14.
- Pourquoi est-ce qu'à chaque fois que j'ai le malheur de sortir de mes pénates je me fais sauter sur le paletot et enlever ? !
- Crois-moi, tu ne m'intéresses pas un instant. Enfin, juste dans la mesure où tu es le moyen d'atteindre ma véritable cible, ricana une belle amazone toute de cuir écarlate vêtue.
- Je ne comprends pas… murmura Alérian.
- Je me fiche éperdument que tu percutes ou non ! Je te l'ai dit : tu es juste mon appât !
- Je ne trahirai pas mon père ! se récria le jeune homme en agitant ses poignets entravés de liens flexibles. Et s'il ne sait pas où je suis, il ne viendra pas à ma rescousse !
Il se mordit les lèvres.
- Mais tu vas te faire une joie de le lui apprendre, n'est-ce pas ?
- Chaque chose en son temps. Là, tu es bien au frais, je te garde !
Et l'inconnue pivota sur ses talons aiguilles et quitta le réduit qui lui tenait lieu de cellule.
- Sur le seuil, elle se retourna.
- Au fait, je m'appelle Gamalthine !
« Me séquestrer ? Hors de question… Il faut absolument que je file d'ici, un point c'est tout ! ».
Se forçant au calme, Alérian observa attentivement son environnement, cherchant la plus petite chose qui pourrait lui permettre de se libérer.
Bien qu'il n'en témoigne rien, statut Pirate oblige, Yattaran fut soulagé de voir Warius arriver au cœur de la station spatiale.
- Beebop et moi avons camouflé tous nos symboles, mais il est difficile de fureter sans attirer malgré tout rapidement l'attention… Nous n'aurions jamais dû lâcher le petit d'une semelle ! Mais il est adulte, et il a grand besoin de liberté ! Il souffrait tant de cette impression de ne cesser de tomber sur l'un de nous dès qu'il quittait son appart sur l'Arcadia ! Ce n'était que pure coïncidence, mais c'était vrai aussi. Le pauvre, il a cru que nous le tenions à l'œil ! Et là, c'est bien ce que j'aurais dû faire ! Je suis seul fautif. Le capitaine va me massacrer, et il aura bien raison !
- On va retrouver Alie, assura Warius. Où était-il, quand sa balise a émis pour la dernière fois ?
- Au Casino Number One, il jouait au poker et se débrouillait plutôt bien ! renseigna Beebop. C'est moi qui devais être auprès de lui. Je ne l'avais pas lâché depuis notre départ d'Heiligenstadt, la première fois !
- Ca va aller, temporisa encore Warius, avec un regard réconfortant pour le massif Pirate en t-shirt rayé, avec une petite caresse amicale sur la tête ronde et rouge du petit robot.
Forçant de ses pointes de bottes renforcées une pièce de métal déboîtée, Alérian avait usé de la paroi dégagée et rêche pour scier ses liens.
Ensuite, après avoir dévié plusieurs fils, il avait fait couler des gouttes d'acides sur le boîtier de contrôle intérieur de son réduit, le libérant.
Prenant ses jambes à son cou, il avait filé vers l'escalier de secours le plus proche, espérant qu'il le mène vers des zones de la station spatiale moins inhospitalières !
Depuis une fenêtre sur sa tablette, Gamalthine sourit.
- J'avais raison de le choisir, de ne pas douter de lui. Il a agi exactement comme je l'espérais ! Laissez-le partir, il porte mon message. Moi, j'ai juste à me contenter d'une apparition !
Beebop tressauta sur ses chenilles.
- Je capte à nouveau la balise d'Alérian ! Il se dirige vers nous !
- En ce cas, c'est qu'il va bien, espéra Warius, confiant mais pas trop, jusqu'au moment où Alérian était apparu, à bout de souffle, échevelé et en sueur, avec soudain derrière lui une sublime mais inquiétante créature tenant fermement un long fouet.
Mais mettant Alérian en sécurité derrière lui, Warius vit aussi l'inconnue se retirer.
- A présent, ramenons Alérian à son papa ! Alie, je ne comprends rien à ton enlèvement de quelques heures !
- Mais, moi non plus !
Albator faisait les cent pas dans son appartement.
- Plus jamais je ne te laisserai te balader tout seul, Alie !
- Tu vas t'installer à Heiligenstadt ?
- Ne te moque pas. Je ne veux pas que tu sois enlevé à chaque fois que je regarde ailleurs !
- Je me suis enfui !
- On t'a laissé fuir, fit le grand Pirate balafré, sombre et plus sérieux encore. On voulait que tu me rejoignes… Et puis, j'ai vu l'enregistrement que le badge-caméra que Warius portait sur son uniforme m'a fait voir ta kidnappeuse… Comme si je n'avais pas assez avec les Erguls !
- Je ne la connais pas, cette Gamalthine ! gémit Alérian.
- Idem, ajouta Warius.
- C'est une Illumidas ! Je pensais la race éteinte… Et j'ignorais qu'ils avaient des femelles… gronda Albator. Oui, avec les Erguls, je redoute le pire à venir ! conclut-il.
