Now, I'm the Master
Koizumi et Josh se jaugèrent du regard l'espace d'un instant, toujours immobiles.
« Eh ben, murmura Koizumi presque admirativement. Nous avons l'insigne honneur d'être les cibles du disciple d'Otagan lui même... L'empereur doit nous tenir en très haute estime pour nous envoyer son atout caché pour nous stopper.
-Mon Maître a quelques fois des lubies un peu particulières, confirma ledit disciple en écartant les bras d'un air fataliste. Comme si vous présentiez le moindre danger dans l'état actuel des choses.
D'un geste rôdé par l'habitude, j'empêchais Haruhi de se jeter sur lui à bras raccourcis. Josh eut un vague haussement de sourcil, comme s'il était déçu.
-Oh, si c'est ton point de vue sur la situation, parfait, dit Koizumi en tentant un sourire apaisant. Vu que nous ne sommes pas dangereux, autant nous laisser partir, par vrai?
Josh ne répondit pas mais se pencha très légèrement en avant, ses bras disparaissant dans les profondeurs de son manteau. L'atmosphère du hangar changea, comme si la simple agressivité qui fluctuait entre l'Esper et mon « ange gardien » venait de figer l'instant. Koizumi poussa un imperceptible soupir et prit la même posture que Josh.
-Qui ne tente rien n'a rien... » Fit-il en fixant son adversaire droit dans les yeux.
L'instant d'après, leurs deux silhouettes vacillèrent et disparurent.
Où sont-ils passés?
Je fouillais le hangar des yeux, mais je ne pouvais qu'entre apercevoir deux formes filant à grande vitesse le long des murs, des caissons et de la navette, des petits bruits secs résonnant à chaque fois que leurs pieds ou poings se heurtaient.
Abasourdi, je me contentais de me placer, sans trop y réfléchir, devant Haruhi qui comme moi tentait de suivre du regard le combat.
Soudain, Koizumi et Josh réapparurent en plein milieu du hangar, les main cadenassées dans ce qui semblait être une tentative de double clé de bras, luttant pour la suprématie.
« Le maître contre l'élève, murmura Haruhi à mon oreille, surexcitée malgré elle.
Si tu m'annonces que Josh est l'ancien disciple de Koizumi, mais qu'il l'a trahi en passant du côté d'Otagan par soif de pouvoir, je me désabonne.
Soudain, Koizumi se plia en deux, tordant ses bras dans une courbe savante et propulsant Josh dans le décor, dans une mystérieuse odeur de brûlé.
Josh se releva, son manteau inexplicablement fumant, pour voir Koizumi lancer en l'air une petite boule de feu, et faire un smash de toute beauté en le visant.
L'explosion engloutit le disciple d'Otagan avant même qu'il aie pu faire un geste.
-Ça a été étonnamment simple », marmonna Koizumi sans cesser de regarder le nuage de fumée et de poussière.
C'est à ce moment qu'Haruhi me poussa violemment à terre, tandis qu'une silhouette noire apparaissait à côté d'elle.
Josh se saisit brutalement du bras d'Haruhi, et le lui tordit afin de s'assurer qu'elle reste tranquille, mais en vain. Haruhi rua, et tenta de se dégager, de sorte que Josh sortit des replis de sa cape une sorte de petite capsule qu'il lui appliqua à la base de la nuque. Les yeux d'Haruhi se révulsèrent et elle s'effondra littéralement dans ses bras.
« Oh, j'éviterais à ta place, menaça Josh en voyant Koizumi faire un pas vers lui, à nouveau courbé. Je n'aimerais pas être obligé de l'abîmer plus que nécessaire avant de l'emmener auprès de l'Empereur...
-L'Empereur? Murmura Mikuru, l'air surprise.
-Alors c'était elle ta cible, fit Koizumi. Et non la princesse, comme nous le pensions...
-Effectivement, mon maître a décidé que le meilleur moyen de faire retourner votre petite organisation au néant était de s'attaquer à son chef de guerre le plus expérimenté, et d'en faire un de ses pions. Nous aurons tout le temps ensuite de détruire votre icône, des mains mêmes du capitaine Suzumiya, par exemple...
Josh jeta un œil à une sorte de bracelet muni d'un petit écran qu'il portait au bras gauche.
-Bien, je pense qu'il est temps pour moi de faire ma sortie...
Attends attends attends. Il va nous laisser partir comme ça?
-Oh, j'oubliais, fit-il alors que son image commençait à se brouiller. Au cours de mon combat contre Koizumi, j'ai disséminé dans toute la pièce des émetteurs stratégiques impériaux. Au moment où je vous parle, les canons orbitaux du destroyer au dessus de nous sont braqués sur votre petite planque et prêts à faire feu... Amusez vous bien!
Sa silhouette vacilla, puis disparut tout à fait. L'espace d'un instant, rien ne bougea dans le hangar.
-Vite! S'écria Koizumi en bondissant vers le Tanabata Festival. Il ne nous reste que quelques minutes avant qu'ils n'ouvrent le feu, le temps de s'assurer de l'arrivée de leur homme! »
Sans réfléchir, je me précipitais dans la loge de l'artilleur, refermait mon cockpit en catastrophe et commençait à me battre avec mes sangles quand Koizumi, qui avait pris la place du pilote, lança les machines, faisant faire une violente embardée à l'appareil.
« Koizumi! Mais qu'est ce que tu fais? On ne peut pas encore décoller, les moteurs n'ont pas emmagasiné assez de puissance! Tu vas nous faire caler! »
-Entre parenthèses: j'avais profité de la longue attente dans la tempête de sable pour aborder quelques points techniques sur le vaisseau avec Haruhi, et j'avais appris à ma grande déception que la technologie futuriste n'avait pas réussi à bannir certains des petits soucis mécaniques que nous connaissons de nos jours avec nos voitures. Mais je m'étais consolé en me disant que peut-être quelque part dans cet univers parralèle inventé par Haruhi, un certain Taniguchi pouvait grâce à cela continuer de rêver de faire le coup de la panne à une belle inconnue, même en navette spatiale.-
« Mon but n'est pas de nous faire décoller: on resterait toujours dans la zone de tir du croiseur; répliqua Koizumi sans se démonter en faisant glisser la navette à grande vitesse vers un des murs du hangar; mais d'atteindre une autre porte de sortie...
Il appuya sur une petite télécommande qu'il avait posée sur le tableau de bord, révélant deux panneaux métalliques camouflés dans la paroi rocheuse, innondant le hangar de lumière.
Intelligent, mais ça ne change rien... La puissance dont nous disposons n'est toujours pas suffisante pour nous soulever de plus que quelques centimètres, et nous n'avons plus que quelques secondes pour évacuer la zone!
-Je sais. Mais si mes calculs sont exacts, la chute libre durera juste assez longtemps pour que les moteurs aient le temps de chauffer. »
La chute libre? Quelle...
La navette passa les panneaux métalliques, et plongea dans l'à-pic vertigineux de la falaise dont elle venait de jaillir. Au même moment, un tir orbital terriblement précis annihila toute la partie supérieure du plateau rocheux, précipitant à notre suite plusieurs centaines de tonnes de rochers titanesques.
Bien que la moindre fibre de mon être m'aie supplié -à grands renforts de vertiges et de montée d'adrénaline à des doses plus ou moins mortelles- de bien vouloir m'évanouir afin de ne plus me regarder tomber à bord d'une navette pas encore fonctionnelle le long d'une gigantesque falaise dont le sommet était en train de s'écrouler sur moi sous la forme d'une avalanche de rochers de plusieurs tonnes; je restais conscient contre toute attente, ayant même le réflexe pavlovien de saisir mes commandes et d'entamer le mitraillage systématique de tout rocher un peu trop gros et en approche un peut trop rapide à mon goût. Pendant ce temps, Koizumi se battait avec les commandes pour nous éviter de partir en vrille tandis que l'ordinateur de bord scandait d'une voix féminine atone et monocorde qui me rappelait vaguement quelqu'un les secondes qui nous restait avant que les moteurs ne soient en état de marche.
Mikuru, à ma grande surprise, n'était pas prostrée en train de pleurer, mais en train de pianoter sur son écran, concentrée au point qu'elle donnait l'impression d'avoir oublié notre situation.
Finalement, au bout d'une poignée de secondes qui me parurent des éternités, le rugissement caractéristique et rassurant des moteurs résonna dans l'habitacle, et Koizumi empoigna les commandes, slalomant entre les rochers dans le nous n'avions même pas aperçu le fond. Mais l'esper devait connaître la région comme sa poche, vu qu'il se faufila sans hésitation dans un petit boyau rocheux pour échapper aux éboulis.
La navette s'immobilisa en vol stationnaire à la sortie du dédale caverneux. Koizumi lâcha les commandes et souffla un bon coup.
« Vous voyez? Rien de bien méchant!
Rappelle moi de te tuer dès que j'aurais fini de mourir intérieurement, enflure.
-Bien, la question suivante étant: que fait-on maintenant. Ce qu'a dit le disciple d'Otagan est juste, la disparition ou la trahison forcée du Capitaine Suzumiya jetterait la dissension et le désespoir dans toute la Confédération. Sans compter des conséquences pour Suzumiya-sama elle même... J'ai un mauvais pressentiment tout d'un coup...
-Koizumi, on est entre nous... Tu peux laisser tomber ton rôle d'ermite galactique, ainsi que les appellation bizarres. C'était bien Josh, à l'instant, non?
-Tout à fait. Il travaille pour l'empire depuis quelques année déjà, dans cet univers.
-Bon, parfait, fis-je en soupirant de soulagement. Dans ce cas, il n'y a pas à s'inquiéter pour Haruhi, n'est-ce pas?
-Comment ça? Elle est aux mains de l'ennemi, et va être sous peu livrée à Otagan en personne! Intervint Asahina-san, les larmes aux yeux.
-Mais Josh est avec elle, il s'assurera qu'il ne lui arrive rien... Lui aussi veut que l'on sorte de cet espace clos le plus tôt possible, non?
Koizumi et Mikuru se jetèrent un coup d'œil qui en disait plus long qu'un roman.
-Kyon-kun, comment te dire... Commença Koizumi, l'air un peu mal à l'aise. Contrairement à toi, nous avons, Asahina-san et moi, des souvenirs très précis de ce qui s'est passé dans cet univers selon Suzumiya-sama. C'est comme si nous étions là depuis plus longtemps que toi, en somme. Et je peux t'affirmer qu'aussi loin que remonte ma mémoire à propos de Josh en tant que disciple d'Otagan, il s'est comporté en véritable opposant. Nous avons affronté les séides d'Otagan plus d'une fois, et à chaque fois qu'il les menait, nous ne nous en sommes sortis que d'extrême justesse. Nous ne sommes pas sûrs qu'il soit conscient d'être dans un univers parallèle, et qu'il n'est pas originaire de cet univers, pour tout te dire.
T-tu veux dire... Qu'il est sérieux?
Koizumi fit gravement un signe de tête.
-Il va amener Suzumiya-sama devant Otagan, et Elle seule sait ce quel traitement va lui être infligé. Soit le danger lui fera prendre conscience de force que ce n'est pas « vrai », au sens où ce n'est pas notre dimension d'origine, et il y aura un phénomène de rejet qui pourrait nous faire tous disparaître au passage; soit elle jouera le jeu jusqu'au bout et risque de se faire laver le cerveau, voire tuer, nous interdisant tout retour...
Un long silence suivit ces paroles.
-Mais alors que pouvons nous faire? Demandais-je, un peu à bout de ressources.
-Nous pourrions tenter le tout pour le tout et faire une mission de sauvetage à bord du vaisseau amiral de la flotte Otaganienne, vaisseau amiral dont la location exacte est inconnue depuis toujours et à bord duquel se trouveront, outre des troupes d'élites, Josh et sans aucun doute Otagan lui-même; proposa Koizumi avec son éternel petit sourire.
Non mais tu t'écoutes parler, de temps en temps?
-Laissons de côté le fait que cette proposition rentre plutôt dans la case « mission suicide » que « mission de sauvetage »; répondis-je en m'éclaircissant la gorge; et soyons pratiques: comment allons nous atteindre ce vaisseau amiral, si personne n'a jamais pu le localiser?
Koizumi se fendit cette fois d'un large sourire.
-Eh bien, Josh n'est pas le seul à savoir poser des émetteurs sans être repéré. Durant notre combat, j'ai placé sur lui une balise de ma composition, dont les coordonnées ont été rentrées sur l'ordinateur de bord par Asahina-san, qui a ensuite lancé une recherche trigonométrique des derniers caps afin de faire une triangulation approximative...
STOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOP!!
-Il-il essaye de dire que nous savons où ils se dirigent grâce à ce mouchard, traduisit Asahina-san, toujours serviable.
-Et de plus, la possibilité qu'ils aient été suivis leur paraîtra très faible, d'autant que nous sommes selon toutes probabilités morts dans l'éboulement, sinon l'explosion. Une attaque surprise immédiate lancée par un petit groupe d'élite infiltré a bien plus de chance de succès qu'une attaque de masse planifiée, mais tardive, raisonna Koizumi.
Par « groupe d'élite infiltré » tu entends un Esper galactiquement connu, un artilleur débutant et une princesse stellaire?
-L'ordinateur me signale que le croiseur qui a emmené Suzumiya-san s'est éloigné du gros de la flotte et dérive dans l'espace à quelques systèmes d'ici, fit Mikuru en lisant les glyphes qui s'affichaient sur l'écran holographique de son habitacle.
-Parfait. La chance est avec nous! »
Koizumi relança les moteurs, et le Tanabata Festival reprit rapidement de l'altitude.
La chance est avec nous, hein. La chance... Ou bien Haruhi?
