Okay, je ne sais même pas si des gens suivent toujours cette histoire, et je suis vraiment désolée pour l'immense retard, surtout que je n'ai aucune excuse. Enfin, je suis enfin en vacances donc je vais essayer de me remettre à cette histoire et de l'avancer au maximum pendant l'été. Mais surtout, je voudrais dire un immense merci à ceux qui ont laissé des reviews, parce que c'est vraiment grâce à vous que j'ai recommencé à écrire.
POV Quinn :
La main tendue devant moi pour attraper le sel, je me fige un infime instant en percevant le bruit du loquet de la porte, signe que mon père rentre dans la pièce et me rejoint pour le dîner. C'est malheureusement suffisant pour qu'il le remarque, comme le regard chargé de mépris qu'il me lance me le fait bien comprendre.
Je fais néanmoins comme si de rien n'était, ne tenant pas particulièrement à déclencher une de ses fameuses colères. Il semble se désintéresser de moi, se contentant de piocher distraitement de la nourriture dans les plateaux à sa disposition, plongé dans la lecture d'un quelconque document -sûrement confidentiel- pour qu'il prenne la peine de le lire.
J'espère que ce n'est pas encore une dénonciation à propos de la Résistance -je ne comprendrais jamais les personnes capables de dénoncer leurs amis, leur famille ou même leur conjoint en échange de quelques pièces d'or.
Mon rythme cardiaque qui avait presque repris une allure normale s'accélère de nouveau lorsque le bruit du document jeté contre la table résonne dans la pièce. Je n'ai même pas besoin de relever la tête pour savoir que l'attention de mon père est désormais entièrement centrée sur moi, c'est comme si je sentais son regard perçant me détailler de haut en bas.
_Tu as passé une bonne journée, Quinn ?
Je me contracte immédiatement -et tente au mieux de le cacher. Sa voix froide, calculatrice, me fait l'effet d'un venin glissant lentement mais sûrement dans mes veines. Pourtant, lorsque je lui réponds, c'est d'une voix assurée et neutre qui ne laisse pas filtrer une once d'inquiétude. Dire qu'il m'a fallu des années d'entraînement pour arriver à ce résultat -et qu'il y a encore des fois où cela ne marche pas.
_Aussi agréable que d'habitude.
Si j'étais face à Mike ou Santana, ils n'auraient pas le moindre effort à faire pour comprendre l'ironie de mes paroles alors que mon père, lui, en est incapable, faute de me connaître réellement. Cela ne l'empêche pas de me fixer longuement, à la recherche de la moindre trace de nervosité ou de mensonge.
_Tu sembles tendue.
Encore une de ses tactiques pour me déstabiliser. Prêcher le faux pour savoir le vrai. Aussi, je lui lance mon sourire le plus assuré que je possède.
_Pourquoi le serais-je ?
Il se contrôle tout autant que moi mais je vois néanmoins une pointe d'agacement traverser fugacement son regard. J'ai intérêt à faire attention.
_Oh, je ne sais pas.
Je sens malgré moi mon sourire se figer et mon corps se raidir instinctivement à l'entente de la colère sourde contenue dans ses paroles.
_Peut-être parce que tu as décidé quet'abaisser à fréquenter l'une de ces pauvres petites paysannes qui me servent de sujets était une bonne idée.
Et voilà. On y est.
Je savais que m'asseoir en cours à côté de Santana était une très mauvaise idée, autant pour elle que pour moi, mais je n'ai pas pu m'en empêcher. Mike m'avait tellement pris la tête que, sur le moment, la seule chose que je voulais était d'être en compagnie de quelqu'un qui ne me juge pas et me comprenne vraiment. Et Santana est la seule personne qui correspond à cette description.
Je savais que je le payerai cher. Maintenant, la seule chose qui m'importe, c'est de faire en sorte qu'elle n'en paye pas les frais elle non plus.
_Je me suis juste assise...
Ma voix s'éteint dès que je vois son regard plein de haine. Et que des frissons désagréables remontent le long de mon dos.
_Pourquoi ?
Face à son ton plein de mépris et de rancœur, je dois mobiliser tout mon sang-froid pour empêcher mes membres de se mettre à trembler. Quoi que je dise, je ne sais que trop bien ce qui risque d'arriver.
Je pensais avoir plus de temps pour me préparer à cette confrontation -j'oublie toujours l'influence et la puissance de mon père.
_Je...
J'hésite un instant, n'étant plus vraiment sûre que mon mensonge réussira à convaincre mon père. Fatal.
_Tu hésites, Quinn ?
Il faut que je me reprenne. Tout de suite. Je ne veux même pas penser aux conséquences si mon père découvre ne serait-ce qu'un dixième de ce que je fais avec Santana.
_Non, je réfléchissais juste au meilleur moyen de formuler ça, c'est un peu compliqué.
Je lui adresse mon sourire le plus hypocrite, censé détendre un peu l'atmosphère. Évidemment, cela ne marche pas.
_Tu me crois trop stupide pour comprendre tes histoires ?
Merde merde merde. Je n'ai qu'à voir sa main se contracter compulsivement autour de sa bouteille pour comprendre qu'il est à deux doigts de se lâcher.
Je n'ai plus le droit à l'erreur -mais c'est peut-être déjà trop tard.
_Je ne penserai jamais cela de vous, père. C'est juste que, cette fille à côté de qui je me suis assise, sa tête ne me revenait vraiment pas alors j'avais envie de lui préparer un petit quelque chose. Et m'asseoir à côté d'elle était le meilleur moyen pour gagner sa confiance et ensuite en profiter.
Il me juge du regard, essayant de déterminer si je dis la vérité ou non, et je m'efforce de rester stoïque -ce qui n'empêche pas mon cœur de battre à toute allure dans ma poitrine. Après un long moment, il hoche lentement la tête, comme satisfait. C'est tout à fait le genre de plan qu'il pourrait réaliser.
Et, durant un instant, je crois presque que je vais réussir à m'en tirer.
Je suis vite ramenée à la réalité par la vive douleur contre ma joue alors que mon père se tient juste en face de moi, la bouteille avec laquelle il vient juste de me frapper toujours à la main.
_Tu crois sincèrement que j'en ai quelque chose à foutre de tes raisons minables ?
Son visage furieux, tout contre le mien, me rappelle tellement de mauvais souvenirs. A ce stade là, je sais qu'il n'y a plus rien à faire. Juste attendre que ça passe.
Alors qu'il lève à nouveau la main vers moi, il est interrompu par le bruit de la porte qui s'ouvre. Il ne tourne même pas la tête et lance, d'une voix qui ne souffre d'aucune protestation.
_Dehors.
Je suis tout autant surprise que lui lorsque le son de la porte se refermant ne se fait pas immédiatement entendre, et que l'un de ses nombreux gardes se racle nerveusement la gorge.
_Votre Majesté...
Cette fois-ci, mon père se retourne vers lui pour le toiser de toute sa hauteur.
_Tu oses m'interrompre ?
Le garde se liquéfie sur place, et ne parvient qu'à balbutier quelques bouts de phrases.
_Non...je...vraiment désolé...documents volés...intrus...
L'attention de mon père se dirige totalement vers lui à la mention de documents volés.
_Des documents volés dis-tu ?
Le garde semble reprendre un minimum de contenance et gonfle la poitrine avant de reprendre la parole.
_Oui Majesté, une patrouille aléatoire a trouvé une serrure fracturée et ils se sont aperçus que des documents avaient été dérobés...
Je décroche à partir de cet instant et ne peux que rester là, le regard dans le vide, la joue en sang. Le bruit de la porte qui claque me fait sursauter, et je m'aperçois que mon père et son garde ont quitté la pièce.
Je l'ai échappé belle. Pour cette fois.
Mais je ne sais pas si j'arriverai à supporter ça encore longtemps.
XXX.
_T'as l'air ailleurs, Q.
Je sursaute involontairement au murmure de Santana et me maudis aussitôt en voyant qu'elle l'a remarqué. En tournant la tête vers elle, je me rends compte qu'elle m'observe d'un air que l'on pourrait presque qualifier d'inquiet. Sauf que je ne veux pas, je ne peux pas lui parler de mon père et de ce qu'il a fait -m'a fait. Alors je fais ce que je sais faire de mieux ; mentir.
Je hausse des épaules, gribouillant distraitement sur ma feuille, essayant d'avoir l'air le plus décontracté possible.
_C'est rien, je pensais juste au gros contrôle que l'on a la semaine prochaine.
Ses yeux me parcourent de haut en bas, m'examinant attentivement, à la recherche du moindre signe qui indiquerait que je ne dis pas la vérité. Et ça ne tarde pas.
_Tu mens.
Elle commence à trop bien me connaître.
Je ne lui réponds pas, conscience que cela ne changerait rien. Elle est loin d'être assez stupide pour croire à mes mensonges -surtout quand je mens aussi mal.
Je peux presque la sentir rouler des yeux à mes côtés face à mon absence de réponse, et son ton concerné me parvient aux oreilles après seulement quelques secondes.
_Quinn, qu'est-ce qu'il se passe réellement ?
Je sens mon cœur se serrer en voyant qu'elle s'inquiète sincèrement pour moi. J'avais presque oublié ce que c'était d'avoir quelqu'un qui tient réellement à vous. Et ça m'avait manqué, bien plus que je ne voudrais l'avouer.
C'est pour ça que je me sens d'autant plus mal à l'idée de devoir lui cacher des choses.
_Je ne peux pas t'en parler.
Son expression reste neutre, mais maintenant que la connais assez pour savoir où regarder, je distingue sans peine la crispation de sa mâchoire qui trahit son agacement. Ce qui ne fait qu'attiser ma culpabilité.
_Je suis désolée, San.
Elle secoue la tête, son regard se reportant sur sa feuille.
_C'est rien.
Il me suffit d'entendre la froideur de son ton pour savoir que ce n'est pas rien. Autant par désir de la calmer que pour obéir à une pulsion soudaine, je me saisis de sa main, qui était posée sur sa cuisse, et la serre délicatement entre mes doigts.
Je la sens se tendre dangereusement à mon geste et, pendant un instant, j'ai même peur qu'elle ne retire brutalement sa main, mais elle ne le fait pas. Inconsciemment, je relâche la respiration que j'avais retenu pendant tout ce temps.
_Crois-moi San, je ne peux vraiment pas t'en parler. Ca t'impliquerait beaucoup trop, ça te mettrait peut-être même en danger. Et je ne le veux pas.
Les sourcils froncés, elle semble se détendre légèrement, mais sa posture est loin d'avoir retrouvé sa décontraction habituelle.
_Je comprends.
Certes, son ton n'est pas aussi froid que quelques instants plus tôt, mais il n'est pas exactement chaleureux non plus.
Je sais pertinemment que c'est de ma faute, mais je ne veux pas qu'elle reste en colère contre moi. Je tiens trop à elle pour ça.
_Tu es toujours libre pour qu'on se voit ce soir ?
Elle retire sa main de la mienne, pas violemment mais sans délicatesse particulière, et je dois me contrôler pour ne pas laisser paraître le brusque pincement au cœur que son geste me cause. Les yeux penchés sur sa feuille, son stylo à la main, elle ne m'adresse pas un regard.
_J'ai un imprévu, désolé.
Je me retiens de rouler des yeux parce que la dernière chose dont j'ai besoin c'est de l'énerver encore plus. Après tout ce qu'elle m'a confié, je me doutais très bien qu'elle le prendrait mal si je lui cachais des choses, mais je n'avais pas pensé que cela serait à ce point. Il faut dire que notre relation a toujours été extrême.
Sans même m'en rendre compte, je tends ma main vers son bras, et ne m'arrête qu'au dernier moment, en réalisant que ce n'est certainement pas le meilleur moyen de la détendre.
_San', viens ce soir, laisse moi me rattraper.
En voyant que mon intervention n'a eu aucun effet, je rajoute, d'un ton tout juste assez haut pour qu'elle l'entende.
_S'il-te-plaît.
Elle se tourne brusquement vers moi, probablement pour vérifier que son ouïe ne lui a pas joué des tours et qu'elle a bien entendu ces mots-là sortir de ma bouche.
Ses yeux parcourent attentivement et minutieusement mon visage, à la recherche de je-ne-sais-quoi. Néanmoins, elle semble avoir trouvé ce qu'elle cherchait, et son murmure rauque me parvient délicieusement aux oreilles.
_Ok, je viendrai.
Je lui adresse un grand sourire de remerciement, sincère qui plus est.
_Merci.
Elle n'a pas le temps de répondre que la cloche sonne, lui coupant la parole, et je m'enfuis au plus vite de la salle -pas envie que notre abruti de prof vienne encore me faire l'éloge de mon père- mais non sans lui avoir déposé un léger bisou sur la joue. Je n'ai plus qu'à trouver un plan d'enfer pour ce soir maintenant.
XXX.
Je balance mon sac dans la chambre, heureuse d'être enfin libérée des cours pour aujourd'hui et m'écroule littéralement sur mon lit. J'ai besoin de souffler deux minutes, à la fois pour ne plus penser au lycée mais surtout pour réfléchir à ce que je vais bien pouvoir dire à Santana ce soir. Même si elle a accepté de me voir, je sais bien qu'au fond elle m'en veut toujours un peu de lui mentir et je déteste qu'il y ait des non-dits dans notre relation.
Peut-être que je devrais être honnête avec elle. Entièrement. Mais c'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire.
_Il faut qu'on parle !
Je sursaute violemment en entendant la porte claquer contre le mur, et me retient de toutes mes forces pour ne pas lever les yeux au ciel au son de la voix déterminée et résolue de Mike.
_Qu'est-ce qui t'arrive ?
Apparemment, il n'a pas apprécié mon ton blasé au vu du regard furieux qu'il me lance.
_Je dirais plutôt, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Je me redresse dans mon lit pour mieux pouvoir l'observer, et je ne me rends compte qu'à cet instant qu'il est habité par une nouvelle détermination qu'il n'avait pas jusque là.
_Excuse-moi ?
Il croise les bras en s'adossant à mon bureau, et me lance un regard qui me fait comprendre qu'il est très loin d'être dupe.
_Tu crois vraiment que tu peux faire ton numéro de fille à papa égocentrique avec moi ? Parce que je te le dis tout de suite, ça ne va pas marcher.
Je hausse un sourcil en le dévisageant, à la fois surprise et blessée par son comportement. Qu'est-ce qui lui prend ?!
_ Tu sais quoi ? Si t'es venu juste pour m'insulter, tu peux repartir de suite.
Il me regarde dans les yeux, et pendant un instant je crois presque qu'il va juste pousser la porte et s'en aller mais, au lieu de ça, il prend ma chaise de bureau et s'assoit dessus.
_Je ne compte pas repartir avant que tu me dises clairement ce qui se passe entre Lopez et toi. Et, accessoirement, j'apprécierais que tu arrêtes de me mentir.
Je déglutis difficilement, restant un instant figée face à ses propos. Je croyais que Santana avait réussi à le dissuader de s'intéresser à nous -apparemment pas.
Et maintenant, je ne sais pas quoi faire. D'un côté, je déteste plus que tout mentir à mon meilleur ami et je n'ai vraiment pas envie d'être en froid avec lui mais d'un autre je ne peux pas trahir Santana et avouer les circonstances et la nature de notre relation. Elle fait partie de la Résistance, et je veux pas la mettre en danger plus qu'elle ne l'est déjà. Je ne crois pas que je pourrais supporter si quelque chose lui arrivait.
Je relève la tête, prête à essayer de détourner le sujet, mais je reste frappée par l'intensité du regard de Mike. Je crois que c'est l'un de ces moments où l'on se rend compte qu'on est dans un tournant de notre amitié, et que ce que je vais dire risque de fortement influencer notre relation future -dans un bon comme dans un mauvais sens. Inconsciemment, je repense à tous ces moments que j'ai partagé avec lui, tous les fous rires, tous les coups durs et je me ravise presque, envisageant la possibilité de lui dire la vérité.
Mais d'autres images s'imposent à moi.
Des cheveux noir corbeau, des yeux d'un marron profond, un sourire souvent narquois mais tellement agréable, un visage à couper le souffle, un rire si mélodique... Santana. Je ne peux pas lui faire ça.
_Encore une fois, je ne l'aime pas. C'est pas compliqué à comprendre ?
Le regard de Mike se voile imperceptiblement à ma réponse d'un ton froid, et je prends pleinement conscience qu'on vient de le passer, ce tournant dans notre amitié. Mais je ne fais pas marche-arrière -c'est trop tard.
_Très bien.
Je frissonne involontairement à sa voix dénuée d'émotion.
_Quand tu seras fatiguée de vivre dans un mensonge permanent, tu pourras venir me parler. En attendant, c'est mieux si on ne se voit plus.
Je détourne le regard, tentant au mieux de camoufler mes émotions, et ne m'autorise à me relâcher qu'une fois que le son de la porte qui se referme ne m'est parvenu aux oreilles.
J'ai juste envie de m'effondrer.
Néanmoins, ce n'est pas le moment de se laisser aller. Je ne veux pas penser à ce qui vient juste de se passer. Ce soir, je veux juste penser à la meilleure façon de me rattraper avec San' et de profiter de sa présence.
Et je verrai demain pour les conséquences.
XXX.
Le cœur battant, je me retourne pour le énième fois en entendant une branche craquer tout près de moi. Toujours pas de signe de San'. Cela doit déjà faire vingt bonnes minutes que je l'attends, mais j'imagine que c'est sa façon à elle de me faire payer mes cachotteries de ce matin.
_Salut.
Je sursaute inconsciemment et me retiens de porter ma main à mon cœur à la frayeur que m'a faite Santana.
_Hey !
Je me tourne vers elle et lui fait la bise mais même si elle me la rend, je me rend compte sans difficulté qu'elle est un brin plus distante que d'habitude. Et je veux rattraper ça.
Je plante mes yeux dans les siens, et reste un instant figée devant le tourbillon d'émotions et l'agitation que je peux y lire avant de me souvenir de ce que je voulais dire -et surtout de comment articuler une phrase.
_Suis-moi. Je veux te faire changer d'avis.
Je perçois sa surprise à son infime mouvement pour froncer les sourcils, avant que je ne me détourne pour commencer à grimper à « notre » arbre.
_A propos de quoi ?
Alors que son murmure délicieusement rauque résonne à mes oreilles, je prends un instant pour réfléchir sérieusement à sa question. C'est vrai, après tout, pourquoi je fais vraiment ça ? Pourquoi son opinion me tient tant à cœur ? Pourquoi elle est même devenue celle qui importe le plus ? Pourquoi ?
Je ne suis pas sûre de vouloir savoir la réponse.
_Tu le sais très bien.
Je n'ai même pas besoin de me retourner pour deviner son haussement de sourcil, aussi je réponds à sa question muette.
_Par rapport à ce matin.
J'arrive en haut de l'échelle, et prend place au bord de la plateforme, les jambes dans le vide, attendant qu'elle me rejoigne et prenne place à mes côtés -ce qui ne tarde pas à arriver.
On reste assises l'une près de l'autre pendant un certain temps, nos épaules se touchant simplement, avant que je ne me décide à briser le silence.
_Tu sais, je suis désolée si ce matin je t'ai donné l'impression de ne pas avoir assez confiance en toi pour me confier, parce que c'est clairement pas le cas, et tu devrais le savoir.
_C'est plus compliqué que ça.
Sa voix brisée, à la fois mesurée et fragile, me fait l'effet d'une tornade dévastant tout sur son passage. C'est comme si une infime partie de ses blessures intérieures se dévoilait à moi.
_C'est juste que... après Britt'... j'ai vraiment du mal quand les gens me mentent ou me cachent des choses.
Je me sens mal pour elle -de savoir qu'elle a visiblement beaucoup souffert à cause d'une fille- et j'essaye de me retenir, vraiment, mais je ne peux m'empêcher de laisser échapper ma frustration.
_On peut pas dire non plus que tu sois un modèle de transparence.
A ces mots, elle se tourne brusquement vers moi et toute trace de sensibilité et d'émotion disparaît de son visage pour laisser place à un agacement profond.
_T'es sérieuse là ?!
J'ai comme une impression de déjà-vu.
_Sérieusement, Quinn ?
Je baisse la tête, incapable de faire face au regard accusateur de ma sœur.
_Depuis quand tu te bats avec tes camarades de classe ?!
Je serre la mâchoire, mais ne réponds toujours pas. Je n'ai juste pas envie de m'expliquer, même si c'est ma sœur qui me le demande.
_Et puis je croyais que cette fille était ton amie ?
_Elle ne l'est plus.
Frannie me lance un regard des plus noirs, alors que je baisse de nouveau la tête face à la réprobation que je peux lire sur son visage.
_Pourquoi tu as fait ça ?
Je hausse les épaules, comme si ça n'avait pas d'importance.
_Je ne le referai plus.
Je sursaute quand je sens Frannie me prendre par les épaules pour me guider doucement vers le canapé, où elle s'assoit face à moi en maintenant le contact avec ses mains.
_Ce n'est pas ce que je t'ai demandé.
Je laisse mon regard vagabonder partout dans la pièce, tachant seulement d'éviter celui concerné et inquiet de ma sœur. Elle finit par souffler un grand coup en levant les yeux au ciel, avant qu'elle ne se saisisse doucement de mon menton pour pouvoir me regarder dans les yeux.
_Je sais que tu es têtue, mais je le suis au moins autant que toi. Alors soit on reste là à se regarder dans le blanc des yeux pendant une heure, soit tu me dis ce qui ne va pas. T'es ma sœur, tu peux tout me dire.
Connaissant Frannie, elle est vraiment capable de rester ici pendant une heure -ou même plus. Autant éviter ça, sachant en plus que quoi qu'il arrive je finirai par lui en parler -c'est ma sœur.
_Je... c'est juste qu'il y a un garçon dans ma classe... Noah... et... je... ils étaient vraiment proches...
Je relève les yeux vers elle pour voir un léger sourire se dessiner sur son visage.
_Tu l'aimes bien ce garçon ?
J'acquiesce timidement, ne sachant pas quoi dire d'autre.
_Un peu plus que bien non ?
Je rougis violemment, alors que le rire mélodieux de ma sœur résonne dans la pièce.
_T'étais jalouse de cette fille ?
_Non !
Frannie me regarde en haussant un sourcil, toujours un sourire accroché aux lèvres, et je détourne le regard en grommellant une réponse.
_Je sais pas... peut-être un peu...
Le sourire de Frannie s'agrandit alors qu'elle m'attire contre elle, m'enveloppant doucement dans une étreinte réconfortante.
_Dis-moi, plutôt que de te battre avec cette pauvre fille, pourquoi tu n'es pas simplement allée parler à ce Noah ?
J'enfouis ma tête dans son cou, alors que les mots sortent difficilement de ma gorge serrée.
_Il s'intéresse pas à moi.
Je la sens légèrement secouer la tête, alors que son murmure confiant résonne au creux de mon oreille.
_Ca, tu n'en as aucune idée.
Elle se défait doucement de mon emprise pour venir prendre ma tête entre ses mains et planter son regard dans le mien.
_Et Quinn, le jour où quelqu'un te plaît, va lui parler, ose. T'as toutes les chances de ton côté. Crois-moi.
Il est peut-être temps d'appliquer les conseils de ma sœur. Je ne peux plus supporter cette situation, de toute façon.
_Très bien, tu veux vraiment savoir ce qui ne va pas ?!
Je me tourne vers Santana, prête à lui faire partager le fond de ma pensée, mes véritables sentiments, mais mes mots restent bloqués dans ma gorge lorsque je rencontre deux orbes noisettes à la lumière du clair de lune.
Ses cheveux ébènes voletant au gré du vent.
Son visage si bien dessiné.
Son petit nez si mignon.
Sa mimique de mordre sa lèvre inférieure entre ses dents.
Sa peau qui semble si douce.
Ses lèvres pulpeuses.
Trop d'émotions. Tout se mélange, tout se confond.
Je suis perdue.
Délicieusement perdue.
Comme paralysée.
Alors, je fais ce que je sais faire le mieux dans ces cas-là ; rompre l'immobilisme de la situation, agir.
Et c'est ainsi que je me décide à faire la chose la plus folle que j'ai faite depuis un bon bout de temps -peut-être même depuis le début de ma vie.
Je l'embrasse.
