18.

Relativement discrètement, Aldéran et son ancien Général s'étaient retrouvés au Grand Parc de RadCity pour faire à nouveau le point de la situation.

- Je pensais sérieusement que vous m'auriez relevé de mes fonctions dès mon retour de l'Ouest !

- L'idée nous est venue, je le reconnais bien volontiers, fit Aym Grendele. Ca jetait singulièrement le discrédit sur les Polices, et même le SIGiP bien que nous ne nous embarrassions guère de manières au quotidien. Mais si nous avions pu envisager que trois des Rois marcheraient dans votre délirante combine, nous vous aurions relevé de vos fonctions, Aldéran.

- Le premier bain de sang, les Rois prenant position au cœur de RadCity, la deuxième descente de mes troupes, … J'étais certain que vous m'auriez arrêté bien avant, insista le grand rouquin balafré. Pourquoi ai-je tant de latitude ? J'avoue que je ne comprends pas !

- C'était la décision ultime et il fallait quelqu'un d'aussi barré que les Seigneurs pour avoir le cran de prendre certaines décisions, d'aller jusqu'à bafouer les règles et pour finir mener des opérations totalement répréhensible. C'est bien pour votre côté allumé que nous avons choisi. Et il semble que ça fonctionne, un peu trop – nous devons en convenir – mais l'essentiel est là.

- Il ne doit plus me rester beaucoup de liberté d'actions ? poursuivit Aldéran.

- Elle est infime, convint l'ancien Général du SIGiP. Qu'il soit une réussite ou même un complet échec, votre prochain raid sanglant sera le dernier.

- Et ensuite ? s'enquit Aldéran, avec un brin d'appréhension.

- Le Conseil Militaire semble inévitable, pour justifier – si tant est que ce soit possible – tous ces actes.

Aym Grendele se mordit la lèvre.

- Nous vous avons laissé carte blanche, mais vous allez bien plus loin que nous ne l'envisagions.

- J'ai trop longtemps rêvé de leur rentrer dans le lard, vraiment, que pour me retenir.

- Vous avez mis RadCity sous le contrôle de l'Armée !

- Ce qui permet la captation et le relais en temps réel des positions des uns et des autres. Plus de deux ans d'enquêtes minutieuses ont permis d'identifier et de localiser nombre de Seigneurs. Ils ont eu les coudées franches pendant que nous nous organisions. Nous en sommes au temps des représailles et je nettoie par le vide au lieu de remplir les Pénitenciers !

- C'est extrêmement répréhensible ! gronda encore l'ancien Général du SIGiP. Pour le moment, la population, et même les Polices, ne réalisent pas l'ampleur du carnage et des destructions, se réjouissant plutôt que vous ayez repris l'initiative et que vous marquiez des points face à ceux qui nous ont proprement terrorisés des années durant et amené notre société au bord de l'effondrement.

- Une affaire fort bien orchestrée, convint Aldéran. Extrêmement bien menée et maîtrisée par les Seigneurs, en une coordination impressionnante. Ils sont une organisation bien plus importante et remarquable que ne l'avaient même donné à penser les études de nos Analystes.

- Où voulez-vous en venir ?

- Je ne sais pas encore. Disons que c'est trop bien réglé, répéta le tout frais général du SIGiP. Et j'avouerai surtout que je préfère de loin le temps où j'affrontais les criminels les uns après les autres, et que c'était finalement simple, qu'ils étaient les premiers à se tirer dans les pattes en nous simplifiant ainsi la vie au quotidien !

- Je comprends ce dernier point. J'ai été jeune et sur le terrain, moi aussi ! J'ai de très bons souvenirs de cette période. Effectivement, les temps n'ont plus rien à voir désormais.

- Nostalgique, Aym ?

- Et comment ! Ce temps est révolu, mais d'autres viendront, c'est ce qui me fait croire en ma planète, et m'a convaincu de reprendre officieusement du service pour une seule mission !

Aldéran adressa un clin d'œil à son pair.

- Une mission où je suis le seul exposé et le seul à endosser les responsabilités

- Vous êtes un excellent élément, Général Skendromme. Qui sait, au final, vous auriez peut-être pu être bon au service actif… ?

- Je préfère de loin avoir été nommé à la tête de l'AZ-37 – à l'époque – j'ai pu y donner le meilleur de moi-même. Je vous le dois. Quelque part, malgré ma conduite et les remontrances inévitables, vous m'avez eu à la bonne et épargné bien des blâmes.

- J'avais effectivement de la sympathie et un penchant amical pour vous. Vous aviez aussi un convainquant défenseur de vos talents : le Colonel Gomen Jarande. Il n'a jamais cessé de me convaincre que vous étiez unique, génial et complètement cinglé ! Dans deux ans, quand vous rejoindrez le Camp Militaire en tant que Formateur, il vous accueillera avec plaisir avant de vous laisser prendre vos marques et de vous céder la place.

- Ce futur est loin. J'ai à éradiquer les Seigneurs, je peine un peu en ce moment, mais je vais reprendre l'avantage !

- J'y compte bien, j'ai soutenu votre dossier aux étoiles en ce but !

- Merci, bien que ce ne fut nullement un cadeau.

- Ce n'en était pas un. Je dirais même que c'est une malédiction !

- Oui, je l'avais bien compris. Je remplirai mon devoir, même si pour y arriver je compte continuer à fouler aux pieds toutes mes autres convictions et autres serments d'honneur !

- Vous allez être génial, Aldéran !

- Inutile, je ne suis pas sensible à la flatterie, enfin pas trop, je veux juste atteindre les objectifs que j'ai à remplir !


Son frère à une semaine Initiation Nature, Albior s'était retrouvé seul avec son père au duplex, alors que pour sa part sa mère s'était rendue à une réunion de défilé privé de fine lingerie.

- Dis, mon papa, tu le fais volontairement, ou bien tu ne peux pas faire autrement que le côté Maléfique te bouffe ? questionna soudain le jeune garçon.

- Je ne sais pas. Il y a eu une insensée montée en puissance des troubles, des violences, et de la puissance, de ceux qui menacent cette société… Et je suis le fils de mon père : tirer semble souvent la meilleure solution avant la discussion ! Mais tu n'as pas à te préoccuper de tout cela, mon cœur. Ce n'est toujours pas de ton âge. Garde l'esprit serein, ne songe qu'à tes plaisirs d'enfant. Je m'occupe de t'offrir un avenir enfin radieux !

- Je te sens tellement mal, mon papa. Ton âme est comme… déchirée.

- Je commets le pire, pour le meilleur. Il n'y a plus d'autre option et je m'étais résolu à le faire avant qu'on ne m'en charge. Mais, je te répète de ne plus y penser. On se regarde un film pour finir la soirée ?

- Oh oui : Metal bolids !

- Toujours aussi pacifique, toi, mon petit Guérisseur, sourit tendrement Aldéran.