Bélisse le regarda d'un air horrifié, les mains tremblantes et toujours tendues en avant. Martial était impuissant devant les angoisses de sa fille, blanche comme un linge à présent. Il ne savait plus quoi faire alors il continua son récit :
-Bélisse, sais tu qui est E.F. ? Sa voix était calme et rassurante.
Mais la jeune femme était complètement incapable de parler, elle avait les yeux grand ouverts, fixant toujours ses avant-bras.
-C'est le fils de la famille Furston, Eléam, il devrait avoir ton âge à ce que je saches. Mais personne ne….
-non non non non non…. Il n'ont pas pu faire ça. La jeune femme ne l'écoutait plus, elle pensait à voix haute.
-Bélisse, tu sais tes parents n'étaient pas…
-ARRETE ! et elle se leva brutalement pour se réfugier dans sa chambre en courant.
Dans le Hall d'entrée, Pablo qui rentrait du sport la vit passer en pleures, il tenta de l'interpeller, mais rien à y faire, elle monta les étages quatre à quatre et il n'eut que le temps d'entendre la porte claquer. Martial sorti du Bureau l'air abattu.
-mais qu'est-ce
qu'il s'est passé enfin ?
-C'est une longue histoire
Pablo et je ne suis pas sûre que tu sois prêt pour
l'entendre. Laisse là, il lui faut un moment pour assimiler
tout cela. Et il s'isola à nouveau dans la
bibliothèque.
Pablo frappa à la porte de sa sœur mais aucune réponse. Il était particulièrement inquiet car il n'avait pas l'habitude de la voire si bouleversée, en colère oui, mais traumatisée non !
-Bélisse, je ne sais pas ce que papa t'a raconté, mais je suis là, dans ma chambre, viens me voir quand tu le voudras.
Sa sœur l'avait parfaitement entendu, mais là, elle ne pouvait parler à personne sauf peut-être à Sévérus, mais il n'était pas là. « Combien d'immondices sont encore gravés dans ma chaire » pensa-t-elle ! elle se précipita sous la douche, comme pour tenter d'effacer les deux lettres rouges redevenues pourtant invisibles. Sous l'eau bouillante, elle se frottait encore et encore les poignets jusqu'à les irriter et même les faire légèrement saigner. Ses parents tenaient si peux à elle pour avoir oser gâcher son avenir. Mais après tout, étais-ce si surprenant ? d'après ses souvenirs, les Bellecours n'avaient jamais été très proches de Bélisse et son frère. Alors après tout, un mariage arrangé…
Elle mis deux bonnes heures après sa douche pour retrouver un peu ses esprits et penser ses poignets. La première personne à qui elle pensa ensuite fut Sévérus… elle voulait ses bras, elle aurait tout donné à cette instant pour qu'il l'enlace et lui dise que rien n'était grave de sa voix suave. La jeune femme avait du mal à respirer en imaginant qu'elle devrait attendre la fin de la semaine pour le retrouver. Elle pris alors sa plume pour lui écrire.
Professeur,
Je
viens d'obtenir de nouvelles informations. Mes parents (Bellecours)
avaient organisé un mariage arrangé avec le petit
dernier de la famille Furston (j'ai les lettres EF gravés
sur mes poignets). Visiblement, il m'a retrouvée et il veut
son dû. J'avoue éprouver une certaine crainte, je n'ai
besoin que de vous professeur. D'ailleurs voilà deux jours
que je dois parer à votre absence et ce séjour me
paraît interminable. Une seule question m'obsède :
comment ais-je pu attirer votre attention, moi, petite étudiante
en dernière année, une fille impopulaire et
transparente pour la plupart des autres élèves ? Je
dois vous sembler si fade par rapport à vos autres
conquêtes.
B.A.
Lorsque Sévérus reçu cette lettre, il devint fou de rage, mais contre combien de « prétendants » devrait-il encore se battre ? en fait peu importe, ils pourraient bien être mille qu'il ne la laisserait jamais tomber. Il devait vraiment se retenir pour ne pas immédiatement aller la chercher et la garder tout près de lui pour qu'il ne lui arrive rien. Mais Bélisse Arandal n'était pas une femme que l'on enferme dans le musée qu'auraient été ses appartements. Elle devait vivre au grand jour et il savait que plus tard, d'une manière ou d'une autre, elle serait admirée de tous. Cette pensée le fit tressaillir, comment lui, celui qui avait toujours été rejeté par les autres pourrait-il garder une fille comme elle auprès de lui ?
Il laissa alors ses expériences quelques minutes pour répondre à son courrier.
Bélisse, Ne vous inquiétez pas, ce
rituel archaïque n'a aucune valeur de nos jour. et ne vous
inquiétez pas, je serais toujours là pour vous.
Sévérus.
Le lendemain, en lisant ces
quelques lignes, Bélisse retrouva le sourire : il avait
utilisé leurs deux prénoms…
Ho bien sure, elle
aurait préféré qu'il soit un peu plus...
explicite. Mais après tout, c'était tout lui ça
!
Au petit matin, elle sortit donc enfin de sa chambre et alla
déjeuner (elle n'avait rien dans le ventre depuis la veille
à midi). Pablo était déjà là,
visiblement, il n'avait pas mieux dormis qu'elle. Le nez dans son
bol, il levait péniblement sa cuillère jusqu'à
sa bouche et de l'autre main dirigeait le balais avec sa
baguette.
-Pablo ! Tu sais bien que nous ne pouvons utiliser la magie ici, si quelqu'un nous voyait... en effet, la famille Arandal avait emménagé dans un quartier moldu (trois autres familles de sorciers avaient également acheté ici). Ils vivaient donc pratiquement comme eux, avec une télévision, un balais pour le sol et surtout aucun elfe de maison. Petit, Pablo avait autant d'amis moldus que sorciers, ce qui n'alla pas sans poser de problème, mais le secret était tout de même bien gardé. C'est en partie ce qui avait décidé Dumbledor à confier les enfants Bellecours à cette famille, personne n'irait les chercher ici. Il fallait cependant faire preuve d'une vigilance constante pour que la voisine, particulièrement curieuse, Madame Douspis, ne constate rien d'étrange en regardant par la fenêtre lorsqu'elle passait devant la maison.
-ouai ouai... mais j'ai mes potes qui m'attendent et j'ai toute une liste de trucs à faire ici...
-bon, si t'as deux secondes, je t'explique tout ce que
m'a dit Martial hier et je fais ton ménage aujourd'hui, ok
?
-ah ! T'es trop cool comme sœur toi, vas-y je t'écoute.
Malgré les cernes qu'il avait sous les yeux, il semblait enfin
un peu plus réveillé.
Elle se lança alors dans la description de tout ce que Martial lui avait révélé. Encore une fois, Pablo semblait atterré, mais il accusait relativement bien le coup.
-tu penses que c'est la même personne qui a envoyé les lettres, le carnet et le petit mot sur le panneau d'affichage ? ce serait ce Eléam Furston ?
-j'en suis sûre… mais le soucis, c'est qu'il
devrait avoir mon âge et qu'il n'y a aucun Eléam
Furston dans les élèves. Il a du trouver un moyen de
pénétrer dans le château. J'ai entendu dire
qu'il y avait des passages secrets pour se rendre jusqu'à
pré au lard…
-il faut en parler à Rogue.
Bélisse
ne s'attendait pas à cette réponse.
-tu lui fais
confiance enfin ?
- (il maugréa dans la barbe qu'il
n'avait pas encore), il faut avouer que je préfère
l'avoir à nos côtés plutôt que contre
nous. Tien au faite, maman a laissé ce petit mot pour toi
«
ma chérie,
j'ai mon après-midi de libre, si tu
veux nous pourrons aller faire quelques courses ensemble. J'aimerais
avoir du temps pour discuter entre filles, je rentre pour manger à
midi et nous partirons ensuite »
Un après-midi dans les boutiques ne tentait pas forcément Bélisse, mais elle avait effectivement besoin de parler de sa toute nouvelle relation avec Sévérus. Ho bien sure, elle ne pouvait pas dire qui était l'heureux élu, mais peu importait !
-Pourquoi n'es-tu pas venue manger hier ? tu as un chagrin d'amour ma puce…
ho ! que c'était maladroit… mais bon, la jeune femme passa outre.
-non, c'est juste qu'Erwan me manque !
Elle n'aimait pas mentir à sa mère, Mais elle ne pouvait lui dire la vérité, elle remplaça donc le nom du professeur de potions par celui de son petit-ami officiel. Les deux femmes s'étaient arrêté quelques instant dans un café du chemin de traverse histoire de discuter en paix.
-bon, il est temps d'avoir une discussion sérieuse mère / fille. Tu as dix-sept ans Bélisse, tu es majeur et je ne peux t'interdire de faire ce que tu veux. Alors je préfère te dire que j'aimerais que tu attendes, mais dans le cas contraire, je serais plus tranquille si tu disposes de toutes les cartes en main.
Et s'en suivi une longue discussion sur… Je crois que c'est explicite non ?
Au début timide, la jeune femme s'imagina alors avec Sévérus, qui devait avoir une certaine expérience… elle en profita pour poser quelques questions à sa mère qui lui répondait le plus naturellement possible, inspirant la confiance à son interlocutrice. Lorsqu'elles se relevèrent pour continuer leurs courses, Madame Arandal était épuisée et Bélisse aussi, il fallait bien le reconnaître. Elle ne pensait pas qu'une simple discussion pourrait lui demander tant d'énergie.
Elles se rendirent alors dans divers magasins : robes de sorciers… et lingerie !
-Alicia... je ne sais pas si... enfin...
-écoute, il te faut des sous vêtements de toute façon, tu n'en as plus de valables.
Comment dire à sa mère que c'était extrêmement gênant ? Elle pris donc le parti de choisir un ensemble discret, mais avec un peu de dentelle rouge ce qui contrastait magnifiquement avec sa peau laiteuse et sa chevelure d'or. Devant la glace de la boutique, elle s'imagina le regard de son cher et tendre se posant pour la première fois sur elle et elle devint bientôt aussi rouge que la lingerie qu'elle portait. Etait-elle prête ? En tout cas, l'idée ne la repoussait pas, bien au contraire. Mais elle ne voyait pas bien comment il pourrait être heureux avec une fille de 17 ans, avait-elle les atouts nécessaires ? Elle baissa les yeux en voyant bien qu'elle n'avait rien d'une femme fatale (et ça croyez moi, c'était uniquement dans sa tête !) et se dit qu'il vaudrait mieux attendre le plus possible, histoire de ne pas le décevoir.
De retour chez elle, elle s'empressa de remercier sa mère et de s'enfermer dans sa chambre pour écrire à son grand amour :
Sévérus, vous
me manquez... Bélisse.
Le petit hibou a qui elle tendit la lettre la regarda en la suppliant. Voilà trois jours qu'il parcourait le long trajet entre Londres et Poudlard sans relâche et cela commençait à faire beaucoup pour ses petites ailes. Elle lui caressa légèrement les plumes pour lui redonner du courage, mais elle était impatiente que Sévérus réceptionne le petit mot. Le volatil s'étira alors longuement, lui lançant un dernier regard dans l'espoir qu'elle change d'avis, et s'envola en direction de l'école des sorciers.
Durant ce temps à Poudlard, André Plakmin, Sévérus Rogue et Erwan Brassac travaillaient toujours aussi intensément sur leurs projets respectifs, tous concernant Bélisse Arandal !
Le matin du quatrième jour des vacances ne fut pas différent des autres pour André Plakmin. Il se leva très tôt, à 6 heures, comme d'habitude. Souffrant officiellement de certaines "allergies", il avait obtenu une chambre individuelle dans les dortoirs de serpentard, d'autant plus que ses parents avaient payé le prix fort. Il n'aimait pas la compagnie et était ravi de cette solitude. Sa chambre n'était pas décorée aux couleurs de serpentard comme toutes les autres mais avec des tentures noires et violettes, très sombres. Il ouvrit donc doucement les yeux et s'assit directement sur son lit pour ensuite poser la jambe gauche en premier sur le sol, rapidement suivie de la droite... toujours dans cet ordre... ensuite, il allait à la salle de bain, prenait une douche durant 12 minutes, ni plus, ni moins et se séchait avec la serviette qu'il avait posé près des aeros chauffantes, radiateurs en moldus, la veille au soir. Il se brossait les dents, d'abord à gauche, puis à droite. Et s'habillait.
Jusque là, tout allait bien.
André Plakmin souffrait de troubles obsessionnels compulsifs (et oui, les sorciers aussi peuvent y être sujet) depuis environ sept ans, à la suite d'un traumatisme. Il perdait donc une bonne heure le matin dans des vérifications primordiales qu'il devait mener à bien pour passer une journée sans problème. C'est ainsi qu'après être sorti de la salle de bain, il y rentra de nouveau précipitamment, comme tous les matins, pour se relaver les mains (pourtant déjà propres). Il procédait à ce rituel après avoir préparé son matériel pour les cours, une autre fois après avoir enfilé sa cape et de nouveau lorsqu'il avait touché la poignée de sa porte (qu'il ne pouvait ouvrir de suite). A partir de là, et seulement ce rituel respecté scrupuleusement, il réussissait enfin à sortir de sa chambre.
--Flash Back--
André Plakmin, alias Eleam Furston, avait été enlevé en pleine nuit alors qu'il n'avait que onze ans par des mages noirs sans savoir pourquoi. Ce soir là, il ne s'était pas brossé les dents comme lui avait ordonné sa mère et était persuadé que cela avait attiré le malheur dans sa famille. Ses parents étaient pourtant des partisans du maître et il était habitué à voir les mangemorts chez lui, mais cette fois, rien n'était comparable... tout avait été si brutal, si violent. Heureusement, des troupes d'aurors avaient réussi à les intercepter avant qu'ils n'aient le temps d'emmener la petite famille hors de la maison, mais tout de même...
Plus tard, devant le tribunal du ministère, ses parents plaidèrent leur cause en affirmant qu'ils étaient soumis à l'imperium... Ce qui avait fonctionné. La famille Furston déménagea ensuite en Europe Centrale et Eleam pu débuter sa scolarité « magique » à Durmstrang en tant qu'André Plakmin. Durant cette première année, il avait fait un certain nombre de découvertes sur sa famille, questionnant sans cesse ses parents. Ces derniers avaient fini par lâcher que la famille avait un secret depuis des temps anciens et qu'il fallait le préserver à tout prix. En un soir, il avait donc apprit son contenu et qu'il ne pourrait y avoir accès que lorsqu'il aura épousé une certain Alexandra Bellecours dont on avait perdu la trace. Bien entendu, Eleam s'était révolté contre ça. Il avait tenté d'effacer les deux lettres immondes gravées dans ses poignets, A.B, en se mutilant lui-même, mais rien n'y avait fait.
L'année suivante, son père était venu lui annoncer qu'Alexandra Bellecours avait été localisée et qu'elle étudiait à Poudlard sous le nom de Bélisse Arandal. Les trois membres de la famille Furston déménagèrent une nouvelle fois et c'est ainsi qu'André rentra directement en deuxième année, dans la classe de Bélisse. Au début contre cette relation (il n'aimait pas les gens, voire même les êtres vivants en général, encore moins les filles et voulait rester seul toute sa vie), il changea rapidement d'avis en la voyant. Connaissant les deux secrets de famille, il était avide d'en prendre pleine possession et si, pour cela, il devait épouser un autre être humain, autant que ce soit elle !
Mais au cours de cinq dernières années, jamais il n'était arrivé à prendre le contact avec la miss ! C'était au dessus de ses forces de parler à quelqu'un. Alors à elle en plus !
--fin du Flash Back--
André sortit donc de sa chambre pour se rendre à la salle à manger. Il devait arriver dans les premiers pour ne pas avoir à supporter le vacarme causé par les élèves (et puis surtout leurs railleries). Il mangeait vite, très vite. En seulement 5 minutes, chronomètre en main, il avait avalé du pain (sans beurre ni confiture) et un verre de lait froid. Il se levait et sortait du plus rapidement qu'il le pouvait, mais ça n'était pas évident. En effet, il avait pris la manie de ne pas marcher sur les jointures des pierres qui composaient le sol. Il ne posait donc ses pieds que sur les dalles pleines, ce qui l'empêchait d'avoir une allure normale, devant allonger ou raccourcir ses pas en fonction de leur emplacement. Cette démarche rajoutait un air ridicule et bizarre à son aspect général. Il était de taille moyenne pour un garçon (enfin pas plus d'1m70), les cheveux noirs au bol, mais toujours plaqués par la graisse qui les rendait luisant. Son visage fin ne contrastait pas avec sa silhouette presque maigre. Le dos d'André, légèrement voûté à force de fixer le sol pour se déplacer semblait attiré vers l'avant par ses frêles épaules qui portaient la misère entière de ce monde (et accessoirement « quelques » pellicules en fin de journée).
Son regard sournois ne l'aidait pas à engager le dialogue avec qui conque, même les enseignants ne se risquaient pas à l'interroger pour ne pas avoir à le regarder, non par peur, mais plutôt par répulsion. Seul le professeur de potion semblait faire abstraction de son apparence physique sans pour autant lui faire de cadeau.
Après son déjeuner donc, il devait aller à la bibliothèque histoire de faire quelques recherches sur les ingrédients qu'il voulait tester cet après-midi dans la salle spéciale. Mais avant toute chose, il se rendit vers l'endroit où arrivait le courrier histoire de vérifier si ce qu'il avait ressentit la veille était vrai. En effet, il faut préciser qu'André Plakmin est né avec un don particulier. Comme certains sorciers ont un troisième oeil, André lui, maîtrise l'empathie. Il peut capter et interpréter les sentiments d'une personne en se concentrant sur elle. Depuis sa plus tendre enfance, ses parents ont tout fait pour développer cette particularité très récurrente dans sa famille. Le fondateur de la lignée des Furston lui-même arrivait à jouer avec les âmes. André s'était révélé particulièrement doué, voila pourquoi il supportait mal la compagnie d'autres personnes, surtout en nombre, car toutes les émotions affolées des adolescents de Poudlard lui arrivaient de plein fouet. Mais ce n'était pas tout. Dès qu'il eut posé un pied dans le château, il s'était aperçu que le rituel le promettant à Alexandra Bellecours avait renforcé sa capacité à se connecter à elle. Avec un minimum de concentration, il arrivait à percevoir très clairement ce qu'elle ressentait, d'abord lorsqu'elle était dans la même pièce que lui, puis depuis son dortoir et enfin lorsqu'elle était chez ses parents, dans la banlieue de Londres. Bien sûre, plus elle était éloignée, plus il avait du mal à interpréter les vibrations, mais tout de même...
Hier
justement, il avait très clairement perçut qu'elle
voulait contacter Severus Rogue. Visiblement, les avertissements
écrits qu'il leur avait envoyé n'avaient pas suffit à
les séparer. Il devait donc agir autrement.
Arrivé
vers le pigeonnier, il attendit quelques instants, observant toutes
les lettres de la journée entassées dans un coin mais
rien ne lui indiquait quelle lettre venait de Bélisse.
Soudain, un petit hibou se posa laborieusement sur le sol, épuisé
et visiblement en retard. Il portait une toute petite enveloppe qui
pourtant semblait peser une tonne. A son passage, les sens d'André
s'affolèrent : c'était ça. Il s'empressa donc de
voler le message au petit volatile qui ne résista pas très
longtemps vu l'état dans lequel il se trouvait. André
partit sur le champ se laver les mains dans les toilettes de Mimi
Geignarde (il était certain de n'y croiser personne) et ouvrit
enfin le mot :
« Severus, vous me manquez, Bélisse ».
« Tu as enfin une amoureuse ? »
Aucune réponse !
« Ha bien sur, personne ne veut
répondre à Mimi Geignarde, comme d'habitude, je suis
transparente, même pour toi »...
« Va t'en ou
bien je mets ton âme en bouteille »
Mime, horrifiée, plongea dans les toilettes en éclaboussant tout dans un rayon de trois mètres alors qu'André en profitait pour brûler le fameux message.
« Celui-ci, tu ne l'auras pas ! ».
Dans les cachots, le maître des potions était enfin satisfait devant un flacon contenant un liquide pâteux. Il s'essuya le front et repoussa les cheveux qui lui passaient devant les yeux en arrière. Le manque de sommeil l'empêchait déjà de profiter pleinement de sa vue encore affaiblie, il ne devait pas plus être gêné. Enfin il allait savoir si son projet pourrait aboutir. Il retroussa donc sa manche gauche, pris sa baguette dans la main droite, se concentra, respira un bon coup et « Scribere Infinitis ». La douleur lui fit serrer les dents mais heureusement, il ne devait marquer qu'un tout petit point...
En effet, Severus n'avait jamais réellement vu le dos de Bélisse, il l'avait seulement parcouru du bout des doigts, mais il imaginait très bien ce qu'elle pouvait ressentir par rapport à ses cicatrices. Lui-même aurait tout fait pour se débarrasser de la fameuse marque sur son bras droit. Le sortilège de « Scribere Infinitis » avait été inventé au Moyen-Âge pour marquer le cheptel des paysans. Ces derniers le pratiquaient sur leurs animaux pour ne pas se les faire voler par un autre sorcier. Les écrits, indélébiles, étaient une preuve de leur possession sur la bête. Les mangemorts avaient ensuite repris ce sort afin de torturer leurs victimes, en effet, si la pauvre bête ne ressentait pas grand chose d'autre qu'une piqûre de moustique grâce au cuir, un être humain souffrait atrocement lorsque la finesse de la peau accueillait les brûlures. « Faire subir cela à une enfant de onze ans ! » il secoua la tête en signe de protestation. Un simple petit point sur le bras lui avait déjà provoqué un léger mot de tête alors une séries de trois mots ! Comment avait-elle fait pour résister à ça sans même s'évanouir ?
Depuis le départ de Bélisse, il avait tenté de fabriquer une potion à faire pénétrer dans l'épiderme pour diminuer la lisibilité des mots gravés dans son dos. Il testait donc aujourd'hui le sort sur lui pour voir si la crème fonctionnait histoire de ne pas lui faire de « fausse joie ».
« Hum... pas très concluant ».
La boursouflure causée par le sort avait perdu sa teinte rouge, mais elle restait encore trop évidente. Il décida donc de poursuivre ses recherches.
Entre temps,
André était enfin parvenu à la Bibliothèque.
Il demanda un livre disponible uniquement en magasin puisque seuls
les élèves de dernières années y avaient
accès, et en débuta la lecture. Il traitait des
substances utilisées en médecines. Mal gérées,
ces dernières pouvaient être mortelles, c'est pourquoi
il fallait avoir une certaine pratique de la magie pour accéder
à cet ouvrage. Plongé dans sa lecture, il ne se
souciait pas des regards écœurés que lui lançaient
un groupe de filles de sixième année installées
juste en face de lui. Terré dans sa solitude, André n'y
faisaient plus attention, il vivait comme il en avait envie, qu'il
soit en publique ou non et en l'occurrence, il laissait libre cours à
des manies relativement « dégoûtantes ». En
lisant, il s'arrachait un, deux ou trois cheveux (d'environ cinq bons
centimètres) et les portait jusqu'à sa bouche pour les
sucer ou les enrouler autour de sa langue (comme font les moldus avec
un chewing gum qu'ils étirent avec un doigt et ré
ingurgitent ensuite).
« Beurk ! Il est vraiment immonde ! »
Et les cinq poufsouffle se retournèrent histoire d'éviter
des complications supplémentaires à leur estomac.
- Regarde, c'est Erwan..., qu'est-ce qu'il est beau, dommage qu'il soit avec l'autre tordue, j'me demande ce qu'il lui trouve !
- Hum, c'est simple, ce doit être une fille facile, elle est bien roulée, il faut avouer. Mais avec son caractère d'hypogriffe, je me demande comment il fait pour la supporter. Moi en tout cas j'aimerais bien tenter ma chance !
- Alors vas-y, fonce. Pour une fois qu'il est seul… Il a l'air de recherche un ouvrage, tu n'as qu'à lui proposer de l'aider !
- Tu crois ?
- Allez Flo, vas-y bon sang !
La jeune poufsouffle se leva, un peu fébrile, et se dirigea d'un pas mal assuré vers le joueur de Quidditch.
- Pas mal le
match d'avant les vacances, les serpentards ont fait fort.
- Hein
? Ah ! Salut Flo.
- Dis moi, tu as l'air de chercher quelque
chose, je peux t'aider ?
Florine s'était appuyée
nonchalamment contre une étagère et lançait des
yeux doux au serpentard. Elle n'était qu'en sixième
année mais paraissait bien plus mature.
- Non c'est bon,
mais merci. Et Erwan se dirigea vers la sortie de la bibliothèque.
-
Dis… demain on a une sortie à Pré au lard, tu ne veux
pas venir avec moi prendre une bieraubeurre ?
- Ecoute, en ce
moment, je n'ai pas franchement le temps…
- Allez, ça te
détendra, c'est juste un verre, rien de plus !
- Bon, à
demain alors.
Dès qu'il tourna les talons, Florine laissa échapper un petit « yes ! » en se rendant à nouveau vers ses amis qui gloussèrent de plus belle !
« Il est vraiment trop faible, c'est consternant ! » André avait parfaitement senti le désir d'Erwan pour la jeune aguicheuse. A 17 ans, il devient difficile de résister à de telles avances, surtout que Bélisse n'avait pas l'air très... câline avec lui, en tout cas moins qu'avec ce satané professeur. D'un geste, il referma le livre qu'il parcourait et se rendit dans un couloir isolé pour s'arrêter enfin non loin d'un tableau ou un troll frappait un pauvre danseur avec sa massue. Devant le mur... il pensa très fort au laboratoire dont il avait besoin, fit trois allés retours en face du mur...et pénétra dans la salle. André esquissa un sourire lorsqu'il se retrouva à l'intérieur, devant tout le matériel ainsi que les ingrédients qui lui étaient nécessaires, tous parfaitement propres et ordonnés. Il n'avait pas oublié de commander un sandwich ainsi qu'un petit lavabo pour se laver encore et toujours les mains.
Il savait parfaitement qu'il était proche du but et ses espoirs furent totalement comblés en fin d'après-midi. Une petite souris était plongée dans un coma profond, avec de la fièvre, mais elle était toujours en vie.
- Parfait, maintenant passons à quelque chose de plus gros.
Il donna le petit liquide vert à boire à une chouette blanche, en plus grande quantité cette fois et son sourire redoubla lorsqu'il obtint le même résultat. Il avait enfin réussi à adapter la quantité de potion nécessaire en fonction de la taille et du poids... il ne restait plus qu'à attendre son retour à la rentrée et le faire prendre à Bélisse…
