CHAPITRE 14 : Retour à Londres

Cher Bill,

Je transgresse les règles du ministère pour t'avertir que, cette année, un événement exceptionnel aura lieu à Poudlard et que je pense que tu voudras y participer. Pour que tu puisses te préparer à l'avance, j'ai préféré te le dire tôt. Enfin sauf si tu n'as pas envie de venir.

Bref, cette année, à Poudlard aura lieu le Tournoi des Trois Sorciers. Les familles sont invitées, ce serait bien que tu viennes quand même.

Bisous,

Papa.

PS : est-ce que tu seras là pour la coupe du monde de Quidditch ?


Bill avait complètement oublié cette histoire de coupe du monde de Quidditch et il avait dû aller voir en catastrophe son directeur pour le supplier, presque à genoux, de laisser passer l'été à Londres. Par contre, il n'avait pas su comment faire pour lui parler du Tournoi des Trois Sorciers et maintenant qu'il se trouvait à la gare de Portoloin du Caire, avec son sac sur son épaule, il se rendait compte qu'il n'avait pas du tout pu en parler.

Il jura tout bas juste au moment où un sorcier en djellaba appela les passagers pour Londres. Bill se sentait trop nerveux pour s'asseoir et attendre patiemment l'heure du départ. Il avait fait les cent pas, son billet à la main. Depuis combien de temps n'était-il pas rentré au Terrier ? Il compta mentalement tout en s'insérant dans la file d'attente. Il était maintenant coincé entre une femme qui tenait par la main deux petits garçons aussi turbulents l'un que l'autre et une jeune femme qui portait des lunettes trop grandes pour son visage.

Quatre ans. Ça faisait quatre ans qu'il n'était pas rentré chez lui et un an qu'il n'avait pas revu sa famille. Ils lui manquaient tous. Et puis il avait appris par hibou quelques semaines plus tôt que Percy avait été admis au ministère comme assistant personnel de Bartemius Croupton. Il n'avait pas encore eu l'occasion de le féliciter. Il trépignait. Pourquoi est-ce qu'elle n'avançait pas cette file ? Est-ce que quelqu'un n'avait pas son billet ?

Devant lui, un des garçonnets se retourna pour lui faire une grimace qu'il lui rendit avant de se dresser sur la pointe des pieds pour voir par-dessus les gens.

Tout là-bas, devant le contrôleur, un vieil homme tout tremblant fouillait dans son portefeuille, certainement à la recherche de son ticket. Des papiers en tous genres volaient dans tous les sens.

Les gens s'impatientaient. Un Portoloin, ce n'était pas comme un train. L'heure du départ était fixée et impossible à différer. Et si Bill manquait le Portoloin et ne pouvait pas retourner à Londres, il pouvait garantir d'avance que ça allait barder. Finalement, le vieil homme trouva son billet et la file avança à nouveau. Bill se sentit poussé dans le dos, il se retourna. Tout au bout, deux adolescents s'amusaient à pousser les gens. Est-ce qu'il n'y avait donc pas de sécurité dans cette gare ? C'était décidément du grand n'importe quoi aujourd'hui.

Il eut l'impression que son tour vint au bout d'une éternité mais lorsqu'il consulta sa montre, il constata qu'il était encore parfaitement dans les temps. Il tendit le billet que le contrôleur regarda vaguement avant de composter avec sa baguette puis il entra dans la salle.

L'endroit était déjà bordé de monde. Heureusement que le Portoloin était grand. Bill savait que lorsque des moldus risquaient de s'en approcher, les sorciers utilisaient de vieux objets rebutant comme un pneu, un vélo rouillé ou une boîte de conserve défoncée. Mais à la gare, tout était sous haute surveillance et aujourd'hui le transport avait un peu de classe. Il s'agissait d'un sarcophage ou au moins d'une réplique, celle d'un grand roi semblait-il mais il n'était pas très sûr. Il avait quand même de grosses lacunes en histoire. Si sa mère l'apprenait, sûr qu'il allait passer un mauvais quart d'heure.

Lorsque tout le monde fut entré, y compris les deux adolescents qui avaient bousculé tout le monde, les portes se refermèrent. Les accompagnateurs donnèrent les consignes de sécurité : bien toucher le Portoloin, ne pas se bousculer, ne pas lâcher les enfants, toujours garder ses bagages à l'œil et bon voyage.

Bill posa la main sur le sarcophage. Il ne tremblait pas, il avait déjà pris des dizaines et des dizaines de fois ce moyen de transport. Il était juste nerveux à l'idée de rentrer chez lui. Ce n'était pas uniquement revoir sa famille qui lui importait, c'était surtout rentrer chez lui.

En quelques secondes à peine, il sentit comme un vide se creuser au niveau de son nombril et il se sentit happé en avant. La sensation n'avait rien d'agréable. Elle était surprenant au début puis rendait très vite nauséeux. Heureusement, le voyage ne durait pas plus de dix secondes et le temps que Bill se demande s'il allait être malade ou pas, il était arrivé à destination.

Londres.

L'atmosphère était bien différente de celle du Caire. Immédiatement, il sentit que l'air se rafraîchissait considérablement. Et puis il y avait comme une odeur aussi de fumée, de voitures moldues et de nourriture.

Bill s'éloigna du sarcophage. Il n'avait pas de temps à perdre. Il affermit sur ses épaules les bretelles de son sac à dos et se hâta vers la porte qu'ouvrait un sorcier en costume.

« Merci d'avoir utilisé nos services, bonne journée et bon séjour. »

Les portes s'ouvrirent et Bill se retrouva dans la gare de King's Cross. Il remonta un quai pour trouver, tout au bout, son père qui attendait avec Ginny. Sa petite sœur avait maintenant treize ans. Elle n'était plus du tout une petite fille. Elle était une adolescente avec un grand sourire et un regard espiègle. Elle se jeta néanmoins à son cou. Ils s'étreignirent rapidement sur le quai, se complimentant les uns les autres sur leurs mines radieuses puis ils se mirent en route pour le Terrier.

Bill fut particulièrement heureux de retrouver la maison de son enfance. Dans la cuisine, sa mère faisait mijoter un plat et il se sentit redevenir un enfant en humant les effluves. Il reprit possession de sa chambre et alla frapper à la porte de Percy, ouvrit avant que celui-ci ne lui en donne l'autorisation.

Malgré le grand soleil, Bill travaillait dans la pénombre de sa chambre, tellement penché sur son parchemin que de l'encre tachait le bout de son nez.

« J'avais dit de ne pas me déranger ! Je travaille moi !

_ Oh désolé, je voulais juste te féliciter pour ton poste au ministère. »

Percy leva subitement la tête et jeta un regard par-dessus son épaule.

« Salut Bill. Merci.

_ Tu travailles sur quoi ?

_ Les fonds de chaudron. C'est important, très important. Je viendrai te parler au repas, je dois boucler ça rapidement, monsieur Croupton ne pourra pas attendre indéfiniment mon rapport. Il est capital. »

Bill haussa les sourcils.

« Oh, d'accord. »

Et il referma la porte juste au moment où Molly l'appelait. Décidément, il n'allait pas avoir une minute à lui, il le sentait.

« Un hibou pour toi. »

Il se précipita dans l'escalier. Déjà ? Il venait à peine d'arriver. Et de fait, une lettre l'attendait sur la table de la cuisine. Il la décacheta et lut :

Cher monsieur Weasley,

Gringotts a besoin de vos services sur le Chemin de Travers. Rendez-vous lundi matin à la première heure dans notre bâtiment principal afin de prendre votre nouvelle affectation sur Londres. Celle-ci s'avère, pour l'instant, à durée indéterminée.

Bien cordialement,

Griphook.

Ginny se dressa sur la pointe des pieds pour lire par-dessus son épaule.

« Ça veut dire que tu ne repas pas en Egypte ?

_ Juste pour aller chercher mes affaires. Mais j'ai le temps pour ça.

_ Donc tu restes ?

_ Oui, princesse ! »

Ginny ne put retenir un cri de joie et se mit à danser autour de la table. Bill la suivit des yeux avec un grand sourire. Revenir à Londres lui faisait plaisir. Il verrait sa famille plus souvent, reviendrait vers ses origines. Oui mais… et Yamina ?