Je tiens à remercier les anciens et nouveaux lecteurs qui ont mis cette fic en favorite, ainsi que ceux qui ont eu le courage de lire cette histoire d'une traite alors qu'elle était déjà loin entamée.
Kyara…
Merci pour ta très belle review, je ne peux te répondre en MP alors je le fais ici…
Il est difficile d'expliquer ce qu'on a vécu de l'intérieur à des gens qui ont eu une vie heureuse ou tout du moins, pas brisée…J'ai taché de trouver les mots juste pour ne pas tomber dans le voyeurisme malsain…Cela aurait été une insulte aux victimes de ses violences.
Je suis touchée par les commentaires laissés par mes lecteurs…Ca me laisse espérer que cette fic ouvre et ouvrira les regards des gens sur cette détresse que nombres refusent de voir.
Je suis heureuse d'avoir pu poser des mots sur ta souffrance et celles d'autres peut-être…
J'ai mis des années à le faire pour moi…
Vous êtes ma récompense…
Merci du plus profond du cœur….
Cinochie : nous sommes à un peu plus de la moitié de la fic…
Chapitre XIV : « Du bout des doigts »
Appuyé sur le capot de l'Impala, garé devant les grilles de St Gerry Hall, mains dans les poches, Dean repensait à tous ce qui l'avait mené jusqu'ici…
A ce raz de marée qui ravagea sa vie en moins de 3 semaines…A ce destin qui avait redistribué les cartes…
Il avait abandonné la Cage et avec elle, sa rage et une partie de sa culpabilité…Sam était toujours là, dans un coin de sa tête, omniprésent…Une blessure ouverte à jamais qui saignerait à chaque souvenir, parce qu'il le veuille ou non, il continuait à se persuader qu'il aurait dû agir différemment et qu'il aurait peut-être pu sauver son frère…
Consciemment il savait que Marie et Devraux avaient raison, que c'était le choix de Sam et qu'il n'avait rien à se reprocher mais il n'en demeurait pas moins que Sam était sa chair et son sang, qu'il aurait dû être là à ses côtés, qu'il aurait dû se montrer plus attentif à sa dérive.
Il ne pouvait s'empêcher de faire le parallèle avec ses étranges yeux bleus plongés dans les siens, cet appel de détresse qu'il n'avait jamais vu dans les yeux de son frère…Cette envie d'être sauvé au-delà de la folie…
Dans les yeux de Sam, il le comprit alors, c'était juste déjà des adieux.
Il ne jugerait pas son frère sur ses choix, il ne le jugerait plus…Il était mort et lui vivant. A quoi bon remuer un passé auquel il ne pourrait de toutes manières plus rien changer.
Il voulait juste éviter de refaire ce qu'il pensait être les mêmes erreurs et c'était là, la raison qui l'avait poussé fuir St Gerry Hall la veille quand il se rendit compte de la responsabilité qu'il venait de prendre. Si lourde de conséquence.
Il ferma les yeux et repensa à sa nuit…A Nina…Ses cheveux blonds lui caressant le visage pendant qu'elle lui faisait l'amour…Lui qui ne connaissait même pas le sens de ses mots…
Il s'était libéré entre ses bras, il s'était autorisé d'aimer et d'être aimé.
Quand elle se posa sur lui, il ne la rejeta pas….Un nouveau morceau de sa prison venait de se briser, il le sut au moment même où il décida de rester dans cette chambre plutôt que de se lever et de partir comme il le faisait à chaque fois, sans un regard vers ses compagnes d'une nuit.
Quand il se réveilla au petit matin, Nina était toujours là, seule, sa compagne était partie. Elle dormait, tête reposant sur sa poitrine. Il enfouit son visage dans les cheveux. Elle s'éveilla en ouvrant ses yeux dans les siens
« Merci » Il l'embrassa sur le front en la serrant contre lui. Précieux cadeau…
Un « fou » pour lui ouvrir l'âme, une prostituée pour lui ouvrir le cœur…Son monde venait de basculer.
Une gifle du destin pour lui ouvrir les yeux.
wwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwww
Il tendit le bras et prit son portable. Prévenir St Gerry Hall de son retard en prétextant une panne de réveil, ce qui n'était pas tout à fait faux….
Il ne voulait pas qu'on croit qu'il avait renoncé….Qu'il avait abandonné…
Sur le chemin du retour, il s'arrêta devant un petit garde meuble où il louait un emplacement depuis la mort de ses parents…Il y avait entreposé quelques souvenirs, ses quelques vêtements de saison, sa collection de Vinyl, de cassettes et ses quelques cd…
Il y passait souvent des après-midi entières à écouter des vieux morceaux de blues qui lui déchiraient l'âme...Assis sur une caisse en bois, dans la pénombre, le vieux lecteur cassette-cd posé sur une valise…Peu importe le son imparfait, Dean recherchait l'émotion…L'émotion qu'à travers seule la musique, il pouvait ressentir.
Il la vit…Elle était là, appuyée contre le mur, dans sa trousse de protection en cuir noire. Il sourit, un peu triste. C'était son passé qui avait pris là, la poussière…
9h45….
Il remercia Suzanne, qui l'avait dépanné en commençant à nettoyer les chambres de l'aile Ouest. Un sourire et un merci qui furent pour elle la plus belle des récompenses.
Il termina son service vers 13h.
Castiel l'avait regardé sortir de sa voiture…Dean…Il s'accrocha à son regard quand il leva les yeux vers lui.
Pourquoi ? Pourquoi ce besoin de lui ? De sa présence ?
Il ne comprenait pas cette émotion qui lui serrait la poitrine et sur laquelle il ne pouvait pas poser de mot.
Il avait ressenti ce même trouble face à Missouri. Cette envie de la toucher, cette envie de savoir ce que cela faisait la rencontre avec une autre peau sans en avoir peur ou la bile au bord des lèvres.
Il posa sa main sur sa bouche et ferma les yeux. Souvenirs de ses doigts, douce chaleur humaine.
Puis soudain ce sourire jaunâtre se penchant vers lui pour lui prendre ses lèvres dans un baiser humide au goût amer qui lui donna la nausée.
Il se colla dos au mur, yeux ouverts sur hier…Elle était là, devant lui…Main tendue vers son visage, sourire pincé…Cauchemar éveillé…
Cette même main qui se pose sur son torse dans une longue caresse froide, elle s'approche encore, il crut sentir son odeur…Il se tendit contre le mur fuyant son regard, fixant le plafond, le Velux…
Il se fit sur lui, sentant le liquide chaud coulé entre ses jambes…
Envahi par la honte, il se laissa glisser le long du mur et son regard se perdit…
Missouri ouvrit la porte et le découvrit ainsi…
A l'odeur, elle sut…Elle posa le plateau repas et vint vers lui.
« Castiel »
Elle avait juste envie de hurler devant son incapacité à l'aider, à le sortir de son enfer…A quoi bon des années d'étude et d'expérience si devant une telle détresse, elle était incapable du moindre geste.
Elle sortit et revint quelques minutes après, un pyjama et un sous-vêtement propres dans les mains.
Elle s'accroupit avec difficulté et tenta d'attraper son regard.
« Castiel… »
Cette voix, cet appel…Il posa lentement les yeux sur elle...Elle lui sourit, effaçant ainsi la peur qui reflétait dans ce bleu tremblant qui la fixait.
« Ce n'est pas grave…C'est un accident »
Elle tendit la main, juste pour la poser sur son genou, tenter un geste de tendresse mais Castiel se recroquevilla sur lui-même, refusant le contact.
Missouri soupira, un pincement au cœur.
« Je vais mettre ton pyjama dans la salle de bain, d'accord ? » Sa voix chevrotait légèrement, la peine face cet éternel refus de Castiel.
Elle se releva en s'appuyant sur ses cuisses.
Quand elle revint de la salle de bain, un peu distraite, elle sursauta…Il se tenait debout devant elle, dans son espace personnel, tête penchée, accrochant son regard.
Temps suspendu.
Il leva la main, lentement, avec retenue et la tendit vers elle. Missouri se figea. Mais il arrêta là son geste, en suspend entre son visage et le sien…Elle sentait la chaleur de ses doigts à quelques centimètres de sa joue…
Il ramena sa main vers lui et son regard se perdit, encore une fois…Missouri le laissa passé en s'écartant…les yeux embrumés…Elle porta la main à sa joue, une larme coula…
Il revint quelques minutes après, les cheveux encore humides…Missouri était assise à table…Elle souleva la coupole en plastique de son assiette. Il s'assit sans un regard…
Pendant un instant, elle crut que tout cela ne fut que le produit de son imagination.
La porte s'ouvrit, apparu Phil…Serpillère à la main…Il salua Missouri qui l'avait appelé juste avant qu'il ne termine son service.
Elle lui indiqua la fenêtre. Il nettoya dans le silence. Silence brisé seulement par le bruit de la fourchette grinçant sur l'assiette.
« Merci, Phil»
« De rien » en sortant.
Elle se tourna vers Castiel
« Tu vois, ce n'était pas bien grave… »
Mais Castiel n'était déjà plus là.
wwwwwwwwwwwwwwwwwwww
Dean n'avait pas touché à son plateau repas et se contenta d'une tasse de café…Il ne pouvait s'empêcher de ressasser ses dernières semaines en boucle…
Que s'était-il passé ?
Il n'avait plus l'impression d'être vraiment lui-même, ou était-ce plutôt l'inverse, il se découvrait…Il découvrait le Dean enfoui sous ses couches accumulées de rébellion, de rage, de haine, de dégout de soi, de culpabilité, de questions sans réponse….
A chaque jour, une page tournée…Il avait l'impression de muer, de sortir d'une lente transformation, de déchirer son cocon…Il en arrachait les couches successives pour atteindre cette lumière qu'il voyait poindre à l'extérieur...Une 2eme naissance…
Il ne se sentait pas plus léger pour autant…Toute naissance se fait sans douleur…
Il savait qu'il aurait encore à affronter des vagues de son passé, c'était inévitable…
Mais ce matin en se réveillant dans cette chambre, il réalisa qu'il avait accompli le plus dur pour lui…
Oser se laisser aimer…S'ouvrir…
Il avait déposé les billets sur la table basse, avec un peu avec regrets…Il les caressa avec amertume.
Nina s'approcha et se serra contre lui. Posant sa tête contre son dos, elle le força à se retourner…Elle lui sourit en posant le bout de ses doigts sur les traits abimés de son visage.
Il ferma les yeux.
Elle s'écarta, prit l'argent et le glissa dans le tiroir de sa commode. Dean s'assit sur le lit et commença en enfiler son pantalon.
Elle revint vers lui et lui souleva le menton de la main. Un sourire, un regard, une invitation…Un geste de tendresse, pur et sans arrière-pensée.
Elle se pencha et l'embrassa….
Aimer…
Il se leva et rangea son plateau….Il sortit, jeta un coup d'œil vers l'Impala, regarda sa montre…14h00
Il leva les yeux vers lui…
Dans moins d'une heure, il le retrouverait et tout à coup cette perspective lui fit peur, à nouveau.
Le silence qu'il devrait couvrir, les mots qu'il devrait partager, lui, Dean qui parlait si peu…
Et si leur relation ne devait à jamais rester qu'un échange de regard ?…S'il refusait à jamais de venir vers lui ou de le laisser venir à lui ?
Combien de temps supporterait-il ses silences et ses regards fuyants ?
Il soupira…Il en aviserait en temps voulu…Il fallait laisser les choses se décanter, doucement…Il avait tout son temps…
Aujourd'hui, il se sentait capable de le prendre car il y aurait un lendemain, un avenir pour lui, un avenir où Castiel aurait sa place qu'il le veuille ou non…
Il rentra et se jeta sur son lit…Fixant le plafond et se souriant à lui-même…Il se sentait libre…Il étendait ses ailes…
Ses barreaux, ses murs étaient devenus ses remparts…Ils l'avaient sauvés…Ainsi toutes les prisons ne sont-elles pas des enfers…
Il avait ouvert la portière- passager de sa voiture et renversa le siège vers l'avant. Il attrapa la protection par sa poignée en faisant claquer sa langue sur ses dents.
Il entra sous le regard un peu perplexe d'Armand qui sortait fumer sa cigarette, Dean se contenta de lui sourire en continuant son chemin.
Debout devant les portes de l'ascenseur, il se mit à dandiner sur ses pieds, il avait le trac et se trouvait tout à coup ridicule.
On aurait dit un adolescent à son premier rendez-vous, il se mit à rire tout seul.
« Un souvenir amusant? »
Il se retourna…Suzanne…
« Pas vraiment, non… »
Il leva le regard sur le point rouge qui indiquait les étages.
« Tu vas voir Castiel ? »
« Décidemment tout le monde est au courant ici ? » s'étonna-t-il
« C'est que c'est plutôt rare un employé qui devient visiteur »
« Faut un début à tout » Il repoussa sur le bouton, un peu énervé.
« Tu devrais te calmer, tu sais…On dirait que tu es prêt à exploser » en souriant.
« C'est un peu le cas »
Il se tourna vers elle, le regard interrogateur
« Tu crois que je fais une connerie ? »
Elle s'avança
« Tu es attaché à Castiel et il semble qu'il soit attaché à toi aussi, à sa manière….Je vois pas en quoi partager un tel lien est une connerie…Depuis quand aimer quelqu'un l'est d'ailleurs ? »
La porte s'ouvrit brisant le silence qui venait de se poser entre eux.
« Tu as raison… » Il entra.
« Encore merci pour ce matin….A charge de revanche » en appuyant sur le bouton du 1er
« C'était avec plaisir » en lui faisant un signe de la main, il y répondit d'un clin d'œil et d'un sourire.
wwwwwwwwwwwwwwwwwwwww
Ce fut Garth qui lui ouvrit la 1er grille…Il le salua en le faisant entrer et le dirigea vers la salle commune du personnel.
Il le fit signer le registre
« Quand tu pars, tu devras repasser par ici, noter l'heure et signer à nouveau »
« C'est complètement idiot » en prenant le stylo que Garth lui tendit.
Il parapha et soupira.
« Ca va aller ? »
« Ca doit » en reprenant sa protection
« C'est autorisé ? » en la lui montrant
« Je ne vois pas de raison de te l'interdire…Tant que les autres patients ne réagissent pas outre mesure » en lui tapant sur l'épaule
« Prêt ? »
« Je me sens complètement idiot…J'ai les jambes qui tremblent, la bouche sèche…Alors que merde quoi, c'est juste une visite! »
« T'inquiète dont pas…Tout va bien se passer…Contente toi d'être toi-même »
Il lui ouvrit la 2eme grille et le laissa passer devant.
« Je serais en salle commune si tu as besoin de moi… »
« Merci, Garth »
« De rien »
Il le vit s'éloigner et disparaitre…Il était là, seul au milieu du couloir…Quelques gémissements provenaient des chambres…Il baissa les yeux sur ses baskets et puis s'avança.
Il se retrouva devant la porte de la chambre 14 et soupira, posa la protection contre le mur et leva les yeux vers le hublot.
Il était là, debout comme à son habitude devant la fenêtre, dans son éternel pyjama blanc, pieds nus.
Un sourire de tendresse se posa sur ses lèvres. Il ne s'était pas tromper.
Le voir lui fit perdre tous ses doutes, toute sa peur…Peu importe si il ne se retourne jamais vers lui. Peu importe si il préférait son monde à la réalité…Dean voulait faire partie de sa vie et si Castiel ne voulait pas venir à lui, Dean irait vers lui.
Il apprendrait la patience, cette vertu qui lui était si peu familière.
Il fit le code et la porte se déverrouilla. Il attrapa la poignée de cuir et entra.
« Salut, Cass » en posant la protection contre la chaise.
Il leva le regard vers la fenêtre et toute la pression glissa. Il le fixait à travers le reflet et si Dean ne voulait pas tant s'en persuader, il aurait cru percevoir dans ses yeux, un éclat…Une forme de joie mais il se dit que c'était juste ce qu'il voulait y voir, rien de plus, rien d'autre…
Il baissa le regard en souriant. Il allait devoir apprendre à voir les choses telles qu'elles étaient et pas telles qu'il aimerait qu'elles soient s'il ne voulait pas fausser la donne.
Il releva les yeux, Castiel à nouveau perdu…
Quelques secondes, pesantes, de silence, de gêne…Et maintenant ?
Il respira profondément…Il lui fallait arrêter de réfléchir et juste laisser les choses se faire.
Poser les gestes sans systématiquement en analyser toutes les conséquences possibles.
Agir à l'instinct, jusqu'ici cela n'avait pas trop mal marché avec Castiel et c'est probablement cela aussi qui avait fait que ce dernier se tourne vers Dean.
Il s'avança vers la fenêtre et se mit à ses côtés. Castiel fixait le vide ou peut-être fixait-il une réalité que seul lui pouvait percevoir…Dean se contenta d'être là, à quelques pas de lui.
Il pouvait l'entendre respirer, ressentir la chaleur de son corps…
Il regarda le ciel.
« Ils annoncent de la pluie pour demain…L'été est bientôt fini…Tant mieux, je préfère l'automne….C'est ma saison favorite… »
Il sourit pour lui-même.
« J'aime l'odeur d'humidité qui se mêle aux feuilles …J'adore marcher en les entendant craquer sous mes chaussures, ça me rappelle quand j'étais gamin….Sammy et moi, on s'amusait tout le long du chemin de l'école à projeter les feuilles mortes dans les airs….Tu devrais un jour essayer, tu sais…L'automne, c'est magique pour ça…Toutes ses couleurs…Le vent qui efface tout…Tout qui meurt pour mieux renaître l'année d'après…»
Il se tourna sur le côté et croisa son regard. Castiel l'écoutait, le regardait parler…Front sur la vitre, tête penchée…
Il percevait Dean, se laissant bercer par le son grave de sa voix…Il respirait son odeur, sa présence…Sentait sa chaleur…
Il était là à ses côtés, partageant son espace de liberté sans qu'il n'en éprouve la moindre crainte.
Il ne comprenait pas tous les mots qu'il disait mais au travers l'émotion que Dean laissait transpiré dans ceux-ci, il en comprit le sens…Il voulait le voir, le regarder…Voir celles-ci s'inscrire sur les traits de son visage, dans le pli de ses yeux.
Il posa son front sur la vitre et se tourna vers lui. Dean parlait en fixant le ciel.
Leurs regards se croisèrent et Castiel se sentit apaisé…Il n'y avait plus cette détresse dans le vert de ses yeux, juste plus de sérénité…Castiel avait envie de le toucher, vérifier que tout cela n'était pas un mirage dans son désert…Terminer le geste qu'il n'avait osé avec Missouri...
Touché ses yeux, sa peau…Il tiqua et Dean lui sourit…Et à nouveau la peur, envahissante, maudite, gardienne de sa prison...
Il détourna le regard et front contre la fenêtre, fixant l'ombre noire dans la cour, il se perdit à nouveau.
Pour Dean, ce fut- là déjà, une victoire, aussi mince fut-elle…Elle n'avait certes duré que quelques secondes mais elle importait à ses yeux, Castiel était encore là…
Il aurait la patience parce qu'il le valait…Ces yeux bleus, il finirait par les garder accrocher aux siens…
Il s'écarta et se dirigea vers la table…Il prit la protection et la posa sur le lit…
Un bruit de fermeture éclair. Il la sortit lentement, un flot de souvenir le submergea…
Sa guitare…Il l'avait fixée si souvent, enfermée dans son étui de cuir, en écoutant la musique résonner dans l'entrepôt…Se voyant pincer ses cordes mais ne trouvant jamais le courage d'en rejouer.
Pour qui, pour quoi ? A quoi bon ?
Il aimait la musique, elle lui était vitale, elle l'avait sauvé comme la Cage l'avait fait à sa manière.
Il chantait encore, c'était sa respiration…
Cette guitare…Souvenirs de l'usine, des ouvriers attablés qui l'écoutaient et parfois l'accompagnaient.
Mais surtout et avant tout, c'étaient ses soirées, sur le pas de la porte, quand John et karen s'étaient effondrés ivres morts.
C'était Sam qui le rejoignait et l'écoutait jouer, partageant en ses instants rares et précieux, leurs souffrances et leurs détresses….
Il écoutait la voix de son frère se perdre dans la nuit…
Souvenirs indélébiles…Communion des âmes…
Dean la caressa du bout des doigts…Le bois de sa caisse, usé, abimé comme lui l'était.
Son index frôla les cordes dans un doux grincement…il sentit les poils de ses bras se hérisser…
Il s'assit sur le lit, tourné vers la fenêtre d'où Castiel n'avait pas bougé…
Il posa doucement la guitare contre lui et se mit à l'accorder…
Ensemble de sons qui s'étiraient ou se brisaient…
« Tu devras te montrer indulgent…Ca fait un bail que j'en ai plus joué…Je suis un peu rouillé…Et puis je me débrouille mais bon, je ne suis pas BB King, non plus…. » en riant pour lui-même.
Il ferma les yeux et joua quelques notes…Tout sembla lui revenir comme si il avait posé sa guitare contre le mur de cet entrepôt la veille.
Ses doigts étaient un peu paresseux…Douloureux aussi…La Cage avait laissé des séquelles…Mais peu importe, la musique revivait.
Il se dit qu'il pourrait retrouver toutes ses marques, ici, avec Castiel comme unique public…Muré dans son silence…
La musique avait été leur premier échange, elle serait leur lien à présent…
Dans sa tête, le murmure d'une chanson se fit entendre…Il laissa les accords glisser sous ses doigts…
« Blowin in the wind » de Bob Dylan.
Au départ, Il ne fit que jouer, n'arrivant pas à chanter…Parce qu'il revoyait Sam, parce qu'il se revoyait lui…
Parce qu'il pensait soudain à tous ceux qui au moment même où il pinçait les cordes de sa guitare, souffraient en silence ou hurlaient dans l'indifférence.
Il ferma les yeux, jouant au ressenti, improvisant les notes de l'harmonica absent, tentant de retrouver dans le son de celles-ci, la voix de Dylan, magique et désespérée…
Et puis il se mit à chanter, accompagnant la musique de sa voix grave et profonde.
Le temps sembla se suspendre…Garth sortit de la salle commune aux premiers sons de guitare et resta là à l'écouter comme bercer par l'écho de sa voix….La musique résonnait dans le couloir…Douce et déchirante…
Quelques gémissements mais aucuns cris…On dit que la musique adoucit les mœurs…Ici, elle ouvrait les âmes.
Puis la magie se brisa…Dean avait cessé de jouer…Sa voix s'était éteinte.
Il rouvrit les yeux en caressant la caisse, mince sourire aux coins des lèvres…
Il releva la tête en relâchant le manche et s'aperçut alors qu'il était là…Castiel.
Droit, fixant la guitare, tête penchée…
Une douleur proche de la douceur…
Castiel ferma les yeux pour tenter d'y échapper quand soudain la voix de Dean s'éleva.
Dean…
Il rouvrit les yeux sur le reflet de la vitre…Il le vit, visage perdu dans ce monde qui lui était inconnu, interdit jusqu'alors…Ce monde dont il ne connaissait aucunes des portes…
Il se retourna doucement…Il le regarda jouer, chanter…le regarda s'illuminer…
Yeux fermés, les doigts glissant sur les cordes…Pris par la grâce de l'instant.
Pour la première fois, Castiel sortit de son monde et se laissa attirer par le sien.
Quand la voix s'éteignit et que la guitare se tut, il se sentit soudain abandonné…Perdu entre ses 2 réalités…La sienne qui la rappelait et celle de Dean qui la fascinait.
Papillon attiré par la lumière, il avait peur de se brûler les ailes…
Dean croisa son regard posé sur sa guitare, il ne dit rien, lui laissant le temps.
Castiel releva les yeux dans les siens…Dean y lut l'émotion aux travers des larmes qui embrumait le bleu de ceux-ci devenu voile marin…Mais Castiel ne pleura pas.
Un partage unique qui dura plusieurs secondes où Dean plongea dans l'âme de son vis à vis…Voyant son propre reflet dans ses iris, iris qui reflétaient à leurs tours, leurs regards à l'infini.
Castiel leva alors doucement la main, Dean n'osa plus bouger ni même respirer…Il sentit la chaleur de ses doigts à quelques centimètres de sa joue, il était incapable de décrocher son regard du sien…
Il sentit le bout de son index et de son majeur juste sous ses yeux et dut prendre sur lui de retenir l'émotion qui l'envahit soudain, de crainte que Castiel ne suspende son geste et ne disparaisse à nouveau dans sa prison.
Il glissa ses doigts sur sa joue comme une légère caresse. Castiel les retira alors aussi lentement qu'il les y avait posés.
Il décrocha son regard et retourna vers la fenêtre.
Derrière la porte de la chambre 14, les gémissements reprirent…Garth retourna vers la salle commune en jetant un dernier coup d'œil dans le couloir.
Dean reposa sa guitare sur le lit, respira profondément pour reprendre ses esprits, se passa la main dans les cheveux en se levant.
Il s'approcha de Castiel et resta debout à ses côtés, sans un mot, sans un regard…Chacun fixant sa part d'ombre éclairée par celle de l'autre…
Chacun dans la proximité rassurante de l'autre…
Il ne vit pas le temps passé parce que le temps n'avait plus lieu d'être…Ce fut Garth qui le sortit de sa torpeur…
Il ouvrit la porte et ne dit rien…Dean avait sursauté et avait compris sans qu'aucun mot ne soit échangé.
Il fit un signe de la main à Garth qui quitta la chambre aussitôt.
Il se tourna vers Castiel mais celui-ci demeura absent. Mais peu lui importait à présent, le geste de Castiel resterait comme un des plus émouvants et les plus touchants que Dean n'eut jamais connu, gravé en lui tout comme ses yeux dans lesquels il aimait à se perdre pour tenter d'y trouver le chemin de son monde.
Il rangea sa guitare et se retourna une dernière fois vers lui
« Salut, Cass… »
Fin Chapitre XIV
