Disclaimer : Tous les personnages cités dans cette fanfiction (Deadpool, Spider-Man, Iron Man, etc) sont la propriété de Marvel Comics.
Music : The Neighbourhood — Daddy Issues
« Je suis affamée. »
Je n'ai pas envie de vous parler d'Harry. J'en ai ma claque de passer de confession en confession, c'est éprouvant. Court résumé : on était meilleurs amis, genre pacte de sang éternel. Pour vous donner un aperçu, on en était tellement en phase qu'on n'a pas réfléchi à deux fois avant d'emménager en colocation. Toutefois, il a fallu moins d'une semaine avant que ma saloperie de petite voix s'immisce entre nous. Il n'a pas supporté le décalage, je n'ai pas supporté la vérité.
Si j'avais été à sa place, j'aurais aussi tiré la gueule. Personne ne veut être celui qui tient la chandelle à un fou et son squatteur imaginaire. J'ai été longtemps en colère, maintenant, je suis désolé pour lui. Pour nous. J'aurais aimé apprendre autrement que même l'éternité a une fin.
Quand on était petits, on en faisait toujours des caisses pour Halloween, c'était l'événement de l'année après les grandes vacances. Harry insistait toujours pour avoir des déguisements assortis, alors on passait des heures à parcourir les boutiques en compagnie d'Oncle Ben — Tante May ne participait que de loin, elle profitait généralement de l'occasion pour passer la soirée avec ses amies.
Arrivée sur nos douze ans, la malchance s'était jouée de nous. On avait cherché dans toute la ville, mais en vain, impossible de mettre la main sur quelque chose qui nous plaisait ; on ne tombait que sur du vu et du revu. La déception d'Harry avait plombé l'ambiance pendant une semaine entière, tant et si bien que la veille du jour J, Oncle Ben m'attendait à la sortie de l'école avec une surprise. C'est ainsi que j'ai compris qu'il était le meilleur oncle du monde et aussi qu'il avait des doigts de fée... Au lieu de renoncer à notre tradition, il avait confectionné deux déguisements en feutrine ; un sapin de Noël et un paquet cadeau géant.
Je me souviens encore de son expression en me les offrant. Il était tellement fier, tellement heureux de pouvoir nous faire plaisir. Les années suivantes, on parcourait toujours les boutiques en sa compagnie, mais cette fois, c'était pour aller acheter des pans de feutrine et du matériel de couture.
Quand on a arrêté de se déguiser, car on se pensait trop grands pour ce genre d'enfantillage, je m'en suis voulu de briser la tradition. Puis, je suis devenu Spider-Man et j'ai dû me résoudre à apprendre à coudre du jour au lendemain. Le peu de temps que cela a duré, Oncle Ben fut le plus heureux des professeurs.
Je lui en serai à jamais reconnaissant. Le costume, qui pendouille en ce moment derrière ma porte, n'existerait pas sans sa version originale, faite de mes mains maladroites et pas douées du tout. Je n'oublierai jamais d'où il vient et ce que j'ai pu accomplir dedans, même si aujourd'hui, je ne supporte pas l'idée de le porter.
Tout ça, c'est arrivé grâce au caractère borné d'Harry et à la bienveillance d'Oncle Ben. Si je ne parle pas souvent d'eux, si je n'aime pas parler d'eux, c'est parce que quand je commence, je réalise trop tard que j'ai déballé toute ma vie, l'ancienne. Ils étaient mon quotidien, et d'une façon ou d'une autre, je les ai perdus. Je me suis perdu. Et ça me rend fou, ça me rend fou de me rappeler ce que j'ai gagné à la place.
« Je suis affamée. »
