Disclaimer : Les personnages de X-Men appartiennent à leurs auteurs et à Marvel. Moi, j'aurai aimée une donation de Erik et de Charles, mais paraîtrait que c'est pas possible. Dommage. Je ne touche rien pour écrire cette fanfiction.

Avertissement : UA, Slash, limp/broken/angst/dark!Charles.

Genre : Angst, drama, romance, hurt/comfort, family, friendship.

Spoilers : Aucun. C'est sûr que si vous n'avez pas vu le dernier X-Men, ça risque d'être spoiler, mais sinon, non.

Pairing : Erik/Charles.

Note : Je vous remercie pour vos reviews et avis.

MONTPARNOS, je tiens à te rassurer, je finirai cette fic, elle est juste bien plus dure à écrire que Addiction. J'ai déjà la fin en tête, il ne reste plus que les derniers détails à écrire. Je ne promets pas que cela ira vite, mais je tenterais de poster dans les meilleurs délais. Merci pour ta review, juste incroyable. J'espère que la suite te plaira tout autant.

Merci Dreamy french girl, je vais tout faire pour que mes publications se rapprochent, au moins augmenter l'ampleur de mes chapitres pour que vous ayez matière à lire en attendant. Je fais tout pour que cette histoire soit la plus parfaite possible et je suis heureuse que certains pensent qu'elle le soit, malgré ses imperfections et son sujet.

J'espère que relire les douze chapitres précédents ne te fait pas trop peur, izaiza14, et pour la troisième fois, je m'excuse de mon retard de publication.

Encore merci à vous trois et à tous ceux qui lisent, aiment.

J'ai adorée écrire ce chapitre, même si cela fut très dur. Il a fallut renouer avec d'anciens personnages, en inventer de nouveaux, coller à cet univers que j'avais inventé et que j'ai laissé tomber il y a un an, et, surtout continuer à développer la psychologie des différents personnages. Pour l'instant, je m'intéresse surtout à Charles. On reparlera un peu plus d'Erik dans la suite.

Il y a des références un peu crues dans ce chapitre, histoire de vous prévenir. De plus, je parle d'un sérum qu'utiliserait Shaw pour bloquer les pouvoirs de Charles. J'y avais déjà pensé il y a quelques mois, mais j'avais trouvé ça farfelu. Le nouveau film m'a montré que c'était possible. J'en reparlerai dans les chapitres suivants.

Je vous rappelle juste que les mots en italique sont des pensées, les mots "entre guillemets" sont les paroles d'Onslaught et les mots en "italique et guillemets" des souvenirs.

En espérant que ce chapitre vous satisfera.

Bonne lecture !

AMAZINGmadness, votre serviteur.

BIG GIRLS CRY ; SIA.


PARTIE III – CHAPITRE II

SURRENDER.

Une putain d'idée, oui.

Le coup est violent. Les os grincent, la peau s'irrite et s'ouvre, le sang coule à nouveau. Il passe la pointe de sa langue sur sa lèvre inférieure, récoltant quelques perles carmines. Le sourire qu'il sert à son vis-à-vis le fait visiblement frissonner de peur. Un son guttural, ressemblant à un rire, sort de sa gorge. Quoi ? Tu n'as pas compris, gamin ? Tu peux frapper, vas-y, ce n'est rien.

- Ce type est carrément cinglé.

- C'est un pote de Shaw, à quoi tu t'attendais ?

Le jeune homme hausse les épaules, remet en place le poing américain qu'il porte autour de la main droite. Il a beau frapper, détruire les pommettes et mettre la chair en bouillie, le prisonnier rit, sourit, et surtout, se tait. Personne ne résiste aussi longtemps, d'habitude. Ils finissent toujours par parler. Pas aujourd'hui.

Charles s'ennuie. Onslaught s'ennuie, plutôt. La petite voix l'exhorte d'en finir, elle trépigne d'impatience, elle n'en peut plus, elle voudrait juste pouvoir jeter ces hommes contre un mur et défoncer leurs cages thoraciques, elle voudrait pouvoir plonger une main dans leurs poitrines et en ressortir leurs cœurs encore battants. Elle rit et ricane, et Charles regarde juste et subit avec une claire lassitude. Ces idiots ne savent même pas en quoi consiste son pouvoir. Ils ne se sont pas protégés. S'il le voulait, il pourrait les tuer. Mais, alors, Erik ne serait pas content. Enfin, cela restait une hypothèse.

Charles fit tourner ses poignets dans les menottes de métal. Il tourna la tête sur le côté et cracha le sang qui s'accumulait doucement dans sa bouche. Cela ne plut pas à l'un de ses geôliers, qui s'empressa de lui faire payer son geste d'un nouveau coup en plein visage. Le télépathe serra les dents. Ses pupilles flirtèrent un instant avec le rouge. Il se força à respirer plus calmement.

Bien, la situation commençait à devenir irritante. Il s'était laissé capturer pour pouvoir être amené face à Erik. Chose logique, il était le foutu patron de la sécurité, ici, dans cette belle cité protégée et futuriste. Pourtant, pas de manipulateur de métal, juste un pyromane et un glacier ambulant, comme deux antithèses, qui s'évertuaient à frapper en échange d'informations. Ils savaient déjà d'où il venait. Ethan avait dû leur faire des portraits précis de chaque mutant travaillant pour Shaw. C'était logique, cela avait même dû être leur monnaie d'échange, à tous, pour pouvoir entrer ici.

Ils connaissaient tellement bien l'ennemi public numéro un et ses principaux acolytes, cela ne pouvait être qu'une bonne chose de les avoir de ce côté ci de la barrière.

Charles avait repéré Erik dès son approche de la cité. Il était là, dans cette grande tour, certainement le point central de cette ville. Avec Ethan, les enfants et Emma. Avec d'autres centaines de mutants et, plus étrange, des centaines d'êtres humains lambda. Azazel avait ricané à cela et lui-même avait laissé un sourire goguenard poindre au coin de ses lèvres.

Les chers petits héros. Alors, voilà, qu'on sauve l'Humanité, la civilisation, mais pitié, laissez donc les parias moisir dans leur tombeau moscovite.

- Vous êtes de vieux cyniques.

Naomi avait soupirée et s'était avancée, franchissant cette étrange bulle qui entourait la ville entière. Eux-mêmes n'avaient pas faits un pas qu'une espèce d'alarme avait retentit. Des gardes, pointant sur eux des armes à feux diverses et variées, étaient sortis de nulle part. Azazel avait bien vite disparu, et lui et Naomi avaient été rapidement jetés au sol et immobilisés. Charles l'avait vu venir. Il n'avait pas prévenu la polymorphe pour la simple satisfaction de la voir se mettre à hurler et à insulter tous ceux qui osaient la toucher.

Des mutants, des humains, quelle belle cité d'espoir et d'amour. Le télépathe eut de nouveau ce même air cynique. Il regarda les deux pantins s'agitant devant lui avec un clair sentiment de dégoût. Onslaught rit dans son crane. Oh, tu vois comme Sebastian fut un bon professeur …

- D'accord. Je pense qu'il est temps d'employer la manière forte.

Le plus grand de ses deux geôliers se redresse et soupire. Soudainement, son poing se couvre d'une glace épaisse et hérissée de pointes. Charles sait désormais qu'il est temps de partir.

Une pensée et les menottes s'ouvrent. Le télépathe n'a que le temps de se pencher en avant pour éviter le coup mortel et glacé. Le jeune homme blond, déstabilisé, prend quelques secondes pour comprendre ce qui vient de se passer. Avant même qu'il ne se tourne vers le prisonnier, celui-ci l'a déjà projeté contre l'un des murs, l'assommant.

- Espèce de salaud !

Un sourire étire lentement ses lèvres. Le maître du feu invoque une flamme et l'envoie vers son visage, sans qu'il n'esquive le moindre geste. Pourtant, dans un clignement de paupières, le projectile s'arrête dans sa course, faisant mourir sur les lèvres du plus jeune mutant le cri de triomphe qu'il s'apprêtait à pousser.

- Comment …

Le télépathe fait un instant tourner la boule de feu entre ses doigts, sous le regard ahuri de son vis-à-vis. Il la contemple d'un regard qui, lentement, se teinte de noir, puis de rouge, perd de son humanité. Et, désormais, lorsqu'il lève de nouveau les yeux vers le jeune pyrokinésiste, celui-ci ne peut que demeurer terrifié.

Car, les yeux sont rouges et froids, ils n'expriment rien d'autre que la cruauté, que la volonté irrépressible de faire le mal, de blesser, de détruire. Car, le visage est pâle et maculé de sang, blessé, à vif, et que le sourire mauvais qu'il exprime laisse couler le sang entre les lèvres. C'est la représentation du mal, un démon. Le jeune bourreau n'a envie que d'hurler.

- Regardes, Charles, regardes. Voyons voir si ce mutant brûle d'un feu aussi vif que ses créations.

Un hurlement résonne dans les couloirs déserts et froids. Naomi ferme les yeux et soupire lorsque le son parvient jusqu'à sa cellule. Un temps, ses doigts cessent de plonger l'épingle à cheveux dans la serrure des menottes, car il lui faut prendre une respiration profonde afin d'atténuer les tremblements qui agitent ses articulations. En face d'elle, une des anciennes protégées de Shaw, Angel, se redresse rapidement au cri, et Naomi se réjouit un temps de son expression apeurée et paniquée. A ses côtés, une espèce d'ours mal léché aux griffes d'acier l'inonde de la fumée de son cigare avant de se lever à son tour, intimant à la jeune femme ailée de rester là où elle se trouvait, ce qui ne sembla pas la rassurer le moins du monde.

Voyant la jeune femme raffermir sa prise sur l'arme à feu placée à ses côtés, à mesure que les cris et les pas se rapprochaient, Naomi accéléra ses gestes, priant un Dieu auquel elle ne croyait plus depuis longtemps de bien vouloir jeter sur elle sa miséricorde. Acte de foi dont elle n'espérait rien, mais dans la folie de cette époque, rien ne semblait pouvoir être impossible.

Elle crut pleurer lorsque le cliquetis mécanique des menottes démontrèrent leur ouverture, d'autant plus quand le bruit fut couvert par celui de la porte de sa propre cellule quittant ses gonds pour venir s'écraser contre le mur opposé, en un fracas métallique qui l'assourdit un instant.

Angel n'eut pas le temps de lever l'arme vers son assaillant que déjà ce dernier la forçait de ses pouvoirs à abdiquer. Naomi massait ses poignets rendus douloureux par la contention lorsque Charles fit irruption dans la pièce, ne l'étonnant guère. Seul le rougeoiement atypique de ses yeux et la lueur démente qui y paradait parvinrent à calmer son enthousiasme.

- Pas trop tôt.

Charles ne lui répondit pas. Dans son silence, Naomi comprit qu'il n'était pas l'heure des bavardages. Le mutant semblait furieux – le recours à sa seconde identité indiquait toujours la rage ou la souffrance, à ce qu'elle en comprenait -, son regard parlait pour lui. L'aura qui l'entourait aurait pu la faire suffoquer tant il dégageait une dominance glacée, noire et profonde. Le pouvoir semblait l'irradier, il était incandescent. Onslaught l'était.

Elle prit l'arme qu'Angel tenait précédemment, et l'homme lui en tendit une seconde, une kalachnikov de laquelle elle s'entoura les épaules. Elle ne posa pas de questions. Cette partie là de Charles, il valait mieux ne pas trop l'assommer de paroles.

Naomi fit prudemment quelques pas hors de sa cellule, constatant les dégâts, évitant les inconscients – peut-être même morts – éparpillés ça et là. Ils se tenaient tous deux dans un couloir court, embranchement de cinq pièces étroites à droite et de trois à gauche, qui se terminait de chaque part en un L. Elle en conclut que Charles venait de la gauche, au vu de son tracé chaotique, et que leur périple se poursuivrait sur la droite. Voyant déjà l'autre mutant s'avancer, une arme de poing simplement coincée dans son dos, vers la mortelle perpendiculaire, elle finit par le suivre, après avoir vérifié le chargeur de sa propre arme.

Miraculeusement, personne ne vint à leur rencontre. Cependant, malgré les trois couloirs déserts qui les accueillirent par la suite, Naomi ne baissa pas sa garde. Charles, lui, avançait tranquillement, presque sans crainte, avec un aplomb qui la surprenait autant que l'effrayait. Le télépathe semblait savoir où il allait, ce qu'il cherchait. Soudainement, elle eut cette impression horrible, celle de se dire qu'elle s'était jetée là-dedans sans même tout à fait le connaître, sans savoir totalement ce qu'il recherchait et où tout cela la mènerait. Certes, elle n'avait rien à perdre, mais ne souhaitait pas mourir pour quelqu'un qu'elle connaissait à peine et pour des motivations qu'elle ne partageait pas.

Shaw était un monstre, certes, mais vivre à ses côtés impliquait la sécurité. Il ne se séparait jamais de ce qui lui était utile. Parfois remplaçait-il certaines pièces usées par de nouvelles, mais Naomi savait que, depuis la mort de la sœur de Charles, elle était désormais tranquille de ce côté là. Alors que Charles n'attirait que la souffrance et le chaos. Quelle putain d'idée !

- Souhaiterais-tu donc que tous connaissent notre sort ? Que tous ceux qui ont réussis, jusqu'ici, à garder un semblant d'humanité, deviennent les survivants que nous sommes aujourd'hui ?

Prise d'une soudaine panique, elle se stoppa. Ses doigts rendus moites par l'appréhension se resserrèrent compulsivement autour de l'arme, la tension dans ses bras forcèrent cette dernière à se soulever de quelques centimètres, le canon entrant soudainement en contact avec le torse de Charles, qu'elle ne pensait pas si proche.

L'horreur lui coupa le souffle. Toute à sa soudaine terreur, elle n'osa lâcher des yeux l'arme et le tissu noir qui couvrait la frêle silhouette de son vis-à-vis. C'était certain, pour ce geste, Onslaught la tuerait. Autant avait-elle une confiance toute relative en Charles, autant éprouvait-elle une terreur indicible au sujet de sa « moitié maléfique ».

Et, pourtant, de précieuses et longues secondes s'écoulèrent sans que rien ne vint perturber le silence des lieux. Finalement, un soupir seul vint solder l'affaire et, lorsqu'il se détourna, Naomi ne discerna de ses traits que l'éclat bleuâtre de ses yeux.

Et, merde.

Se sentant soudainement affreusement bête, elle se précipita vers l'avant, tentant de le rattraper. Mais, alors que sa main s'apprêtait à se refermer autour de son bras, ce qu'elle eut brutalement devant les yeux lui fit cesser tout mouvement.

Au-delà du couloir s'ouvrait ce qui semblait être une salle de réception. La pièce, grande, lumineuse, était faite d'un parquet qui, autrefois assurément splendide, n'était plus qu'un amas de planches rendues grisâtres par la saleté. Un grand lustre de cristal pendait du plafond où se craquelait la peinture. D'immenses baies vitrées couraient sur la grande majorité des parois, révélant les lumières de cette ville pas si morte, les sombres silhouettes des gratte-ciels tout proches. Une estrade de bois était installée sur la gauche, où trônait un bureau, surplombant la vue et la salle, vide. Oh, il y avait bien un fauteuil au centre de ce qui avait dû être une piste de danse, un grand fauteuil de pierres noires, majestueux et terrifiant, bardé de sangles et de chaînes. Sa vision dérangea si fortement la polymorphe qu'elle s'empressa de s'en détourner.

- Où sommes-nous ?

Charles la sentit se glisser vers les hautes fenêtres, son esprit oubliant déjà ce qu'elle venait de voir. Le télépathe ne répondit pas.

Son regard ne pouvait se détacher de l'affreux trône. Même Onslaught semblait en être terrifié. Comment le dire à Naomi, comment lui dire qu'après l'interrogatoire venait ceci, comment lui dire que, s'ils échouaient, c'est sur ce siège qu'ils finiraient ?

Pas de gentils, pas de méchants. En Russie, on faisait rouler les têtes. En Amérique, on torturait à mort.

Erik avait apparemment aussi bien apprit de Shaw que lui-même.

Lentement, il se détourna de cette vision angoissante, monta sur l'estrade, posa son arme sur le bureau. Il se permit de s'y appuyer un instant. De sa manche, il essuya le sang qui finissait de couler de sa lèvre, de sa joue et, dégoûté, fini même par retirer sa veste, qu'il laissa tomber sur le sol. Le geste lui tira un gémissement de douleur que Naomi ne pu ignorer. Délaissant la vue, elle se rapprocha prestement de lui et, oubliant ses craintes, entreprit de l'examiner, sans avertissement ni précautions.

- Que penses-tu être en train de faire ?

- Tu saignes, tu as fais trop d'efforts, certaines de tes plaies se sont rouvertes.

Il eut un rire sans joie à ces mots. Se reposer, peut-être, pour faciliter la cicatrisation ? Mais, bien sûr. Comme s'il en avait réellement la possibilité. Elle posa ses doigts sans aucune douceur dans son dos, après avoir remonté son t-shirt, lui tirant un nouveau gémissement. Au vu de sa paume maculée de sang, le pansement devait en être déjà bien imbibé.

- D'accord, il faut qu'on trouve une infirmerie, ou un hôpital, ce qui serait bien plus utile, en fait. Je ne suis pas médecin, mais je pense qu'il faut que ces plaies soient recousues.

- Je pensais qu'un pansement suffirait.

- Infirmière, je te rappelle, pas médecin. Tu es le seul blessé que j'ai eut à soigné cette dernière année, et tes blessures n'ont jamais été si graves. J'ignore complètement comment je suis sensée recoudre ces plaies.

- Le seul blessé ?

- Les autres finissaient toujours par mourir bien avant que je ne les ai touchés.

Voilà qui était rassurant. Sachant déjà à quoi il pensait, elle se permit de lui jeter un regard noir, auquel il répondit par une grimace douloureuse.

Puis, ce qu'il redoutait finit par arriver. Il attrapa le poignet de la jeune femme, la forçant à interrompre ses gestes. Loin de son sourire, ce qu'elle vit sur son visage fut cette nouvelle expression de froideur, alors que toute émotion semblait de nouveau avoir quittée ses traits. Elle s'en alarma et eut le réflexe de sortir son arme de poing.

Alors que Charles se redressait en grimaçant légèrement, une dizaine de gardes armés firent leur entrée, tous venant du couloir qu'ils avaient quittés quelques instants plus tôt. Sans les approcher, ils les mirent en joue, dispersés dans la grande salle. Naomi leva son arme et la pointa sur l'homme le plus proche d'eux.

Baisses ton arme. Ils ont l'ordre de tirer au moindre geste brusque.

Elle pinça les lèvres, son regard passant de l'homme armé et casqué qui lui faisait face à Charles qui, imperturbable, ne faisait que fixer la grande porte boisée de l'autre côté de la pièce. Qu'est-ce que c'était que ces hommes ? Ils avaient un aspect grotesque avec leurs casques, leurs matraques à la hanche, leurs armes d'assaut, leurs protections diverses qui les enveloppaient comme s'ils étaient parés d'armures. Cela rappela à Naomi les manifestations étudiantes new-yorkaises et leur répression par les services de police. Les agents portaient toujours ce style d'équipement, en un peu moins bariolé.

Pourquoi ces gardes ne les avaient pas encore immobilisés ? Pourquoi se contentaient-ils de les fixer, canons pointés dans leur direction, alors qu'ils étaient plus nombreux qu'eux et surtout en meilleur état ?

À ces questions, Charles ne fit que sourire sombrement.

Cela n'empêcha pas Naomi de continuer à pointer son arme entre les deux yeux de l'un de ces hommes.

Encore une fois, baisses ton arme.

Je sais ce que je fais. J'ai été dans la police. C'est une longue histoire.

Charles tourna un regard interdit vers elle, et elle se contenta de lui répondre d'un clin d'œil. Leur échange s'interrompit lorsque le bruit caractéristique du crissement des gonds inutilisés vint déchirer le silence ambiant. Revenant immédiatement dans son rôle, Charles contempla sans ciller ceux et celles qui entrèrent, porta une attention particulière aux quelques qui daignèrent s'approcher. Jetant un regard vers lui, Naomi pu clairement voir une certaine tension gagner ses épaules lorsque trois de leurs geôliers vinrent se planter à quelques mètres seulement de l'estrade. Loin d'en être rassurée, elle resserra sa prise sur son arme.

Voilà. Trois cent soixante-seize jours. Trois cent soixante-seize jours à le penser mort, encore. Trois cent soixante-seize jours à espérer son pardon. Trois cent soixante-seize jours à l'aimer, plus fort, à y penser, toujours.

Charles serra les poings.

- Alors ?

Emma fronça les sourcils, tentant de crever les défenses érigées autour de l'esprit de l'autre télépathe. Étonnamment, celles-ci s'avérèrent faibles et peu nombreuses. Ignorant la répugnance que lui inspirait son geste, elle pénétra l'esprit de Charles pour en ressortir très vite, aussi intriguée que décontenancée.

- Cent quatre-vingt-quinze.

Erik, les mâchoires crispées, le regard ne cessant de fixer la silhouette pâle et maladive du jeune homme qui, debout sur l'estrade, n'avait pas encore esquissé le moindre geste, tourna finalement un regard furieux et fébrile vers elle, ce qui ne l'émut nullement.

- Qu'est-ce que tu racontes, Frost ?

- C'est la seule chose que j'arrive à percevoir dans son esprit : le chiffre tourne en boucle. Je n'ai accès à aucune autre information, tout est trop bien … caché.

Ce fut loin d'être la première fois qu'elle répugnait à avouer la supériorité de Charles. Néanmoins, aujourd'hui elle n'en fut pas agacée, trop heureuse qu'elle était de le retrouver, mal en point, certes, mais vivant. Sous ses airs furieux, elle savait qu'Erik partageait son sentiment. Ses yeux ne pouvaient se détacher de Charles. Son Charles. Qu'importe les rumeurs, les légendes, les faits, c'est ce qu'il restait.

Face au télépathe, un être humain lambda aux traits fatigués et âgés, sans pouvoirs, habillé de blanc. Il cogna puissamment sa canne contre le parquet, et les murmures du fond se tarirent. Le deuxième n'était autre qu'Ethan qui, en retrait, était accoudé au fauteuil, et avait prit entre le pouce et l'index de sa main gauche l'une des chaînes qui trônait sur ce dernier. En la voyant parsemée de pointes profondes et encore maculées de sang, Charles se sentit pâlir bien malgré lui. La menace, claire et précise, bien au-delà de sa simple présence, du sourire en coin qui animait ses lèvres, lui donna envie de lui exploser le crâne. Calmant l'entité furieuse qui se débattait en son sein et qui réclamait la vengeance par le sang, Charles se contenta de penser aux cent quatre-vingt-quinze fois.

Enfin, la dernière, il crut un instant ne pas la reconnaître. Cependant, ses traits et l'aversion qui animait son regard chocolat ne mentaient pas : Mischa MacTaggert, semblant plus âgée et plus ressemblante à sa défunte aînée que jamais, le toisait d'un regard flamboyant, ses traits déformés par la rage, et, en fait, elle n'avait pas tant changée que cela. Se tenant à la droite du vieil homme, elle se stoppa à ses côtés, et son maintien lui prouva à quel point tous deux, Naomi et lui, étaient dans la merde.

Trois êtres, deux prédateurs. Se refusant à s'immiscer dans leurs esprits et ainsi laisser s'échapper toute la colère qu'Onslaught pourrait y implanter, Charles fut dans l'ignorance la plus totale des alliés qui pouvaient être désormais sien. Certes, il y avait Erik, Emma, Angel, Hank et Sean, mais depuis la mort d'Alex, en cette année entière passée loin d'eux, il ne pouvait clairement connaître leur position.

Finalement, le visage du vieil homme se fendit d'un sourire que Charles fut loin de juger de sympathique.

- Mademoiselle, vous devriez baisser votre arme. Nous ne vous voulons aucun mal.

- Regardez-moi deux secondes. Vous voyez les traces de coups ? Bien, alors, vous pouvez très bien comprendre que je n'ai pas du tout confiance en vous.

Intérieurement, le télépathe félicita l'arrogance de la polymorphe. Ne quittant pas son sourire, l'homme âgé la délaissa du regard, et posa finalement son attention sur lui. L'animosité qui régnait dans les prunelles sombres de l'homme le forcèrent à penser que lui non plus ne serait pas un allié de choix.

- Charles Xavier, je présume. J'ai longtemps attendu de vous rencontrer. Vous êtes tel qu'on me l'a décrit : vous ne semblez être qu'un gamin. Un foutu gamin qui vient de tuer dix de mes meilleurs hommes. En notre sombre époque, j'aurai déjà fait pendre depuis longtemps l'auteur de pareil crime.

Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze.

- Je m'appelle Alexander. Je dirige cette ville. Et, vous, vous êtes la polymorphe et le télépathe et bourreau attitrés de Mr Shaw. Votre présence en ces lieux nous honore, vraiment.

Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze.

Charles ne réagissait pas. Vraiment pas. Inquiète, Naomi coula vers lui un regard interrogateur, qu'il ignora complètement. Son regard froid et bleu était entièrement tourné vers Ethan qui, à quelques mètres de là, ne semblait nullement gêné par cet état de fait. Pire, son sourire joueur montrait qu'il s'amusait réellement de la situation. S'offusquant pour son compagnon, la polymorphe tourna alors son arme vers le pisteur qui, ainsi visé, perdit légèrement son sourire. Sous un pareil geste, les gardes s'empressèrent d'enlever les sécurités de leurs armes et de raffermir leur prise sur celles-ci. À quelques mètres, près des portes, Naomi perçu qu'un homme se débattait, tentait d'avancer mais était ramené vers l'arrière, finalement.

Ethan n'avait pas peur, il connaissait déjà l'issue de l'histoire. Dans tous les cas, il gagnait, que Shaw prenne la ville ou que cet Alexander règne. Les deux l'avaient à la bonne. Putain de manipulateur. Charles effleura lentement son esprit, résistant à l'envie d'y pénétrer et d'y broyer ce qu'il y verrait, et cela fut suffisant pour faire ciller le pisteur et lui ôter son horrible sourire retord. Une menace. Ce fut au tour de Charles de sourire.

Il était temps d'entrer en scène.

- J'espère que votre hospitalité se révélera supérieure à votre accueil. Je pensais que le passage à tabac était une mode soviétique, j'ignorais que c'était également un précepte en cours à Los Angeles.

Pas de gentils, pas de méchants. Le sourire mauvais que Charles offrit à l'assemblée ne cacha pourtant ni sa pâleur, ni sa maigreur, et encore moins les traces de sévices qui marbraient son corps et son visage. Les murmures eurent beau reprendre, les trois entités responsables du jugement de leur sort n'en semblèrent pas déstabilisés.

- Nous traitons les assassins et traîtres à l'Humanité de votre genre comme vous traitez nos camarades. Ce n'est là que justice. Maintenant, dites-moi, qu'est-ce que le chien de Shaw vient faire par ici ?

« Regardez-le, le petit chien de Shaw, regardez-le comme il sait se traîner aux pieds de son maître, comme il comprend la façon dont il faut remuer de la queue pour se faire entendre ! Est-ce que tu veux un os, petit chien ? Est-ce que tu veux que Dents de Sabre te donne quelque chose à mordiller ? ».

Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze.

- Nous sommes venus vous mettre en garde. Il y a un traître dans vos rangs, il donne de nombreuses informations à Shaw, qui ne tardera pas à bientôt venir réduire en poussières votre bel cité d'espoir.

Il cracha les mots avec une colère qu'il ne sut dissimuler. Déjà, ses yeux bleus prenaient une teinte plus foncée, et les promesses données à Onslaught pour une vendetta meurtrière imminente furent les seules choses qui empêchèrent sa face la plus sombre de se révéler au grand jour. Il fallait qu'ils comprennent, il fallait qu'il les préviennent. Il n'engendrerait pas la violence, il ne serait pas l'investigateur d'un massacre, pas aujourd'hui.

De plus véhéments murmures vinrent se répercuter contre les murs, tous se scrutant, tous échangeant, et Charles, dans cet Enfer, parvint enfin à croiser le regard d'Erik.

Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze.

- De qui parle-t-il ?

La question de Sean resta sans réponse. Emma se contenta d'hausser les épaules, tenant toujours dans sa main le poignet d'Erik, qui ne cherchait désormais plus à se soustraire de sa poigne. Un instant, elle aussi se permit de plonger droit dans le regard de Charles. Ce qu'elle y vit l'emplit d'une terreur sourde, d'une pitié certaine. Tant de désarroi, de crainte, de désespoir, de rage … Lorsque le lustre pendu au-dessus de leurs têtes commença à trembler, elle se vit dans l'obligation de rappeler à l'ordre le manipulateur de métal qui, littéralement hypnotisé par les orbes bleutés du télépathe, se laissait aller à sa colère.

Alors, Ethan délaissa les chaînes pour s'avancer à leur hauteur et, souriant de nouveau, ne lâcha pas du regard la fine silhouette qui les faisaient tous frémir.

- Je pense qu'il s'agit de moi. Il est vrai que je n'ai pas su me faire discret, ces derniers temps.

Devant le regard perplexe des deux sbires de Shaw, Alexander eut un rire sans joie. Perdu, Charles jeta un nouveau regard vers Erik, qui ne sembla, lui, pas surpris.

« Il savait. Ils savaient tous. Il savait que nous étions en vie, que nous étions là-bas, et il n'a rien fait. Encore. Ils nous ont laissés pourrir, ils nous ont laissés souffrir, les coups, les viols, Charles, je ne laisserais pas les gestes impunis, comme ils souffriront, comme ils crieront, et tu regarderas, tu participeras, nous serons enfin nous-mêmes. »

- Ethan espionne votre maître pour notre compte. Son efficacité et ses mensonges ont su berner de nombreuses fois Shaw, et la confiance aveugle que celui-ci lui porte nous a permis de déjouer pas mal de ses plans. Nous sommes en parfaite sécurité, Xavier. Nous avons des hommes et des femmes intègres, loyaux, pour veiller sur nos murs, une force de frappe qui n'attend que de s'abattre sur votre peuple de barbares pour enfin faire revenir la quiétude et la paix … Shaw n'a que des pantins livides, faibles et faméliques à sa suite. Si votre inquiétude à notre égard avait été franche, vous n'auriez jamais rejoins ses rangs et, aujourd'hui, c'est à nos côtés que vous vous battriez.

Complètement sonné par les mots, les accusations, Charles resta ainsi, perplexe et stoïque, dévisageant sottement le maître des lieux et ses deux associés. Naomi marmonnait des menaces et des injures incompréhensibles. Cramponnés à l'arme, ses doigts tremblaient de rage.

Non, non, des sanglots ne pouvaient gonfler dans sa poitrine, non, non, il ne pouvait pas les tuer, les déchiqueter, tous, maintenant, tout de suite. Honteusement coupable, furieusement blême, il vogua un instant entre l'apitoiement et la rage et n'osa finalement que rester muet, prenant leurs sourires mauvais, recevant leurs regards noirs, n'ignorant pas les insultes murmurés ou clairement avouées qui venaient des profondeurs de la salle se répercuter jusqu'à lui en échos. Il siffla entre ses mâchoires contractées.

- Là n'est pas la question. Ethan est un traître, un agent double.

- Aucun de ses actes ne le prouvent, aucun mot de votre part ne pourrait le démontrer. À moins que vous en ayez la moindre preuve ?

IL M'A VIOLE !

Emma eut un hoquet de stupeur et d'horreur. Ses ongles se refermèrent dans la peau tendre de l'avant-bras d'Erik qui, immédiatement, tourna un regard interrogateur vers elle. L'espace d'une seconde, l'esprit de Charles s'était ouvert. L'espace d'une seconde, une myriade d'images et d'émotions s'étaient gorgés du lien qu'elle avait maintenu entre eux depuis leur arrivée. Cette dernière pensée, hurlée, désespérée, lui vrilla le crâne, et elle eut un instant l'impression de baigner dans le sang, dans la saleté, écorchée vive, nue et fragile, les cordes vocales rompues d'avoir tellement crié. Elle ouvrit les yeux pour découvrir le visage de Shaw. Il plongea sa main dans sa poitrine pour en ressortir son cœur encore palpitant.

Les visions s'évanouirent aussi prestement qu'elles étaient apparues. Lorsqu'elle reprit enfin connaissance, tous avaient le regard tourné vers elle. Elle se demanda un instant qui criait de la sorte lorsqu'elle se rendit compte que c'était sa propre voix qui s'écorchait aux échos. Plaquant une main contre sa bouche, elle se força à se taire, difficile quand ce qu'elle avait vu et ressenti était encore si imprégné dans ses sens. À sa droite, Erik la soutenait, criant son nom, la secouant, et elle vit avec une sorte de stupeur que ses ongles avaient tracés de profonds sillons dans le bras du mutant.

- Est-ce que tout va bien, Emma ?

Elle n'osa pas lever les yeux vers Alexander, se contenta d'hocher la tête. Passant une main tremblante sur ses joues, elle essuya les larmes qui s'y étaient écoulées.

- Charles t'a fait quelque chose ?

La voix d'Erik n'était qu'un sifflement lugubre. Avant qu'elle ne puisse répondre, il la remit sur pieds, l'aida à passer un bras autour des épaules d'un autre homme qui fut chargé par Alexander de la mener jusqu'à l'infirmerie. Ses yeux hagards se posèrent sur le manipulateur de métal. Elle s'imprégna de sa colère, de sa méfiance, de son inquiétude … de son éternelle inquiétude. Puis, doucement, regrettant presque déjà son geste, elle se tourna vers Charles.

Beau et grand Charles, puissant Charles. Il lui jeta un regard vide de toute expression. Son visage n'exprimait rien. Où était la vie, où était son rire, où était son innocence ?

Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze. Cent quatre-vingt-quinze.

Envolées les visions, le chiffre repassait en boucle, et elle sut désormais ce qu'il signifiait. Le regard qu'elle tourna de nouveau vers Erik finit de le convaincre que quelque chose n'allait vraiment pas.

- Aide-le.

Il hésitait encore. Bien sûr qu'il hésitait. Qui pouvait savoir ce qu'un an passé aux côtés de Shaw avait fait à Charles ? Peut-être n'était-il plus du tout l'homme qu'il avait connu, qu'il avait aimé. Peut-être était-il clairement devenu celui dont les rumeurs parlait …

Il secoua la tête et, poussant sans retenue ceux qui encombrait son passage, se fraya un chemin jusqu'à Alexander, Ethan et Mischa. La jeune femme lui jeta son regard le plus noir lorsqu'il eut atteint son côté, et il ne se priva pas du plaisir de le lui rendre. Si sa sœur n'avait pas osé lui tirer dessus, jamais tout cela ne serait arrivé.

S'il était parti ce soir là, le premier soir, lorsque le gouvernement les avaient recueillis, lorsque Charles était venu le rechercher, s'il n'avait pas été si faible ...

- Ah, Erik. Nous avons des cellules qui seraient capables de le retenir, n'est-ce pas ? Ethan à ce sérum que Shaw lui injecte, qui permet de voiler un temps ses pouvoirs, nous pourrions l'utiliser comme otage. Cette fille, elle pourrait être utile, par contre.

Le chef de la sécurité. Quelle belle blague. Un temps cobaye des tortures et expérimentations de Shaw, il était désormais devenu le bourreau de ses sbires. Qui était torturé, qui était tué, qui était emmuré, voilà ce qu'était son dû. De Charles et lui, qui était réellement le monstre ?

Erik tourna son regard vers Charles. À la mention du sérum, une lueur vive éclaira un instant ses yeux bleus, quelque chose comme de la terreur. Ethan, qui ne lâchait pas non plus du regard, n'en sourit que davantage.

- Sebastian Shaw ne viendra pas le rechercher. Il ne marchandera pas non plus sa libération. Il est un tortionnaire et un prédateur et, comme tous ceux de son espèce, il souhaitera voir comment sa proie va se débattre et survivre dans une position aussi délicate que celle-ci. C'est comme cela qu'il punira sa traîtrise. Il semble être là de son plein gré. Il pourrait être un allié de choix.

- Pour qu'il gangrène nos cerveaux et nous tuent tous dans notre sommeil ?

Le reniflement dédaigneux de Mischa lui donna envie de serrer son beau collier de métal autour de son délicat petit cou. Sale gamine.

- Injectez-lui ce fichu sérum si vous voulez. Il pourrait nous donner des informations. Il nous serait bien plus utile vivant que mort, et bien plus encore libre qu'enchaîné. Je me porte garant de lui. Je surveillerai le moindre de ses gestes.

- Tu es trop impliqué, Erik. Tes sentiments parlent pour toi.

- La seule chose qui m'importe, c'est de vivre. S'il représentait une menace réelle, alors je serai d'accord pour qu'on le laisse pourrir dans une cellule. Or, ce n'est pas le cas. Ils sont venus de leur plein gré nous prévenir, ils pensaient nous aider. Nous ne sommes pas eux. Nous n'allons pas les traiter en ennemis, nous n'allons pas être de vulgaires bourreaux. Si nous sommes justes, ils coopéreront. Si nous nous laissons aveugler par notre haine et notre colère, ils procéderont de la même manière. Et, nous ne souhaitons clairement pas cela, n'est-ce pas ?

Il leva à nouveau les yeux vers Charles. Ce qu'il vit sur son visage le fit espérer. Ses yeux bleus étaient limpides, et son regard exprimait son accord. Il osa lui sourire, et Charles lui rendit timidement une fade copie de ce qu'il avait souhaité exprimer. Alexander, sourcils froncés, semblait sérieusement réfléchir à la proposition.

- Très bien. Tu pâtiras de ses actes et de ses mots. Tu lui injecteras toi-même le sérum toutes les douze heures, et tu veilleras constamment sur eux deux. Au moindre signe de leur traîtrise, je les fais exécuter, ils retourneront dans leur chère Russie en morceaux. Est-ce clair ?

- Mais, Alexander … !

- Tout à fait clair.

- Bien. Prépare lui une injection, Ethan. Vous pouvez baisser vos armes, je pense qu'ils sauront se montrer coopératifs, désormais.

Et, sous les regard surpris de Charles et de Naomi, il se détourna, claudiquant légèrement, l'appui de sa canne résonnant contre les parois vitrées de la grande salle. Après une brève hésitation et un dernier regard noir, Mischa le suivit, bientôt imité par une grande partie de l'audience. Seuls Erik, Ethan, Sean, Hank et deux gardes restèrent dans la pièce. Doucement, la polymorphe se rapprocha de son compagnon.

- Je viens de louper un épisode ou alors il a été un peu trop coulant à mon goût ? Il veut nous déchiqueter et la seconde d'après il oublie les dix gars que tu viens de tuer …

Charles lui intima d'un regard de se taire, ce qu'elle fit non sans difficultés. Après coup, elle ne su exactement si la bonté d'Alexander vint de sa générosité de cœur ou d'un petit coup de main de la part de Charles, ou d'Emma.

Ignorant la présence d'Ethan, Charles descendit les marches de l'estrade, serrant les dents pour ne pas laisser s'échapper le moindre éclat de douleur, et, quelque peu indécis, ignorant la voix dans sa tête qui le pressait de divers plans et stratégies, se tint devant Erik.

- Merci.

Le manipulateur de métal ne su un instant comment réagir. C'était un moment qu'il attendait depuis des mois, ils n'avaient pas été aussi proches depuis Cuba, et cela lui sembla être dans une autre vie. Lentement, il s'avança et, sous le regard étrange d'Ethan, enroula ses bras autour de la maigre silhouette de son ancien amour, le serrant doucement contre lui. Si Charles ne fit aucun geste pour retourner l'étreinte, Erik eut au moins la satisfaction de le sentir se détendre légèrement, et lorsqu'il le lâcha enfin, le sourire qui étirait ses lèvres était, certes, épuisé, mais véritablement sincère et joyeux.

À leurs côtés, Naomi tendit la main vers la seringue qu'Ethan tenait entre ses doigts. Elle argumenta froidement qu'elle était capable de s'en occuper elle-même et, étrangement consentant, le pisteur la laissa prendre l'objet. Charles ne dit rien lorsqu'elle baissa l'encolure de son t-shirt et lui enfonça l'aiguille dans l'épaule sans avertissement. Il se contenta de grimacer en sentant le liquide être lentement injecté sous sa peau. La mordante brûlure, pour être quasi-quotidienne, n'en restait pas moins douloureuse.

- Il a besoin de soins. Vous pouvez nous emmener jusqu'à l'infirmerie ?

Erik jeta un coup d'œil vers les deux gardes, qui hochèrent la tête avant de se retirer. Hank tira Sean par le coude et tous deux finirent également par s'éclipser. Lorsqu'Erik se tourna à nouveau vers ses deux captifs, il remarqua qu'Ethan en avait également profité pour partir.

Au vu du regard douloureux que les deux mutants échangèrent, des non-dits et des promesses éclatées qui éclairaient leurs yeux, Naomi, gênée et mal à l'aise, se dit que les laisser un instant seuls ne relèverait pas du luxe. Lorsque les deux hommes se mirent en marche, lentement, la jeune femme ne pu que poser le regard sur le dos du télépathe : les longues traînées sanglantes qui barraient le t-shirt du jeune homme la firent frissonner d'angoisse. À ses pas, des gouttes éparses de sang s'étalaient sur le plancher froid.

Inquiète, elle les suivit.


A la prochaine pour le chapitre III !

Bonne fin de journée !