Chapitre 14: L'infirmerie

Harry fut réveillé par des bruits de conversation. Encore à moitié endormi, il ne pouvait pas dire de quoi il était question. Puis les voix s'évanouirent et un visage familier apparut.

— Remus ? dit Harry, se réveillant complètement. Que fais-tu ici ?

Remus Lupin sourit à Harry.

— J'ai fait partie de ceux qui ont ruiné la petite fête de Voldemort ce soir. La meilleure descente qu'on est faite depuis des années Harry. On m'a dit que c'est toi que l'on devait remercier.

— J'imagine. Mais, et le Professeur Rogue ? demanda Harry avec anxiété.

— On l'a trouvé. Dumbledore l'a ramené et ils sont avec Madame Pomfresh en ce moment.

— Alors il est en vie ?

Remus hésita une fraction de seconde.

— Oui, Harry, il est vivant.

— Mais ? demanda Harry, sentant les pensées de Remus.

Remus expira lentement.

— Il est en très mauvais état. Je n'ai jamais vu personne… Remus sembla se raviser et ne finit pas sa phrase. Il sourit à nouveau. Enfin, je ne suis pas Médicomage, qu'est-ce que je pourrais en savoir ? Je suis sûr que Dumbledore viendra te voir dès qu'il saura quelque chose.

— Lupin, on ne peut pas traîner ici toute la nuit ! grogna Maugrey Fol Œil, entrant dans la pièce en titubant. On a encore du boulot. Il repéra Harry et lui lança un sourire oblique. Potter, bien joué ! On a eu huit Mangemorts, c'est notre meilleure descente depuis le Ministère l'an dernier. Continue à nous donner des infos comme celle-là et on pourra remettre les choses au clair avec ces vauriens.

— Je ne pense pas qu'Harry va nous donner de nouvelles informations bientôt, Maugrey, dit Lupin sévèrement. Il doit se concentrer sur ses études.

— Je pense que Potter sait parfaitement ce sur quoi il doit se concentrer, Lupin. On doit tous faire ce que l'on peut pour cette guerre si on veut la gagner. Il se retourna vers Harry. Il y a beaucoup de personnes qui seraient reconnaissantes de ton aide, Potter. Souviens t'en. Il se retourna et partit. Tu viens Lupin ? appela-t-il par-dessus son épaule.

Remus regarda le vieil Auror, furieux.

— Harry, écoute-moi, dit-il. Ignore Maugrey. Ton travail est de suivre tes études ici à Poudlard, pas de jouer une partie d'échecs mentale avec Voldemort. Promets-moi que tu resteras hors de sa tête à moins de nécessité absolue.

Harry était réticent à donner sa parole à Remus malgré l'inquiétude visible sur son visage. S'il pouvait aider à battre Voldemort –

— Lupin ! l'appela Maugrey depuis la porte, tapant sa jambe de bois sur le sol avec impatience.

— J'arrive ! lui répondit Lupin. Promets-le moi Harry ! dit-il d'un ton pressant.

— Très bien, céda Harry, hochant la tête. Je le promets.

Remus tapota l'épaule d'Harry et sourit, visiblement soulagé.

— Bien. Prends soin de toi. On reparle bientôt. Il se retourna et partit, suivant Maugrey hors de la pièce.

Harry les regarda partir, perdu dans ses pensées. Pouvait-il utiliser la Legilimancie pour découvrir les plans de Voldemort ? Tout le temps qu'il avait passé à étudier l'Occlumancie et la Legilimancie avait été pensé dans le strict cadre de la légitime défense, mais s'il pouvait l'utiliser pour combattre Voldemort, tant mieux. Bien sûr, il y avait le risque que Voldemort lise son esprit, également, ou même qu'il y implante de fausses images pour le piéger. Harry ne savait toujours pas faire la différence entre une fausse vision et une vraie. Il devrait demander à Rogue s'il existait un moyen. Rogue !

L'estomac d'Harry se noua soudainement alors qu'il se souvenait de l'épreuve que son professeur avait endurée cette nuit. Personne ne s'était dérangé pour venir le voir et lui dire ce qu'il se passait.

Naturellement, pensa Harry avec irritation.

Il n'allait pas attendre plus longtemps. Il se leva et avança avec détermination entre les rangs de lits jusqu'à la plus petite pièce à l'arrière de l'infirmerie, réservée généralement aux professeurs ou aux personnes gravement malades. En atteignant la porte, il entendit des voix basses et des fragments de conversation.

— … Ste Mangouste ?

— … rien qu'ils puissent faire…

— Y a-t-il quelqu'un de la famille ?

— Non.

— Harry ? Je t'en prie, entre. Cela venait de Dumbledore, qui l'avait remarqué, immobile devant la porte.

Le Professeur McGonagall et Madame Pomfresh étaient à ses côtés. Tous les trois avaient l'air particulièrement sombres.

— Tu peux venir, Harry, lui dit Dumbledore en le voyant hésiter.

— Je voulais juste savoir comment le Professeur Rogue s'en sortait, dit Harry, entrant dans la pièce.

Madame Pomfresh détourna le regard et Dumbledore échangea un regard rapide avec le Professeur McGonagall, aucun n'aidant à chasser le poids lourd, comme un bloc de plomb, qui semblait s'être logé dans l'estomac d'Harry.

— Va-t-il s'en sortir ? demanda Harry.

— Non, Harry, dit Dumbledore d'une voix douce. Je suis désolé.

Harry regarda Dumbledore, essayant de digérer ce qu'il venait de dire.

— Vous voulez dire… il va… Va-t-il… ?

— Oui, Harry. Il est en train de mourir. Madame Pomfresh a guéri toutes les blessures qui pouvaient l'être. Le reste nécessite du temps et il n'a ni la force, ni la volonté de l'endurer. Il ne survivra pas à la nuit.

Harry inspira sèchement alors que le poids dans son estomac se transforma soudainement en couteaux. Dumbledore fut à ses côtés en un instant et il plaça une main sur son épaule.

— Harry, tu as fait tout ce que tu pouvais et même plus, dit Dumbledore gentiment. Et ce n'était pas vain. Tu lui as évité des souffrances considérables. Il mourra en paix parmi ceux qui l'aiment, plutôt que dans une lente agonie, entouré de ses ennemis.

Harry hocha la tête, engourdi.

— Je peux le voir ?

— Bien sûr.

— Mr le Directeur, protesta McGonagall.

— Il en a le droit, Minerva, lui répondit Dumbledore.

Il mena Harry plus loin et tira les rideaux du lit le plus proche. Rogue n'était pas dans un état aussi grave que ce qu'Harry avait imaginé. Madame Pomfresh avait accompli un travail héroïque, ses blessures étaient guéries. Il était terriblement pâle, mais il avait plutôt l'air d'être endormi et on avait l'impression qu'il pourrait ouvrir ses yeux n'importe quand. Son front, habituellement froncé avec son air renfrogné habituel, était lisse. Son visage entier, en fait, était détendu. Il avait l'air plus jeune et en paix qu'Harry ne l'avait jamais connu.

Harry déglutit et se vit cligner des yeux rapidement. Même la présence de Dumbledore derrière lui ne fit rien pour mettre fin à la douleur grandissant dans sa poitrine.

— Mr Potter, dit McGonagall d'une voix douce. Il n'y a rien de plus que vous puissiez faire ici. Elle prit son bras. S'il vous plaît, Madame Pomfresh a une potion de sommeil pour vous.

— Non, dit Harry. Je ne veux pas dormir.

— Vous avez besoin de repos. Vous avez traversé beaucoup d'épreuves ce soir, insista McGonagall.

— Je sais ce que j'ai traversé cette nuit. Et je n'ai pas besoin que l'on me tapote la tête et qu'on m'envoie au lit comme un gamin. Laissez-moi seul, d'accord ?

— Mr Potter vous ne pouvez pas rester là, dit Madame Pomfresh.

— Pourquoi ? Il est en train de mourir, alors qu'est-ce que je pourrais rendre pire en restant ?

— C'est contre le règlement et même si ça ne l'était pas, monter la garde ici ne va pas vraiment aider, dit McGonagall.

— Vous voulez que j'aille au lit comme si de rien n'était ? Je ne peux pas ! Je me fiche du règlement. Vous pouvez me renvoyer demain si vous le voulez, mais je ne pars pas !

Dumbledore s'éclaircit la gorge.

— Minerva, Pompom, il serait peut-être mieux de laisser Harry rester. Je ne pense pas que quelques heures sans sommeil changeront grand-chose, vu les circonstances.

— Albus ! McGonagall était clairement horrifiée.

— Il a vu bien pire. Je crois qu'Harry sait ce dont il a besoin en ce moment mieux que nous. On peut faire une exception pour cette fois.

McGonagall pressa fermement ses lèvres, clairement contrariée. Mais elle balaya la scène des yeux, allant de la détermination furieuse dans les yeux d'Harry à l'attitude calme et décidée se reflétant dans ceux de Dumbledore et soupira, admettant sa défaite.

— Très bien.

Madame Pomfresh hocha également la tête.

— Si tu as besoin de quoi que ce soit, Harry, s'il te plaît n'hésite pas à nous appeler, dit Dumbledore puis il accompagna McGonagall et Pomfresh hors de la salle et Harry fut laissé seul dans la pièce vide.

Il tira une chaise à côté du lit et s'assit, passant une main sur ses yeux. McGonagall avait évidemment raison, il était épuisé. Assis ici dans la semi-obscurité, il ressentait l'épuisement s'installer en lui.

Pourquoi était-il là ? Pourquoi avait-il insisté pour rester ? Se sentait-il d'une certaine manière responsable ? Non, pensa-t-il. Il ne se sentait pas responsable. Alors pourquoi cela fait-il aussi mal ? N'ai-je pas déjà assez de personnes à pleurer ?

Harry posa ses coudes sur le bord du lit et enfouit sa tête dans ses mains en essayant de comprendre ses sentiments déroutants. Il sentit quelqu'un enrouler une couverture sur ses épaules et leva les yeux, surpris de trouver Dumbledore debout à côté de lui.

— Nos émotions peuvent être assez déconcertantes dans ces moments-là, dit le Directeur. Parfois, des sentiments que nous ne pensions jamais avoir font surface.

— Il m'a toujours dit que j'apprendrais à contrôler mes visions comme je l'ai fait cette nuit. Il m'a donné sa parole qu'il s'en assurerait.

— Severus a toujours été un homme de parole. Il n'y a aucune honte à se soucier de lui tu sais.

— Je sais, dit Harry. Je ne sais juste pas pourquoi c'est le cas. Je ne devrais pas tenir autant à lui.

Tu ne devrais pas ? Harry, nous ne devrions jamais ne pas ressentir de la compassion pour ceux qui ont sacrifié tout ce qu'ils avaient dans ce combat contre le mal.

— C'est ce que je ressens alors, j'ai pitié de lui ?

— Dis-le moi. Tu es le seul à pouvoir répondre à cette question.

Harry détourna le regard.

— Tu n'as pas besoin d'une autorisation pour pleurer sa mort Harry, dit Dumbledore.

Harry regarda Dumbledore qui sourit tristement.

— Oui, dit le directeur. Même Severus le sait. C'est le chagrin, le deuil, dans ce cas ?

Harry hocha la tête, ne se sentant pas capable de parler.

— Il me manquera également Harry, dit le vieil homme gentiment.

Harry mordit fort sa lèvre, mais ça ne suffit pas. Il ne pouvait pas retenir ses larmes. Dumbledore prit le jeune homme dans ses bras.

— Ce n'est pas juste ! cria Harry. Pourquoi ne pouvait-il pas mourir quand je m'en fichais ? Pourquoi a-t-il attendu jusqu'à maintenant ?

— Harry préfèrerais-tu sincèrement ne pas t'en soucier ? Serait-il vraiment mieux d'entendre la nouvelle au petit déjeuner et ne rien ressentir de plus que de la surprise ?

Harry pouvait imaginer la scène dans la Grande Salle : Dumbledore annonçant solennellement et de façon énigmatique que leur Maître des Potions était mort. Il pouvait presque entendre les spéculations choquantes à ce sujet. Comment est-il mort ? Qui va reprendre ses cours ? Tout cela discuté sans relâche par-dessus des œufs et des saucisses.

— Non, dit Harry d'un ton étouffé. Je ne voudrais pas ça.

— Dans ce cas, j'ai bien peur que ta seule alternative soit le deuil. C'est la raison pour laquelle tu es resté. Dumbledore recula et regarda Harry dans les yeux. Autorise-toi à pleurer sa mort Harry. Il attrapa l'épaule du jeune homme pour le réconforter. Je te vois demain matin.

Le directeur partit silencieusement et Harry fut une nouvelle fois laissé seul. Il regarda Rogue, tendit la main avec hésitation et toucha son bras. Sa cicatrice explosa de douleur et Harry retira immédiatement sa main. Il se frotta le front le temps que la douleur s'estompe, puis tendit la main une nouvelle fois, prudemment, et releva la manche de la chemise de nuit de Rogue. La Marque des Ténèbres brûlait, presque noire face à la pâleur de la peau de Rogue.

Harry ressentit une soudaine haine pour Voldemort. Il ne savait pas du tout si Rogue pouvait sentir la marque le brûler, mais c'était abominable qu'il doive porter la Marque du monstre qui l'avait torturé sans pitié.

Harry tendit la main instinctivement et attrapa le bras nu de Rogue où la Marque des Ténèbres brûlait. Il pouvait sentir la chaleur émanant de la Marque, mais ce n'était rien comparé à la douleur cuisante de sa cicatrice. Pourtant, Harry refusa de lâcher prise. Il agrippa le bras de Rogue comme pour protéger son professeur du mal qui avait jeté son ombre sur leurs deux vies pendant si longtemps. Il ferma les yeux et utilisa toutes les capacités qu'il avait apprises pour lutter contre sa connexion avec Voldemort. Il l'avait déjà fait, mais n'avait jamais senti la présence de Voldemort aussi forte et autant enracinée. La respiration d'Harry était difficile, mais il refusait d'abandonner. Il était plus déterminé que jamais à faire sortir Voldemort.

Je ne vous abandonnerai pas professeur, pensa Harry. Je ne le laisserai pas vous toucher à nouveau. A cette pensée, Harry sentit la douleur diminuer. Elle s'affaiblit jusqu'à disparaître. Harry ouvrit les yeux. Le bras de Rogue ne paraissait plus fiévreux et la Marque des Ténèbres s'était éteinte, ne formant plus qu'un contour grisâtre. Harry soupira, soulagé, et regarda son professeur qui n'avait pas bougé d'un millimètre.

— J'espère que ça aide un peu, dit-il à l'homme inconscient. Je suis désolé de ne pas pouvoir faire plus. Et je suis désolé de ne jamais vous avoir remercié pour tout ce que vous avez fait pour moi. Je ne pense pas que j'aurais survécu cette année sans votre aide et je ne parle pas uniquement de mes leçons. Mes visions étaient si pénibles et entre elles et la prophétie, il y a trop de choses dont je ne peux parler à personne. Mais je n'ai jamais eu besoin de vous expliquer quoi que ce soit. Vous comprenez toujours ce que je ressens, parfois même mieux que moi-même.

Harry déglutit.

— J'ai peur professeur. Je me sens pris au piège et je ne vois pas la sortie. Je ne sais pas comment battre Voldemort et je sais que je vais probablement mourir. Mais, au moins, quand je suis avec vous, je sais que je n'aurais pas à l'affronter seul. La voix d'Harry se brisa en un sanglot. S'il vous plaît ne me laissez pas seul.


Severus Rogue flottait dans une obscurité totale, dans une paix parfaite. Il n'avait jamais connu autant de sérénité et il désirait s'y abandonner complètement. Il pourrait le faire bientôt, il le savait.

Sauf que tout n'était pas parfait, réalisa-t-il. Quelqu'un pleurait. Il ne comprenait pas pourquoi quelqu'un pleurait dans un endroit aussi tranquille. Il essaya d'ignorer les sanglots, mais ils ne firent que redoubler et prirent un ton suppliant. Quelqu'un souffrait terriblement, quelqu'un l'appelait. Il sentit son espace de paix éclater en morceaux et vit l'obscurité s'enfuir devant lui.


Rogue ouvrit les yeux et les plissa à cause de la lumière du soleil qui s'infiltrait dans l'infirmerie. Il reconnut lentement où il était et fronça les sourcils. Que faisait-il à l'infirmerie ? Il essaya de lever sa tête et abandonna immédiatement. Quoi que ce soit qui lui était arrivé, ça devait être grave. Il avait l'impression de s'être fait piétiné par une horde d'Hippogriffes en colère.

Il resta allongé, immobile, essayant de trouver l'énergie de lever la tête à nouveau quand il entendit un bruit. Il y avait un son étrange venant d'à côté de son coude gauche. La curiosité réussit là où la volonté seule avait échoué. Il leva sa tête et baissa les yeux. Au premier coup d'œil, il semblait n'y avoir qu'une couverture qui recouvrait une chaise et le côté de son lit. Il cligna les yeux et réalisa que la couverture avait une tignasse de cheveux noirs indisciplinés attachés à elle. Et il y avait des ronflements.

Rogue laissa retomber sa tête sur l'oreiller et réfléchit. Il avait reconnu les cheveux de Potter et il y avait de grandes chances qu'ils soient attachés au reste de son corps. Rogue tendit un bras qui lui semblait être fait de plomb et tapota la couverture du doigt. Il y avait définitivement un corps là-dessous.

— Potter, dit-il d'une voix rauque.

Il fut récompensé par un marmonnement à peine compréhensible.

— 'suis debout, Ron. Va' en.

Rogue appuya plus fort.

— Potter ! Réveillez-vous !

Potter ouvrit les yeux et lança un regard trouble autour de lui, puis fronça les sourcils avec confusion. Le garçon n'avait clairement aucune idée d'où il était et de pourquoi il se trouvait les yeux dans les yeux avec son professeur, mais après un moment, la compréhension s'installa. Les yeux de Potter s'ouvrirent grands, avec choc, et il se leva d'un bond de la chaise, tellement vite qu'il faillit la renverser.

— Professeur ! Vous êtes… vous êtes…vous êtes….

— Potter arrêtez de me bégayer à la figure ! commanda Rogue.

Potter déglutit.

— Je… je pense que je ferais mieux d'aller chercher Madame Pomfresh, dit-il faiblement.

Il tituba à travers les rideaux entourant le lit et Rogue l'entendit se mettre à courir comme un dératé jusqu'aux quartiers de Madame Pomfresh à l'arrière de l'infirmerie.

Rogue était furieux. C'était déjà désagréable de se réveiller à l'infirmerie sans se rappeler de la manière dont il y était arrivé, mais trouver Potter endormi à côté de son lit n'était pas uniquement une violation des règles de l'école : c'était une invasion de sa vie privée. Il avait deux ou trois mots à dire à la personne qui l'avait permis. Même si peut-être que personne ne l'avait fait. Ce serait vraiment le genre de Potter de se faufiler dans l'infirmerie. Et ça expliquerait pourquoi le garçon avait été si choqué quand il avait été pris sur le fait.

Cela devait être ça, décida Rogue, plus soulagé qu'il ne voudrait l'admettre. Le comportement de Potter l'avait considérablement déconcerté et c'était bien d'avoir une explication rationnelle à cela. Le soulagement de Rogue fut cependant de courte durée. Il entendit des bruits de pas approchant et les rideaux furent tirés pour laisser passer Madame Pomfresh et Potter. Même si l'infirmière était bien meilleure pour dissimuler ses sentiments que le garçon, son halètement de surprise fut impossible à rater.

Le cœur de Rogue manqua un battement. Ai-je l'air si mal en point que ça ? se demanda-t-il.

Cela n'aida pas non plus que Pomfresh se retourne vers Potter pour lui parler.

— Allez chercher le Directeur. Utilisez la poudre de cheminette dans mon bureau.

Potter hocha la tête et repartit à nouveau en courant. Puis Madame Pomfresh fixa Rogue, lui offrant son plus large sourire professionnel avant de commencer à l'examiner.

— Eh bien, Professeur, dit-elle bien trop gaiement. C'est bon de vous voir réveillé.

— Que m'est-il arrivé ? demanda Rogue. Pourquoi suis-je ici ?

— Ne vous inquiétez pas, tout ira bien, dit-elle, ignorant la question. Vous avez juste besoin de beaucoup de repos.

Rogue était irrité mais n'avait pas l'énergie de se répéter. Après quelques moments, les rideaux furent à nouveau tirés. Potter était de retour, cette fois-ci avec Dumbledore. Heureusement, le Directeur ne sursauta pas en le voyant.

— Severus, dit Dumbledore agréablement. C'est bon de voir que vous avez choisi de rejoindre notre monde à nouveau.

Il se tourna vers Pomfresh.

— Comment va-t-il Pompom ?

— Il a encore un long chemin vers la guérison devant lui, mais il ira bien.

— Excellent ! dit Dumbledore puis il se tourna vers Potter. Harry, le reste de l'école se lèvera bientôt, je te suggère donc de retourner à la Tour de Gryffondor.

Potter semblait sur le point de protester mais Dumbledore continua.

— Je suis certain que Mr Weasley serait hors de lui s'il se réveillait et te trouvait disparu, et je suis sûr que tu es pressé de voir tes amis.

Potter hocha la tête, puis avec un dernier regard à Rogue, il partit.

— Pompom, serait-il possible de parler deux minutes seul avec Severus ?

Madame Pomfresh hésita, puis hocha la tête.

— Il a vraiment besoin de repos, Professeur, faites le plus court possible.

Elle se glissa à travers les rideaux et Rogue et Dumbledore se retrouvèrent seuls.

— Que s'est-il passé ? demanda Rogue immédiatement.

— Vous ne vous en souvenez pas ? J'imagine que c'est peu surprenant. Dumbledore s'assit dans la chaise que Potter avait délaissée et posa gentiment une main sur le bras de Rogue. Il regarda son Maître des Potions avec gravité avant de continuer. Vous avez été appelé hier soir.

Appelé ? Oui, Rogue se souvenait de La Marque des Ténèbres le brûler. Il avait quitté le château et transplané et après…

— Oh mon dieu ! Rogue haleta alors que le souvenir lui revint dans sa totalité. Dumbledore serra son bras plus fort.

— Tout va bien, Severus. Vous êtes en sécurité ici.

Rogue secoua la tête.

— Ce n'est pas possible. Je n'ai pas pu survivre à ça.

— Ça a vraiment failli ne pas être le cas. Si on ne vous avait pas trouvé quand on l'a fait, vous seriez mort.

— Vous m'avez trouvé ? demanda Rogue avec incrédulité. Comment ?

Dumbledore sourit légèrement et ses yeux s'illuminèrent de leur étincelle habituelle.

— Harry.

Oh non.

— Potter a vu ça ?

— En fait, je crois qu'il en a vu très peu, même si bien sûr c'était plus que suffisant. Cependant, il semblerait qu'il ait fait des progrès considérables dans son étude de la Legilimancie. Non seulement il a été capable de se libérer de la vision, mais il a pu chercher les pensées de Voldemort pour trouver votre location.

Rogue était abasourdi.

— Comment ?

— Je pense que le besoin et la panique l'ont poussé à dépasser ses limites précédentes.

Rogue gémit.

— Magnifique. Y aura-t-il un moment dans ma vie où je ne serai pas endetté envers un Potter ?

— Je doute sérieusement qu'Harry fasse les comptes à ce sujet.

— Pourquoi était-il là ce matin ?

Dumbledore observa Rogue avec attention.

— Je vous répondrai si vous répondez à une question.

— Bien sûr, si je le peux, dit Rogue, pas certain du nombres de détails utiles dont il pouvait se souvenir. Mais la question de Dumbledore le prit complètement dépourvu.

— Pourquoi êtes-vous en vie ? demanda Dumbledore simplement.

— Je vous demande pardon ?

Quand on vous a ramené à Poudlard, vous étiez dans une condition terrible. Nous ne pensions pas que vous passeriez la nuit. Vous n'auriez pas dû passer la nuit. Savez-vous comment vous avez réussi ?

C'est donc pour ça que Potter et Pompom Pomfresh étaient si choqués de me voir éveillé, réalisa Rogue.

— Je ne sais pas, Mr le directeur. J'ai peur de n'avoir aucune explication à ma survie.

Dumbledore lui lança un regard calculateur.

— Avez-vous rêvé la nuit dernière ?

Rogue fut une nouvelle fois surpris par la question inattendue. Pas uniquement parce qu'elle était bizarre, mais parce qu'il avait en effet rêvé et son rêve avait été… inhabituel.

— Oui, répondit-il.

— Puis-je vous demander de quoi vous avez rêvé ? continua Dumbledore.

Rogue détourna le regard, inexplicablement mal à l'aise.

— J'ai rêvé que quelqu'un m'appelait, c'est tout.

— Avez-vous reconnu qui c'était ?

— Non, bien sûr que non, Albus, dit Rogue avec irritation. C'était un rêve.

— Un rêve, alors que Pompom vous a donné une dose de Sommeil Sans Rêve la nuit dernière ? rétorqua Dumbledore doucement.

Rogue regarda le directeur un moment puis demanda prudemment :

— Êtes-vous en train de me dire que ce n'était pas un rêve ?

— Je ne pense pas que c'en était un, non. Dites-moi, Severus. Qui vous appelait ?

Rogue ressentit un sentiment inexplicable de terreur en repensant à la voix qu'il avait entendue. Elle avait été noyée de chagrin et de larmes, mais même ainsi, il savait qu'il la reconnaissait.

— C'était Potter, dit-il d'un ton las.

Dumbledore hocha la tête.

— C'est ce que je pensais. C'est la seule chose qui a du sens.

— Comment cela ?

— Severus, vous êtes un Legilimens accompli. Cependant, vous avez toujours ignoré les aspects les plus bénins de la discipline. Alors que cela peut être compréhensible, vous devez vous souvenir que la Legilimancie, comme toute forme de magie, peut être utilisée pour le bien ou le mal, pour détruire ou pour réconforter, pour blesser ou guérir. La nuit dernière, Harry a dû l'utiliser instinctivement pour vous empêcher de glisser vers la mort, même si quant à la façon dont il a réussi, même moi ne peux que spéculer.

— Instinctivement ? Dans ce cas ce n'était pas intentionnel ?

— Non, je suis certain qu'il n'a aucune idée de ce qu'il a fait.

Rogue soupira avec soulagement.

— Bien.

L'expression de Dumbledore devint étrangement circonspecte.

— Severus, j'espère que vous allez réfléchir à la manière dont vous allez répondre à ces événements.

Severus fronça les sourcils.

— Albus, je ne me sens vraiment pas bien. Si vous essayez de me dire quelque chose, dites- le.

— Ne punissez pas Harry pour s'être soucié de vous.

— Je ne vais pas gronder le garçon pour m'avoir sauvé la vie.

— Peut-être pas, mais vous avez un talent remarquable pour repousser les gens. Ne le faites pas. Pas cette fois.

Ce n'était pas une suggestion, c'était un ordre. Les paroles de Dumbledore étaient dures et il n'y avait rien de bienveillant dans l'expression du vieil homme.

Rogue était pris au dépourvu. Dumbledore l'avait réprimandé dans le passé au sujet de son animosité avec Potter, mais le Directeur ne lui avait jamais parlé ainsi et Rogue sentit un frisson d'appréhension..

— Qu'est-ce que vous me demandez exactement, Albus ?

— Ne le repoussez pas. Pour le moment, ce sera suffisant.

Il y eut des bruits de pas qui approchaient et Madame Pomfresh apparut à travers les rideaux.

— Mr le Directeur, je vais vous demander de partir, dit-elle. Le Professeur Rogue a vraiment besoin de repos maintenant.

— Bien sûr Pompom, dit Dumbledore. Je viendrais vous voir plus tard Severus. Reposez-vous.

Madame Pomfresh suivit le Directeur dehors et Rogue fut laissé seul. Les souvenirs de la nuit précédente se disputaient avec les paroles de Dumbledore pour attirer son attention. C'était trop. Il chassa toute pensée de son esprit et au moment où Madame Pomfresh retourna pour vérifier qu'il allait bien, il était presque endormi.


Harry retourna à la Tour de Gryffondor, un peu dans les vapes. Ron et les autres garçons ne l'interrogèrent pas lorsqu'il entra dans le dortoir. Ils commençaient à peine à s'étirer et Harry n'eut aucune difficulté à se glisser dans les routines habituelles du matin. Il ne dit rien alors qu'ils s'habillaient et il se dirigea au petit déjeuner, ne sachant pas vraiment comment raconter les événements de la nuit à ses amis. Heureusement, Dumbledore lui fournit l'introduction dont il avait besoin.

— J'ai une annonce à faire, dit le Directeur quand la plupart des élèves furent rassemblés dans la Grande Salle. Le Professeur Rogue est malade et, pour cette raison, les cours de Potions sont suspendus jusqu'à nouvel ordre.

Des acclamations parcoururent la salle, qui furent légèrement affaiblies quand Dumbledore reprit la parole.

— Vous aurez, cependant, des devoirs à rendre pour être sûr de ne pas prendre de retard dans votre travail.

Les murmures ravis dans la salle ne firent que dégoûter Harry.

— Harry qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Ron. Tu devrais sauter de joie.

— Je dois te parler à toi et à Hermione, dit Harry.

Ron fronça les sourcils, instantanément inquiet.

— Tout va bien ?

Harry hocha la tête.

— Il faut juste qu'on parle.

Harry se leva et se dirigea vers la porte, pendant que Ron murmurait avec insistance à l'oreille d'Hermione. Ils suivirent Harry hors de la salle, retournèrent tous les trois à la Tour de Gryffondor, dans le dortoir des garçons où ils savaient qu'ils ne seraient pas dérangés.

— Harry qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Hermione dès qu'ils arrivèrent.

Harry respira profondément.

— Voldemort a découvert que Rogue l'espionnait. C'est pour ça que Rogue est à l'infirmerie. Voldemort a failli le tuer la nuit dernière.

Hermione haleta et mit sa main sur sa bouche alors qu'Harry expliquait comment il était allé voir Dumbledore et tout ce qui en avait découlé. Harry n'entra pas dans les détails de ce qu'il avait vu dans ses visions, néanmoins quand il eut fini, Hermione était pâle et même Ron avait l'air secoué.

— Tu es sûr que le Professeur Rogue ira bien ? demanda Hermione avec inquiétude.

— C'est ce que Madame Pomfresh a dit.

— Ouais, mais c'est aussi elle qui a dit qu'il allait mourir, fit remarquer Ron, je n'accorderais pas une grande confiance dans son diagnostic.

— Il était réveillé quand je suis parti, donc je pense vraiment qu'il ira bien.

— Eh bien voilà qui est prouvé, dit Ron, Rogue est trop cruel pour mourir.

— Ron ! dit Hermione, scandalisée. Comment peux-tu dire une chose comme ça après tout ce qu'il a traversé ?

— Je ne vois personne d'autre qui pourrait y survivre. D'ailleurs c'est ce qu'Harry a traversé qui m'inquiète le plus. Ron se tourna vers Harry. Fouiner dans les pensées de Voldemort ça ne peut pas être quelque chose de bien, mon pote.

— Je n'avais pas le choix. Je ne pouvais pas laisser Rogue mourir, dit Harry.

— Ouais et je suis qu'il t'en sera vraiment reconnaissant, dit Ron avec sarcasme.

— Ron ! Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? demanda Hermione.

— Je pense juste que Rogue aurait préféré mourir plutôt qu'Harry lui sauve la vie, c'est tout, dit Ron. Harry, tu as dit que la seule chose que Rogue n'a jamais pardonnée à ton père était qu'il lui avait sauvé la vie. Je doute qu'il en soit ravi.

— Je ne pense pas que ce soit quelque chose dont Harry doit se soucier pour le moment, Ron, dit Hermione avec colère. Harry tu devrais essayer de te reposer. On te voit plus tard. Elle lança un regard sévère à Ron et se dirigea vers la porte. Viens !

Ron grimaça et, avec un signe de la tête à Harry, la suivit hors de la pièce.

Harry enleva ses robes et se lança, découragé, sur son lit. Il était heureux que Rogue ait survécu, plus qu'heureux, il était immensément soulagé et reconnaissant. Mais rien qui impliquait Rogue n'était jamais facile et cela ne faisait pas exception. Ron manquait peut être de tact, mais il avait raison. Rogue ne sera pas heureux qu'Harry lui ait sauvé la vie. Le fait qu'il ait trouvé Harry endormi à côté de son lit n'allait pas arranger son cas non plus. Harry était sûr qu'il en entendrait parler !

Mais ce n'était pas la dispute imminente avec Rogue qui le dérangeait le plus. La vérité était qu'il ne savait plus ce qu'il ressentait envers son professeur. Harry fixa le plafond et essaya de démêler ses émotions conflictuelles. Il n'appréciait pas particulièrement Rogue, il en était certain. Mais c'était également impossible de nier le sentiment de chagrin accablant qu'il avait ressenti la nuit précédente. La douleur était aussi forte que lorsque Sirius était mort et c'était problématique.

Harry avait l'impression d'être un traître. Comment pouvait-il ressentir pour Rogue ce qu'il avait ressenti pour Sirius ? Il avait aimé Sirius, l'aimait toujours et il savait que Sirius aurait tout fait pour lui. Il était mort pour lui. Cela ne demandait-il pas sa loyauté à vie ? Cela aurait pu être différent si Sirius et Rogue ne se détestaient pas, mais en l'état des choses, il ne pouvait pas être attaché aux deux, pas vrai ?

D'un autre côté, Rogue avait sauvé sa vie également, sans parler de sa santé mentale. Harry n'avait aucun doute sur le fait qu'il serait un aliéné délirant maintenant sans les efforts infinis de Rogue cette année. Cela ne demandait-il pas sa gratitude et toute sa loyauté également ?

Mais Sirius avait été le parrain d'Harry et le meilleur ami de son père, même s'il n'avait pas été particulièrement fait pour le rôle de tuteur. Harry fronça les sourcils. D'où lui était venue cette pensée ? Sirius était un tuteur fantastique !

Mais même alors qu'il le pensait, Harry savait que ce n'était pas vrai. Harry avait passé autant de temps à s'inquiéter pour Sirius que Sirius en avait passé à s'inquiéter pour lui. En plus, de plusieurs manières, Sirius avait toujours été un enfant lui-même. En fait, réalisa Harry, Sirius était plus comme un grand frère qu'il avait adoré et idéalisé. Le genre de personne qui aimait s'amuser, était un petit peu imprudent et qui vous envoyait le meilleur balai de Quidditch au monde pour votre anniversaire. Harry sourit avec affection en se rappelant le souvenir et soupira.

Malheureusement, se rappeler de Sirius ne résolvait pas le problème d'Harry avec Rogue, qui n'était certainement pas quelqu'un aimant s'amuser ni quelqu'un d'imprudent, qui ne lui avait rien donné d'autre que des moqueries à chacune de ses erreurs, qui était exigeant et critique, qui le détestait et, pourtant, qui avait été là pour le protéger quand il en avait le plus besoin, qui avait passé nuit après nuit à lui enseigner, alors que la propre frustration d'Harry lui donnait envie d'abandonner, qui l'avait aidé à trouver la force d'endurer certaines des pires expériences de sa vie.

Harry s'assit dans son lit. Avait-il dépendu autant de Rogue durant cette année ? Je ne veux pas avoir autant besoin de lui ! pensa Harry désespérément. En plus, Rogue ne voudrait pas que ce soit le cas. Au mois, Rogue ne savait pas ce qu'il ressentait. Pendant qu'Harry était assis à pleurer à côté du lit de son professeur, il avait heureusement été inconscient. Harry ne pensait pas qu'il pourrait faire face à l'humiliation si Rogue l'avait su.

Quelqu'un frappa à la porte, ce qui fit sursauter Harry. Il prit une profonde inspiration et expira lentement.

— Entrez.

Dumbledore ouvrit la porte et sourit à Harry.

— Ah, Harry, je pensais te trouver ici. J'espère que je ne te dérange pas.

— Bien sûr que non monsieur, dit Harry en sautant du lit pour ramasser ses robes qu'il avait laissées tomber sur le sol. Je suis désolé, c'est un peu en bazar là.

— Laisse Harry, ce n'est pas important. Je suis bien plus intéressé par ta condition.

— Je vais bien. Juste un peu fatigué, c'est tout.

— Je veux en être sûr Harry, dit Dumbledore. Tu as eu une nuit assez mouvementée. Y a-t-il quoi que ce soit dont tu voudrais parler ?

— Comment va le professeur Rogue ?

— Il dort pour le moment, mais ne t'inquiète pas, il se rétablira entièrement.

Harry se rassit sur son lit et réfléchit.

— Donc qu'est ce qui se passe maintenant ? Il ne peut évidemment plus être un espion et Voldemort va le vouloir mort.

— Le Professeur Rogue est plus en sécurité ici que n'importe où ailleurs, répondit Dumbledore. Et il n'est sûrement pas le seul que Voldemort veut voir mort. Harry sourit légèrement en voyant le regard insistant de Dumbledore.

— A quel point cela va-t-il toucher l'Ordre de le perdre comme espion ?

— Pas autant que ce que tu pourrais penser. C'est un coup certainement de perdre notre accès à l'intérieur du conseil de Voldemort, mais il existe des alternatives moins directes. Les partisans de Voldemort sont disposés en un réseau de la forme d'une toile d'araignée : très étendu, et avec beaucoup d'interconnexions. Pour quelqu'un qui connaît bien le réseau et sait comment interpréter ses mouvements il y a beaucoup de possibilités de glaner des informations. Cela aurait été un coup bien plus grand si on avait perdu le Professeur Rogue. Que ce ne soit pas le cas est entièrement grâce à toi.

Harry rougit.

— Je pense que vous et les autres y avez beaucoup fait.

— On a joué notre rôle, certainement, reconnut Dumbledore. Mais on n'aurait rien pu faire sans toi. Tu as fait des progrès extraordinaires en Legilimancie. Le Professeur Rogue était assez impressionné.

— Vous lui avez dit ? demanda Harry, terrifié.

— Harry, il est bien conscient que l'on n'avait aucun moyen de le retrouver. Il a demandé, bien sûr.

— A-t-il demandé pourquoi j'étais là ce matin ?

— Oui.

Harry déglutit.

— Que lui avez-vous dit ?

— Je pense qu'il a réussi à déduire votre motivation par lui-même.

Harry ferma les yeux.

— Harry, ce n'est pas aussi grave que toute cette histoire et tu n'imaginais sûrement pas qu'il ne le réaliserait pas.

— J'avais espéré.

Dumbledore sourit.

— Ça devrait s'arranger tout seul, je te le promets.

Pour une fois, Harry n'avait pas du tout foi en l'optimisme de Dumbledore. Clairement, le Directeur ne connaissait pas Rogue comme lui. Mais c'était inutile de contredire Dumbledore. Harry sourit de la manière la plus convaincante qu'il put en réponse.

— Oui, monsieur.

— Repose-toi Harry.

Dumbledore tapa amicalement Harry sur l'épaule, lui donna un dernier clin d'œil encourageant et partit.

Harry retomba sur son oreiller. Il était furieux envers Rogue et furieux envers lui-même et par-dessus tout furieux envers la vie qui ne semblait jamais le laisser en paix. Il ne savait pas du tout comment il allait faire face à Rogue et il pouvait penser à un grand nombre de commentaires humiliants qu'il allait vraisemblablement lui faire. Puis, à nouveau, Harry réalisa que Rogue ne dirait probablement rien du tout. Aussi tenté que Rogue pourrait être de le ridiculiser, cela voudrait dire reconnaître ce qu'Harry avait fait et Harry était certain que son professeur ne voudrait pas le faire.

Harry s'assit, ouvrit la fenêtre et regarda le grand ciel bleu au-dessus de lui. C'était un jour parfait : les parfums du printemps lui parvenaient par la fenêtre et Harry inhala profondément, puis laissa échapper un soupir mélancolique. Il ne savait pas ce qui était pire, avoir ses sentiments moqués ou ignorés, mais d'une manière ou d'une autre, il était sûr que son prochain rendez-vous avec Rogue ne serait pas plaisant.


Harry fut ravi quand il fut enfin l'heure de descendre à la Grande Salle pour le déjeuner. Au moins, il arrêterait de penser à Rogue un moment. Mais à peine avait-il rejoint le reste de ses camarades de classe à la table de Gryffondor que Dumbledore se leva pour s'adresser à la Salle.

— Puis-je avoir votre attention, s'il vous plaît ? dit le Directeur. Puisque le Professeur Rogue devrait vraisemblablement rester à l'infirmerie pour quelques jours et étant donné les temps incertains dans lesquels nous vivons, j'ai décidé de nommer un Directeur de Maison intérimaire de Serpentard pour être sûr que les problèmes rencontrés par les élèves de Serpentard puissent être abordés dans les plus courts délais. Le Professeur Ryan a courageusement accepté de servir de Directeur de Maison intérimaire pendant que le Professeur Rogue est indisposé.

Des acclamations quasi-universelles s'élevèrent dans la salle, accompagnées par des applaudissements, sifflets et cris d'approbation. Ryan, lui-même, souriait avec ravissement et avait l'air plutôt satisfait de lui.

On croirait qu'il vient d'être nommé Ministre de la Magie, pensa Harry amèrement. Il se sentit indigné au nom de Rogue. Il n'était même pas midi et Dumbledore avait déjà désigné un nouveau Directeur de Maison !

Dumbledore leva sa main pour faire taire les élèves et sourit.

— J'allais également vous demander de lui procurer votre entière coopération, mais clairement cette demande n'est pas nécessaire.

Dumbledore se rassit et il y eut un fracas de couverts alors que tout le monde entamait son repas.

— C'est bien de voir que Dumbledore a enfin fait ce qui est juste en désignant Ryan comme Directeur de Serpentard, dit Seamus joyeusement.

— Peut-être que si Ryan s'en sort bien, Dumbledore le gardera, ajouta Ron. On peut espérer en tout cas.

Harry serra les dents et tourna son attention à son repas, frappant vicieusement une pomme de terre avec sa fourchette.

— Tu ne penses pas que c'est un peu bizarre tout de même ? demanda Parvati. Je veux dire, cela paraît bizarre que le Professeur Rogue soit malade aussi longtemps.

— Je me demande ce qu'il a, dit Lavande.

— Il a probablement bu une de ses propres potions, dit Dean et il fut récompensé par un rire général de ses camarades de Gryffondor.

Harry ne se joignit pas à eux et Parvati, assise en face de lui, s'adressa à lui avec inquiétude.

— Harry tu vas bien ? Tu n'as pas l'air très bien, tu sais.

— Ouais, dit Neville. Tu devrais faire attention. Il ne faudrait pas que tu finisses avec le même truc que ce que Rogue a attrapé.

Harry regarda ses camarades puis leur lança un sourire désabusé.

— Non, tu as raison, je ne voudrais pas attraper ça.

— Potter ne pense même pas à tomber malade ! commanda Katie, ayant l'air sérieusement horrifiée. Il reste moins d'une semaine avant notre match contre Poufsouffle.

Ron leva les yeux au ciel.

— Katie, tu ne peux pas nous lâcher ?

— Ne t'inquiète pas, assura Harry sèchement à Katie. J'essaierai de vivre assez longtemps pour gagner le match.

Harry retourna à effleurer son déjeuner et Ron se pencha pour lui parler.

— Harry, qu'est-ce que tu as avec Ryan ? Tu lances des regards noirs à chaque fois que quelqu'un mentionne son nom.

Harry regarda autour de lui pour s'assurer que personne ne les écoutait et se pencha pour lui parler à voix basse.

— Tu sais ce que Rogue a enduré. Je pense juste que c'est un peu tôt pour nommer un nouveau Directeur de Maison, c'est tout.

— Et tu n'aimes pas Ryan.

— Non.

— Ecoute, si une maison a besoin d'être surveillée, c'est Serpentard. Tu voulais que Dumbledore nomme qui ? Binns ?

— Non, bien sûr que non.

— Alors laisse Ryan tranquille.

Harry savait que Ron avait raison : il n'y avait personne d'autre pouvant faire le boulot. Peut-être qu'il était en effet injuste envers Ryan.

— Ok, tu as raison, approuva Harry. Quelqu'un doit garder un œil sur Malfoy et sa bande. Je suppose que personne ne pourrait faire mieux que Ryan.

Ron sourit puis se lança dans une discussion sur les Canons de Chudley qui avaient réussi à gagner leur dernier match. L'enthousiasme de Ron était contagieux, et Harry était heureux de laisser les détails de la description du jeu des Canons par son ami dissiper son ressentiment envers Ryan, tout comme ses inquiétudes persistantes au sujet de Rogue.