Chapitre 14

Je remercie de tout mon cœur les personnes qui ont su m'encourager, notamment en déposant régulièrement leurs commentaires au sujet de cette histoire qui n'existe que pour leur plaisir. J'espère que vous aurez toutes/ tous (on ne sait jamais) oublié quelques instants la réalité en parcourant ces fantaisies nées de mon imagination et orchestrées selon la merveilleuse histoire créée par Jane Austen.

Calazzi.

Que serais- je sans toi? (chanté par jean Ferrat)

Paris, été 1947

Continuer à vivre, à sentir l'effet du soleil sur sa peau assoiffée de caresses, à apprécier chaque instant, chaque souffle. La meilleure façon d'avancer pour elle résidait dans la conduite acharnée de ses études, exigeantes par essence, alors elle reprit le cours de sa vie dissimulant sa blessure mortelle derrière les heures de travail.

Lizzie hésitait entre deux orientations professionnelles, puisqu'elle s'obligeait à se projeter dans un avenir lointain, peut- être un jour y croira- t- elle, peut- être que ce jour- là, elle racontera son père à ses propres enfants, ceux qu'elle aura attendus avec son compagnon d'alors… Enfin pour l'heure, ce qui importait c'était de prendre soin de ses patientes, dont certaines ne savaient que faire de leur désespoir qui n'émouvait pas grand monde, ni hors les murs de l'hôpital, ni à l'intérieur. Seules les femmes parviendraient à prendre en mains leur avenir, leurs corps, leurs désirs d'enfant, les hommes de pouvoir en avaient verrouillé les issues. Accéder à la citoyenneté n'avait pas suffi pour elles, la conquête de leur indépendance ne faisait que débuter. Puisqu'il en était ainsi, elle sut que son chemin la mènerait sur le leur, main dans la main avec celles qui revendiquaient à leur manière farouche et risquée, cette volonté de décider pour elles. A cette époque, le travail d'un médecin dans un service d'urgence, de gynécologie ne consistait pas seulement à accoucher les parturientes…Certaines d'entre elles arrivaient aux frontières de la vie et de la mort, baignant dans leur sang, leur fébrilité annonçant la septicémie… Des femmes si désespérées, même déjà mères, avaient recours à l'avortement clandestin, des femmes à genoux, face contre terre car la contraception n'existait pas (hormis l'abstinence et le retrait post- coïtal, moyens tous deux dépendants aussi de ces messieurs…) encore. D'autres étaient plus chanceuses et rencontraient des praticiens «compréhensifs».

Chaque soir Lizzie rentrait chez elle, plus épuisée, plus belliqueuse. Charlotte l'évitait avec mauvaise conscience, elle s'était même proposée pour davantage de gardes de nuit car elle craignait ce sentiment d'impuissance qui l'étreignait en présence de son amie en pleine désolation.

Quand j'aime une fois, j'aime pour toujours

Chaque fois que ses yeux se posaient sur elle, une autre silhouette apparaissait en son esprit, il n'avait toujours pas décidé, espérant et craignant simultanément que la vie ne fasse le choix pour eux, contre eux. Sauraient- ils être heureux ensemble? Le désirait- il? Aimer c'est toujours prendre un risque, cela il en était sûr maintenant, puisqu'il l'avait éprouvé dans sa chair et si douloureusement. Souffrir encore pour vivre quelques instants d'absolu avec elle… ou mourir chaque jour un peu plus dans une union sans amour, sans folie…Tu parles d'un choix! Mais si lui ne souhaitait rien tant que lui offrir ses bras non comme une cage mais comme un prélude à l'amour, mais elle? Que pouvait- elle vouloir aujourd'hui? Pensait- elle encore à lui? Si seulement il pouvait lui manquer… Georgie continuait de correspondre avec elle. Lui n'avait droit qu'au silence, à l'absence. Jusqu'à ce jour où sa sœur Jeanne avait fait allusion au décès de leur père, il bondit littéralement, la pressant d'expliquer les circonstances, la date et la douleur d'Élisabeth.

Elle ne l'avait pas reconnu de loin, aveuglée par le soleil éclatant qui éclaboussait la rue. Alors qu'elle sortait de l'hôpital, d'un pas assez las, elle sursauta à la vue de cette ombre élancée qui surplombait la sienne, si insignifiante en comparaison. Une silhouette indéniablement masculine, la main dans les cheveux comme chaque fois qu'il hésitait… Elle ne put empêcher le sourire qui avait éclos sur ses lèvres. Un vrai sourire, pas celui, désolé, qu'elle offrait à ses patientes en détresse. Le sourire d'une femme qui aime et qui veut le faire savoir.

De quels mots auraient- ils eu besoin? Leurs corps réclamaient… et suffiraient à étancher leur soif de l'autre.

La sensualité permet de parcourir les chemins du désir, puis de l'amour car ainsi les amants apprennent à offrir et à recevoir sans limite. Il la voulait pour lui seul, quitte à l'enfermer dans cette chambre jusqu'à ce qu'elle crie grâce mais ils partageaient la même fougue dévorante. Nulle nécessité de la convaincre, encore moins de l'emprisonner. Leurs bouches langoureuses, leurs salives mêlées, franchissant allègrement toutes les frontières du désir, totalement voués à la jouissance dans les bras de l'être aimé. Chacun s'accrochant au corps de l'autre, de peur de ne pas pouvoir aller au bout de leur volupté, et mourir d'amour, l'un en l'autre. Il était la vague recouvrant son corps et, elle, était l'ombre moite de ses hanches prises dans un mouvement de ressac sans cesse brisé contre les siennes. S'échapper de la fureur du monde orgasme après orgasme, mollement enfouis dans ce merveilleux exutoire qu'est l'amour partagé. Être sa jouissance, être lui, être elle.

Jusqu'à la prochaine vague, la petite mort. Les yeux dans les yeux, leurs mains jointes avec ferveur dans l'extase des cœurs épris d'absolu au creux de la nuit où les désirs de mort et d'amour se rejoignent.

Les autres amoureux...

Marie l'insoumise ne se mariera jamais, elle connut avec son amant toutes les tempêtes, les orages qu'entraîne l'amour fou, dans des chambres sans berceau. Jusqu'à la mort, leur passion se nourrit de multiples conflits, aux couleurs de tendres réconciliations. Sa mère ne comprit jamais cet enfant dont elle avait ignoré les rêves profonds, jusqu'à sa façon d'aimer et d'être aimée.

Charles et Jeanne, ah, les tendres cœurs connurent aussi les tourments de ceux qui aiment, et qui craignent que la vie ne leur reprenne ce qu'elle leur avait accordé dans un moment de bonté. Comme Philémon et Baucis, ils surent s'aimer tout au long de leur vie commune, traversant les tempêtes (et l'après) ensemble.

Richard saura se perdre pour une belle étrangère au tempérament de feu, qui l'apprivoisera assez longtemps pour permettre à ses blessures d'amour de cicatriser.

François et Maria vivront le reste de leur vie, comme des naufragés, au jour le jour, en aimant chaque jour comme si c'était le dernier.

Quant à l'intrépide Georgiana, plus mère que fille, mit à l'épreuve plus d'un amant transi jusqu'à celui qui sut comprendre son cœur meurtri et surtout qui sut aimer ce premier enfant, celui d'un autre, au point qu'il le fit sien, en l'adoptant légalement. Ils élevèrent de nombreux chérubins, les leurs, ceux des autres. "Prendre un enfant dans ses bras, pour le bercer tout contre son cœur et l'emmener confiant vers demain"* afin que la chaîne d'amour ne soit plus brisée.

J'ai fait un rêve, un rêve d'amour où mon cœur était un oiseau qui prenait son envol, haut très haut dans le ciel, intouchable et libre. Mais jamais seul.

Il n'y a pas d'amour heureux mais il n'y a pas de bonheur sans amour, n'est- ce pas?

Fin

* Yves Duteil, extrait de la chanson "Prendre un enfant par la main".

Parole de Que Serais-je Sans Toi:

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement

J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement

J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu'il fait jour à midi qu'un ciel peut être bleu
Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne
Tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux
Tu m'as pris par la main comme un amant heureux

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N'est-ce pas un sanglot de la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues
Terre terre voici ses rades inconnues

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement

J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement

J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu'il fait jour à midi qu'un ciel peut être bleu
Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne
Tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux
Tu m'as pris par la main comme un amant heureux

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N'est-ce pas un sanglot de la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues
Terre terre voici ses rades inconnues

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement