1

La rentrée de janvier se fit dans un silence pesant pour Harry.

Ses trois amis étaient là et bien entendu, An' était tout excité de revenir à l'école. San' semblait heureuse de les revoir.

Mais Harry restait silencieux. Sous le regard attentif et soucieux de Jem'.

Aujourd'hui, on était lundi.

Le lundi il allait voir Mrs Bird.

Une psy ! Elle verrait tout de suite qu'il n'allait pas bien.

Et puis l'après-midi, il serait seul. D'habitude il allait retrouver M. Lupin.

Mais là…

Bon sang, c'était un sorcier ! Pourquoi les sorciers existaient ?

Et pourquoi cela l'effrayait-il autant ?

2

Mercredi.

Ils étaient de nouveau sortis en ville.

San' et An' se chamaillaient en s'envoyant des boules de neige.

Jem' et Harry étaient assis à un banc, un peu plus loin.

"Si tout est vrai, quelque part, t'es en danger. Si Lupin est là pour te protéger, c'est peut-être pas plus mal que tu te sois attaché à lui ?"

Jem' qui se mettait du côté de M. Lupin...

Pas que ça l'aide… La magie lui paraissait toujours aussi terrifiante et malveillante.

Sa main serrait très fort celle de Jem' pour cacher ses tremblements.

Il avait peur, bon sang !

3

Bien entendu, il avait fallu qu'ils tombent sur M. Lupin à un moment donné de l'après-midi.

Jem' avait serré un peu plus fort la main d'Harry. "Sûrement qu'il est là pour veiller à ce qu'il ne t'arrive rien ?"

Vraiment, Jem' en train de trouver des excuses au documentaliste, c'était presque drôle.

Mais s'il était vraiment en danger, pourquoi le laissait-il sortir ? Et s'il n'y avait pas vraiment de danger, pourquoi M. Lupin était-il là ?

Harry se sentait espionné et il n'aimait pas ça. Il n'avait jamais aimé sentir un regard se poser sur lui. Alors être espionné…

4

Il avait "subtilement" fait comprendre à ses amis qu'il n'appréciait plus autant leurs sorties au centre-ville.

An' avait tout de suite proposé de passer leurs week-ends chez lui.

Il suffisait d'une autorisation de leurs responsables pour pouvoir quitter l'école les week-ends.

Harry avait sauté sur l'occasion.

Ils seraient hors de St Brutus, il reverrait Marita et Grenouille…

Il avait besoin d'air. Jem' l'avait trouvé plusieurs fois, hésitant devant la porte d'un placard.

Il l'avait rejoint à chaque fois, pour ne pas le laisser seul avec ses peurs.

Et Harry avait toujours préféré ses bras aux placards.

Il changeait, non ?

5

C'était un vrai bonheur de revenir chez les Shefferd.

Bien entendu, les parents d'An' n'étaient que très rarement à Londres, préférant rejoindre leur fils aîné en France ou se rendre à des événements mondains chez telle ou telle autre famille de riche.

Au moins, ils étaient tranquilles.

Pétunia n'avait pas hésité une seule seconde avant de lui signer son autorisation.

Et maintenant il passait ses week-ends le ventre rempli de tartes à la mélasse, un golden retriever tout mignon pour jouer à la baballe, ses amis pour parler de tout et de rien…

Il pouvait enfin oublier le monde magique.

6

Il avait parlé du projet de déménagement de Pétunia à la psy.

Après tout, il fallait bien qu'il parle de quelque chose. Il n'allait tout de même pas parler du monde magique lors de leurs consultations !

Il allait falloir qu'il s'habitue à l'idée. L'été prochain, il n'irait pas au Privet Drive. Pétunia travaillerait.

Peut-être Dudley serait-il là de temps en temps également ?

Comment prenait-il la situation ?

La séparation, le déménagement, le dossier des Services Sociaux…

D'ailleurs, Pétunia lui avait dit qu'il voyait lui aussi une psy.

Comment prenait-il la chose ?

Avait-il changé ?

Que pensait-il ?

7

"Monsieur Potter, j'avais pourtant relevé une amélioration dans votre poids… Si vous recommencez à maigrir maintenant, vous ne pourrez jamais intégrer les leçons de sport ! Je pensais que c'était votre motivation ?"

Il ne répondit rien, les yeux fixés sur le bout de ses chaussures.

Enfin, était-ce sa faute s'il perdait trop facilement du poids ?

Et puis avec toutes les révélations des vacances de Noël, il avait bien le droit d'être bouleversé, nan ?

Mais il ne pouvait pas répondre ça. Elle le prendrait pour un fou. La magie… Vraiment…

"Mrs Bird sera mise au courant Monsieur Potter…"

8

Il avait été très retissant à réintégrer la bibliothèque.

Il n'avait toujours pas confronté Monsieur Lupin. Ne lui avait plus parlé, n'était plus apparu dans l'antre des documentalistes et n'avait plus croisé le regard de l'homme.

Mais ses amis, un peu confus dans le cas de San' et An', avaient insisté. C'était le meilleur endroit pour étudier et l'emplacement le plus sûr de l'école.

Et comme Harry restait un élève très moyen, il était nécessaire qu'il travaille d'avantage. L'aide de ses amis et des manuels trouvés en bibliothèque était précieuse.

Il s'était finalement laissé convaincre.

Sous les encouragements de Jem'.

9

Une bonne chose de rassurante ! Il n'avait plus de cauchemars !

Impossible de savoir pourquoi, pour qui, comment. Mais bon sang, tant mieux !

Il en avait soupé de ces nuits délirantes où il voyait Merlin l'enchanteur dans la cheminée…

Attendez…

Mais sa chouette à Merlin… Elle était réelle. Très réelle.

Est-ce que ça voulait dire que ses délires dans les appartements de Monsieur Lupin étaient en fait… Vrais ?

Mais attendez une minute…

A un moment donné il y avait eu San' dans ses délires !

Il s'en rappelait maintenant elle discutait avec ce "Merlin" !

San'…

10

C'était peut-être une mauvaise idée de s'interroger sur toutes ces choses…

Le cœur battant la chamade, sa main emprisonnant une fois de plus celle de Jem', Harry regardait la jeune fille faire une bataille de boule de neige contre An' et son chien.

Pendant ce temps-là, Marita faisait des allées-retours entre la véranda et la cuisine pour les noyer, Jem' et lui, de biscuits, de chocolat-chaud et de tarte à la mélasse.

Il pouvait sentir qu'elle s'inquiétait de ne pas les voir rejoindre leurs amis dans le jardin.

Mais il avait tellement peur de que Sandra puisse être des autres

11

"Peut-être que tu ne devrais pas t'effrayer autant… Cadogan est une chouette fille, elle ne ferait pas de mal à une mouche. Et elle a toujours été très gentille avec toi. Tu devrais lui parler plutôt que de paniquer tout seul dans ton coin. Tu ne sais même pas si elle fait vraiment parti de leur monde ou si tu as juste rêvé…"

Parfois, Jem' avait de drôle de manière de le soutenir…

Mais en même temps, il n'était pas assez borné pour nier que ce qu'il disait avait du sens…

Il aurait voulu tout oublier…

Il avait trop peur…

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Enfermés dans le fameux placard où créchait le chaton du concierge.

Pratique, qu'il y ait des heures dans la semaine où seul An' ne pouvait les rejoindre…

Pauvre An'…

Un jour il faudrait qu'il lui raconte. Qu'il lui en parle…

Après tout An' était son premier ami. Le tout premier qu'il n'ait jamais eu.

Et même s'il s'était considérablement rapproché de Jem' pendant les vacances de Noël, An' resterait pour toujours le premier ami, le premier grand frère de sa vie.

En attendant, Harry, Jem' et San' se retrouvaient tous les trois dans ce placard, câlinant distraitement le chaton.

"Hum."

13

Bon. La discussion avait été houleuse, pénible et très, très longue.

Mais au moins, il savait à quoi s'en tenir à présent avec son amie.

Elle aussi venait du Monde Magique. Ses parents étaient tous les deux des sorciers. Des sorciers issus d'une famille très ancienne. Leur ancêtre dont ils avaient hérité le nom était l'un des chevaliers de la Table Ronde du Roi Arthur.

Il avait eu droit à toute l'histoire, du coup. Afin de pouvoir tout resituer dans le contexte.

Et elle était comme lui. Une "cracmol" selon ses propres termes. Un "moldu" issu de deux parents sorciers.

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Au moins, il n'avait plus peur de son amie. C'était une bonne chose à prendre.

Elle aussi avait été envoyée à St Brutus parce que sa famille la reniait et ne voulait pas se charger d'une "anormale".

Ironiquement, là où l'Oncle Vernon employait ce mot pour désigner les sorciers et leur engeance, les Cadogan l'employaient pour désigner les Moldus et les Cracmols…

Ces gens-là s'entendraient très bien s'ils ne se détestaient pas viscéralement… Par principe…

San' lui avait assuré qu'elle n'avait pas intégré cette école pour l'espionner. Elle avait été franchement surprise de rencontrer Harry Potter ici.

Ils étaient amis.

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Il avait enfin récupéré le poids qu'il avait perdu durant les vacances.

Voyant ça, l'infirmière avait finalement accepté de signer une autorisation de pratique sportive.

Un peu à contrecœur. Après tout, il était encore loin d'avoir un poids idéal…

Mais elle était allé voir le professeur de Sport et lui avait bien recommandé d'y aller doucement avec son nouvel élève.

La surprise qu'il avait eue en apprenant qu'il ne ferait pas d'auto-défense mais commencerait par la natation…

Il fallait d'abord qu'il habitue son corps à l'effort physique et qu'il développe ses muscles.

Voilà comment il "y alla doucement" avec Harry.

16

Ils étaient en début Février et Jem' insistait doucement pour qu'Harry confronte Lupin.

La discussion avec San' avait été difficile, mais également très enrichissante et elle avait permis à Harry de se débarrasser d'une part de sa peur face au Monde Magique.

Harry était conscient des bienfaits qu'avait eus cette conversation (il s'était beaucoup rapproché de son amie), mais il n'arrivait toujours pas à se décider avec Monsieur Lupin.

Il admettait volontiers que l'homme avait été très gentil et attentionné envers lui.

Mais l'aveu de San' selon lequel Monsieur Lupin était bien là pour le surveiller le mettait en colère.

17

Comme s'il avait besoin d'une nounou… Il n'avait jamais eu besoin de personne. Personne n'attendait rien de sa part et lui ne demandait qu'une chose : Être tranquille.

Le Monde Magique lui avait fichu une paix royale pendant dix ans. Pourquoi changer les choses maintenant ?

Par mauvaise conscience ? Qu'ils la gardent !

Il ne devait rien à ce monde-là !

Ils n'avaient jamais pris la peine de se faire connaître de lui.

Pourquoi se mêler de sa vie, à lui, maintenant ?

Il ne voulait pas d'eux dans sa vie.

Il ne se lierait jamais avec eux !

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La Saint Valentin.

A l'annonce d'une "boom" -qu'est-ce-que c'était ?- où les élèves pourraient s'amuser et danser avec leur partenaire, serait donnée le soir du 14 Février, Harry s'était senti rougir comme jamais.

Il n'avait que douze ans et, en toute honnêteté, il n'avait jamais pensé à aucune fille de façon… disons, intime.

Il n'avait pas quitté Jem' d'une semelle depuis l'annonce, inquiet de l'attitude à adopter devant une fille.

San' était l'exception. De toute façon, An' fusillait du regard tout mâle s'approchant trop près de la jeune fille.

Jem' et Harry avait ricané toute l'après-midi en espionnant leurs amis.

19

Mais bien entendu, jamais rien ne se passait comme on le désirait, n'est-ce pas ?

Le drame n'était pas venu du côté d'An' et San'. L'un se contentant de montrer les dents devant les prétendants de l'autre tandis que cette dernière regardait d'un air mi-exaspéré mi-amusé son ami.

Non, le drame était venu lorsque Jem' avait eu la bonne idée d'aller au toilette. Laissant Harry seul et sans défense.

Et qu'une petit sixième était venues l'aborder pour lui demander "est-ce que tu veux être mon valentin ?"…

Adorable, n'est-ce pas ?

Un peu moins lorsqu'un abruti jaloux apparaissait par derrière…

20

Bon sang…

Premier séjour important à l'infirmerie de l'année…

Il aurait dû se réjouir. Comparé à l'année précédente, il y avait du progrès !

Il lança un regard meurtrier à l'abruti qui avait osé lever la main sur Harry. Il l'avait dit pourtant, à Noël !

"Harry est en danger. Je ne le quitte plus. Jamais !"

Jamais, putain McBran ! T'as rien appris où quoi !

Il rigolerait fort, tiens, le patron...

Sécuriser. Les yeux partout !

Oh, et l'autre loup qui arrivait. Le moment idéal pour avoir une petite conversation sur ses intentions envers Harry.

Protéger Harry.

Toujours.