Jeyne, Jojen et Sansa se dirigeaient vers le gymnase. Sur place, ils aperçurent Ramsay et Locke qui fumaient en attendant l'arrivée de Bronn, chargé de les surveiller pendant leur heure de colle. Sansa ignorait la raison pour laquelle Locke était collé mais comme il semblait abonné à la retenue, sa présence n'était pas surprenante.

Avec eux patientaient des élèves qui participaient au cours de basket de l'Association Sportive. Sansa se demandait comment Bronn allait pouvoir s'occuper des sportifs et surveiller les collés en même temps. Elle ne se sentait pas le besoin d'être maternée, mais avec Ramsay et Locke dans le coin, il était plus prudent de disposer de l'autorité d'un prof. Problème : Bronn n'en avait pas beaucoup, d'autorité.

« Allez mes cocos, dépêchez-vous de vous changer ! Et vous euh... bah vous avez qu'à aller en haut dans mon bureau, et pis vous recopierez le règlement intérieur. D'façon je sais même pas pourquoi vous êtes là, annonça Bronn en arrivant.

— Pour rien », marmonna Sansa, pas assez fort pour être audible.

Le pire, c'était que pour une fois que Ramsay était innocent dans l'affaire, il avait trouvé le moyen d'être collé aussi. Et Joffrey restait impuni ; c'était vraiment une énorme injustice.

Ils s'installèrent tous les cinq autour de la table elliptique. De gauche à droite, il y avait Locke, Jeyne, Jojen, Ramsay et Sansa. La rouquine sortit une feuille, ainsi que ses deux amis. Elle se tourna vers son voisin de gauche :

« Je suppose que tu n'en veux pas... ?

— Pourquoi ? répliqua Ramsay. J'ai autre chose à faire, figure-toi. »

Sansa se demandait ce qu'il allait faire pendant ces deux heures, s'il ne faisait pas la tâche demandée. Enfin, une partie d'elle l'avait bien compris : il avait sans le moindre doute prévu de les embêter, elle, Jeyne et Jojen. Locke, quant à lui, se mit à tambouriner sur sa table.

« Chuuuut », murmura Jeyne, agacée. Bronn, qui jusque là était occupé à brailler des indications incompréhensibles à ses basketteurs, rappliqua à vitesse grand V.

« Qu'est-ce que c'est que ce barouf, à la fin ? J'pensais que vous étiez assez grands pour vous démerder tout seuls !

— J'ai une formation de tam-tam », rétorqua Locke. Bronn, abasourdi par cette répartie, ouvrit de grands yeux, soupira et redescendit s'occuper des sportifs. Jeyne, Jojen et Sansa foudroyèrent Locke du regard et Ramsay se marra. Sansa faisait de son mieux pour se concentrer sur sa feuille et recopiait consciencieusement le règlement intérieur. Ramsay lui demanda :

« Je peux t'emprunter ton scotch et ton stylo, s'il te plait ?

— Euh... d'accord, mais à quoi ça sert si tu n'as pas de feuille ? » s'étonna la rouquine.

Sans répondre, il prit le stylo, le rangea dans la trousse de Sansa et pendant qu'elle regardait par delà la mezzanine le match de sa soeur, il entreprit de l'enrober de scotch. Lorsqu'elle se rassit à la table, elle vit que sa trousse avait disparu. Elle se tourna vers son voisin et s'aperçut que sa trousse était dans ses mains.

« Mais tu m'avais demandé mon stylo, pas ma trousse ! Rends-moi ça », rouspéta-t-elle.

Lorsqu'elle tenta de rouvrir la fermeture, elle s'aperçut qu'elle était inaccessible, puisque Ramsay avait enveloppé sa trousse de scotch. Elle maugréa :

« Rah, tu es fatigant à la fin ! »

Pendant qu'elle descellait sa trousse, il lui piqua sa feuille, en fit un avion en papier et le balança par la fenêtre ouverte.

« Mais... ma feuille ! glapit Sansa.

— La ferme ! » beugla Bronn d'en bas.

Impossible de ressortir, et les deux heures n'allaient pas tarder à être écoulées. D'ailleurs, Jojen et Jeyne avaient fini leur travail. Locke prit la feuille de Jeyne et la déchira tout simplement en deux, avant d'en faire des confettis. Quant à Ramsay, il prit calmement la feuille de Jojen, la froissa pour en faire une boulette de papier et essaya d'étouffer son camarade en introduisant le papier dans sa bouche. Jojen eut un haut-le-coeur, et Bronn qui revenait, attiré par tout ce raffut, râla :

« Roh, qu'est-ce que vous fabriquez à la f... » Il regarda la table, surpris de n'y voir aucune feuille, exceptée la boulette de papier que venait de recracher Jojen. « Vous avez rien branlé en fait ! Vous vous foutez de ma gueule ?

— Figurez-vous... » commença Sansa qui avait prévu de dénoncer ses deux camarades. Un regard froid de Ramsay lui fit comprendre qu'elle n'y avait pas intérêt. « Euh... Rien. En fait, concernant la bêtise pour laquelle nous sommes collés, rien n'indique dans le règlement qu'il ne fallait pas la faire. Donc, techniquement, ce n'était pas interdit et nous ne devrions pas être ici.

— Hein ? » Bronn n'avait pas compris le raisonnement de Sansa. Il faut dire que ne connaissant pas la faute commise, c'était compliqué d'en juger. « Bah euh... au pire je vais vous lâcher, et j'en parlerai à votre prof d'éco. Attendez-vous quand même à recevoir deux autres heures mercredi prochain », précisa-t-il avec un air suspicieux. Ramsay haussa un sourcil circonspect. Alors comme ça, Sansa avait réussi à entourlouper le prof de sport ? C'est vrai qu'il n'était pas très malin, mais tout de même, il en serait presque impressionné.

Ils disparurent tous les quatre au dehors, suivis par Locke. Bronn apostropha ce dernier :

« Hep hep hep, tu restes toi ! »

Locke se tourna vers lui, le jaugea un instant, puis objecta :

« Non. »

Il sortit du gymnase malgré les protestations de Bronn qui menaçait de le faire passer en conseil de discipline. Mais honnêtement, qu'est-ce qu'il en avait à faire d'être viré ? Ce n'est pas comme s'il était au lycée pour étudier, non plus !