CHAPITRE XIV
Pendant ce temps, les équipiers de Don se dirigeaient vers la demeure du professeur Warden dont l'adresse venait de leur être communiquée par les agents du F.B.I. Colby et Liz devaient les rejoindre sur place. Un coup de téléphone d'Alan leur apprit que, désormais, une connexion permanente semblait établie depuis le lieu de détention de son fils et ils furent grandement rassurés d'apprendre que leur collègue était toujours en vie.
Amita, restée au F.B.I. se connecta à son tour sur le site pour tenter d'en remonter l'origine : si cela pouvait permettre de localiser plus vite l'endroit où se trouvait Don ! Mais elle avait peu d'espoir : le ravisseur était passé maître dans l'art de couvrir ses traces et son serveur se perdait dans une succession de relais disséminés aux quatre coins du globe. Cependant elle n'avait pas l'intention de s'avouer vaincue : la pro de l'informatique, c'était elle ! Et elle comptait bien montrer à ce criminel qu'il avait fait fausse route en s'en prenant à l'homme qu'elle aimait et à sa famille.
Warden ne s'attendait pas à voir débarquer le F.B.I. Il était certain de n'avoir laissé aucune trace, persuadé que nul ne pouvait l'identifier. Aussi, quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver plaqué au sol sans avoir même eu l'opportunité de comprendre ce qui lui arrivait. Une fois l'individu maîtrisé, l'équipe fouilla son domicile de fond en comble : aucune trace de Don ! Et le découragement s'installa un instant, vite remplacé par le désir de faire parler celui qui, ils en étaient persuadés, savait parfaitement où se trouvait leur ami. Mais Warden n'avait nullement l'intention de parler. Un sourire narquois aux lèvres, tout ce qu'il consentit à leur dire, avant de réclamer un avocat, fut que ce qu'il avait fait n'était que justice et que rien n'arrêtait la justice.
« Mais Charlie n'est pas un usurpateur, tenta de le convaincre Colby.
- Et bien, tant mieux pour son frère dans ce cas, répondit le prisonnier.
- S'il arrive quoi que ce soit à l'agent Eppes… commença David.
- Inutile de me menacer, agent Sinclair, rétorqua l'homme, très calme. De toute façon je n'ai plus rien à perdre, alors… S'il arrive quelque chose à l'agent Eppes, ce sera la faute de son frère et de son père, pas la mienne ! De son frère parce qu'il est un imposteur, incapable de suivre la piste que je lui ai tracée, de son père parce qu'il n'a jamais voulu prendre ses responsabilités. S'il les avait pris, aujourd'hui encore, vous auriez peut-être déjà récupéré l'agent Eppes.
- Vous êtes un malade ! s'emporta Liz.
Il eut un sourire méprisant.
- C'est tellement facile hein ? d'accuser les autres d'être des malades. C'est ce qu'on a dit de mon fils lorsqu'il a essayé de faire valoir ses droits.
- Justement, votre fils, interrogea alors Colby. Où est-il ? C'est lui qui est à l'origine de tout ça ?
- Et s'il n'y est pour rien, appuya Nikki, que croyez-vous qu'il va penser lorsqu'il saura ce que vous avez fait ?
- Je ne vous dirai plus rien, je veux un avocat. » se contenta de répondre l'homme.
David arrêta Colby au moment où il s'apprêtait à saisir le criminel par le col. Ca ne servait à rien : cet homme était persuadé de son bon droit et rien de ce qu'on pourrait dire ou faire ne le ferait dévier de sa course. Seule, éventuellement, l'intervention de son fils, si on arrivait à le convaincre de lui parler, pouvait débloquer la situation. Mais ces espoirs s'envolèrent lorsque Liz, après avoir pianoté un moment sur son clavier, découvrit que Aaron Lincoln Warden était mort en avril 1994.
« Mort ? s'exclama David atterré.
- Oui, confirma Liz. Il s'est apparemment suicidé.
- Mais Alan et Charlie ne nous ne ont pas parlé.
- Ils l'ignoraient vraisemblablement : il s'est suicidé dans un petit village perdu du Montana. Comment l'auraient-ils appris ?
- D'autant que ça s'est passé près de deux ans après son exclusion de l'université.
- Et comment s'est-il suicidé ? s'enquit Nikki.
- Il s'est pendu ! »
Elle expliqua ensuite qu'à la mort de son fils, le professeur Warden avait fait une grave dépression nerveuse et puis il était parti dans un autre état, se refaire une santé et essayer de se reconstruire une vie. Mais en vain.
Les quatre agents échangèrent un regard entendu : ils comprenaient maintenant les motivations de l'homme. Celui-ci avait visiblement perdu la raison et il souhaitait se venger de ceux qu'il jugeait responsables de la mort de son fils. Et pour se venger d'eux, il avait décidé de faire mourir Don comme était mort son fils. Une manière de dire, à Alan notamment : « Mon fils s'est pendu à cause de vous, je pends le vôtre en représailles. »
