Désolée pour le délai :) Merci pour les reviews, merci également à Amy W. Key (Superbêta) pour ses corrections.
Chapitre XIII - La Caverne
Partie 1 : Sirius
La caverne que Dumbledore avait découverte renfermait bel et bien un Horcruxe. Le vieil homme avait donné de son sang pour ouvrir la porte de la cachette, ignorant l'offre de Remus et Sirius de sacrifier leurs forces à sa place. Désormais ils se trouvaient dans une grotte aux dimensions impressionnantes, sur la rive d'un lac souterrain. La lueur émanant de leurs baguettes ne parvenait pas à dissiper l'obscurité qui pesait lourdement sur eux telle une chappe de plomb. D'ordinaire, les ténèbres fuyaient la lumière, se délayant à son contact. Ce n'était pas le cas ici, où les ombres semblaient surgir des parois de la caverne, happer la lumière et l'étouffer comme si elles possédaient une volonté propre.
Une lueur verdâtre, maladive, émanait du centre du lac. Grâce à elle, on distinguait faiblement les contours brouillés de ce qui semblait être une petite île, guère plus qu'un amas rocheux.
"L'Horcruxe doit se trouver là-bas." murmura Dumbledore, désignant d'un signe de tête l'îlot. Sa voix, pourtant à peine audible, sembla déchirer le voile de ténèbres de la caverne qui se recomposa hâtivement une fois l'écho dissipé.
Sirius baissa les yeux vers le lac. L'eau semblait artificiellement figée, immobile comme de la glace.
"Voldemort ne nous aurait pas laissé un moyen de traverser." chuchota Remus. Il fouillait les profondeurs du regard, les yeux plissés. "Cette eau est dangereuse. Je peux distinguer quelques formes blanchâtres sous la surface, et avec l'odeur de chair pourrissante qui s'en dégage... "
"Des Inferi." Dumbledore ne semblait pas le moins du monde surpris. "Je m'attendais à trouver des êtres de ce genre ici." Il se mit à longer le lac, Sirius le suivant et Remus fermant la marche. "Je crois pour ma part que Voldemort a prévu un moyen de traverser. Bien sûr, il comptait être le seul à l'utiliser."
Ils cheminèrent en silence pendant ce qui parut être un très long moment à Sirius. L'atmosphère de cette grotte lui rappelait Azkaban : les ténèbres, l'humidité, l'immobilité surnaturelle des alentours... Il ne parvenait pas à chasser l'impression que bientôt les cris effroyables des prisonniers s'élèveraient autour de lui, rompant le silence.
"Oho !" s'écria Dumbledore en s'arrêtant brusquement. Il agitait la main dans le vide, apparemment au hasard. Une grosse chaîne d'un vert cuivré se matérialisa devant lui, surgissant des profondeurs du lac. Elle tirait quelque chose hors de l'eau, qui se révéla bientôt être un bateau.
Un bateau bien trop petit pour trois.
"J'ai bien peur qu'un seul sorcier puisse monter à bord... " commença le directeur.
Sirius secoua farouchement la tête en signe de dénégation. "Hors de question. Il doit y avoir un autre moyen."
Il fixa la lueur verte devant eux, l'endroit où se terrait l'Horcruxe, en apparence hors de portée. Si près, et si loin...
"Pourrait-on traverser sans toucher l'eau ?" La voix de Remus s'éleva derrière lui, le tirant de ses ruminations. Il se retourna. "Ces créatures sont dans le lac. Il est possible qu'elles ne puissent pas détecter ce qui ne le touche pas."
Dumbledore hocha la tête. "C'est une possibilité, en effet. Voldemort a toujours eu tendance à négliger les solutions les plus simples aux problèmes, même en tant qu'élève. Il pensait qu'elles manquaient d'élégance et de finesse."
Sirius émit un grognement incrédule. "Depuis quand ses méthodes sont élégantes et raffinées ? Il a plutôt l'air d'apprécier les massacres et la torture... "
Dumbledore prit un caillou sur la rive et l'examina soigneusement, avant de lui répondre. "Dans son esprit aveuglé par la folie, ces actions ne sont pas si éloignées qu'on pourrait le croire de son idéal. Il vise à purifier le monde de tout ce qui est bas et indigne." Tapotant la pierre de sa baguette, il la transforma en une barque large, avec une proue ornée d'une tête de phénix flamboyant.
"Très discret, directeur." remarqua Sirius en prenant place à l'intérieur à côté de Remus.
Dumbledore lui adressa un sourire joyeux, totalement déplacé en cet endroit, et donna un coup de baguette magique sur l'embarcation. Elle prit son essor et, haut dans les airs, mit le cap sur l'île au centre du lac.
Ils mirent pied à terre devant un bassin de pierre posé sur un piédestal, rempli d'un liquide verdâtre qui émettait la lueur visible depuis l'entrée de la caverne. Un bruit anodin parvint soudain à son oreille et le glaça d'horreur. Un clapotis. L'eau bougeait lentement, heurtant faiblement les rives de l'île.
"Nous n'avons plus beaucoup de temps." observa Dumbledore, redevenu grave. "Les Inferi ne se sont pas encore éveillés car nous n'avons pas touché le lac, mais ils ont senti que quelque chose était anormal."
Il se pencha vers le liquide, ses lèvres formant rapidement des mots inaudibles. La lueur verdâtre s'accentua faiblement puis reprit son apparence normale. Sirius espéra avec ferveur que Dumbledore réussirait à sortir l'Horcruxe de là et qu'ils pourraient s'enfuir. Avec Remus, dos à dos, ils surveillaient le lac, à l'affût du moindre nouveau remous. Si les Inferi surgissaient brusquement de l'eau...
Entendant le directeur faire un pas en arrière, il osa un coup d'oeil dans sa direction.
"L'Horcruxe est là-dedans, c'est une certitude. Le problème est de savoir comment l'atteindre. On ne peut pas plonger la main dans cette potion, il est impossible de la faire disparaître, de la fragmenter, de la vider, de la siphonner, de la métamorphoser, de l'ensorceler ou d'en changer la nature de quelque manière que ce soit."
Avec le temps qui leur manquait, songea rageusement Sirius, était-il obligé de faire cette longue énumération ?
"J'en arrive à la conclusion qu'il faut la boire." Décrivant un cercle avec sa baguette, il prit la coupe de cristal qu'il venait de faire apparaître. Sirius s'apprêta à protester, mais Dumbledore lui fit signe de se taire et de le laisser parler. "Cependant, comme vous me l'avez prouvé... Pourquoi obéir aux règles qu'a stipulées Voldemort, quand elles peuvent être contournées ?"
Il se pencha et ramassa un caillou sur le sol. "Lors de la première épreuve du Tournoi des Trois Sorciers, le jeune Champion Cédric Diggory a accompli un joli tour de métamorphose." continua-t-il sur le ton de la conversation. "Il a transformé une simple pierre en un petit chien parfaitement constitué."
Dumbledore donna un coup de baguette sur la pierre qui disparut, remplacée par un singe au pelage doré. Plongeant la coupe dans le bassin, il la remplit de potion et la présenta à l'animal.
Sirius détourna la tête et reporta son regard sur le lac. Bien que ce ne soit qu'un objet métamorphosé, il ne voulait pas voir ça.
Cependant, il savait que l'alternative – que l'un d'entre eux doive ingérer cette immondice – était pire.
Au fur et à mesure que le bassin se vidait, l'eau devenait de plus en plus agitée. Enfin, les gémissements du singe cessèrent, et Dumbledore leur fit signe de se hâter vers leur embarcation, un médaillon à la main.
Sirius se retourna avant d'obtempérer. Sur le bord du récipient, à présent vide, gisait une seule pierre.
Le médaillon qu'ils avaient arraché aux profondeurs de la caverne n'avait jamais appartenu à Serpentard. Ce n'était pas un Horcruxe.
L'objet gisait, inutile, sur le bureau du directeur de Poudlard, après avoir subi un long examen visant à détecter les maléfices qui pouvaient s'y attacher.
Étonnamment, ils n'en avaient trouvé aucun.
Dumbledore rompit le silence. "Je pense qu'il n'est pas risqué de l'ouvrir. Il ne paraît pas ensorcelé."
À côté de Sirius, Remus hocha la tête.
Le médaillon contenait un morceau de parchemin plié en quatre. Avec lenteur, Dumbledore le déplia et lut à voix haute :
Au Seigneur des Ténèbres,
Je sais que je ne serai plus de ce monde
bien avant que vous ne lisiez ceci
mais je veux que vous sachiez que c'est moi
qui ai découvert votre secret.
J'ai volé le véritable Horcruxe
et j'ai l'intention de le détruire dès que je le pourrai.
J'affronte la mort dans l'espoir
que lorsque vous rencontrerez un adversaire de votre taille,
vous serez redevenu mortel.
R.A.B.
En entendant les trois dernières lettres, Sirius se redressa brusquement et sans réfléchir, s'empara du parchemin. Il connaissait cette signature. Il connaissait cette écriture.
Les mains tremblantes, il contempla le message de son frère, hésitant entre la honte et la fierté. Honte car il avait toujours tenu son cadet pour un idiot, un imbécile qui était devenu Mangemort puis qui avait pris la fuite sans jamais oser tenir tête à son maître. Et fierté pour son frère, qui avait découvert le secret de Voldemort et agi.
"Regulus... " murmura-t-il, la gorge nouée.
"Regulus ? Tu es certain que c'est lui qui a pris l'Horcruxe, Sirius ?" lui demanda Remus d'un ton pressant.
Sirius acquiesça et se tourna vers Dumbledore qui le regardait d'un air scrutateur.
"Je ne sais pas s'il a réussi à le détruire, ou l'endroit où il l'a caché. Mais je connais quelqu'un qui le sait."
Les mots suivants étaient difficiles à prononcer. Il n'avait pas vu ce qui était devant ces yeux pendant tout ce temps... "Mon Elfe de Maison. Kreattur. Il a toujours été... particulièrement dévoué à mon frère."
Les yeux de Dumbledore s'écarquillèrent légèrement, le seul signe de surprise qu'il consentit à montrer.
"Je peux l'appeler ici." s'empressa de proposer Sirius.
Dumbledore secoua la tête. "Seuls les Elfes de Maison liés à Poudlard peuvent pénétrer dans mon bureau. J'aimerais tirer cette histoire au clair au plus vite, et dans un endroit discret. M'accorderiez-vous la permission de pénétrer chez vous, pour que nous interrogions Kreattur ?"
Le ton du directeur ne laissait pas de place au refus. Sirius hésita et regarda Remus, qui acquiesça imperceptiblement. C'était la permission dont il avait besoin.
"Drago Malefoy est chez moi. Ne vous méfiez-vous pas de lui ?" Il avait parlé de manière presque agressive, sans en avoir conscience.
Dumbledore le fixa du regard jusqu'à ce qu'il se sente mal à l'aise.
"Il sera de toute manière au courant, d'une manière ou d'une autre, n'est-ce pas ?" demanda-t-il doucement. "Et j'aimerais le rencontrer... "
Remus s'avança d'un bond et fit face à Dumbledore. "Directeur, si vous comptez lui faire quoi que ce soit... "
"Paix, Remus." répondit-il d'une voix apaisante, celle que l'on utilise pour calmer un animal sauvage. Et en cet instant, son ami avait tout du loup qui défendait sa meute, pensa Sirius. Il toisait Dumbledore, une lueur féroce au fond des yeux, irradiant de menaces. "Je compte simplement rencontrer un nouveau Lord, en tant que Président Sorcier du Magenmagot."
Se redressant, il rencontra le regard de Remus sans faillir. "Je veux déterminer si je l'aiderai. Et j'admets que je suis plutôt curieux... "
"Vous voulez aussi le surprendre, afin qu'il ne soit pas préparé à éventuellement vous mentir." Dumbledore garda calmement le silence. Lentement, très lentement, Remus hocha la tête. "Allons-y."
Partie 2 : Drago
Drago se figea en voyant le directeur de Poudlard émerger de la cheminée après Sirius et Remus. Que faisait-il ici ? Ne devait-il pas s'occuper d'une école remplie d'élèves rentrés de vacances, plutôt que de s'inviter chez les gens ?
Un éclat de lumière attira son attention. Sirius tenait un médaillon d'or à la main. La gorge sèche, Drago murmura "L'Horcruxe ?... "
"Il n'était pas dans sa cachette. Kreattur en sait peut-être plus." Remus s'avança vers lui, balayant ses doutes d'un regard. S'il croyait qu'un Elfe de Maison détenait des informations importantes, alors ce devait être le cas. "Fais-moi confiance, Drago." ajouta-t-il en inclinant imperceptiblement la tête vers Dumbledore, lui signifiant qu'il ne parlait pas seulement du problème des Horcruxes.
Drago sentit ses craintes fondre, ses protestations se dissoudre, presque contre son gré. Remus l'avait toujours protégé et veillé sur lui, en tant que loup ou en tant qu'homme.
Il lui faisait confiance. Aveuglément. Pour bondir devant lui les nuits de lune. Pour revenir lorsqu'il partait pour une chasse différente et plus dangereuse, sur les traces de Voldemort. Pour permettre à un des hommes les plus puissants du monde sorcier de le rencontrer, alors qu'il avait prévu d'éviter de le confronter.
Il redoutait le pouvoir d'Albus Dumbledore, qui sans en avoir l'air avait constamment fermé des portes à son père.
Mais avec Remus présent, il n'avait rien à craindre.
Drago contempla les restes calcinés d'un des plus grands trésors du monde sorcier, une relique d'un des Fondateurs de Poudlard, le médaillon de Serpentard. Qui aurait pu croire qu'il se trouverait dans la niche crasseuse d'un Elfe de Maison plus qu'à moitié fou ?
Kreattur avait marmonné que lorsque Sirius lui avait ordonné de rendre la maison habitable, il l'avait retiré d'un des meubles du salon et placé en sécurité. "Maître Regulus a ordonné à Kreattur de le détruire, Kreattur a essayé et encore essayé, mais a échoué. Alors Kreattur a décidé de le cacher, parce que maître Regulus a dit que c'était dangereux et que personne ne devait le toucher."
Il avait ensuite lancé à Sirius un regard venimeux, visiblement furieux d'avoir été forcé à partager le secret de celui qu'il considérait toujours comme son véritable maître.
Lorsque l'Horcruxe avait été consumé dans le Feudeymon, Kreattur avait perdu son expression courroucée, passant à la surprise puis à un nouveau respect, forgé dans les flammes. La tâche qu'on lui avait confiée avait enfin été accomplie.
Une voix soigneusement polie s'éleva derrière lui. "Lord Malefoy. Je souhaitais vous rencontrer."
Drago se retourna lentement vers Dumbledore. "Directeur." répondit-il sobrement. "Ou plutôt Président-Sorcier, dans ce cas précis ?"
Le vieil homme se contenta de lui sourire calmement, le fixant droit dans les yeux. Ce regard perçant le mit mal à l'aise, mais il avait décidé de ne pas se laisser intimider. Obstinément, il ne flancha pas, gardant la tête haute. Les yeux de Dumbledore semblaient le traverser, fouiller son âme dans les moindres recoins... Drago se détourna brusquement.
Il était certain que le directeur avait usé de Légilimancie sur lui. Réprimant sa colère, il parla d'une voix calme. "Ce que vous avez trouvé vous satisfait-il ?" Il s'attendait à entendre des dénégations, voire des protestations indignées.
Dumbledore adopta un air coupable. "J'ai jugé que cela était une mesure nécessaire. Je vois maintenant que j'aurais pu me contenter de faire confiance au jugement de Sirius." Drago sentit que ce serait ce qu'il obtiendrait de plus proche d'une excuse. Amèrement, il se résolut à tolérer l'insulte qui lui avait été faite en pénétrant son esprit sans permission. Il ne pouvait se permettre de se créer un autre ennemi – surtout d'aussi puissant. Etre le sorcier le plus respecté depuis des décennies l'encourageait à prendre des libertés impardonnables.
Remus s'interposa soudain entre le directeur et lui, grondant de colère. "Cela suffit, Dumbledore. Jamais je n'aurais pensé que vous oseriez utiliser votre Légilimancie sur Drago." Il avança d'un pas. "Pensiez-vous qu'il était un criminel ?"
Dumbledore sembla vouloir parler, mais n'en eut pas le temps.
"Dehors !" aboya Remus. "Ne vous avisez plus de trahir ma confiance."
Il ne se calma que lorsque le directeur eût obtempéré, se tournant vers Drago avec une expression désolée. "Je ne pensais pas que cela se passerait ainsi... "
L'adolescent secoua la tête. "Je ne t'en veux pas, Remus. C'est peut-être pour le mieux."
Il se tourna vers les flammes qui avaient avalé Dumbledore. "Je ne sais pas s'il peut encore avoir confiance en un autre jugement que le sien. Il devait voir par lui-même si je représentais un danger ou non. Il a obtenu ce qu'il voulait. Moi aussi, en un sens."
Au regard surpris de Remus, il explicita : "Les choses seront plus faciles si le Président-Sorcier du Magenmagot ne nourrit pas de doutes sur moi à cause de mon père. Je n'approuve pas la méthode, mais les résultats me servent."
Une pause, et il ajouta. "Surtout qu'il n'y a rien que je puisse faire. Je saurai vivre avec."
"Tu as déjà surmonté bien pire." murmura Remus.
Drago acquiesça.
Derrière lui, la lune presque pleine brillait dans le ciel.
