Chap. 14 : Comme d'habitude

Le Doctor bidouilla les circuits, faisant l'admiration de Gisel. Rose s'occupa de débrancher tous les petits appareils consommant de l'énergie et dénuda les fils avant de les passer aux deux experts en électroniques. Finalement, au bout d'une heure, ils avaient exploité toutes les possibilités énergétiques et le grésillement du bouclier dû aux fines particules était devenu un spectacle de pétarade devant les blocs de plus en plus gros qui pleuvaient. La corniche ne les protégeait pas vraiment : ils s'y étaient plutôt adossés et la tempête venait sur eux de plein fouet. En réalité, les rebonds sur la corniche leur nuisaient tellement que Gisel envisagea de déplacer la station.

- Moi, je veux bien, les coupa Rose, mais je ne crois pas que nos efforts aient la moindre chance d'aboutir si votre écran a correctement interprété le signal.

Gisel bondit devant son clavier. Et le Doctor chaussa ses lunettes. « Oh oh, ça devient sérieux, songea Rose.

- Impossible, chuchota Gisel. Ça ne peut pas être un cargo.

- Ils viennent peut-être nous chercher?

- Non, dit le Doctor. Il n'a pas la bonne taille.

- Ce qu'il veut dire, c'est que ce machin est neuf fois plus gros que le cargo interstellaire, classe Pacifika de l'alliance commerciale nébulienne mis en service l'an dernier. Et on ne fait pas mieux que les Nébuliens. À quoi peuvent leur servir un vaisseau de cette taille, enfin?

- Des travaux de grande taille, suggéra Rose.

- Ce n'est pas un cargo nébulien, dit froidement le Doctor.

- Ah? Comment pouvez-vous le savoir, on ne peut même pas lire les marquages à cette distance. Et il n'émet aucune identification!

- Parce que les nébuliens n'ont aucune raison de faire fondre la ceinture d'astéroïdes, répondit-il en tapotant l'écran.

- Quoi?

La ceinture d'astéroïdes était avalée lentement par le vaisseau géant.

- Combien de temps a-t-il fallu pour construire un monstre pareil, se demanda Gisel.

- Je pense que je vais aller faire un tour dehors, dit le Doctor d'un détaché.

- Pardon?

- Doctor, la tempête.

- J'ai 25 mètres à faire. Je ne peux pas échouer. Et j'ai la meilleure motivation du monde.

Ses yeux brillaient et Rose le trouvait magnifique : le danger lui allait tellement bien!

- Votre vaisseau est probablement en miettes, dit Gisel.

- Je ne crois pas, dit Rose. Il peut réussir. Il réussit toujours.

Et elle était prête à rire. Le Doctor ajusta son casque et les deux femmes se dépêchèrent de l'imiter.

- Oh, et puis si vous pouviez pousser le bouclier au-delà de ses capacités actuelles pour m'éviter de ressembler à un toast, ce serait apprécié.

- Mais comment…

Il jeta son tournevis sonique à Rose.

- Déjà réglé, je suppose.

- Oh oui! Pointe-le sur le circuit du bouclier, oui, celui-là, et ne relâche pas le bouton tant que je ne suis pas revenu.

- Mais ça va faire griller tout le système, s'exclama Gisel.

- Oh non! Enfin, oui, mais pas tout de suite. On a une fenêtre de 43 secondes.

- Et merde! Qu'est-ce que vous comptez faire en 43 secondes!

- Aller chercher mon vaisseau, vous sauver et probablement m'occuper de ce cargo géant. Rose, ça te dit de t'occuper d'un cargo géant?

- Super! Je n'avais pas encore eu cette chance!

Gisel blêmissait. Quels genres de fous avait-elle invités? Qui était ces gens qui prenaient tout à la rigolade?

- Du calme, Gisel. Tout va bien aller, dit Rose.

Le tournevis sonique tourna entre ses doigts comme un bâton de majorette.

- Prêt, Doctor?

- Prêt, cria-t-il en ouvrant le sas.

Rose appuya sur le bouton du tournevis qui bourdonna et n'écouta pas les glapissements et les protestations de Gisel, pas plus que les crachotements et l'odeur de brûlé qui monta rapidement du poste de travail. Elle ne détourna pas son attention un seul instant, même quand la douce musique d'aspirateur asthmatique se fit entendre, trente-six secondes plus tard.

- Mais qu'est-ce que…

- Dès que la porte s'ouvre, Gisel, foncez, ordonna Rose.

- C'est quoi, cette boîte bleue?

- Je peux vous donner la répondre ou vous sauver la vie. Et je ne vous laisse pas le choix, cria Rose à la quarantième seconde. Dégagez!

- Venez, Rose, dit le Doctor en la tirant par la taille.

Quarante-deux secondes. Les circuits s'enflammèrent et le hublot principal se fendilla.

Quarante-trois secondes. Le hublot explosa.

Quarante-quatre secondes. Rose et le Doctor passèrent la porte du Tardis.

Quarante-cinq secondes. Le souffle de l'explosion projeta une pluie de débris à leur suite et l'un d'eux atteignit Rose au bras. Elle grimaça, mais donna un coup de pied dans la porte qui se referma sur le désastre. Le Doctor rampa vivement, puis bondit vers la console centrale pour activer le moteur qui ronronna et pompa à nouveau.

- Gisel, tout va bien?

- Je crois qu'elle s'est assommée en rentrant, dit le Doctor avec étonnement. Et toi? Mais tu es blessée!

- C'est le bras qui a tout pris, dit-elle en grimaçant. Ce n'est pas grave.

Il jeta son casque avant de s'occuper de celui de sa compagne avec délicatesse. Il inspecta la blessure avec plus d'inquiétude qu'une mère poule. Rose le laissa faire quelques instants, puis :

- Doctor, c'est juste un bout de verre. Arrache-le et mets un pansement. Ce n'est pas grave.

- Ça pourrait s'infecter.

- Ne joue pas au Doctor, s'il-te-plaît. Tout va bien. Allez, arrache-le. Et nous pourrons nous occuper de ce vaisseau géant. C'est beaucoup plus intéressant qu'un bobo de rien du tout.

-Mais…

- Et il faut s'occuper de Gisel. Suffit de la laisser quelque part dans le secteur Bleu de la station Perle.

- Perle II, corrigea-t-il par automatisme.

- Je suis contente que nous soyons sur la même longueur d'ondes.

- J'ai compris. Tu veux piloter le Tardis aussi?

Rose marcha délibérément vers lui, le frôla et s'installa posément sur le banc devant l'écran principal.

- Si tu m'avais appris comment, je serais déjà en train de le faire, fit-elle d'un ton didactique.

Ses yeux pétillaient de malice si bien que le Doctor éclata de rire et s'avoua vaincu.

- Molto bene, finit-il par dire en entrant les coordonnées de la station Perle II.