Chapitre Quatorze
Nouvelle mission
Lorsque Gaara vint soumettre à Kankuro l'idée du Dédale, le marionnettiste devint euphorique.
« C'est parfait ! Pourquoi on n'y a pas pensé plus tôt ! »
Gaara hocha la tête. « En effet, c'est parfait. »
« Ce dédale, qu'est-ce que c'est ? » Interrogea Neji. « Je ne me vois pas trop devoir te courir après toute la nuit dans un espace ouvert, Kankuro. Et si je perdais ta trace ? »
« C'est un terrain d'entraînement. Tu n'auras même pas à y aller, les Gardiens seront là. »
« Qui ça ? »
« Ce n'est pas vraiment qui, mais quoi… » Eluda Kankuro.
« Et c'est malheureusement quelque chose dont nous ne pouvons te parler. » Continua Gaara. « Tu peux nous accompagner jusqu'à l'entrée du Dédale et entendre les Gardiens si tu le souhaites, mais tu ne pourras ni les voir, ni en apprendre davantage. »
« Pourquoi pas ? »
« Parce que c'est un secret uniquement partagé entre le Kazekage et les marionnettistes. » Expliqua Kankuro. « Disons qu'ils sont… à la fois les gardiens de notre Histoire et notre savoir, ainsi que des protecteurs. Ils ne partagent leurs secrets qu'avec le corps des marionnettistes. » Kankuro avait un éclat étrange dans les yeux.
Neji n'appréciait pas d'être tenu à l'écart, et était de plus en plus curieux. Mais il en savait long à propos des secrets qui ne devaient être révélés qu'au sein du clan. Néanmoins, il n'arrivait pas à s'ôter cette histoire de Gardiens de la tête.
Qu'est-ce que Kankuro avait bien pu vouloir dire par "pas qui, mais quoi" ?
Dire que l'entrée du Dédale était interdite sans autorisation aurait été un euphémisme.
Il se situait à côté du théâtre des marionnettistes, tout juste à sa gauche, pour être précis. Tout d'abord, Neji prit ça pour un autre bâtiment, avant de se rendre compte qu'il s'agissait plutôt d'une sorte d'antichambre avec un escalier qui menait à un sous-sol.
Tout au bout de l'escalier, qui semblait s'enfoncer à des kilomètres sous terre, ils atteignirent une caverne. Au centre de cette caverne, un portail. Un énorme bloc de pierre taillée à l'effigie d'une gueule de dragon.
Lorsqu'ils s'arrêtèrent devant la porte, une voix forte et sourde résonna dans la grotte.
« Qui approche ? Présentez-vous. »
Gaara fit un pas en avant. « Je suis Gaara du Désert. Le Godaime Kazekage. Vous connaissez ma voix. Vous me connaissez. »
« Nous entendons. Nous connaissons. Vous êtes digne de confiance. Le second? »
« Je suis Kankuro des Aigles Chasseurs. Frère du Godaime Kazekage. Membre de l'Ordre des Marionnettistes. Vous me connaissez. »
« Nous entendons. Nous connaissons. Le dernier? »
Kankuro sourit à Neji. « Eh bien? Tu voulais venir, non? »
C'était la vérité. Neji avait très envie de voir ça.
« Je suis Neji Hyuga, du Village de Konoha. »
Il y eu un long silence. Puis, « Pourquoi êtes-vous ici ? Vous n'êtes pas Kazekage. Vous ne faîtes pas partie de l'Ordre. Pourquoi ? »
« J'étais curieux. Je suis venu ici pour protéger Kankuro. » Un reniflement dédaigneux du concerné accompagna cette réponse.
« Aucun mal ne sera fait à un marionnettiste en ces lieux. Votre présence n'est pas nécessaire. »
Neji se sentit vexé. « Qui êtes-vous ? »
« En valez-vous la peine? »
« Je peux prouver ma valeur. »
« Oh, ça commence à devenir intéressant. » Murmura Kankuro.
« Le pouvez-vous ? Nommez le Cycle. »
Neji fronça les sourcils. « Heu… Le quoi ? »
« Nommez le Cycle. »
« Quel cycle? »
« Si vous posez la question, alors vous n'en valez pas la peine. »
Neji grommela furieusement, et s'apprêta à remettre en place ce qui manifestement se moquait de lui, lorsque Gaara intervint.
« Neji, nous n'avons plus le temps. Kankuro doit rentrer dans le Dédale dès maintenant. »
Neji aurait bien voulu répondre aux voix, mais réalisa soudainement que, une fois débarrassé de Kankuro, il pourrait enfin quitter ce coin paumé, retourner à Konoha, et tirer une bonne fois pour toutes un trait sur toute cette histoire de loups garous et autres trucs improbables.
Il ne rajouta rien.
Gaara reprit la parole. « Gardiens, êtes-vous prêts à entendre mes ordres ? »
« Parlez. »
« Plus tôt dans la journée, nous vous avons confié des animaux dans le Dédale. Y sont-ils ? »
« Ils y sont. »
« Y a-t-il qui que ce soit d'autre dans le Dédale ? »
« Personne. »
« Ecoutez-moi. A partir de maintenant, et ce jusqu'au lever du jour, mon frère sera le seul autorisé dans le Dédale. Lorsque la nuit tombera, il prendra la forme d'un loup, d'un loup garou, précisément. Lorsque ce sera fait, ne laissez personne entrer dans le Dédale. Laissez-le courir tant qu'il le souhaitera. Laissez-le chasser les animaux. Vous ne lui permettrez de sortir que lorsqu'il aura reprit forme humaine. Avez-vous bien compris mes instructions ? »
« Nous avons compris. Entrez quand vous voulez, Kankuro. »
Gaara fit un signe de tête à son frère. « Bonne chance. »
Kankuro sourit. « Pas de soucis, frangin. » Il s'approcha de la gueule du dragon. Neji vit avec surprise la gueule s'ouvrir pour le laisser passer. Avec un dernier signe de la main, Kankuro disparu dans le Dédale.
La voix profonde résonna de nouveau. « Nous connaissons une histoire. A propos d'un homme dont la femme donna naissance à une créature mi-homme mi-taureau. Ils l'enfermèrent dans un labyrinthe et lui donnèrent des humains en sacrifice. Ceci nous rappelle cette histoire. Garderez-vous Kankuro enfermé ainsi ? Nous nous demandons. »
« J'espère que nous n'en arriverons pas là. » Répondit Gaara.
« Nous le saurons. Quoiqu'il arrive, nous nous souviendrons. »
« Allons-y. »
Neji jeta un dernier coup d'œil au dragon taillé dans la roche, et se retint de justesse d'activer son Byukugan. Ce n'était probablement pas une bonne idée.
Le Dédale était entièrement taillé dans la roche. Il n'y avait pas la moindre lumière, c'était le noir le plus total. Cela faisait partie de l'intérêt de s'entraîner ici. Et, sous sa forme de loup, Kankuro n'aurait pas besoin de voir. Enfin, étant donné que la seule sortie était derrière l'énorme bloc de pierre protégée par les Gardiens, il n'y avait aucun moyen pour lui de s'échapper.
Pour la première fois depuis trois jours, il se sentit en paix.
Il sentit de nouveau la métamorphose se mettre en route. Il lui était de plus en plus facile de la voir arriver. A présent qu'il était pleinement conscient de la situation, il s'assit et se mit à analyser ses sensations. Il y avait la douleur, oh oui, une très forte douleur. En particulier au niveau des jambes et de la tête, où les changements étaient les plus évidents. Cependant, il remarqua une sensation qu'il avait, jusqu'à présent, ignoré. Il ne s'en était encore jamais aperçu, trop occupé qu'il était à combattre la transformation. C'était étrange, comme une brusque explosion de puissance. La force le submergea. De l'énergie pure, libérée de toute entrave. Le loup était fort, bien plus que sa forme humaine. Kankuro pouvait à présent distinctement ressentir toute cette vigueur.
Et, bien malgré lui, il adorait ça.
Ce n'était pas si terrible, en fin de compte. Ici, loin des gens qu'il risquait de blesser, il pouvait se concentrer. Laisser faire les choses. Peut-être même passer un bon moment. Tant qu'il restait dans le Dédale, il n'avait rien à craindre.
Son corps perdit peu à peu sa forme humaine, et cette fois-ci Kankuro ne chercha pas à résister. Il se laissa totalement aller à la transformation. Elle fut bien plus rapide que les dernières fois. Bien moins pénible, également. Et cette sensation d'énergie qui déferlait en lui… C'était… Fantastique.
Puis, l'esprit du loup prit le dessus, et tout changea autour de lui.
Tout devenait si simple, si évident. Le loup n'avait pas de village à gérer ou à protéger. Le loup n'avait pas à s'inquiéter pour son frère. Le loup n'avait pas à se demander constamment comment faire, comment réagir. Le loup, était, existait, tout simplement. Et c'était tellement relaxant, tellement facile.
Kankuro baissa entièrement sa garde. Il laissa faire le loup.
Et c'était tellement plus jouissif que de le contenir.
Le loup garou huma le vent. Oui, il la sentait. Sa proie. Il n'était pas des plus à l'aise dans cet endroit, avec tous ces murs et ces barrages. Mais ça restait bien mieux qu'une cage. Et il avait de la nourriture. Il pouvait chasser.
Il suivit la trace qu'il avait repéré. Un cochon. Bien charnu. Il était tout près. Il tourna dans un coin, et le trouva enfin. La pauvre bête le vit, poussa un cri aigu et s'enfuit en courant. Hurlant de joie, le loup-garou le prit en chasse, dévalant la route à quatre pattes. D'un bond, il atterrit sur sa proie et lui brisa le dos. Grondant, il enfonça ses crocs dans la gorge du cochon, et secoua la tête. Ce fut bref, la bête était morte avant même d'être tombée à terre.
Le loup dévora son butin avec avidité, avalant des pans de chair entiers et lapant le sang qui s'en écoulait.
C'était délicieux.
Il se sentait heureux. Bien plus qu'heureux, en fait. Comblé. Voilà ce qu'il ressentait.
Et c'était magnifique.
Au lever du soleil, le sentiment de bien-être de Kankuro n'avait pas diminué. Il avait même l'impression qu'il s'était encore accrut dans la matinée. Exactement comme lorsqu'il s'était réveillé dans son repère. Il supposa que ça devait avoir quelque chose en rapport avec la transformation, comme s'il lui léguait un peu d'énergie supplémentaire. Pourquoi pas, après tout ? S'il avait passé la nuit entière à galoper, il aurait bien besoin d'un peu de force pour garder la forme la journée suivante. Du moins, ça lui semblait cohérent.
Gaara et Neji l'attendaient à l'entrée du bâtiment.
« Comment ça s'est passé ? » Demanda Gaara.
« Impec, aucun problème. Si quelqu'un a envie de bacon, il doit en rester un peu là-dedans. »
Gaara fronça des sourcils. « Ca ira, merci. »
« Comme tu voudras, frangin. »
Gaara observa son frère. Kankuro semblait en bien meilleure forme que ces derniers temps, probablement en grande partie parce qu'il n'avait pas eu la crainte de s'attaquer à un civil. Il savait pertinemment ce que représentait pour lui son devoir envers le village, et que s'il venait à blesser quelqu'un, il ne s'en remettrait pas. Le fait de ne pas avoir à s'en soucier avait dû être un véritable soulagement pour lui.
« Tout vas bien, alors? » Insista Gaara.
« Ouaip, je me suis jamais senti aussi bien. »
« Bien, alors il faut que je te parle de quelque chose. Tu te rappelle du rapport concernant les nuisances venant du Pays de la Fumée ? »
Kankuro hocha la tête. « Ouais. »
« L'équipe qui avait été envoyée pour cette mission n'est pas revenue. Je veux que tu partes enquêter là-bas avec l'équipe de Kiba. »
Kankuro acquiesça, suivant la logique de son frère. Les shinobis de Konoha avaient été envoyés par l'Hokage à Suna avec pour instruction de suivre les ordres du Kazekage et, vu la faible population de shinobis du Sable restée sur place pour assurer la protection du village, il était plus sage d'envoyer ceux de la Feuille. L'équipe de Kiba possédait un traqueur (Kiba lui-même), les talents de Hinata au Byuakugan, et un maître des insectes très utile pour transmettre des messages ou servir d'éclaireur. Kankuro savait parfaitement pourquoi Gaara l'avait choisi pour les guider plutôt que Temari ou n'importe quel autre shinobi. Le Pays de la Fumée se situait à l'Ouest de leur frontière, et était beaucoup plus loin du village du Sable que ne l'était celui de la Feuille. Il fallait un jour et demi pour quitter le Pays du Vent et atteindre la frontière du Feu, et le chemin était parsemé de plusieurs oasis. La zone Ouest était bien plus pauvre en aires de repos, et il fallait au moins quatre jours pour atteindre le premier point d'eau. C'était un voyage particulièrement épuisant, et beaucoup avaient déjà mal tourné. Kankuro, cependant, avait parcouru les terres de l'Ouest de nombreuses fois, et les connaissaient comme sa poche. Il avait également l'avantage d'en savoir plus sur les tribus qui s'y trouvaient que son frère et sa sœur. Les tribus avaient beau être nomades, elles avaient certains territoires qu'elles affectionnaient plus que d'autres. L'Ouest était principalement le domaine des Dragons Sanglants (alliés des Aigles Chasseurs), des Chats des Sables (une tribu neutre), des Crocs de Serpent (qui étaient plus agressifs, mais pouvaient être raisonnés), ainsi que de sa propre tribu, les Aigles Chasseurs. Kankuro connaissait les us et coutumes de ces tribus bien mieux que Temari ou Gaara, et pourrait communiquer avec eux dans les meilleures conditions.
« Et il vient avec nous aussi en cas de besoin, je suppose ? » Kankuro désigna Neji d'un coup de tête. Il ne voyait pas pour quelle autre raison le Hyuga se trouverait ici.
« En effet. » Confirma Gaara.
« Je suppose que tu as déjà tout préparé, hein ? » Kankuro leva les yeux au ciel. « S'il faut y aller, autant partir au plus vite. Histoire d'avancer un maximum avant midi. »
« On n'attend plus que toi. » Gaara en savait long sur les longues traversées en plein désert, et avait fait en sorte de les préparer au mieux.
« Parfait. Laisse-moi deux minutes pour récupérer mes pantins et prendre une douche rapide, et je cours retrouver Les gars de la Feuille à la porte Ouest. »
Bien entendu, Kiba fut le premier à trouver quelque chose à redire.
« Attendez ! On est cinq ! Je croyais que les équipes ne devaient pas dépasser quatre ninjas! »
« Les shinobis du Sables n'imposent pas de limites au nombre des équipes. » Répliqua Kankuro. « On envoie autant de shinobis qu'il est nécessaire pour accomplir la mission. Lui vient avec nous au cas où je me transformerais de nouveau en loup et tenterai de bouffer tes entrailles… A moins que tu ne te portes volontaire ? »
Kiba grimaça. « Okay, je vois où tu veux en venir. Bon, c'est quoi le plan? » S'il avait toujours autant de mal à supporter la puissante odeur de loup qui émanait de Kankuro, il adhérait au concept de chef d'équipe, et n'hésiterait pas à le suivre en tant que leader.
« Tout d'abord, écoutez-moi bien. Ce voyage sera différent de tous ceux que vous avez déjà eu l'occasion de faire dans le désert. Nous allons être amenés à traverser des milieux très durs. Prenez chacun une gourde d'eau. » Kankuro leur distribua les gourdes que venait de lui apporter un shinobi. « Vous ne boirez que lorsque je vous dirai de le faire, ni plus ni moins. Nous devrons y faire extrêmement attention, car nous ne rencontrerons pas le moindre oasis pendant quatre jours. Si vous manquez d'eau, ce sera foutu pour vous. Il faut trois jours au mieux à un homme pour mourir de déshydratation dans le désert. Et les pilules de survie ne peuvent rien contre ça. Nous prendrons également un peu de nourriture avec nous, même s'il sera moins dramatique d'en manquer. Il y aura toujours de quoi chasser. J'espère que vous aimez les brochettes de lézards, parce qu'on devra peut-être en arriver là. Autre chose, si l'on devait tomber sur une tribu, quelle qu'elle soit, ne parlez pas. Je serai le seul à parler, pendant que vous essayerez d'avoir l'air inoffensif. Surtout toi, Hyuga. Il n'y a rien qui puisse davantage agacer les nomades que d'arrogants mecs des villes. Et, oui, j'en suis un aussi, mais contrairement à vous je sais quoi faire pour éviter de les énerver. Nous voyagerons pendant l'aube et le crépuscule, et nous reposerons le jour et la nuit. Il est beaucoup trop dangereux de s'exposer en plein soleil, et les nuit sont particulièrement froides. Restez continuellement couverts. Je me fiche de savoir si ça vous pose problème, dites-vous que ça serait bien pire si vous vous faisiez brûler par le soleil. Ne vous approchez pas de la faune et la flore, je m'adresse à vous en particulier, Dog Boy et Bug Boy. Il y a plus de trucs empoisonnés dans le coin que vous ne pouvez imaginer et je n'ai pas particulièrement envie que vous vous fassiez piquer ou mordre. Comprenez qu'on ne peut pas embarquer une palette entière de contrepoisons avec nous. Si vous vous sentez mal, que vous ressentez la moindre sensation de fatigue, de fièvre, de faiblesse, dites-le moi immédiatement. N'essayez pas de jouer les caïds ou de vous prouver quoi que ce soit. Ca m'embêterai de retrouver Naruto pour lui annoncer que ses potes sont morts. » Il regarda les shinobis de Konoha les uns après les autres. « La partie la plus dangereuse de ce voyage ne sera probablement pas ce que nous trouverons au le Pays du Vent, mais les éléments du désert. C'est compris ? »
Tous répondirent d'un hochement de tête.
« Parfait, si l'un de vous ne se sent pas sûr de lui, c'est le moment ou jamais de partir. »
Personne ne bougea.
« Dans ce cas. » Kankuro prit une profonde inspiration. « On est partis. »
