~Guéris-moi~

Résumé : La guerre est finie, elle devrait être heureuse, elle a tout pour. Pourtant, Hermione s'enfonce dans une dépression jour après jour, sans que ses amis ne voient rien. Tous se laissent berner par son bon jeu d'actrice. Tous sauf un. Le dernier auquel elle s'était attendue.

Couple : DM/HG

Rating : on passe à T, youpi !

Disclaimer : vous connaissez...

Pte Note : Oui, je sais, ce chapitre est une surprise. Je n'ai pas encore pris le temps de répondre aux reviews simplement pour le poster le plus vite possible. Au début, je voulais poster ce chapitre le 24 ou le 25, en guise de cadeau de Noel. Mais bon, vous connaissez : les repas qui durent jusqu'à 17h, l'emballage des cadeaux de dernière minute, le coup de main à donner en cuisine et hop ! On est déjà au 26 sans s'en rendre compte. Mais ça peut toujours être vu comme un cadeau de Noël un chouilla en retard non ? Bref, je répondrais à toutes les reviews (merci encore, elles me font toujours autant plaisir, c'est que du bonheur) dès demain, c'est promis. Oui, aujourd'hui j'ai prévu de "no lifer" sur la fic calendrier de Loufoca, héhé !

Je vous laisse lire, on se revoit à la fin !

RAR : (à venir !)


14) Le point de non retour

Dimanche 2 juin

Draco observa Granger touiller son Cosmo avec l'air de celle qui va annoncer un cancer à une personne proche. Perdant patience, il fronça les sourcils et lâcha d'un ton blasé :

- Tu vas accoucher Granger ? Qu'est ce qu'il y a ?

Elle sursauta, se rendant compte qu'elle avait été une nouvelle fois prise au piège de ses pensées. Hermione pressa doucement ses lèvres, comme pour se façonner une contenance, et sentit le regard de Malefoy dévier sur ce geste. Un sourire mutin étira les jolies lèvres du blond.

C'est pour ça qu'ils ne devaient plus se voir. Ron et Harry avaient raison quelque part... Elle ne pourrait pas tenir bien longtemps à ce rythme là. Elle avala une nouvelle gorgée de Cosmo, se maudissant pour laisser son cœur battre aussi déraisonnablement.

Allez, ce n'était pas si compliqué. Juste une petite phrase. Il fallait qu'elle le dise sans y penser... "Pense à autre chose. L'été, c'est bientôt l'été, songea Hermione de toutes ses forces. Faut que je me trouve un boulot, j'espère que j'aurais une réponse positive chez le libraire et... et..."

- On doit arrêter de se voir, Malefoy…

C'était sorti d'un coup, sans qu'elle s'en rende compte. Sa voix avait été bien plus tremblante qu'Hermione le désirait. Elle vit ce changement imperceptible dans l'attitude de Malefoy. Merlin qu'il jouait bien la comédie ! C'était un doigt agité d'un tic, la couleur des yeux qui s'assombrit, la veine sur sa tempe qui bat plus fort. Elle le connaissait bien maintenant. Et Hermione savait qu'il mourrait d'envie de renverser la table pour faire place à sa fureur. Mais il resta à lui faire face, inexpressif, son visage beau et pâle comme celui d'un ange fixé sur elle, la détaillant, la déshabillant et l'incendiant tout en même temps.

- Et je peux savoir pourquoi Granger ? laissa échapper Draco dans un souffle, si glacial qu'Hermione sentit ses cheveux se dresser sur sa tête.

- Tu… Tu sais bien pourquoi ! On ne peut pas continuer à jouer à ça plus longtemps, répliqua Hermione d'une voix étranglée.

Elle refusa toutefois de baisser la tête et leurs regards se défièrent. Pourquoi lui rendait-il les choses plus difficiles ? ... Peut être car elle avait promis de ne pas l'abandonner, lui souffla, sardonique, sa petite voix. Hermione eut soudainement honte de ce qu'elle faisait. Sacrifier Malefoy, qui avait fait tant d'efforts, pour le bon vouloir de ses amis ? Elle n'était maintenant plus sûre de rien alors que 5 secondes plus tôt, sa décision lui semblait irréversible.

Et Malefoy qui laissait une atmosphère glaciale s'installer...

- A ça quoi ? Je croyais que tu étais une Gryffondor. Tu devrais avoir le courage de mettre des mots sur les choses non ? siffla Draco, à nouveau méprisant

Car oui, il la méprisait réellement à ce moment. Non, mais est ce qu'on faisait des choses pareilles, sérieusement ? On ne vous faisait pas de grandes déclarations d'amitié un jour, on n'arrivait pas à le faire remonter sur un balais -le plus beau moment qu'il ait vécu ces derniers mois- pour ensuite lui dire ça ! Qu'il lui avait servi mais que maintenant elle n'avait plus besoin de lui, merci et au revoir !

Le regard de Draco, hautain, commença à trahir toute la colère qu'il ressentait. Hermione, de plus en plus mal à l'aise, baissa les yeux.

- Ce flirt. On flirte, répondit-elle d'une voix lasse.

- Et alors ? T'as soudainement été envahie de remords vis à vis de Weasley ? Ca ne te gênais pas jusqu'à présent…

- Jusqu'à présent...

La peur et la rage envahirent Draco d'une manière si brutale, si féroce, qu'il se fit presque peur à lui-même. Heureusement que des années de self-control et d'indifférence feinte avaient réellement marqué son caractère. Sinon, il ne savait pas très bien ce qu'il aurait fait.

Quand Granger lui avait sorti ça, aussi brusquement, un tel effroi s'était emparée de lui que son corps tout entier s'était raidi. Il ne savait pourquoi il réagissait d'une telle manière mais Draco avait brusquement envie de prendre l'air. De s'éloigner loin de cette mijaurée aux lèvres appétissantes qui disait clairement ne plus vouloir de lui. Mais il sortirait de cette non-conversation la tête haute. Même s'il avait l'impression que son coeur était lacéré de l'intérieur. C'était un Malefoy, quoi, merde !

- Soit. C'est ton choix Granger. Personnellement, je ne vois pas en quoi cela pose problème, répliqua-t-il avec toute l'indifférence et le mépris dont il était capable.

Luttant de toutes ses forces pour ne pas saccager le Magic'Bar, tant sa colère était violente, Draco se leva et jeta quelques pièces sur la table. Hermione, ne sachant comment réagir, le regarda enfiler sa robe de sorcier. Il plaça sa sacoche sur son épaule et se dirigea vers la sortie. Hermione, paniquée, laissa elle aussi de la monnaie pour sa boisson avant de le suivre, veste sous le bras. Elle sorti dans la rue à la suite de Draco et l'interpella plusieurs fois avant qu'il daigne se retourner. Il la considéra avec indifférence. Encore.

Hermione aurait aimé qu'il soit triste ou en colère… Mais pas indifférent. Cette décision lui ravageait le coeur. Et lui, il semblait ne rien ressentir...

- Malefoy, je t'en prie ! Pourquoi ne pas reprendre contact dans un ou deux ans ? Là j'ai juste… J'ai besoin de temps, seule avec Ron, avec les Weasley, s'exclama Hermione, dans un sursaut de courage.

- Et pas avec moi ?

Il vit les yeux de Granger s'écarquiller. La douleur dans sa poitrine s'apaisa. Peut-être que… Il devait en avoir le cœur net. Plus question de fuir. Plus maintenant.

- Réponds moi, Granger ! Tu as besoin d'eux et tu n'as pas besoin de moi, c'est ça ?

Le ton de sa voix sembla effrayer Hermione, qui recula légèrement. C'est vrai qu'il était sacrément furieux. Une fureur qu'il ne comprenait pas et qu'il n'arrivait pas à contrôler. Elle en était d'autant plus effrayante.

- Je… Je n'ai pas dit ça.

Granger était pâle. Son visage trahissait ses émotions, comme toujours. Et là, elle semblait prise entre deux sentiments contradictoires. Cela confirma l'idée de Draco, qui fit un effort pour mettre moins de froideur dans ses intonations.

- Alors quoi ? demanda-t-il lentement, en reprenant le contrôle de lui-même.

- C'est juste… J'ai pris cette décision contre ma volonté… Si tu vois ce que je veux dire, ajouta-t-elle, en se rendant compte de l'absurdité de sa phrase. S'il te plaît, ne rend pas les choses compliquées… Je ne changerais pas d'avis. Rien ne me fera changer d'avis, acheva Hermione, la tête basse.

Elle réalisa tout à coup que ses paroles étaient ambiguës. Draco l'avait peut être compris inconsciemment car toute sa colère et sa peine s'envolèrent. Il redevient brusquement très lucide. Si Granger partait, il était seul. Encore. Il ne voulait plus être seul. Alors il devait tenter le tout pour le tout. Une idée complètement grotesque, stupide et alléchante s'imposa à son esprit.

La peur céda la place à l'appréhension. Il inspira longuement, tranquillement, pour calmer ce qui se bousculait dans sa tête. Mais l'idée était là. Et il ne pouvait plus l'en déloger. Qu'avait-il à perdre ? Rien. Rien du tout. Mais il avait tout à y gagner… A ce moment, rien d'autre ne comptait pour lui : Granger ne devait pas le laisser. Et que ces histoires de fierté des Malefoy aillent se faire foutre.

- Vraiment ? Rien ? répéta-t-il d'une voix que lui-même trouva étrange.

Hermione le regarda, étonnée elle aussi. Il n'avait plus l'attitude du Malefoy qu'elle connaissait. Il avait l'air… Décidé… Courageux… Et un air de douce folie aussi. Il émanait de lui une sorte d'assurance -pas cette assurance surfaite qu'il affichait à Poudlard- qui lui donnait l'impression que Malefoy pouvait soulever des Hypogriffes. Pendant un bref moment, Hermione eu l'impression d'avoir un Gryffondor en face d'elle.

Et dans sa tête, le mot « danger » clignota.

- Est ce que tu écouterais mes arguments, Granger ? demanda-t-il, posément.

Le sourire presque mutin de Malefoy l'effraya. Qu'est ce qu'il avait derrière la tête ?

- Non !

Elle avait presque crié. Draco le remarqua et son sourire s'accentua. Oh oui, il fallait essayer. Il n'avait jamais été quelqu'un de spontané. C'était le moment ou jamais.

- Ca ne sert à rien, je… Je vais pas revenir sur ce que je t'ai dit… balbutia la jeune femme.

Le regard de Malefoy la déstabilisait complètement. Il était si intense qu'elle se sentait presque brûler de l'intérieur. Car Draco Malefoy préférait sacrifier sa fierté, son orgueil, plutôt que de retourner dans les ténèbres dont elle l'avait extrait. Et il allait faire ce que bon lui semblait… Pour une fois… Une seule fois…

- Je ne vois pas où est le problème alors. Je t'énonce mes arguments, tu ne reviens pas sur ta décision et tout est bien qui fini bien, poursuivit Draco, l'air toujours aussi sûr de lui.

- C'est inutile ! Ne perds pas ton temps !

- Je vais finir par croire que tu as peur de les entendre ces arguments, Granger…

- Je n'ai pas peur ! répliqua immédiatement et bêtement Hermione.

Le sourire carnassier de Draco s'agrandit et elle comprit qu'elle s'était encore fait avoir. Il l'avait menée exactement là où il le souhaitait. Maintenant, elle n'avait plus de défense valable. Inconsciemment, elle s'éloigna légèrement de lui.

- Vraiment ?

- N… Non… fit Hermione en tentant d'avoir sûre d'elle mais elle se trouva immédiatement pitoyable.

- C'est parce que j'aurais l'avantage que tu recules comme ça ? Au propre comme au figuré ? s'amusa-t-il.

- En terme d'arguments et de débat, tu ne pourras jamais me surpasser, Malefoy ! siffla-t-elle, sa fierté prenant le dessus.

- Alors tu es prête à m'écouter ?

- Parle… Et fais vite ! balbutia Hermione, le ventre noué.

Il laissa tomber sa sacoche par terre, sans se préoccuper des bruits de verre qui tintèrent. En trois grandes enjambées, il fut devant Hermione. Et en une demie seconde, il passa son bras autour de sa taille et l'attira brusquement vers lui. La jeune fille hoqueta de surprise lorsqu'elle rencontra son torse, contre lequel elle était maintenant plaquée.

- Si on ne se voit plus, tu ne pourras pas connaître ça… chuchota-t-il contre sa joue.

Il passa ses doigts fins dans ses cheveux puis le long de son cou. Il caressa doucement son épaule dénudée. Ils étaient joue contre joue, corps contre corps et Hermione trouva cette situation diaboliquement envoûtante. Son coeur battit soudainement la chamade. Mais qu'est ce que Ma...

- Et ça non plus… souffla-t-il contre son oreille.

Sa main s'infiltra le long de son dos, le long de ses hanches, lui faisant goûter en même temps à la torture et au paradis.

- Malefoy ! couina Hermione, en mettant toute sa fierté de côté pour tenter de se défaire de son emprise.

Il ne fit qu'en sourire et raffermit sa prise. Hermione frissonna de la racine des cheveux jusqu'à la plante des pieds. Son cœur battait frénétiquement dans sa poitrine. Elle avait pensé à toutes sortes d'arguments mais ceux-là, elle ne pourrait pas y faire face très longtemps…

Draco se pencha davantage vers elle et déposa un baiser au creux de son cou. Puis deux, puis trois. Hermione crut qu'elle allait s'évanouir. Ses lèvres étaient chaudes. Chaque nouveau baiser qu'il déposait dans cette zone terriblement érogène lui laissait une sensation de brûlure qui se répandait dans tout son corps.

Elle résista à l'envie de fermer les yeux, de s'accrocher à ses solides épaules et de pencher la tête en arrière pour lui donner libre accès à son cou. Ce qu'Hermione aurait dû lui dire, « Arrête ça tout de suite ! » par exemple, se coinça dans sa gorge.

Draco sentit les jambes de la jeune femme flancher et resserra sa prise pour qu'elle ne tombe pas. Il sentait qu'elle résistait. Et qu'il fallait donner le coup de grâce.

- Et ça, souffla-t-il tout contre sa peau.

Il parvint à avoir accès à la base de son cou. Hermione s'était bien défendue mais il avait plus de force et il avait réussi à se faufiler entre son épaule et sa joue.

Il mordilla doucement sa peau et sentit Hermione se raidir contre lui alors que ses ongles s'enfonçaient dans son dos. Il parvenait même à les sentir à travers sa robe de sorcier. Un gémissement s'échappa des lèvres de la jeune femme. Elle le sentit sourire contre sa peau et une envie de se frapper pour être aussi faible la submergea.

- Oses me dire que tu te passerais de ça…

Alors que l'un de ses bras restait solidement enroulé autour de la taille d'Hermione, l'autre se dégagea de sa nuque. Draco laissa sa main vagabonder dans sur ses épaules, dans son dos, sur ses hanches et s'arrêta au creux de sa taille. Il n'alla pas plus loin, c'était une simple caresse lente et douce comme une brise.

Draco sentait toujours les ongles d'Hermione fichés dans son dos. Il savait que son propre « argumentaire » était tout aussi dangereux pour lui-même. Dire que voir et sentir Hermione y réagir de cette manière ne lui faisait rien aurait été un énorme mensonge.

C'est pourquoi il fut bien obligé de relâcher son étreinte pour mettre un peu de distance entre eux deux. Suffisamment pour qu'ils puissent se regarder dans les yeux. Les mains d'Hermione, toujours crispées sur le dos de Draco, retombèrent le long de son corps. Elle resta quelques secondes pantelante, le souffle court, les lèvres entrouvertes et les yeux clos. Draco ne pu s'empêcher de se dire à quel point elle était désirable ainsi.

Elle s'était entièrement livrée à lui. La capitulation d'Hermione ne lui donnait qu'une seule envie : aller plus loin. Elle ouvrit enfin les yeux pour rencontrer ceux de Draco. Il y lu toutes sortes de choses mais surtout de la colère et du trouble.

- Je te hais ! siffla la jeune femme d'une voix tremblante.

Mais l'éclat de ses yeux démentait le ton hargneux qu'elle avait pris pour s'adresser à lui.

- Je te hais, tu m'entends ! s'écria Hermione, bien plus fort.

Elle le poussa des deux mains mais, ayant anticipé cette attaque, il ne recula pas d'un pas. Hermione refit une tentative puis un troisième essai. Il restait droit, indéboulonnable.

- Comment as tu osé ? s'écria la jeune femme.

Elle resta un instant face à lui, tremblante et pantelante. Elle reprit son souffle, chassa les mèches rebelles qui s'égaraient sur son visage. Puis, Hermione l'agrippa fermement par sa robe de sorcier. Elle attira Malefoy aussi vivement qu'il l'avait fait quelques minutes auparavant. Et elle l'embrassa.

Il se hâta de refermer des bras possessifs autour de sa taille et répondit à ce baiser furieux. Merlin, c'était divin. Draco ne savait plus où il était, ce qu'il faisait… Et encore plus lorsqu'ils approfondirent leur baiser. Il sentait toutes les formes de ce petit corps se presser contre lui. C'était le paradis. C'était l'enfer. C'était indescriptible.

Toute leur rancunes, leurs joies, leurs peurs, toutes ces émotions par lesquelles ils étaient passés en l'espace de quelques minutes intensifiait l'ardeur de leur baiser.

Hermione eu l'impression que ce n'était plus du sang du coulait dans ses veines mais un liquide en fusion qui l'embrasait des pieds à la tête.

Merlin, c'était le meilleur baiser qu'elle avait jamais reçu de sa vie. Elle ne voulait pas que ça s'arrête. Soudainement, Hermione sentit de la pierre contre son dos. Sans s'en rendre compte, ils avaient reculé jusqu'à ce que Draco la plaque contre le mur d'une maison.

Ils se séparèrent un bref instant, puis, incapables de résister, s'emparèrent à nouveau de leurs lèvres. Alors qu'ils étaient immobiles jusque ici, collés l'un à l'autre comme des naufragés, l'intensité du moment donna l'audace à Draco d'aller balader ses mains sous le pull d'Hermione. Rien d'osé. Il voulait juste caresser son dos, son ventre et, vu les soupirs de la jeune femme, elle semblait apprécier.

Ils finirent par se séparer, à bout de souffle, ravagés par ce baiser les avait brièvement éloignés de terre.

Hermione tremblait légèrement. Ses yeux hagards restaient fixés dans ceux de Draco. Elle réalisa à ce moment à quel point elle avait envie de lui. Cette idée, contrairement à ce qu'elle pensait, ne la rebuta pas. Elle n'éprouvait pas de honte, pas de remords. Mais l'idée même de céder à cette impulsion lui crispa le bas ventre si intensément qu'elle haleta.

- Merlin, lâcha enfin Draco.

Sa voix était si rauque qu'Hermione eu de la peine à la reconnaître. Elle voulu dire quelque chose. Mais tout était bloqué au fond d'elle. Elle n'arrivait pas à penser à autre chose qu'à ses lèvres encore brûlantes et palpitantes. Au désir de recommencer qui l'avait entièrement submergée. A la force des frissons qui la secouaient.

- Je te déteste ! hurla-t-elle alors, de toute la force de ses poumons.

Elle le poussa vigoureusement en arrière et en profita pour s'éloigner de lui. Qu'est ce qu'il avait fait ? Qu'est ce qu'ils avaient fait ? Qu'est ce qu'il l'avait poussée à faire ?

- T'as pas le droit de faire ça ! Arrêtes de jouer avec moi !

Draco Malefoy était vexé. Horriblement vexé. Il venaient de s'embrasser à en perdre haleine, ça avait été fabuleux, et tout ce qu'elle trouvait à lui dire c'était qu'elle le détestait ?

- Je pourrais te dire la même chose Granger !

La voix de Draco n'était que froideur. Seul ses yeux devenus orageux et la contraction visible de sa mâchoire montraient à quel point il était furieux.

- Je veux plus te voir ! souffla Hermione

Il lui adressa un drôle de regard, un regard un peu perdu. Elle eu une fois de plus envie de le frapper. Pourquoi est ce qu'il était aussi beau, au nom de Merlin ? Elle ne devait pas avoir autant envie de se coller contre lui, de sentir à nouveau ses mains parcourir son corps, ses lèvres chercher les siennes.

- Je veux plus te voir ! hurla-t-elle à nouveau.

- Et bien dégage !

Alors elle transplana. Hermione fuyait. Elle savait qu'elle risquait de craquer à nouveau. Et que cela allait les mener beaucoup plus loin que précédemment. La jeune femme avait transplané dans son appartement et il lui fallu un moment pour comprendre à quel point elle était chamboulée.

Machinalement, elle trouva le chemin de sa salle de bain. Ses yeux croisèrent son reflet dans le miroir et elle ne se reconnu pas.

- T'en a une tête ! acquiesça son reflet avec une petite moue désapprobatrice.

Ses lèvres étaient rouges et gonflés, ses cheveux décoiffés, ses boucles partant dans tous les sens. Ses yeux brillaient d'un feu bien éclatant… Hermione eu un coup au cœur. Elle se trouva belle. Pour la première fois depuis des mois, elle se trouva belle. Pour retrouver ses esprits, elle se passa de l'eau glacé sur le visage et se força à inspirer et expirer calmement.

Peu à peu, les battements de son cœur ralentirent et ce désir corrosif quitta progressivement son corps. Comment était-ce simplement possible ? Comment juste un baiser pouvait la bouleverser à ce point ? Lui apporter autant de sensations ? Et comment Draco Malefoy faisait-il pour embrasser aussi délicieusement bien ? Hermione en venait même à douter de sa santé mentale. Elle ne pouvait pas avoir ressenti autant de choses, c'était impossible ! Et surtout, il ne fallait pas que cela se reproduise.

La pensée de Ron s'imposa à son esprit… Merlin… Qu'avait elle fait ? Rien ne pouvait redevenir comme avant, pas après ça, ce n'était pas possible. Jamais elle n'oserait regarder Malefoy… Ni Ron…

Hermione commença à se sentir mal. Elle avait fait une grosse bêtise, une énorme bêtise. Elle pensait résister à ce flirt qu'ils entretenaient… Elle n'avait pas pu. Hermione était sûre de pouvoir résister à l'envie dévorante de goûter aux lèvres de Malefoy. Elle n'avait pas pu. Quelle serait la prochaine étape ?

Quand son esprit envisagea cette prochaine étape, le souffle lui manqua tellement qu'elle s'agrippa au lavabo. Hermione, terrorisée en se rendant compte que cette option la tentait terriblement, se regarda dans la glace. Et fondit en larmes.


Draco se décida lui aussi à transplaner et atterrit directement dans son salon.

- Te voilà vieux. Ca fait une heure que je t'attends ! lança Blaise.

Il était affalé de tout son long sur le canapé et lisait Quidditch magasine. Devant lui, une bouteille de Bieraubeurre à moitié remplie. Il avait dû manger là car une assiette et des couverts traînaient sur la table.

Mais Draco n'y fit pas attention. Il se dirigea machinalement vers son petit bar, sortit verre et bouteille et se servit une bonne rasade de Whisky Pur Feu.

- J'ai réussi à retrouver mon contact en Russie. Il est opé pour continuer nos affaires. Un brave type si tu veux mon avis. Pas tout à fait net mais j'vais pas être difficile

hein ?

Draco se laissa tomber dans le canapé, là où Blaise avait eu la générosité de retirer ses pieds pour lui faire de la place. Les yeux fixés droit devant lui, il tenta de se convaincre que tout était le fruit de son imagination. Que Granger ne l'avait pas embrassé. Que Granger ne pouvait pas embrasser si bien. Que Granger ne pouvait pas lui donner envie de recommencer.

- Il me reste plus que l'Australie et je devrais être fixé.

Où Granger avait-elle appris à embrasser aussi bien ? Ca pouvait pas être Weasley. Il y avait eu Krum avant… Mais ça ne pouvait pas tout expliquer. Est ce qu'il était possible que ce soit… naturel ? Une idée fit ensuite son chemin dans l'esprit de Draco. A la fois saugrenue et terriblement excitante. Et si c'était parce que c'était lui ? Son vieil ennemi, celui qui avait le don de la faire enrager mais aussi celui qui partageait sa détresse et son besoin de réconfort…

Ce baiser était-il le résultat de sept années de ressentiment et de plusieurs autres mois de flirt qui avaient complètement transformé leur relation et la manière dont ils se percevaient ?

Blaise leva enfin les yeux du magasine pour adresser un regard courroucé à Draco.

- Hé vieux, tu m'écoutes ?

- Hein ?

Le métisse leva les yeux au ciel. Il s'apprêtait à sortir l'une des phrases acides dont il avait le secret mais l'air qu'affichait son meilleur ami l'en dissuada. Il se redressa sur le canapé et, sourcils froncés, se pencha vers Draco.

- Qu'est ce qui t'arrive ?

Il y un instant de silence. Draco vida la moitié de son verre, toussota et renversa sa tête en arrière. Il resta à fixer le plafond et attendit quelques minutes pour rassembler le courage nécessaire.

- J'ai embrassé Granger…

Blaise manqua de recracher la gorgée de Bieraubeurre qu'il venait d'avaler.

- Quoi ? fit-il d'une voix étranglée.

- Non en fait, c'est Granger qui m'a embrassé.

- 'tain de merde ! lâcha Blaise.

Il observa une nouvelle fois son meilleur ami en fronçant les sourcils, comme s'il espérait trouver sur son visage un détail qui expliquerait tout.

- C'est la première fois que je te vois dans un état pareil juste pour... ça ! grommela Blaise. … Heu… Vous vous êtes juste embrassés ou…

- Ouais… Juste ça.

Blaise lui jeta un regard septique. Draco avait toujours la tête renversée vers l'arrière, fixant le plafond.

- T'as la tronche du mec qui s'est fait jeter par sa copine en plein préliminaires, vieux ! … Frustré ?

- On pourrait arrêter de parler de ça ? grimaça Draco, en se redressant pour finir son verre de Whisky.

Il se leva pour aller en remplir un autre tandis que Blaise le suivait. Le métisse prit également un verre et le tendit pour se faire servir. Lui aussi en avait bien besoin maintenant.

- Woh ! Granger embrasse si bien que ça pour te mettre dans un état pareil ? poursuivit Blaise en levant son verre vers Draco, avant d'en boire une gorgée.

- Ca ressemble à une discussion de nana, répliqua Draco, acide. Moi aussi je vais me poser des questions sur ton état si tu continues.

- Et si toi tu continues, je vais finir par penser que t'aurais vraiment voulu la baiser…

Le corps de Draco se tendit. Ses mains se crispèrent sur le verre qu'il tenait encore. La veine située sur sa tempe palpita plus que de raison.

Pendant un bref instant, il eu envie de frapper son meilleur ami. Puis il comprit que Blaise, qui l'observait d'un air goguenard, avait eu ce qu'il voulait. Draco se força à décontracter tous ses muscles qui l'avaient trahi et fit un sourire en coin.

- L'idée me tente, j'avoue, fit-il, toute sa nonchalance retrouvée.

- Ouais, je comprends. Quand on arrête de la regarder comme un bouquin sur pattes pour la considérer comme une femme...

Blaise hocha la tête d'un air appréciateur qui voulait tout dire. Les deux amis vidèrent leurs verres en silence. Et dans les pensées chamboulées de Draco, une seule préoccupation s'imposa : qu'allait-il faire maintenant ? "Retourner voir Granger et lui faire sauvagement l'amour. Discuter ensuite", lui glissa une voix perfide.

Il grogna.

- Comment elle a réagit ? demanda Blaise, de plus en plus amusé en devinant ce qu'il se tramait dans la tête de son meilleur ami.

- A ton avis ? Mal ! Ca reste Granger ! bougonna Draco.

- On peut se faire une virée dans le Londres moldu ce soir ! Bon, on est dimanche donc le choix sera moins... Intéressant. Mais je ne connais rien de mieux pour requinquer un homme !

Draco y songea un instant. Allez dans les bars où ils boiraient, dragueraient et rentreraient finalement avec une fille qu'ils chasseraient le lendemain... Non, cela lui semblait terriblement banal après... Après... Un baiser ? Draco soupira intérieurement. Il jugeait être quelqu'un d'expérimenté. Et le voilà sens dessus dessous après avoir embrassé une fille. C'était... débile. Et humiliant.

- Non, j'ai surtout envie de prendre l'air, répondit finalement Draco.

Il posa son verre et disparu dans sa chambre. Blaise l'observa sans rien dire, la nonchalance des Serpentards plus forte que sa curiosité. Il vit Draco revenir avec un balai. D'une démarche énergique, en totale opposition avec son flegme habituel, Draco ouvrit la baie vitrée. Il lança son balai au-dessus de la rambarde du balcon et, d'un bon, se jeta dans le vide à sa suite.

- Nom de... !

Blaise dégaina sa baguette et se précipita sur le balcon. Mais il n'eut pas le temps de lancer le moindre sort. Draco remontait déjà en chandelle et s'éloignait vers Regent's Park.

- La figure de Kreitz ! souffla le métisse.

Seuls les joueurs de Quiddictch les plus doués -ou les plus inconscients- tentaient cette figure. Il s'agissait de lancer son balai dans le vide, depuis une hauteur suffisante, puis de suivre le mouvement en se jetant dans le vide. Le but était bien sûr de rattraper le balai et de remonter en chandelle avant de s'écraser au sol...

C'est pour ça que Blaise en restait bouche bée. Les mains crispées sur la rambarde du balcon, il ne tenta même pas de masquer sa stupéfaction. Son coeur battait encore la chamade. Pendant un bref instant, il avait vraiment cru que Draco, ce petit salopard, allait se suicider sous ses yeux.

Bien sûr, maintenant l'idée lui paraissait complètement stupide, ce n'était pas du tout du genre de Draco Malefoy, mais il devait avouer qu'il avait sacrément eu la trouille !

- Mais qu'est ce qu'il s'est passé bordel ? demanda tout haut Blaise, les bras croisés et les sourcils froncés.

Non seulement Draco volait à nouveau mais en plus, il avait confiance au point de réaliser les figures les plus dangereuses. Et dire que Granger et lui s'étaient escrimés à essayer de le faire remonter sur un balai... La même Granger que Draco avait embrassée et cela semblait le perturber au plus haut point. Mais qu'est ce qu'il s'était passé en l'espace de quelques jours ? Blaise jura, foi de Zabini, qu'il aurait le dernier mot.

Il observa Draco disparaître dans la verdure de Regent's Park après avoir exécuté quelques figures qui demandaient une maîtrise du vol assez avancée. Puis Blaise rentra dans l'appartement, sans fermer la porte fenêtre et s'affala à nouveau sur le canapé. Ses affaires attendraient. Et lui attendrait sagement Draco pour lui tenir le crachoir. Depuis quand on cachait ce genre de choses à son meilleur ami, non mais ?


Lundi 3 juin

Hermione émergea tard d'un sommeil perturbé. Elle avait beau eu prendre toutes les potions qu'elle pouvait la veille, elle ne se sentait pas du tout reposée. Elle se força à s'extirper de son lit et resta de longues minutes assisse, la tête entre les mains.

"Allez, un peu de courage, se dit-elle. Les partiels avant tout".

Hermione eu l'impression de retrouver tout son dynamisme. Elle ouvrit ses rideaux, aéra la pièce, prit son petit déjeuner et sa douche. Puis, elle transplana à la fac où elle s'installa à sa table préférée pour réviser. Réviser. S'occuper l'esprit. C'était la seule solution pour éviter de penser à lui. Elle s'était fixé un objectif -enfin non, deux, celui de réussir ses partiels aussi- pour cette semaine : ne pas penser à Malefoy.

Pleine de bonne volonté, Hermione commença par l'anatomie et réussit à se lobotomiser jusqu'à midi. Elle mangea rapidement à la caféteria et reprit avec l'ardeur du désespoir ses révisions. Anatomie maintenant. Le coeur. Les veines. La circulation. Les problèmes vasculaires. "Ce n'est pas Malefoy qui risque d'en avoir, vu comment il était bâti," songea la jeune fille en refermant son livre.

Elle réalisa quelques secondes plus tard ce qu'elle venait de penser. Sa tête s'affala sur la table en un gémissement désespéré.

Raté


Mardi 4 juin

Draco se rendit, la mort dans l'âme, aux premiers partiels. Il faisait vraiment ça pour faire plaisir à sa mère. Si ça ne tenait qu'à lui, il serait resté à matraquer son punching ball toute la journée. Sa seule préoccupation de la semaine était de se sortir Granger de la tête.

Des centaines d'étudiants se pressaient devant l'amphi. Comme d'habitude, beaucoup lui lancèrent des regards intrigués. Comme d'habitude, il n'y prit pas garde. Il ne voyait que Granger, adossée au mur avec Thompson. Toutes deux riaient et parlaient à voix basse.

Lui aussi aurait aimé reparler à voix basse à Granger, vu l'effet que cela lui faisait. "Merde, merde, merde ! N'y pense pas !" se reprocha Draco. Il s'empressa d'entrer dans l'amphi par une autre porte et ne releva pas le nez de sa copie pendant quatre heures. Ce qui relevait du miracle quand on s'appelait Draco Malefoy. Il rendit sa copie et, du coin de l'oeil, vit que Jade l'avait repéré. Il se dépêcha de sortir de l'amphi puis de transplaner. C'est pas qu'il n'avait pas envie d'affronter les deux filles mais... Un autre jour peut être. Dans l'après midi, l'examen de potion fut un calvaire.

Elle était non loin de lui, à se mordiller les lèvres, à lever les yeux au ciel et faire la moue dans un ensemble affreusement attendrissant. Et, surtout, Granger ne s'en était pas rendu compte mais sa jupe s'était coincée dans le bois de leurs vieilles chaises et dévoilait ses cuisses. Ou comment devenir dingue.

Draco expédia son devoir en se concentrant au maximum de ces capacités. Heureusement, il avait toujours été doué en potions. Il se hâta de rentrer dès que sa copie fût terminée.

Bilan de cette journée : encore raté.


Mercredi 5 juin

Jade commençait sérieusement à se demander si son amie n'était pas morte quand Hermione émergea enfin du sommeil. Dix minutes qu'elle essayait en vain de la réveiller. C'est Jade qui avait proposé à Hermione de venir dormir chez elle -elle sentait bien que tout n'allait pas pour le mieux. Mais pour se taper la frayeur de sa vie un matin d'examens, elle s'en serait bien passée.

- Morgane ! Mais qu'est ce que tu foutais ! On commence dans une demie heure ! s'étrangla Jade.

- Hééé heuuuu... fut la seule réponse valable que lui donna Hermione.

Avec une flopée de jurons qui auraient fait rougir les hommes les plus vulgaires, Jade secoua Hermione et s'arrangea pour la mettre sous la douche. Quelques minutes plus tard, son amie retrouvait enfin ses esprits pour s'habiller en vitesse et manger sur le pouce.

Les deux filles arrivèrent pile à l'heure au partiel. Pendant les trois heures qui suivirent, elles n'échangèrent plus un mot, se concentrant sur leurs parchemins. A midi, Hermione subit les reproches de son amie :

- Nan mais sérieux, arrêtes avec tes médocs ! On dirait une junkie ! Un jour t'en auras trop pris et tu te réveilleras plus, Mione ! Je sais pas ce que vous avez foutu avec Malefoy mais il faut que tu arrêtes de te laisser aller comme ça !

Jade mordit férocement dans son hamburger -cette fille n'avait aucun sens de l'équilibre alimentaire, songea Hermione- et descendit une rasade de Witch Coca. L'ancienne Gryffondor se contenta d'hocher la tête, une expression d'appréhension gravée sur le visage. Jade comprit qu'Hermione espérait de toutes ces forces qu'elle ne continuerait pas sur cette voie. La brunette soupira et ajouta une couche, juste pour le plaisir.

- Vous avez l'air complètement coincés et frustrés, tous les deux ! Vous vous fuyez comme deux gamins qui boudent ! Réagissez en adultes, quoi, merde ! Envoyez vous en l'air et ça ira mieux !

Hermione recracha son jus d'orange et manqua de s'étouffer, sous les yeux amusés des autres étudiants qui déjeunaient là.

Encore raté.


Jeudi 6 juin

Draco se leva ce matin là très embarrassé. Il avait rêvé d'une fille chiante, agaçante, rasoir (et tous les adjectifs négatifs qui lui venaient à l'esprit) dont il tairait le nom. Et maintenant, il était très embêté pour rentrer dans son jean.

Il ne pouvait pas se ramener à la fac comme ça et passer pour un collégien qui connaît ses premiers émois. Bonjour la honte. Il n'avait que deux solutions : aller voir Granger pour qu'elle règle le problème qu'elle avait crée. Ou s'en occuper lui-même.

D'un regard, Draco observa son reflet dans le miroir.

- Vu le temps qu'il te reste, va falloir faire ça comme un grand, ricana son reflet.

Draco poussa un long, long, soupir.

Encore et encore raté.


Vendredi 7 juin

Hermione claqua férocement la porte de son petit appartement. Laissant échapper un cri de rage, elle envoya valser sa veste sur la table.

- Il m'énerve ! Il m'énerve ! Il m'énerve ! Et lui aussi ! Ils m'énervent tous les deux ! fulmina la jeune fille en essayant de se préparer un thé, malgré ses mains rendues tremblantes par la colère.

Ron avait voulu lui faire une surprise en venant la chercher après son examen de droit médical. A la base, c'était une bonne idée. Mais ça avait dégénéré quand il lui avait demandé où ça en était avec Malefoy. Hermione lui avait répondu qu'elle était en plein partiels et qu'elle "avait autre chose à foutre que de s'occuper de ce petit con". Le ton était rapidement monté et ils avaient dû terminer leur dispute au Terrier, pour éviter les rumeurs qui ne tarderaient pas à se propager dans toute la fac.

Fatiguée par sa semaine d'examens et par la concentration extrême et de tout instant qu'elle s'imposait pour éviter de penser à ce qu'il s'était passé dimanche dernier, Hermione avait demandé à Ron de la laisser tranquille jusqu'à la semaine prochaine. Un peu perturbé par la fureur soudaine de sa petite-amie, le rouquin avait accepté et la jeune fille avait transplané sans plus de cérémonie.

- Il ne pense qu'à lui ! grommela Hermione en regardant sa bouilloire chauffer.

Soudainement, elle sortit sa baguette et fit léviter son journal jusqu'à elle. Hermione avait besoin de mettre à l'écrit ses sentiments, sa colère, dans l'espoir que ça la calmerait. Elle se saisit rageusement d'une plume et commença à écrire à toute vitesse.

Vendredi 7 juin

Ron est un imbécile qui ne pense qu'à lui ! Il veut que je coupe les ponts avec Malefoy mais il se fout bien de ce que je ressens ! C'est lui qui a été tellement impliqué dans sa carrière qu'il ne m'a pas vue dépérir ! Malefoy, lui, il sait comment je me sens, il sait comment réagir ! Mais Ron est bien trop borné pour s'en rendre compte ! Si seulement il savait que Malefoy... Que... que... Qu'il... Merlin ! J'ai embrassé Draco Malefoy et ça a été l'une des expériences les plus grisantes de toute ma vie.

A chaque fois que je le vois, j'ai envie de recommencer. Il m'énerve mais il m'énerve ! Avec ses tenues négligées qui donneraient envie à plus timorée des Saintes Nitouches ! Et puis cet air indifférent ! Il ne m'a même pas accordé un seul regard ! Il s'en fout, il s'en fout royalement !

Et plus il s'en fout, plus j'ai envie d'être désirable, qu'il me regarde, qu'il me touche, qu'il... Raaaaah ! C'est insupportable, tout simplement insupportable !

Hermione sentit la colère la quitter. Elle reposa sa plume et observa d'un air désespéré ce qu'elle venait d'écrire. Il fallait mettre les choses au clair, ce n'était plus possible. Elle avait devenir folle. "Folle de désir ?" ricana perfidement une petite voix dans sa tête.

Hermione soupira. Prise d'un soudain élan, elle se leva d'un bond et transplana. Il fallait qu'elle le fasse maintenant, tant qu'elle en avait le courage.

Une fois devant la porte de Malefoy, elle serra les poings... Et frappa. Elle tenta de se composer un air normal et guetta tout bruit qui pouvait provenir de derrière la porte. Quelques secondes s'écoulèrent et la jeune fille se rendit compte qu'elle ne respirait plus. Hermione inspira longuement, brusquement, et à ce moment, la porte s'ouvrit.

"Putain de merde". C'était la première chose qui lui était venue à l'esprit. Ce petit salopard de Serpentard l'observait, sans intérêt particulier, vêtu d'un jean qui avait vu des jours meilleurs et d'une chemise noire... Et pas boutonnée. Hermione se força à le regarder dans les yeux mais se sentit rougir. Draco posa une épaule le long de la chambranle et croisa les bras.

- Salut... Malefoy... fit Hermione, d'une voix plus ou moins assurée.

- Granger...

- Je... Je te dérange ?

Draco surprit le regard qu'elle jeta derrière lui. Ah... Elle pensait donc qu'il était avec une fille. Il y a un an, il aurait trouvé mille et une façons de lui faire regretter ce geste inconscient. Mais aujourd'hui, il était heureux que cette hypothèse la trouble tant. Draco ne laissa apparaitre aucune satisfaction. Son sourire qu'elle jugeait souvent méprisant n'apparut pas non plus sur ses lèvres. Et Hermione lui sembla reconnaissante pour ça.

- Non, entre.

Il se détacha de la porte et entra dans son appartement, laissant la porte ouverte derrière lui. Hermione le suivit, très mal à l'aise, et ferma la porte. Elle se rendit compte que l'appartement de Draco était dans un état... Masculin ? Des fringues trainaient un peu partout, des cartons à pizza restaient sur le bar, et des papiers, des dossiers et des brochures traînaient absolument partout, depuis son salon jusqu'à sa cuisine.

Son regard dériva vers Draco une nouvelle fois. Il buvait du Whisky Pur Feu devant sa baie vitrée et lui tournait le dos. Hermione prit son courage à deux mains et le rejoignit. Elle savait qu'il serait froid et distant et s'y était préparée. Mais il fallait avouer que Draco Malefoy avait un don tout particulier pour faire lui ressentir qu'il lui en voulait et la mettre mal à l'aise autant qu'il était en colère.

Il ne bougea pas d'un pouce quand elle se planta à ses côtés et observa à la dérobée son verre plein.

- Il n'est pas un peu tôt pour picoler ? demanda-t-elle.

- Si tu es là pour me faire la morale, tu peux partir, répondit Draco, sans un regard vers elle.

Hermione accusa le coup. Elle l'avait bien mérité après tout. C'était à elle de s'excuser et de s'expliquer, pas à lui... Quoique... Ils seraient forcés à un moment ou à un autre de discuter de l'"argumentaire" très osé de Malefoy...

- Je suis désolée pour la semaine dernière, reprit Hermione en inspirant longuement. Je n'aurais jamais dû te faire ça. Pas juste après que tu aies volé. Pas après t'avoir fait cette promesse.

Draco sentit une vague de soulagement déferler en lui. Ces paroles lui faisaient tellement de bien. Il s'était senti si trahi, si surpris par la décision de Granger... Il avait décidé de se montrer froid et distant mais tout sa colère semblait s'être évaporée en un instant. Il avait attendu toute la semaine qu'elle vienne le voir. Qu'il sache que dimanche dernier n'avait pas été une erreur. Qu'elle avait autant aimé que lui. Qu'elle n'allait pas se débarrasser de lui comme d'une plume usée.

- Je... Je me suis sentie acculée, poursuivit Hermione. Par Ron et Harry. Par Ginny. Et par ma peur de les perdre tous. Ils sont ma famille, mes amis, ils sont tout pour moi, tu sais. On a traversé la guerre ensemble. C'est quelque chose que je ne pourrais jamais renier. Et pardon pour ce que je t'ai dit après... Heu... Le Magic'Bar, tu sais... Je ne te déteste pas... Enfin plus. Je... Honnêtement, je ne sais pas quoi faire après ce qu'il s'est passé. Mais je suis sûre d'une chose, tu... tu es devenu quelqu'un de... d'important pour moi. Peu importe ce que Ron ou Harry en pensent.

Elle scruta nerveusement le visage pâle et figé à ses côtés. Nerveuse, elle hésitait à poursuivre quand Draco se décida à répondre.

- Excuses acceptées Granger.

Il lança son verre vide derrière lui et le verra alla rouler sur la moquette, loin derrière son grand canapé. Draco daigna enfin baisser la tête vers Hermione. Elle avait l'air étonnée mais terriblement soulagée. Elle sourit. Des fossettes se creusaient dans son visage maigre. Elle avait relevé ses cheveux en un chignon censé faire sérieux mais ses mèches folles s'en échappaient et bouclaient autour de son visage. Il eu envie de l'embrasser. Il résista. Pour l'instant.

- Mais il reste un problème, ajouta-t-il.

- Lequel ? demanda-t-elle, lentement.

- J'ai envie de t'embrasser dès que je te vois. C'est très problématique non ?

Elle resta le souffle coupé par une pareille audace. Son coeur reprit la chamade qu'elle ne connaissait que trop bien maintenant.

Il en profita pour se rapprocher d'elle. Il ne souriait pas. Il l'observait juste avec attention. Ses doigts parcoururent sa joue, comme il l'avait fait quelques fois, mais avec beaucoup plus d'intensité. Ou alors c'était son corps qui répondait avec plus d'intensité... Draco s'amusa intérieurement de ses yeux écarquillées, de ses joues rougies, de ses lèvres légèrement tremblotantes. Il avait dit le fond de sa pensée plus de fois en trois phrases que dans toute sa vie. Cela lui plaisait, surtout vu la réaction de Granger.

- Hé bien... Heu...

Hermione ne détachait plus ses yeux de l'ancien Serpentard. Il en profita pour s'approcher encore, se pencher encore. Leurs lèvres étaient scandaleusement proches et leurs regards ne se quittaient plus. Quand Draco lut dans les yeux d'Hermione ce qu'elle refusait d'avouer, il n'eut plus de scrupule.

Il l'embrassa, doucement, comme pour demander son consentement. Puis il se recula très légèrement afin que leurs lèvres s'effleurent juste.

- Pas... Pas forcément, murmura Hermione, les yeux fermés.

Son estomac faisait des loopings, son coeur battait à n'en plus finir et elle sentait que toute sa volonté s'envolait.

Merlin, ce mec était le diable. Il arrivait à enflammer son corps d'un simple baiser. Elle sentait ses lèvres effleurer les siennes avec une sensualité exaspérante. Il la dominait de sa taille, son parfum l'enveloppait, ses cheveux touchaient parfois son visage. Comment résister ? Elle s'avança à la rencontre des lèvres de Draco, son corps dominant sa tête. Hermione réalisa à peine que ses bras avaient entouré le cou de l'ancien Serpentard et qu'elle s'était collée à son torse dénudé.

Ils échangèrent un baiser fiévreux, profitant l'un de l'autre comme si c'était la dernière fois. Puis Hermione se recula légèrement et planta ses yeux noisettes dans l'océan de gris qui lui faisait face. Son courage était revenu. Elle n'avait plus peur.

Il fallait qu'elle lui dise la vérité. Et qu'elle se l'avoue à elle-même. Tout lui paraissait brusquement plus clair.

- Tu... Tu es mon médicament Malefoy. Quand je suis avec toi je n'ai plus mal... Tu me fais oublier mes soucis. Tu me prouves que je peux faire quelque chose de ma vie… Je… Je me sens si vide, si creuse quand tu n'es pas là. Je ne veux plus me sentir inutile, je ne veux plus pleurer pour un rien, je ne veux plus me sentir coupable d'avoir survécu et déprimer malgré ça… Je sais ce qui m'arrive, je veux m'en sortir Draco…

Il tressaillit. C'était la première fois qu'elle utilisait son prénom. Il avait une saveur délicieuse dans sa bouche.

- Mais je ne le ferais pas sans toi… Guéris moi… S'il te plaît… Guéris moi…

Draco eu l'impression que c'était maintenant son cœur à lui qui venait d'imploser. Ses mots lui avaient plus d'effet que tout ce qu'il avait entendu en 18 ans. Elle lui faisait confiance. Son propre père avait toujours douté de lui. Elle lui disait clairement qu'elle avait besoin de lui. Les Serpentards s'étaient toujours vanté de n'avoir besoin de personne. Il était... utile. Mieux, il l'aidait. Brusquement, il se rendit compte à quel point ces sentiments lui avaient manqué dans la vie. Et c'était Granger qui l'avait éveillé à ça... Et Draco en était heureux. En plus, Granger lui avait chuchoté ça contre ses lèvres. Est-ce qu'elle se rendait au moins un peu compte de l'effet que ça lui faisait ?

Il prit le visage d'Hermione par le pouce et le releva, un peu brusquement. Il rencontra ses yeux étonnés, troublés et toujours brillants. Elle avait l'air si vulnérable, si perdue que Draco abandonna ses dernières réticences.

- Ca peut se faire Granger… chuchota-t-il en posant soudainement ses lèvres sur celles d'Hermione.

La jeune femme fut envahie d'une vague d'émotion. Malefoy ne se rendait sans doute pas compte de l'émotion qui la traversait quand il l'embrassait avec autant de désir, autant d'impatience.

- Je te guérirais, je te le promet, poursuivit l'ancien Serpentard.

Il la serra contre lui, dans ce qui aurait dû être un geste doux mais Draco Malefoy étant Draco Malefoy, il fut plutôt maladroit et brusque. Hermione sentit chaque glissement de ses mains le long de ses bras puis sur ses hanches, avant qu'elles se croisent dans son dos avec la même intensité que s'il avait caressé sa peau nue. Il déposa un baiser dans son cou. Les sens d'Hermione s'enflammèrent à nouveau. Il le faisait exprès, ce n'était pas possible autrement. Sinon comment faisait-il pour mettre autant de sensualité dans ce simple geste ?

Le bonheur qu'elle ressentait était si intense qu'elle en aurait pleuré. Malefoy la pressait contre lui, comme s'il avait peur qu'elle fuie. Pourtant Hermione n'en n'avait pas l'intention. Elle était presque tremblante à cause de l'émotion. Son cœur bondissait dans sa poitrine, son ventre lui faisait presque mal tellement le désir et l'impatience la submergeaient. L'odeur de son parfum mêlée à celle de sa peau lui donnait envie de découvrir ce corps qui se dévoilait en partie à elle. Hermione se sentait vivante… Vivante et heureuse… Son cœur pulsait dans chaque infime partie de son corps et cette sensation était délicieuse. La jeune femme releva la tête vers Draco et lui sourit.

- Alors moi aussi je te guérirai, murmura-t-elle.

Elle s'empara des lèvres de Draco qui ne se fit pas prier pour approfondir le baiser. Il se souvint du trouble qui l'avait envahit lors de leur premier baiser. Il était toujours là, aussi intense, aussi ravageur. La douceur céda le pas à l'impatience, au désir, à la fougue. Hermione osa pour la première fois caresser ce torse dénudé qui lui faisait si envie. Draco en perdit le souffle. Elle le rendait complètement fou.

Quand elle s'aventura du côté de sa ceinture, titillant doucement son bas ventre sans jamais aller au delà, ils surent qu'ils ne pouvaient plus revenir en arrière.

Le désir qui les embrasaient n'était plus possible à contenir. Sans trop savoir comment, Draco s'empressa de retirer le haut de la jeune fille, tandis qu'il sentait ses petits mains s'activer partout sur son corps, le faisant frisonner jusqu'à la pointe des pieds.

Ils ne surent jamais comment ils avaient trouvé le chemin de la chambre ce soir là, ni comment leurs vêtements avaient soudainement disparu. Ils avaient même oublié où ils étaient, ce qu'ils faisaient, pour succomber totalement à un plaisir que ni l'un ni l'autre n'avait jamais connu jusque ici.

Et ils firent trois fois l'amour cette nuit là.

La première fois, avec une fougue proche du désespoir, l'ardeur des amants qui savent que leur union est interdite. Mais le désir corrosif qui les habitaient depuis une semaine -et même sans doute plus- n'avait pas disparu.

La deuxième fois, ils avaient pris plus le temps de se découvrir, la passion laissant la place au délicieux trouble des premières fois.

La troisième fois, la nuit était déjà très avancée, fut marquée par la douceur et la sensualité.

Ils s'endormirent alors que Big Ben sonnait trois heures du matin et marquait le point de non retour entre eux.


Bon, j'ai tenu ma promesse non ? Un chapitre dégoulinant de Draco/Hermione et qui n'a pas mis trop longtemps à arriver ! C'est le miracle de Noël, youpi ! Bon, c'est embêtant car je ne peux pas promettre de Draco tout nu sous le sapin en échange d'une review vu que le réveillon est passé. Pour l'an prochain peut être ?

J'espère que ce petit cadeau vous aura plu mais que vous en avez eu tout plein d'autres ces derniers jours ! Encore Joyeux Noël, bonnes vacances pour ceux qui en ont et je réponds très vite aux reviews du dernier chapitre.

Bisous au champagne, à la dinde et aux chocolats ^^

Morgane