Me revoilà ! Comme promis, un chapitre avec les deux points de vue à nouveau !

Bonne lecture !


Chapitre 14 : En quête de vérité

où Akaashi est l'ami des licornes


Vendredi 21 Octobre


Depuis sa discussion avec Akaashi lundi dernier, Oikawa entretenait une véritable obsession : elle tournait en boucle dans son esprit, présente à la moindre nouvelle pensée, au moindre regard en direction de son meilleur ami. Le matin, il se réveillait avec une appréhension persistante, et il s'endormait le soir après de longues heures à contempler le plafond en pierre, perdu dans toutes ces considérations négatives.

Iwaizumi allait bien. C'était ce que cet imbécile répétait à tout le monde lorsque l'on commençait à s'enquérir de son air fatigué ou de la distance qui se ressentait entre lui et Oikawa. Tout allait bien, il était simplement paranoïaque. Voilà ce qu'on cherchait à lui faire croire… mais ça ne fonctionnait pas.

Même si cela ne plaisait absolument pas au Serpentard il devait pourtant se rendre à l'évidence, surtout quand le constat se trouvait juste devant ses yeux : le comportement étrange d'Iwaizumi, malgré son déni catégorique, était revenu il y a quatre jours. Un lendemain de pleine lune…

Après cette observation qui lui avait fait l'effet d'un coup de poignard, il n'avait pu s'empêcher de faire des recherches. Il avait espéré qu'elles apaiseraient son esprit bouillonnant et son cœur comprimé dans sa poitrine, mais le résultat fut exactement ce qu'il redoutait : la nuit où Iwaizumi n'était pas venu en cours d'Astronomie, lorsqu'il avait commencé à agir de façon suspecte… c'était le vendredi 16 septembre.

Un soir de pleine lune. Son professeur le lui avait même certifié.

Et s'il prenait en compte les horribles griffures qui parcouraient toujours l'épaule de son meilleur ami, même s'il faisait son maximum pour les dissimuler, le doute n'était plus permis dans l'esprit d'Oikawa.

Iwaizumi était donc un loup-garou…

La confusion et l'angoisse lui nouaient l'estomac depuis plusieurs jours, mais tout semblait plus clair à présent. Maintenant qu'il voyait la situation d'un nouveau jour, l'hypothèse d'une potentielle petite amie lui apparaissait tellement ridicule qu'il en avait presque honte. Qu'est-ce qu'Iwaizumi devait bien penser de lui ? Qu'il était jaloux de son succès tout à fait imaginaire, lui qui possédait tout un groupe d'admiratrices ? Oui, c'était ce qu'il devait penser. Après tout, son meilleur ami n'était certainement pas capable d'y voir autre chose…

Mais le problème n'était pas là pour le moment : Iwaizumi lui cachait des informations si importantes, et il n'avait pas assez confiance en lui pour en discuter. Oikawa cherchait à le soutenir dans l'épreuve qu'il devait traverser, mais lui ne voulait pas de son aide, comme il le démontrait si bien. Ce n'était pas suffisant qu'il le sache, ils devaient en parler, qu'Iwaizumi lui dise de vive voix. Oikawa ne pouvait pas le soutenir pleinement si des secrets continuaient de les séparer. Parfois, il suffisait de s'imposer pour venir en aide à son meilleur ami, qu'il le veuille ou non. C'était ce que les amis se devaient de faire, non ? Alors il l'aiderait.

Seulement, il devait encore s'armer de patience jusqu'à la prochaine pleine lune pour prouver sa théorie une fois pour toutes, et l'attente était bien trop longue pour ses nerfs. Et même de cette manière, il n'était pas certain d'avoir ses réponses. Il lui fallait trouver un moyen plus efficace. Et comme il était confronté à des mensonges éhontés depuis qu'il avait évoqué le comportement d'Iwaizumi…

Il existait quand même une autre solution. Il réussirait peut-être avec beaucoup de persuasion, mais cela ne lui coûtait rien d'essayer une nouvelle fois.

S'il attendait dans la Salle Commune de Serpentard, lové paresseusement sur le canapé noir avec pour seule compagnie un chat de la même couleur, c'était pour mettre toutes les chances de son côté. Il s'était levé très tôt, car même s'il n'assistait ni au cours de Soin aux Créatures Magiques ni à celui d'Études des Runes, cette plage horaire était l'une des seules qui permettait à lui et Akaashi de se retrouver pour s'entraîner aux Sortilèges Informulés. Le Serdaigle désirait les apprendre le plus rapidement possible, et il avait gracieusement accédé à sa requête. Autant continuer d'être dans ses bonnes faveurs.

Les autres Serpentards de septième année prenaient leur temps pour descendre du Dortoir et partir dans la Grande Salle ; alors il restait là, les yeux fixés sur les pierres grises du plafond, l'esprit embrumé par ce réveil matinal ainsi que toutes ses autres considérations qui y défilaient sans cesse. Le chat noir sembla percevoir son tourment puisqu'il se déplaça pour venir se poser sur ses genoux en ronronnant. Oikawa attendit alors ses collègues, en passant distraitement la main sur la fourrure duveteuse de l'animal. Daishou fut le premier à le rejoindre en s'affalant à son tour sur le canapé.

— Comment va notre cher Capitaine ?

— Très bien ! mentit-il

— T'as des insomnies ? Pourquoi tu te lèves aussi tôt ?

— J'aide un sixième année avec les Sortilèges Informulés, déclara Oikawa avec un sourire savamment travaillé.

Le Serpentard, à l'inverse de Kuroo, supportait parfaitement la compagnie de Daishou, que ce soit sur le Terrain ou en classe. Les deux sorciers s'entendaient même plutôt bien, et malgré les quelques difficultés pour rester coordonnés au Quidditch, ses répliques cinglantes ne manquaient jamais d'amuser Oikawa.

Les sourcils de Daishou s'arquèrent de manière dubitative à l'entente de sa réponse. Peut-être crut-il d'abord à une blague de la part de son collègue, mais devant la mine honnête que son Capitaine lui offrait, il afficha un sourire particulièrement moqueur :

— Ta bonté te perdra Oikawa, pourquoi une telle perte de temps ?

Ce dernier haussa les épaules.

— Il faut bien que je m'occupe et puis, que veux-tu, je suis quelqu'un de très demandé. Mais merci de te faire du souci pour moi !

— Je n'irai peut-être pas jusqu'à me faire du souci, mais avoue que tu es bizarre en ce moment. Même l'équipe est légèrement tendue depuis ta... comment dire ? Ta scène de ménage avec Iwaizumi l'autre jour.

Oikawa ne cilla pas à cette dernière remarque, et garda une expression complètement neutre alors que sa main caressait la tête de l'animal avec des mouvements plus nerveux.

— Je ne vois pas pourquoi, tout est parfaitement normal.

Il ne fléchit pas devant le regard appuyé de Daishou, qui ne semblait pas y croire une seule seconde. Celui-ci soupira et s'étira longuement en tendant les bras au-dessus de sa tête jusqu'à entendre un craquement. Puis en portant momentanément son attention sur le chat, il essaya de l'attirer à lui avec des claquements de doigts, la main tendue vers sa direction. Il choisit finalement de répondre alors qu'il se faisait ignorer par l'animal, toujours impassible sur les genoux d'Oikawa :

— Oui bien sûr, tout est parfaitement normal… un peu comme Iwaizumi en fait, non ?

— Les entraînements sont comme d'habitude, se défendit immédiatement Oikawa.

— Oh s'il te plaît tout le monde voit qu'il y a un problème ; ne va pas me dire que tu ne remarques pas la tension qu'il y a sur le Terrain. Bref, c'est pas mes affaires, mais si tu veux que notre équipe soit la meilleure, t'as pas intérêt à faire passer ta petite dispute stupide au-dessus de la victoire !

Le Capitaine dévisagea un instant son équipier dont le discours loin de l'avoir contrarié, l'avait au contraire déterminé. Il avait raison, il ne devait pas oublier son objectif principal de l'année : la Coupe de Quidditch. Et il ferait le maximum pour obtenir ce qu'il désirait.

— Compte sur moi, déclara-t-il avec une résolution nouvelle.

— Mouais, y'a intérêt… déjà qu'entre moi et Kuroo c'est chaotique, si on rajoute dans l'équipe un couple en plein divorce.. Quoi, me regarde pas comme ça ! C'est vrai ! D'ailleurs, il est où ce type ? Encore en train d'essayer de ressembler à quelque chose avec ses cheveux ? Il a pas intérêt à arriver en retard en Étude des Runes sinon…

— Sinon quoi ? Tu vas y aller tout seul ?

— Tsss c'est ça, fais le malin, n'empêche qu-

Le chat feula sur le sorcier et il dut prestement retirer sa main avant de recevoir un violent coup de griffe. Le félin sauta des genoux d'Oikawa et traversa la Salle Commune pour s'engouffrer à l'intérieur des Cachots sans que Daishou ait le temps de réagir.

— Mais quelle sale bête !

— Tu sais juste pas y faire avec les animaux ! fit Oikawa avec un rire moqueur. Bon, viens, allons dans la Grande Salle ça sert à rien d'attendre les autres, surtout s'ils mettent encore cent ans à descendre…

Daishou le regarda longuement, interpellé puis légèrement renfrogné, comme s'il se demandait si Oikawa avait bien entendu le discours qu'il avait pris la peine de lui faire sur Iwaizumi et la solidarité nécessaire à leur équipe. Évidemment qu'il l'avait écouté, mais ce n'était pas pour ça qu'il allait l'attendre : il voulait des réponses, sinon rien ne reviendrait jamais à la normale. Et s'il fallait l'ignorer pour les avoir, soit.

Il espérait simplement que cette situation ne durerait pas éternellement, car il n'était pas certain de pouvoir continuer à éviter son meilleur ami d'enfance. Cette solution ferait l'affaire en attendant de trouver mieux.


Oikawa avait une autre solution à son problème. À vrai dire, il l'avait déjà envisagé avant même que le cas « loup-garou » ne soit présent dans son esprit. Il devait juste être très persuasif.

C'était pour cela qu'il était particulièrement attentionné pendant sa séance d'entraînement avec Akaashi, pour que le sixième année maîtrise les Sortilèges Informulés le plus rapidement possible et qu'il lui en soit reconnaissant, et donc plus enclin à l'aider.

Le contenu du sac du Serdaigle était disposé sur une grande table devant eux, au milieu de la salle vide qu'ils utilisaient. L'exercice consistait à attirer les objets à lui sans prononcer la moindre formule.

Le Serpentard y parvenait avec une facilité déconcertante, n'ayant pas besoin de plus de quelques secondes pour réussir et faire léviter les différents livres jusqu'à lui. Pour Akaashi, la tâche s'avérait plus complexe ; il n'y arrivait pas toujours et ses sortilèges n'étaient pas assez puissants pour effectuer l'action requise.

— Tu vas y arriver, Kei-chan ! Essaie à nouveau avec ça, déclara-t-il en lui désignant la plume qui gisait sur la table, pense bien à Accio, comme si tu t'apprêtais à l'incanter et fais le mouvement avec ta baguette. Si tu restes concentré, ça devrait marcher !

Akaashi hocha la tête et obtempéra : il s'éloigna de plusieurs mètres de la table et pointa la plume avec sa baguette magique. Il ferma les yeux pour se concentrer… juste avant de se faire interrompre une nouvelle fois par son professeur temporaire.

— Garde tes yeux ouverts, sinon ton Accio ne va jamais marcher. Regarde la plume. Si tu veux, tu peux prononcer la formule du bout des lèvres, ou la chuchoter pour commencer…

Suivant les conseils de son aîné, le Serdaigle modifia quelque peu son attitude et, en fixant l'objet avec une extrême concentration, décrivit un arc de cercle avec sa baguette. La plume trembla légèrement, puis fondit à toute vitesse jusqu'aux pieds d'Akaashi.

— C'est pas mal ! Avec un peu plus de pratique, tu t'amélioreras, et puis tu as un super professeur aussi !

— C'est pour ça qu'on s'entraîne, répliqua-t-il en ignorant la remarque d'Oikawa.

Ce dernier acquiesça vivement, et il profita de ce léger temps mort, durant lequel Akaashi ramassait l'objet à ses pieds en l'inspectant comme s'il l'avait trahi, pour mettre son plan à exécution :

— Vous avez déjà commencé à étudier les Sortilèges Informulés dans les différentes matières ?

— On vient de l'aborder en Sortilèges, mais seulement la théorie. On ne l'a pas encore vu en Métamorphose par contre…

— Et en Défense contre les Forces du Mal ?

Akaashi secoua la tête, et Oikawa reprit de plus belle :

— Oui, vous devez faire des choses plus importantes pour le moment… vous étudiez quelles créatures ?

— Euh… Les Inferis, pourq-

— Vous n'étudiez pas les loups-garous ?

Cette fois-ci, le Serdaigle se retourna vers son interlocuteur et fronça visiblement les sourcils, l'air confus. Après quelques secondes d'inspection il partit déposer la plume sur la table et il répondit, dos à Oikawa :

— On ne les a pas revus depuis la troisième année… pourquoi cette question ?

— Non, rien, c'est stupide, laisse tomber.

Le Serpentard savait pertinemment que cela allait attiser la curiosité de son ami. Et puis, même sans cela la conversation semblait l'intéresser bien plus à présent. Les brefs instants de silence prirent fin en même temps que la patience d'Akaashi, et celui-ci fit volte-face pour retrouver le regard d'Oikawa, ses sourcils toujours froncés.

— Pourquoi tu parles de loups-garous tout d'un coup ?

— Comme ça, pour faire la conversation, mentit-il.

— Oikawa-san, dis-moi la vérité.

— Eh bien, je ne sais pas, ce serait peut-être des cours plus utiles en ce moment…

— Pourquoi tu dis ça ? Tu penses que…

— Non, je ne pense pas, j'en suis certain. Je sais qu'il y a un loup-garou à Poudlard, et… je suis presque sûr de qui il s'agit.

Devant la confusion du Serdaigle, Oikawa en profita pour réitérer sa demande, avec beaucoup d'insistance :

— Kei-chan, si tu me faisais du Veritaserum je pourrais en être certain. Tu sais que je n'en ferais pas un mauvais usage, fais-moi confiance !

Oikawa eut peur que le sixième année ne retrouve jamais la parole tant il restait sans voix, et sa mine maintenant grave, en proie à une intense réflexion, était figée quelque part entre le choc et l'indécision. Il entreprit de combler ce silence pour ne pas laisser place au doute :

— Écoute, je sais que ça peut paraître un peu brusque comme ça, même carrément dingue en fait. Mais j'ai des preuves je t'assure, et je p-

— Tu veux vraiment utiliser le Veritaserum pour ça ?

— Je te le jure. Et puis, rajouta-t-il pour dissiper le moindre doute, je peux faire quelque chose pour toi en contrepartie ! Comme… je sais pas… trouver ton admirateur par exemple !

Akaashi arqua un sourcil, l'air peu convaincu. Mauvaise technique, il commençait à sortir de son étrange stupeur initiale.

— Ça ne m'intéresse absolument pas.

Oikawa se tourna vers la table où gisaient toutes les affaires d'Akaashi avant de former un arc de cercle avec sa baguette, l'image d'une des lettres d'admirateur à l'esprit. Celle-ci trouva son chemin gracieusement jusqu'à la main d'Oikawa, sans qu'un son s'échappe de ses lèvres.

Le visage d'Akaashi oscillait entre une mine impressionnée et agacée.

— Ah oui ? Tu m'as l'air de t'en soucier si tu gardes les lettres !

— J'allais les jeter, répliqua-t-il.

— Mais non, laisse-moi ça et je te le trouverais, je te le promets ! Et toi tu me fais le Veritaserum, comme ça tout le monde est gagnant !

Akaashi afficha une mine dubitative, et Oikawa eut peur de se confronter une nouvelle fois à un refus.

— C'est d'accord.

Un sourire soulagé trouva son chemin sur les lèvres du Serpentard, et il remercia son ami avec gratitude. C'était un pas de plus vers la vérité.


Dimanche 30 Octobre


Akaashi avait dû attendre le jour de la nouvelle lune avant de pouvoir commencer la préparation du Veritaserum. Il avait eu de la chance que cela tombe un dimanche, il pouvait ainsi utiliser le club de Potions toute la journée sans éveiller le moindre soupçon. Après tout, ce n'était pas inhabituel de le trouver là.

Il allait maintenant devoir porter son attention sur un élixir pendant tout un mois… mais dans quoi s'était-il encore embarqué ?

S'il n'avait pas été au courant pour la potion Tue-Loup grâce aux indications d'Ushijima, il n'aurait jamais accordé le moindre crédit aux révélations d'Oikawa. Celui-ci aurait été confronté à un refus catégorique de sa part, comme lors de sa précédente demande. Ce n'était évidemment pas la promesse de découvrir l'identité de l'admirateur qui l'avait fait céder, quand bien même il n'avait maintenant aucune idée de qui il pouvait bien s'agir. Il y accordait simplement peu d'intérêt en ce moment. Ce n'était pas le plus important. Autre chose attisait la curiosité d'Akaashi.

Avec ses nouvelles informations à l'esprit, il ne pouvait qu'approuver les hypothèses du Serpentard, mais comment pouvait-il être au courant, sans savoir pour la potion Tue-Loup ? Pensait-il qu'Iwaizumi était le loup-garou ? C'était le plus probable, considérant les inquiétudes et le tempérament d'Oikawa ces derniers jours…

Quoi qu'il en soit, une de ces créatures résidait bien dans l'enceinte de l'école.

Et s'il avait raison… c'était très grave, et peut-être que le Veritaserum, aussi illégal soit-il, pourrait permettre au Serpentard d'avoir des certitudes sur toute cette histoire. Les autres options étaient bien plus dangereuses et si le Serpentard était prêt à mettre son amitié avec Iwaizumi en jeu avec cette potion, cela restait le choix le plus sûr. Mais ils n'avaient pas le droit à l'erreur, et l'intuition d'Oikawa avait intérêt à être exacte s'ils ne voulaient pas avoir de graves problèmes.

Le Serdaigle avait emprunté la recette de l'élixir dans un livre de la Réserve, et bien qu'elle soit d'un niveau très avancé rien ne pouvait rivaliser avec l'épreuve que fut la fabrication d'une potion sans en connaître les ingrédients. C'était bien plus simple avec des instructions précises, et même si la confection durait un mois il était bien loin de la crise de nerfs qu'il avait ressentie avec la potion Tue-Loup.

— Akaashi !

Enfin, s'il continuait d'être ainsi dérangé son calme n'y survivrait peut-être pas. Sans surprise, Bokuto débarqua dans la petite serre, parfaitement essoufflé, et vint s'asseoir à côté de lui. L'interpellé ne prit pas la peine de répondre à cette exclamation, il resta impassible, les yeux rivés sur le contenu de son chaudron pour garder le peu de concentration qu'il possédait encore. Il avait toujours un peu honte d'avoir cru que Bokuto était l'admirateur, raison de plus pour éviter son regard doré.

— Akaashi ! répéta-t-il avec plus d'insistance.

— Qu'est-ce qu'il y a Bokuto-san…

Le Gryffondor s'accorda un instant de silence de manière à reprendre un peu de souffle. Avait-il couru jusqu'ici ? Mais il n'eut pas le temps de le questionner à ce sujet, car il continuait déjà de parler d'un débit bien trop rapide pour le Serdaigle :

— Terushima vient de nous raconter… c'est vrai que…

Il ne semblait pas même capable de terminer sa phrase et il avait l'air bien trop enjoué pour que cela soit bon signe, surtout si Terushima était impliqué. Le fait qu'il ait quelque chose à voir dans cette histoire la rendait beaucoup plus suspicieuse.

— Apparemment, reprit-il de manière plus articulée, l'année dernière en Soin aux Créatures Magiques… pendant votre cours sur les licornes elles étaient toutes attirées vers toi, et t'étais le seul à pouvoir les toucher !

Akaashi considéra un instant le sens de cette phrase et le souvenir qu'elle évoquait. Et, s'il n'avait pas eu un chaudron bouillonnant face à lui, il aurait laissé sa tête s'effondrer contre la table avec violence. Pourquoi cette anecdote revenait-elle maintenant ? C'était indigne d'intérêt. Oui, toutes les licornes du groupe avaient préféré la présence du Serdaigle à celui de ces Gryffondors infernaux, mais ce n'était pas une occurrence inhabituelle… tout être doué d'un sens de préservation en ferait autant. Il fallait croire que cet épisode avait retenu l'attention de ses camarades.

— Et ?

— C'est vrai ? Je pensais qu'il déconnait ! Ah, Akaashi, geignit-il, t'as trop de la chance ! Quand on a eu ce cours-là, elles voulaient pas m'approcher !

Le Serdaigle leva brièvement les yeux de sa potion pour observer le visage de Bokuto et y déceler la moindre trace d'ironie. Croyait-il réellement que des créatures calmes et paisibles s'infligeraient volontairement la présence d'une personne hyperactive et bruyante ? Avec du recul, il remarqua que cela résumait parfaitement son quotidien, et il ne saurait dire si cette comparaison était amusante ou triste.

— Tu es trop bruyant, tu as dû leur faire peur.

Bokuto illustra ses propos en geignant.

— C'est pour ça qu'elles m'ont approché, reprit le Serdaigle, elles préfèrent le calme.

— Non, c'est parce que ton âme est pure Akaashi !

Ce dernier leva les yeux au ciel. Et puis quoi encore ? La réputation d'Akaashi au sein de Poudlard dépassait son entendement : il pouvait devenir le plus puissant des mages noirs que tout le monde continuerait de louer ses vertus, aussi imaginaires soient-elles.

— Si ça te fait plais- attends un peu, pourquoi est-ce que Terushima racontait ça ?

— Aha, je sais plus, bredouilla un Bokuto pris au dépourvu, ça a dû venir comme ça dans la conversation…

Akaashi, dans un frisson d'horreur, pria intérieurement pour que Terushima ne soit pas l'admirateur. Cette simple perspective le rendait extrêmement mal à l'aise et il ne s'attarda pas plus sur le sujet, peu enclin à en apprendre davantage. Il reporta son attention sur l'élixir qui bouillonnait dans son chaudron d'argent, l'esprit légèrement ailleurs. Bokuto sembla suivre son regard, et seulement quelques minutes furent suffisantes avant qu'il ne se décide à briser une nouvelle fois le silence :

— C'est quoi ?

— C'est rien, fit-il sèchement.

— Oh… et je peux rester avec toi même si tu peux pas m'aider avec mes devoirs ? Ou… je te dérange peut-être ?

— Reste si ça te fait plaisir. Mais ne fais pas trop de bruit.

— Cool ! Merci Akaashi !

Le Gryffondor écarta les ingrédients avec toute la délicatesse dont il était capable pour faire de la place pour ses bras, qu'il croisa sur la table pour y poser sa tête. Akaashi, malgré sa grande concentration, sentait le regard que Bokuto lui adressait. Il ne savait combien de temps cette inactivité allait tenir, mais il était certain que cela ne durerait pas.

— Je ne sais pas comment tu fais pour être aussi fort en Potions ! Faut beaucoup trop de précision.

— C'est plus facile le Soin aux Créatures Magiques c'est ça ?

— Oui, répondit Bokuto sans relever le sarcasme, ou la Métamorphose par exemple.

Extrêmement étonné par cette déclaration, Akaashi adressa un regard curieux au septième année dont les yeux dorés restaient toujours à contempler de son visage.

— Quoi, t'es surpris ?

— Je ne pensais pas que tu avais des facilités dans cette matière, avoua-t-il.

— Et ça veut dire quoi ça ?

Le Gryffondor se releva brusquement devant le sourire narquois qu'arborait Akaashi en gardant le silence. Il reporta son attention sur la potion, mais il ne doutait pas que l'expression sur le visage de Bokuto devait être particulièrement comique. Il était toujours dans l'exagération.

— Akaashi, t'es trop méchant !

Puis il le poussa légèrement d'un coup d'épaule, pour continuer son offuscation théâtrale, sans être véritablement vexé par les implications d'Akaashi.

— Mais j'ai rien dit. Eh, fit-il d'un rire presque imperceptible, ne me pousse pas sinon je vais rater ma potion !

— Et alors, tu devras recommencer, mais c'est pas grave t'es un génie de toute façon !

Akaashi répondit à ce compliment d'un léger sourire, bien plus timide que le narquois qu'il arborait précédemment. Il serait certes extrêmement agacé s'il en venait à rater cette préparation, mais sa fierté adorait vraiment être flattée. Il se demandait si tout le monde pensait la même chose en ce qui concernait le domaine des Potions. C'était certainement pour cette raison que le Professeur Yachi lui avait confié la lourde tâche de la potion Tue-Loup, et qu'Oikawa lui avait demandé de l'aide. Cela lui rappela qu'il était justement en train de préparer un élixir illégal…

Il espérait vraiment que le Serpentard ne se trompait pas, car c'était bien la seule raison pour laquelle il avait accepté cette requête.


Petite précision: pour l'aspect des loups-garous, je me base bien évidemment sur celui des livres et pas des films, c'est à dire des créatures un peu plus grandes que des loups, et non pas je cite : "une espèce de mangouste-suricate-garou dégueulasse". :D

Tenez vous prêt, dans le prochain chapitre il y aura (enfin !) le premier match de Quidditch !