14.

Je vis la nuit la plus longue et la plus mouvementée de mon existence. Maintenant que la réalité s'est enfin imposée à moi, il me faut réussir à l'accepter pleinement. Au début, cette idée me donne froid dans le dos. Puis, au fur et à mesure des heures qui passent, je commence à m'y habituer. Quelle est la différence ? Ce n'est pas parce que Jacob est capable de se transformer en loup que je ne l'aime plus autant. Au contraire, je me sens libérée. Légèrement effrayée, c'est vrai, mais surtout soulagée d'un grand poids. Désormais, cette frontière entre nous a disparu. Je sais pleinement qui est Jacob Black. Enfin, du moins, je connais sa vraie nature. Après ça, il acceptera de se confier totalement à moi, j'en suis persuadée. L'idée de Jacob me parait alors complètement idiote. Il pense que je vais m'enfuir après avoir découvert la vérité, que je vais retourner auprès de mon père. Cette idée ne m'a même pas effleuré l'esprit, à vrai dire. Certes, une petite voix me souffle que je devrais avoir peur, trembler, décider de rester loin de lui et des siens. Mais après de nombreuses heures de réflexion, cette petite voix finit par se taire. J'aime Jacob. Je ne peux supporter d'être loin de lui. Qu'il soit un loup-garou ou un humain n'y change rien. J'ai cru pendant des mois qu'il était humain alors qu'il ne l'était pas totalement, la seule différence, c'est de le savoir désormais. Mais ça ne change rien à mes sentiments. Je l'ai toujours aimé, alors qu'il était déjà un loup-garou. Je suis restée près de lui sans qu'il n'essaie jamais de me faire de mal, alors pourquoi cela changerait-il maintenant ? La situation est la même, j'ai seulement enfin les yeux bien ouverts. Jacob reste Jacob. Rien ne changera ça.

La suite de la nuit se passe dans une ambiance mi-somnolente, mi-éveillée. Je garde la lumière allumée, ne supportant pas de me retrouver dans le noir. Je n'ai pas peur de Jacob, c'est certain, mais je ne peux m'empêcher d'avoir d'horribles images qui viennent me hanter dès que je me retrouve dans le noir. Mes cauchemars tournent en boucle. Dès que je pique du nez, je me retrouve au milieu de la forêt, si sombre et si dense, et la silhouette s'avance de nouveau vers moi, sans que je ne puisse distinguer ses traits. Puis le visage de Jacob s'illumine enfin grâce au mince rai de lumière qui filtre entre les arbres. Ses yeux sont d'un noir immaculé, ses muscles tendus. Il se met alors à grogner, relève les dents, dévoilant ses crocs. Ses muscles grossissent, son dos se courbe, un grognement guttural s'échappe de sa gorge. Il disparaît alors dans la pénombre, m'empêchant de voir la suite de la transformation. Je tourne sur moi-même en entendant des hurlements au loin, et cette fois, ceux-ci m'apparaissent clairs. Ce ne sont pas des hurlements humains. C'est le hurlement d'un loup. Une forme s'avance alors vers moi, dans la pénombre de la forêt. Je recule d'un pas alors que le loup bondit

Je me réveille alors d'un bond, retenant un cri. Il me faut ensuite quelques minutes pour me calmer totalement, puis cela recommence, et ce avec tous les Quileute du groupe d'Embry que je connais : Embry, Quil, Paul, Dan, Jared, … Impossible de garder l'œil fermé plus d'une heure.

Le livre a rejoint ma table de nuit, je veux le tenir à l'écart du monde extérieur. Ma peluche lupine a fini dans le placard. Je ne me sens pas capable de la garder près de moi pour le moment. Je guette alors la venue du petit matin, épuisée. Les événements de la soirée m'ayant déjà exténuée, je ne sais pas comment je peux rester éveillée si longtemps sans m'écrouler. Mais le sommeil ne veut pas venir. Ou plutôt, il ne reste que par intermittence.

Je finis par écraser mes écouteurs dans mes oreilles et à lancer de la musique pour essayer de me détourner de mes pensées, mais rien n'y fait. Quand je tourne la tête vers ma table de nuit, je découvre qu'il est 7h du matin. Je finis par sortir de cette brume vaporeuse dans laquelle mon corps est tombé. Il ne sert à rien que je reste plus longtemps dans mon lit.

Je sais déjà ce que je vais faire. La petite voix continue à me chuchoter que c'est une très mauvaise idée, mais je la fais taire. Je dois lui montrer que je n'ai pas peur, et que je ne vais pas fuir et l'abandonner. Il m'a demandé de revenir le voir si je choisis d'accepter sa nature. Je vais le faire immédiatement, tant que l'adrénaline continue à pulser dans mes veines, m'empêchant de m'écrouler de fatigue.

Je m'habille rapidement, m'asperge le visage d'eau pour essayer de me rafraîchir un peu le teint, avant de prendre les clés de la voiture. La maison est silencieuse, mon oncle et ma tante dorment encore profondément à cette heure un dimanche matin. Alors que je suis sur le point d'ouvrir la porte de la maison, je fais demi-tour pour laisser un mot sur la table de la cuisine, expliquant que je vais chez Jacob, je dois régler quelque chose, je risque de ne pas rentrer de la matinée. J'ajoute que je les appelle vite, avant de m'éclipser.

Le trajet se fait dans le silence complet, la radio restant éteinte. Le jour est déjà levé depuis au moins une vingtaine de minutes, et les rues de Forks sont désertes. Le dimanche matin, on trouve généralement peu de monde dans la petite bourgade. La ville commencera bientôt à s'éveiller, insouciante de mes tourments.

Quand j'arrive enfin à la Push après un trajet qui me parait interminable, là-aussi, il y a peu de passants dans les petites allées de la réserve. Les rares Quileute que je croise me lorgnent étrangement. Ils doivent se demander ce que je viens faire là à cette heure. Mes visites ne sont jamais bien acceptées, bien entendu. Mais c'est quand je croise le regard de Jared, debout devant une petite maison, que mon sang ne fait qu'un tour dans mes veines. Je ne peux m'empêcher de le regarder différemment. Quand il me voit, il fronce lentement les sourcils, et je le sens se tendre comme un ressort, même s'il tente d'afficher un calme déconcertant. Il est en compagnie d'une femme d'un certain âge et d'une fillette, certainement des membres de sa famille. Je me demande alors avec angoisse si tous les Quileute le savent. Le souvenir des changements physiques de Dan me reviennent à l'esprit. C'est certainement ça. Les Quileute, une fois devenus loups, se mettent à l'écart. La question est, pourquoi ? Ont-ils si peur de faire du mal aux humains ? Les Quileute se transforment-ils tous en loups ? J'ai tellement de questions. J'espère sincèrement que j'obtiendrai des réponses.

J'arrive enfin devant la maison de Jacob et me gare. Je coupe le moteur, et reste un moment immobile. Je me sens fébrile, les mains tremblantes. Je prends une profonde inspiration avant de descendre de la voiture et de m'approcher de la petite maison.

Je toque à la porte d'un air déterminé, même si mon cœur bat de façon désordonnée. Comme à son habitude, celle-ci s'ouvre sur Billy, qui me lorgne d'un mauvais œil.

-Jacob n'est pas là.

Je sens que pour une fois il ne ment pas.

-Où est-il? je demande d'une voix calme.

-En forêt.

Je sens mes muscles se tendre.

-A cette heure-ci ? je m'étonne.

-Il a bien été incapable de dormir de la nuit, lâche-t-il avec une lueur de reproche dans le regard. Apparemment, tu es dans le même cas.

-Je dois absolument lui parler, il rentrera dans combien de temps ? je demande, ignorant sa remarque.

Billy croisa les bras.

-Tu l'as vraiment fait, alors ?

-Pardon ?

-Les légendes et mythes Quileute.

Mon sang se glace.

-Mais est-ce seulement des légendes ? je dis alors sur le ton de la confidence.

-Tu ne devrais pas traîner dans le coin. Mais je suppose que Jacob m'en voudra si je ne le préviens pas de ton arrivée.

Je fronce les sourcils.

-Il m'a demandé de l'appeler immédiatement si tu venais.

-Oh.

-Même s'il doutait que tu le fasses, ajoute-t-il. Seulement, je n'ai pas de moyen de le joindre, alors, tu vas devoir rentrer chez toi ou patienter.

-Dites lui de me rejoindre sur la plage, je décide avant de m'éloigner.

Quand je me tourne vers la maison avant de monter dans la voiture, Billy est sorti sur le perron. Il me suit du regard. Il semble inquiet, indécis. Je détourne le regard, et démarre rapidement.


J'arrive sur la plage quelques minutes plus tard, le cerveau en surchauffe. Dans la forêt. Est-il parti se promener, sous sa seconde forme ? Cette idée ne me terrifie pas tant que ça, finalement. S'il est dans le même état que moi depuis hier soir, vouloir se dégourdir les jambes parait plutôt normal.

Je reste un long moment debout au milieu de la plage, le regard tourné vers l'océan. C'est certain, ce jour va marquer une page de ma vie. Environ une demi-heure plus tard, fatiguée de rester debout alors que je suis intérieurement si épuisée, je finis par remonter vers la forêt, à la recherche du rondin de bois où nous avions l'habitude de nous installer, quand nous passions des après-midis entières sur la plage.

Je m'assois sur le rondin de bois flotté et le caresse du bout des doigts. Tellement de souvenirs simplement rattachés à un bout de bois. Cette fois-ci, je suis tournée vers la forêt. Celle-ci me parait bien inhospitalière, si sombre. J'imagine Jacob, au milieu des bois. A-t-il senti ma présence et va-t-il bientôt rentrer, ou est-ce que je vais passer la journée sur ce petit rondin de bois ?

Un craquement retentit derrière moi. Je sais tout de suite que c'est lui, et je sais aussi qu'il a volontairement fait du bruit, pour ne pas m'effrayer. Je me lève lentement avant de me retourner. Il se tient là, à quelques mètres de moi, les bras le long du corps, le regard impénétrable. J'aimerais tant pouvoir lire dans ses pensées. Une brûlante envie de sauter dans ses bras me prend soudainement. Il me manque tellement. Mais la petite voix de ma conscience continue à résonner en moi, m'empêchant de faire un pas vers lui.

-Salut, je lâche d'une petite voix en essayant de lui faire un sourire, mais cela doit plutôt ressembler à une grimace.

-Quand mon père m'a dit que tu étais là, j'ai cru qu'il plaisantait, avoue-t-il alors.

-Tu étais si persuadé que j'allais partir ?

Il hoche la tête.

-Qu'aurais-tu pu faire d'autre ?

-Venir ici, je fais avec un petit rire.

Un long silence s'installe, où nous nous dévisageons, incapable de dire quoi que ce soit.

-Tu as… tu as vraiment lu le livre ? demande-t-il enfin.

-Oui, je réponds d'un ton calme.

-Alors, je suppose que tu as une théorie à me proposer, désormais.

-Et je suppose que cette théorie est véridique, sinon tu ne serais pas aussi pale.

-Les légendes sont la plupart du temps vrai, en ce qui concerne ce livre, avoue-t-il alors.

Alors, c'est la vérité. Jacob est un loup-garou.

-Alors, cette théorie ? insiste-t-il.

-A quoi bon la dire avec des mots, on sait tous les deux que je sais ce que tu es.

Jacob fait un pas vers moi avant de s'arrêter, guettant ma réaction.

-Je n'ai pas peur, je dis calmement, comprenant qu'il rechigne à s'avancer de trop.

-Tu ne vas pas t'enfuir ?

-Je ne serais pas venue si je comptais faire ça, je rétorque.

-C'est vrai, admet-il en faisant un nouveau pas. Mais j'ai du mal à croire que tu n'aies pas peur. N'importe quelle personne serait terrifiée en apprenant ce genre de choses. Ou refuserait d'y croire, se croirait devenue folle.

-Ça remet en cause toutes mes affirmations passées sur le monde, j'avoue, mais je ne vois pas pourquoi j'aurais peur de toi.

Il n'est désormais qu'à plus que quelques pas de moi, et je ne bronche toujours pas. Je sens d'ici la chaleur de son corps, qui m'appelle. Je sais que si je fais un pas en arrière, je le perdrai.

-De moi ? Ou des Quileute ?

Je grimace.

-Je vois que je touche un point sensible.

-Je n'ai pas peur de toi, parce que… parce que je sais que tu ne me ferais jamais de mal, et parce que je t'aime, mais… les autres… je ne sais pas encore, j'admets.

Il hoche la tête.

-Là, tu me sembles un peu plus normal.

Je pourrais le toucher en tendant le bras, mais je résiste. Je dois le laisser venir, ne pas le brusquer. Il s'approche encore d'un pas, et son visage se retrouve à quelques centimètres du mien. Il se penche vers moi, et je sens son souffle sur mon visage. Il dévie de mon visage, ses lèvres se retrouvant près de mon oreille.

-Si tu n'as pas peur, dis-le, me souffle-t-il d'un ton grave au creux de l'oreille.

Je ne peux m'empêcher de frissonner. Pas parce que j'ai peur, mais parce que je n'ai qu'une seule envie, le prendre dans mes bras et l'embrasser.

-Ça ne marchera pas, Jacob. Tu n'arriveras pas à me faire peur en prenant cette voix.

Il émet un petit rire.

-Je veux seulement vérifier que tu es capable d'accepter ce que je suis.

-Et si je le suis, qu'est que ça entraînera ?

-Je ne sais pas, avoue-t-il. La situation serait plutôt inédite, je dois l'avouer.

Je prends une profonde inspiration avant de lâcher :

-Tu es un loup-garou.

Il y a alors deux possibilités : soit ces derniers jours n'ont été qu'une grande plaisanterie et il va exploser de rire, soit tout ceci est bien réel. Au vu de son regard, c'est bien réel.

-C'est exact.

J'ai l'impression qu'une main m'empoigne le cœur, le serrant, m'oppressant la poitrine.

-Est-ce que l'entendre de ma bouche te donne envie de trembler ?

Je réfléchis un instant, plongeant mes yeux dans les siens. C'est certain, savoir qu'il n'est pas tout à fait humain me rend quelque peu perplexe.

-La seule chose dont je suis sûre, c'est que je ne veux plus être loin de toi.

Le visage de Jacob se ferme.

-Je ne sais pas si c'est une bonne idée, murmure-t-il.

Je sens qu'il va s'écarter, mais je le ramène vers moi avec une main dans son cou. Je pose son front contre le mien en me hissant sur la pointe des pieds.

-Tu m'as laissé le livre. Tu aurais pu me l'arracher de force, mais tu m'as laissé le lire. Et tu m'as demandé de revenir si j'acceptais ce que tu es. Je l'accepte pleinement. Alors ne vas pas me faire croire que tu n'en as pas autant envie que moi.

-J'en ai très envie, Bella, souffle-t-il. Seulement, je ne sais pas si…

-Arrête de te poser des questions. J'ai fait mon choix. Je ne veux plus que tu t'en ailles.

Il laisse échapper un rire.

-Tu ne sais quasiment rien de moi, et tu sembles si sûre du toi !

-Je sais qui tu es ici, je murmure en posant mon autre main sur son cœur. Le reste, nous avons le temps, tu ne crois pas ?

-Tu dois avoir beaucoup de questions.

-Énormément, j'avoue.

-J'en ai une avant, demande-t-il.

-Je t'écoute.

-Comment peux-tu être aussi sûre que je ne suis pas un monstre ?

Je m'écarte légèrement, le scrutant.

-Tu dis que tu n'as pas peur, mais qu'est-ce qui te laisse penser que nous ne sommes pas des êtres cruels ?

-Tu ne me ferais jamais de mal.

-A toi, c'est certain, dit-il d'une voix douce.

-Je sais que vous ne feriez de mal à personne, je dis. Je le sens. Vous êtes tous si… gentils.

Une souvenir s'impose soudain à moi. Je me fige. John, devant le journal, m'annonçant d'un air anxieux que des randonneurs ont été attaquées dans la forêt, tués par des bêtes sauvages. J'écarquille les yeux. Non, c'est impossible. Toutes ces attaques, je… je n'y ai même pas pensé une seconde. Tous ces randonneurs retrouvés morts… Mon sang se glace. Je recule d'un pas, retirant brusquement ma main. Jacob me fixe avec surprise

-Bella ?

J'ouvre la bouche, mais aucun son n'en sort. Jacob s'avance vers moi, mais je recule précipitamment.

-Quoi, je te fais peur, maintenant ?

Je secoue la tête.

-Dis-moi que ce n'est pas vous, je lâche d'une petite voix.

-Comment ça, pas nous ?

-Les… les attaques ! Dans la forêt ! Les randonneurs !

Jacob me fixe d'un air grave, et un haut-le-cœur se saisit de moi. Je porte la main à ma poitrine, sentant mes jambes flageoler.

-Si je te réponds que c'est nous, est-ce que tu seras terrifiée ?

-Je… j'aurais simplement du mal à le comprendre.

-Peut-être que cela fait partie de nos besoins.

-Si… Si c'est le cas, alors…

-Alors quoi ?

Je secoue la tête, mon esprit commençant à se remettre en marche.

-Non, c'est impossible. Les attaques n'ont commencé qu'il y a quelques mois. Vous êtes là depuis bien longtemps. Ce n'est pas vous, n'est-ce pas ?

-Non, finit-il par avouer.

Je sens l'étau qui se resserre sur ma poitrine disparaître, et je lâche un soupir de soulagement.

-Au contraire, notre but est de protéger les humains, ajoute-t-il. Nous ne leur faisons jamais de mal. On ne se nourrit que d'animaux, nous ne sommes pas cannibales, si ça peut te rassurer. Parce que, je ne sais pas si tu l'as compris, mais nous sommes tout de même humains. Avec juste quelques… caractéristiques en plus.

-Je vois, je murmure, véritablement soulagée d'apprendre qu'ils ne font pas de mal aux humains. J'ai tellement de questions que je ne sais pas par où commencer…

-On pourrait peut-être s'asseoir ? propose Jacob en désignant le rondin de bois.

Je hoche la tête, et une fois installés, je me tords les mains, essayant de choisir mes mots avec soin.

-Alors, vous pouvez vous transformer en loup ? Quand vous voulez ?

-Pas toujours. Au début, la transformation est difficile. Les premiers mois, et surtout les premières semaines, nous sommes très instables. Nous nous transformons pour un rien, nous sommes colériques. Enfin, ceci ne change jamais. Nous sommes toujours instables, toute notre vie, et c'est bien pour cela qu'on reste autant à l'écart des humains.

-Dan, je comprends alors. Il s'est transformé il n'y pas longtemps, c'est ça ?

Jacob hoche la tête.

-En général, la mutation intervient à l'adolescence. Dan a été absent deux semaines, il devait prendre le temps d'apprendre à se contrôler.

-Vous allez tous finir par vous transformer ? Tous les lycéens ?

-C'est ça. Enfin, normalement.

-Il… il y a quelque chose que je ne comprends pas. Ton père, enfin, la génération précédente en général, ils ne sont pas loups-garous ?

Il secoue la tête.

-En fait, c'est plus compliqué que ça. La meute n'existe pas toujours. La dernière meute date de la génération de mon arrière grand-père. Si tu veux, une fois de temps en temps, les jeunes commencent à se transformer et la meute se reforme.

-C'est… simplement le hasard ? je demande, avide de ses paroles, et toujours autant attirée par ses lèvres.

J'ai l'impression que cela fait une éternité que je ne l'ai pas pris dans mes bras. Il me manque tellement. Mais j'ai tant de questions que je préfère pour le moment me concentrer dessus, tant que Jake est disposé à me fournir des réponses.

-C'est compliqué, avoue-t-il. C'est, en quelque sorte tout un ensemble de choses, qui font que la meute se reforme. Un jeune se transforme en premier, puis tous les autres suivent.

-Qui a été le premier ?

-Sam.

Jacob et Paul ont souvent fait allusion à lui. Je me souviens encore quand Paul a menacé Jacob de tout révéler à Sam par rapport à notre amitié naissante. Cette dispute entre eux semble remonter à une éternité.

-Alors, quoi, c'est le chef ?

-On dit l'Alpha, sourit Jacob. Mais c'est vrai, oui. C'est lui qui dirige la meute, qui prend toutes les décisions. C'est pour lui que la transformation a été la plus dure. Quand c'est arrivé, il a pris peur. Il n'a pas osé se confier à sa famille et s'est enfui pendant plusieurs semaines. Toute la tribu était inquiète pour lui. On nous parle dès l'enfance de la légende des esprits guerriers, celle que tu as lu. Seulement, ce n'est qu'un conte pour enfant, à l'origine. Du moins, c'est ce que nous pensions. La meute ne s'est pas reformée depuis longtemps, alors, nos parents n'ont pas jugé utile de nous expliquer que tout ceci pouvait réellement arriver. Sam a cru qu'il devenait fou, ou qu'il était maudit, et que sa famille allait le rejeter. Il a appris seul à se contrôler, et il n'est revenu qu'au bout de trois semaines. Il a essayé de faire croire à ses parents qu'il avait besoin de prendre l'air, de voyager. Mais ses parents ont tout de suite compris ce qui s'était passé, quand ils ont vu à quel point il avait grandi, à quel point il était devenu fort. Sam a été quelque peu soulagé d'apprendre que c'était déjà arrivé auparavant. A partir de là, on nous a tous appris la vérité, pour que l'on soit prêt. Je me souviens encore de mon père, qui nous avait tous réunis sur la place de la réserve. Il nous a répété la légende des esprits guerriers, avant de nous expliquer que ce n'était pas seulement une légende. Sam s'est transformé sous nos yeux, et les anciens de la tribu ont tout fait pour garder le calme. Certains d'entre nous étaient terrifiés, mais nous avons fini par l'accepter. Mon père a fini par prendre une voix grave, nous annonçant que bientôt, la meute entière serait reformé, transformant tous les adolescents en âge de protéger la tribu.

Je reste un moment, silencieuse, essayant de digérer et d'analyser tout ce qu'il vient de m'apprendre. J'imagine tous les adolescents de la tribu, réunis, les yeux écarquillés d'effroi devant leur camarade transformé, comprenant que ce serait bientôt leur tour.

-Pourquoi as-tu tant essayé de me garder loin de toi ? Je ne comprends pas pourquoi tu ne pouvais pas m'avouer toute la vérité.

-C'est la principale règle, Bella, instaurée depuis des siècles. Ceux qui ne font pas partie de la tribu ne doivent pas apprendre ce que nous sommes réellement. Pendant longtemps, nous avons vécu reclus. Nos ancêtres ne se mélangeaient jamais à vous, de peur de finir par blesser l'un d'entre vous. Seulement, nous commencions à nous faire remarquer, alors, il a été décidé que nous suivions nos études comme tous les lycéens de la ville, pour mieux nous intégrer. Mais cela supposait que si la meute venait à se reformer, nous ne devions jamais, au grand jamais, avouer notre nature à qui que ce soit. Comment réagirait la population, d'après toi, s'ils apprenaient qu'une meute de loups-garous vit à côté de chez eux ?

-Mal, je suppose, je grimace, comprenant mieux les inquiétudes de Paul et Embry. Mais Paul a dit que j'étais un danger pour vous. Je ne raconterai jamais rien à personne, tu dois le savoir, non ? De toute façon, personne ne me croirait !

-Je sais, mais ce n'est pas si simple que ça pour les autres. Ces règles sont instaurées depuis toujours, et depuis que Sam a reformé la meute, elle est d'autant plus vraie. A vrai dire, ils ont peur de toi, parce qu'ils ne savent pas comment tu pourrais réagir. J'ai essayé de leur faire comprendre que tu ne poserais pas de problème, mais rien n'y a fait. Essaie de les comprendre. Si je te révélais ce que nous sommes, les autres pourraient suivre mon exemple. Il est bien plus dur de rester loin des habitants de Forks que ce que vous pouvez l'imaginer. Nous sommes conditionnés pour ne rester qu'entre nous. Avant la meute, nous pensions que c'était à cause des traditions de la tribu, et nous trouvions ça vieux jeu, mais il était rare qu'un lycéen transgresse la règle. Depuis que la meute a commencé à se former, nous comprenons mieux ces règles qui nous paraissaient si absurdes. Si jamais Sam accorde sa clémence pour moi, alors, tous ceux qui arriveront après moi pourraient vouloir suivre mon exemple. Devenir amis avec des humains, et même plus. Sam ne veut pas risquer de pareils débordements. C'est plus dangereux que tu ne le penses. Ce qui s'est passé lundi dernier n'est qu'un aperçu de ce qui pourrait arriver si nous côtoyons de trop près les humains.

-Vous êtes… trop instables, c'est ça ?

Jacob hoche la tête.

-Nous ne contrôlons pas nos émotions ni notre force. Nous apprenons à contrôler notre transformation, pour ne pas risquer de devenir loup en public, mais pour le reste, c'est très difficile. Tu as du te rendre compte que je contrôle mal mes muscles quand je te serre dans mes bras…

En effet, j'ai toujours été surprise par la force de ses embrassades. Maintenant, tout m'apparaît plus clair.

-Et c'est pour ça que tu sèches les cours de sport, je comprends alors.

Tout me paraît tellement clair.

-Le sport, c'est vraiment une mauvaise idée. La course à pied aussi. Nous courons plutôt… vite, même sous forme humaine, et nous ne pouvons pas prendre le risque de nous faire remarquer. Nous réagissons à l'adrénaline. On pourrait devenir incontrôlables encore plus facilement.

Je lève les yeux vers la forêt, contemplant les arbres qui semblent s'étendre à l'infini au-delà de la lisière de la forêt.

-Un autre point m'intrigue.

-Je t'écoute.

-Vous dîtes que vous ne sortez qu'avec des gens de la tribu, pour qu'on n'apprenne pas votre secret, mais aussi pour éviter des… Accidents. Mais il n'est pas autant dangereux de côtoyer des membres de la tribu qui ne font pas partie de la meute ?

-Je m'attendais à cette question. A vrai dire, tu as raison, ce n'est pas mieux. La seule différence, c'est que par exemple, une fille de la tribu sait ce que nous sommes. Ainsi, elle sait à quoi s'en tenir, et va faire en sorte de ne pas nous provoquer, pour ne pas risquer d'accident. Mais les relations sont compliquées, je te l'avoue. Dan sortait avec Maya avant sa transformation. Quand il est entré dans la meute, leur relation a pris un sacré coup. Dan a toujours peur de lui faire du mal, alors, il reste le plus loin possible d'elle. Maya a du mal à l'accepter. Elle voudrait continuer leur relation comme avant, mais c'est impossible. Si tu veux résumer, Sam nous laisse côtoyer les adolescents de la tribu, mais sous certaines conditions. On ne peut pas appeler ça une véritable relation. Dan ne pourra vraiment retrouver Maya qu'une fois qu'elle fera partie de la meute. Sauf qu'on ne peut pas savoir quand cela arrivera.

-Alors, quoi, c'est à ce genre de relation que vous avez droit ? Une relation à distance, sans trop de proximité pour éviter tout danger, et l'attente que l'autre ne devienne un loup-garou pour pouvoir enfin l'approcher sans risque ? C'est affreux.

-Je te l'accorde, marmonne Jacob. Mais nous n'avons pas vraiment le choix. Sam est un peu parano à ce niveau-là. Alors imagine un peu comment notre relation a été vue. J'ai voulu, de toutes mes forces, rester loin de toi, parce que je savais que cela ne mènerait à rien. Je savais que je ne devais pas risquer d'aller plus loin avec toi, parce que je risquais à tout moment de m'énerver pour un rien et te faire du mal. Mais quand j'ai vu que j'arriverai remarquablement à me contrôler en ta présence, j'ai espéré que ce soit possible. Je me suis dit que ce n'était pas si dur que ça. Les seules fois où je me mettais en colère, tu arrivais tout de suite à me calmer. Je dois dire que j'ai même donné de l'espoir aux autres, qui sont dans le même cas mais avec des filles de la tribu. Ils s'obligent à rester à l'écart, à rompre parfois même pour protéger la personne qu'ils aiment, mais notre relation leur a redonné de l'espoir. Ils commençaient à croire que Sam se trompait, et que nous étions capable d'une relation avec un humain sans risque. Sam était furieux contre moi. Il avait peur de perdre le soutien des autres. En fait, je crois qu'il a été plutôt soulagé quand il a appris ce que j'ai failli faire lundi. Il n'attendait qu'un accident pour démontrer l'impossibilité de notre relation. Et il a réussi. Quand Dan a appris ce qui s'était passé, il était défait.

-Mais tu ne m'as rien fait ! je proteste vivement.

-Parce que j'ai réussi à m'arrêter. Mais les autres ne sont pas tous comme moi. La plupart d'entre nous sont bien plus impulsifs, et c'est ce qui fait si peur à Sam. Je le comprends, d'une certaine manière.

-Si on instaure des règles, je suis certaine que c'est possible, j'affirme.

-Oui, jusqu'à ce qu'il y ait un autre accident, rétorque-t-il. Moi aussi, je pensais que c'était possible. Mais je ne peux pas me voiler la face.

-Qu'est-ce qu'on risque à essayer ?

-On risque ta vie, Bella ! s'écrie Jacob d'une voix forte.

-Je sais, mais nous avons passé beaucoup de temps ensemble depuis que je suis arrivée, et tu t'en es très bien sorti. Si je n'étais pas intervenue lundi, rien de tout ça ne serait arrivé.

-Je sais… soupire-t-il, légèrement radouci. Mais tu ne comprends pas ce que ça implique. Le reste de la meute, et surtout Sam. Il ne supportera pas que tu aies appris la vérité.

-Mais je l'ai appris seule, ce n'est pas toi ! Tu as respecté la règle. Ce n'est pas ta faute s'il n'a pas prévu ce genre de cas.

-Sam n'aime pas les contre-temps. Il aime tout contrôler. Et comme il ne peut pas reporter sa colère contre toi parce que tu es humaine, il va se faire un plaisir de montrer son désaccord. Et je n'aime pas ça du tout, parce que la plupart de la meute est de son avis, et je ne veux pas qu'ils te posent de problèmes.

-Pourquoi ce qu'ils pensent t'importe tant ?

-Nous sommes une meute, Bella. Ils sont mes frères. Nous sommes sensés être les guerriers de la tribu, ceux qui protègent les hommes. Si la tribu est divisée par notre faute, les miens ne me le pardonneront jamais, et ne te le pardonneront jamais.

-Je ne suis pas sensée connaître la vérité. Alors, s'ils apprennent que je sais tout, qu'est-ce qu'ils feront ? Même si je décide de partir dans ton sens, et d'abandonner l'idée d'une relation entre nous, qu'est-ce qui se passera ?

Il m'est difficile de prononcer de telles paroles, mais si pour le bien de Jacob, je dois remettre en question notre relation, alors, je le ferai. Même si cela me déchire le cœur, je veux pas qu'il souffre à cause de moi. Jacob me dévisage, semblant hésiter à quelle réponse me proposer.

-Le mal est déjà fait, finit-il par murmurer. Même si nous rompons tout contact, tu connais notre secret, ce qui fait de toi un problème. Les autres pourraient essayer de suivre mon idée, s'ils en avaient vraiment envie. Et Sam ne le supporterait pas. Il voudra te garder à l'œil, je suppose. Faire en sorte que tu ne révèles jamais rien à qui que ce soit. Même si nous restons loin l'un de l'autre, il me déteste déjà. Mais être ensemble, ce serait encore pire.

Alors que je commence à réfléchir à comment arranger la situation, Jacob redresse soudain la tête, et renifle l'air. Ce geste me surprend un peu. Maintenant que je sais ce qu'il est, il ne cherche plus à cacher ce dont il est capable. D'un côté, j'aime ça, mais d'un autre, il me semble incongru de renifler l'air de cette façon. Il se lève d'un bond et se tourne vers moi en me tendant la main.

-Il faut qu'on se parte d'ici, et rapidement.

-Pourquoi ? Je demande en attrapant sa main pour qu'il m'aide à me relever.

-Parce que si on reste dans le coin, tu finiras par avoir la réponse à ta question. Ce qui arrivera s'ils apprennent que tu es dans la confidence.

Immédiatement, mes sens sont en alertes alors que Jacob garde ma main dans la sienne et m'entraîne vers le parking. Alors que nous nous approchons de ma voiture, il se fige, avant de repartir de l'autre côté et de m'entraîner au milieu des arbres.

-Ils sont là ? Je demande d'une petite voix.

-Ils s'approchent. Ne fais pas de bruit.

Il semble paniqué à l'idée que la meute nous découvre ici. Il me tire au milieu de la forêt, et nous arrivons dans une petite clairière où il finit par s'arrêter.

-Pourquoi tu t'arrêtes ?

-C'est trop tard, lâche-t-il d'un air anxieux mais résigné. Ils sont là.

Ils se tournent vers moi et pose ses mains sur mes épaules.

-Surtout, tu restes derrière moi, et tu ne parles que si Sam t'adresse la parole. Tu ne cherches pas à les provoquer, et tu restes calme.

-Ils vont être tant en colère que ça.

-Plus que tu ne peux l'imaginer. Promets moi de ne pas le provoquer.

Je hoche la tête, le cœur battant soudain la chamade. Je ne me risquerai pas à le chercher. Je ne l'ai jamais vu, mais d'après ce que j'ai pu entendre, il est plutôt impressionnant.

-N'aie pas peur, murmure-t-il alors, et je comprends qu'il peut sentir les battements désordonnés de mon cœur.

-Facile à dire, je marmonne entre mes dents, au moment même où les branchages s'écartent face à moi.

Jacob se tourne dos à moi, les bras ballants devant le garçon qui sort de derrière les arbres. Je comprends tout de suite que c'est Sam. Il a l'air plus vieux de quelques années, il doit sûrement avoir vingt ans, ce qui est plutôt logique puisqu'il a été le premier transformé. Il a des cheveux noirs coupés très court, des yeux sombres, des traits fins et une mâchoire carrée qui lui donne un air sévère. Je remarque avec surprise qu'il est torse nu, et ne porte qu'un short et de vieilles baskets. Vient-il tout juste de reprendre forme humaine ?

Quelques instants plus tard, d'autres garçons émergent de derrière les arbres, ainsi que deux filles. Je comprends que presque toute la meute est là. Je reconnais Embry et Quil, qui semblent plus gênés qu'en colère, mais aussi Dan, Seth et d'autres garçons que j'ai déjà vu à leur table. Sur la quinzaine de garçons que j'ai vu à la cantine au lycée, ils sont 8, avec deux des trois filles. Elles me lorgnent de la tête aux pieds. L'une d'elle a les cheveux coupés courts, alors que l'autre les retient grâce à un élastique. Elles portent un short, comme les garçons, mais plus courts, et accompagné d'une brassière et de vieilles converses. Je remarque enfin Paul, près de Sam, qui me jette un regard noir. Ils ont tous des cheveux bruns comme Jacob, et des yeux marrons qui ont presque viré au noir pour ceux qui semblent le plus en colère.

Alors que tous les autres me jettent des coups d'œil (à part Embry et Quil), Sam, lui m'ignore royalement et se concentre tout de suite sur Jacob. J'aimerai pouvoir voir son visage, pour guetter ses réactions. Je résiste à la pulsion de glisser ma main dans la sienne. Ce serait sûrement considéré comme une provocation.

-Cherches-tu à fuir les tiens, Jacob ? demande Sam d'une voix grave qui me donne envie de reculer.

Mais je ne bouge pas.

-Non, je me baladais avec Bella, répond Jacob d'une voix bien plus calme que ce que j'avais imaginé. D'ailleurs, je ferais peut-être mieux de te la présenter, dit-il en s'écartant légèrement. Bella, je te présente Sam.

Je me rappelle la recommandation de Jacob et me contente de hocher la tête dans un petit salut timide. Mais Sam ne me renvoie pas mon salut, et se contente de reporter son attention sur Jacob, les yeux noirs de colère.

-Je croyais t'avoir demandé de rester loin d'elle.

-Nous ne faisons rien de mal.

-Me prendrais-tu pour un imbécile ? gronde alors Sam. Tu crois que je n'ai pas compris votre petit manège ? Tu lui as tout raconté, n'est-ce pas ? Tu nous as tous trahis !

-C'est faux ! s'écrie Jacob. Je ne ferai jamais ça.

-Tu nous trahis déjà depuis longtemps, intervient Paul, mais Sam lui jette un regard furibond.

Paul baisse la tête, et je me sens bizarrement très contente par ce geste. Sam porte alors son attention sur moi, et je me fige. J'essaie de calmer les battements de mon cœur. Je sais qu'il les entend.

-Si tu disais vrai, Jacob, si elle ne savait rien, elle ne serait pas autant affolée. De quoi as-tu peur, Bella ? D'une bande de garçons ? Tu es bien peureuse, dans ce cas.

-Je n'ai pas peur, je lâche avant de me maudire.

Je sens Jacob se raidir, et je suis finalement bien contente de ne pas voir son visage, car il doit être furieux. Si ça, ce n'est pas de la provocation... Mais Sam ne semble pas en tenir rigueur et esquisse un sourire froid.

-Ah oui, vraiment ?

-Je n'ai pas dit qu'elle ne savait rien, intervient Jacob. J'ai dit que je ne lui avais rien dit.

-Quelle est la différence ! s'exclame une des filles, celle aux cheveux courts.

-Oui, explique-toi, Jacob, renchérit un des garçons dont je ne connais pas le nom.

-Et si on laissait Bella s'expliquer ? propose Sam en me coulant un sourire cynique.

Jacob tourne la tête vers moi et hoche imperceptiblement la tête. Je me lance, essayant de paraître le plus calme possible, alors que j'ai l'impression d'être dans un cauchemar. Je n'ai pas peur de Jacob, ça non, mais je ne peux pas dire la même chose de Sam. Il me fiche une peur bleue, avec ses airs froids. Mais il ne me fait pas le même effet que Paul. Paul me faisait peur au début, maintenant, son comportement ne fait que m'agacer.

-Je l'ai découvert seule, je finis par dire. Jacob a refusé de me dire ce que vous étiez, alors, j'ai cherché de mon côté.

-J'ai dû mal à y croire.

-Je l'ai lu dans un livre. Dans le livre des légendes et mythes Quileute.

Sam fronce les sourcils.

-Où as-tu obtenu un tel livre ?

-Dans une petite librairie à Port Angeles.

Sam semble peser le pour et le contre, et se tourne vers Jacob.

-C'est la vérité, ajoute-t-il. J'ai tout fait pour qu'elle laisse tomber, Sam, mais elle est bien plus têtue que ce que j'imaginais.

Sam fait un nouveau pas vers Jacob.

-Et là, tu n'étais pas en train de lui parler de nous, par hasard ?

-Elle sait, maintenant, alors quelle est la différence !

-La différence ? Tu lui racontes tous nos petits secrets !

-Je ne compte pas en parler à qui que ce soit, j'interviens. Qui me croirait ?

-Des tas de gens, lâche Sam en se tournant de nouveau vers moi. Tu ne connais pas le nombre de gens qui sont avides de ce genre d'histoires, et qui te croiraient volontiers si tu as des preuves à leur apporter.

-Quoi, tu penses que mon but est de faire éclater votre secret au grand jour ? Je n'en ai rien à faire, de ça ! Je ne ferais jamais une chose pareille, je déclare d'un ton ferme.

-Pourquoi est-ce que je te ferais confiance ? Je ne te connais pas.

-Moi, je la connais, dit Jacob.

-Ton jugement est altéré depuis bien longtemps ! s'emporte Sam. Tu ne te rends pas compte de ce que tu fais. Notre but est de protéger les hommes. Si jamais il lui arrive quelque chose à cause de toi, tu sais bien ce qui se passerait ! L'honneur de la meute serait balayé, tu causerais des tensions entre nous, la tribu n'aurait plus foi en nous, notre propre peuple aurait peur de nous si jamais elle est blessée par notre faute ! Si c'est par ta faute, ce sera encore pire !

-Mais Jacob ne me fera pas de mal ! Il ne m'en a jamais fait !

-Et ce qui s'est passé au lycée, alors ? Me raille Paul.

-C'était différent ! Je ne savais pas ! Maintenant que je sais ce que vous êtes, je peux très bien être plus prudente !

Sam s'avance encore d'un pas, mais Jacob lui barre soudain la route, comme s'il veut l'empêcher de s'approcher de moi.

-Tu as le droit d'être en colère contre moi si tu le veux, Sam. Pas contre elle.

-Tu n'aurais jamais dû te rapprocher d'elle. Si tes frères commencent à avoir les mêmes idées que toi, cela pourrait courir à notre perte !

-Tu sais bien qu'ils t'écoutent, Sam.

-Personne d'autre que lui n'a de telles idées, maugrée la fille aux cheveux attachés. Mais on sait tous d'où lui vient cette envie de toujours contredire les ordres !

Jacob la fusille du regard.

-Tu sais bien que tout ceci aurait pu être différent, Leia, alors je te conseille de ne pas te mêler de ça !

-Stop ! crie Sam pour ramener le calme, tandis que je me demande de quoi Jacob et cette Leia veulent bien parler. Nous n'allons pas revenir sur ce sujet. Jacob a fait son choix.

Il se tourne de nouveau vers Jacob.

-Même si tu peux échapper à… tes engagements, dit-il en me jetant un coup d'œil, cela ne te donne pas le droit d'agir comme bon te semble.

-De toute façon, le mal est fait, non ? je fais, hésitant tout de même à oser prendre la parole. On ne peut pas retourner en arrière.

-Non, en effet. Mais tu ne te rends pas encore compte des conséquences. Es-tu vraiment prête à accepter ce que nous sommes sans broncher ? Les Quileute ont accepté l'existence des forces surnaturelles parce que c'est dans leur sang. Comment peux-tu dire que tu n'as pas peur de nous alors que je sens ta panique d'ici ? Tu dis vouloir rester près de Jacob, tu dis l'aimer, n'est-ce pas ?

-Oui, je l'aime, je déclare sans aucune hésitation.

-Mais l'aimes-tu en tant que l'humain que tu as toujours cru qu'il était, ou comme le loup-garou qu'il est réellement ?

Sam repousse Jacob et s'approche de moi. Cette fois-ci, Jake ne proteste pas, et je comprends que je vais sûrement avoir droit à un test.

-J'aime Jacob, peu importe ce qu'il est. Je suis consciente qu'il représente un danger pour moi, mais on se connaît depuis des mois, et il n'est jamais rien arrivé. S'il m'explique comment fonctionnent les loups-garous, je me sens tout à fait capable de pouvoir rester près de lui sans danger.

-Tu me sembles bien présomptueuse, Isabella.

Cette conversation m'agace. Je ne comprends pas pourquoi Sam est si virulent à propos de ça. Après tout, c'est mon problème si je mets ma vie en danger. Mais je ne veux pas poser de problème à Jacob. Je finis par penser qu'il y a d'autres raisons qui ont rendu Sam aussi autoritaire sur ce point-là.

-Je comprends que c'est inédit, qu'une simple fille comme moi apprenne vos secrets, mais est-ce que la meute ne pourrait pas essayer de me faire confiance ? Je ne répéterai rien, et Jacob et moi ferons en sorte de ne pas poser de problèmes.

-Tu penses que c'est si simple que ça ? Est-ce que tu as seulement pris conscience de ce que nous sommes ? Tu sais que nous sommes des loups-garous, mais n'est-ce pas un peu vague dans ton esprit ? Tu dis ne pas avoir peur de Jacob ni de notre nature de loup-garou, mais comment peux-tu en être si sûre alors que tu ne sais même pas réellement ce que nous sommes ?

Jacob se tourne vers nous.

-Sam… grogne-t-il, les dents serrés.

-Tu penses qu'elle peut accepter sans broncher ce que nous sommes, Jacob ? Son esprit a été conditionné pour ne pas croire en toutes ces choses.

-Elle n'a pas besoin de ça, intervient Embry d'une voix légèrement inquiète.

-Besoin de quoi ? je demande d'une petite voix.

-Tu dis ne pas avoir peur de nous. Tu maintiens cette position ? me demande Sam.

Je ne sais plus quoi penser, je ne sais pas ce que je suis sensée dire. Est-ce une question piège ? Mais je dois rester campée sur mes positions, je ne dois pas faiblir.

-Oui. Je n'ai pas peur.

Sam affiche un sourire satisfait.

-Très bien. Jared ? appelle-t-il en gardant ses yeux fixés dans les miens.

Celui-ci s'avance d'un pas.

-Il n'en est pas question, fait Jacob en faisant mine de s'approcher de Jared, mais immédiatement trois des garçons de la meute l'attrapent par les bras.

Je sens la panique pointer le bout de son nez. Sam s'écarte de moi.

-Ne fais pas ça, Sam, demande Jacob.

-Quoi, tu as peur de la perdre ? Si elle t'aime vraiment, elle le supportera. Tu penses pouvoir rester près d'elle sans jamais lui montrer ce que tu es réellement ?

Je comprends immédiatement où ils veulent en venir et mes yeux croisent ceux de Jared, avant de retourner vers Jacob, qui semble en grand conflit intérieur.

-Si tu laisses faire Jared, je pourrai ne pas douter de sa sincérité, dit Sam.

-Quoi, tu me fais du chantage ?

Sam hausse les épaules.

-Vois ça comme tu veux, mais je serais prêt à croire qu'elle n'en parlera à personne si elle ne s'enfuit pas. T'en sens-tu capable, Bella ?

-Bien sûr que oui ! Je l'ai déjà dit, ça ne me dérange pas que vous soyez des loups-garous. Jacob, ça va, je dis d'un ton calme en essayant de calmer les battements de mon cœur.

Je sais que Jacob sent ma nervosité, mais je dois faire ce que Sam me dit. Si j'ai une chance d'obtenir leur confiance, je dois la saisir.

-Ca me va, je finis par dire à Sam. Si je ne supporte pas ça, alors, je reste loin de Jacob, je rentre à Phoenix et j'oublie tout ça. Sinon, tu acceptes de comprendre que je compte pas révéler ce que vous êtes aux autres, et tu me laisses côtoyer Jacob.

-Ce n'est pas une bonne idée, intervient Quil.

Je hausse les épaules.

-Si je veux rester avec Jacob, il faut que bien que j'accepte ce qu'il est, non ?

-Marché conclu, affirme alors Sam sans tenir compte des protestations de Jacob.

-Tu penses que j'en suis incapable, n'est-ce pas ? je devine en voyant le petit sourire de Sam qui s'écarte encore et croise les bras.

-Eh bien, vu ta fréquence cardiaque en ce moment-même, je n'ai pas trop de doute là-dessus. Je ne sais pas ce que Jacob t'a raconté, mais le jour où son père m'a demandé de me transformer devant tous les adolescents de la réserve, plus de moitié ont hurlé et se sont enfuis en me voyant. Il a fallu que je revienne sous ma forme humaine pour qu'ils comprennent que j'étais toujours le même et que je ne comptais pas leur faire de mal. Seuls mes amis proches n'ont pas bronché.

Je lance un regard à Jacob, qui m'a caché cette version-là. Les autres l'ont lâché, mais ils semblent prêt à le retenir si jamais il essaie d'empêcher Jared.

-Assez discuté, maugrée Paul.

La suite se passe à une vitesse inimaginable. Cela ressemble plutôt bien à mes cauchemars, mais de façon plus rapide et plus embrouillée. Jared fixe ses yeux dans les miens, ceux-ci virent au noir, son visage se couvre de poils, de longues canines s'échappent de sa bouche qui se transforme en gueule, ses oreilles s'allongent, alors qu'il se courbe soudainement. Ses ongles se transforment en griffes, ses muscles commencent à saillir sous sa peau. Jared, ou plutôt ce qu'il est en train de devenir, se tord devant mes yeux tandis que son corps se couvre de poil et s'allonge. Au moment où il se jette à quatre pattes sur le sol, le garçon gaillard et musclé a laissé place à un énorme loup. Pas un simple loup qu'on peut voir dans les films. Non, il est deux fois plus gros, avec des pattes immenses et puissantes, des yeux dorés qui semblent en feu, des poils d'un brun foncé. Le loup fait un pas vers moi, et j'ai comme l'impression que le sol tremble sous son poids. Je dois me faire violence pour ne pas reculer d'un pas.

J'ai l'impression d'avoir le cœur dans les oreilles. J'entends ses battements, qui couvrent tout le reste. J'ai l'impression que mon corps est chargé d'électricité, mes yeux sont ronds comme des soucoupes. Je suis totalement paralysée, et je sais que si je fais un pas en arrière, je ne contrôlerai plus mes jambe et je ferai tout pour m'éloigner de cet énorme animal. J'entends sa respiration, un léger grognement s'échappe de sa gorge, et je me revois soudain au milieu de la forêt, lors de mon accident pendant la course à pied. J'entends de nouveau le bruit des pas de la bête que j'ai senti près de moi. Je sais maintenant que cet animal, c'était Jacob, mais j'ai du mal à l'imaginer sous cette forme-là. Toutes les images de mes cauchemars depuis des semaines menacent de me submerger, mais je tiens bon alors que le loup s'avance progressivement vers moi, un pas après l'autre. Je voudrais détourner les yeux, mais mon regard reste braqué dans les yeux du loup. Je ne sais pas vraiment qu'elle est l'expression de mon visage, mais je sais qu'ils sentent tous les battements paniqués dans ma poitrine. J'ai l'impression qu'elle va exploser. L'estomac serré et la gorge nouée, je le laisse s'approcher à quelques centimètres de moi. Il est tellement grand qu'il arrive quasiment à ma poitrine. Je n'ai presque pas besoin de baisser les yeux pour le regarder. Je sens son souffle contre ma poitrine. Il grogne légèrement, ce qui me fait sursauter, mais je reste toujours immobile.

Le regard du loup semble soudain s'adoucir. Sa respiration se calme, et il semble presque faire un sourire. Il s'écarte enfin de moi, et je détourne les yeux. Tout le monde me regarde d'un air étrange.

-Tu es trop gentil, Jared, marmonne soudain la voix de Paul.

J'entends Jacob pousser un cri. Je lève les yeux au moment où Paul s'élance vers moi. Je vois du coin de l'œil les autres retenir Jacob, et Jared fait mine de revenir vers moi, mais un regard de Sam l'en dissuade. Paul est à l'autre bout de la clairière. Il prend soudain appui sur une pierre plate, et saute. A ce moment-là, le garçon laisse place à un énorme loup noir qui plonge sur moi avec un grognement, crocs découverts.


NA: Je suis de retour! Je voudrais d'abord m'excuser de ne pas avoir été là le week-end dernier, niveau travail c'était impossible de trouver du temps pour poster un chapitre, je m'en suis voulue croyez-moi! J'espère que je me fais pardonner par ce chapitre, riche en rebondissements! Sam entre enfin dans la course, Paul fait des siennes et on découvre un peu mieux la meute ;) Je dois avouer que j'aime bien ce chapitre, j'ai bien aimé l'écrire car il constitue vraiment un tournant dans l'histoire, j'espère juste que je n'en ai pas fait trop avec Sam qui la teste tout ça, je n'ai pas trouvé mieux pour qu'elle découvre la transformation et pour apaiser les tensions avec Sam en même temps !

Encore une fois, n'hésitez pas à me partager vos impressions, je les lirai avec plaisir! A dimanche prochain ! (Cette fois-ci, promis, je serais là!)

Réponses aux reviews précédentes:

-b: Merci, encore une fois! J'espère que tu as aimé cette suite :)

-WhiteAir: Merci pour ton soutien! Je suis touché que tu dises que tu penses préférer Bella dans mon histoire, vraiment! J'avais aussi quelques petits problèmes avec elle dans l'histoire de Meyer, elle m'énervait un peu parfois, alors je suppose qu'inconsciemment j'ai voulu la rentre un peu différente, et puis je suis contente que tu le remarques, ça me permet de m'éloigner un peu de l'histoire originale :) Bisous, à bientôt!