21 juin 2008, Lawrence, Kansas.

Une Impala noire digne des plus belles vedettes de sa génération entre à la périphérie de la ville. A son bord, deux jeunes hommes.

Le premier, un jeune homme blond à la coupe courte et aux yeux verts resplendissants, est en train de conduire.

A ses côtés, un autre jeune homme, plus jeune encore si l'on en croit ses traits un peu moins marqués, des cheveux châtains mi- longs tombant sur la moitié de sa nuque et des yeux marron-noisette tintée de quelques touches de bleu, est assis côté passager, écoutant avec grand intérêt ce que racontait le chauffeur alors que la merveille de voiture passait le panneau indiquant l'entrée de la ville de Lawrence.

-Et franchement, je te jure Sammy, quand je suis entré dans la maison en défonçant la porte et que l'esprit allait s'en prendre à elle, tout ce que cette bonne femme a trouvé à me dire c'était de frotter mes pieds sur le tapis sinon j'allais tout salir ! Nan mais j'te jure, tu sauves des vies et voilà comment on te remercie. Ah, cette bonne femme, je m'en souviendrais encore longtemps mais le pire, c'est que toi, elle était fan de toi mon p'tit Sammy, elle était en adoration devant toi, elle te lâchait même plus du regard. Il a fallu un sacré moment pour que je la décolle de toi et qu'on puisse repartir.

-T'es méchant D'e, l'était gentille la dame. Elle a donné des gâteaux aussi.

-Ouais je sais Sammy, d'ailleurs je commence à avoir faim… je crois que je vais me les farcir les gâteaux. J'espère juste que c'est pas des trucs au soja ou spécial régime, je déteste ça !

-Pas besoin régime toi, t'es bien comme ça. Dit Sam en posant sa main sur l'épaule de son frère pour montrer tout son sérieux. –Et, la dame a dit que les gâteau étaient… euh… ah oui, vanille et fraise… elle a dit aussi que… euh… ça faisait penser à ce que tu aimes, tu sais, les tartes… elle a dit les gâteaux… ils sont comme les tartes dans la bouche !

-Les gâteaux ont le goût de tarte ?!Oh mais dans ce cas, faut qu'on s'arrête, je meurs de faim maintenant… bah ça tombe bien, y a une petite aire de pique-nique juste là, c'est parfait.

Le plus jeune des deux sourit à la remarque. Il connaissait très bien son frère et son amour pour les tartes.

Quand la voiture s'arrête sur le parking non loin d'une table, Dean s'empresse de sortir, inspecte rapidement mais efficacement les environs avant d'aller chercher l'assiette sur la banquette arrière. Il fait ensuite le tour de la voiture pour aider Sam à sortir avant de refermer sa portière.

Depuis l'incident avec leur père il y a quatre ans de ça, Sam gardait pas mal de cicatrices mais surtout, et c'est ce que Dean ne pourra jamais pardonner à son père, il avait eu de graves problèmes de dos à cause de son bassin fracturé. Même si depuis ces deux dernières années, grâce à l'aide précieuse du collègue –médecin spécialisé – de Bobby et celle de son autre collègue qui possédait sa propre clinique, les problèmes de Sam ont pu être palliés, Sam a des fois du mal à se déplacer mais c'est devenu quelque chose d'extrêmement rare. Pour cette année, il n'avait eu très mal qu'une seule fois mais ce que Dean ne pardonnera jamais à son père c'est le fait, au moment des crises de douleur de Sam, de devoir tout lui rappelé quant à l'origine du problème. Quand la douleur était passée, Sam restait prostré dans le lit sans aucune envie d'en bouger, pleurant quand il en avait besoin, cauchemardant quand il dormait et grognon quand Dean parvenait tout de même à lui faire quitter les draps tièdes pour prendre à nouveau la route… sans compter les antidouleurs par injection qu'il devait lui faire, son corps n'acceptait pas les cachets et autres comprimés. Alors Dean devait le piquer à la source du problème, directement dans le dos. Pour être sûr de ne jamais se tromper et faire plus de mal qu'il ne le faut, il a demandé à Catherine Jones, celle qui possède sa clinique, de tatouer le symbole de l'amour en japonais avec un creux blanc au milieu, là où il devait piquer. Pour lui, c'était une preuve de plus qu'il aimait son frère et qu'il voulait lui montrer. Il s'était fait faire le même tatouage, au même endroit pour que Sam ne pose pas de question et pour lui montrer qu'il l'aime vraiment. La première fois qu'il l'a vu, Sam avait souri de toutes ses dents avant de demander à Dean de l'embrasser.

Quand ils s'installent enfin à la table de bois fatiguée par le temps et les intempéries, Dean pose l'assiette contenant les gâteaux pour aider son frère à s'asseoir. Une fois installés, le plus vieux s'empressent de déballer le petit plat pour mettre à jours de supers gâteaux dont l'odeur lui montait rapidement au nez, et le faisait déjà saliver.

Il pioche directement dans l'assiette et engloutit le premier en un temps record sous le regard de Sam qui ne le quitte pas des yeux… jusqu'à ce qu'un petit écureuil ne pointe le bout de son museau.

Aussitôt, le plus jeune des frères prend à son tour un gâteau, en casse un morceau qu'il émiette doucement afin de poser le tout délicatement devant l'animal. L'écureuil n'attend pas et vient se servir alors que Sam mange doucement l'autre morceau du gâteau.

De son côté, Dean observe la scène avec un vrai sourire sur le visage. Il aimait bien quand son frère prenait l'initiative d'interagir avec le monde qui les entourait. Bon, il n'allait pas non plus aller vers les gens pour leur dire bonjour et rester collé à lui dès qu'il sortait mais… au moins, il était devenu plus sociable, et certains chasseurs – des connaissances de Bobby qui avait eu besoin de leur aide – l'aimaient bien le jeunot, comme ils l'appelaient, et pour Dean, c'était amplement suffisant.

Depuis ces quatre dernières années, Sam avait beaucoup changé. Il était devenu plus grand encore et avait enfin arrêté de grandir. Il dépassait son frère d'une tête et lui ne se gênait pas pour le charrier gentiment à ce sujet, mais sans jamais lui en vouloir bien entendu. Ses cheveux avaient, eux-aussi, pas mal poussé, si bien qu'ils étaient arrivés à la moitié de ses épaules mais son petit-frère n'aimait pas. Il lui disait qu'il ne se reconnaissait pas, et pour la première fois, Dean a pu lui couper les cheveux. Il a été très méticuleux et depuis, à condition qu'il garde ses cheveux long jusqu'à la moitié de son cou, Sam le laisse faire parce qu'il a confiance, et pour Dean c'est suffisant.

Il avait même appris à se raser, bon, ce n'était pas encore tout à fait ça et il avait encore besoin de son frère pour ne pas trop se couper mais maintenant il se débrouillait presque tout seul.

Dean avait eu peur que son frère ne finisse par ne plus avoir besoin de lui mais quand Sam lui demande de l'aider pour aller dans la douche ou pour mettre le dentifrice sur sa brosse à dent ou tout simplement lui coiffer les cheveux ou encore, mettre ses chaussures, alors Dean sait que jamais il n'aura besoin de se séparer de son petit frère… et amant.

Ah oui, la dernière petite chose depuis ces quatre dernières années mais que seules quatre personnes savaient, lui, Sammy bien entendu, Jim et Bobby. Tous les quatre s'étaient entendu pour garder cette info pour eux afin qu'aucun problème ne surviennent pour eux connaissant les idées préhistoriques des gens normaux… et même des chasseurs. Mais Dean s'en contentait puisqu'il n'avait besoin de personne pour satisfaire son petit-frère. Bon, ils n'ont pas encore passé le cap parce que Dean a peur de brusquer son frère et aussi parce qu'il devra tout lui expliquer. Même si le père Jim a expliqué l'essentiel de l'amour avec un homme, il ne lui a pas non plus décrit en détail comment ça aller se passer, et ça, Dean avait peur d'effrayer son petit-frère ou tout simplement de lui faire mal… même s'il savait pertinemment que ça allait lui faire mal la première fois.

Mais pour le moment, il n'est pas pressé, et il n'aime pas son petit frère que pour des histoires de sexe, il l'aime pour ce qu'il est tout simplement.

L'écureuil est parti maintenant et Sam cherche après sous la table alors que l'animal est déjà retourné dans son arbre sans qu'il ne le voit.

-Hey Sammy ?

Aussitôt dit que son petit-frère relève la tête de sous la table pour accorder toute son attention à son grand-frère.

-Oui Dean.

Son prénom dans la bouche de Sam le fait doucement sourire. Jamais son frère n'a oublié ce que Dean lui a calmement appris un soir avant de dormir. La règle qui stipule que Sam ne doit jamais l'appeler par son surnom quand ils sont dehors, et son petit-frère s'y tiens toujours.

-Est-ce que tu sais pourquoi on est là ?

-Euh… pour manger les gâteaux ?

-Je me suis mal exprimé. Non, ce que je voulais dire c'est, est-ce que tu sais pourquoi nous sommes dans cette ville ?

-Euh… non, pas vraiment.

-Nous sommes à Lawrence Sam, tu te souviens de Lawrence ?

-Non Dean. Me souviens pas. C'est chez qui ?

-C'était notre ville avant Sammy. Tu sais, je t'ai déjà raconté, c'est la ville où papa et maman nous ont fait grandir avant que l'incendie ne détruise la maison et maman… tu te souviens, je t'en ai parlé ?

Le visage de son petit-frère se rembrunit rapidement. Il n'avait pas aimé quand Dean lui avait raconté cette histoire sur sa maman qui mourrait dans les flammes, il avait longtemps pleuré après ça mais, grâce à Dean il n'avait pas fait de cauchemars.

Dean lui prend doucement la main entre les deux siennes sur la table.

-Sammy ? Sammy, regarde-moi s'il-te-plait mon grand… Sammy mon cœur, s'il te plait.

Doucement, le plus jeune relève son visage aux yeux rougis qui menacent de laisser déborder l'eau qu'ils contiennent alors qu'il réagit au surnom que son frère lui a donné il y a longtemps maintenant mais qu'il aimait toujours autant.

Dean se lève et vient s'asseoir à ses côtés avant de le prendre dans ses bras et de l'embrasser du bout des lèvres.

-Sammy, je sais que cette histoire n'est pas jolie mais c'est la nôtre et il faut l'accepter comme tel. Tu sais que, là où elle est, maman nous regarde tous les deux et je suis sûr qu'elle est fière du beau jeune homme que tu es devenu Sammy. Elle doit être très heureuse de nous savoir ensemble.

-Pour toi aussi maman l'est fière ?

-Oui Sammy, pour moi, pour toi, pour nous deux sans exception. Maman nous a aimé comme il le fallait alors on ne doit jamais douter d'elle, d'accord mon cœur ?

-Oui D'e.

-Bien. Maintenant, est-ce que tu veux que je te dise pourquoi on est là ?

Son petit-frère se fond dans ses bras comme à chaque fois que Dean lui raconte quelque chose, que ce soit une histoire inventée sur le coup pour l'endormir ou une chasse qu'il aurait dû faire en solo quand Sam était blessé et qu'un chasseur avait vraiment besoin d'aide. Il enfouit son visage dans son cou mais reste très attentif à ce que son grand-frère va lui dire.

Dean resserre doucement son étreinte avant de commencer son récit.

-Comme tu le sais, maman est morte dans les flammes et elle a été enterrée ici, à Lawrence selon le souhait de papa. Elle est au cimetière de la ville et c'est elle que nous allons voir, nous allons nous recueillir pour lui dire combien on l'aime et combien on est heureux maintenant. Mais, il faut que je te parle de quelque chose d'important Sammy. Ça concerne papa.

A ce simple mot, Dean sent son frère se raidir entre ses bras mais laisse passer. Il sait, d'après ce qu'il lui avait dit il y a quelques temps de ça, que jamais son petit-frère n'avait oublié ce que leur père lui avait fait, et jamais il ne l'oublierait.

-Sammy, il y a quatre ans, quand tu… enfin quand papa a fait ce qu'il t'a fait… tu sais que je l'ai… enfin tu sais quoi et… et bien, quand tu es revenu de l'hôpital de la gentille madame qui t'a soigné, j'ai eu une discussion avec Bobby et le père Jim, tu te souviens, c'était un peu avant ton anniversaire. Et bien, le père Jim me parlait de ce qu'il était advenu du corps de papa et, comme je lui avais dit que je lui laisser les commandes pour s'occuper de lui, il m'a dit qu'il l'avait enterré à côté de maman.

-Pou'quoi ? Il a été méchant avec moi alors pou'quoi ?

-Et bien vois-tu Sammy, quand papa t'a fait du mal, il n'était plus tout à fait lui-même, la chasse lui était monté à la tête et ce, depuis que tu étais enfant, tu te souviens. Mais quand il s'en est pris à toi, il était perdu pour de bon, la folie s'était emparé de lui.

-Folie ?

-Oui c'est un peu comme toi on va dire mais en plus méchant. Toi tu sais que tu as quelque chose à la tête. Pour papa, il avait quelque chose de très grave à la tête mais lui, ne le savait pas. C'est pourquoi le père Jim a trouvé normal de l'enterrer aux côtés de maman. Malgré tout ce qu'il a bien pu faire dans la vie, papa a toujours dévoué un amour inconditionnel à maman et, je trouve que le père Jim a eu raison. Notre papa aimait vraiment notre maman alors il a pensé qu'une fois là-haut, au paradis, elle pourrait l'aider à faire partir sa folie, à le soigner pour qu'il puisse de nouveau l'aimer et se repentir des actes qu'il a commis. Sammy, ce que j'essaie de te dire c'est que maintenant papa est avec maman au cimetière et qu'on va aller les voir tous les deux.

Il nous a fait beaucoup de mal, et surtout à toi, mais maintenant qu'il est avec maman, on peut espérer qu'elle lui a remis la tête dans le bon sens et que sa folie est partie. On va aller lui dire bonjour, mais si tu ne veux pas Sammy, je ne te force pas d'accord, si tu ne veux pas dire bonjour à papa alors tu ne le fais pas, ok ?

-ok D'e.

-Bien. Aller, il va falloir se mettre en route, je dois passer au motel prendre une chambre avant sinon on va passer une autre nuit dans la voiture et tu aurais trop mal au dos pour ça alors dodo dans un vrai lit ce soir.

-Oui D'e, dans un lit.

Il sourit doucement malgré tout et pour son grand-frère s'est suffisant. Il l'embrasse doucement sur les lèvres avant de l'aider à se lever pour retourner à la voiture, abandonnant par la même occasion les gâteaux sur la table. De toutes façons, aucun des deux n'auraient pu les finir, ils avaient l'estomac trop chamboulé pour ça.

Ils passent rapidement par un motel en bordure de la ville, ni trop près, ni trop loin, histoire de ne pas faire remonter de souvenirs trop douloureux dans la tête du grand-frère.

Quand ils arrivent au cimetière tous les deux, main dans la main, ils se dirigent vers la tombe de leur mère sous la direction de Dean qui guide son petit frère. Une fois devant la plaque de marbre rouge granit, les deux frères s'agenouillent à l'unisson. Dean dégage quelques herbes qui ont poussé sur le dessus de la pierre et nettoie la poussière qui s'est accumulée sur la photo souriante de leur mère.

Ils lui parlent longtemps, enfin Dean surtout parce que Sam ne sait pas quoi dire, il n'a aucun souvenir de sa mère et c'est seulement Dean qui tente, quelques fois, de lui faire partager les siens avec des mots. Il ne dit que quelques petites phrases quand son frère lui dit que lui aussi peu parler à sa mère, qu'elle va l'entendre aussi.

Quand ils se postent devant la tombe de leur père et que Sam voit sa photo sur le marbre noir, il recule et refuse d'aller le voir. Il a tellement peur que Dean le ramène à la voiture. Il n'est pas étonné, il attendait cette réaction. Il fallait donner du temps à son petit-frère, beaucoup de temps pour qu'il puisse un jour, pardonner à son père, sa folie. Une fois en sécurité dans la voiture, Sam laisse couler ses larmes alors que Dean retourne sur la tombe de leur père. Il s'agenouille et lui parle aussi mais moins longtemps qu'à sa mère. Il finit par rapidement nettoyer la pierre tombale avant de retourner auprès de son petit frère qu'il prend dans ses bras une fois de retour dans la voiture en lui assurant que ce n'était pas grave et qu'il n'avait rien fait de mal. Fatigué par le voyage et les émotions, Sam se laisse tomber dans un sommeil agité alors que Dean le pose doucement contre la portière de l'Impala avant de démarrer pour s'éloigner.