Voici une longue suite mixte, dont vous devez tout le début à notre Katsou et le reste à votre serviteur, quoique j'aie également tissé quelques autres morceaux de ma co-auteure ancestrale dans la trame.

Le chapitre suivant est déjà bien entamé, et sera sans doute publié dans une semaine.

Ah, l'été...


Le vent encore chaud de la journée mourante sifflait aux oreilles des bikers qui filaient à toute berzingue sur les étendues désertes en direction d'Amarillo. Un nouveau coup d'œil anxieux vers l'arrière confirma à Gueule d'Ange les soupçons de Buck : les deux décapotables s'étaient lancées nerveusement à leurs trousses, faisant crisser les pneus dans des embardées ridicules. Ricky fit alors cracher toute la puissance de sa V-Rod, obligeant l'ingénieur à raffermir sa prise sous l'effet de l'accélération et de la crainte qui électrisait sa chair. Cependant, l'allure passablement tranquille des Harleys, même poussées à pleine vitesse, ne permettait pas de distancer un bolide comme la Camaro dont le moteur puissant rugissait sous le capot. La Chevrolet remonta vite la course de l'Electra Glide qui clôturait le peloton des motards, suivie de près par le deuxième cabriolet d'une couleur rouge sale, d'où voltigeait une épaisse tignasse carotte du côté passager. Des braillements excités jaillirent des deux voitures quand la Camaro vint se mettre à cul de la grosse Harley. Buck s'était dressé face à eux tel un échassier, un pied calé sous les fesses et l'autre genou enfoncé dans le dossier, Persephone encore gentiment rangée sur son côté. Les petits yeux bovins du sudiste brillaient d'un éclat meurtrier au milieu de ses cheveux gras qui fouettaient l'air.

- Vous êtes foutus, les mecs ! bêla l'un des passagers de la Chevrolet.

- Ouais, on vous a grillé, les taulards ! ajouta le conducteur en klaxonnant comme un diable.

- A nous la caillasse !

Sur ces mots, le passager avant de la Camaro brandit un Colt 45 sous les acclamations de ses poteaux déchainés avant de tirer au hasard dans la pampa desséchée du Texas. La détonation déclencha une déflagration de terreur dans le ventre de Michael qui s'accrochait à son roc en cuir noir, tandis que Connor fit un écart violent sous le coup de la surprise, brimbalant la tignasse flottante de Buck.

- BANDE D'ENCULES ! lâcha le skinhead dans le vent en serrant ses gros doigts sur le guidon de sa bécane rutilante.

- On s'arrête là, les bouseux ! vociféra le type en pointant son semi-automatique en direction des bikers.

A peine eut-il achevé son geste menaçant que le bras maigre de Buck fit jaillir Persephone de l'ombre comme une levée de rideau, calant le lourd canon de la Belle sur le coffre de l'Electra tandis que l'autre main actionnait froidement la pompe.

- MERDE ! glapit le conducteur de la Camaro en plantant des yeux paniqués dans les orbites creux de Persephone.

Il braqua brutalement en contre sens de la chaussée au moment où la déesse mécanique de Buck cracha son feu dans un bruit assourdissant et frôla la carrosserie bichonnée du cabriolet bleu. La deuxième décapotable dévia également sa trajectoire jusqu'à mordre la poussière du bas-côté, provoquant un épais nuage mousseux.

- CONNARD ! hurla avec rage la rouquine de la voiture rouge, dressée sur son siège en pointant sur Buck un grand Desert Eagle aux éclats dorés, bien trop lourd pour la main frêle qui le tenait.

Le biker se laissa couler dans le siège étroit de la moto, jetant ses jambes de chaque côté du haut dossier avant de donner un rapide coup de coude dans le dos de Connor pour l'inciter à se coucher sur le large guidon. Une puissante détonation retentit de nouveau, faisant siffler la balle perdue à l'oreille de Bagwell qui filait aux côtés de la V-Rod. Ce dernier se crispa sur le Softail en crachant sa rage entre ses dents, incapable de se retourner sans risquer l'accident.

- PUTAIN, C'EST QUOI C'BORDEL ? gueula Ricky en direction de Scofield qui s'était littéralement pétrifié derrière lui.

S'obligeant à sortir de sa torpeur, l'ingénieur risqua une œillade angoissée par-dessus l'épaule pour analyser les événements chaotiques qui se déroulaient dans son dos. Il fut frappé de stupeur devant le tableau improbable qui s'offrait à ses yeux. Les deux décapotables zigzaguaient frénétiquement à l'arrière de l'Electra Glide, les pistolets brandis s'agitant au rythme des secousses, tandis que Buck, toujours avachi contre le gros Connor, leur faisait face avec les quatre fers en l'air, tel un tendron sur le point d'accoucher, et la fidèle Persephone fermement calée entre ses jambes. Des coups de feu aléatoires s'échangèrent dans un vacarme de tous les diables, ponctués de jurons fleuris qui sortaient allègrement de la bouche de Connor. Cette bouffée d'horreur mêlée à toute l'absurdité de la situation hérissa d'effroi la chair de Michael qui se crut un instant projeté dans un mauvais Tarantino.

- Ces pédés nous tirent comme des lapins ! remarqua judicieusement Ricky, ramenant Scofield à toute son impuissance.

Le jeune homme se demandait combien de secondes allaient encore s'écouler avant qu'il n'y ait au moins un mort. Le fusil de Buck impressionnait et semblait désarçonner les poursuivants, mais sa cadence de tir était moins élevée que les semi automatiques qui lui faisaient face. Si la course mouvementée des voitures empêchait les tireurs de faire mouche, l'affrontement restait tout de même bien déséquilibré. Sans parler du baroufle effroyable que tout ce foutoir occasionnait. Même dans une cambrousse aussi dépeuplée que celle qu'ils traversaient en ce moment, ce joyeux concert de tirs, de crissements de pneus et de beuglements ne passerait pas longtemps inaperçu.

C'est alors qu'une nouvelle nappe de vrombissements vint s'ajouter au ramdam ambiant. Les prunelles désespérées de Michael captèrent alors un secours providentiel lorsqu'un escadron de cinq nouvelles motos se déploya autour des deux cabriolets déchaînés, suivi à l'arrière par le pick-up noir de Max Panders. Le bandido sulfureux qu'ils avaient croisé à la station-service semblait avoir pris véritablement à cœur la grande cause des frangins fugitifs en rameutant toute la clique de bikers avec laquelle il voyageait pour leur prêter main forte. Lorsque les occupants des deux voitures s'aperçurent de la présence de cette soudaine armada qui leur filait le train, les flingues abandonnèrent leurs cibles premières et se retournèrent vers les nouveaux poursuivants. Cependant, ces derniers n'étaient pas dépourvus d'artillerie et les canons lourds de leurs armes visaient déjà les têtes qui dépassaient des cabriolets. Les yeux des jeunes gens s'arrondirent de frayeur lorsqu'ils réalisèrent qu'ils n'avaient plus l'avantage. L'un des bikers tira un coup de semonce qui siffla aux oreilles du couple de la voiture rouge et des braillements de protestations désespérées jaillir bientôt des deux véhicules. Buck, de son côté, avait relevé le nez de Persephone avec un sourire en coin, conscient que la partie était jouée.

Des doigts agressifs se pointèrent sur les occupants des cabriolets, exhortant à l'obéissance. Les véhicules ne se firent pas prier longtemps avant de se garer docilement dans un renfoncement discret entouré de forêt, toujours étroitement serrés par la cohorte de motards. De son côté, l'équipée de Scofield et Bagwell, lancée à pleine vitesse par la poursuite qu'elle essuyait, dut amorcer un demi-tour des familles en pleine voie pour rejoindre le gang de joyeux loubards qui l'avait secourue.

- Vous êtes tous entiers ? demanda Ricky en manœuvrant péniblement pour se remettre sur la voie.

T-Bag jeta nerveusement un bras en l'air en signe d'assentiment, tandis que Connor déversait tout un chapelet de grossièretés excédées, signe de sa bien portance. Buck, de son côté, demeurait toujours dans sa position improbable, les deux bottes et le pouce levés.

- Tout le monde va bien, on dirait, observa Scofield dans un soupir de soulagement. Il n'en revenait pas que toute la clique s'en soit brillamment sortie après une épopée aussi absurde que celle-ci. Cependant, malgré ce constat prometteur, le jeune homme ne parvenait pas à détendre son esprit. Tandis que la V-Rod se lançait en direction de l'escadron providentiel, Michael sentait comme une main froide lui serrer le cœur sous le coup d'un pressentiment funeste.


Lorsque les sudistes arrivèrent au niveau du petit retrait forestier sur le bord de la route, ils purent constater que les bandidos avaient déjà éjectés les occupants des deux véhicules, à présent agenouillés en ligne sous le joug des armes braquées sur leurs têtes. Les trois motos se garèrent précipitamment autour des cabriolets, la V-Rod en tête par chance car à peine les moteurs furent-ils coupés que Michael et Ricky avaient dû retenir Theodore et Connor qui fulminaient depuis de trop longues minutes. Tandis que Ricky faisait rempart de ses bras solides pour stopper la masse bouillonnante du skinhead qui aboyait frénétiquement en direction des captifs, l'ingénieur courait vers T-Bag qui descendait fébrilement du softail malgré sa jambe douloureuse et venait de serrer un flingue dans sa main tremblante de rage. Buck, pour sa part, s'était tranquillement déplié de l'Electra Glide, Persephone toujours en main bien qu'il restait sagement à l'écart du conflit, peu soucieux d'intervenir dans la tentative de sauvetage désespérée de leurs poursuivants.

- Attends… Fais pas de connerie ! glapit Michael en agrippant le bras du pédophile, pas certain de savoir s'il pouvait se permettre de l'appeler par son nom face à toutes ces oreilles étrangères.

Mais le contact fiévreux n'eut pas l'effet qu'espérait le jeune homme. Déjà T-bag empoignait sèchement les cheveux clairs de celui qu'il reconnaissait être le tireur de la chevrolet, et fourra de force le canon de son arme dans la bouche du type qui geignit de terreur.

- Attends, écoute-moi ! renchérit Scofield en resserrant sa prise sur la chair du sociopathe.

- Ah Beauté, ce n'est pas le moment de faire des roulades dans mes pattes ! cracha Bagwell en enfonçant toujours plus le canon de son arme dans la gorge du jeune homme dont les yeux se mouillaient de larmes.

- Nan ! Faites pas ça ! C'est bon, on a déconné mais on dira rien ! hurla le conducteur de la Camaro, agenouillé aux côtés du malheureux.

- C'est ce qu'ils disent tous... souffla T-bag en levant le cran de sûreté.

Michael tressaillit violemment il agrippa le bras du pédophile à deux mains et s'évertua à retenir le flingue dans un geste désespéré.

- ATTENDS ! Tu fais ça, et c'est fini.

- Tu as dit « pas d'innocents », Gueule-d'Ange. Cette petite pourriture m'a tiré dans le dos. Elle a tiré sur Buck et Connor, et peut-être bien aussi sur Ricky et toi. On sort pas vivant de ce genre d'altercation avec moi, conclut Bagwell sans avoir quitté un instant des yeux sa future victime.

- Mais on s'en fout, de ce type ! Toi et moi on est foutus, si tu fais ça. On tiendra pas deux jours de plus. Je le sais... et tu le sais.

Tout en assénant ces quelques vérités, l'ingénieur avait cherché à toutes forces à solliciter le regard de Theodore, jusqu'à appuyer son front sur sa tempe, qu'il touchait déjà presque.

- Cède et tu signes ton arrêt de mort, et le mien avec. T'es un survivant. Il serait temps d'adapter ton instinct à ICI et MAINTENANT !

T-bag poussa en retour son front contre le sien, recentrant le duel. Michael se félicitait à peine de lui avoir fait lâcher sa proie des yeux qu'il sentit l'avant-bras plonger un peu plus bas et avec lui le canon, bien trop loin dans l'arrière-gorge de leur agresseur, qui émit un gargouillis étranglé, le souffle obstrué par la morve. Un mouvement brusque, et le coup de feu explosa en vrillant les oreilles de Scofield. Il couvrit immédiatement son visage de ses mains et y planta les doigts à s'en faire mal, tandis que des cris désespérés s'élevaient derrière lui. Non. Non. Non. Non. Il refusait catégoriquement ce qui venait de se produire. Il ne respirait plus. Il jetait l'éponge. L'horreur déferla en lui, emportant les dernières barrières de sang froid qui avaient résisté au danger de mort.

- C'est ton jour de chance, petite merde.

Michael fit volte-face pour constater que le tueur avait manifestement tiré à côté, ultime luxe irraisoné qui n'était pas complètement irréparable leur ancien poursuivant éructait désormais pour absorber un brin d'air, effondré sur le flanc dans sa propre urine.

Scofield s'éloigna brusquement, la main plaquée sur la bouche en dernier recours à une révolte trop bruyante, et alla écraser son poing contre l'écorce rugueuse du premier arbre venu, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, jusqu'à ce qu'avec le sang émerge complètement la panique de la bête traquée focalisé par la douleur, il se laissa trembler sur ses bases, de pied en cap secoué par un mélange de fureur et de peur primale qui l'ébranlait un peu plus à chaque morsure. Il ne s'accoutumait en rien à la mort qu'il provoquait, à son ombre qu'il frôlait de bien trop près... Il sentait sa barque tanguer sous la charge.

Theodore replia son arme dans le jean et roula frénétiquement des épaules, ses multiples ridules agitées de tics nerveux, frustré de ne pas avoir anéanti plus efficacement l'ignoble menace qu'on avait fait peser sur lui. Il s'approcha de Scofield d'un pas plus raide qu'à l'ordinaire et serra une main nouée sur l'épaule de l'ingénieur.

- Du calme, Beauté.

Michael posa sur T-Bag des yeux électriques, tandis que les derniers soubresauts de frayeur lui secouaient violemment le corps. Une douleur sourde lui martelait le crâne et il ne se sentait plus la force de réfléchir à l'attitude à prendre avec le sociopathe.

- Ne me refais jamais un coup comme ça ! C'est pas l'équipée sauvage, abruti ! On ne tient qu'à un fil, tu le comprends, ça ?! Tu nous mets en danger avec tes pulsions de merde... ! Explosa-t-il, la gorge serrée sur la fin.

- Je l'ai pas tué pour l'instant, non ? signala Bagwell avec dépit.

En réponse, Scofield le saisit des deux mains au collet le sociopathe lut dans son regard qu'il aurait rêvé de le rosser d'importance, pour tout salaire de son comportement exemplaire. Quel comble ! Mais il resta vaillant jusqu'au bout, ne se défendant qu'en posant les mains sur ses poings et en ajoutant la seule remarque qui ferait toute la différence pour aider Gueule-d'Ange à retrouver l'équilibre.

- Si t'avais pas été là, j'aurais déjà crevé le gamin.

La lueur destructrice dans les yeux cristallins sembla en effet s'émousser, sans que Michael ne le lâche pour autant.

- Et tu ne vas tuer personne, lui intima-t-il. On peut pas semer des cadavres.

- Je l'ai mis en sursis pour que tu t'expliques, mon joli, mais je m'inscris en faux. Je les laisse en vie et ils parlent. Ils parlent toujours... Si j'avais laissé le p'tit Bob en vie, Gueule-d'Ange, ne t'en déplaise !... c'est ton frère qui y serait passé, à l'heure qu'il est.

- N'essaie pas de te faire passer pour un héros ! John avait la situation en mains, tu n'as fait que ce que tu fais le mieux : tuer un homme et foutre la pagaille. Ca ne se passera pas comme ça, cette fois.

Sur cette mise au point, l'ingénieur s'éloigna d'un Theodore doublement froissé, qui ne put que se réconforter en léchant discrètement le sang que les jointures de Scofield avaient laissé dans sa paume.

Tandis que toutes les cartes d'identités étaient collectées et dûment photographiées par un costaud pourvu d'une impressionnante paire de moustaches grises en collier, les automobilistes, sommés de s'expliquer, confirmaient piteusement qu'ils avaient reconnu l'as de l'évasion dont parlaient tous les médias et s'étaient senti pousser des ailes de mercenaires improvisés.

- Vous pouvez pas nous blâmer, tenta le chauffeur du cabriolet rouge, ce qui fit monter un crissement général des rangs bandidos.

Un gaillard basané coiffé d'un bonnet le toisa derrière ses lunettes profilées et répliqua dans un accent hispanique à couper au couteau :

- Tou as vou cé qué tou condouit à l'âge qué t'as, et tou as encore bésoin d'argent ?

Max Panders, toujours torse nu et tenant l'un des passagers malchanceux au bout de son neuf millimètres, cracha à leurs genoux et secoua lentement la tête, consterné.

- On est désolés ! lança la tireuse au Desert Eagle sans lever la tête. C'est partout sur Facebook alors on s'est emballés comme des cons. Mais c'était même pas nos hommes et on a foutu le bordel pour rien. On s'excuse vraiment d'avoir fait nimp'.

- Tu peux t'excuser, salope, on va tous vous faire la peau ! gronda Connor, que Michael gardait désormais à l'oeil.

Les otages qui n'étaient pas purement tétanisés protestèrent à nouveau de leur silence futur. Les traits de son visage buriné tordus de colère, leur inquisiteur vint s'accroupir devant la rouquine et lui souleva le menton.

- Sacrée fâcheuse méprise... Tou sais sour qui vous êtes tombés à la place, toi et tes copains ? Les poutains dé bandidos.

A ces mots, un frisson parcourut la bande de jeunes et Connor eut un sursaut d'indignation qui passa par bonheur inaperçu. Le vieux routier aux bacchantes dissuasives ajouta avec impatience :

- Merde, on vous a pas dit ? Faut pas vous colleter aux bandidos, les enfants. Maintenant on va devoir vous embarquer dans un hangar et vous coller à tous un pruneau dans la nuque.

Les suppliques fusèrent de plus belle et deux des autres automobilistes fondirent en larmes, arrachant un sursaut dédaigneux à la babine de T-bag. Le gaillard à bonnet se redressa et se tourna vers l'équipage des fugitifs.

- Ma foi, qu'est-cé qu'ils en disent, les amigos qué vous avez attaqués comme oune bande dé peaux-rouges attardés ?

- Arrête avec ton accent de merde… grogna un brun à bandana rouge, l'arme vaguement pointée sur la loque hoquetante que constituait désormais le tireur de la chevrolet.

- Qu'est-ce que tou veux dire, Gringo ? répondit l'autre en s'approchant avec provocation, sa botte massive à deux doigts du visage du gamin.

- Je veux dire que tu nous râpes les raisins avec tes manières de pingouin ! L'autre, il a jamais foutu les pieds au Mexique et il nous la joue Antonio Banderas. Merde !

- Il est né à Forthworth…crut bon de préciser le grand blond en direction de T-Bag et de Michael.

- Bon, ça va… Faut bien faire un peu vivre le folklore ! Tu crois que ça vient d'où, « bandidos » » ?

Connor se crispa de plus belle à l'évocation douloureuse de ce nom barbare tandis que Max soupira bruyamment, son flingue toujours braqué sur le front ruisselant de l'homme agenouillé.

- Bon les mecs, on va remettre les grands débats à plus tard, si ça vous gêne pas. Y s'rait peut-être temps de décider c'qu'on fait de cette bande de joyeux couillons.

- A la benne ! lança la petite teigne au badana rouge.

- Attendez, moi j'les connais... indiqua une voix sans timbre.

La plupart des jeunots osèrent alors lever la tête, pour voir un grand échâlas sanglé dans son trois-quart plier sa carcasse et la compresser à leur hauteur avec une brusquerie inquiétante, un genou à terre.

- Francis ! s'exclama le conducteur du cabriolet avec un soulagement inespéré.

Michael observa le quadragénaire, dont les cheveux rares et découverts détonnaient parmi les bandidos tout chez lui donnait l'impression... que quelque chose clochait. Il offrit à l'otage un sourire qui semblait absorber ses lèvres au-dessus de son menton en galoche.

- Steve Monroe, souligna-t-il. Comment va ta maman ?

- … Bien, elle va bien ! répondit l'intéressé avec quelque hésitation, mais le visage tout à coup béat d'espoir.

- C'est bien... apprécia doucement le dénommé Francis. Ca fait longtemps que je suis pas venu lui rendre visite. Tu m'excuseras auprès d'elle ?

Steve Monroe opina du bonnet.

- Mais pas tout de suite, hein ? Là tu m'as pas vu, on se croisera dans quelques jours.

- Entendu !

- Et tes petits frères, ça va ? reprit-il de la même voix blanche.

- Oui, ça va...

- C'est bien, ça.

L'homme recroquevillé l'observa longuement, atone derrière les verres de ses lunettes de vue.

- Et tu t'es trouvé une copine ? reprit-il en hochant simplement la tête en direction de la rouquine.

Le soulagement de son interlocuteur commençait à refluer.

- Ben oui...

Il se mit alors à la fixer, elle, sans plus d'expression sur ce visage presque concave la jeune femme gardait les yeux au sol.

- Elle est très mignonne... Comment elle s'appelle ?

- Emily.

- Emily... répéta-t-il, avant de se retourner vers lui. Et elle est bonne, Emily ?

La tension venait de franchir un cap au-delà duquel Michael se devait d'intervenir mais il fut surpris par la poigne de Ricky sur son bras, qui l'exhorta sévérement à la réserve encore quelques instants par deux signes de son index. Le garçon, humilié, bottait en touche.

- Alors, dis-moi, elle est bonne, Emily ? réitéra Francis.

- Oui, lâcha-t-il avec une résolution docile.

- Je te crois, répondit l'homme avant de se tourner cette fois vers la petite troupe. Et vous autres, vous l'aimez bien, Emily ?

Les jeunes bredouillèrent un assentiment mal à l'aise.

- … C'est bien, constata le bandido.

Il braqua de nouveau ses yeux pers sur Steve Monroe, puis conclut simplement :

- Bon allez, on va vous laisser rentrer à la maison, hein ? C'est pas une compagnie pour des jeunes gens bien sous tout rapport...

Scofield relâcha le souffle qu'il retenait inconsciemment. Tandis que le géant longiligne se dépliait à nouveau en une seule ondulation anguleuse, le jeune évadé remit sur pied la victime de T-bag, toujours dans un état lamentable. Etonamment, Buck se dérangea pour aider la jeune femme à se relever, pas chien, mais sa charité s'arrêta là. Alors que Michael tendait la main à d'autres, Bagwell se saisit discrètement de sa proie une dernière fois pour lui glisser :

- Si t'es encore en vie c'est uniquement grâce à cet homme. … Tâche de pas l'oublier.

Le tireur, figé dans une posture défensive, se contenta de hocher vivement la tête, avant de se faire jeter un peu plus loin, vers le vieux routier qui leur rendait leurs papiers tout en leur en collant la trace sous le nez avec son téléphone.

Les deux voitures déguerpies, les accolades de circonstances purent enfin être lâchées avec force témoignages de gratitude. Connor faisait preuve d'une réserve inhabituelle, mais remercia tout de même sincèrement leurs adjuvants.

- Les bandidos, ma parole... apprécia Buck en branlant du chef. Si ça s'appelle pas avoir le cul bordé de nouilles...

- Michael Scofield et ses gars ! s'exclama le biker grisonnant, un sourire ravi étirant le collier de ses moustaches. Bienvenue, les amis. Moi c'est Clayton et voilà Max, que vous connaissez, Pedro, Francis, Reno... Bon enfin on a bien le temps pour les présentations. Mieux vaut pas moisir ici, vous êtes d'accord ? Bon, alors je vous emmène chez nous. Vous êtes désormais sous notre protection, aussi longtemps que vous serez dans le quartier.

Les Alabamiens acceptèrent avec joie, et Michael évacua vite sa première hésitation car force était de constater qu'à ce stade, l'esquive n'était plus exactement de mise. Il sourit avec reconnaissance aux bandidos qui le gratifiaient de quelques signes de solidarité, sous l'oeil comblé de Max Panders.

- Merci surtout à toi, on te doit une fière chandelle ! lui dit-il.

- Ben c'était normal. Eh, si t'en as marre de la moto, tu peux monter dans le camion si tu veux, proposa-t-il.

Il faillit accepter sous le coup d'une grande fatigue qui ne lui aurait pas fait dédaigner le confort d'un habitacle mais, voyant l'expression crispée par laquelle T-bag le retenait, il se rappela qu'il était toujours, lui aussi, un peu otage dans cette histoire. Il était trop tôt pour négocier un écart aussi futile... Il déclina donc poliment et rejoignit ses compagnons de route. La caravane se mit en route alors que le soleil se couchait.