Chapitre 13 :
Je me redresse brusquement. Je lance un regard circulaire à la pièce, et mes yeux tombent sur une personne seule dans un coin. L'homme se relève de son fauteuil et je me relève subitement en le voyant s'avancer vers moi. Il est beaucoup plus grand et plus fort que moi, et franchement, je suis totalement mortifié. J'essaie d'atteindre la poignée de porte tandis qu'il avance de plus en plus.
Elle ne s'ouvre pas. Je tourne la poignée encore et encore, je pousse, mais rien à faire. Je suis enfermé.
- Garçon ? Demande-t-il en me regardant sévèrement.
C'est ridicule comme ce simple mot peut me faire trembler. Je reste appuyé contre la porte, priant pour que Rogue arrive.
- Qui es tu garçon ?
Il pose une large main sur mon épaule, et me secoue.
- Alors ?
Où es tu Rogue ? Mes yeux voient une fenêtre plus loin sur le côté droit de la pièce et j'essaye de m'en approcher. Mon cœur bat encore plus que lorsque je me suis enfui, ma gorge est sèche. Je ne peux pas répondre à cet homme, ou lui dire de me laisser sortir, parce que je peux à peine respirer et encore moins parler.
Il me tient alors plus fermement.
- Tu m'as l'air bien faible garçon. Qu'est ce qui ne va pas...
Il est coupé dans sa phrase au moment où la porte s'ouvre à la volée derrière moi et Rogue apparaît. Merci mon Dieu. Il nous regarde tour à tour, un regard meurtrier sur le visage.
- Enlève tes sales pattes de lui ! Crache-t-il.
L'homme regarde de longs instants sa main sur mon épaule avant de la retirer. Rogue me pousse alors derrière lui, en dehors de la pièce. Il ouvre de nouveau la bouche, puis décide finalement de ne rien ajouter et claque simplement la porte. Il me regarde alors intensément.
- Est-ce que tu vas bien ? Demande-t-il.
J'ouvre la bouche, mais rien ne sort, alors je me contente de hocher la tête. Mes pensées sont de nouveau totalement confuses. Qui est cet homme ? Et que fait-il dans la maison de Rogue si celui-ci le hait tellement qu'il en a l'air ?
Il regarde la porte, puis baisse de nouveau ses yeux vers moi. Il soupire.
- Alors euh, je suppose que cela ne sert plus à rien de te préciser d'éviter cette pièce.
Puis il soupire à nouveau.
- Il est, enfin c'est...
Je ne crois pas l'avoir déjà vu aussi mal à l'aise.
Il claque alors la langue, exaspéré par lui-même.
- Mon père Harry, c'est mon père.
J'en suis totalement interloqué. Je laisse alors Rogue me guider vers une autre pièce, sans dire un mot. Nous traversons plusieurs couloirs et je suis plongé dans mes pensées avant de réaliser que nous sommes arrivés dans une nouvelle pièce.
- Voilà ta chambre, dit alors Rogue.
Je regarde autour de moi. Il y a un grand lit à baldaquin, un tapis à l'allure chaleureuse sur le parquet semblable à celui du salon. J'aperçois aussi une commode, un bureau et une armoire. C'est sympa je trouve, alors je lui dis, ce qui semble le rassurer.
J'ai envie d'en savoir plus sur cet homme, son père, mais je sens que cela ne me regarde pas. Il n'a aucune obligation envers moi.
Il me fixe de nouveau.
- Je suis désolé, dit-il alors.
Sur le moment, je ne comprends pas ce dont il parle, avant qu'il ne continue.
- J'aurais du te prévenir pour lu- pour cette pièce.
J'ai traversé toute sa maison en courant et il est désolé?
- C'est sécurisé. Alors la porte ne s'ouvre pas de l'intérieur. Il n'est pas... bien.
Comment peut-il le garder dans sa maison ?
- Oh, dis-je bêtement.
Il doit croire que je veux d'autres explications, car il continue.
- Démence.
Il me regarde et soupire, comme s'il savait quelle était la question qui résonne dans ma tête.
- Tu dois comprendre Harry, j'ai fait tellement de mauvaises choses quand j'étais avec le Seigneur des ténèbres. Je n'ai peut-être tué personne directement, mais j'étais son maître des potions. J'ai travaillé pour lui durant quatre ans avant qu'il n'essaie de te tuer. J'ai tout fait pour créer les meilleures potions afin de mutiler, de torturer, de tuer.
Sa voix est pleine de haine et de dégoût contre lui-même.
- Je suis resté à le regarder faire des choses atroces à des gens sans défense, des innocents. Avec mes créations. Quand Albus m'a informé que mon père était malade, qu'il n'avait nulle part ou aller, - Il haussa les épaules- Je ne pouvais pas refuser, si ?
Je reste la bouche grande ouverte face à lui. Je ne sais pas si je dois être en colère contre lui pour être si hypocrite ou contre Dumbledore pour avoir mis autant de pression sur lui. Je finis par décider que c'est le premier m'énerve le plus à cet instant.
- Comment pouvez-vous rester la et me dire ça ?
Il me regarde, étonné.
- Excuse-moi ?
- Quoi, alors je ne suis pas autorisé à l'autodestruction ? Je crache. Mais vous, vous pouvez être la et me justifier votre auto-flagellation parce que vous avez fait pire ?
- Harry, ce n'est pas la même cho-
Je le coupe.
- Pas la même chose ? C'est exactement la même chose ! C'est pour ça qu'il y a des sorts, n'est ce pas, sur la maison ? Pour être sur que quand vous allez voir votre père, et que vous vous rappelez tout le mal que vous avez pu causer, vous ne coupiez pas trop profond...
- Harry tu vas trop loin !
Je le sais. Dans ma tête, une voix me dit de la fermer avant qu'il décide qu'il en a assez de ma présence. Mais je ne peux m'empêcher.
- Vous ne niez pas alors ?
Jusqu'à ce que son regard me fasse taire.
Il me fixe de longs instants. Je suis plein de honte.
- Je suis désolé, je murmure. Je ne voulais pas dire ça. Je suis désolé.
Il ne répond rien. Et s'il était en train de réaliser que je n'en valais pas le coup. Et s'il était en train de décider qu'il en a assez et que le mieux serait de me renvoyer à st Patrick ? Peut-être qu'il est en train de se demander si ça se verrait s'il me frappait. Peut être que...
- Harry, Harry !
Bien joué monstre, encore perdu dans tes pensées.
Rogue a les sourcils froncés et une main sur mon épaule.
- Harry ?
- Oui m'sieur ?
- Est-ce que... Ce n'est pas grave tu sais, tu as eu une journée stressante, et tu as le droit d'être en colère. Après moi.
- Je ne le suis pas, je commence à protester.
- Ne me prend pas pour un idiot Harry, dit-il, tu as été parfaitement clair. Et c'est totalement justifiable.
- Je ne voulais pas.
- S'il-te-plaît, Harry, ce n'est pas grave.
Il se racle la gorge.
- Et pour les sorts, ce n'est pas... Ils ne sont pas là pour...
- Je suis désolé !
Je ne voulais pas dire ça, je ne voulais pas l'accuser.
Il ignore mes paroles.
- C'est un sort que j'ai installé à cause des accès de violence de mon père. Cela empêche qu'il y ait trop de mal de fait. Ce qui veut dire qu'il ne peut pas te faire tellement de mal, peut être un bleu. Et moi non plus, je ne peux pas t'en faire.
Je sens en lui une tension que je n'avais même pas réalisé causer. Ses yeux se rétrécissent d'avantage.
- Enfin, tu ne pensais pas...
Je détourne les yeux.
- Harry, je... est ce que je t'ai donné cette impression ?
Il a l'air... je ne sais pas. Choqué je pense.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Je sais que vous n'êtes pas comme ça !
Vraiment, je sais qu'il ne me ferait jamais de mal. Mais je fais des choses, je provoque les gens. J'aimerais lui expliquer, mais je ne le fais pas. Je n'arriverais jamais à faire comprendre cela.
- C'est vrai, murmurais-je simplement.
- Pourquoi alors ? Demande-t-il. Pourquoi est ce que cela t'inquiète, alors ?
Je hausse les épaules.
Est-ce que tu serais plus heureux si tu restais avec quelqu'un d'autre ? Minerva peut-être ?
Je secoue la tête avec conviction.
- S'il-vous-plaît-
Ma voix se brise.
- Ce n'est pas ce que je veux, je vous le jure !
- Harry, je ne comprends pas. Aide-moi à comprendre.
Il a l'air perdu.
- Je...
Ne peux pas!
- Harry, murmure-t-il.
Et en le voyant, en me rendant compte à quel point il a l'air blessé, je me dis que je devrais. Dis lui, c'est tout.
J'ouvre la bouche. L'espoir sur son visage est palpable, et je ne veux pas le décevoir cette fois.
Je crois que j'aurais vraiment pu lui dire cette fois, si il n'y avait pas eu le ton clair de Dumbledore pour nous interrompre.
- Severus, Harry ! Vous voilà !
Rogue ferme les yeux un instant, comme pour se retenir intérieurement de pousser un juron et se tourne vers sa cheminée où le visage du directeur vient d'apparaître entre les flammes.
- Monsieur le directeur, dit-il. Que puis-je faire pour vous ?
- Eh bien, répond celui-ci, je voulais simplement savoir comment ça se passait ?
- Très bien, répliqua rapidement Rogue, si cela ne vous ennuie pas, ce n'est pas le bon moment.
- Oh, en fait, si cela ne t'ennuie pas, j'aurais aimé parler un peu avec le jeune Harry.
Rogue me regarde. Avec le plus de discrétion dont je sois capable, je fais non de la tête, espérant qu'il comprenne mon message.
- Je suis sûr que tout ce que vous avez à dire peut être dit devant moi, dit alors Severus.
- Severus, je veux simplement lui parler, dit Dumbledore avec un sourire.
- Excusez-moi de ne pas être enclin à laisser mon- Il se reprend- Harry seul avec vous, sachant que la dernière fois que vous lui avez parlé, vous l'avez manipulé et installé un sort hautement intrusif. Ce qui, je vous le rappelle, a conduit à une rechute que vous avez utilisée pour le mettre dans un établissement psychiatrique !
- Severus...
- Non ! S'exclame-t-il fermement. Et pendant que nous y sommes, je n'apprécie pas votre usage abusif de l'accès à ma cheminée !
- Bien sûr, mes excuses Severus.
Puis il le regarde d'un air grave.
- Es-tu absolument décidé ? Interroge-t-il.
Severus se contente de le fixer, sans dire un mot.
- Bon, cède Dumbledore. Eh bien bonne chance à vous deux alors.
Et il disparaît.
