Chapitre 14
Le magique Express
- Hors de question ! S'époumona Dianc Fargaël, se sentant presque insulté par la requête aberrante de Severus Rogue.
- Vous n'avez pas le choix ! Donnez-moi votre baguette !
- Monsieur Fargaël, intervint Hermione plus docilement, vous devez comprendre que nous avons absolument besoin de votre baguette pour faire la potion qui vous permettra, entre autre, de rentrer chez vous...
- Pourquoi ne prenez-vous pas la baguette de mon apprenti, Perric, ou bien celle de Garvin ? Elles viennent également de l'île !
- Parce que la vôtre appartient théoriquement à un homme plus puissant, ce dont je commence à douter compte tenu du comportement puéril dont vous faîtes actuellement preuve, rétorqua froidement Severus.
Le prêtre ne répondit rien mais garda sa baguette serrée contre sa poitrine. Il ne se sentait pas le courage de s'en démunir, ou plutôt, de la laisser entre les mains de cet homme antipathique. Son éducation Myrddhin lui avait appris le respect et la tolérance, et Rogue semblait en être en tout point dépouillé. Mais, pensa-t-il à contre cœur, était-ce vraiment une raison pour ne pas lui faire confiance ? Arthur et Molly lui avaient parlé du rôle qu'il avait tenu pendant la guerre, et aujourd'hui encore il était prêt à donner de sa personne. En fait, les contradictions de cet homme le déroutaient totalement.
- Monsieur Fargaël, reprit Severus, cessez de vous comporter comme un imbécile, vos enfantillages sont pathétiques, donnez-moi votre Baguette. Maintenant !
Le vieil homme leva un regard indigné sur le maître de potion. Jamais on ne lui avait parlé avec un tel mépris, jamais.
- C'est vous l'imbécile ! S'emporta-t-il, soudain. Je ne vous aime pas, monsieur Rogue, tout en vous n'est que froideur et arrogance, vraiment, je ne vous aime pas ! Pourquoi agissez-vous ainsi ? Éprouvez-vous du plaisir à traiter les gens de la sorte ?
Le terrier se figea alors dans une sorte de statu quo. Hermione, Molly et Arthur observèrent Rogue, inquiets, craignant les réactions que ces paroles étaient en mesure de provoquer chez lui. Mais le visage de Severus resta de marbre. Seul son regard planté dans celui de Dianc traduit un état apte à glacer un volcan en fusion. Il s'avança lentement vers le prêtre Myrddhin puis s'arrêta à quelques centimètres de lui.
- Votre Baguette, je vous prie, dit-il, en prenant soin d'articuler chaque mot distinctement.
Dianc soupira. Lui qui d'ordinaire était toujours maître de ses mots se sentit confus d'avoir crié sous l'effet de la colère. Il baissa la tête, puis à regret, tendit sa baguette au maître des potions.
- Merci Monsieur Fargaël, fit Hermione, bientôt vous reverrez votre île, je vous le promets.
Severus n'avait pas été très précis sur la manière de se rendre en Roumanie. Plusieurs étapes étaient à prévoir, avait-il dit, et c'est donc avec surprise qu'Hermione comprit qu'ils venaient de transplaner pour Paris.
Le maître des potions ne disait rien. Le visage fermé, il ne donna aucune réponse lorsqu'Hermione lui demanda les raisons de leur présence dans cette ville. En fait, il n'avait pas desserré les dents depuis leur départ de chez les Weasley et son mutisme persista lorsqu'ils entrèrent dans la gare de Lyon.
- Ou allons-nous ? Insista Hermione, de plus en plus énervée.
Pas de réponse. Severus marchait d'un pas pressé sans lui prêter la moindre intention.
- Pourquoi sommes-nous ici ?
Toujours rien.
Exaspérée par ce comportement grotesque, Hermione finit par exploser de colère.
- Ça suffit, Rogue ! Hurla-t-elle si fort que sa voix couvrit même le haut-parleur de la gare.
L'effet souhaité fonctionna. A l'instar d'une bonne partie des voyageurs présents dans la gare, Severus fit volte-face et posa un regard agacé sur la jeune femme furibonde.
- Êtes-vous obligé de crier de la sorte ?!
- Si c'est le seul moyen pour attirer votre attention, oui !
Severus lui attrapa le bras.
- Venez, ne traînons pas !
- Dites-moi au moins ce que nous faisons ici ?!
- Cela me parait pourtant évident, rétorqua Severus, en montrant de la main ce qui les entourait, nous allons prendre le train, le magique express plus précisément.
Ces mots apaisèrent Hermione instantanément.
- Le magique express, vraiment ? Sourit-elle.
- Oui, vraiment. Mais il y a juste un petit bémol.
- Ah, et lequel ?
- Il part dans moins de deux minutes ! Alors laissez-moi vous donner un petit conseil, miss Granger, courez et taisez-vous !
La marche rapide qui s'en suivit se transforma en course effrénée dans le hall principal de la gare. Hermione comprit qu'il fallait atteindre le second hall pour accéder au quai F², et elle se demanda si la procédure était la même que pour le quai 9 ¾ qui menait à Poudlard. La réponse vint très vite. Severus empoigna sa main puis s'élança pieds joints sur les rails pour arriver aussitôt à bon port. A bon quai, plutôt : celui du Magique Express.
Hermione n'en revenait pas. Elle resta contemplative devant les escales annoncées sur le panneau d'affichage : Vienne, Venise, Budapest, Bucarest et pour finir Istanbul.
- Êtes-vous sûr que ce soit le bon moment pour rêvasser ! Fit Severus, cherchant du regard la porte du wagon le plus proche.
La locomotive crachait une épaisse vapeur grise et le cri assourdissant qui s'élevait dans les airs annonçait un départ imminent. Il ne restait sur le quai qu'une dizaine de personnes qui faisait des signes aux passagers du train déjà confortablement installés. Le chef de gare siffla la fermeture des portes. Elles se verrouillèrent instantanément, la locomotive prit alors son essor en faisant crisser les rails sous la pression de son poids.
- Trop tard, soupira Severus.
Mais pour Hermione, il n'était pas question de manquer l'occasion de prendre le Magique Express. Elle s'élança vers le train, ouvrit l'une des portes à l'aide de sa baguette, et sauta avec adresse sur la rambarde désormais accessible. Elle se retourna et fut surprise de constater que Severus ne l'avait pas suivi.
- Et bien alors ! Cria-t-elle, en lui tendant le bras, qu'attendez- vous ?!
Planté sur le quai, le maître des potions regardait Hermione, abasourdi.
- Sautez ! Hurla-t-elle.
Le chef de gare qui s'avançait d'un air furieux en levant les bras au ciel sortit Severus de sa léthargie. Il finit par s'élancer vers le train, s'agrippa à la rampe, et dans un dernier effort, sauta sur la rambarde pour se retrouver propulsé dans les bras d'Hermione.
- Ce n'était pas vraiment le moment de rêvasser, lui dit-elle, en regrettant ces paroles avant même d'avoir fini de les prononcer.
L'instant était mal choisi pour chatouiller la susceptibilité de Rogue. Il ne s'en offusqua pas. Il s'écarta doucement et souffla tout bas :
- Vous m'avez surpris, vous avez l'esprit vif, Miss Granger, le geste, également.
- J'imagine que le fait d'avoir été pourchassé par des Mangemorts pendant un an a fait naître en moi quelques réflexes de ce genre.
- Oui, probablement.
Il enchaîna aussitôt :
- Vous n'avez pas faim ?
- Si, je suis affamée.
- Venez, le compartiment restaurant doit être de ce côté.
Une fois installés, ils choisirent le menu et dînèrent en silence. Severus se terrait de nouveau dans un mutisme qu'Hermione ne préféra pas rompre pour le moment. Elle savait que Severus était d'un tempérament peu loquace, le genre d'homme qui se taisait, lorsqu'il n'avait rien à dire. Et de toute évidence, lui expliquer la suite des événements ne faisait pas partie de ses préoccupations immédiates. Mais dans le fond, cela ne la dérangeait pas. Elle aimait ces instants de silence, de contemplation, ces moments ou la paresse s'immisçaient en elle comme l'expression d'un profond bien être. Et c'est exactement ce qu'elle ressentit à cet instant, blottie dans un siège moelleux, un verre de whisky à la main. Ils restèrent ainsi, tous deux plongés dans leurs pensées, à regarder par la fenêtre le paysage se voiler par la pénombre du début de soirée.
Au bout d'un moment, Hermione voulut engager la conversation. Elle commença par le remercier pour ce voyage à bord du magique express, et du succulent repas qu'ils venaient de déguster sans qu'elle n'ait besoin de débourser un gallion. Un demi-sourire, bref et rigide, fut l'unique signe qui s'apparenta à une réponse. Non, songea Hermione, il n'était toujours pas enclin à la conversation... ce qui n'était pas son cas à elle. Les deux verres de pure feu qu'elle venait d'avaler, désinhibaient petit à petit ses neurones et lui donnèrent l'audace d'assouvir une curiosité, au détriment d'une entente, certes cordiale, mais qui devenait un peu trop muette à son goût.
Elle se lança :
- Je me demandais ou vous étiez passé pendant toutes ces années ?
- Miss Granger, dit Severus, en détournant à peine le regard, je n'éprouve pas le besoin d'engager une conversation avec vous, et encore moins devoir me justifier sur mon absence durant ces années. Le silence me convient.
- Je ne vous demande pas de vous justifier, je vous demande simplement comment vous avez occupé votre temps ?
- Cela ne vous regarde pas. Fin de la discussion.
- Vous avez voyagé ? fit-elle distraitement, comme si la réponse de Rogue n'avait jamais existé.
- Mais qu'est-ce que ça peut bien vous faire ? Lança-t-il, avec une pointe d'agacement.
- Je m'intéresse, c'est tout, je m'intéresse à vous et je dois bien reconnaître que votre disparition attise ma curiosité.
- Et bien je crains que votre curiosité ne soit jamais assouvie.
- Mais…
- Fin de la conversation ! Coupa sèchement le maître des potions.
Elle n'insista pas.
Une nouvelle rasade de pur feu permit à ses paupières de se fermer sans la moindre résistance. Dormir un peu, en se laissant bercer par le rythme régulier du train.
Elle ne sut dire combien de temps s'était écoulé lorsqu'elle se réveilla, mais en ouvrant les yeux, elle trouva les pupilles noires de Severus plongées dans les siennes. Il détourna aussitôt la tête, comme s'il avait été surpris en flagrant délit, pris la main dans le sac. L'idée qu'il la regarde pendant son sommeil et qu'il en soit gêné l'amusa. Elle voulut engager la conversation, mais c'est Severus cette fois-ci, qui prit les devants :
- Pourquoi perdez-vous votre temps à écrire ces petites chroniques que personnes ne lit dans la gazette du sorcier, miss Granger ? Vous avez pourtant d'autres compétences. Pourquoi vous gâchez-vous de la sorte ?
Sur le coup, Hermione resta hébétée. Elle ne s'attendait pas à ce genre de remarque de la part d'un homme qui habituellement se souciait si peu des autres l'idée que lui, s'interroge sur son avenir professionnelle la sidéra.
- Mes petites chroniques sont lues par au moins une personne, n'est-ce pas, Maître ? Et puis je vous ferais remarquer que j'ai écrit la biographie de Dumbledore, ce qui m'a pris beaucoup de temps. Tout comme mes deux années d'études en médicomagie d'ailleurs. Ne vous en déplaise, mais je n'éprouve pas le sentiment de me gâcher.
- Alors pourquoi n'exercez-vous pas ? Je vous imaginais déjà mariée avec Weasley, exerçant votre métier de médicomage avec passion. Bref, un parcours sans faute, comme il se doit. Mais au lieu de cela, je vous retrouve une fois de plus à vouloir porter main forte à ce Potter, et étonnement, avec un penchant prononcé pour l'alcool. J'avoue que vous me surprenez, miss Granger.
- Je ne suis peut-être pas aussi parfaite que vous l'imaginiez…
- Je n'ai jamais dit que vous étiez parfaite…
- En tout cas, je vous surprends.
- Oui, mais ce n'est pas forcément un compliment.
- Ça, j'avais compris.
- Vraiment ?
- Vous m'avez traité de pochtronne !
- Ce n'est pas le cas ?
- Vous me faites penser à Ron en disant ça…
- Weasley ? Par la barbe de Serpentard, je vous fais penser à ce crétin de Weasley ?!
- Ce n'est pas un crétin ! Et oui, je croirais l'entendre. Ceci dit, vous n'avez pas vraiment tort. J'ai parfaitement conscience de l'ampleur que prend ce petit vice. Je suis portée sur l'alcool, c'est un fait. Mais comme vous le dites si bien, je suis loin d'être parfaite.
Severus garda le silence en observant Hermione d'un regard introspectif. Par la fenêtre, la nuit était opaque. Seule la flamme timide d'une bougie posée sur la table éclairait leurs visages d'une lumière feutrée, faisant briller les yeux dorés de la jeune femme.
- Vous n'avez pas toujours été aussi désinvolte, reprit Severus, j'ai le sentiment que cela cache une sorte de… vague à l'âme.
Il plissa les yeux, puis ajouta d'une voix douceâtre :
- Qu'y a-t-il, miss Granger ? Qu'est-ce qui vous préoccupe ?
La question embarrassa Hermione. D'abord, parce que ce qui l'a préoccupait ne regardait qu'elle. Et puis il n'était pas dans les habitudes de cet homme de montrer ce genre d'intérêt envers qui ce soit, et encore moins de faire preuve de sollicitude. Il ne laissait jamais rien au hasard. Ce genre d'attention était forcément une ruse, le fruit d'un calcul réfléchi. Ça, elle le savait. Un vrai Serpentard ! Que cherchait-il à savoir ? Qu'attendait-il d'elle ? Ne trouvant aucune réponse, elle préféra détourner le sujet de la conversation.
- Vous ai-je dit que Minerva m'a proposé un poste de professeur pour la rentrée prochaine ?
- Vraiment ?
- Vraiment.
- Et quelle est la matière que vous seriez susceptible d'enseigner ?
- D'après vous ?
- Les potions, à tout hasard ?
- Tout juste. Maître des potions.
- Et qu'avez-vous répondu ?
- … rien pour le moment.
- Qu'allez-vous répondre ?
Hermione hésita un instant : Qu'allait-elle répondre ? Le savait-elle elle-même ?
- Je… à vrai dire, je ne sais pas trop…
- Vous ne savez pas trop ? Railla Severus. Une Miss-je-sais-tout qui ne sait pas trop ? Attendez, miss Granger, laissez-moi apprécier, laissez-moi savourer ce délectable instant.
- Sachez que vos moqueries me laisse indifférente, réfuta Hermione, en haussant les épaules. Je ne suis plus une adolescente aujourd'hui, comme vous avez pu le remarquer, j'ai changé.
- Oui, en effet... vous avez pris de la bouteille...
Hermione se mordit les lèvres. Merde à la fin ! Qu'avait-il donc à porter la conversation sur une « descente » dont elle n'aimait pas parler !
- Alors, qu'en pensez-vous ? Fit-elle, fientant l'indifférence.
- Que j'en pense quoi ? Votre goût pour la bouteille ?
- Le poste que Minerva me propose ! Pensez-vous que je devrais accepter ?
- La question est de savoir ce qui vous fait hésiter. Est-ce la difficulté de la tâche qui vous effraie ou l'idée de devenir professeur alors que cela ne rentrait pas dans vos projets ? D'ailleurs Granger, plus globalement, avez-vous des projets ?
Mais ou voulait-il en venir à la fin ? Pourquoi ces questions ? Ses allusions sur l'éventuelle tournure de sa vie professionnelle, et par extension sur les errances de son état mental commençaient à l'énerver.
- Dans l'immédiat, oui, répondit-elle. Créer une potion pour tenter d'arrêter un homme néfaste. De toute façon, si nous échouons, et si cet homme est aussi fou que l'était Voldemort, la question ne se posera plus…
- Cela vous plaît visiblement ?
- Quoi donc ?
- L'idée de devoir sauver le monde.
- J'ai le sens des responsabilités, en quoi ça vous dérange ?
- Le sens des responsabilités ? Laissez-moi rire, Granger, ce qui vous plaît, c'est l'attention que l'on vous porte. Vous aimez lire l'admiration dans le regard des autres, vous aimez briller. Finalement, vous êtes comme Potter, vous avez besoin des forces du mal pour vous sentir vivante. Quel paradoxe, et quelle hypocrisie.
- Arrêtez ça, siffla Hermione, ça n'a rien à voir !
- Que j'arrête quoi ? La vérité vous dérange-t-elle donc à ce point ?
- Mais que voulez-vous à la fin ?
- Je ne veux rien, je constate, c'est tout.
Hermione tenta de dompter la colère qu'elle sentait monter en elle. Ne pas s'abaisser, ne pas craquer, ne rien lui montrer. Elle prit une profonde inspiration et expliqua calmement :
- Vous vous trompez, les forces du mal me répugne, et il n'y a rien d'hypocrite en moi, je… je veux juste…
- Oui ? Que voulez-vous ?
Hermione baissa la tête pour cacher les larmes qui commençaient à faire briller ses yeux. Elle finit par céder.
- Je ne sais pas… je me sens… inutile…
- Inutile ? Voyons, Granger !
- Ron m'a souvent parlé de son ambition de devenir Auror. C'est en lui, ça l'a toujours été. Cette volonté s'est imposée à lui sans qu'il n'ait besoin de se poser la moindre question, comme une évidence, une certitude qui ne l'a jamais quitté. Mais voilà, moi... moi je n'ai aucune certitude…
- Je croyais que vous souhaitiez devenir Médicomage ? En tout cas, vos études après Poudlard le laissaient présager ?
Hermione ne put s'empêcher d'esquisser un demi-sourire. Un sourire un peu triste, un peu résigné.
- J'ai fait ce qu'il fallait que je fasse. Il y a quelques années, on m'a demandé ce que je voulais faire après Poudlard, alors j'ai répondu Médicomage, sans vraiment y avoir réfléchi, en vérité. Ceci est devenu un fait dans l'esprit de tous, Hermione Granger serait Médicomage. Et puis, il y a eu les ravages de la guerre. Et le combat, le sang, la douleur, m'ont convaincu que cette voie était ma voie, qu'il ne pouvait en être autrement, que c'était un choix mûrement réfléchi, une évidence, pareilles à celle de Harry et de Ron… Mais, il y a quelque temps, je me suis regardée. Vraiment. Vous savez, ce regard extérieur que l'on se porte parfois, comme si la personne que vous regardiez dans le miroir n'était pas vous, comme si cette personne prenait une direction qui n'était pas la vôtre… c'est une étrange sensation, une guerre intérieur, brutale et dévastatrice…
- Certes, mais elle peut également s'avérer fort salutaire.
- Vous voyez de quoi je veux parler ?
- Je vois très bien, oui.
Hermione réalisa alors qu'elle venait de se livrer à Severus Rogue. Mais le plus surprenant, c'était sa réaction, à lui.
- Je pensais que vous verriez cela comme une marque de faiblesse.
- Ce remettre en question elle loin d'être un signe de défaillance, bien au contraire. Mais noyer ses incertitudes dans l'alcool n'est pas une solution, miss Granger. La question que vous devez vous poser aujourd'hui, et de savoir ce que vous voulez vraiment.
Hermione baissa de nouveau la tête.
- Par pitié, railla Severus, ne me dites pas que votre rêve est d'écrire ces petites chroniques ennuyeuses toute votre vie ?
- Non… non… en fait… ce que je souhaiterais vraiment faire n'est pas réalisable. En tout cas, pas dans le monde magique…
- Que voulez-vous dire ?
Hermione releva soudain la tête, une lueur farouche dans le regard.
- Vous voulez savoir ce que je veux vraiment ? Et bien ce que je veux, c'est une plus grande conscience sociale, plus d'équité, de droit pour chacun quelque soit l'espèce à laquelle nous appartenons ! Il existe dans le monde magique de vraies injustices qui s'inscrivent dans une parfaite normalité, et ça, je ne le supporte pas !
- Je vois, fit Severus, à travers un rictus.
- Vous vous moquez ?
- Non, mais cela me rappelle vaguement quelque chose de l'époque de Poudlard. Finalement, vous avez choisi votre voie depuis bien longtemps.
- De quelle voie parlez-vous ? Il n'y aucun département au ministère qui traite vraiment de ce genre de chose. Rien. Comment agir par le biais d'une structure qui n'existe même pas ?
- Et bien créez la.
- La… créer ?
- Imposez-vous ! Vos idées sont généreuses, et si c'est ce que vous voulez vraiment faire, alors faites-le ! Vous en êtes capable, Hermione.
Hermione.
Il l'avait appelé par son prénom et elle venait de tout comprendre.
Elle comprit à quel point elle s'était trompée. Une fois de plus, elle s'était méfiée alors qu'il ne cherchait qu'à l'aider. Elle comprit qu'il n'y avait aucune manipulation, aucun calcul derrière ses paroles. Non, rien de tout ça.
Il lui parlait, simplement, comme on parle à un ami.
