Le mois d'août se déroula sans accroche. Edward, vivant de nouveau chez Mustang, voyait son inquiétude grandir au fil des semaines à cause de l'absence de nouvelle du sous lieutenant Ross ce qui le rendait invivable pour son entourage. Havoc, une fois les travaux de sa cave terminée, était retourné dans sa campagne et avait écopé d'une ligne directe avec son patron, près à revenir sur Central au moindre appel. Mustang travaillait dur sous le regard acéré de son subalterne et ramenait souvent quelques dossiers à l'appartement qu'il partageait avec l'ancien alchimiste de métal.

Une sorte de routine s'était installé entre eux. Chaque jour en rentrant, il trouvait le blond endormi dans le canapé il s'asseyait dans le fauteuil qui lui faisait face et lisait le journal négligemment posé sur la table basse. Exactement une demi-heure plus tard, le gamin se réveillait Mustang lui racontait alors sa journée extrêmement ennuyeuse et ils discutaient des gros titres. Venait l'heure du repas et ils commandaient au traiteur du coin, mangeaient plus ou moins en silence et allait se coucher sans un mot.

Vers minuit Mustang était réveillé par le bruit distinctif de pas sur la plancher et à travers le raz de sa porte voyait une lumière très discrète s'allumer. Dix minutes plus tard la lumière s'éteignait et Edward rentrait dans sa chambre.

Le lendemain, hors Dimanche, il venait le réveiller à 6h30 précise, le petit déjeuner sur la table et le journal en main.

C'était comme ça tous les jours.

Peu importe ce que faisait Edward, ça l'occupait jour et nuit. Et connaissant le gamin c'était forcément quelque chose de louche. Chaque nuit, lorsqu'il l'entendait aller et venir dans la cuisine il se maudissait de ne pas faire une enquête sur lui, de ne pas chercher ce qu'il faisait. Ca le démangeait affreusement mais il se retenait. Il avait plus ou moins accepté cette situation lorsqu'il était revenu vivre avec lui. Accepter qu'il ne lui dirait jamais rien et qu'il se comporterait avec lui comme avec un étranger.

Eh bien, au moins ils s'adressaient la parole maintenant, le blond avait abandonné ses activités culinaires cependant il ne s'en plaignait pas. Même si le gamin était doué dans à peu près tout ce qu'il faisait, excepté évidemment les relations sociales, le traiteur était plus pratique.

-Mustang, vous allez être en retard si ça continue ! s'écria Edward de l'autre côté de la porte.

Fixant son reflet souriant dans la glace de la salle de bain, le susnommé se rendit compte d'une chose. Il aimait cette vie : cet adolescent autoritaire qui ne pouvait lui parler qu'avec une once d'ironie dans la voix, ce travail qu'il maudissait chaque jour, cette femme qui le menaçait des pires tortures quand il flemmardait, ces hommes qui le suivait où qu'il aille.

Un toquement peu délicat le réveilla de son introspection.

-Hawkeye est à la porte, signala la voix.

Il sentit la panique le submerger et sorti de la salle d'eau en trombe, tombant devant le visage semi victorieux, semi rieur de l'ancien alchimiste.

-Vous, Général de Brigade Mustang, êtes trop crédule, ricana t'il.

Il fit demi tour et se posa sur sa chaise en ouvrant le journal, comme si de rien n'était.

Il ignora totalement l'air offusqué de son colocataire et fit remarquer obligeamment qu'il devait partir dans dix minutes s'il ne voulait pas être en retard.

Abandonnant la partie pour cette fois le militaire s'assit à son tour et renifla l'odeur de son café noir sans sucre. Ce n'était que partie remise. Il grignota un ou deux toast de la veille dans le silence ponctué par les froissements de page du journal : une matinée normale en somme.

A m-3 avant son départ, Ed replia son journal et commença à siroter son café noir avec trois sucres.

-Je vais sans doute être absent un moment, annonça t'il soudain.

Curieux de nature Mustand demanda pour combien de temps, il se retint de se frapper devant sa propre stupidité. Jamais Edward ne répondrait à ce genre de question. Mais il fut surpris qu'il le fasse.

-Deux ou trois semaines, je ne pense pas que ce soit trop long.

-Et où pars-tu ? tenta l'alchimiste.

-Je dois voir quelqu'un à West-City, répondit négligemment son colocataire.

Sur ces mots il se leva et prit son manteau. Il regarda l'horloge et avec un sourire mesquin dit :

-Vous êtes en retard Monsieur.

Et il quitta l'appartement.

Il fallu encore une minute avant que le Général de Brigade ne réalise ce qu'il s'était passé. Leur relation devait vraiment s'être améliorée pour que ce gamin stupide et borné lui dévoile l'endroit où il allait. Il vérifierait les journaux du côté de West City, des fois qu'une catastrophe se produise d'ici les prochaines semaines.

Il prit le temps de finir son café, mort pour mort autant que ce soit en pleine possession de ses capacités cognitives puis quitta lui-même les lieux.

4 septembre 1916

Départ vers Ouest City avec Darius et Heinkel

Objectif : faire comprendre à ce crétin que je ne le paie pas pour m'envoyer des pages blanches, définir places stratégiques, former Darius et Heinkel.