Salut, ô lecteurs ! En tant que gagnante de la course au 60e commentaire, Sundae Vanille a choisi l'expéditeur de la lettre qui figure en fin de chapitre ; saurez-vous le reconnaître ?


Chapitre 14 - Festivités

Alifair fut soulagée de retrouver sa taille normale une fois rentrée à la maison. Elle dévora avec appétit le succulent dîner préparé par Crickey et se resservit deux fois, à la grande joie de l'elfe – elle n'avait qu'un souvenir de brunch et une demi-cuillerée de glace dans l'estomac.

Après le repas, alors qu'ils s'étaient installés au salon, Tommy retira la chaîne d'or de la Conchavoix qu'il avait passée à son cou et la tendit à Alifair pour qu'elle puisse l'examiner. C'était un objet très délicat et visiblement précieux, un petit coquillage en spirale de couleur rosée veiné de pourpre.

« -Les Conchavoix sont très rares, expliqua Tommy pendant qu'Alifair retournait entre ses mains le bijou à la surface lisse et irisée. Seule une poignée de sorciers océaniens sait comment les fabriquer à partir d'une certaine variété de coquillage soumise à des enchantements complexes.

-Qu'est-ce que c'est, au juste ? interrogea Alifair.

-Un écho, répondit Tommy. La Conchavoix conserve les mots qui lui sont murmurés. Écoute-la.

-Quoi ?

-Mets-la contre ton oreille, comme si tu voulais entendre le bruit de la mer. »

Étonnée, elle suivit ses instructions. Elle plaça l'extrémité du coquillage contre son oreille et entendit avec stupeur une voix féminine, voilée comme si elle lui parvenait après avoir résonné le long d'un tunnel, murmurer :

« -J'aime la tarte aux fraises.

-Quoi ? s'écria Alifair. C'est quoi, cette blague ? »

Tommy tendit la main pour récupérer le bijou, l'écouta puis sourit.

« -C'est un test, comprit-il. La Conchavoix ne peut contenir qu'un seul message à la fois. Quelle qu'ait été la dernière personne à y avoir parlé, elle ne lui a rien confié d'important.

-Je me demande à qui elle était avant d'atterrir entre les mains de ces deux affreux, fit Alifair.

-À un Né-Moldu, d'après ce qu'ils disaient. Quelqu'un qui a probablement mal fini. Je devrais la rendre, mais je me dis que son nouveau propriétaire ne la mérite peut-être pas. Tu crois que j'ai tort ? » s'inquiéta-t-il.

Alifair haussa les épaules.

« -Prise de guerre, déclara-t-elle. C'est drôle que ce truc soit aussi cher. Nous autres, Moldus, on a beaucoup mieux pour enregistrer les voix.

-Mais pas aussi fiable, nuança Tommy. Le message d'une Conchavoix peut rester intact pendant des siècles, s'il n'est pas effacé par un autre. Ses enchantements sont d'une fiabilité presque totale, ce qui signifie qu'on ne peut pas falsifier son contenu. En plus, il paraît que si on la plonge dans une eau parfaitement pure, on peut voir le reflet de la personne dont elle conserve la voix. »

Tommy porta le coquillage à ses lèvres et lui murmura quelque chose. Aussitôt, la teinte du bijou vira à un bleu-vert riche et chatoyant.

« -C'est la couleur de ma voix ! » s'émerveilla-t-il.

Ils consacrèrent le reste de la soirée à jouer avec la Conchavoix, lui murmurant des messages plus absurdes les uns que les autres et admirant les teintes que leur voix donnait à la nacre. Les messages d'Alifair lui faisaient prendre une couleur jaune poussin délicatement irisée, alors que la voix de Crickey avait une nuance d'argent pur.

« -Tu en as, de la chance, râla Alifair en jetant un regard noir au coquillage. Pourquoi je dois me coltiner ce jaune ridicule ?

-Parce que tu es le soleil de ma vie », répliqua Tommy avec malice.

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Ce fut de loin le meilleur Noël qu'Alifair ait vécu jusque-là : dinde aux marrons et bûche glacée au menu du réveillon sur fond de cantiques chantés par les angelots, dont certains glissaient encore çà et là quelques paroles peu orthodoxes. Des branches de sapin surmontaient les grandes fenêtres, les angelots dorés brillaient sur l'azur des rideaux et la nappe était parsemée d'étoiles rouges et or. Crickey dîna avec eux comme le voulait la tradition, et Tommy se chargea du service ; heureusement pour eux tous, cependant, ce n'était pas lui qui avait fait la cuisine. Après le repas, l'elfe gloussait doucement, enivrée par le demi-verre de cidre qu'elle avait bu pendant le dîner.

« -Crickey, tu vas avoir la migraine demain, la taquina Tommy.

-Oui, Maître, acquiesça docilement Crickey en hochant la tête. Crickey a beaucoup trop bu ce soir, ce n'est pas convenable », se gourmanda-t-elle elle-même en fronçant les sourcils.

La prédiction de Tommy se révéla exacte, mais Alifair dissipa rapidement le mal de tête de l'elfe à l'aide d'une potion.

La plupart des paquets entassés au pied du sapin étaient destinés à Tommy, bien sûr : il en reçut de ses parents, de sa sœur et de ses amis, ainsi que d'Alifair qui lui avait acheté par correspondance un superbe nécessaire à écrire repéré lors de leur escapade à Pré-au-Lard. Crickey eut deux cadeaux : un livre de recettes sorcières offert par Tommy – « J'étais en manque d'inspiration », avoua-t-il, un peu gêné – et une jolie robe en tulle vert émeraude qu'Alifair lui avait faite. L'elfe la tint devant elle, bouche bée, ses yeux grands ouverts reflétant la lumière du feu de cheminée.

« -Elle est... elle est... Oh, merci, Miss ! s'écria-t-elle en fondant en larmes, lâchant la robe pour serrer Alifair contre elle. C'est le plus beau cadeau que Crickey ait jamais reçu, Miss ! couina-t-elle d'une voix étouffée, la tête enfouie contre l'estomac de la Moldue. Jamais, jamais un être humain ne s'était donné autant de mal pour elle ! »

Il ne restait qu'un seul paquet pour Alifair, mais elle n'en fut pas déçue : elle avait perdu l'habitude de recevoir des cadeaux, et celui-ci lui plut tout particulièrement. Pendant le reste de la journée, Crickey porta sa jolie robe et Alifair, le présent offert par Tommy : un T-shirt blanc arborant une reproduction de son avis de recherche.

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Une semaine plus tard, l'atmosphère de la maison Faraday était bien différente : fini la tranquillité d'un Noël à trois ; le Nouvel An s'annonçait et c'est Alifair qui avait préparé la fête. Plus de sapin dans le salon dont les meubles avaient été repoussés contre les murs. Un buffet composé de toasts recouverts de diverses garnitures, de saladiers de chips, d'olives fourrées et de saucisses cocktail attendait les convives, à côté d'une enfilade de bouteilles et de verres. La chaîne-stéréo diffusait une musique entraînante qui avait fait fuir la plupart des portraits.

Pour l'occasion, Tommy avait revêtu une robe bleue à la coupe moderne, très à la mode chez les sorciers ; Alifair portait un pantalon moulant rouge vif assorti à son gloss et un dos-nu noir au décolleté vertigineux. En se regardant dans le miroir du salon, elle n'avait pas pu s'empêcher d'imaginer la tête que Martha aurait faite si elle l'avait vue ainsi.

Le hibou que Tommy avait envoyé de sa part aux Reynes, porteur d'une carte de vœux et d'une boîte de chocolats, était revenu deux jours plus tôt. Les nouvelles de France étaient bonnes, bien que Rob et Martha n'aient pas trouvé de travail ; Dialo, lui, avait été recruté par les responsables moldus de la forêt de Paimpont, connue chez les sorciers sous le nom de Brocéliande, pour y interpréter le rôle de Merlin dans un petit spectacle destiné aux touristes. Les Reynes avaient joint à leur lettre un assortiment de crêpes bretonnes faites maison ainsi qu'un livre sur les runes.

À sept heures, la sonnette de la porte d'entrée retentit. Tommy alla ouvrir pendant qu'Alifair vérifiait son maquillage – Crickey avait exceptionnellement demandé à avoir sa soirée libre pour aller réveillonner avec les elfes de Poudlard, ce que son maître lui avait accordé de bon cœur.

« -Vous êtes les premiers, annonça Tommy en introduisant Lupin et Tonks dont le ventre pointait sous sa robe rose fuchsia.

-Maman s'excuse, elle réveillonne chez nos voisins. Elle a préféré laisser les jeunes entre eux, expliqua-t-elle. Mmh, ça m'a l'air délicieux, tout ça ! dit-elle en lorgnant le buffet.

-Qui d'autre est invité ? demanda Lupin à qui la potion Tue-Loup d'Alifair semblait particulièrement réussir, à moins que les copieux repas de fête lui aient fait prendre quelques kilos bienvenus.

-Uniquement des gens sûrs, répondit Tommy.

-Ce qui ne fait pas grand monde, glissa Alifair.

-En plus de vous deux, il n'y aura que Kingsley, avoua Tommy. Et aussi... une petite surprise. »

Lupin fronça les sourcils. Profitant de ce que le jeune sorcier allait accueillir le dernier invité, il murmura à Alifair :

« -Qu'est-ce que c'est, la surprise ?

-Je n'en ai pas la moindre idée, dit-elle d'un ton léger, mais Tommy en est tout excité. »

Lupin se rembrunit davantage.

« -C'est un garçon adorable, admit-il. Mais il peut être si irréfléchi, parfois... Il n'a pas toujours conscience des risques qu'il prend...

-C'est pour ça que vous n'étiez pas ravi de m'envoyer vivre ici, comprit Alifair. Mais tout s'est très bien passé jusqu'à présent. »

Elle jugea préférable de garder secrète leur visite à Pré-au-Lard et l'altercation dans laquelle elle avait failli mourir écrasée : il lui semblait que Lupin aurait modérément apprécié l'anecdote.

La surprise arriva alors que le buffet était bien entamé et les convives déjà éméchés, sauf Tonks que son état cantonnait aux jus de fruits. La sonnette retentit et Tommy fit entrer trois jeunes sorciers, dont deux avaient des cheveux roux flamboyants et se ressemblaient comme deux gouttes d'eau ; le troisième était chargé d'une grosse valise.

« -Fred ! George ! s'écria Tonks en sautant au cou des rouquins.

-Et Lee, ajouta Lupin en serrant la main du troisième.

-Ça, pour une surprise, c'en est une belle, sourit Kingsley, un grand sorcier noir qui s'était présenté à Alifair comme un compagnon de clandestinité.

-Alifair, déclara Tommy en se tournant vers la Moldue restée en arrière, je te présente Rivière, l'animateur-vedette de Potterveille, et l'un de ses invités du soir, Rigoletto. »

Il indiqua celui des deux jumeaux ne possédant qu'une seule oreille ; Alifair se dit que c'était un moyen bien pratique de les distinguer.

« -Remus et Kingsley sont des chroniqueurs récurrents de l'émission, ajouta Tommy. C'est gentil de te joindre à nous, Fred.

-Je n'aurais pas voulu manquer ça, répondit le jumeau à deux oreilles. Peut-être qu'un jour, moi aussi je prendrai le micro, quand George aura fini de le monopoliser...

-Pour ça, il faudrait que tu aies quelque chose d'intéressant à dire, répliqua son frère.

-Je pourrais raconter des blagues, suggéra Fred.

-Pas celle de la dragonne et des trois vampires, elle choquerait nos auditeurs », avertit George.

Le jeune homme nommé Lee se racla la gorge.

« -Ça va bientôt être l'heure, déclara-t-il. Il est temps d'installer le studio. »

Avec l'aide de Tommy, il plaça quelques chaises en cercle autour d'une petite table sur laquelle il disposa le contenu de sa valise : deux micros sur pied et trois casques audio reliés à un gros boîtier en bois rectangulaire pourvu de cadrans et de boutons.

« -Je crois que tout est en ordre, marmonna Lee en tournant les mollettes et en appuyant sur certains boutons. Le public est prié de s'asseoir hors de portée des micros. »

Il sortit sa baguette et en tapota l'appareil ; des voyants s'allumèrent et un léger ronronnement s'échappa de l'émetteur. Lee fit encore quelques réglages, puis vérifia les écouteurs et les micros.

« -Parfait, dit-il en tapant dans ses mains. Tout le monde en place, s'il vous plaît, le direct est dans une minute. George, Kingsley, à vos postes ! Alifair, mettez-vous là, à côté de George.

-Moi ? s'écria la Moldue, abasourdie.

-Remus a décidé qu'il était contraire à ses principes de travailler le soir de la Saint-Sylvestre, plaisanta George. Il nous fallait quelqu'un pour le remplacer.

-Et nous ne voulions pas manquer l'occasion d'interviewer un ennemi public en cavale, ajouta Lee.

-Vous vous en sortirez très bien », garantit Kingsley avec un sourire rassurant.

Alifair prit place à côté du jumeau à une oreille, dont elle partagerait le micro. Kingsley lui tendit l'un des casques.

« -Je n'en ai pas besoin pour l'instant », dit-il.

Les quatre autres s'étaient regroupés dans un coin et les observaient avec attention. Fred faisait de grands gestes de la main à son frère pour essayer de le déconcentrer.

« -Attention, antenne dans dix... neuf... huit... », décompta Lee, les yeux rivés sur sa montre.

Ayant déjà écouté Potterveille, Alifair savait que l'émission ne durait qu'une quinzaine de minutes ; elle se demandait toutefois ce qu'elle pourrait bien raconter. Elle ne put guère y réfléchir car le compte à rebours s'acheva. Lee pressa un dernier bouton et s'empara du micro :

« -Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, sorciers, Moldus et créatures diverses, bonsoir ! Bienvenue à cette émission spéciale de Potterveille consacrée au Nouvel An ! Avant de commencer, je me dois de préciser que ce programme est déconseillé à tous les Mangemorts et leurs sympathisants. Nous ne sommes pas racistes, mais ces gens sont connus pour avoir les oreilles délicates dès qu'il est question d'égalité des espèces ou de personnages tels qu'Albus Dumbledore ou Harry Potter. Nous ne voudrions pas heurter la sensibilité du public fanatisé, aussi nous lui suggérons cordialement d'aller se faire voir ailleurs. Merci. Accueillons sans plus attendre notre premier invité, un fidèle auditeur dont la voix nouvelle ravira nos esgourdes : le sieur Rigoletto, qui va nous présenter les actualités du jour. Bonsoir, Rigoletto.

-Bonsoir, Rivière, répondit George. Pour bien commencer une nouvelle année de résistance, je vous propose de nous concentrer sur les actualités les plus réjouissantes. En premier lieu, une information en provenance du ministère de la Magie fait état d'une épidémie de furoncles au sein du Département de la Justice Magique. La sous-secrétaire d'État Dolores Ombrage a également été sévèrement touchée. Les guérisseurs de Sainte-Mangouste n'ont pour l'heure pas réussi à enrayer le phénomène. Il faut dire que les philtres les plus courants ne sont d'aucun effet contre les sucrettes Furonculeuses – dix Mornilles le sachet chez les Sorciers Facétieux, facilement solubles dans n'importe quelle boisson.

-Une affaire, glissa Lee.

-Parlons maintenant de Mr Jack Nolte, l'agent des Sorciers Voyageurs qui a aidé des dizaines de personnes à quitter le pays. Dénoncé par un collègue, Mr Nolte a vu deux Aurors débarquer chez lui le jour de Noël pour l'arrêter, mais il a réussi à s'enfuir en les assommant à coups de dinde farcie qu'il a ensuite métamorphosée en Portoloin.

-Excellent réflexe, commenta Lee. Surtout, chers auditeurs, si vous vous trouvez dans la même situation, n'essayez pas d'utiliser une bûche de Noël, ça ne marche pas.

-Sauf si c'est une bûche glacée, ajouta George. Terminons avec un carnet rose : Gwenog Jones, capitaine de l'équipe de Quidditch des Harpies de Holyhead, vient d'annoncer la suspension de sa carrière. Elle et son compagnon, le vampire Sanguini, attendent en effet un heureux événement. Nous leur envoyons tous nos vœux de bonheur et leur conseillons de se tenir à l'abri des partisans de la séparation des espèces.

-Merveilleuse nouvelle, Rigoletto, déclara Lee. Accueillons maintenant notre deuxième invitée, qui a bien voulu interrompre son réveillon pour répondre à quelques questions. Par précaution, nous l'appellerons... Heu, comment est-ce qu'on pourrait l'appeler ? se demanda-t-il tout haut.

-Renversante, dit aussitôt George. Si nos auditeurs pouvaient voir ce que je vois, ils comprendraient que la mode moldue a du bon...

-Va pour Renversante, décréta Lee. Sans entrer dans les détails, Renversante est une Moldue qui s'est trouvée entraînée dans ce conflit, comme cela est arrivé à des dizaines de conjoints ou de parents de sorciers. Elle vit aujourd'hui dans la clandestinité. Renversante, vous avez été confrontée plusieurs fois à des sorciers hostiles : quels conseils donneriez-vous à nos auditeurs pour se tirer d'un mauvais pas sans recourir à la magie ? »

George poussa le micro vers Alifair. Celle-ci roula de gros yeux, ne sachant que répondre, puis déclara :

« -Je crois que ça dépend de la situation. Et de vos propres forces. Si vous n'êtes ni très costaud ni très rapide, il vaut peut-être mieux attendre une diversion pour filer en douce. Ma technique à moi, c'est de foncer et de cogner le plus fort possible, mais ça marche surtout parce que les sorciers ne s'y attendent pas, et aussi parce que j'ai toujours eu une veine de coc... une chance insolente, se reprit-elle à temps.

-Quelle arme recommanderiez-vous dans un duel ?

-Tout ce qui est barre de fer ou tisonnier donne de bons résultats, répondit-elle lentement. J'imagine qu'un fer à repasser doit faire pas mal de dégâts, surtout s'il est chaud... En fait, à peu près tout ce qui vous tombe sous la main peut servir à vous défendre. Mais il ne faut pas se raconter d'histoire : face à une baguette magique, mieux vaut être vicelard que bon bretteur.

-Mmh, fit Lee avec intérêt. Voilà qui est bon à garder en mémoire. Une dernière question, si vous le voulez bien : si vous aviez le Chef Mangemort en face de vous, qu'est-ce que vous lui diriez ?

-Dans l'hypothèse où il n'essaierait pas de me vaporiser à coup de maléfices, vous voulez dire ? demanda-t-elle.

-En effet. »

Alifair réfléchit puis répondit :

« -Je suppose que je lui demanderais pourquoi il a choisi un tatouage de motard comme signe de ralliement. Un crâne et un serpent... Plus j'y pense et plus je suis sûre d'avoir vu ce motif sur des bikers, à Birmingham.

-Une information intéressante, commenta Lee en retenant un éclat de rire.

-Et une question à creuser, ajouta George. Se pourrait-il que le Chef Mangemort nourrisse une passion coupable pour les grosses motos ?

-Aurons-nous jamais la réponse ? se demanda Lee. Merci pour ce témoignage édifiant, Renversante. Je me tourne à présent vers l'un de nos habitués, Royal, qui nous propose ce soir une rubrique inédite. »

Alifair ôta le casque et le tendit à Kingsley ; il le fit glisser sur son crâne chauve et se pencha vers le micro de Lee :

« -Merci, Rivière. Bien que son anonymat soit strictement protégé, l'équipe de Potterveille reçoit parfois du courrier provenant d'auditeurs aux hiboux dotés d'une rare intelligence. Nous tenons à remercier ces personnes pour leur soutien. Ce soir, nous avons décidé de donner la parole à l'un d'entre eux, dont la lettre nous a particulièrement touchés. Je vais maintenant vous en donner lecture. »

Il sortit de sa poche une feuille de parchemin qu'il déplia, se racla la gorge et commença à lire :

« -Chers Rivière, Royal, Romulus et autres animateurs de Potterveille, je vous écris cette lettre pour apporter un témoignage en provenance de Poudlard. Un certain nombre d'élèves, dont j'ai l'honneur de faire partie, ont décidé de reprendre le flambeau de Harry Potter et Albus Dumbledore. Nous nous sommes jurés de ne pas laisser Poudlard aux mains des Mangemorts, même si l'un d'entre eux en est directeur. Certains d'entre nous ont forcé le bureau de Rogue, d'autres ont ouvertement défié les Carrow, nos professeurs Mangemorts ; tous les jours, nous aidons les élèves opprimés à échapper à des châtiments barbares et, quand nous ne le pouvons pas, nous nous efforçons de les soigner et de les réconforter.

Beaucoup d'entre nous avaient bénéficié des leçons de Défense contre les Forces du Mal dispensées par Harry, mais l'enseignement qui me semble le plus important est celui-ci : face à la haine que ces gens veulent nous imposer, l'amitié est notre meilleure arme. Je ne dis pas ça par angélisme : nous avons tous versé notre sang pour la cause, et cela commence à payer. Rogue est dépassé. La répression ne l'a jamais beaucoup intéressé, et aujourd'hui elle est surtout le fait des Carrow. Mais nous tenons bons. Certains membres du personnel sont de notre côté : ils nous ont prévenus contre les maléfices Traçants et les pièges placés près des cachots pour nous empêcher de libérer les élèves enfermés, et nous ont aidés à y trouver des parades. Nous savons que le pire est encore à venir, mais nous sommes prêts à y faire face ensemble.

Je n'ai jamais été quelqu'un de courageux, mais l'amitié et la confiance des autres me donnent la force de résister, de me relever après un sortilège Doloris, de continuer à croire qu'un jour, nous vaincrons. Si nous, apprentis sorciers parfois très jeunes, maladroits, froussards ou pas très doués, nous sommes capables de faire face à des Mangemorts, alors tout n'est pas perdu. J'espère que vous voudrez bien relayer ce témoignage, pour que le plus de gens possible sache qu'il est possible de résister, pour que Harry, s'il vous entend, sache qu'on ne l'oublie pas, qu'on continue à se battre pour ce qu'il représente. Merci pour votre émission qui nous rappelle régulièrement que nous ne sommes pas seuls. N. L. pour l'Armée de Dumbledore, conclut Kingsley.

-Voilà, dit Lee. Maintenant, chers auditeurs, quand vous hésiterez à vous dresser contre le Chef Mangemort, pensez à ce que font vos enfants, vos petits frères et sœurs, à Poudlard. »

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Lee et les jumeaux ne se firent pas prier pour rester après l'émission : il y avait encore des petits-fours en abondance et de quoi porter de nombreux toasts. La fête prit une tournure débridée quand Fred et George firent exploser plusieurs pétards spéciaux provenant de leur boutique.

« -Ils ont été conçus pour être tirés à l'intérieur, précisa Fred d'une voix forte pour couvrir le bruit des explosions. Rassurez-vous, il n'y a aucun risque.

-Il y a intérêt ! s'exclama Alifair en voyant des pluies d'étincelles colorées rebondir sur les murs, le plafond, les meubles et la réserve d'alcool.

-C'est fantastique ! » hurla Tonks avec ravissement, des étincelles roses et mauves rebondissant sur elle.

Elle augmenta le volume de la chaîne-stéréo et entraîna Alifair vers le centre de la pièce où elles se mirent à danser un rock endiablé. Fred et George furent les premiers à les rejoindre puis, cocktails aidant, tout le monde se trémoussa bientôt au milieu des scintillements multicolores.

Aux environs de minuit, ils arrêtèrent la musique pour le traditionnel décompte, puis les danses se poursuivirent pendant plus de deux heures, jusqu'à ce qu'ils soient tous en nage et hors d'haleine. Les étincelles se raréfiaient, le bar et le buffet n'offraient plus que des restes et quelques fonds de bouteilles. Les joues rouges et les cheveux en bataille mais l'esprit plus clair que celui des autres, Tonks donna le signal du départ.

« -C'était génialissime, affirma-t-elle en embrassant Alifair. Mais il faut vraiment qu'on rentre, sinon mon locataire ne sera pas content », dit-elle en posant la main sur son ventre.

Les autres suivirent le mouvement et, dix minutes plus tard, Tommy et Alifair se retrouvèrent seuls au milieu du salon en désordre, jonché de miettes de chips et de bouteilles vides. Ils échangèrent un regard.

« -On fera le ménage demain », décréta Tommy.

Alifair baissa le volume de la radio : le son était bien trop fort pour une pièce si vide. La station moldue diffusait un slow qu'elle connaissait par cœur.

« -Tu danses ? » proposa Tommy.

Ils avaient dansé ensemble à plusieurs reprises au cours de la soirée. Pourtant, en se balançant en rythme, l'excitation de la fête retombant lentement, Alifair sentit que, cette fois, c'était différent. Les cheveux de Tommy étaient tout ébouriffés, ses pupilles dilatées par l'ivresse et la joie ; une douce chaleur irradiait de tout son corps, en particulier de sa main posée au creux de son dos nu. Il la regardait fixement, penché vers elle mais n'osant pas aller plus loin. Alifair sourit.

« -Très bonne année, Mister Faraday », murmura-t-elle.

Et elle posa ses lèvres écarlates sur les siennes.