau ce grondement. Un éclat sauvage dansait dans ses yeux.

Un instinct primaire lui ordonnait de reculer. Elle fit un pas en avant et croisa les bras, adoptant une attitude de défi.

« Je prends Sirius dans mes bras. Je tiens la main de Kingsley à chaque fois qu'on transplanne ensemble. Je m'appuie sur Fol'Œil dès que la conversation devient ennuyeuse. Tu es jaloux d'eux aussi ? » cria-t-elle, avec irritation.

Sa voix avait gagné en intensité et elle était pratiquement sûre que leur dispute avait attiré l'attention du reste de l'Ordre parce qu'un silence suspect régnait au rez-de-chaussée. Puis les bruits de conversations reprirent et elle redonna sa pleine attention à Remus.

« C'est différent. » grogna-t-il. « Ils sont... »

« Quoi ? » coupa-t-elle. « Plus vieux ? Au cas où tu n'aurais pas remarqué, Remus, je préfère les hommes plus âgés. Et, bien que ça ne te regarde pas, il est plutôt clair entre Charlie et moi qu'il n'arrivera jamais rien de romantique. »

Il recommença à se diriger vers l'escalier, balayant son argument d'un geste de la main. Sans même avoir la courtoisie de la regarder en face.

« Ça n'a pas d'importance. » cingla-t-il. « Toi et moi, ça n'arrivera jamais, Nymphadora. »

« Tu veux dire que tu ne m'embrasseras plus jamais ? » railla-t-elle.

« Exactement ! » répondit-il, en se passant une main dans les cheveux. « C'est exactement ce que je veux dire. Plus de baisers, plus de regards, plus de sourires aguicheurs. »

Il était clair que le dernier point ne concernait qu'elle.

« Je ne te crois pas. » affirma-t-elle.

Elle avait cessé de crier, c'était sans doute ce qui avait attiré son attention parce qu'il se retourna une dernière fois, le pied sur la première marche.

« Je ne te crois pas. » répéta-t-elle calmement. « Je pue, Remus. Je suis sale, affreuse et d'une humeur de chien. Pourtant tu m'as embrassée. Tu ne l'a même pas remarqué. Et je ne connais qu'une seule raison pour laquelle un homme peloterait volontairement une femme dans un tel état. Fais l'autruche autant que tu veux, mais tu m'embrasseras encore. Encore et encore. Jusqu'à ce que tu réalises qu'en fait, c'est bien plus effrayant de nier que d'accepter. »

Elle se sentait étonnamment plus sereine à la fin de son petit discours. Elle était convaincue de la justesse de ses propos.

Remus la fixait d'un air indéchiffrable et elle conclut qu'un moment de réflexion ne lui ferait pas de mal. Elle fit donc demi-tour et se dirigea droit vers la salle de bain, sans un seul regard en arrière, certaine qu'une sortie spectaculaire était nécessaire.

Bien entendu, si elle avait réussi à ne pas trébucher avant de s'enfermer dans la salle de bain, cela aurait peut-être été un peu moins spectaculaire.

°°O°°O°°O°°O°°O°°

Remus s'arrêta au milieu de l'escalier et s'appuya contre le mur. L'excès d'adrénaline circulait dans ses veines, pas totalement bienvenue mais pas totalement désagréable non plus. Cela rendait toute tentative de réflexion compliquée, ce qui était probablement une bonne chose parce qu'il aurait pu se laisser convaincre par l'assurance de Tonks.

Jusqu'à ce que tu réalises qu'en fait, c'est bien plus effrayant de nier que d'accepter

Elle avait tort.

Les deux étaient effrayants. Terrifiants, en réalité.

Ne venait-il pas de prouver qu'une relation serait dangereuse pour elle ? Il avait perdu son sang-froid, s'était abandonné à une passion qui avait manqué le consumer. Il l'avait mordue. Pas assez pour percer la chair. Pas assez pour que sa salive passe dans son sang. Pas assez pour la contaminer.

Il ferma les yeux et se contraignit à de profondes inspirations. Elle allait bien. Il s'était arrêté, s'était repris. Le danger était passé.

Jusqu'à ce que tu réalises qu'en fait, c'est bien plus effrayant de nier que d'accepter

Il ne savait plus ce qu'il devait nier ou accepter. Tout était bien trop confus. Elle était... Elle était tellement différente des autres. Tellement... vivante. Peut-être était-ce cela qui l'attirait tellement ? La manière dont elle croquait la vie à pleines dents alors que lui avait passé tant d'années à errer sans autre but précis que de se demander pourquoi il n'était pas mort avec ses meilleurs amis.

Dis-moi la vérité.

Il avait failli. Les mots s'étaient bousculés au bout de sa langue. D'une façon ou d'une autre, cela aurait réglé la situation. Soit elle se serait enfuie en courant, soit elle aurait accepté ses raisons. Ou pas. Elle n'était pas du genre à accepter. Elle était du genre à hocher la tête et dire 'd'accord, et alors ?', exactement comme James l'avait fait à l'époque. Elle refuserait de le voir comme le danger qu'il était.

Il aurait dû le lui dire. Quelqu'un aurait déjà dû le lui dire. Il ne comprenait pas pourquoi personne ne lui avait expliqué. Sirius ou Molly. Andromeda, même. Il n'avait jamais gardé le secret, en avait parlé aussi librement que possible mais elle ne saisissait jamais les allusions. Lunard, les références à la pleine lune, la nervosité de Buck, ses réactions parfois plus animales qu'humaines... Elle ne les voyait pas ou feignait de ne pas les voir.

Et il n'arrivait pas à lui avouer ce que tout le monde savait.

Il n'était pas courageux. Il ne l'avait jamais été. S'il avait été un peu plus courageux, il aurait protesté contre les plaisanteries douteuses dont James et Sirius avaient couvert Severus. Après tout, combien de fois avait-il conclu que leurs places auraient pu être inversées ? S'il n'avait pas atterri chez les lions, s'il n'avait pas été intégré à la petite bande qui se formait dans le dortoir... Il aurait été un paria lui aussi, avait vécu trop longtemps comme tel pour prétendre à autre chose... Avant. Avant que Sirius ne lui tende la main. Avant que James ne lui tape le dos. Avant que Peter ne lui offre la moitié de sa pomme.

Avoir des amis était une expérience inédite. Des gens qui l'aimaient malgré ce qu'il était. Il avait tenu trois ans avant qu'ils ne découvrent son petit secret. A eux non plus il n'avait rien voulu dire. De peur de les perdre.

Mais ils avaient été tellement importants... Tellement capital dans sa vie... Pouvait-il placer Tonks au même niveau que les Maraudeurs ? Était-ce comparable ?

Et je ne connais qu'une seule raison pour laquelle un homme peloterait volontairement une femme dans un tel état.

Il fronça le nez. On ne pouvait nier qu'elle avait eu urgemment besoin de se laver. Et qu'en dépit de son odorat plus sensible que la moyenne, il ne l'avait remarqué qu'un peu tard. N'était-ce pas une autre preuve qu'elle le rendait fou ?

Ses vêtements aussi étaient sales. Qu'allait-elle mettre ? Sans doute avait-elle prévu d'emprunter quelques affaires à Sirius mais il lui avait coupé la route avant qu'elle ait pu le faire.

Un grondement sourd l'alarma et il rouvrit les yeux, fouillant la cage d'escalier du regard. Personne d'autre que les portraits collés aux murs, murmurant les uns aux autres des insultes que plus aucun d'eux n'écoutait. Il lui fallut plusieurs secondes avant de réaliser que le bruit émanait de sa propre gorge.

L'odeur de Sirius sur Tonks ? Impensable.

Elle avait raison, c'était effrayant. Notamment parce qu'il ne sentait pas le loup s'agiter plus que ça. C'était lui qui était jaloux.

Hybride, siffla un des portraits.

Il remonta l'escalier. Vraiment, retourner à sa chambre et revenir poser des vêtements devant la porte de la salle de bain ne lui prit qu'une poignée de minutes. Ça n'enverrait peut-être pas le bon message. Ça ne ferait pas comprendre à Tonks qu'il valait mieux pour elle qu'elle cesse de penser à lui.

Mais ça valait mieux que plusieurs heures de torture à sentir son odeur mélangée à celle de Sirius.

C'était déjà assez compliqué de contrôler le côté animal quand Charlie la serrait contre lui ou attrapait sa main ou...

Le loup ne bougeait pas.

Curieux, jugea-t-il, en redescendant rapidement. Ces derniers temps, il avait suffi de seulement penser à Charlie pour le réveiller. Et là, il semblait... apaisé.

En déduire la raison lui prit plusieurs minutes. Elle avait plus ou moins déclaré qu'elle était déterminée à être avec lui. Visiblement, le loup avait pris ça pour un engagement de sa part. Cela lui suffisait.

Il sentit un sortilège se rompre lorsqu'il pénétra dans le salon. Silencio. Sirius. Peut-être que leur dispute avait été un peu plus forte qu'il ne l'avait cru.

Il se dirigea droit vers son meilleur ami, répondant d'un geste distrait au salut de Dumbledore et dépassant McGonagall sans s'arrêter.

« Ils ont tenu bon toute la journée. » expliquait la sorcière à Molly. « Normalement, je ne serais pas très optimiste quant à la durée de cette trêve, mais si l'on doit en juger par l'expression de Dolores... »

Il se glissa près de Sirius. Bill et Kingsley, avec lesquels il avait été en pleine conversation, s'éloignèrent sans la moindre question. Ça conforta Remus dans son hypothèse.

« Qu'avez-vous entendu ? » demanda-t-il directement.

Son meilleur ami grimaça et agita la main.

« Oh, pas grand chose... » promit l'Animagus. « J'ai jeté un Silencio avant que ça ne devienne un peu trop violent. »

« C'est-à-dire ? » insista-t-il.

« Quand elle a commencé à hurler que tu n'avais pas le droit d'être jaloux, j'ai cru qu'elle allait t'assassiner. » déclara Sirius, en haussant les épaules. « J'ai pensé que tu ne voudrais pas de témoins. De qui étais-tu jaloux, si je peux poser la question ? »

Remus ne répondit pas, se drapant dans un silence légèrement vexé. Avait-elle eu besoin de crier afin que la maison entière soit au courant ?

« Non, parce que... » continua son ami, d'un ton amusé. « Il faut quand même que quelqu'un te le dise vu qu'apparemment tu es aveugle... Ça fait des mois qu'elle ne voit que toi. »

« Je préférerai qu'elle regarde ailleurs. » répliqua-t-il, sèchement.

Il était un peu trop conscient du regard noir avec lequel Andromeda le fixait, mais il ne se tourna pas vers elle.

« Bien sûr. » railla Sirius. « C'est pour ça que tu es si aimable avec Charlie. Ça tombe sous le sens. Je n'ai pas eu souvent l'occasion de le dire, Lunard, et je vais savourer... Sur ce coup là... Tu es un crétin. »

Choqué, Remus se tourna vers son meilleur ami. Il était habitué à toutes sortes d'insultes mais on ne l'avait encore jamais traité de crétin.

Sirius leva les yeux au ciel.

« Charlie n'est pas un danger. » affirma l'Animagus. « Il ne l'a jamais été. C'est l'avantage quand on a rien d'autre à faire qu'observer, on remarque des choses. Sers-toi un peu de tes sens ultra-développés... »

Trop de personnes étaient présentes dans un espace réduit pour que ce soit efficace. De plus, Charlie était à l'autre bout de la pièce, perché sur le bras du fauteuil dans lequel ce pauvre Anthony paraissait essayer de dormir. L'expression sur le visage du fils Weasley était un peu étrange. Sévère sans être fermée, attentive sans être dure. Comme s'il montait la garde.

Eh bien, il s'inquiétait pour son meilleur ami, rien de bien curieux là dedans. Puis il remarqua sa main. Le bras de Charlie était négligemment posé sur le dossier du fauteuil et son avant-bras pendait à côté de la tête d'Anthony. Et ses doigts caressaient son cou.

C'était discret, assez pour passer inaperçu dans un salon bondé où personne ne leur prêtait attention. Et machinal, trop pour que ce ne soit pas familier.

Et, bien que ça ne te regarde pas, il est plutôt clair entre Charlie et moi qu'il n'arrivera jamais rien de romantique.

Oh.

Oh.

Il se détourna avant que le roux ne le repère et feignit d'écouter ce que McGonagall racontait et qui avait capté l'intérêt de Maugrey.

« L'idée est de Granger ? » lança l'ancien Auror.

« Oh, c'est dur à dire... » réfléchit McGonagall, avec une moue sévère. « Je ne pense pas qu'elle aurait pu rallier seule les Serpentards. »

« Hermione? » intervint-il, un peu inquiet.

Il aimait beaucoup les amis d'Harry mais il avait toujours un petit faible pour Hermione. La sorcière la plus brillante de sa génération, avait un jour dit Sirius. Avec un cœur énorme, avait-il rajouté pour lui-même. Elle aurait pu le dénoncer comme loup-garou, sonner l'hallali... Et elle n'en avait rien fait. Elle lui avait fait confiance, l'avait accepté dans un battement de cil. Par certains côtés, elle lui rappelait Lily.

« Les Maisons ont conclu une trêve. » résuma Molly. « Même mes enfants ont passé la journée avec des Serpentards. »

Il n'y avait pas de désapprobation dans sa voix, juste une immense stupéfaction.

« Une trêve contre Ombrage ? » précisa Sirius, avant d'éclater de rire. « Voilà qui devrait calmer cette femme... »

« Ça simplifierait bien nos affaires s'ils parvenaient à la faire partir... » acquiesça Fol'Œil.

« Ce sont des enfants ! » protesta McGonagall.

« Il ne faut jamais sous-estimer une bande d'adolescents déterminés, Minerva. » avertit Molly. « Toutes les Maisons unies ? J'en ai des frissons. »

« J'admets que l'idée ne manque pas de panache. » accorda la sous-directrice. « Albus a interdit aux professeurs d'intervenir aussi longtemps que possible. »

Elle semblait mécontente de ce dernier point et jeta un regard agacé à son employeur. Occupé à discuter avec Kingsley, ce dernier ne sembla rien remarquer.

« Je pense qu'il espérait que Granger reprendrait le flambeau que Potter a laissé derrière lui. » lâcha-t-elle, dans un murmure amer.

Molly se détourna brutalement et quitta leur groupe, pour aller retrouver Arthur qui parlait avec Bill et Fleur, un peu plus loin. Elle faisait ça à chaque fois qu'Harry était mentionné. Un par un, ils abandonnaient l'idée de le revoir vivant. En fait, Remus soupçonnait que Albus, Sirius et lui étaient les derniers à s'accrocher à cet espoir.

« Elle est maligne, cette fille. » jugea Maugrey. « Elle pourrait le faire. »

« C'est encore une enfant. » s'énerva McGonagall. « Je préférerais qu'elle se tracasse un peu plus de ses notes et un peu moins de Dolores Ombrage. »

« Hermione a de mauvaises notes ? » releva Remus, avec incrédulité. « Êtes-vous sûre qu'il s'agit de la vraie? »

McGonagall claqua la langue avec irritation.

« Elle vit les mensonges de cette femme comme un affront personnel. » déclara-t-elle. « Cela s'est peu à peu propagé à tous les Gryffondors. Prononcer le nom d'Harry Potter et vous vous retrouvez la cible de mire d'une trentaine de regards. A vrai dire, preuve que Dolores est dérangée, elle persiste à les affronter. »

Sirius et lui échangèrent un regard lourd de sens. Étant donné les liens étroits entre Harry, Ron et Hermione, ils pouvaient imaginer que ni l'un ni l'autre ne le laisserait se faire traiter de menteur aussi facilement.

« Et les autres Maisons ? » s'enquit Sirius. « Les Poufsouffles et les Serdaigles? »

La sous-directrice pinça les lèvres sous le coup de l'énervement.

« Le remplaçant de Filius est si incompétent que les Serdaigles se sont plus ou moins rangés sous mon autorité. Ils suivent les lions. » expliqua-t-elle. « Les Poufsouffles connaissent Harry et savent qu'il ne ressemble pas au portrait que le Ministère brosse de lui. De plus, ils n'apprécient pas les méthodes de Dolores, donc, il est logique qu'ils participent à cette petite révolte. »

« Et les Serpentards ? » demanda Alastor. « Qu'ont-ils à gagner là dedans ? »

Remus tint sa langue mais n'apprécia pas particulièrement la manière dont Maugrey crachait le nom de la dernière Maison. Severus n'avait pas tort de dire que les serpents étaient toujours mis au ban.

« Avec la politique que Fudge mène actuellement ? » riposta Remus, sans cacher son mépris pour le Ministre. « Il essaye de couper l'autorité des vieilles familles alors que le Ministère repose sur elles depuis des siècles. »

« Ce ne serait pas une mauvaise chose. » affirma Sirius.

« Non. » accorda-t-il. « Mais ça le devient s'il cherche à les exclure totalement. En plus, il n'est pas vraiment pro Nés-Moldus. Sa politique ne repose sur rien de valable. Il s'est juste affranchi d'Albus et veut diriger sans contraintes. »

« Et sans Lucius Malfoy pour murmurer à son oreille. » ajouta Maugrey.

« Ce qui est, je pense, précisément la raison pour laquelle Serpentard est entré dans la danse. » conclut McGonagall. « Elle a insulté les Sang-Purs et Draco Malfoy plus spécialement. »

Sirius secoua la tête.

« Hermione ne travaillerait jamais avec Malfoy. » assura l'Animagus, définitif.

« Elle le déteste. » renchérit-il.

« Mais elle est maligne. » insista Fol'Œil. « Et à la guerre comme à l'amour... »

« Tous les coups sont permis. » soupira la sous-directrice. « C'est bien ce qui m'inquiète. Malfoy n'est pas un mauvais bougre. Trop sûr de lui et trop plein de morgue, mais il n'est pas mauvais. »

« C'est un Malfoy. » cracha Sirius avec dégoût, comme si cela clarifiait tout. Pour lui, c'était certainement le cas.

« Et nous sommes des Black. » rappela doucement Andromeda, en se glissant dans le petit cercle qu'ils formaient.

Depuis combien de temps écoutait-elle en périphérie ?

« C'est différent, Andy. » protesta Sirius.

« Narcissa protégera son fils aussi complètement qu'elle le pourra. » affirma la Médicomage. « Elle ne le laissera pas s'engager dans cette guerre pour l'instant. L'issue est encore trop incertaine. C'est ainsi que tu juges le bon du mauvais, non ? Le blanc du noir ? Dumbledore ou Tu-sais-qui ? »

Il y avait une légère rancœur dans le ton d'Andromeda. Remus ne savait pas d'où elle venait mais Sirius paraissait avoir compris.

« C'est comme ça qu'on nous l'a appris, non ? » rétorqua l'Animagus. Une lueur de défi brillait dans ses yeux.

La sorcière eut un sourire triste.

« J'ai cessé de croire au blanc et au noir depuis longtemps. » offrit-elle honnêtement. « La plupart des gens évoluent dans les zones de gris. »

« Les gens comme Snape. » riposta violemment Sirius. « Les gens comme Narcissa. Ceux qui sont trop lâches pour choisir un camp. »

Andromeda haussa les épaules. « Peut-être qu'ils sont juste plus intelligents que nous. Ils vivront encore quand nous seront déjà morts depuis des années. »

Remus croisa le regard contrarié de McGonagall. Elle n'acceptait pas les remarques sur Severus. Curieux comme la situation s'était inversée. Fut-un temps où c'était pour eux qu'elle préférait être aveugle, où elle acceptait leurs explications fumeuses sans sourciller et leur accordait sa protection inconditionnelle... Désormais, c'était Severus qui profitait de son soutien.

« Pourquoi est-ce que vous vous disputez ? » demanda le timbre joyeux de Tonks.

Il ne l'avait pas vue entrer et fit son maximum pour s'intéresser aux autres. Il feignit de ne pas remarquer la façon dont elle s'appuya sur Fol'Œil. Il tâcha de ne pas sentir les effluves du shampoing aux cerises – son shampoing – mêlées à l'odeur plus familière de Tonks. Il s'efforça de ne pas prêter attention à ces crépitements victorieux dans sa poitrine. Comme si le fait qu'elle porte ses vêtements trop grands pour elle la marquait comme sienne.

« Si vous voulez bien vous asseoir. » lança Dumbledore, par dessus les murmures. « Nous pourrions commencer la réunion. »

Il fallut quelques minutes et une augmentation considérable du brouhaha avant que tout le monde ait trouvé un siège. Remus se retrouva coincé entre Sirius et Kingsley sur un des canapés. Dumbledore resta debout, devant la cheminée.

« Bien. » lâcha le Directeur, lorsque le silence fut rétabli. « Inutile de nous attarder sur ce qui est arrivé la nuit dernière. »

Le regard du vieux sorcier s'arrêta sur lui et Remus baissa la tête, conscient d'être partiellement responsable de l'échec de la mission qui n'aurait jamais dû être en premier lieu.

« Je suis désolé, Albus. » lâcha-t-il. « Tout est ma faute. »

« Inutile de distribuer les blâmes, Remus. » répondit simplement Dumbledore. « Je suis, moi-même, plus ou moins responsable de la situation. »

Le loup-garou donna un coup de coude peu discret à Sirius pour faire taire ses marmonnements.

« En dépit des doutes de certains d'entre vous, j'avais mes raisons de souhaiter que l'Ordre reste en retrait quelques temps supplémentaires. » continua le Directeur. « En raison de la rencontre de la nuit dernière, Voldemort est désormais conscient que nous sommes sur ses traces et en état de nous battre. »

« Comme s'il ne l'avait pas déjà su ! » soupira Sirius, avec agacement.

« Peut-être le soupçonnait-il, en effet. » riposta Albus. « A présent, il en a la preuve. Ce qui présente un désavantage majeur pour nous. J'ai de bonnes raisons de croire que son but final est l'infiltration du Ministère. Peut-être cela a-t-il déjà commencé. Dans l'immédiat, sa préoccupation doit être d'agrandir ses troupes. »

« Facile d'y remédier. » grommela Fol'Œil. « Surveillons les Sang-Purs. »

Remus secoua la tête. Divers marmonnement de protestations éclatèrent à plusieurs endroits de la pièce.

« Les troupes de Voldemort ne se limitent pas aux Sang-Purs tout comme les nôtres ne se limitent pas aux Né-Moldus et aux Sang-Mêlés. » déclara sèchement Dumbledore.

Maugrey agita la main, comme pour démentir les propos du Directeur.

« Les vieilles Maisons. » clarifia l'ancien Auror. « Celles qui joueront les intermédiaires. Les Malfoy, les Rosier... »

« Ça fait des mois qu'on fait ça. » intervint Tonks. « Ça n'a pas servi à grand chose jusque là. »

« Parce qu'on se contentait d'observer. » contra Charlie. « Si on pouvait... »

« S'il vous plaît. » Dumbledore n'avait pas élevé la voix mais le silence retomba. « Je crains que nous ne puissions faire grand-chose pour les aspirants Mangemorts. Nous devrons nous efforcer d'avoir une manche d'avance. »

« Et comment on fait ça ? » s'enquit Sirius. « En étudiant des cartes à n'en plus finir ? »

L'expression du vieux sorcier se durcit.

« En nous assurant que l'autre camp ne parvienne pas à se faire d'alliés plus puissants que les nôtres. » exposa calmement Albus. « Hagrid est déjà parti à la rencontre des géants, cet été. Les résultats ont été moins que concluants. »

« Les vampires et les loup-garous ? » demanda Charlie, en lui jetant un bref coup d'œil.

« Tonks et Alastor s'en chargeront. » répondit Dumbledore. « Vous entrerez en contact avec Sanguini, il a déjà établi pour moi une situation de pourparlers auprès des siens. Il vous mènera à leur reine. »

Remus s'alarma. Nymphadora et Fol'Œil ? En diplomates ? Voulait-il leur mort ?

« Vous m'envoyez chez la reine des vampires avec Maugrey ? » s'exclama Tonks, avec amusement. « Vous voulez me tuer ? »

Quelques uns rirent. Les autres restèrent mortellement sérieux.

« J'ai toute confiance en vous deux pour mener à bien cette mission, Miss Tonks. » déclara Albus, les yeux pétillants. « Vous devriez plaire à sa Majesté et vous tempérerez la mauvaise humeur d'Alastor. »

Fol'Œil ne broncha pas.

« Remus... » reprit Dumbledore.

« Je partirai dès ce soir. » coupa-t-il, avant que sa condition ait pu être mise sur le tapis.

« Il n'est pas question de rallier tous les loups-garous. » déclara le Directeur. « Greyback a déjà publiquement établi où reposait sa loyauté. Ramenez-ceux qui voudront bien se battre pour nous. »

Il sentit la main de Sirius se poser brièvement sur son avant-bras en signe de réconfort.

« Si Greyback a rejoint Voldemort alors il n'y a plus personne à sauver. » déclara-t-il.

Sa voix lui parut très forte et il lui fallut secouer la tête pour faire disparaître les prémisses d'une panique dévorante.

« Tous ne doivent pas être du même avis que lui... » objecta Albus, sourcils froncés.

N'avait-il donc aucune idée de comment les loup-garous vivaient ?

« Greyback dirige la seule meute du Royaume-Uni, qui est, soit dit en passant, la plus large d'Europe. » lâcha-t-il. « Un loup ne désobéit pas à son Alpha. Pour protester, ils auraient dû le défier. Puisqu'il est toujours vivant, on peut en conclure que les opposants sont morts. »

Dumbledore se passa une main sur le visage.

« Je n'avais pas conscience que la situation était si radicale. » s'excusa le vieux sorcier.

Remus haussa les épaules. « Ils suivent les lois de la meute. »

Parce que la meute était le seul endroit où un loup-garou pouvait être accepté pour ce qu'il était. Toutes n'étaient pas comme celles de Greyback. Il avait entendu dire qu'il était même agréable de vivre dans certaines. Il y avait de larges communautés aux États-Unis et en Allemagne...

« Qu'en est-il des loups solitaires ? » hésita Charlie. « Est-ce que certains ne voudraient pas nous rejoindre ? »

Il prit le temps d'analyser la question puis grimaça.

« Encore faudrait-il les localiser... » soupira-t-il. « Par les registres du Ministère, peut-être... Mais je doute qu'ils veuillent s'engager. Un loup solitaire est solitaire pour une bonne raison. »

« Ça vaut le coup d'essayer. » jugea Tonks. « Je peux recopier les données du registre et... »

« Je m'en chargerai. » coupa Arthur.

Remus le remercia d'un hochement de tête.

« C'est entendu. » déclara Dumbledore. « Remus se chargera de contacter les loups solitaires. Sirius, vous l'aiderez. »

Son meilleur ami redressa brusquement la tête, le regard empli d'espoir.

« Je peux sortir ? » s'écria l'Animagus avec stupéfaction. « Vous allez me laisser sortir ? »

« Puis-je vous en empêcher ? » rétorqua Albus, quelque peu railleur. « Sous forme canine exclusivement. Pas de combat, à la moindre alerte vous revenez ici, tous les deux. »

Ils acquiescèrent.

« Arthur, Kingsley, j'aimerai que vous gardiez un œil sur la Salle des Prophéties. » ordonna ensuite le Directeur.

Une vague de murmures curieux s'éleva, auquel Dumbledore répondit par un soupir.

« Vous savez déjà tous que c'est une prophétie concernant Harry qui a mené Voldemort à s'intéresser aux Potter. » résuma le vieux sorcier. « La prophétie complète est entreposée au Département des Mystères. Étant donné la disparition d'Harry, je ne suis pas certain qu'il cherchera à s'en emparer mais je préfère ne courir aucun risque. »

« Harry et lui seraient les seuls à pouvoir la retirer de l'étagère. » remarqua Kingsley. « Craignez-vous que Vous-savez-qui pénètre au Ministère en personne ? »

« J'ai appris à ne jamais sous-estimer l'arrogance de Tom Jedusor. » répondit simplement Albus. « Ah, une dernière chose... Poudlard étant sous inspection minutieuse du Ministère... Inutile de toussoter de la sorte, Minerva... Il me semble dangereux d'impliquer Poppy Pomfresh de trop nombreuses fois. Les urgences médicales seront dorénavant adressées à Andromeda. »

Ils avaient dû en être question avant parce que la cousine de Sirius ne semblait pas autrement surprise. Elle se contenta d'acquiescer d'un hochement de tête.

Remus chercha le regard de Tonks mais la jeune femme n'avait pas l'air enchantée par la nouvelle.

« N'allez-vous donc pas nous dire quelles étaient ces mystérieuses recherches, Albus ? » lança McGonagall.

Le Directeur et sa sous-directrice s'affrontèrent longuement du regard. Remus en déduisit qu'elle avait posé plusieurs fois la question, ces dernières vingt-quatre heures.

« Non. » déclara simplement Albus. « Je crains que ces recherches là n'incombent qu'à moi. Et à Harry s'il parvient à revenir un jour. »

«Potter est mort, Dumbledore. » souffla Fol'Œil, avec agacement.

Sirius bondit du canapé avant que Remus ait eu le temps de le rattraper. La réunion se termina sur un mélange de cris, d'insultes et de soupirs irrités.