Chapitre 14

Trunks avait repris place au comptoir de la cuisine et gardait sa tête enfoncée dans ses bras. Il restait immobile et silencieux et Goten hésitait à interrompre ce qui semblait être sa minute de désespoir ou de réflexion, sans certitude. Finalement, il posa timidement sa main sur ses cheveux.

- Désolé, marmonna-t-il piteusement.

Goten se sentait confus d'avoir oublié Bulma et, indirectement, d'avoir mis Trunks dans une situation si inattendue et embarrassante. Sans bouger, Trunks fit un signe de la main, indiquant à Goten qu'il devait répéter ce qu'il venait de dire.

- Désolé, répéta docilement Goten, d'une voix plus forte.

Trunks releva la tête d'un seul coup et reposa son menton sur ses avant-bras.

- Goten, t'es le pire… Le pire... Je sais même pas… mais le pire, soupira Trunks, t'es même pas foutu de ranger tes vêtements correctement pour qu'on puisse s'habiller en catastrophe.

Disant cela, il agrippa le pantalon qu'il avait pris pour un T-shirt, et le jeta à la figure de Goten. Celui-ci le rattrapa maladroitement et haussa les épaules.

- Dramatise pas trop, t'as trouvé exactement la bonne réponse, cette histoire de filles, c'était parfait, objecta Goten.

- Tu trouves ? s'étonna Trunks. Tu crois que c'était la bonne réponse parce qu'elle est partie. Avec ma mère, on sait jamais.

Trunks saisit la tasse de café que Bulma n'avait pas finie, et la vida d'une traite. Goten observait son torse nu d'un œil insistant.

- Tu crois qu'elle peut soupçonner quelque chose ? demanda-t-il sur un ton sceptique.

- J'en sais rien, souffla Trunks, j'ai plus les idées claires ces derniers temps.

Goten s'accouda au comptoir en face de lui et le fixa d'un air résolu.

- Et même si c'était le cas ? reprit-il avec défi.

Trunks écarquilla les yeux et le regarda avec incrédulité.

- Tu vois, Goten, c'est ça le problème avec toi, tu réfléchis jamais très loin. Même si c'était le cas ? Tu veux qu'on aille voir Chichi main dans la main, hein ? Tu veux qu'on envoie des faire-part aussi du genre « Ils l'ont fait ! » ?

Goten se renfrogna. Evidemment l'idée de sa mère, comprenant ce qui se passait dans la maison de son fils, n'était pas une perspective très réjouissante. Il était même probable qu'elle finisse par les poursuive avec une hache.

- Et ton père ? insista Trunks, ton père, je suis sûr qu'il faudrait lui faire un dessin, tu veux lui expliquer le détail de la chose ?

- Ça va ! coupa Goten, qui se sentait devenir cramoisi.

- Non, ça va pas, Goten ! répliqua aussitôt Trunks, tu veux qu'on continue comme ça ? Il va falloir être très très discrets parce que si ça devait devenir officiel, la situation deviendrait vraiment, vraiment merdique et compliquée ! Et Bulma sera pas notre pire défi, tu peux me croire.

- Mais, on a pas vraiment besoin de le dire, non ? bredouilla Goten avec une moue boudeuse.

Trunks le dévisagea intensément. Il lui apparaissait comme un petit enfant, totalement naïf, attendrissant et vulnérable. Il le saisit doucement par la nuque et ramena légèrement son visage vers lui pour capter toute son attention.

- C'est toi qui voulais qu'on continue, je veux dire, hier soir, c'est de ça que je te parlais. On peut aussi renoncer à tout ça, et sauver à peu près ce qui reste à sauver. Ça restera juste un petit écart entre nous, notre secret…

Goten lui rendit son regard. Il était désarçonné. La réserve de Trunks dans cette histoire, cette réserve qu'il avait prise pour de l'embarras, n'était en réalité que de la prudence. Et même, Goten avait cru qu'il n'avait cédé que par curiosité, sans aucun égard particulier pour lui, et il avait été vexé par ses paroles après leur étreinte de la veille, quand il lui avait annoncé qu'il n'y aurait pas de prochaines fois. Il réalisait seulement à cet instant, à quel point Trunks s'était soucié d'eux, tout ce temps. Trunks réfléchissait, et il avait tout de suite compris qu'ils empruntaient un chemin périlleux sur lequel ils avaient beaucoup à perdre.

Goten pensa à ses parents une fraction de seconde. Personne n'avait besoin de savoir, n'est-ce pas ? Ils feraient attention, très attention. Il n'oublierait plus Bulma quand elle exigerait d'avoir des nouvelles de Trunks. Il ne laisserait plus personne débarquer au petit matin pour les surprendre au saut du lit. Il apprendrait. Tout lui paraissait possible pourvu que Trunks reste.

- Je ne veux pas arrêter, murmura Goten d'une voix mal assurée, et toi ?

- Moi, tout ce que je veux, c'est que tu ne souffres pas, répondit Trunks.

Goten se sentit transpercé par sa réponse. Trunks n'avait jamais manifesté aussi clairement son attachement et sa préoccupation pour lui. Il n'exprimait jamais ces choses-là et sa nonchalance faisait souvent penser à une forme d'indifférence. Au mieux, son inspiration semblait toujours liée à ses propres intérêts. Et, même quand il jouait les protecteurs, Goten avait toujours eu l'impression que c'était aussi une façon de lui rappeler lequel des deux était le plus fort. Goten eut subitement la certitude inébranlable qu'il ne pourrait jamais rien lui arriver tant qu'il serait avec Trunks. Il l'embrassa brutalement, maladroitement, par-dessus le comptoir qui les séparait. Trunks lui rendit son baiser sans protester, acceptant la réponse évidente que Goten lui donnait par le geste, plutôt que par la parole. Il finit par rompre ce baiser inconfortable, en repoussant Goten. Il souriait faiblement, amusé de cet accès de tendresse un peu enfantin.

- Ok, Chibbi, je pense qu'on fait une connerie, mais avec toi, je ne suis plus à ça près.

Il le fixa avec une gravité soudaine et pointa son doigt vers lui.

- Alors t'as compris, la première règle, c'est : Chut ! ajouta-t-il.

- Me parle pas comme si j'étais un môme ! protesta Goten.

- Tu es un môme Goten, conclut Trunks en se détournant de lui.

Il se dirigea vers le frigidaire en quête d'un petit déjeuner conséquent, inconscient des œillades appuyées de Goten sur son torse nu. Tandis qu'il détaillait la masse de nourriture entreposée au frais, il sentit les bras de Goten autour de sa taille et la chaleur de son corps contre le sien. Il tressaillit.

- N'oublie pas qu'on est en vacances, puisque tu m'as donné des jours, susurra Goten à son oreille.

- En vacances, répéta Trunks à mi-voix, il faut que je retrouve mon portable.

Goten appuya son entrejambe contre les fesses de Trunks, sans se laisser distraire de ses intentions. Trunks retint le mouvement, une main sur la poignée de la porte ouverte du frigidaire, l'autre contre son embrasure. Il sentait sa respiration s'accélérer.

- C'est moi qui ai ton portable, Monsieur Briefs, murmura Goten, tu le veux vraiment ?

Trunks sourit et balança légèrement ses hanches contre Goten. Il sentit son érection se durcir un peu plus au travers du tissu.

- C'est toi qui avais le portable, hein ? T'es vraiment un môme.

- Capricieux et distrait. Il va falloir être gentil et patient pour que je me souvienne où je l'ai mis, répondit Goten avant de passer sa langue dans son cou.

Trunks sentit qu'il perdait un peu plus le contrôle. La fraîcheur du frigo, ouvert devant lui, contrastait délicieusement avec la chaleur irradiante de Goten, derrière lui. Sa peau se couvrit de chair de poule Il s'humecta les lèvres.

- Capricieux, distrait et obsédé, précisa Trunks.

- Obsédé par le bon plaisir de mon Président Directeur Général, uniquement, rectifia Goten.

Il plongea sa main dans le pantalon de Trunks, d'un geste sûr. Trunks sursauta.

- Menteur, râla-t-il d'une voix rauque.

N'y tenant plus, il referma la porte du frigidaire, renonçant à son petit déjeuner et à son portable pour l'instant.

Mais les vacances ne durèrent pas et Trunks contraignit Goten à retourner travailler au bout de trois jours. Sur le coup, Goten lui en avait voulu d'écourter leur moment d'intimité. Mais Trunks avait pointé la suspicion qui naîtrait forcément dans l'esprit de tous, si les congés de Goten s'alignaient trop exactement sur les siens. En écoutant ses explications, Goten visualisait très précisément les coups d'œil accusateurs de ses collègues. Il deviendrait vite celui qui prend des jours pour veiller la santé du patron. C'était pousser l'amitié un peu loin. Au-delà de ce que ferait un simple copain, même un meilleur copain. Il y aurait ceux qui en déduiraient que Trunks était un dépressif profond, ceux qui en déduiraient, plus judicieusement, que Trunks se tapait Goten et il y aurait ceux qui trouveraient ça bizarre, laissant libre cours à tous les scénarii possibles. Dans tous les cas, il y aurait des doutes et des questions. C'était inévitable. Et, comme Trunks le lui avait rappelé fermement, ils avaient tout intérêt à être discrets. Goten avait donc repris le travail une semaine avant Trunks.

Trunks était maintenant assis devant son bureau, censé étudier des documents devant lui, en attendant qu'on lui livre un plat pour déjeuner. C'était un des moments les plus calmes de sa journée. Le téléphone cessait momentanément de sonner et les visiteurs se faisaient rares à cette heure-ci. Fixant sans les voir, les papiers qui s'étalaient sous ses yeux, Trunks prenait conscience à quel point le jeu qu'il avait décidé de jouer avec Goten était difficile. Il avait de plus en plus de mal à jouer son rôle. Dès les premiers jours, après son retour au travail, il avait remarqué que sa concentration était moins dense, plus volubile; son intérêt pour les affaires étaient émaillées par cette autre vie qu'il menait en privé, cette autre vie un peu souterraine qu'il ne pouvait, et ne devait, jamais laisser soupçonner à personne.

Quand il avait accepté de vivre cette aventure jusqu'au bout, quand il avait compris que c'était ce que voulait Goten, malgré le prix à payer, il avait vaguement pensé que tout ça était insensé. En réalité, il avait pensé que l'attirance physique s'épuiserait aussi brutalement qu'elle avait surgi. Trunks s'était imaginé que Goten et lui se réveilleraient un matin, étonnés et embarrassés d'être nus dans le même lit. Toutes les histoires de Trunks s'étaient finies ainsi. Parfois il avait été le seul à se réveiller étonné et embarrassé, parfois sa partenaire avait partagé son sentiment, parfois encore, elle l'avait devancé. Mais, d'une manière ou d'une autre, une fois la passion physique apaisée, Trunks était incapable de constance dans son attachement. Suivant les partenaires, cette passion avait duré plus ou moins. Il avait souvent cru que ça pouvait être un prélude à une affection plus profonde, mais il n'y croyait plus vraiment. Avec le temps, ça ne s'était jamais confirmé. Et même si son histoire avec Goten était particulière sous bien des angles, Trunks n'arrivait pas à y croire plus qu'aux autres. La seule chose qu'il souhaitait et qu'il espérait plus que tout, son seul pari, était une fin différente. La fin devrait être la plus délicate possible pour éviter de ravager tout à fait leur amitié.

Il avait attendu que ce moment arrive, ou au moins, commence à se profiler, mais il devait admettre qu'il n'en décelait pas le moindre indice annonciateur. Au contraire, étrangement, il sentait une sorte d'impatience croitre en lui, sans parvenir à comprendre ce qu'il attendait ainsi si avidement. Mais chaque fois était comme une première fois, chaque fois était une découverte, et il avait l'impression qu'il n'en aurait jamais assez. Mais peut-être les choses étaient-elles différentes avec les garçons. Parce que tout était une expérience inédite, et les codes habituels étaient tellement bouleversés. Quand Trunks avait été avec des filles, il avait toujours su où était sa place. Il avait toujours su qui il était dans le couple, et ce que la fille attendait de lui. Lui-même savait ce qu'il attendait d'elle. Tout était inconscient bien sûr, mais tout était plus ou moins convenu, ou au moins conventionnel. Peut-être que la nouveauté de la situation expliquait que son obsession pour Goten s'étire si invraisemblablement, car elle était même devenue plus envahissante que quand il se contentait de fantasmer sur lui. Et, le matin, dès qu'il mettait un pied dans son bureau, il se mettait à rêver de l'instant où il en sortirait pour le rejoindre. C'était fatiguant mais ça le rendait incroyablement heureux.

Ce qui le perturbait complètement parfois, était de le croiser dans la Capsule, au hasard d'un déplacement dans l'immeuble. Ça arrivait rarement et c'était toujours extrêmement furtif car ils s'étaient fermement accordés pour continuer à jouer une distance maximum au travail. Mais il lui était arrivé de l'entrapercevoir entre les portes de l'ascenseur qui se refermaient, ou par la mezzanine, deux étages plus bas, dans une foule d'autres employés. A chaque fois, c'était un choc. Cette envie de l'interpeler, cette impossibilité absolue de le faire, comme s'ils étaient, durant la journée, totalement étrangers, alors qu'ils étaient la nuit si intimement liés. C'était douloureux à chaque fois. De la même manière, ils ne pouvaient même pas déjeuner ensemble, à aucun prix. Comme ce midi, où Trunks allait ingurgiter tristement un plat livré, seul dans son bureau, tandis que Goten grignoterait peut-être un sandwich sur le parvis ensoleillé, à l'extérieur de l'immeuble. Tout cela était pénible, mais c'était le deal.

Trunks avait réalisé ce matin-même, à quel point ce deal, qu'il avait lui-même imposé, devenait pesant, et il avait même été à deux doigts de le rompre. Il avait assisté à une réunion des représentants de plusieurs services concernant les projets en cours. Le chef du département du développement, que Trunks connaissait pour être rusé et ambitieux, avait jugé bon de se faire assister de Goten. Avec le recul, Trunks était absolument persuadé que le choix de Goten avait été étudié. Quoiqu'il en soit, Trunks ne s'était pas attendu à le trouver là, au milieu d'une réunion d'une vingtaine de personnes, dont il devait recueillir les explications et les problèmes compliqués, qu'il devait écouter attentivement, en réfléchissant aux meilleures solutions. Son sang s'était figé en faisant le tour de table, quand ses yeux s'étaient posés sur un Goten, un peu ahuri, qui avait aussitôt plongé son nez dans ses notes. Trunks avait voulu faire abstraction, par un effort incommensurable. Mais ses yeux ne lui obéissaient pas très promptement et, dès qu'il relâchait son attention, ils dérivaient invariablement vers lui. Son embarras était presque comique et Trunks eut très vite envie de rire, alors que les représentants des différents départements s'engueulaient à chaque question qui était posée. La situation était difficilement tenable. Trunks avait le vague sentiment d'être pris en sandwich entre deux dimensions.

Evidemment, le chef du département du développement avait décidé d'exploiter son avantage à fond avec Goten et il lui avait demandé d'exposer sur un sujet qui lui tenait à cœur devant l'assemblée. Trunks retint son souffle quand il se leva timidement avec ses notes pour expliquer le projet qu'il développait. Pour être honnête, Trunks était sûr qu'il n'y arriverait pas. Goten n'était pas un orateur, Goten était brouillon, Goten n'était même pas habillé en costume comme la plupart des gens présents, et il avait l'air si jeune au milieu des autres. Personne ne l'écouterait, il s'emmêlerait, et, si on ajoutait la présence déstabilisante de Trunks, il bredouillerait lamentablement des phrases incompréhensibles. Trunks avait l'estomac noué, se demandant par avance comment il pourrait lui porter secours. Mais Goten n'avait rien fait de tout cela. Goten avait juste été brillant, clair, captivant. Et il maîtrisait son sujet. Trunks avait été subjugué. Son émotion était pire que ce qu'elle aurait été, s'il avait échoué à l'exercice. Il était hypnotisé par ses lèvres, qui énonçaient avec une facilité inattendue des termes techniques si précis, si rationnel, si contraire à l'esprit de Goten. Trunks l'avait trouvé magnifique. Quand il se tut, le directeur financier se leva aussitôt pour s'opposer farouchement à sa proposition, comme il l'avait fait pour toutes les autres propositions, dès lors qu'elles supposaient le moindre coût. C'était un homme gras et colérique, dont la principale qualité était de savoir compter et de refuser par principe toute dépense. Goten, qui n'était pas habitué à son ton rageur, se rassit piteusement, certainement convaincu que son idée était finalement totalement débile.

- C'est bon, avait coupé Trunks.

- Quoi ? s'était exclamé le directeur financier, abasourdi de n'avoir même pas pu aller au terme de ses protestations.

- J'ai dit, c'est bon. Le projet du département de développement est retenu. On fait comme ils ont dit. On absorbera les coûts plus tard, autrement.

- Mais… Comment ? avait objecté le directeur financier.

- A vous de trouver, avait répliqué Trunks sèchement, c'est votre boulot, non ?

Le directeur financier s'était renfrogné et rassis en bougonnant. Trunks n'était pas dupe. Il avait repéré la mine réjouie du chef de Goten. Il avait manœuvré pour faire passer son projet malgré la contestation des financiers. Et il avait bien manœuvré en y associant Goten. Ce n'était pas un mauvais projet, mais il était ambitieux et légèrement risqué. Convaincre Trunks n'aurait pas forcément été si facile. Trunks se mordit la langue en considérant qu'il avait été certainement trop prompt à accepter la proposition qui avait été exposée par la voix de Goten. Il réalisa aussi que leur secret n'était peut-être pas si bien gardé. Il était revenu doublement troublé de cette réunion. Et maintenant, il était incapable de lire une ligne de ces foutus rapports devant lui, repassant inlassablement dans sa petite cervelle, l'image fascinante de Goten s'expliquant avec aisance devant la petite assemblée.

Quelques coups toqués résonnèrent à la porte et la secrétaire entra sans attendre de réponse. Elle portait un sac craft à l'enseigne de la société de livraison de repas. Trunks leva les yeux sur elle et la regarda s'approcher silencieusement. Elle déposa son chargement sur le bureau devant lui et le fixa un instant, comme si elle voulait lui dire quelque chose. Trunks la remercia sans la lâcher des yeux et attendit qu'elle parle. Elle pinça les lèvres.

- Monsieur, il y a eu un incident à la cantine.

Trunks cligna des yeux avec étonnement.

- Un incident ?

- Deux employés qui se sont un peu… empoignés, précisa la secrétaire.

- Ah ? Et alors ? C'est pas vraiment de mon ressort, répondit Trunks avec incompréhension.

Elle croisa ses mains dans son dos en se raidissant avec une certaine nervosité, et détourna les yeux.

- Je sais, Monsieur… Mais, j'ai pensé que vous voudriez le savoir parce que… L'un des deux est Monsieur Son…

Trunks la fixa avec stupéfaction.

- Monsieur Son, votre ami, je veux dire, précisa-t-elle à mi-voix.

Elle s'était efforcée de dire le mot "ami" du ton le plus naturel possible mais Trunks n'était pas sûr de l'avoir entendu ainsi. Et elle avait détourné les yeux. Elle les ramena sur lui.

- Il est au poste de sécurité et attend son chef, ajouta-t-elle. Dois-je donner des consignes…

- Merci de l'information, Irina, coupa Trunks avec empressement.

Elle hocha faiblement la tête et tourna les talons pour se diriger vers la sortie.

- Irina, rappela Trunks.

Elle se retourna vers lui et l'interrogea du regard.

- Mêlez-vous de vos affaires, lança Trunks sur un ton ferme et froid.

Elle cilla avec embarras et perdit un peu de sa contenance.

- J'ai pensé bien faire en vous prévenant, bredouilla-t-elle.

- Je ne vous parle pas de ça. Je vous parle d'appeler ma mère dans mon dos. Vous travaillez pour moi maintenant, plus pour elle.

Elle baissa la tête piteusement et ne répondit pas.

- Ne vous mêlez pas de mes affaires personnelles. Je vous rappelle qu'il y a une clause de confidentialité dans votre contrat.

- Monsieur Briefs, je n'ai jamais voulu…

- Irina, on s'entend bien jusqu'ici, mais vous savez comme je peux être méchant quand je suis en colère, n'est-ce pas ?

L'expression confuse et effrayée qui s'afficha sur le visage de la secrétaire répondit à la question de Trunks. Il eut un sourire carnassier.

- Bon. En tout cas merci pour l'information. Vous pouvez y aller.

Quand elle eut disparue, le sourire de Trunks retomba et il soupira. Il se mit à jouer distraitement avec un trombone. Il n'y avait aucun souci à se faire pour Goten, personne ici n'était en mesure de lui faire du mal. Physiquement. Physiquement, il était intouchable. La vraie préoccupation de Trunks était cette empoignade, comme Irina l'avait si pudiquement qualifiée. Goten ne perdait pas facilement son sang-froid. Il n'était pas bagarreur, plutôt jovial même, presque débonnaire. Est-ce qu'on l'avait agressé ? Est que quelqu'un avait osé faire ça ? Ou lui avait-on dit quelque chose de désobligeant ? Quelque chose d'insultant, de vraiment injurieux. Sous-entendant, par exemple, qu'il couchait avec le patron. Par exemple, mais ce n'était qu'un exemple. Sauf que beaucoup de monde autour de Trunks paraissait avoir saisi la nature de son lien avec Goten. La secrétaire, certainement, même si elle ne parlerait pas, et le chef de Goten, aussi. Pour Trunks, c'était juste embarrassant. Simplement ennuyeux. Parce que personne n'allait le charrier, personne n'oserait de blagues grasses ou d'attaques frontales, personne ne remettrait en cause son autorité ou sa compétence. Pour Goten, plus bas dans l'échelle, la perspective du secret éventé se présentait un peu différemment. Plus douloureusement. Et la dernière chose que Trunks voulait était qu'il souffre. Personne ne méritait moins de souffrir que lui.

Trunks jeta subitement son trombone et se leva brusquement pour sortir de son bureau. Quelque part au fond de lui, une voix hurlait d'effroi, elle hurlait de ne pas faire ce qu'il était en train de faire, elle lui hurlait de rester sagement assis dans son bureau et de continuer à étudier ses rapports, en mangeant son plat. Comme il l'avait lui-même souligné, ce genre d'affaires n'était pas supposé être de son ressort. La voix hurlait, mais son esprit bouillonnant n'écoutait pas. Il était le maître ici et il était inconcevable que quelqu'un dans son royaume s'en prenne à Goten.

ooooo0ooooo0oooo