Pov Nishikido Ryo
J'y crois vraiment pas là. J'hallucine. Qu'elle gueule sur Ueda, j'en ai rien à branler, il l'a mérité à mon avis meme si je sais pas ce qui s'est dit en mon absence, parce qu'elle se vénère jamais pour que dalle. Mais qu'elle me déchire moi aussi... Sérieux j'y suis pour rien moi ! Ma réaction était normale quoi ! Un squateur est un squateur quelle que soit la raison ! Je crois pas qu'elle aurait kiffé que Pi ou Jin tape l'incruste dans la chambre parce qu'il chouinait d'un truc arrivé avec son copain, alors pourquoi elle a voulu m'imposer Ueda ?! Et surtout pourquoi, en voyant que non seulement j'étais pas d'accord mais qu'en plus je lui posais carrément un ultimatum, elle a préféré le garder lui dans la chambre ?! Qu'elle soit amie avec c'est une chose, mais JE suis son copain, merde ! C'est lui à qui elle aurait du dire "désolée mais mais je ne peux pas laisser mon copain dormir ailleurs" ! Franchement, là, je suis pas loin de le détester à nouveau le Ueda... Je viens de m'embrouiller avec ma copine à cause de lui, merde !
Toute envie de bouger mon cul pour faire des trucs s'étant barrée au moins en Europe voir au Japon carrément, je décide de rentrer à la chambre, de prendre une bonne douche et de faire un somme.
Sauf que dans mes calculs, j'avais pas prévu qu'il y aurait pas moyen de dormir, bordel ! Chloé s'est barrée depuis je sais pas combien de temps, toute seule... et d'un coup, des images de mon dernier cauchemar me reviennent par flash : elle maintenue par le deuxième type, presque inconsciente à force d'avoir été frappée... et l'autre... en train de la violer parce que je suis arrivé trop tard... Je me passe une main sur le visage. Nan c'est ridicule, ces fils de pute ont été arretés, elle court plus aucun danger. Pas vrai ? Mais oui bien sur, plus personne peut lui faire de mal meme si je suis pas à coté d'elle...
Mais j'ai beau tenter de me rassurer, j'ai une boule d'angoisse dans la gorge : y'a encore du personnel masculin sur ce bout de sable, alors s'il lui arrive quelque chose...
Je me relève d'un bond et sort du manoir en courant, tout en hurlant son nom comme un timbré. J'ai peur. Peur que mon cauchemar se réalise. Peur que ma putain de fierté et ma putain de possessivité, qui l'ont éloignée, aient cousé sa réalisation. Si seulement j'avais accepté que Ueda dorme dans notre chambre comme elle m'en a supplié... Si seulement j'avais été moins con...
Je gueule son nom comme un putois partout où je vais : aux hamacs (premier endroit auquel j'ai pensé), au lagon, à la falaise, meme un oeu dans la jungle. Et elle répond pas. Elle est nulle part et l'angoisse commence à m'opresser au point de presque m'empecher de respirer.
- Chloé ! que je hurle pour la centième fois au moins. Chloéééééé ! Chlooooooéééééé !
Après un temps qui me semble infini, jexfinis par la retrouver près du gouffre où a eu lieu l'épreuve de nuit. Elle est assise face à la cascade, elle a entouré ses genoux de ses bras et ses épaules sont soulevées par des sanglots, ce qui m'angoisse encore plus.
- Chlo' ! je l'interpelle en courant vers elle. Qu'est ce que t'as ?! T'as mal quelque part ?! Quelqu'un t'as fais du mal ?!
Elle me regarde, renifle et semble vouloir arreter de pleurer mais n'y arrive pas.
- Je veux juste... Je voulais l'aider... Je sais bien que j'ai aucune légitimité pour ça... Vouloir aider tout le monde... Je suis pas la marraine la bonne fée mais... (elle pleure encore plus) Je ne supporte pas de voir les gens malheureux... Et là... Et là... Il s'est mis dans un état pas possible parce qu'il est fou amoureux... Je pouvais... pas... le laisser... C'est mon... ami... Et toi tu... tu me fais une crise de jalousie... Je... Je pensais que tu l'appréciais aussi maintenant pourtant (son ton est désespéré) Et tu ne sais pas que c'est toi que j'aime ?! Il n'y a que toi... Rien que toi. Mais il va tellement mal... Et en plus... il s'apitoie sur son sort... Et il a osé dire qu'il "en valait pas la peine" (elle a l'air choquée) Et moi... ça m'a tellement énervée... Parce que c'est pas vrai ! C'est rien que des idiots. Tous les deux... Et moi... j'ai rien trouvé de mieux que de lui crier dessus... (ses pleurs redoublent) Je sers... à rien en tant qu'amie...
- Shhhhhhht... Shhhhhht... Calmes-toi, je fais en lui caressant les cheveux. Dis pas ça, c'est pas vrai. Il sait que t'as voulu l'aider mais il est butté et surtout il est persuadé qu'il vaut rien. Et ça c'est ma faute. Bébé... je suis désolé d'avoir réagi comme un con. Je me suis persuadé que si Pi ou Jin était dans le meme cas, t'aurais pas aimé qu'il squate... mais je me suis gouré. Tu l'aurais acceuilli et tu aurais cherché à le réconforter comme tu as fais avec Ueda... (je fais une pause pour reprendre mon souffle) Tu es une excellente amie au contraire. Et c'est pas parce que tu l'as brusqué que tu l'es moins. Des fois on dois savoir mettre des coups de pied au cul de ses amis quand c'est pour leur bien. Demande à Tomo combien de fois il l'a fait pour moi. Et ses coups de pied au cul sont pas tendres, tu peux me croire. T'as été un ange de douceur toi en comparaison.
Elle rigole entre ses larmes. Sur qu'elle s'imagine Pi me foutant son pied au cul.
- Yamapi est quelqu'un de bien, ne ? (je hoche la tete) Et oui, j'aurais accueilli le PiN sans soucis tu sais... Mais là pour Tatsuya, je n'ai rien pu faire... Je me sens horriblement impuissante car je ne peux pas intervenir... Mizuhashi-san... Genta... à la question "on deviendra quoi après ?" il a juste répondu qu'il ne savait pas... Tu te rends compte du choc pour Tatsuya ? ... Genta sait forcément s'il veut continuer... S'il veut que la relation perdure après... Alors pourquoi ? Pourquoi dire ça ?
- Bah... Je connais pas sa vie, ne. Mais il s'est peut-etre produit un truc dans son passé, qui lui fait un genre de... comment on dit... de blocage à l'engagement.
- C'est vrai c'est le cas mais...
- Mais ?
- Je croyais qu'il était convaincu... que Tatsuya était le bon... et qu'il voudrait pas l'abandonner... Il l'a tellement blessé...
- Y'a que Ueda qui puisse changer ça, bébé. Toi tu as joué ton role d'amie en lui mettant ton pied au cul, maintenant c'est à lui seul de jouer.
- Hum... (elle se glisse cale bien contre moi) Je t'aime Ryo. Désolée pour tout à l'heure, j'étais sur les nerfs et je me suis emportée.
- Si je m'étais pas encore comporté comme un connard avec Ueda, t'aurais pas eu à le faire, donc t'as eu raison. Mais j'ai eu peur tout ce temps sans toi... J'ai eu tellement peur que mon cauchemar se réalise et que d'autres mecs t'attaquent et te... et te...
Je peux meme pas me résoudre à prononcer le mot. J'ai flippé ma race à mort.
- Tu as eu peur ? Pour moi ? (l'idée a l'air de la bouleverser) C'etait ton cauchemar ? qu'elle fait en me serrant fort contre elle.
- J'ai cru que j'allais arriver trop tard...
- Ryo... C'est grace à toi qu'il ne s'est rien passé. (elle se blottit contre moi) Tu m'as sauvée, tu n'as plus à t'inquiéter. Grace à toi je ne risque rien.
- Mais j'ai cru... en te voyant pas revenir...
- Je suis en sécurité maintenant, parce que tu m'as retrouvée, qu'elle dit en m'embrassant timidement. Je suis désolée, je n'aurais pas dû m'enfuir... je ne voulais pas que tu aies peur (elle caresse ma joue et essuie un fin sillon humide qui a glissé) Tu... pleures ?
- Nan... je transpire, il fait chaud... je grogne en reniflant.
Moi, avouer que je chiale de soulagement ? Jamais, c'est la loose...
- Baka... il caille (elle dépose un petit baiser tendre sur mon front) Je t'aime tellement... pardon.
- Tant que tu vas bien, c'est l'essentiel…
- Tu n'es pas en colère après moi ? qu'elle me demande, inquiète. Tu m'aimes toujours, ne ?
- En colère... Kami-sama... J'ai eu la trouille de ma vie, comment je pourrais être en colère ? je répond en essuyant mes putains de larmes.
Elle pose sa tête sur mon coeur qui bat comme un ouf et me fait un câlin plein de douceur.
- Ryo, tu sais... j'ai été folle de joie quand tu m'as proposé d'habiter avec toi et... j'ai envie de te rendre heureux... Je vais faire plus attention à toi, je te le promets... Je veux qu'avec moi, tu puisses te sentir bien et que tu n'aies jamais peur.
- Moi aussi, je t'aime mon chéri.
Elle me tend doucement ses lèvres vers pour que je l'embrasse et je me fais pas prier.
- Rentrons, mon Ryo, qu'elle dit en me souriant gentiment.
On rentre main dans la main et je me sens quand même vachement mieux. Au moment où on arrive dans le couloir, j'apperçois Ueda, devant la porte de la chambre de Mizuhashi, la main levée comme s'il allait frapper.
- Bah tu frappe avant de rentrer dans sa chambre maintenant ? je fais.
Il sursaute.
- Je voulais… ne plus y revenir, alors… j'ai l'impression que je n'ai plus le droit d'y entrer comme avant…
- Putain, mais des fois, t'es vraiment con comme une malle, ne, je m'agace.
Je lâche Chloé, rejoins Ueda, ouvre la porte devant laquelle il hésite encore et le pousse à l'intérieur.
- Genta, Tatsuya est revenu ! je gueule.
- Tatsuya, courage, qu'elle lui lance timidement, après m'avoir couvé d'un regard fier. Tu mérites le bonheur et... Genta aussi, alors... réveille le !
- Et secoue-toi les miches, merde, j'ajoute. T'es pas une femmelette.
D'ailleurs, Genta arrive dans la demi seconde qui suit et le serre contre lui à l'étouffer.
- J'ai cru que tu ne reviendrais plus jamais… Me fais plus jamais ça, Tats'… Je le supporterais pas…
- Genta…
La voix de Ueda tremble. Il va se remettre à chialer dans trois secondes. Je veux pas voir ça. Je me grouille donc de refermer la porte sur eux. Ouf. Safe.
- Allez cette fois on rentre, je dis.
Et elle hoche la tête, apparemment décidée à les laisser seuls.
Pov Mizuhashi Genta
Je suis incapable de le lâcher, même si mon étreinte d'ours doit à moitié l'étouffer. La tête qu'il faisait quand il m'a répondu "faire un tour" voulait aussi dire "adieu" ou "tout est fini entre nous". Oh God, heureusement qu'il est revenu… Je ne sais pas ce que je serais devenu s'il n'était jamais revenu… Je ne veux même pas l'imaginer…
- Ne pars plus, Tats'… Ne me laisse plus…
- Genta…
Il semble bouleversé.
- Pourquoi ?
- He ?
Ca, je ne m'y attendais pas.
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi tu me demande de ne plus partir, de ne plus te laisser, alors que tu es incapable de me dire ce qu'on deviendra, ce que deviendra notre couple dans une petite semaine à peine ?
J'en reste pantois et le fixe stupidement, le laissant libre de poursuivre :
- Tu me dis que tu m'aime, que tu ne veux pas que je parte, tu es doux, tendre et attentionné avec moi, mais tu n'as eu qu'un "je ne sais pas" à me répondre. Tu ne trouve pas que ma question était légitime ? Que j'ai le droit de savoir ? Si tu ne peux même pas répondre à une question aussi simple, comment veux-tu que je ne me dise pas que tu as juste joué avec moi ? Que je ne me dise pas que tu avais prévu depuis le départ que notre histoire finirait à la fin de l'émission ?
- Bien sûr que non !
- Alors répond à ma question, Genta : qu'est ce qui va se passer pour nous une fois revenus à Tokyo ? Toi et moi, ça ve devenir quoi ?
Il se tait et me fixe avec une telle intensité que ça me stresse. Bien sûr que je l'aime, évidemment que je veux rester avec lui… mais comment lui expliquer que je ne vois pas à si long terme ? Lui dire que pour moi, en amour, penser au lendemain est déjà voir à long terme ?
- Réponds, merde ! Je ne te demande pas de résoudre une équation, juste de me dire si tu veux qu'on reste ensemble, c'est pas compliqué !
- Oui, évidemment… soufflé-je.
- Ben voilà, c'est tout ce que je te demandais… C'était pas si dur quand même, ne… Franchement, des fois, chéri, tu te prends vraiment la tête pour rien du tout. Un simple "oui" était suffisant, je n'avais pas besoin que tu me prépare tout un speech. Baka va…
Il dit ça, mais il a l'air vraiment soulagé. Et en fait… moi aussi, d'avoir réussi à formuler une réponse qui induit clairement que oui, il y aura un lendemain et qu'il est prévu, planifié.
- Moi non plus je n'ai pas envie de te quitter, Genta. Je t'aime… Je t'aime tellement, tu ne peux pas imaginer à quel point j'avais mal de penser que peut-être, j'étais le seul à penser que notre histoire allait durer…
- Je suis désolé, mon cœur, dis-je en le prenant dans mes bras. Je ne voulais pas te faire de mal…
- Je sais bien, baka… Mais tu es tellement toujours dans le boulot, que tu oublie un peu facilement qu'en amour, tout est différent. Tu ne peux pas calculer les choses en permanence comme tu calcule l'audimat d'une émission ou ce genre de chose. Le propre de l'amour, c'est que c'est spontané. Si tu réfléchis à tout, tu perds la spontanéité et bien d'autres choses. Mais parfois… tu devrais plus réfléchir avant de parler. C'était évident que répondre "je ne sais pas" à ma question n'allait pas me faire plaisir. J'ai failli ne pas revenir, tu sais. J'étais même prêt à me laisser éliminer à la prochaine épreuve.
- Quoi ? fais-je en pâlissant. Tu… mais…
Il a réellement pensé à ça ? Il voulait vraiment… Non…
- Oui. Quand je suis parti "faire un tour"… j'avais décidé d'habiter dans la chambre que je suis censé occuper officiellement et de me faire éliminer à la prochaine épreuve, pour ne pas souffrir en t'ayant sous les yeux toute la journée, tous les jours.
- Mais…
- Mon cœur était brisé de penser que je m'étais fais des illusions et que tu ne m'aimais pas autant que je t'aimais…
- Oh Tats'…
- C'est Chloé qui a ramassé les morceaux, qui m'a réconforté, qui a essayé de m'aider… Mais j'étais tellement enfermé dans ma douleur, que je ne l'ai pas écoutée. Jusqu'à ce qu'elle m'engueule parce que je m'apitoyais sur mon sort au lieu de te dire franchement ce que je pensais. Et même ensuite… j'ai hésité à re-rentrer dans la chambre. J'avais l'impression que je n'y avais plus ma place.
Plus je l'écoute, plus je me rends compte de combien je l'ai de nouveau blessé et je me fais l'effet d'une belle ordure, même si c'était involontaire. Bouleversé, la gorge serré, je le serre de nouveau contre moi. Je voudrais m'excuser, mais rien de ce que je pourrais dire ne sera assez fort pour lui faire comprendre à quel point je suis désolé de tout ce que je lui fais subir sans même m'en rendre compte.
- Pardon, Tats'… murmuré-je en me courbant un peu pour poser le front sur son épaule. Je te cause beaucoup de peine depuis qu'on est ensemble, je suis désolé…
Il ne répond rien, mais sa main qui caresse mes cheveux et ma nuque est plus parlante que des dizaines de mots : il me pardonne. Je ne le mérite pas, mais il me pardonne de tout son cœur.
Pov Nishikido Ryo
J'ouvre les yeux avec difficulté à cause du soleil qui m'agresse. Pourquoi, dans une baraque aussi cossue, y'a pas de meilleurs volets ? Du genre de ceux qui laisse pas passer la lumière du jour, comme ceux que j'ai dans mon appart à Tokyo ? Faudra que j'en touche deux mots à Mizuhashi.
Ma Chloé, elle, est profondément endormie, la tête sur mon torse au niveau de mon cœur. Après la nuit qu'on a passé, pas étonnant qu'elle soit claquée. Moi non plus je suis ni très frais ni très en forme, mais putain ça valait le coup. C'était le pied intégral.
D'un coup, mon estomac se met à gronder de façon pas discrète du tout. Si ça la réveille pas, ce sera un miracle…
Je sursaute quand un petit rire lui échappe, prouvant qu'elle est bien réveillée. Elle glisse un peu dans le lit pour m'embrasser le ventre.
- Affamé mon chéri ? (elle relève la tête vers moi avec un regard mi-coquin, mi amusé) On a fait trop d'activité physique ?
- J'ai toujours la dalle le matin, c'est tout, fais-je alors que mon estomac fait encore plus de bruit si c'est possible. On va bouffer ?
- C'est tout ? qu'elle relève. Alors ça n'a aucuuun rapport avec nos ébats torrides de cette nuit ton petit creux ? (elle se marre) Je te taquine, allons-y !
- Gnagnagna, je fais, avant de l'embrasser sur le bout du nez et de me lever.
Je suis toujours à poil, mais je sais que ça la dérange pas, bien au contraire.
Elle me suit de près, avec un petit sourire et en profite pour me faire une mini caresse furtive.
- Je t'aide à t'habiller ? qu'elle me fait ensuite, l'air de rien.
Mais ça prend pas avec moi. Je la connais et je me connais aussi.
- J'ai pas dit que j'allais t'habiller tout de suite, ne ? Et de toute façon, je ne serais pas en mesure de fermer ton jean là.
Elle me sourit et se met à genoux. C'est vrai que je bande (j''avais même pas percuté), mais pour une fois, c'est elle qui a pensé à ça direct. Moi à part que j'ai la dalle, j'ai pas pensé à grand-chose. Mais je peux effectivement pas fermer mon jean comme ça et encore moins sortir dans cet état.
- Vas-y bébé… je fais.
Et elle s'occupe de moi sans attendre et jusqu'au bout. Et putain qu'elle le fait bien…
Quand je suis un peu plus calme, je me fringue enfin et attend qu'elle ait fait pareil, pour aller enfin bouffer. Aaaaaah je vais avaler tout le buffet à moi tout seul tellement j'ai la dalle.
Quand on arrive main dans la main (et bon derniers une fois de plus), Jin nous regarde, bras croisés, avec un petit sourire qui me dit rien de bon.
- Quoi ? je fais avant même un "bonjour", en m'asseyant à côté de lui pour commencer par me servir un café.
- Alors, qu'il fait en me donnant un coup de coude qui manque me faire renverser mon café sur mon fute, vous fêtiez un truc hier ? Parce que la vache, vous étiez franchement pas discret les deux. On vous entendait depuis les hamacs.
Il explose de rire sans se soucier du regard noir et du rappel à l'ordre de Tomo et moi, je m'étrangle avec la gorgée que je venais de prendre. Quant à Chloé, elle rougit façon tomate bien mûre et demande :
- Quoi ? Tu… Tu nous as entendus ?
- Il aurait fallu être sourds comme des pots pour pas vous entendre. Vous avez vraiment pas été discrets, répond encore Bakanishi. Aïeuh ! Méheu Tomo arrête de me taper, c'est vrai non ?
- Tu étais pas obligé de le dire, baka. Tu vois bien que ça les embarrasse.
- Mais c'est marrant d'embarrasser Ryo...
- Et Chloé c'est marrant aussi ?
- Mou... Pardon, Chloé...
- C'est bien. Gentil, dit Pi en lui caressant les cheveux.
Elle baisse les yeux, toute rouge, puis se penche pour attraper le jus d'orange sur la table. Dans le mouvement, la clé toujours accrochée à son collier, vient tinter contre un bol, attirant l'attention de mon meilleur ami.
- Chloé, cette clé, est ce que c'est celle de… chez Ryo ? qu'il demande.
J'ai beau savoir qu'il est balèze, je me demande parfois si ce mec est totalement humain à toujours tout savoir, tout deviner, tout réussir et si les fans qui le surnomment "¨Pi-sama" comme s'il était un dieu, ont pas un peu raison.
- He ? Comment tu as deviné ? qu'elle demande, écarlate.
- Parce que mon Tomo il sait touuuuuut ! répond Jin... avant d'être bâillonné d'une main par ledit Tomo.
- C'est juste de la logique, qu'il répond. Je ne pense pas que tu te baladerais avec la clé de chez toi en pendentif, que ce soit ici ou ailleurs. Donc c'est que c'est une clé qui est importante à tes yeux et que tu as peur de perdre. Et comme Ryo est totalement dingue de toi... Il n'y avait pas besoin de plus pour comprendre.
Elle hoche la tête positivement pour confirmer son hypothèse et mon pote sourit.
- Félicitations, qu'il nous sort. Je suis content pour vous.
Je m'étonne de pas encore avoir entendu Bakanishi nous sortir un truc. Mais j'avais oublié un truc essentiel : Bakanishi est Bakanishi. Donc forcémment, le temps que ça monte au cerveau et qu'il connecte ses deux neurones…
J'ai déjà attaqué ma deuxième tasse de café et m'apprête à aller chercher de la bouffe, quand il s'exclame :
- Heeeeee ?! Majide ?!
Je sursaute comme un barré.
- Nan mais t'es marteau ! Qu'est ce qui te prend de gueuler comme ça ?! je fais.
- Vous allez vraiment habiter ensemble ?!
Je me frappe le front du plat de la main et la passe sur mon visage. Misère, il est VRAIMENT con…
Et forcémment, ce débile a gueulé tellement fort, que Ueda et Mizuhashi, pourtant assis à quelques mètres avec le coréen, se sont tournés dans notre direction. Putain, vive la discrétion quoi… Enfin Pi a été discret, mais est ce qu'on peut demander ça à un type comme Jin ? Bah nan, sinon ce serait trop beau.
Je vois Mizuhashi dire un truc au coréen, puis se lever avec son copain et se diriger vers nous. On va se faire pourir ou… ?
- C'est vrai ? demande doucement Ueda. Vous allez vraiment habiter ensemble une fois rentrés à Tokyo ?
J'ai envie de lui dire qu'il peut parler tout fort maintenant que tout le Japon et au-delà est au courant grâce au Bakanishi, mais bon je dis rien.
- Oui, c'est vrai, qu'elle confirme, les joues roses, dans un petit sourire adorable. Ryo m'a offert une clé de son appartement juste après l'épreuve et j'ai accepté d'emménager chez lui avec joie.
- C'est génial. Je suis content pour toi. Pour vous deux, qu'il fait en la serrant contre lui.
Il a vraiment l'air content. Mais en même temps, il y a comme de la tristesse dans sa voix. Ce qui me fait supposer que, même s'ils sont réconciliés, Genta est loin de lui avoir proposé la même chose. Je comprends de moins den moins ce mec. Il a un type comme Ueda à ses pieds et il reste planté comme un poireau.
- Oh… Pu-tain…
L'exclamation, venant une nouvelle fois de Jin, nous fait retourner. Qu'est ce que que ce glandu a encore percuté avec trente ans de retard.
- Qu'est ce qu'il y a ? lui demande Ueda.
- Ca veut dire que notre Ryo, le dragueur impénitent, le collectionneur, la machine à bai… niqu… Aïeuh ! Que notre Ryo est tellement amoureux qu'il est prêt à s'engager pour de bon ! Au point d'emménager avec une fille ! J'aurais jamais cru voir ça de mon vivant… Tomo, notre bébé est enfin devenu adulte… Snif c'est émouvant…
- Ta connerie par contre, elle a rien d'émouvant, je réponds. Tu peux la fermer, Bakanishi ? Ca nous fera des vacances.
J'entends Chloé rigoler. Elle a l'air de trouver la stupidité de mon pote marrante.
- Bon, Jin a été lourdingue, comme d'habitude dans ce genre de cas, dit à son tour Tomo en jetant un regard noir à son copain, mais c'est vrai qu'en un mois, tu as plus changé qu'en des années, Ryo. On a raison de dire que l'amour transforme les hommes, tu en es la preuve. Tu as mûri pour Chloé et c'est bien. Vous allez vraiment pouvoir être heureux maintenant. Omedeto.
- Omedetooooooo, claironne Jin.
- Omedeto, répète Ueda.
- Omedeto, fait Mizuhashi.
Pendant que Chloé les remercie sincèrement, heureuse de ce qui se passe, je note malgé moi le regard toujours un peu triste que Ueda pose sur son copain et franchement… j'ai mal au cœur pour lui. Le milliardaire a pas l'air de se rendre compte que son indécision lui fait du mal, mais nous qui l'avons ramassé en morceaux, on l'a bien vu. Il est aveugle ou quoi ? Bon… je crois qu'il va falloir que je prenne les choses en main ou ils s'en sortiront jamais.
- Mizuhashi-san, je peux vous parler ? je fais.
- Heu oui, si vous voulez, qu'il répond, apparemment surpris.
Il se doute pas du rocher qui va lui tomber sur la gueule, le pauvre vieux.
On s'éloigne franchement et, une fois hors caméras, je me tourne vers lui.
- Je commence à me demander si vous êtes galactiquement stupide ou si vous le faites exprès, je lance.
- He ? Je vous demande pardon ?
- Ah d'accord, donc en prime vous êtes aussi aveugle ?
- Heu… Je ne vois pas de quoi vous parlez, Ryo-san.
- De Tatsuya, voilà de quoi, ou plutôt de qui je parle ! Est-ce que vous l'avez bien regardé dernièrement ?! Ca vous a pas suffit qu'il manque se barrer !? Vous tenez vraiment à le perdre pour de bon?!
Ouais, j'explose, mais ça me rend malade.
- Je ne comprends rien, expliquez-vous mieux.
- Oh putain, vous commencez à me gaver ! Ouvrez les yeux, bordel de merde ! Vous voyez pas qu'il est triste ?!
- Triste ?
- Triste ! Chloé et moi on emménage ensemble et je parie que vous avez pas avancé d'un pouce avec lui ! Que vous en êtes encore à vous poser des questions à la con ! Alors que lui attend que ça ! Vous le voyez pas, qu'il est dingue de vous à en crever ?! Et que rien le rendrait plus heureux que vivre avec vous ?! Mais est ce que vous l'aimez assez pour ça, je commence à me poser la question ! En fait, je crois que vous êtes encore plus égoïste que moi. Vous êtes bien content de le trouver pour réchauffer votre pieu et le reste, vous êtes amoureux de son amour, mais je pense pas que vous l'aimiez lui. Si c'est ça, franchement, c'est juste dégueulasse parce que vous vous servez de lui. Laissez-le partir, parce qu'à part lui causer des blessures encore plus graves que celles qu'il a déjà, vous faites pas grand-chose.
Je me tais, histoire de le laisser en placer une et, à son tour, il se vénère, me foudroyant du regard. Enfin. Je commençais à croire qu'il avait que dalle dans le calebute.
- De quel droit, de QUEL DROIT me jugez-vous ?! qu'il gueule. De quel droit jugez-vous mes sentiments et sautez-vous aux conclusions alors que vous ne savez rien ?! Vous n'avez qu'une toute petite partie des éléments, Ryo-san, alors gardez vos opinions erronnées pour vous ! Evidemment que je l'aime pour lui ! Evidemment que je veux vivre avec lui !
- Alors bougez votre cul et dites-lui, bordel de merde ! Si vous lui dites rien, comment vous voulez qu'il devine ?! Putain, pour un ponte, une grosse huile, un magnat, vous êtes vraiment con et lent à la détente ! J'en viens à me demander comment vous en êtes arrivé où vous en êtes ! Vous avez couché pour réussir ou qu…
J'ai rien le temps d'ajouter, son poing s'est écrasé sur ma mâchoire. Ca fait mal, merde… Mais si ça lui fait bouger son cul…
Il me fusille du regard pendant que je masse le point d'impact et il s'éloigne à grands pas. Allez gars, va lui dire…
Pov Mizuhashi Genta
C'est passablement agacé et perturbé que je retourne au buffet. Mais je ne sais meme pas si je suis énervé parce qu'il m'a dit mes quatre vérités comme si j'étais l'un de ses amis ou parce que justement, tout ce qu'il m'a dit est vrai. Une fois de plus je me fais l'impression d'etre un beau salaud. Je n'avais effectivement pas remarqué que mon compagnon était triste ni qu'il n'attendait de ma part qu'une proposition similaire à celle de Ryo-san. Je suis donc bien aussi égoiste qu'il l'a dit.
A peine revenu, Tatsuya se précipite sur moi, manifestement inquiet.
- Ca va chéri ? Qu'est ce qu'il t'as dis ?
Je vais pour lui dire que ce n'était rien, mais je crois entendre à nouveau la voix furieuse de Ryo-san me crier "alors dites-lui ! Il peut pas deviner si vous lui dites rien !" et d'ailleurs, en tournant la tete, je croise son regard insistant alors qu'il masse ostensiblement l'endroit de sa machoire que j'ai frappé. J'ai l'impression qu'il me surveille. Ca me met mal à l'aise.
- Genta ? insiste mon compagnon devant mon silence.
- Je...
Non je suis bloqué et je le serais tant que Ryo-san me regardera comme ça.
Je prends donc la main de Tatsuya et l'entraine à l'écart.
- Qu'est ce qu'il y a ? Tu m'inquiète... Ryo te jetait des regards noirs, vous vous etes disputés ?
- Oui. Enfin pas exactement...
- He ?
Il me regarde avec de grands yeux innocents, ça me fait perdre tous mes moyens et je ne sais pas comment lui présenter ça. Je prends sa main et tente de former une phrase correcte.
- Tatsuya... est ce que... est ce que tu voudrais... qu'on se voit tous les jours ?
- He ?
- Une fois rentrés.
- He ? Comment ça ? C'est bien ce que tu as induis quand tu as dis que tu voulais qu'on continue ensemble non ? Ou alors je n'ai rien compris ?
Je soupire, désespéré par ma maladresse et mon manque de clarté dès que le sujet devient personnel. Il faut que je trouve un moyen de lui faire comprendre...
Pov Ueda Tatsuya
Je sens bien qu'il essaye de me dire quelque chose, mais il est tellement confus lui-meme, qu'il arrive seulement à m'embrouiller. Comment un homme dans sa position, qui doit parler tous les jours à des dizaines de personnes, arrive par moment à etre si peu clair ?
Il y a un blanc comme s'il réfléchissait intensément et là, sous mes yeux ébahis, il retire soudain son alliance, saisit mon poignet et place la bague dans ma paume avant de refermer mes doigts dessus. Mon cour s'arrete presque et mon sang pulse dans mes tempes, alors que je n'ose comprendre ce qui est en train de se passer.
- J'avais juré à Tomohiro que je l'enlèverais le jour où j'aurais trouvé une personne capable de me rendre heureux à sa place. Et cette personne, c'est toi Tatsuya. Tu m'as rendu la vie qu'il avait emportée avec lui. Cette alliance représente mon cour. Les deux sont à toi sans réserve. Est ce que tu accepte de partager ma vie pour de bon ?
Mon souffle se bloque dans ma poitrine et, malgré moi, je sens mes yeux se remplir de larmes. De joie. Je regarde l'anneau en or, puis lève la tete vers lui et souffle :
- Est ce que c'est...
- Oui... Si tu veux bien, j'en serais très heureux.
Pour toute réponse, je lui saute au cou et l'embrasse à perdre haleine.
- Je pense avoir saisi ta réponse, me dit-il après m'avoir rendu mon baiser, mais j'aimerais l'entendre de ta bouche.
- Oui... Oh oui j'accepte, dis-je, au comble de l'émotion.
Il sourit, puis reprend la bague et la glisse à mon annulaire gauche. Elle est un peu grande mais je m'en fiche comme je fiche de ceux qui diront qu'à peine plus de trois semaines, c'est trop peu pour en arriver à épouser quelqu'un. Dans mon cour, je le connais depuis une éternité. Et cette bague, c'est un tel symbole... Yuki, Tomohiro, merci de nous avoir réunis. Veillez bien sur nous de là haut.
Pov Nishikido Ryo
Vache il aura fallu le pousser pour qu'il se bouge le cul, ce con de Mizuhashi. Mais il m'a pas loupé l'enfoiré, putain. J'ai mal. Je vais avoir un putain de bleu. Je me demande meme s'il m'a pas éclaté la lèvre, j'ai l'impression d'avoir un gout de sang dans la bouche.
Quand je reviens près de Chloé, elle se tourne vers moi et pousse un petit cri surpris.
- Oh mon dieu ! (elle fixe ma joue avec de grands yeux) Mais c'est pas vrai, il s'est passé quoi ?!
Sans me laisser le temps de répondre, elle m'entraine à la cuisine où le majordome de Mizuhashi nous remplit un sachet de glaçons qu'elle enveloppe dans une serviette de table propre et qu'elle applique sur ma machoire.
- Cest en train d'enfler, il t'a vraiment pas loupé... (elle effleure ma bouche avec ses doigts et les ramène un peu ensanglantés. Ah bah ouais, elle a vraiment éclaté en fait...) Attends, ouvre un peu pour voir ? (je le fais) Oh la la... Tu as une belle coupure à l'intérieur de la joue.
Elle s'éloigne et revient avec un verre d'eau qui a l'air glacé vu la buée sur la parroi externe.
- Rince-toi la bouche avec ça et recrache, parce que tu saignes pas mal... (elle a vraiment l'air très inquiète pour moi et me caresse tendrement les cheveux) Qu'est ce qui est arrivé ? Pourquoi il t'a frappé ? Tu as dis quelque chose de mal ?
Quand son adorable inquiétude me laisse en placer une, je réponds :
- Comme je voulais qu'il bouge son cul avec Ueda, je l'ai volontairement provoquer sur le pire sujet possible : son boulot. J'ai insinué que vu comment il galérait à se décider avec lui, il avait du coucher pour réussir. Ca a marché, il a pété un plomb. Bon, dans mes plans, j'avais juste pas prévu qu'il allait me foutre un pain, mais bon...
Elle lève les yeux au ciel, visiblement exaspérée.
- Mon chéri... en lui sortant un truc pareil tu t'attendais à quoi au juste ? (elle marmonne un truc qui ressemble a "coucher pour réussir... sérieusement ... dit ça?", puis tout fort) C'était évident qu'après une telle insulte il allait etre furieux mais... (elle fait un petit sourire et je pige plus rien : elle m'engueule ou elle est contente ?) Je suis très fière de toi. 5) Elle m'embrasse sur le front. Pour pas me faire mal je pense.
- Tu t'es sacrifié pour le bien de Tatsuya. Tu as été formidable.
Elle a l'air sincèrement touchée par mon geste, finalement et me regarde avec amour et admiraton. Les femmes, c'est quand meme vachement compliqué globalement.
- Bah en fait je voulais qu'il bouge son cul et... bah j'ai trouvé que ça pour le faire réagir. Tu crois que j'ai bien fais ? Je veux dire... tu pense qu'il est allé le voir après ? Parce que je lui ai dis ses quatre vérités.
- Tu as bien vu qu'il l'avait pris à part. (elle me sourit tendrement en me prenant dans ses bras) Je pense que tu lui as donné son électrochoc, il en avait besoin. Par contre... il va voir ce que je vais lui faire pour t'avoir blessé...
- Mais nan. Je l'ai salement cherché, c'est logique qu'il m'en ait mis une. J'aurais fais pareil à sa place. En pire parce que lui a gardé son calme presque tout le temps que je le pourrissais.
- Hum... (elle caresse tout doucement ma joue meurtrie) Ca va aller du coup ?
- Mais ouais. T'en fais pas, je suis solide. C'est pas un pain dans la tronche qui va m'arreter. Sinon les baignes que Ueda m'a mises de temps en temps m'auraient fait lacher l'affaire depuis un bail, parce que tu peux me croire, quand il cogne, il y va pas avec le dos de la cuillère, le Ueda.
- Vous étiez deux bakas quand meme, à vous foutre sur la gueule dès que vous vous croisiez, qu'elle me fait en souriant. Mais tu sais, au début j'aurais presque pu croire que tu étais amoureux de lui et que tu n'osais pas te l'avouer tellement vos prétextes pour vous cogner étaient ridicules.
- Heeeeee ?!
- Ben, vos disputes, on aurait dit un moyen d'attirer l'attention l'un de l'autre. Surtout que vous ne vous en lassiez jamais mais... En fait c'était juste pour masquer la honte que vous aviez d'admettre que vous vouliez arreter ça et etre amis, non ?
- Heu... nan en ce qui me concerne je pouvais juste pas le voir. Après, pour lui j'en sais rien.
- Pour quelle raison ? qu'elle me demande avec curiosité. Ça m'intrigue.
- Je te l'ai déjà dis, c'était physique, il ressemblait à une nana et en plus il venait d'une famille de riches. Ca m'a soulé direct. Et puis quand il s'est rasé la tete pour son drama et que ses tifs ont commencé à repousser, je l'appellais "le travesti". C'était encore le cas jusqu'à y'a pas longtemps d'ailleurs.
- Tu as été vraiment dur avec lui quand meme. Heureusement que c'est fini maintenant.
- Ce serait jamais arrivé sans l'épreuve où on était menottés. Ca a failli mal finir plusieurs fois d'ailleurs.
- Je suis contente que tu aies pris sur toi alors. C'est bien, qu'elle conclut en me faisant un bisou sur ma joue pas abimée.
- Lui aussi a pris sur lui. Parce que je lui ai envoyé de sacrées saloperies, tu peux me croire.
- Il t'en a pardonné je pense, qu'elle dit en m'enlaçant.
Je lui fais un genre de sourire grimace à cause de ma joue et on retourne ensemble avec les autres. J'ai toujours pas bouffé moi avec tout ça et je crève vraiment la dalle maintenant. J'espère qu'ils ont pas encore remballé la bouffe et surtout, que je vais pouvoir bouffer...
A peine arrivés, le sujet de notre conversation fond sur nous, un large sourire aux lèvres et en mode pile électrique montée sur ressorts.
- Chloé ! Ryo ! Je suis trop heureux ! qu'il piaille.
- Ca on voit, j'ai l'impression d'avoir Tegoshi en face de moi. Genta a bougé son cul alors ?
D'un coup, il nous colle sa main gauche sous le pif.
- Regardez !
- Whaou ! s'exclame simplement Chloé. Félicitations !
Elle lui sourit et ses yeux se perdent sur la bague, avant de me regarder sans que je capte pourquoi.
Je regarde l'anneau trop grand passé à son annulaire, avec l'impression de l'avoir déjà vu quelque part... et j'écarquille les yeux en réalisant.
- Putain de bordel de merde... je souffle. Ben lui quand il bouge son cul, il le fait pas à moitié...
Ma réaction la fait marrer et elle murmure à mon oreille "c'est grace à toi, tu es le héro caché du jour", avant de me regarder amoureusement.
- Heu bah... félicitations, que je dis connement.
Je me sens pas du tout héroique en fait. J'ai juste agi selon mon caractère.
- Ryo-san… je pense que je vous dois des remerciements… dit alors mizuhashi en l'enlaçant. Même si je n'ai pas du tout apprécié vos insinuations.
- Je les pensais pas en même temps. J'ai dis ça pour que vous vous remuiez le derche… et vous avez dépassé tout ce que j'imaginais.
- Pourquoi des remerciements ? Quelles insinuations ? De quoi tu parle, Genta ?
- De rien, mon ange. C'est entre Ryo-san et moi. Sache juste… qu'on lui doit notre reconnaissance. Moi surtout.
- Je vous demande rien. Laissez tomber, c'est bon.
Il me regarde encore un moment, puis se barre avec Ueda en me laissant seul avec ma chérie.
- Bah…
Je m'interromps. En fait je sais même pas ce que j'allais dire. Il m'a un peu coupé la chique, le Mizuhashi avec sa demande en mariage. Sérieux, même en aimant Ueda, je capte pas du tout comment on peut en arriver à demander quelqu'un en mariage au bout de seulement quatre petites semaines et surtout quand on connaissait pas du tout au départ. Déjà, emménager ensemble au bout de si peu de temps, ça peut sembler supra rapide quand on a pas vécu le truc, alors…
- Ryo ? Ca ne va pas ? Tu n'as pas l'air très bien, tu as mal ?
Je regarde ma chérie qui a de nouveau l'air inquiète pour moi et je me grouille de la rassurer.
- He ? Non non, bébé, ça va, t'en fais pas. Je suis juste perplexe en fait.
- He ? qu'elle fait à son tour, avantde dire : Pour leurs fiançailles, c'est ça ? Tu ne comprends pas.
- Bah... ouais. Je veux dire, c'est cool pour eux et tout, mais ils se connaissent que depuis à peine un mois...
Elle sourit et m'embrasse.
- Les gens vont à des rythmes différents, c'est tout. Ils se complètent parfaitement et se sont rendu compte, l'un comme l'autre, qu'ils étaient fait l'un pour l'autre. C'est une évidence que les deux n'ont pas mis beaucoup de temps à réaliser. Ca aurait effectivement pu prendre bien plus de temps, mais ça n'a pas été le cas. C'est mystérieux l'amour, ne ? qu'elle termine avec un petit rire doux.
- Mouais... si tu le dis. Enfin bon, je me demande bien où ils vont se marier, vu que le mariage gay est ni célébré ni reconnu au Japon.
- Ah bon ? (elle a l'air étonnée) Ben... pour le moment ils sont justes fiancés mais... je sais pas moi, aux états-unis? en france?
- Tiens d'ailleurs, d'où il a sorti la bague, le Genta ?
- Il lui a offerte la sienne, son ancienne alliance.
- Son ancienne... (j'hallucine totalement) Il a déjà été marié ?!
J'avais remarqué que dalle...
- Oui, il l'a été il y a longtemps. Et son ancien compagnon est décédé des suites d'une grave maladie, qu'elle répond doucement.
- Oh merde... Le pauvre, c'est horrible...
- Oui, et Tatsuya... a connu quelque chose de similaire... mais à mes yeux, encore plus douloureux... Tous les deux ont de profondes blessures qu'ils sont capables de refermer avec leur amour l'un pour l'autre.
- Ueda aussi a perdu quelqu'un qu'il aimait ? Bah merde...
- Hum… (elle acquiesce tristement) Perdre un être cher, il n'y a pas pire douleur... et je suis heureuse qu'ils se soient trouvés (elle se blottit contre moi) Je t'aime tu sais ?
- Moi aussi, bébé... Mais tu me perdras pas, tu sais. Aucun risque à ça.
Elle rougit sans que je capte pourquoi.
- Parce que tu es très solide ? qu'elle demande.
- Oui et aussi parce que je suis dingue de toi et que c'est pas près de s'arrêter.
Là, elle vire carrément au cramoisi comme si je lui avais jamais dis jusqu'à aujourd'hui et enfouit son visage dans mon cou.
- Merci Ryo.
- Alors on doit s'attendre à quoi comme épreuve aujourd'hui ? Je voudrais bien que le dernier coréen dégage.
Elle rigole.
- Je ne dirais rien, même sous la torture. Tu sais bien que je n'ai pas le droit mon amour.
- Même pas un petit indice ? je demande en faisant es yeux de chat potté.
- J'ai quoi en échange moi ? Si tu veux me corrompre... qu'elle dit en rigolant encore.
- Ce que tu veux.
- Hum… Un massage ? qu'elle demande en souriant.
- Va pour un massage. J'espère que je te détruirais pas les épaules.
- Un massage des épaules ET du dos, qu'elle corrige (elle est dure en affaire). Et tu seras doux mais ferme, ne ?
- Je ferais de mon mieux. Alors, petite extorqueuse de massage, c'est quoi mon indice ?
- Repose toi à fond cet après-midi, couche toi tôt et prépare toi à te lever de très bonne heure demain matin, mais, je t'ai rien dit !
- Oh putain nan encore une épreuve de nuit à la con... je râle.
- D'aube, qu'elle corrige. Ca sera moins tôt, mais, c'est pour votre bien, sinon, vous allez mourrir de chaud.
- Tu me rassure pas là...
- Tu as eu ton indice mon chéri, maintenant soit un ange et offre moi un massage de rêve.
Je hoche la tête et l'emmène avec moi jusqu'à la chambre, puis la fait allonger sur le ventre sur le lit.
- J'ai jamais fais ça, ne…
- Fais à l'instinct. (elle sourit) Comme une caresse.
Elle retire son haut, son soutif et s'allonge sur un coussin, avant de dégager sa nuque de ses cheveux.
Je déglutis et, en tâchant de pas avoir les idées qui s'égarent, passe les mains sur elle, en appuyant un peu plus que si je la caressais juste. Je dois pas si mal me démerder, parce qu'elle émet un petit soupir de contentement et se détend en fermant les yeux.
Je continue un petit moment C'est sympa à faire en fait. Et elle a vraiment l'air de kiffer. Elle pourrait ronronner j'en suis sûr. Ou alors... elle va juste s'endormir. Moi c'est ce que je fais quand on me masse en général. Et d'ailleurs, peu après, elle est si relaxée qu'elle s'endort.
Je me savais pas si doué en massages tiens. Ore-sama a encore frappé. Parfois j'ai l'impression d'etre au moins Pi tellement je suis génial. Dans son sommeil, elle se retourne soudain et, vu qu'elle avait tout viré pour le massage, j'ai une super vue sur ses seins. Elle est vraiment bien foutue, ma Chloé. Elle va bien avec moi.
Du coup, vu qu'on a la journée de libre, on glande franchement. Genre baignade, bronzette etc. Le pied. C'est ça la vie. C'est comme ça que je conçois les vacances.
Et puis vers vingt-trois heures, après avoir bien bouffé, je l'entend me chuchoter que je devrais aller dormir. Je la regarde comme si elle était devenue dingue : moi, Nishikido Ryo, me coucher comme les poules ?!
- Rappelle-toi que tu seras réveillé très tot demain matin, qu'elle souffle.
Je grogne. C'est quoi cette manie de nous faire faire des trucs à une heure où les gens normaux dorment ?
Mais bon, vu que je sais pas ce que va avoir imaginé l'esprit tordu de Mizuhashi, vaut mieux que je l'écoute quand meme.
- Bon ben les gars, à demain, je fais en lançant un regard très appuyé à Pi dans l'espoir qu'il capte qu'eux aussi devraient aller se pieuter.
Mais pour une fois, Pi-sama a pas l'air de piger le sous-entendu parce qu'il trouve rien de mieux que se foutre de moi :
- Tu vas te coucher à vingt-trois heures ?! T'es malade ? Tu veux un médecin ? Il est où celui qui se vantait de tenir plus de vingt-quatre heures sans dormir ?
- Ouais bah au lieu de te payer ma tete, vous feriez mieux de faire pareil, gros malin.
- Pourquoi ? demande alors Jin.
Ca m'aurait étonné qu'il foute pas sa merde lui...
- Parce que, je réponds en lui faisant les gros yeux genre "si je te dis ça c'est qu'il y a une raison, baka".
- C'est pas une réponse, se marre alors Bakanishi.
- C'est bon Jin. Ryo a raison, ça nous fera pas de mal de nous coucher tot pour une fois.
Alléluiah ! Il a été touché par la grace ! Je crois pas qu'il ait pigé pourquoi, mais il a enfin compris mes signaux non verbaux.
- Voilà. Du coup a demain, je fais en prenant la main de Chloé pour retourner vers le manoir.
Elle soupire.
- à ce niveau là... Tu aurais pu leur dire carrement... Mizuhashi-san va me tuer.
- Mais j'ai rien dis du tout !
- le "il faudrait VRAIMENT que vous alliez vous coucher vous aussi" était peu discret mon chéri, mon patron est pas dupe... Il est loin d'etre un imbécile.
- Ca va il va rien te dire, il est dans sa bulle avec Ueda.
- J'espère que tu as raison... J'ai pas été irréprochable pendant l'émission donc je ne voudrais pas perdre mon travail quand meme... - il aura affaire à moi s'il te vire !
Elle sourit légèrement.
- Et tu feras quoi pour défendre ta chérie ?
- Je sais pas encore mais je trouverais t'inquiète.
- On a plutot intéret que ça arrive pas, je n'ai pas très envie d'etre femme au foyer à mon age. Ça m'ennuierait.
Elle rigole et m'attire dans la chambre, avant de sauter sur le lit et de s'enfouir dans les draps, puis de ressortir un bras pour envoyer valser culotte et robe.
- Après le massage, ça. Tu vis vraiment dangereusement, je dis. Mais bon, si on doit vraiment se réveiller tot, pour une fois je vais faire le sage et vraiment pioncer.
Sur ces mots, je l'embrasse tendrement, me retourne... et rigole intérieurement en comptant mentalement le nombre de secondes qui s'écoulent avant une réaction de sa part.
Elle réagit d'ailleurs presque immédiatement, mais sa réaction est pas du tout celle sur laquelle je comptais. Moi je pensais qu'elle allait un peu bouder, me dire que c'était pas cool et tout et ensuite me supplier ou un truc comme ça... Mais au lieu de ça, elle me fait juste un bisou sur la nuque et enlace ma taille, le visage calé dans mon cou et mes cheveux. Et là je subis le coup de l'arroseur arrosé, parce que la sentir contre moi comme ça, complètement nue...
Et comme si c'était pas déjà assez dur de résister, elle se met à léchouiller la peau de mon cou. Je serre les poings et les dents, mais je cèderais pas à cette petite diablesse. Qui sait très bien ce qu'elle fait, ça j'en suis sur. Je lui donnerais pas la satisfaction d'avoir fait plier Ore-sama, meme si je dois en crever.
Et dans cette position où c'est moi qui lui tourne le dos et elle qui m'a dans ses bras, elle est particulièrement bien placée pour me faire tout ce qu'elle veut sans que je puisse répliquer. Comme sonn visage est toujours dans mon cou, j'entends très bien son souffle pendant qu'elle mordille mon oreille en laisser échapper un petit gémissement L'une de ses mains s'aventure sur mon ventre et caresse mes abdos en glissant dans mon nombril, pendant que la seconde vient froler mes tétons et que ses doigts jouent avec le plus proche en le pinçant tout délicatement puis le faisant rouler doucement. La main sur mon ventre est descendue au bas-ventre et caresse mon aine et l'intérieur de mes cuisses avant d'effleurer Little Ore-sama du bout des doigts à plusieurs reprises.
Je sursaute, tremble et me tend au fur et à mesure qu'elle me touche parce que je suis totalement incapable de m'en empêcher (elle est trop douée et elle sait bien trop ce qu'elle fait), mais pas un son ne passe mes lèvres. Il faut que je tienne. Il faut que je tienne… Sinon elle aura gagné et franchement… franchement j'ai… mmmh… pas en… vie de… renon… cer… Mais plus ça va… plus c'est… difficile… de tenir…
Surtout que… elle s'est mise à s'occuper vraiment de Little ore-sama… Malgré moi, une très légère plainte, presque inaudible, passe mes lèvres. J'espère qu'elle l'a pas entendu…
- Ah, qu'elle souffle, tu réagis quand même un peu on dirait ? J'avais peur de ne pas être très douée ce soir et de ne pas te faire d'effet du tout.
- Baka… j'ai résisté de mon mieux, c'est tout… je voulais pas craquer si facilement… Désolé si je t'ai fais douter… Je voulais juste t'embêter un peu… Et c'est moi qui me suis fait avoir.
- Oh, tu m'as fait peur... qu'elle murmure. Gomen... mais j'ai crû que tu n'avais plus envie de moi.
Là, je peux pas la laisser dire un truc pareil. Je me retourne entre ses bras et la regarde bien dans les yeux.
- Comme si c'était possible... Et franchement, tu crois que Little Ore-sama aurait réagi si... vivement, si j'avais plus envie de toi ?
- Ben... c'est pas juste un réflexe chez les garçons... ça ?
- Ca peut. Mais en l'occurrence, c'est juste parce que c'est toi.
- C'est vrai ? qu'elle demande en se rapprochant de moi. Tu me désires ? J'ai peur... que tu te lasses à force... parce que je suis que moi justement...
- Qu'est ce que tu veux dire, bébé ?
- Ben avant tu changeais beaucoup de fille alors... j'ai peur de pas de suffire... que tu finisses par en avoir marre de moi...
Je le regarde avec sérieux. Je veux qu'elle pige bien ce que je vais dire :
- Regarde-moi et écoute-moi bien, Chloé : tout ça, c'est terminé. Pour de bon. Je recommencerais pas à courir les filles. Maintenant tu es la seule pour moi. Et je voudrais vraiment que tu en sois convaincue, parce que tu es aussi la seule à qui j'ai jamais dis tout ça.
Apparemment émue par sma déclaration, elle vient m'embrasser tendrement.
- Je te crois. Et je suis rassurée. (elle se glisse dans mes bras) Merci Ryo. (elle chuchote) Je e suis vraiment contente qu'on soit ensemble... être avec toi me rend heureuse.
- Et pourtant c'était pas gagné avec le vol plané de Narita, je rigole.
Elle rougit comme une tomate et bégaye.
- Je... Gomen... Je t'avais fait mal ? Mais... vous étiez chiants tous les deux quand même. Et toi dans l'avion après tu m'as vraiment mené la vie dure aussi.
- J'avais mal à ma fierté. C'est pour ça que je t'ai fais chier après. Tu me gavais profondément.
- Et après tu m'as réveillée en plein vol, alors que j'étais dans un sommeil profond. (elle se marre) J'avais pas dormi depuis plusieurs jours. Je t'aurais baffé, je te jure. Mais c'est juste parce que je vous ai un peu bousculé tout les deux, ou parce que je m'étais forcée à t'ignorer à ton agence ?
- Ni l'un ni l'autre, c'est parce que tu me faisais l'effet d'une mademoiselle je sais tout alors que tu savais rien et que tu te prenais pour une boss. Enfin c'est ce que je croyais à ce moment-là. Le fait est que... tu sais vraiment pas mal de choses, mais que tu te prends pour personne d'autre que toi.
Elle ouvre des yeux immenses.
- Pour une boss ? qu'elle répète, avant d'éclater de rire. Où tu es allé chercher un truc pareil ? Surtout que je t'avais juste parlé pour te dire bonjour à ce moment.
- Mou, te marre pas Chlo...
Elle est tellement pliée, qu'elle chiale presque. Ce serait limite vexant, si je savais pas qu'elle cherche pas à l'être.
- Gomen, gomen. Je savais pas que je faisais si autoritaire. Et ton image de moi a changé, ne ? Tu me vois comment maintenant ?
- Hum... T'es toujours autoritaire par moment, voire même tyrannique, je réponds en lui tirant la langue. Mais t'es surtout quelqu'un de profondément gentil, qui fait attention aux autres et veut toujours les aider même si elle doit en pâtir derrière.
- Mouuu comment ça tyrannique ?
- Hé j'ai pas dis que ça, je proteste.
- C'est vrai mais c'était le seul truc négatif, alors comment ça tyrannique ? qu'elle fait en s'installant sur moi et en s'étallant de tout son long comme si j'étais un matelas, ce qui me maintient sous elle.
Et en plus de ça, elle commence à me chatouiller à mort.
- Yaaaaaaaaa ! Yameteeeeee ! C'est de la triche ! que je gueule en me débattant comme je peux.
- Hahahaha ! Trop chou !
Et elle continue de plus belle pendant que je gigote pour essayer de la virer sans lui faire mal.
- Yamete yo !
Elle approche son visage du mien et susurre dans un joli sourire :
- Fais-moi arrêter alors…
Vu comme elle est bien placée, j'ai pas beaucoup à faire pour toucher ses lèvres et je l'embrasse avec tout l'amour que je ressens pour elle.
Du coup, elle arrête ses attaques de traîtresse et répond à mon baiser. Avec bonheur j'ai l'impression vu qu'elle prolonge même le truc.
Je l'embrasse ensuite sur le bout du nez.
- Allez, cette fois, faut vraiment que je pionce, sinon t'auras beau me secouer, je pourrais pas me lever quand ce sera l'heure.
Elle sourit.
- Oyasumi mon chéri. Je te réveillerais, ne t'en fais pas. (elle se rallonge à côté de moi) Je t'aime.
- Je t'aime aussi, bébé.
Je la prends dans mes bras et ferme les yeux. J'espère que je vais pas tarder à m'endormir.
- Papa !
POP.
- Papa !
POP.
- Papa !
POP, POP, POP...
Un, deux, trois, sept, douze, vingt-deux !
Noooooooooooon !
Je me redresse brusquement, réveillé comme en plein jour par ce cauchemar. Haletant, je regarde Chloé en espérant ne pas l'avoir réveillée. C'est pas la première fois que je reve que j'ai des momes mais là, la vision d'épouvante quoi. Vingt-deux mini moi. Plus qu'une équipe de foot...
Depuis qu'on est ensemble, c'est de plus en plus fréquent que je "pense" à ça la nuit.
- Ryo ? Ca ne va pas, chéri ?
Merde je l'ai réveillée. Quel con...
- Si si ça va. Juste un reve à la con. Rendors-toi, bébé.
- Tu veux m'en parler ?
- C'est pas la peine, c'était rien du tout. Dors.
- Ce n'est pas encore l'agression, ne ?
- Nan nan. T'en fais pas.
En parlant, je mate un peu son bide tout plat. Nan, impossible. J'avais une capote et elle m'a dit qu'elle prenait la pillule. C'était juste un putain de cauchemar.
J'ai du faire assez discrètement parce qu'elle parait pas le remarquer. Elle m'attrape doucement et me fait rallonger, avant de se nicher au creux de mes bras.
- Oyasumi... ma puce.
Ouais je vais arreter de l'appeller "bébé". Des fois que ça nous porte malheur... Les gosses c'est sympa... mais que chez les autres.
Elle sourit. Ca a l'air de lui plaire ce nouveau surnom. oi, du moment qu'elle cale pas pourquoi j'ai changé, ça me va.
- Allez on dors, je décrète en fermant les yeux pour la deuxième fois.
- Oyasumi, Ryo, qu'elle souffle.
J'ai l'impression d'avoir pioncé que quelques minutes quand je la sens me réveiller. J'ai la tete dans le gaz. Il va etre frais, le Ryo, pour l'épreuve quelle qu'elle soit. J'ai juste envie de grogner et de me rendormir.
- Va te doucher rapidement et file faire un déjeuner copieux mon chéri.
- Je commence à en avoir ras le cul de ces épreuves à la con, je rale en me levant quand meme pour aller à la salle de bain.
- Il te reste plus que quelques jours mon chéri, tiens bon.
- Bah heureusement...
Je vais donc me doucher en ayant juste envie de retourner me pieuter, puis reviens dans la chambre.
- Tu viens avec moi ?
- D'accord, qu'elle fait en souriant, avant de me rejoindre.
Enfin je suis quand meme pas jouasse quand je m'assois à coté du PiN qui a l'air à peu près aussi réveillé que moi. - Vous aussi ? je fais en me servant une tasse de café.
- Dodoooooo... se plaint alors Jin.
- Ouais pareil...
Je sais pas si c'est parce que je suis claqué ou quoi, mais mon café me parait super fadasse. J'espère que c'est la dernière fois qu'ils nous font le coup, parce que sinon, je vais gueuler. Ils ont encore jamais entendu Ryo gueuler piur de bon, mais ils regretteront tous de m'y avoir poussé. Faut pas déconner.
J'essaye de bouffer un peu, vu ce que m'avait dit Chloé, mais a cinq heures et demie du matin... pas j'ai pas la dalle quoi.
Et d'un coup, Mizuhashi s'approche de la table avec Ueda qui le quitte plus d'une semelle, pire que si c'était son ombre. Je sais pas pourquoi, mais je le sens pas, mais alors pas du tout.
- Bonjour à tous, qu'il fait. Vous l'aurez compris, si vous etes debout aussi tot, c'est qu'une épreuve vous attend. Et pas n'importe laquelle, puisque vous allez devoir courir in marathon de vingt kilomètres.
J'écarquille les yeux. C'est pas possible, il se fout de nous là.
- Vingt kilomètres ?! piaille Jin à ma place.
- Vous nous avez pris pour des athlètes professionnels ? je rale à mon tour.
- Il n'y a pas besoin d'etre des pros pour courir vingt kilomètres, me contredit Tomo. Des tas de gens le font tout le temps, souvent meme par plaisir.
- Ouais bah ils sont marteaux. Et masos. Et moi je suis ni l'un ni l'autre. Je me taperais pas une course de vingt putains de kilomètre pour votre bon plaisir, c'est mort.
- Dois-je en conclure que vous etes forfait et que c'est un abandon officiel ?
J'hésite. Abandon officiel, ça veut dire que j'accepte de mon plein gré de me barrer de l'ile nan ? Et je veux pas... Et merde...
- Nan... je grogne, de mauvaise humeur.
- Très bien, dans ce cas il n'y a pas de problème. Le départ sera donné à six heures juste devant et tout le parcours est fleché.
Il a l'air tout joyeux. Normal, c'est pas lui qui va les faire les vingts kilomètres, c'est son cerveau de maboul qui a imaginé cette torture.
Je jette un coup d'oeil à Ueda, occupé à le fusiller du regard. Mouahaha il va se faire bousiller, le Mizuhashi.
Je comprends mieux pourquoi Chloé m'a dit de bien bouffer... Vingt kilomètres... Faut vraiment avoir un grain pour imaginer ça. Et le reste aussi. Ce type a un problème, c'est moi qui vous le dis. Je vais jamais y arriver. En plus je clope, ça aide pas. Enfin du moins... je clopais avant. Je réalise que je m'en suis pas grillé une seule en presque un mois. Zarb.
Pi et Jin se lèvent. Ueda et moi aussi. Et le dernier coréen. Faut vraiment qu'il se barre lui. Je pige déjà pas pourquoi Mizuhashi a melé des étrangers au truc au lieu de nous faire rester entre japonais. C'est pas logique.
Enfin bref ça change rien à cette putain de course à pieds... Encore heureux que je me sois fringué en bermuda et pas en jean, sinon bonjour...
Je jette un oil à mon portable. Il est cinq heures cinquante-cinq. Dans dix minutes on est partis pour souffrir je sais pas combien de temps.
- Sur votre parcours, il y a plusieurs points de controles auxquels vous attendent des bouteilles d'eau. N'oubliez pas d'y passer, ils seront visibles de toute façon. Chloé et moi vous attendrons à l'arrivée.
- Vous y allez en courant aussi ? je grogne, assez bas pour que seuls mes potes m'entendent.
- Bon courage messieurs, qu'il conclut. Je laisse Chloé vous donner le top départ.
Je regarde ma copine dans l'espoir d'un miracle de dernière seconde qui me permettrait d'échaper à ça... mais rien.
- A vos marques... Prets... Partez ! qu'elle s'exclame, impitoyable.
Alors que je démarre, je vois Pi détaler à fond de train en laissant Jin sure carreau. Et là je me dis que Pi"-sama" s'est bien planté. Il a confondu sprint et marathon. Je pense qu'il a zappé qu'on lui a pas demandé de courir deux cent mètres mais vingt kilomètres. Je lui en donne meme pas deux avant d'etre mort. J'ai bien peur que le PiN finisse pas la semaine ensemble. Moi j'y vais tranquillou. Un marathon c'est une course d'endurance, alors tant pis si je vais pas vite du moment que je finis. Et que je m'assure toujours qu'il y a quelqu'un derrière moi.
Mais bon, j'avoue que malgré mes fanfaronnades et ce que j'ai dis sur Pi… ben j'en mène pas large. Je sais pas combien j'ai déjà fais (sûrement pas grand-chose), mais j'ai un putain de point de côté et une crampe au mollet. Faut que je m'arrête, je cours plus là, je boite. Merde, comment on fait passer une crampe ? Comment on fait passer un point de coté ? Ca fait mal bordel de merde ! Bon… je crois que j'avais lu quelque part qu'il fallait respirer profondément et très lentement en insistant sur l'expiration. Essayer peut pas me faire de mal. D'ailleurs au bout de cinq minutes, le point de côté est passé. Mais comment continuer à courir avec une crampe ? Je m'assois et essaye de tirer ma jambe malgré la douleur pour la faire passer. Je grimace et souffle comme une nana en train d'accoucher parce que je douille, mais ça a l'air de diminuer. J'y crois pas le temps que je perds… Déjà que je cours pas vite… Oh putain ! Jin vient de me passer devant ! Faut que je me relève et que je reparte, crampe ou pas ! Rah nan mais je peux pas, y'a rien à faire…
- Ryo ? Qu'est ce que t'as ?
Je me retourne. Ueda.
- Une crampe et un point de côté. Le point de côté est parti, mais la crampe…
- Faut masser. T'as mal où exactement ?
Je lui montre mon mollet droit. Je suis pas contre qu'il m'aide mais qu'il se magne putain, j'ai mal !
Il s'accroupit près de ma jambe gauche et se met à me tripatouiller dans tous les sens. Je serre les poings parce que j'ai quand même mal, mais j'avoue que la douleur reflue. Lentement mais elle se barre.
- Ca va mieux ? qu'il me demande sans me lâcher.
- Ouais, je sens que mes muscles se détendent.
- Cool. Essaye de marcher maintenant.
Je hoche la tête, me relève et fais quelques pas.
- Alors ça va ?
- Ouais impec. Sankyu, mec.
- De rien. Mais tu sais pourquoi ça t'es arrivé ? C'est parce que tu fais pas assez de sport et aussi que tu bois pas assez.
Je le regarde comme s'il était devenu dingue.
- Pas assez de sport ? Tu te foutrais pas un peu de ma gueule ? Comment tu peux dire ça avec le taf qu'on fait ?
- Bah faut croire que c'est pas encore assez. Et tu bois quelle quantité depuis qu'on est ici ? Tu bois ton litre et demi par jour ?
- Heu… bah je bois quand j'ai soif quoi.
- Baka ! Si on répète sur tous les tons qu'il faut boire un litre et demi par jour, c'est pas pour des prunes ! Tes muscles ont besoin d'eau pour fonctionner correctement ! Et tu devrais même boire encore plus avec le climat qu'il fait ici. Quand tu éprouve une sensation de soif, c'est que tu es déjà déshydraté. Des fois t'es plus con que Jin, ne.
- Ooooooi !
- Allez, repars. Mais pense à bien respirer, ne. C'est important.
Je le vois repartir en petite foulées. J'ai même pas eu le temps de le remercier. Bon ben je le ferais à l'arrivée. Si j'y arrive.
J'ai. Mal. Aux. Pieeeeeeds… Et je crève de soif. Et de chaud. Il est oùùùùùù le premier point de contrôle ? Je l'ai quand même pas dépassé, si ? Non, de loin je l'apperçois, mon oasis en plein désert. Je me jette littéralement dessus et vide une bouteille d'eau d'un trait, avant d'en vider une autre sur moi. Ah putain ça va mieux… Je suis parti depuis combien de temps ? Une heure ? Deux ? J'en sais rien mais j'ai l'impression que ça fait des jours. Je vais crever avant d'arriver, c'est clair.
Le deuxième point, j'y arrive sur les rotules un temps fou après. Je bâille, je transpire comme pas possible, je dois shlinguer le poney crevé, mes fringues collent à ma peau de façon très désagréable et j'en passe. Ils veulent notre peau. Je sais même pas comment je tiens encore debout, ni par quel miracle j'arrive encore à avancer. Je trébuche à chaque pas comme si je m'étais mis la murge du siècle et pourtant ma gorge est sèche comme un désert. Je sais même pas combien y'a de ces putains de points de contrôles, du coup je sais pas si je suis près de l'arrivée ou pas.
A vue de nez, vu comment j'ai la méga dalle et vu comment le soleil est haut, je dois être parti depuis quatre, cinq heures. J'ai l'impression d'être dans le désert et je suis honnêtement pas loin de tomber dans les pommes quand j'apperçois enfin le décor familier de la plage. L'arrivée ! Je suis sauvé ! En trébuchant, je rejoint un coin d'ombre et m'y écroule comme une vieille merde. Ouais. Moi, Nishikido Ryo, Johnny's adulé, je m'écroule comme une vieille merde et là, j'ai vraiment pas honte de l'avouer. Je suis mort. Remuer un seul muscle, c'est impossible. J'ai la peau tellement sèche que je vais finir en poudre, c'est sûr.
Je sursaute à peine quand quelqu'un me vide une bouteille d'eau dessus et j'identifie Ueda.
- T'as réussi, Ryo. Et t'es pas dernier.
- Qui ?
C'est la seule chose que j'arrive à articuler.
- Yamapi. Il est pas arrivé au bout.
Il me faut quelques secondes pour piger ce qu'il raconte. Merde, Pi est éliminé… On a pas fini d'entendre Jin chouiner…
- Ueda… merci…
- De rien, qu'il me fait en me tapotant la tête. Tiens, y'a quelqu'un qui attend en trépignant pour te parler. Je vous laisse.
Il se décale, me laissant voir Chloé en contreplongée.
- Yo… je fais juste.
Elle s'accroupit à ma hauteur, me laissant avoir une vue sur sa culotte. Sauf que là, je suis tellement mort, que ça me fait rien du tout.
- Ca va Ryo ? Tu te sens mal ?
- Nan… Juste mort…
- Tu veux aller prendre une douche ? Un bain ? Tu es trempé... ça te ferait du bien.
- Un bain... Ouais... mais je suis trop mort pour bouger...
- Je peux pas te porter chéri. (elle rigole) Mais je peux t'aider à te relever et à marcher jusqu'à notre chambre. Je vais te dorloter toute l'aprèm si tu me suis.
L'idée est plus que tentante, mais j'ai l'impression de peser douze tonnes. Dans un effort surhumain, j'arrive quand même à me remettre debout, mais je chancelle franchement. Je crois que j'ai jamais été aussi claqué de toute ma vie.
Elle passe un bras autour de ma taille et je passe un bras qui me semble être en plomb autour de ses épaules. J'ai regardé personne, même pas Pi qui jarte pourtant, je suis trop mort pour ça. Je lui enverrais un texto. Plus tard. Bieeeeeen plus tard.
Une fois à la chambre, elle m'emmène à la salle de bain, me déshabille entièrement et m'aide à m'allonger dans la baignoire, avant de faire couler de l'eau tiède sur ma nuque, mes épaules, mon dos, puis de mouiller mes cheveux et le reste. Finalement, elle prend un gant pour me savonner avec douceur.
- J'ai l'impression d'être un bébé. Ou une loque...
- Un grand bébé. (elle sourit) Ce qui me fait penser que tu ne m'appelles plus du tout bébé maintenant. C'est curieux, tu as changé de surnom d'un coup, qu'elle ajoute en me shampouinant.
Je m'étrangle avec ma salive en l'entendant. Putain de merde... Comment je vais lui expliquer ça...
- Heu... Comme ça... Y'a... pas de raison particulière...
- So ka (elle sourit, mais heureusement sans chercher plus loin) Ben, j'aime bien, "ma puce", je trouve ça plus doux.
Après s'être occupé de mes cheveux, qu'elle 'est éclatée à coiffer en pétard (j'avais l'air de Sangoku dans Dragon Ball Z), elle se penche pour me savonner et masser doucement le dos et les épaules.
Je me laisse faire de A à Z. Déjà parce que c'est super agréable, mis surtout parce que je me sens tellement mou, que je serais bien incapable de me laver moi-meme. Sans parler d'autre chose. De toute façon, je sens que je commence à m'endormir... alors qu'il doit meme pas etre midi. Je suis vraiment une loque.
Elle m'aide à me sécher et passer un boxer.
- Tu veux manger quelque chose peut-etre ?
Je hoche lentement la tete.
- Je crève la dalle. Mais désolé je suis incapable d'aller bouffer là. Pas la force.
- Je veux bien t'apporter quelque chose à grignoter mais j'ai peur de te retrouver endormi à mon retour, qu'elle dit en souriant, avant de m'embrasser sur le front.
- Ouais... Laisse tomber, je vais plutot pioncer.
- Je te préparerais à manger à ton réveil, promis. Viens t'allonger avec moi.
Je proteste pas et m'écroule de nouveau, sur le lit cette fois. En un quart de seconde, l'épuisement a raison de moi et je sombre.
Je me réveille, complètement dans le paté, je sais pas combien de temps après. Des heures surement. Mon estomac crie tellement famine qu'il m'a réveillé. Mais je me sens un peu mieux.
- Ca va mon chéri ? me demande ma Chloé qui m'a apparemment pas quitté, en remettant de l'ordre dans mes cheveux.
- Mieux. Mais j'ai la méga dalle.
- Je vais aller te cuisiner quelque chose. Tu veux manger quoi ? qu'elle demande en riant.
- Disons des ramen.
Elle me fait un bisou, part avec un petit air embêté… et revient après une bonne grosse demi heure, en tenant un plateau avec un bol de ramen fumantes. C'est joliment arrangé, avec les tranches de porcs et des herbes disposées sur le dessus. Elle me tend des baguettes, une cuillère et me regarde m'approcher du plat avec une appréhension visible.
- Voilà... j'espère que ça sera bon...
- C'est toi qui les as faites ? je demande, surpris.
- Oui... enfin... je te garantie rien, ne... qu'elle répond d'un air gêné. Ne t'attends pas à de la cuisine de chef, c'est la première fois de ma vie que j'en fais... parce que j'y connais rien en cuisine japonaise... Autant la cuisine occidentale, je suis plutôt douée, vraiment, mais là... j'ai suivi la recette que m'a donné le majordome de Genta et il a vérifié que je ne faisais pas de bêtises. (elle fait un petit sourire) Ca devrait être mangeable du coup. (elle rigole à moitié) Enfin, au moins, j'ai pas raté la présentation. S'il y avait une chose qui était pas difficile, c'était ça.
Je sais pas pourquoi, mais la préparation de ces bêtes ramen a eu l'air de lui tenir à cœur.
- Je suis sûr que ce sera très bon. Mais pourquoi préparer ces ramen a l'air de te tenir autant à cœur ?
- Je voulais prendre soin de toi aussi... La dernière fois, c'est toi qui a cuisiné pour moi, mon petit déjeuner quand j'allais mal. Ça m'avait vraiment touchée que tu fasses ça, alors je voulais absolument préparer quelque chose moi-même pour essayer de te faire plaisir, mais... c'est pas forcément réussi.
Et en disant ça, elle me fait un petit sourire timide abolument adorable.
- J'attendais pas de retour, mais c'est très gentil... ma puce. Du coup, je vais les savourer, surtout si c'est tes premières. Itadakimasu !
J'attaque donc le bol rapidement vu que je crève la dalle... et le regrette aussitôt parce que je me crame la bouche. J'aurais du souffler, merde... Je déglutis péniblement la cuillère de bouillon tueuse et attrape un morceau de porc. Délicieux. Je reprends un peu de bouillon et souffle dessus, même si j'ai du me cramer toutes les papilles, puis avale.
- C'est un régal, je dis.
- C'est vrai ? Je suis contente si tu apprécies un peu, qu'elle dit, manifestement soulagée. Moi, j'en ai mangé qu'une seule fois.
- Heeeeee ?! Une seule fois depuis que t'es au Japon ?! Comment ça se fait ?!
C'est comme si elle m'avait sorti qu'elle aimait pas sortir. Incroyable.
- Ben... la seule fois où j'en ai mangé... c'était en France.
Elle se marre et moi, je la regarde d'un drôle d'air.
- Tu déconne là, c'est impossible.
- J'avais trouvé ça vraiment trop trop lourd. Il faut dire que c'est quand même copieux, ne, mais du coup, je n'en ai jamais goûté d'autres, qu'elle m'explique avec un petit air d'excuse.
- Lourd ? C'est juste de la flotte et des nouilles.
- Ben y'a la quantité de pâtes quoi…
- Et ben...
Là, je suis franchement sur le cul. Etre au Japon et pas manger de ramen, c'est comme être en France et pas manger de cuisses de grenouilles quoi.
- Tu m'emmeneras en manger avec toi ? qu'elle demande, hésitante. Moi j'ai aucune adresse tu sais...
- Un peu ouais ! Je sais pas comment ils les préparent en France, mais ça pourra jamais valoir les vraies que tu peux manger ici.
- Génial ! (elle me saute au cou, manquant de m'en faire renverser un peu) Et... celle là je peux tester ?
- Dozo, je fais en poussant le bol vers elle et en lui tendant les baguettes.
Elle fait soudain une moue clairement boudeuse et je me demande ce que j'ai fait ou dit qui allait pas.
- Non, pas comme ça, qu'elle me sort comme une gosse. J'en veux que si c'est toi qui me donne.
Je la regarde genre "t'es sérieuse là ?" puis, en constatant qu'elle l'est, je remercie le ciel qu'on soit seuls et plonge baguettes et cuillère dans le bol pour lui en donner. Et elle a l'air de kiffer vu le petit sourire qu'elle fait.
- Hum, c'est pas trop mauvais oui, qu'elle fait.
- Tu vois, je t'avais dis.
Je regarde ma copine d'un air triomphant en parlant. Et mon regard tombe sur son bide. Et je me grouille de regarder ailleurs. J'ai des idées chelou en ce moment. Et j'aime pas ça.
Elle m'observe d'un air un peu bizarre. Elle doit pas capter pourquoi je la fixe.
- J'ai pris du poids ou quoi ? Ça fait plusieurs fois que tu scrutes mon ventre.
- Heu nan nan. T'es toujours aussi belle, t'inquiète.
- Honto? Tu me désires toujours, ne ?
- Evidemment, ma puce. T'en fais pas.
Elle pousse le bol vide sur la table de nuit et m'embrasse.
- Y'a aucun danger que je te désire plus. T'es trop bo... belle. T'en fais vraiment pas.
- Tu allais dire autre chose, qu'elle me dit, à moitié amusée. Tu te reprends à chaque fois que tu parles, qu'elle ajoute en souriant avec bienveillance.
- Bah je peux pas te parler comme je parle aux gars, ça se fait pas.
Elle se marre.
- Ça me fait plaisir que tu fasses attention, mais si tu me dis des choses un peu plus crues de temps en temps, ça ne me gêne pas.
- Bah j'essaye quand même de faire gaffe.
- C'est adorable. Je t'aime mon Ryo
Elle m'embrasse à plusieurs reprises et je me prive pa de répondre.
- Tu te sens d'attaque pour quelque chose cet après-midi ou repos ?
- Faut voir quoi. Je me sens pas encore très vaillant.
- Je vais aller voir comment les autres se sentent alors, repose toi, qu'elle dit en me faisant un câlin.
- Tu reviens vite ?
- Promis mon chéri, qu'elle fait en me caressant les cheveux. Je met trente minutes max, d'accord ?
Elle dit ça, mais elle a pas tellement l'air de vouloir partir en fait.
- Enfin si tu préfère que je reste…
J'avais raison.
- Nan. Enfin si mais je veux pas t'enchaîner, ne. Fais ce que tu as à faire, je vais pioncer encore un peu.
- Tu me retrouveras dans tes bras à ton réveil.
Elle me fait un dernier bisou tendre sur la joue et file.
Pov Ueda Tatsuya
Je suis mort. Pourtant j'ai bien dormi, longtemps et tout, mais je me sens aussi mou que si je n'avais pas dormi. Ces vingt kilomètres m'ont tué. Je me traîne comme une loque jusqu'à la salle de bain et j'entends la porte s'ouvrir au moment où j'y entre. Je me retourne.
- Coucou mon amour, dis-je en souriant malgré mon état larvaire.
- Oh tu es enfin réveillé, Tats'. J'ai bien cru que tu allais dormir cent ans comme la princesse du conte. Comment tu te sens ?
- Fatigué.
- Malgré tes douze heures de sommeil ?
Je rigole un peu.
- Ca se voit que tu n'as jamais eu à courir vingt kilomètres. Surtout sur une île des Caraïbes.
- C'était dur à ce point ?
- Tu as même pas idée.
- Tu as faim ? On peut aller manger si tu veux.
- Très bonne idée. Je prends une douche et on y va.
Je me hausse sur la pointe de pieds et l'embrasse tendrement, puis vais faire ce que j'ai à faire.
Je ressors quelques minutes plus tard et nous allons tous les deux vers le buffet.
En arrivant, je vois Chloé en train de discuter avec Jin et Yamapi. C'est vrai qu'il est éliminé. Misère, Jin va être intenable pendant les jours qui restent… Elle se retourne et m'aperçoit.
- Oh Tatsuya ! s'exclame-t-elle en s'appeochant de nous. Ca va toi ?
- Bonjour, Chloé. Je me sens toujours fatigué malgré que j'ai dormi douze heures, mais sinon je vais bien.
- Ryo est dans le même état, si ce n'est pire, me dit-elle en souriant. Ne... je pourrais te parler un petit peu, pendant que tu manges ?
- Je vais vous laisser discuter, dit alors Genta en s'inclinant devant elle, avant de s'éloigner.
- Arigato, lui dit-elle.
Je me sers un peu à manger, puis m'assois avec elle.
- Toi, tu es tracassée par quelques chose .
- Mah... un peu oui, confirme-t-elle d'un air embêtée. Tu as deviné très vite...
- Alors, qu'est ce qui t'ennuie, dis-moi, fais-je en me servant du café.
- Ben... Ryo est un peu étrange en ce moment... Je sais pas trop quoi penser... J'ai un peu peur... (elle ajoute plus bas) qu'il se lasse déjà ou quelque chose comme ça... même s'il affirme le contraire, ne ?
- Qu'est ce qui te fait dire ça ? demande soudain Yamapi qui n'était pas assez loin pour ne pas entendre.
Elle hésite, puis se confie :
- Il a fait pas mal de cauchemars récemment et c'est récurrent... J'ai peur... peut-être que je me fais des films hein ? Mais... j'ai peur que ce soit le fait d'être en couple de façon sérieuse et s'être engagé qui le stresse inconsciemment... vu qu'il l'a jamais été. Peut-être qu'il veut pas de ça au fond, si ça se trouve. Et il se sent bloqué avec moi... au point d'en faire des cauchemars. Et puis...
- Et si tu arrêtais de dire des bêtises ? dis-je. Tu n'as pas assez confiance en toi, voilà tout.
- Ueda a raison, Chloé. C'est vrai que Ryo a toujours été instable jusqu'ici, mais depuis qu'il te connait, il a vraiment changé. Est ce qu'il t'as dis le contenu de ses cauchemars ?
- Non... il refuse catégoriquement de m'en parler en disant que c'est rien, même si je m'en inquiète. Et puis... est ce que j'ai grossi ? Ou pris du ventre ? J'ai l'impression qu'il trouve que c'est le cas... Il arrête pas de m'observer en ce moment, mais pas genre reluquer, avec un air sérieux...
Jin et Yamapi se regardent d'un air entendu. Ils doivent savoir au sujet de Ryo quelque chose que j'ignore.
- En fait... il y a un truc ou deux que tu ne sais probablement pas à propos de lui.
- Ah... très certainement. Après tout, ça ne fait pas encore un mois qu'on est ensemble. Enfin...de quel genre de choses vous parlez exactement?
- Ryo... n'aime pas les enfants. Il a qu'une trouille, en avoir.
- C'est aussi pour ça qu'il s'est jamais fixé.
- Ah... ben, ça oui, je sais, effectivement... quand on l'a fait sans la première fois (ils la regardent d'un drôle d'air, ils devaient pas être au courant), et qu'il l'a réalisé après, il a complétement paniqué pour ça. Ses premiers mots après le choc ont été "test de grossesse ?", il était franchement blanc à ce moment.
- Nan, je crois pas que tu mesure l'ampleur du truc. C'est encore pire que ce que tu crois. Il y est limite allergique. Alors maintenant qu'il est fixé avec toi, ça doit le travailler à mort. La possibilité même infime qu'il puisse y avoir un accident doit le terrifier, explique Yamapi.
- Ah... Hum... (elle réfléchit) Mmmmh... (elle reste pensive) Non, je vois vraiment pas ce que je peux faire ou dire pour le rassurer... Des suggestions ?
- Hum... Dans l'immédiat... je dirais rien, répond Jin. C'est une fois revenus à Tokyo qu'il faudra faire quelque chose.
- Je vais finir par le laisser gérer ma pillule... Il sera plus efficace que moi pour s'en rappeler je crois. A la seconde près, dit-elle en souriant.
- C'est probable, dis-je en riant. Enfin en tout cas, tu as la réponse à ta question, ma belle.
- Hum. (elle sourit mais il s'évanouit un peu) Mais... ça veut dire que notre histoire, à Ryo et moi, n'est que passagère dans tous les cas... Parce que pour le moment, ne pas avoir d'enfant ça me va bien: je n'ai pas encore vingt-cinq ans et je me trouve vraiment trop jeune pour l'envisager sérieusement. Mais d'ici cinq ans, j'aurais surement commencé à y réfléchir. Et ça bloquera. Enfin, nous n'y sommes pas. Je vais aller le rejoindre, il a dû se rendormir. Merci pour vos conseils les garçons. Yamapi, tu pars dans deux heures je crois ? Je réveillerais Ryo pour qu'il vienne te dire au revoir, rentre bien.
- Merci. Je lui dirais deux trois trucs avant de partir.
- Je veux pas que tu parte, Tomo...
- Je sais, Jinou... Mais j'ai perdu. C'est le jeu...
- Il reste moins d'une semaine Jin, vous vous reverrez très vite, le rassure-t-elle en partant.
- Cinq jours, ça passe vite, mon Jinou. Allez, courage, ne.
Jin fait la moue, mais acquiesce. Je comprends ce qu'il ressent. Si je perdais la prochaine épreuve et devais partir...
Pov Nishikido Ryo
- Non ! Je suis pas ton père !
Je me suis redressé en criant. J'ai encore rêvé que j'avais des mômes. Ca arrête pas en ce moment, c'est pas possible. Ca commence à me gaver. Je VEUX PAS de gosses, merde ! J'ai horreur des gamins ! Ca chiale tout le temps, ça peut pas rester concentrer plus d'une heure, c'est fatigué tout le temps… Même tourner avec eux ça me soule. C'est pas comme si j'avais le choix, ne, vu qu'on me refile sans arrêt des rôles de mec marié, ou en couple avec une nana qui a déjà des mioches etc. mais merde quoi… D'où mon inconscient a déduit que j'en voulais ?!
Je tourne la tête vers Chloé, qui s'est glissée près de moi sans que je m'en rende compte. Elle me regarde sans rien dire, mais je crois que je vais être obligé de lui expliquer quans même.
- Heu… Je… j'aime pas trop les mômes, tu vois, je dis en minimisant le truc pour pas qu'elle me prenne pour un insensible. Et en ce moment…j'arrête pas de rêver que j'en ai… Ca me perturbe… J'aime pas ça…
- Je sais, Ryo. Je sais. Mais je ne suis pas enceinte. Je n'attends pas d'enfant, alors n'aies pas peur, qu'elle fait en m'attirant contre elle.
Je la regarde chelou.
- Tu sais ? Comment ça tu sais ?
- J'avais bien vu ta réaction quand on l'avait fait sans protection, ne... Mais j'en ai aussi discuté avec Pi et Jin, pour essayer de comprendre la cause de tes cauchemars car ça m'inquiétait.
Merde… Là je me sens très con. Pas parce qu'elle est au courant, mais parce que je continuais à lui cacher le contenu de mes cauchemars alors qu'elle était déjà au courant de ce qui les causait.
- So ka…
Je vois pas quoi dire d'autre.
- Tout à l'heure, ne, j'en ai discuté seulement tout à l'heure, qu'elle me dit comme si elle avait lu ce que je pensais. Je ne pensais pas que c'était ça qui te tracassait quand tu regardais mon ventre... Honnêtement j'ai crû que tu trouvais que j'avais grossi...
- Je t'avais pourtant dit que non.
- Je sais mais je ne voyais rien d'autre... Je ne pensais pas que tu avais peur de me voir tomber enceinte comme ça.
- Tu trouve ça con ?
- Non pas "con"... En fait, ça semble logique vis à vis du comportement que tu as eu avec les filles jusqu'à maintenant. Mais... je ne sais pas comment te rassurer du coup... Tu sais pourtant que je prends mes précautions et ça n'empêche pas ta peur... Est ce que ça te rassurerait si... je te promettais que si un jour je m'apercevais, malgré nos protections, que j'attendais un enfant de toi je ne te forcerais jamais à assumer un rôle de père que tu ne veux pas ? Et que je disparaitrais juste de ta vie et tu n'entendrais plus parler de moi ? Je ne dirais à personne qui est le père...
Je la regarde genre "tu es sérieuse là ?".
- C'est jamais ce que je voudrais. Que tu disparaisse de ma vie je veux dire...
- Gomen... je voulais pas... dire ça, qu'elle dit en se jettant à mon cou et se blottit contre moi. Pardon Ryo...
- Même si tu... si un jour tu découvre que t'es enceinte... promets-moi que tu te casseras pas...
- Je te le promets mais... si ça arrivait... je crois que je n'arriverais peut être pas à te l'avouer, ne ? J'aurais peur que tu me rejettes... et rien ne me blesserait plus que ça, qu'elle dit en enfouissant son visage dans mes bras.
- Mais... je viens de te dire que ça arriverait pas.
Elle m'embrasse doucement.
- Merci Ryo, qu'elle fait en posant son front contre le mien. Mais tu n'as rien à craindre, je te le promets.
- Hum...
Je me rallonge en bâillant et passe mes bras derrière ma tête.
- Tu ne m'en veux pas, ne ? qu'elle fait en glissant en boule contre moi.
- Bien sûr que non. Je vois pas quel droit j'aurais de t'en vouloir, Chlo'.
- Hum... OH ! C'est bientôt le départ de Yamapi, si tu veux aller lui dire au revoir...
Merde, j'avais oublié que Tomo devait se casser. Je me redresse en vitesse et m'éjecte du lit.
- Tu viens avec moi ou... ?
- Gomen, j'ai un coup de barre mon chéri, et je lui ai déjà dit au revoir, vas y sans moi.
- Ok. Je reviens vite.
Je l'embrasse et file vers l'entrée du manoir, en espérant me grouiller assez pour pas louper mon pote.
Heureusement, il est là avec sa valise.
- Alors ça y est, c'est le grand départ ? je fais.
- Oui. Je peux te confier Jin ?
- Il va rien lui arriver en quatre jours, à ton Jin, Pi.
- Je peux, oui ou non ?
Rah, il m'agace à être si têtu...
- Ouais ouais...
- Bon... Et, Ryo...
- Quoi encore ?
- Avec Chloé… Ecoute, mon vieux, je sais que t'as la trouille des mômes etc, mais… Chloé y est pour rien. Tu vas juste réussir à la blesser.
- Qu'est ce que tu raconte ?
- Je raconte que, même si elle ne veut pas d'enfants maintenant, elle en voudra certainement plus tard. Et sûrement avec toi si votre histoire continue. Alors si tu continue à flipper à l'idée de… d'en avoir… tu finiras par la blesser.
J'en reste comme deux ronds de flan.
- Tu me charie là ?
- Non, Ryo, je suis très sérieux. Fais attention à elle au lieu de t'écouter.
- Mais je contrôle pas mes rêves ni mes cauchemars.
- Non, c'est sûr. Mais tu peux les combattre.
- Comment ?
- En apprenant à aimer les enfants.
- Heeeeee ?!
- Fais pas cette tronche, j'ai rien dit d'extraordinaire. Ca me paraissait évident.
- Mais… comment je fais ça ?
- En les côtoyant régulièrement. Même si t'as pas de tournage avec.
- He ?
- J'en sais rien moi, réfléchis un peu. Orphelinarts, centre aérés, écoles… les structures qui acceuillent des gamins, c'est pas ça qui manque. Va dans l'une d'elles quand tu as du temps libre, passe du temps avec eux… Et tu verras qu'à force, tu arriveras à vaincre ta trouille. Tu les aimeras peut-être pas beaucoup plus, mais tu auras plus peur.
Il tourne la tête vers Jin, qui chouine pas loin derrière.
- Allez, je te laisse. Ciao mon pote, on se revoit à l'agence.
Il me tapote l'épaule et va consoler son copain en me laissant perplexe sur tout ce qu'il vient de me dire. Aller à la rencontre de gosses, m'obliger à être avec eux… Ca m'aurait jamais traversé l'esprit. Fallait être un Pi pour penser à ça. Enfin après, de là à le faire vraiment… Je verrais. Je veux pas blesser Chloé mais… Rah ça me soule, je sais plus…
Une fois Tomo parti, je retourne pas tout de suite à la chambre, je vais d'abord me balader, histoire de réfléchir un peu. A mon retour, je suis de nouveau claqué, mais j'ai pris une décision. Je veux pas blesser Chloé. Je veux pas qu'elle finisse par me quitter parce que je supporte pas les mômes. Surtout si elle en veut. Alors je vais faire des efforts et tenter de me guérir. Enfin si c'est guérissable. Une fois de retour à Tokyo, je suivrais le conseil de Pi. Pour elle.
Pov Mizuhashi Genta
C'est déjà la demi finale. Et aujourd'hui, non seulement l'épreuve sera radicalement différente de tout ce qu'ils ont fait jusqu'à maintenant… mais le mode de jugement aussi sera spécial.
Je regarde Tatsuya qui dort encore, au matin du troisième jour de la dernière semaine. Il est toujours aussi adorable. J'espère qu'il restera jusqu'à la fin et même qu'il gagnera. Même si ceux qui restent… sont de redoutables adversaires.
Je lui caresse doucement la joue, puis l'embrasse tendrement pour le réveiller. Il remue un peu, puis ouvre doucement les yeux.
- Bonjour, mon cœur, dis-je en lui souriant.
- 'Jour chéri… marmonne-t-il. Tu es… réveillé depuis longtemps ?
- Non, pas très. Désolé d'avoir interrompu ton sommeil, mais l'épreuve d'aujourd'hui va prendre la journée.
Je l'entends soupirer.
- J'ai hâte que ça se termine et qu'on ait une relation normale…
- Normale ? Tu… ne la trouve pas normale ?
- Heu… dans la mesure où, à chaque fois que tu me réveille, c'est juste pour une épreuve et pas pour passer la journée ensemble ou autre…
Je ne trouve rien à répondre. C'est vrai que pour le moment, notre relation cachée est plutôt étrange. Ca ira mieux à notre retour à Tokyo. Même si… entre sa profession et la mienne, nous voir risque d'être compliqué.
- Je suppose que je dois aller réveiller les autres ?
- Rien ne presse. Il est seulement sept heures. Prend le temps d'émerger tranquillement et de prendre ta douche. Ce n'est pas une épreuve physique.
- Tant mieux… Je ne suis même pas encore remis de celle d'hier.
Il bâille de nouveau et se roule en boule en se lovant contre moi. Je le serre dans mes bras et l'embrasse dans les cheveux. J'ai tellement hâte qu'il soit à moi officiellement.
- Ne… quand on sera mariés… il faudra quand même que je garde mon nom.
Je le regarde, stupéfait. Comment a-t-il su que je venais de penser à notre mariage ?
- He ?
- Je suis connu sous mon nom actuel. Si je devenais soudain Mizuhashi Tatsuya, ça ferait bizarre.
- Mizuhashi Tatsuya… Ca sonne bien, tu ne trouve pas ?
- Si. Mais on est KAT-TUN. Je suis le U. Si je change de nom, le nom du groupe, qu'on a toujours réussi à préserver jusque là, voudra plus rien dire. Tu comprends ?
- Oui, je comprends, ne t'en fais pas. Je ne veux pas t'épouser pour le crier sur les toits de toute façon.
Il me sourit, m'embrasse tendrement et finit par se lever pour aller à la salle de bain. Sachant ce qui l'attend dans peu de temps, je résiste à l'envie de le suivre et à celle de l'imaginer. Parce qu'à chaque fois que je l'ai fais, j'ai fini par le rejoindre.
Un quart d'heure plus tard, il sort habillé d'un t-shirt et d'un bermuda.
- Bon ben je vais réveiller les autres alors ?
- S'il te plait oui, mon cœur.
Il hoche la tête et sort. Pendant qu'il s'acquitte de cette tâche, je me lave et m'habille à mon tour, puis sors retrouver tout le monde, un grand sourire aux lèvres.
Je les dévisage tous et déchante un peu : les trois autres rescapés ont l'air aussi blasés que mon Tatsuya. Me serais-je trompé ? L'émission serait-elle trop longue ? Aurais-je prévu trop d'épreuves ? Non, l'émission ne peut pas être trop longue, je n'ai pas choisi cette durée à la légère, je m'étais renseigné avant sur la durée moyenne d'une émission de ce type à l'étranger.
- Bonjour messieurs. Aujourd'hui, c'est une épreuve un peu particulière qui vous attend. Une épreuve parfaitement en rapport avec votre profession, puisque nous allons vous demander d'écrire et composer une chanson sur le thème de l'amour, puisque ça rime souvent avec vacances. Vous avez pour ça la journée d'aujourd'hui et la matinée de demain, voire la nuit si le cœur vous en dit. Le résultat de l'épreuve sera, pour la première fois, décidé par les téléspectateurs, car Chloé et moi ne pourrions pas être assez objectifs. Votre avenir dans l'émission sera donc décidé par les personnes qui regardent l'émission. Vous aurez des instruments de musique à disposition dans le hall du manoir : un piano, un synthétiseur, une guitare et une basse.
Je traduis mon speech en coréen pour Kim-ssi, puis me tais et les laisse discuter entre eux. D'un coup, ils ont l'air plus réveillés et même intéressés. Normal pour des musiciens et chanteurs. Je jette un regard aussi discret que possible à Tatsuya, qui a l'air radieux. Forcémment, il doit se sentir parfaitement dans son élément avec cette épreuve. D'ailleurs, il se précipite vers le manoir et je pense deviner ce qu'il va choisir comme instrument. Ryo-san aussi d'ailleurs. De ce que je sais d'eux, il me semble évident que mon fiancé va choisir le piano et Ryo-san la guitare. Ce qui laissera le synthétiseur et la basse aux deux moins rapides à savoir Akanishi-san et Kim-ssi. Quoique… pour Kim-ssi, je ne sais même pas s'il sait composer. Je sais qu'il était leader, danseur principal et rappeur du groupe SS501 quand celui-ci était encore en activité, mais il ne me semble pas avoir lu dans sa fiche qu'il composait aussi.
Finalement, eux aussi courent vers le hall et j'y arrive assez rapidement avec Chloé, pour constater que mes suppositions quant au choix de l'instrument étaient justes. Mon chéri a bel et bien monopolisé le piano et Ryo-san s'est bien jeté sur la guitare sous le regard curieux de sa petite amie. Akanishi-san s'est rabattu sur le synthétiseur qu'il a entreprit de régler, mais Kim-ssi semble avoir décidé de se passer d'instrument.
Je me demande ce qu'ils vont nous trouver.
Pov Ueda Tatsuya
Enfin une épreuve intéressante. Ecrire, composer, tout ça c'est mon élément. Et ce thème qu'il a trouvé, comment ne pas être inspiré. L'amour inspire tout le monde, c'est ce qui le fait tourner. Et il pourrait bien m'apporter la victoire.
Je commence par griffonner sur le carnet qui m'est dévolu, les idées qui me viennent en vrac : l'été, une histoire d'amour fugace, le temps qui passe inexorablement, des souvenirs qui font mal… Oui, là on est totalement dans ma partie. J'ai déjà une idée de mélodie d'ailleurs.
Je m'assois au piano et joue ce que j'ai en tête. C'est mélancolique. A peu près ce que j'avais en tête. Je dessine rapidement une portée et inscris les notes que je viens de jouer. Je n'ai même pas regardé si j'étais seul dans la pièce ou si les autres sont encore là. Je m'en fiche, je suis dans ma bulle. Ma musique, mes idées, plus rien d'autre ne compte.
Pov Nishikido Ryo
Je me suis jeté sur la guitare, de peur qu'un autre me la choure. Je craignais pas grand-chose de Ueda, j'étais sûr qu'il prendrait le piano avant même d'arriver dans la pièce, mais Jin aurait pu. Sauf que là nan, c'est moi qui l'ai. Bon, maintenant faut que j'écrive une chanson qui plaira assez au téléspectatrices pour qu'elles votent pour moi en masse. Le truc, c'est que je sais pas à quelle tranche d'âge je dois adresser les paroles. Notre public habituel fan de paroles un peu gnangnan ou plutôt des femmes. Et là, y'a pas cinquante moyens pour savoir.
Sans lâcher la guitare (des fois que), je sors de la pièce et me met à la recherche de Genta. Après tout, le boss, c'est lui. Donc les courbes d'audience etc, il doit les avoir.
J'ai pas à chercher super loin d'ailleurs, il est devant le manoir. Mais au téléphone, merde. Bon ben je vais attendre, ne. Je peux pas commencer sans savoir.
- Attendez une minute, Niigata-san, qu'il fait à son correspondant en me voyant. Oui, Nishikido-san ? Je peux vous aider ?
- Ouais, j'aurais une question.
- Niigata-san, je vous rappelle, qu'il fait avant de raccrocher. Je vous écoute.
- Vous avez les rapports concernant l'audience de l'émission ? je fais.
Dire qu'il a l'air surpris, ce serait en dessous de la réalité. Il a carrément l'air sur le cul. Ce serait presque vexant en fait. Mais j'ai pas le temps de me vexer là.
- Oui en effet et ils sont très bons.
- Cool, je fais sur le même ton que j'aurais répondu "je m'en fous". Mais c'est qui qui regarde ?
- Comment ça ?
- Les nan… personnes qui regardent, je me doute que c'est des fi… femmes. Mais de quel âge ? Pour la majorité, ne. Je vous demande pas un rapport complet.
- Oh… Et bien le coeur de cible a entre quinze et ving-cinq ans. Pourquoi ça ?
Quinze vingt-cinq… merde, je vais devoir faire un peu dans le niais. Chiotte… Mais bon, je suis prêt à tout pour qu'elles votent pour moi, alors tant pis, je vais faire un peu dans le niais… mais version rock quand même. Je suis moi après tout.
Je vais m'assoir sur la plage (pour trouver des idées gnangnan, il parait que c'est terrible) et regarde la mer d'un air pensif en grattant vaguement la guitare d'emprunt. Je jamais super à l'aise quand j'utilise pas ma propre gratte, mais bon, c'est pas comme si j'avais le choix… Allez Ryo, concentre-toi. Tu PEUX faire dans la guimauve niaise… Imagine que tu es le Tegomass… Heu nan quand même pas… imagine ce qu'écrirait Ueda à ta place… Une belle balade romantique qui ferait tomber toutes les ados… C'est ça qu'il me faut…
Je récupère le carnet que j'avais enfoui dans ma poche et écris ce qui me passe par la tête : une moto (les filles trouvent ça sexy les mecs à moto. Surtout si c'est Ore-sama), la recherche de la fille idéale, un ride cheveux au vent (sans casque du coup, parce qu'un casque, c'est secure, mais pas sex)… bon, par contre, faut que je répète la notion d'amour etc etc. Sinon ça fait une chanson à la Ryo, mais pas guimauve. Et les ados aiment la guimauve jusqu'à l'écoeurement. Bon allez, courage Ryo, tu peux le faire…
Pov Mizuhashi Genta
Je regarde l'heure tourner. Ca fait déjà une demi journée qu'ils sont sur leurs créations et aucun n'a l'air de se soucier de l'heure du repas. Il va donc falloir que Chloé et moi nous substituiions à leur montre et allions les ravitailler. Je ne peux pas les laisser sans manger, même au nom de l'art et de l'audimat. Une pause d'une demi heure ne pourra pas leur nuire.
D'ailleurs, j'ai vraiment été surpris que le seul candidat à me poser une question sur le cœur de cible, ait été Ryo-san. Je le croyais moins… enfin… pas assez… fin… pour s'en préoccuper. Je l'avais mal jugé. Mea culpa.
Je me dirige donc vers la chambre de Chloé, pensant l'y trouver et frappe.
- Oui, entrez... Ryo ? fait-elle en venant m'ouvrir, un livre à la main.
- Non, Chloé, ce n'est que moi, navré pour la déception.
- Ah, ce n'est rien, c'est juste que... je ne sais pas trop où il est, dit-elle en rosissant. Il est parti écrire, mais je ne sais pas à quel endroit... J'espère qu'il s'en sort, qu'il est inspiré.
- Justement, j'aurais besoin de votre aide. Il est l'heure du repas mais comme aucun ne fera son apparition au buffet, il va falloir que vous et moi leur apportions de quoi se restaurer.
- Oh, oui bien sûr, je n'avais pas vu l'heure. Ils doivent être si concentré qu'ils en oublient leur estomac.
- Oui c'est aussi ce que je pense.
- Par contre, ils se sont dispatchés, il va falloir les retrouver, dit-elle en souriant. On va avoir besoin des caméras pour les localiser tous.
- Effectivement. Vous m'accompagnez en régie ?
- Absolument. Ah, à ce propos, quand ils auront terminé, je pense qu'il serait plus judicieux que vous seul les écoutiez en live et que je reste en régie. Si j'étais face à eux, face à Ryo surtout, j'aurais peur de ne pas réussir à rester impassible. Je n'étais déjà pas insensible à sa voix avant, mais alors maintenant… je crois que me sentiments s'afficheraient clairement sur ma figure.
Je la dévisage tout d'abord avec étonnement, puis hoche la tête, une fois de plus ravi de son professionnalisme et de son à propos.
- C'est entendu, c'est ce que nous ferons.
Nous nous dirigeons donc tous deux vers la cuisine du manoir afin de récupérer quatre paniers-repas que nous distribuerons, puis les emmenons en régie, afin de ne pas perdre de temps une fois que chaque participant aura été localisé.
- S'il vous plait, montrez-nous toutes les caméras, dis-je au technicien présent à cette heure de la journée.
- Très bien monsieur, acquiesce-t-il en actionnant plusieurs manettes.
Avec Chloé, nous scrutons chaque moniteur, cherchant à repérer Ryo-san, Akanishi-san, Ueda-san et Kim-ssi.
- Je suppose que je vous laisse vous occuper de Ryo-san et Akanishi-san et que je prends Tatsuya et Kim-ssi ? fais-je en la regardant une fois que chacun est repéré.
- Comme cela vous arrange.
- Vous ne voulez pas voir votre petit ami ? m'étonné-je.
- Si si bien sûr, répond-elle en rougissant. Mais c'est une torture de le voir en étant filmée... je ne peux pas… (elle marmonne quelque chose dont je n'entend que le dernier mot) ... bisous
- Je comprends... Dans ce cas, occupez-vous d'Akanishi-san et Tatsuya si vous voulez.
Je la vois hésiter franchement, puis elle me dit :
- Dites lui de venir dormir quelques heures, ne ?
- Je lui transmettrais votre message, comptez sur moi. Dites la même chose à Tatsuya.
- C'est promis, me dit-elle en partant.
Je me dirige donc vers la plage où, comme me l'avait indiqué la caméra, je trouve Ryo-san, qui a l'air très concentré. Ne voulant pas lui faire peur, je toussote discrètement pour signaler ma présence, ce qui ne l'empêche pas de sursauter.
- Ah putain, vous m'avez foutu la trouille, me dit-il.
- J'en suis désolé.
- Vous voulez quoi ? Me dites pas que vous rajoutez une difficulté ?
- Non non, rassurez-vous, réponds-je en souriant. Mais il est est l'heure du repas, alors je vous ai amené de quoi manger.
Il a l'air étonné.
- Sérieux, déjà ? Heu bah… sankyu, me dit-il.
Je lui tends le sachet préparé par les cuisines et m'assois près de lui pendant qu'il l'ouvre et se met à en dévorer le contenu.
- Alors, vous avancez comme vous voulez ?
- 'est 'ong et 'hiant 'ais 'es 'illes 'e'aient 'ai'er, me répond-il, la bouche pleine de sandwich à la langouste.
- Je vous demande pardon ? fais-je car je n'ai pas compris un seul mot de ce qu'il a tenté de me dire.
Il avale l'énorme bouchée qu'il avait dans la bouche, boit quelques gorgées de vin blanc, puis répète :
- C'est long et chiant mais les filles devraient aimer.
Je hoche la tête.
- Au fait, j'ai un message de Chloé. Elle vous demande de dormir au moins quelques heures.
- Pas le temps… grogne-t-il.
- Elle avait l'air inquiète en me transmettant ce message pour vous, crois-je bon d'ajouter.
Il a l'air d'hésiter.
- Pourquoi elle est pas venue elle-même ? Pourquoi c'est vous ?
- Parce qu'elle craignait de ne pas pouvoir vous résister très longtemps, dis-je en baissant la voix de façon à n'être entendu que de lui. Et comme elle ne pouvait pas vous embrasser, c'était trop difficile pour elle de vous voir.
Il me regarde comme pour vérifier que je ne me moque pas de lui, puis hoche la tête.
- Alors j'irais dormir trois-quatre heures.
- Très bonne décision, dis-je en lui tapotant l'épaule, avant de me relever.
Pov Ueda Tatsuya
J'avance plutôt bien. Ma chanson sera une jolie balade romantique, un peu triste, mais je sais que mes fans aiment bien quand je chante ce genre de chose, alors ça devrait le faire.
Une nouvelle fois, je rejoue la mélodie au piano. Pour le moment, je ne me suis pas encore trop occupé des paroles, je me suis plutôt concentré sur la musique. Les paroles, je m'en occuperais après.
Au moment où je lève la tête pour inscrire de nouvelles notes sur ma portée, je remarque que Chloé est entrée.
- Coucou, fais-je en lui souriant.
- Je t'apporte ton dîner, me dit-elle en me rendant mon sourire. Il faut prendre des forces pour avoir de l'inspiration.
- Le dîner ? C'est déjà l'heure ? fais-je, sincèrement étonné car je n'ai pas vu les heures passer.
- Et oui. Comment tu te sens ?
- Super bien. Là, on est dans le genre d'épreuve où je suis tout à fait dans mon élément.
- Je suis heureuse d'entendre ça alors et j'ai hâte de pouvoir écouter ta chanson également
- Je n'ai que la mélodie pour le moment, mais tu veux l'entendre ?
- Bien sûr ! Avec plaisir.
Je lui souris de nouveau et joue donc tout ce que j'ai déjà écris pour le moment, puis la regarde pour quêter son avis.
- Tu sais que je n'ai pas le droit de te dire que J'ADORE.
Je me retiens de rigoler pour la façon détournée avec laquelle elle vient de me donner son opinion.
- Oui oui, je sais, fais-je comme si je n'avais pas relevé.
Je pense qu'elle me connait assez maintenant, pour comprendre que j'ai bien reçu le message.
- Bon, pense à grignotter ton panier pique-nique, ne ? Ca a l'air bon et tu as besoin de manger. Je vais déposer à Jin le sien, bon courage, me dit-elle.
Et dans ses yeux, je lis tout le soutien qu'elle me donne sans pouvoir le formuler.
Elle va pour partir, puis s'arrête et se retourne pour me regarder avec insistance.
- Ah ! Et Mizuhashi-san conseille un peu de sommeil, ne serait-ce que quelques heures, ajoute-t-elle.
- J'y penserais, promis, dis-je pour lui faire comprendre que j'ai bien reçu.
Elle me sourit et file tandis que je me jette sur le pique-nique. Je n'ai pas voulu faire le morfale devant elle, mais maintenant qu'on en a parlé, je réalise que je meurs de faim.
Pov Nishikido Ryo
Il est quatre heures du mat', je caille et je suis naze. Je crois qu'il est vraiment temps que j'aille me pieuter au moins un peu. Quitte à me relever dans trois quatre heures max. Je ramène donc le matos (guitare et carnet) jusqu'à la chambre, règle mon portable pour qu'il me réveille, puis me désape sans faire de bruit et vais me glisser à côté de ma chérie le plus doucement possible pour pas la réveiller. Je suis à peine allongé, qu'elle se colle à moi. A croire qu'elle a un détecteur de Ryo. Je souris, la prend dans mes bras, lui fais un bisou sur le front et ferme les yeux.
J'ai l'impression qu'il s'est à peine écoulé dix minutes, quand mon putain de réveil sonne. Je me grouille de l'éteindre pour pas que ça réveille ma copine qui pionce toujours… et je me rends compte que ça va être dur de me lever sans la réveiller, parce qu'elle a la tête sur mon torse et les bras passés autour de ma taille. Qu'est ce que je fais ? J'essaye quand même ou quoi ? Va bien falloir que je me relève quand même, j'ai une chanson à continuer… Je me tortille donc comme un ver de terre, pour essayer de m'extraire. Et bien sûr, ça la réveille. Merde.
- Hum ? Oh tu viens de te coucher ? qu'elle me fait, totalement à côté de la plaque.
- Désolé de t'avoir réveillée. Nan, j'ai pioncé quatre heures et là je me lève. Dors, t'en fais pas, je dis en l'embrassant.
Mais elle me lâche pas tout de suite, elle m'embrasse encore et encore. Je suppose que c'est pour compenser la journée d'hier où on a pas du tout pu être ensemble.
- Tu me manques déjà, qu'elle me dit.
- Toi aussi ma puce. Mais faut que je me grouille, j'ai plus que la matinée pour terminer cette foutue chanson.
- Hum… qu'elle fait en me lâchant finalement. Courage, mon chéri.
- Ouais. Je vais juste prendre une douche et bouffer un peu et je m'y remet.
- Je suppose que je ne viens pas avec toi dans la salle de bain. Sinon on prend le risque de te mettre en retard sans faire exprès, qu'elle dit dans un petit sourire.
- En temps normal, j'aurais pas dis non, loin de là... mais là, effectivement... Je peux pas me permettre de perdre du temps. Ce serait courir le risque de pas finir et d'être éliminé.
- Hai.
Comme elle reste bien sagement dans le lit, pour jouer, je lui envoie un baiser, avant de rentrer dans la salle de bain et je l'entends râler "Rah mouuu Ryo !", avant de la voir passer la tête dans l'entrebâillement de la porte.
- Mmmmmmh joli ! commente-t-elle en me matant. Sur cette belle vision, je vais déjeuner. Retrouve-moi là-bas.
Quand j'arrive au buffet, je vois bien Jin, Chloé et le coréen, mais Mizuhashi est tout seul à sa table et il a l'air presque malheureux.
- Qu'est ce qu'il a ? je demande à Chloé en m'asseyant à côté d'elle.
- Je parierais que Tatsuya s'est endormi sur son piano. Déjà hier il ne voyait pas l'heure passer... Du coup, Genta doit s'inquiéter.
- Ah… Pauvre vieux… Mais pourquoi il va pas le voir ?
- Ben... j'en sais rien... Il est un peu bête parfois quand ça touche Tatsuya. Il en oublie la base de la base... Je suppose qu'il faudrait lui suggérer. Je parie qu'il a même pas envisagé qu'il se soit endormi en bossant.
- Tu le fais ou je m'en charge ?
- Dozo, qu'elle me dit, apparemment désespérée par le manque de jugeotte de son boss.
J'avale une tasse de café, puis vais m'assoir à côté de lui.
- Yo, je fais.
- Bonjour, Nishikido-san, qu'il me répond comme si sa vie était brisée.
- Bah alors c'est quoi cette tronche que vous tirez dès le matin ?
- C'est Tats… Ueda-san… Il n'est pas rentré… Ca m'inquiète…
- Mah… vous avez pas pensé qu'il pionce peut-être là où il bossait ? Il s'est peut-être endormi sur le piano.
Il me regarde de l'air d'une vache qui regarde passer un train. C'est vraiment un génie, ce mec ? Parce qu'il a des côtés franchement crétins. Pires que Jin. Bakanishi, il aurait pensé direct à ça. Mais Genta nan. Truc de ouf.
- Vous croyez ?
- Bah allez voir. Vous serez jamais fixé sinon.
- Je… Oui vous avez raison. Je vais aller voir s'il est là-bas. Merci.
Et là-dessus, il détale comme un lapin, en me laissant planté là. Une vache, un lapin, c'est une ménagerie à lui tout seul le gars. Je me marre tout seul de ma vanne foireuse et vais me prendre de quoi bouffer, avant de rejoindre ma Chloé.
- Bah dis donc, ton boss, c'est vraiment pas une flèche, ne, je lui dis en commençant à engouffrer des œufs brouillés au bacon.
- Je crois qu'en amour, il a tout oublié, qu'elle me répond en souriant, avant de me regarder d'un air de dire "t'as pas toujours été un surdoué, ne".
Je lui tire la langue et termine rapidement mon repas, parce qu'il faut que je m'y remette.
- Bon, je file moi. Ciao, Chlo', je fais en la regardant l'air de dire "je t'aime".
Elle rosit, preuve qu'elle a bien pigé et me sourit comme un ange.
- Bon courage, qu'elle me dit.
Je hoche la tête et trace. Que j'en finisse vite avec cette chanson niaise…
Pov Mizuhashi Genta
Effectivement, comme me l'avait suggéré Ryo-san, j'ai bel et bien retrouvé Tatsuya endormi sur le piano. Et je m'en veux de ne pas avoir pensé tout seul qu'il pouvait être là, parce que je ne pouvais même plus le ramener à la chambre pour qu'il se repose, j'ai du le réveiller pour qu'il mange un peu et termine. Ca m'a brisé le cœur, mais je ne voulais pas qu'il courre le risque d'être éliminé. Il n'a pas eu l'air de m'en vouloir et s'est remis au travail sitôt son petit-déjeuner avalé.
Maintenant, il est presque treize heures et c'est le moment de les faire stopper leur création, qu'elle soit achevée ou non. Je fais donc le tour des quatre concurrents, en leur demandant de venir au point de rendez-vous, puis rejoins Chloé.
- Ils vont arriver. Vous pouvez aller en régie dès maintenant si vous voulez, lui dis-je.
Elle me remercie et file sans demander son reste. Ca doit être très difficile pour elle. Pour moi aussi, mais je suis habitué à rester impassible en toute circonstance. Même si j'avoue que c'est plus compliqué depuis que je connais Tatsuya.
J'ai fais transporter le piano jusque sur la plage, sans oublier le synthétiseur, la guitare et la basse. Heureusement que le second fonctionne aussi sur batterie et que les derniers sont accoustiques. Je regarde les quatre survivants de l'aventure et me lance :
- Messieurs, votre place en demi finale va se jouer ici. Lorsque les spectateurs auront voté, l'un de vous quittera l'aventure définitivement. Chacun de vous va maintenant chanter sa composition et les votes seront ouverts dès que le dernier d'entre vous aura terminé son récital. Qui souhaite se lancer en premier ?
Les quatre se regardent, puis Akanishi-san fait un pas en avant.
- Dozo, lui dis-je alors.
Il se place derrière le synthétiseur, effectue quelques réglages et, bientôt, une mélodie à la guitare électrique se fait entendre. C'est l'avantage de cet instrument, il peut remplacer n'importe quel autre. La voix d'Akanishi-san résonne presque aussitôt, en anglais. Il se débrouille plutôt pas mal. La chanson s'appelle "Tonite". En gros, il propose à la fille à qui il s'adresse et qui ne va pas bien, de venir la réconforter et de la sortir pour lui changer les idées. C'est un thème très sympa. Je pense que le cœur de cible sera fortement touché par ces paroles. C'est bien joué. Ou du moins, ce sera bien joué… si elles les comprennent. C'est le risque de chanter dans une autre langue que le japonais. Ou alors elles ne vont même pas chercher à comprendre les paroles et vont juste réagir à la musique, à sa voix et à lui-même. C'est même plutôt probable.
Je le remercie quand c'est terminé et regarde Kim-ssi se lancer à son tour. A capella puisqu'il avait choisi de ne pas utiliser d'instrument. Mais je crains que le pauvre n'ait que très peu de chance de l'emporter car, ne parlant ni japonais ni anglais, il va très probablement chanter dans sa propre langue. Et je le sentai déjà moyen pour Akanisi-san et l'anglais, alors lui et une chanson en coréen… Je sais bien que la vague coréenne est de plus en plus présente au Japon, mais Kim-ssi ne fait hélas pas partie des groupes les plus en vogue comme les Super Junior, les Big Bang, les Boyfriend et autres 2PM, B.A.P ou Beast, alors il est certainement bien moins connu. Il me donne raison quelques secondes plus tard et je me retiens de secouer la tête. Il a une très belle voix, douce et agréable, mais je suis presque sûr que la langue sera un frein. Enfin à moins que les téléspectatrices n'aient le même raisonnement que pour Akanishi-san.
Quand il termine, Ryo-san attrape la guitare et j'ai une pensée pour Chloé, dont la gorge doit se serrer d'appréhension et le cœur battre plus vite. C'est effectivement mieux qu'elle ne soit pas physiquement présente, elle se trahirait très certainement. Quoique je ne suis pas sûr que réussir à rester impassible lorsque mon fiancé commencera à chanter.
Les premiers accords de guitare résonnent et la voix rauque de Ryo-san s'élève :
- La moto dont je rêvais
Je viens de me la payer
Et je peux dire qu'aujourd'hui
C'est le plus beau jour de ma vie.
Il ne me reste plus qu'à
Trouver la fille qui voudra
Prendre la route avec moi
Prendre la route avec moi
Prendre la route avec moi
Avec moi…
Il continue dans la même veine pseudo romantique toute la chanson et j'en reste ébahi. Qu'est ce qui lui a pris ? Quelle idée folle lui a traversé la tête pour écrire quelque chose qui soit aussi peu en accord avec sa personnalité ? Je pensais qu'il écrirait sur sa relation avec Chloé et au lieu de ça… Je me demande comment elle a réagi en régie. Est-elle choquée ? Triste ? Déçue ? Vexée ? Ou au contraire trouve-t-elle que quoi qu'il chante, c'est génial ?
Mais je n'ai pas le temps de m'apesantir sur la question, parce que mon Tatsuya prend place au piano. La mélodie est mélancolique. C'est vraiment son style ça on dirait. Je retiens mon souffle quand sa voix douce et claire s'élève soudain :
- Le parfum enivrant de l'été
Entre ses mains, nous a bercés.
Dans l'abîme de tes yeux passionés
Belle et fragile, tu mas entraîné.
C'est un amour de vacances, une histoire sans landemain
Mais à laquelle on repense les yeux pleins de chagrin
Avec la même impuissance face au temps assassin
Dont l'indolence rend orphelin.
Il n'y a pas une seconde où je ne pense à toi
Même quand le tonnerre gronde, j'entends le son de ta voix
Cette voix unique au monde, qui me répète cent fois : "je t'aime, je t'aime,
Ne t'en vas pas !"…
Pendant qu'il chante, je suis partagé. Les paroles sont belles, romantiques… mais tristes. Pourquoi sont-elles si tristes ? Comment peut-il écrire quelque chose de triste alors qu'il est heureux ? A moins… qu'il ne le soit pas réellement… Peut-être qu'il fait comme s'il était heureux pour ne pas me faire de peine mais qu'en fait… Non, non genta, arrête de divaguer. S'il n'était pas heureux, il n'aurait pas accepté de t'épouser. C'est juste une chanson, ça n'a pas un caractère biographique. Il a simplement écrit ce que ses fans veulent entendre, rien d'autre.
Du coup… je suis bien content de ne pas être juge cette fois, parce que je serais honnêtement incapable de décider qui doit être éliminé. Je ne peux même pas dire que l'un d'eux a été plus mauvais que ses collègues, ce serait faux. A la limite, je dirais que les choix de paroles n'ont pas toujours été judicieux, mais c'est un avis qui m'est propre et je doute que les téléspectatrices aient le même.
- Merci pour ces prestations toutes très intéressantes, déclaré-je pour clore le simili concert. Ce sont désormais les téléspectateurs qui vont voter. Chloé est en régie et me communiquera le résultat des votes d'ici un quart d'heure.
Et je vais en profiter pour tirer au clair les paroles de la chanson de Tatsuya. Ca n'a sûrement pas la moindre signification, mais j'aimerais comprendre son cheminement de pensée.
- Ueda-san, je peux vous parler ? dis-je en le regardant avec insistance.
- Bien sûr, dit-il en me rejoignant.
Avec lui, je m'éloigne jusqu'à être hors caméra, puis le regarde.
- Alors qu'est ce que tu as pensé de ma prestation ? me demande-t-il avec enthousiasme.
- C'était magnifique. Ta voix, la musique, les paroles, tout était parfait. Mais…
- Mais ?
- Mais pourquoi tu as choisi un thème si… mélancolique ? Pourquoi une chanson sur un amour de vacances voué à finir ? Ce n'est pas…
Il m'interromp en posant un doigt sur ses lèvres.
- Je t'arrête tout de suite, mon cœur. Non, ces paroles ne sont pas autobiographiques. Non, je ne pense pas que notre histoire va finir dans trois jours, sinon je ne t'aurais pas engueulé pour que tu te bouge et j'aurais encore moins accepté de t'épouser. C'était juste des paroles faites pour plaire aux filles romantiques. Il n'y a aucun sens caché, alors tu arrête de te faire des films.
Malgré moi, je soupire de soulagement et il éclate de rire.
- Tu es vraiment pas croyable et parfois, tu manque vraiment de logique, mon cœur. C'était évident que si j'avais accepté cet anneau (il lève sa main gauche où brille mon ancienne alliance), c'était forcémment que je ne pensais pas notre histoire vouée à se terminer.
Il s'approche et me caresse la joue.
- Mon grand baka… dit-il dans un sourire tendre, avant de se hausser sur la pointe des pieds pour m'embrasser.
Pov Nishikido Ryo
Bon ben voilà… Voilà, voilà, voilà… Je me demande quoi foutre pendant le quart d'heure où on doit attendre les résult… Oi mais il me fout quoi le Bakanishi ?! Il m'a chopé par le bras et entraîné plus loin.
- Qu'est ce que tu fous ? je râle.
- Fallait que je te parle.
- Tu pouvais me le demander, au lieu de m'attirer comme ça. Les gens vont s'imaginer des trucs.
- Bah quoi, t'as pas envie qu'on nous imagine ensemble, mon doudou ? qu'il me fait en se collant à moi façon pouffe.
- Bwerk… Pitié arrête, je vais gerber.
- Ah bah merci, c'est agréable…
- Bon, tu me voulais quoi ?
Il y a un blanc. Oh putain, il a oublié… Nan mais quel con, c'est pas possible…
- Ah si si ! En t'écoutant chanter tout à l'heure, je me suis demandé… t'as pété un plomb ou quoi ?
- He ?
- C'était quoi, ces paroles à la con ? Depuis quand tu chante des trucs pour midinettes ? Mais surtout… la fille pour faire la route avec toi, tu l'as pas déjà trouvée ? Tu crois pas que ça a blessé Chloé de t'entendre chanter ça, sérieux ? Putain, Ryo, c'est moi qui suis censé être l'abruti de service, mais là, franchement, tu m'as battu.
Ca me la coupe et je le fixe quelques secondes, avant de retrouver mon sens de la répartie :
- Venant du Bakanishi, je trouve ça fort de café ! T'es qui pour me sortir ça, alors que t'as juste voulu faire ton malin en te la pétant en anglais ?! Sérieux, Jin, en quoi ça te regarde ?!
- Je croyais que tu pensais à Chloé plus qu'à n'importe qui au monde, mais apparemment je me suis gouré. La pauvre méritait pas ça. Tu crois qu'elle a ressenti quoi d'où elle était ? Que ça lui a pas fais de mal ?
- Mais c'est que des paroles pour plaire à l'audience, putain ! Ca a pas de sens caché !
- C'est pas à moi que tu dois le dire ça, baka !
- Mais qu'est ce que t'en sais, qu'elle l'a mal pris ?!
Il me regarde de l'air désespéré d'un parent essayant de faire comprendre un truc à son enfant. Et ça me gave.
- Tu comprends vraiment que dalle aux filles, ne.
- Parce que toi t'es un expert peut-être ? Cette réflexion, venant du mec qui se tappe Pi, c'est…
- Oi ! Retire ça ! Je me "tape" pas Tomo, je l'aime, espèce de crétin !
- Tu te le tape quand même.
Je le provoque, mais il me soule. Je vois ses poings se serrer et sa mâchoire se contracter. Il va m'en coller une ?
- T'es vraiment trop con… Tomo aurait pas été fier de toi… Je plains sincèrement la pauvre Chloé…
Il me foudroie du regard et se casse. Bon… je crois que j'ai perdu un pote. Mais il m'a cherché aussi, merde. J'irais m'excuser plus tard. Là il m'a mis un doute, ce con-là, faut que je trouve Chloé. Donc faut que je trouve la régie, que je sais pas où ils ont foutue. Et faut que je me grouille, parce qu'à cause du Bakanishi, le quart d'heure est bien entamé. Je sais même pas si j'ai le temps de…
- Nishikido-san, venez s'il vous plait, les résultats sont tombés.
Et meeeeeerde… Putain, va falloir que j'attende pour lui parler. Fait chier.
Du coup, je fais demi tour, mais je suis préccupé, du coup, le résultat de l'épreuve créative parait presque secondaire.
- Alors messieurs, voilà les résultats des votes du public : celui qui a reçu le maximum de votes est Akanishi-san.
Mouais, il a chanté dans une langue de lover alors même si personne a rien pigé, ils ont voté quand même.
- Suivi de près par Ueda-san.
He ? Sérieusement ? Mais sa chanson était triste à pleurer ! Comment les filles peuvent préférer un truc triste ?!
- Puis Nishikido-san et Kim-ssi.
Il ajoute un truc en coréen auquel, bien sûr, je capte que dalle, mais je suppose qu'il explique au gars pourquoi il est dégagé. En même temps, c'était un peu logique. Et on reste enfin entre japonais. Il s'est accroché longtemps, ce mec.
- Félicitations à tous. La demie finale est demain, d'ici là, reposez-vous.
J'attends même pas qu'il ait fini sa phrase, que je suis déjà barré chercher ma Chloé. Je cours dans le manoir et ouvre toutes les portes, jusqu'à ce que je la trouve.
- Chlo'… je fais pour attirer son attention.
- Hum ? Qu'est ce qu'il se passe ?
Elle a pas l'air fâchée à première vue, mais ça veut rien dire.
- Chlo', je... je peux te parler ? je fais d'un ton hésitant.
- De quoi, Ryo ? qu'elle me demande d'un ton un peu impatient.
- De… la chanson…
Elle se fige.
- Oh. Et ?
- Pas ici… Viens avec moi. S'il te plait.
Elle me suit avec un petit haussement d'épaules. Je sais pas si ça veut dire qu'elle s'en fout de me suivre ou qu'elle s'en fout de ce que j'ai à lui dire…
- Ecoute... les paroles de la chanson... faut pas le prendre personnellement. Ca avait rien de... enfin ça voulait rien dire de spécial. J'ai juste écris ça pour les fans...
- ... So ka. Mais je n'ai rien dit tu sais... Ce serait vraiment présomptueux de ma part de penser que tu aurais écrit une chanson à mon sujet, ou pour moi, tu ne trouves pas? Je n'ai pas la prétention d'être quelqu'un si important... J'aurais été une parfaite idiote d'espérer quelque chose comme ça... C'est normal que tu chantes des choses qui plairont à tes fans, c'est ça le marketing je suppose, on doit s'adapter à la cible pour réussir.
Elle a pas l'air vénère, mais je suis sûr qu'elle l'est quand même.
- Mais non… c'est… enfin le but c'était de faire de l'audimat, de… Et puis merde, j'avais aucune envie d'étaler mes sentiments pour toi dans une chanson. Ce côté de moi, y'a que toi qui le connait, y'a qu'à toi que je le montre, en privé. C'est trop personnel pour être clamé dans une chanson. Ca veut pas dire que tu m'inspire pas, juste que je me sens pas capable de le faire.
- Oui... J'avais compris pour l'audimat... Ne t'en fais pas... Je... n'espérais rien. Je me doute bien que ce ne serait pas ton genre de composer une chanson pour une fille que tu viens à peine de rencontrer, ou une fille tout court. Je sais ça... Je commence à te connaitre (elle se détourne un peu) Je ne t'ai fait aucun reproche...
Là, je sais plus quoi dire. Je pensais qu'elle comprendrait mes raisons. Je suis largué.
- Chlo'...
- Mais quoi à la fin ?!
Je sursaute. Je m'attendais pas à ce qu'elle s'énerve.
- ... Rien... Laisse tomber...
Elle baisse les épaules, l'air désespérée, me regarde, soupire, et tourne les talons. Me faisant soupirer aussi. Les filles, c'est VRAIMENT compliqué… Je suis pas dans la merde moi maintenant, comment je vais me sortir de là ? Je peux pas trop demander conseil à Jin, vu comment je me suis embrouillé avec lui. Je vais demander à Ueda. Encore. Il doit encore être sur la plage. Enfin je pense.
Je cours parce que je veux résoudre le problème le plus vite possible. Et tant que j'y suis, je lui demanderais aussi comment me rabibocher avec Bakanishi. J'en loupe pas une aujourd'hui. J'ai réussi à m'embrouiller avec les personnes avec lesquelles je voulais jamais m'embrouiller.
- Ueda ! je gueule.
Pas de réponse.
- UEDA !
- Oh ça va, je suis là, qu'il fait en se redressant (il était allongé). Pas besoin de gueuler comme un putois. Qu'est ce que tu veux ? T'as encore fais une connerie avec Chloé ?
- Pas que…
- T'en loupe pas une. C'est qui la deuxième victime ?
- … Jin…
- Qu'est ce que t'as dis pour réussir à t'engueuler avec Jin ?
Je sens que je vais avoir droit à la morale, mais tant pis, je lui raconte ma conversation houleuse avec notre ami commun.
- … T'es vraiment, mais vraiment un connard des fois, tu le sais ça ?
- Oi !
- Franchement, tu t'attendais à quoi ? Que je te félicite ? Putain, Ryo, t'as insulté Yamapi devant son petit ami, merde ! Tu t'en rends compte de ça ?!
- J'ai pas insulté Tomo !
- Tu lui as dis qu'il se le tappait, ça revient au même espèce de baka crétin d'abruti débile !
J'encaisse. Tant pis, mais s'il peut me trouver une soluce osef ma fierté.
- Je rattrape le coup comment ?
- Même toi tu devrais le comprendre sans que je je te dise…
Il a un ton désespéré. Le même que Jin un peu plus tôt. Ils se sont donné le mot ou quoi ?
- Applatis-toi.
- He ?
- Excuse-toi, quitte à t'applatir.
- Quoi ?! Mais…
- Tu veux qu'il te pardonne, oui ou merde ?!
- Bah… ouais mais…
- Mais que dalle, bordel ! Tu ferme ta gueule, tu prends sur toi et tu vas t'excuser proprement !
Délicat et fragile, lui ? Alors qu'il a l'air prêt à m'en décoller une ? Quelle blague !
- Et pour Chloé ?
- Heu bah… ça découle de mon engueulade avec Jin en fait…
- Précise.
Il a croisé les bras. Et il me regarde d'un sale œil. J'aime pas quand il croise les bras et qu'il me regarde d'un sale œil. Ca annonce rien de bon.
- Heu… bah il est venu me faire la morale, en me disant que Chloé avait du mal prendre la chanson que j'ai écrit pour l'épreuve, et que ça avait du la blesser etc…
- Il avait totalement raison. C'était vraiment une chanson pourrave.
- Oi !
- Personne t'as demandé de devenir quelqu'un d'autre avec cette chanson. Qu'est ce que t'es allé te transformer en chanteur de pacotille pour midinette ?
Tiens, le même terme que Jin. C'est un complot ou quoi ?!
- Je peux continuer ou tu vas encore m'interrompre ?
- Vas-y.
- Bref, je t'ai raconté comment on en est venus à s'embrouiller. Et puis après, ce qu'il a dit a commencé à me travailler et j'ai eu peur qu'il ait eu raison.
- Enfin une preuve d'intelligence…
Je le foudroie du regard. Et il a l'air de s'en foutre comme de son premier calebute.
- Du coup j'ai courru la voir, je lui ai expliqué que je me voyais juste pas me mettre à nu comme ça dans une chanson. Et elle m'a dit que c'était pas grave, qu'elle comprenait et qu'elle me pensait effectivement pas capable d'écrire une chanson pour une fille.
- Bah où est le problème alors ?
- Bah… c'est faux nan ? Je veux dire… elle m'a juste dit ça pour que je me sente pas coupable, mais en fait elle m'en veut nan ?
- …
- Bah quoi ?
- …
- Mais quoi ?!
- C'est pas possible d'être borné et bouché à ce point… Tu vas trouver du pétrole toi, à force de creuser… Tu m'explique pourquoi tu cherche des problèmes là où y'en a PAS ?
- He ? Tu veux dire… qu'elle le pensait ?
- Mais évidemment, baka ! Pourquoi tu veux qu'elle te dise un truc qu'elle pense pas ?! Bien sûr que ça a pas du lui faire plaisir, elle devait espérer qu'elle t'inspirerait quelque chose et elle a du être déçue que ce soit pas le cas, mais elle est assez mature pour passer au dessus de ça, surtout qu'elle te connait et qu'effectivement, écrire une chanson sur une fille, que ce soit elle ou une autre, ça te correspond pas. Partant de là, pourquoi tu voudrais qu'elle t'en veuille ?! Tu t'es fais des films tout seul, résultat, t'as créé une embrouille qui existait même pas !
Oh putaiiiiiin…
- Et je fais quoi maintenant ?
- Bonne chance.
- He ?! T'es pas sérieux là, tu peux pas me laisser dans la merde !
- Et pourquoi pas ? Tu l'as cherché.
- Allez Ueda, sois sympa, merde !
- Et c'est lui qui me sort ça, qu'il marmonne en levant les yeux au ciel.
- Allez… S'te plait…
- Je rêve ou t'es encore en train de me supplier là ?
- Allez, fais pas ta s… heu…
Il me regarde d'un air suspicieux. Sûr que ma quasi boulette lui a pas échapé vu qu'il entend tout. Mais il décide visiblement de pas relever. Heureusement pour moi.
- Fais exactement ce que tu as pas fais tout à l'heure.
- He ?
- Ecris. Lui. Une. Chanson.
- Heeeeee ?! T'es sérieux là ?!
- Si tu veux pas de mes conseils, viens pas m'en demander.
Il s'éloigne de quelques pas vers le manoir, puis se retourne et lance :
- Oublie pas d'aller t'excuser auprès de Jin de t'être comporté comme un enfoiré !
- Tu devrais gueuler encore plus fort. Je crois pas qu'on t'ait entendu EN URUGUAY !
Il hausse les épaules et s'éloigne pour de bon. Qu'il m'agace par moment… Je souffle pour rester calme. Bon, première étape, Jin. J'aime pas m'excuser… Baisser son froc, ça fait tapette… Mais s'il me cafarde à Tomo, je vais m'en prendre plein la gueule dans tous les sens du terme…
Où est ce qu'il est, ce con-là ? Barré dans sa chambre ? A tout hasard, je vais frapper. Il vient m'ouvrir… et tente de refermer direct en voyant que c'est moi. Ca part mal. Je glisse mon pied dans l'ouverture pour l'empêcher de me la claquer au nez.
- Barre-toi, je veux pas te voir !
- Oi, calme-toi ! Je suis venu m'excuser !
- J'en ai rien à foutre ! Que tu m'insulte moi, que tu me traite de baka et autre, je m'en fous, j'ai l'habitude ! Mais je te pardonnerais jamais d'avoir traité Tomo de…
- J'ai. Jamais dis ça, ok. Mais j'avoue que c'était dégeulasse et gratuit et je te demande de m'excuser, je me suis comporté comme un con.
- Et ?
- Et comme un connard.
- Et ?
- Abuse pas non plus.
- Eeeeeet ? qu'il insiste.
- Et je recommencerais pas.
- T'as intérêt. Sinon je te casse la gueule.
Il finit par sourire et lâche enfin la porte qu'il continuait à essayer de fermer malgré mon pied. Ouf. Une bonne chose de faite.
- Et Chloé ? Tu lui as parlé ?
- M'en parle pas…
- Tu l'as pas fais ?!
- Si si…
- Ah, qu'il fait d'un ton satisfait. Et ?
Et pour la deuxième fois, je raconte ma conversation avec ma copine. Plus celle avec Ueda.
- Tat-chan a raison, vieux. C'est le mieux que t'aie à faire. Ca la détrompera quant au fait que t'écrirais jamais pour une fille, et ça lui prouvera que tu l'inspire. Et que tu lui inspire de belles choses romantiques. Alors te foire pas, ne. Et nous ressors pas de la soupe gnangnan comme pendant l'épreuve. Le contenu… (il pose la main sur mon torse au niveau de mon cœur) il doit venir de là. Pas de là (il pose le doigt sur mon front).
Je hoche la tête et fais demi tour pour aller récupérer la guitare, puis vais m'isoler. Ca va pas être de la tarte, c'est moi qui vous le dis.
Ca. M'a. Pris. Touuuuuute la fin de journée. Et la soirée. J'ai tellement speedé pour l'écrire, cette chanson, que je suis mort. Mais je suis prêt. Quand elle passera la porte…
Heureusement, j'ai pas longtemps à attendre, parce qu'elle entre dans la pièce. Moi j'ai pas bougé, je suis assis sur l'accoudoir du canapé, avec la guitare… et je lance immédiatement :
- Et si tu n´existais pas,
Dis-moi pourquoi j´existerais?
Pour traîner dans un monde sans toi,
Sans espoir et sans regrets.
Et si tu n´existais pas,
J´essaierais d´inventer l´amour,
Comme un peintre qui voit sous ses doigts
Naître les couleurs du jour.
Et qui n´en revient pas.
Et si tu n´existais pas,
Dis-moi pour qui j´existerais ?
Des passantes endormies dans mes bras
Que je n´aimerais jamais.
Et si tu n´existais pas,
Je ne serais qu´un point de plus
Dans ce monde qui vient et qui va,
Je me sentirais perdu,
J´aurais besoin de toi…
Tout en jouant, je l'ai pas lâchée du regard. J'espère que là, elle va comprendre ce qu'elle m'inspire.
Elle rosit un peu et s'assoit à côté de moi, avant de poser doucement sa tête sur mon épaule. Elle me laisse finir, puis murmure :
- C'était très beau. Tu as vraiment une voix magnifique. Je l'ai toujours trouvée belle, mais là, cette chanson... C'était... pour moi ?
Je me retiens de me frapper le front du plat de la main. C'était pas assez parlant ? J'ai mis mon cœur et mon âme à nu là. J'ai dis des trucs dans cette chanson que j'ai jamais dis ni montré à personne.
Je hoche juste la tête en réponse.
- C'est toi... qui l'a composée ? qu'elle me demande, apparemment touchée.
- Ouais... Je voulais pas... Enfin je sais ce que t'as dis, tout ça... mais je voulais pas que tu crois que tu m'inspire rien... je répond, gêné, en me passant une main dans les cheveux.
Elle m'enlace tendrement.
- Merci. c'est la plus belle chose qu'on ait jamais faite pour moi. Je... Je ne t'en voulais pas tu sais. J'avais espéré c'est vrai, que ta chanson parlerait de nous mais... j'ai vite compris que ça ne se pourrait pas, je te connais maintenant.
- Ueda m'a expliqué... Je pensais... Je pensais que tu avais juste dis ça pour pas que je me sente coupable...
- Ben, non. Je me suis douté que pour un concours comme ça, tu devrais trouver un sujet facile. Et parler de tes sentiments est quelquechose de compliqué pour toi, donc je n'ai pas été très surprise quand j'ai entendu ta chanson. Mais après, ça m'a vraiment énervée que tu insistes. Si je te dis que je ne t'en veux pas, c'est que je le pense, enfin, dans les trois quarts des cas (elle rigole) Je suis quand même une fille après tout.
- Je crois que je suis pas encore au point niveau compréhension. Ueda est bien meilleur que moi. Jin aussi.
- Tu crois que l'amour t'a rendu bête ?
J'ai même pas le temps de répondre. Elle me prend la guitare et la dépose soigneusement plus loin, puis me fait basculer sur la canaper en riant.
- Je t'aime mon baka chéri !
Je referme mes bras sur elle, la maintiens contre moi et l'embrasse.
- Je t'aime, Chlo'. Comme j'ai jamais aimé personne.
D'un coup, je sens de la flotte dans mon cou. De la flotte ? Elle chiale ? Sérieux ? Bah merde alors…
- Ah gomen, qu'elle fait en s'en rendant compte. Je suis vraiment émue, qu'elle ajoute en se blottissant contre moi. Et c'était un merveilleux cadeau cette chanson.
En parlant, elle caresse mes cheveux qui doivent être en bordel après toute cette journée. Et d'un coup, je me mets à bâiller. A m'en décrocher la mâchoire.
- Allez au lit mon petit Ryo, qu'elle dit en se marranr. On va aller faire de beaux rêves et tant pis pour les galipettes ce soir.
En parlant, elle m'entraîne vers le lit, puis sous les draps. Je suis pas désapé, mais tant pis.
- J'avoue que là... je serais pas contre pioncer quelques heures... Avant que ton boss nous ponde une nouvelle épreuve.
Elle me fait plein de petits bisous dans le cou tout en me désapant. Elle y a pensé. Trop bien.
- Dors mon ange, qu'elle me fait.
- Mon ange ? je relève, surpris.
Bah ça alors, celle-là, on me l'avait jamais faite. Si y'a bien quelqu'un qui ressemble pas DU TOUT à un ange, c'est bien moi. Et j'ai pas envie de l'être. Un ange, c'est parfait, donc c'est chiant. Moi, je suis un bad boy. Dark Ryo.
- Mon petit démon d'amour alors ? qu'elle propose comme si elle avait deviné ce qui me gênait. Mais tu es en mode peluche alors... (elle me prend dans ses bras Mon nounours ! qu'elle s'exclame en m'ébouriffe affectueusement.
- Rah laisse mes tifs, je râle.
Mais au lieu de les laisser tranquilles, elle les frotte encore et encore et encore… en rigolant de tellement bon cœur, que j'ai plus le courage de râler. Faut dire que j'en ai plus l'énergie non plus, je suis mort.
Voyant que je réagis plus, elle se calme et se cale juste sur moi, tête contre ma poitrine, comme si ça avait toujours été la place qui était faite pour elle.
- Oyasumi.
- Oyasumi ma puce, je fais en fermant les yeux.
Pov Ueda Tatsuya
Je commence à en avoir assez. Cette île, les épreuves, devoir cacher ma relation avec Genta à cause des caméras, devoir faire attention à chaque mot que je prononce pour ne pas nous trahir… j'en suis fatigué… Je sais bien qu'il ne reste que deux jours, donc deux épreuves… mais c'est encore trop. Je ne pensais pas que tout ça deviendrait si pénible.
Du coup, quand mon fiancé me réveille, je suis franchement grincheux et je rabat davantage le drap sur moi.
- Tats', ça ne va pas ? me demande-t-il alors, inquiet, en s'asseyant sur le bord du lit.
- Si, je grogne comme un nounourson des cavernes.
- Ca n'en a pas l'air. Qu'est ce qui se passe ?
- Rien, j'en ai marre…
- De tout ça… Je veux rentrer à Tokyo…
- Il ne reste que deux jours, mon cœur.
- C'est deux jours de trop.
- Tats'… Je sais bien que ce n'est pas pratique pour nous, mais fais encore un effort, s'il te plait…
- Et si je perds l'épreuve d'aujourd'hui ? Si je suis éliminé ?
- Et bien… de toute façon, je serais moi aussi rentré dans deux jours.
Ca, ce n'était pas vraiment la réponse que j'attendais. Mais bon, je suppose qu'il ne peut rien faire d'autre. Après tout, c'est son programme, son… bébé.
- Tats', s'il te plait…
Je soupire lourdement.
- D'accord, acquiescé-je à contrecoeur en rabattant la couette.
Mais quand je dis à contrecoeur, c'est vraiment à contrecoeur. Je me lève… et me rassois aussitôt.
- Tats' ! panique aussitôt Genta. Qu'est ce que tu as ?!
- Rien, un simple étourdissement. C'est rien, t'en fais pas.
Mais il a pas l'air de me croire et pose une main sur mon front.
- Tu es brûlant !
- Brûlant ?
- Reste couché, mon cœur, je vais chercher le médecin de l'émission.
Il y a tellement d'inquiétude dans sa voix… Mais comment je peux être brûlant ? Je suis malade ? Comment j'ai réussi à tomber malade sur une île des Caraïbes ?
En tout cas… ça a l'air foiré pour l'épreuve d'aujourd'hui. On dirait bien que je vais devoir rentrer à Tokyo en avance…
Dix minutes plus tard, il revient avec un homme d'âge moyen que je suppose être le médecin. Il passe quelques minutes à m'ausculter, puis déclare que ce n'est rien de grave? Apparemment, je ne suis pas malade. Enfin pas vraiment. Le doc a l'air de penser qu'avec des médicaments et du repos, j'irais mieux. L'hypothèse de mon retour anticipé se confirme.
- Ne vous en faites pas, Mizuhashi-san, avec ce que je lui prescris, il sera sur pied d'ici la fin de la journée.
J'entends Genta le remercier et la porte de la chambre se refermer.
- Ca va aller, mon cœur, me dit-il. Tu seras vite guéri.
- L'épreuve…
- Je vais la décaler en fin d'après-midi.
- Tu devrais pas… Tu as déjà modifié le règlement d'une épreuve pour…
Je n'ai pas le temps de finir car il m'en empêche en posant sa main sur ma bouche.
- On attendra… la fin de l'après-midi. Ca n'a pas d'importance. La seule chose qui en a, c'est que tu aille mieux.
Je n'ai pas le courage de protester, c'est vrai que je ne me sens pas super. Du coup, je referme les yeux.
- Non, attends, mon cœur, il faut d'abord que tu prennes ce qu'il m'a donné. Assieds-toi, je vais chercher un verre d'eau.
Je me redresse et la pièce tangue autour de moi. Oh la la… Moi qui suis jamais malade quand je suis à Tokyo, qu'est ce qui a pu se passer ?
Mon fiancé revient en me tendant un verre d'eau et un comprimé, que j'avale, avant de me recoucher.
- Dors, mon cœur, me dit-il.
Je hoche la tête et ferme les yeux.
Je les rouvre je ne sais pas combien de temps après, complètement dans le coltard. Je me redresse, les paupières encore lourdes de sommeil et constate que la pièce a arrêté de tanguer. C'est déjà ça.
- Genta ? appellé-je, incertain.
Il ne devait pas être loin, car il ne lui faut que quelques secondes pour être près de moi.
- Comment te sens-tu ? me demande-t-il.
- Mieux je crois.
Il pose la main sur mon front.
- On dirait que la fièvre est tombée, dit-il, manifestement soulagé.
- Désolé pour les soucis que je t'ai causés…
- Baka. Tu devrais aller prendre une douche pour te rafraîchir, je vais te ramener une bricole à manger. Tu n'as rien avalé de la journée, je ne voulais pas te réveiller, tu avais besoin de repos.
C'est vrai que je me sens poisseux et que j'ai chaud. De l'eau fraîche me fera du bien.
Une fois que je me suis douché, que j'ai mangé et bu (et j'ai pas eu le choix, mon fiancé me couvait pour être sûr que je mange et que je boive bien), il a fini par me demander si je me sentais assez bien pour l'épreuve. Je lui ai répondu que ça irait si ce n'était pas un truc physique et il a eu l'air soulagé. Je suppose donc que ce n'est pas physique cette fois non plus. Ce qui m'arrange, parce que franchement, les trucs physiques, j'en ai ras le bol pour rester poli.
Je l'accompagne donc au point de rendez-vous, où Jin, Ryo et Chloé nous attendent déjà.
- Hé, Tat-chan, ça va mieux ? me demande Jin, me faisant comprendre que mon fiancé a informé mes collègues de mon état précédent.
- Hum, fais-je sans trop m'avancer, parce que je me sens pas encore bien vaillant quand même.
- Alors vous voici arrivés en demi finale, déclare soudain Chloé, focalisant notre attention sur elle. Vous êtes presque au bout du tunnel, mais seuls deux d'entre vous auront la possibilité de l'atteindre et de disputer la finale. Aujourd'hui, ce ne sont pas vos muscles, qui vont être mis à l'épreuve, mais vos neurones. Il va falloir faire travailler votre matière grise, car c'est sur un quizz de cinquante questions que vous allez vous affronter.
- Ce quizz est à thèmes multiples, mais tous concernent uniquement le Japon, précise Genta. Chaque bonne réponse rapporte un point. Les deux premiers à atteindre les cinquante points seront qualifiés. Et bien entendu, le dernier sera éliminé.
Je regarde mes deux collègues et amis. Là, ça va être coton. Si c'est Genta qui a fait les questions et qu'elles sont du niveau des énigmes de la chasse au trésor, on a pas le cul sorti des ronces, comme aurait dit ma grand-mère.
- Pour répondre, appuyez sur le buzzer situé devant vous et surtout, soyez rapides. Une seconde de réflexion en trop peut faire gagner un point à vos adversaires, ajoute mon fiancé histoire de bien nous mettre la pression.
- Attention, tenez-vous prêts pour la première question, déclare Chloé, avant de poursuivre : top, qui a écris le roman "1Q84" ?
- Murakami Haruki ! m'exclamé-je après avoir appuyé sur le buzzer de toutes mes forces.
Ca c'était facile, c'est juste mon auteur préféré. J'ai lu toutes ses œuvres sans exception.
- Exact. Qui était le premier Shogun de l'Ere Edo ?
Ah merde… je l'ai su ça… Merde, merde…
- Tokugawa ! s'exclame alors Jin.
- La réponse est incomplète, je suis désolée.
- Il y en a eu plein des Tokugawa, Bakanishi, dit alors Ryo. C'était une dynastie.
- Alors ? Alors ? Une réponse ? insiste Chloé.
- Ieyasu ! m'exclamé-je finalement, la réponse venant de me revenir. Tokugawa Ieyasu !
- Correct.
- Oi, j'ai donné la moitié de la réponse ! proteste Jin.
- La moitié, c'est pas assez, baka, lui réponds-je.
Mais mon amie enchaîne déjà, alors on se reconcentre très vite.
- Combien d'enfants a eu l'actuel couple impérial ?
Il y a un gros blanc.
- Trois ! répond Ryo après avoir buzzé.
- Oui. Traditionnellement, quelles chaussures porte-t-on avec un kimono ?
Le buzz est unanime et la réponse jaillit conjointement de nos trois bouches :
- Des zori !
- C'est bon, fait-elle avant d'enchapiner sans trève : Comment devrait être divisé un bento pour avoir les apports nutritionnels idéaux ?
Avec Ryo et Jin, on se regarde du même air interloqué. Qu'est ce que c'est que cette question louche ? Comment on peut savoir ça ?
- Alors ? Attention, le temps file.
- Parce que c'est chronométré ?! s'effare mon ancien ennemi.
- Non, mais il y a quand même un temps limite. Que vous êtes sur le point d'atteindre.
Pour avoir les apports nutritionnels idéaux ? Oh la la…
- Stop, c'est terminé. La réponse était "quatre parts de légumes, trois parts de protéines, deux parts de céréales et une part de fruits". Question suivante. Je suis un "jeune" acteur ayant déjà joué dans un film américain, je suis…
- MOI ! hurle presque Jin.
Sa réponse fait sourire Chloé, mais elle acquiesce.
- Nino ! s'exclame Ryo quelques secondes plus tard.
- Correct aussi, mais un peu tard, Nishikido-san. Le point est pour Akanishi-san. A quelle altitude culmine le Mont Fuji ?
- Cinq mille mètres ! crie Jin après avoir buzzé.
- Faux.
- Quatre mille trois cent mètres, tenté-je à mon tour.
- Faux.
Merde, c'est dur.
- Trois mille cinq cent mètres, essaye à son tour Ryo.
- Faux. La réponse était "3776m". Quelle saga de manga doit-on à Toriyama Akira ?
- Dragon ball, réponds-je après avoir buzzé, parce que Junno est un fan absolu.
- Correct. Comment s'appelle le "père" de Super Mario ?
Uwaaaaaah… Alors là… les jeux vidéo et moi… J'ai du le savoir à une époque, mais là… Ca me revient pas. Et visiblement, aux autres non plus vu le silence qu'il y a.
- Attention au temps, prévient encore Chloé. Toujours pas ? La réponse était : Miyamoto Shigeru. Suivante : Comment s'appelait le tout premier groupe lancé par Kitagawa Johnny en 1968 ?
Le blanc s'accentue. Heu… là, si aucun de nous n'est capable de répondre, c'est la loose nationale. Les secondes s'écoulent… et on est tous bien emmerdés. Le groupe de l'agence le plus ancien que je connaisse, c'est les Hikaru Genji. Mais je doute que ce soit la réponse attendue. Enfin, je perds rien à essayer.
- Hikaru Genji ? je tente.
- Faux. Le temps est écoulé. La réponse était : Four Leaves.
Inconnus au bataillon. Ne même pas savoir des trucs comme ça sur sa propre agence… Nous voilà ridicules aux yeux de tout le Japon maintenant.
- Quel est le nom réel du chanteur Camui Gakuto ?
- Qui ça ? fait Ryo l'air de dire "ils ont inventé des noms ou quoi ?".
- Okabe Satoru ! je m'exclame en buzzant de nouveau de toutes mes forces.
- Correct.
- Mais c'est qui ? demande Jin.
- Bah Gackt-san tiens, réponds-je.
- Evidemment, venant de toi, j'aurais du m'en douter, rigole Jin. Toujours aussi fan, ne ?
- Question suivante : J'existe aussi en occident, où je suis connu sous le nom de "crème caramel", je suis…
- PURIN ! crie à son tour Ryo, nous prenant de vitesse.
- Exact. Quel nom porte la principale rivière qui traverse Osaka ?
- La Yodo, répond-il de nouveau.
- Correct. Suite aux incidents survenus dans ses réacteurs en 2011, en quelle année les experts estiment-ils que la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi pourra fermer ?
Il y a de nouveau un gros silence. Genta… Qu'est ce que c'est que cette question à la gomme ? C'est trop difficile enfin… Qu'est ce qui t'as pris ? J'échange un regard avec Ryo et Jin, qui ont l'air de penser la même chose. Ca a été dit à un moment donné ça au moins ?
- 2017 ? risqué-je.
- Non.
- 2024 ? tente Jin.
- Non.
- 2030 ? essaye à son tour Ryo
- Faux. La réponse était : 2040. Question suivante : Quel est le nom de la fête traditionnelle japonaise qui est célébrée le 7 juillet ?
- Tanabata, répond Jin.
- Correct.
Et les questions continuent à s'enchaîner sans aucun répit : littérature, histoire, géographie, actualité, cuisine, musique… Mon cerveau commence à fumer et je commence à avoir mal au crâne. Je crois que je ne l'en sors pas trop mal, mais j'ai totalment perdu le compte du nombre de "correct", "oui" et "exact" que j'ai récolté. Pareil pour mes deux amis.
Le temps passe, mais j'ai l'impression que le questionnaire est sans fin. Est-ce que l'un de nous va réussir à dépasser les autres ou…
- Ueda-san vous venez d'atteindre les cinquante points, déclare soudain Chloé. Vous êtes qualifié pour la finale. Les choses vont donc se jouer entre Akanishi-san et Nishikido-san.
He ? J'ai gagné ? Sérieusement, j'ai réussi malgré mon état ? Wow…
- Bon courage les gars… fais-je en m'asseyant à l'ombre parce que je me sens à nouveau pas très bien.
Le ballet des questions reprend, mais j'entends juste un brouhaha indistinct qui ne me permet pas de dire ce qui se passe. Mon mal de crâne s'est transformé en migraine. J'ai juste envie d'aller m'allonger dans le noir, sans bruit autour, sans même aucun son.
Replié sur moi-même, je me suis pris la tête dans les mains, comme si ça pouvait faire passer la migraine, mais bien sûr, ça ne sert à rien.
Et d'un coup, je me sens soulevé de terre. Genta. Je ne peux pas ouvrir les yeux pour vérifier que c'est bien lui car la lumière accentue la douleur, mais je reconnais ses muscles, la fermeté de son torse, la façon particulière qu'il a de me porter comme si j'étais un objet fragile. Il m'emmène rapidement et finit par me déposer dans notre chambre, du moins je le suppose, car je sens bientôt le tissu d'une couette sous mes mains. Puis le bruit caractéristique des volets roulants. Je comprends alors que la pièce est plongée dans la pénombre et ose enfin rouvrir les yeux, pour découvrir que mon fiancé est penché sur moi, l'air très inquiet.
- Le médecin arrive, mon cœur, me dit-il. Tu as vraiment très mal ?
- Hai, soufflé-je.
- Tu avais mal aussi pendant l'épreuve ?
- Pas trop… L'épreuve… qui…
- Akanishi-san a perdu. Tu vas disputer la finale avec Ryo-san. Mais ne t'en occupe pas pour le moment, d'accord. Repose-toi.
