J'étais à nouveau à la bibliothèque en train de grogner. J'avais toujours un devoir à faire en plus pour le professeur de Métamorphose, mais je n'avais fait que deux lignes. J'étais loin des deux rouleaux ! Je replaçai le livre que j'avais pris dans les étagères et laissai mon regard errer sur les autres bouquins qu'il y avait autour. Un titre accrocha mon regard : "La Métamorphose sous toutes ses Formes". Je le pris et le feuilletai à ma place. Je dénichai un paragraphe intéressant et je commençai à gratter mon parchemin. Je venais à peine de commencer que Remus et Sirius arrivèrent. Ils se laissèrent tomber sur des chaises, à ma table.
- Qu'est-ce que tu fous Vasseur ?
C'était Sirius qui venait de me demander courtoisement, évidemment. J'allais lui répondre ou pas ? J'étais gentille…
- Je fais le devoir de Métamorphose que McGonagall m'a donné en plus. Parce que je n'écoutais pas en cours.
- Ah, mais ce n'est pas bien ça ! ricana Sirius.
- Comme si cela ne t'arrivait jamais, lui répondis-je du tac au tac.
Les deux garçons se regardèrent et rirent sous cape. Il valait mieux éviter de faire du bruit dans la bibliothèque, sinon Madame Pince allait méchamment nous sauter dessus. Remus jeta un coup d'œil à ma copie et il fronça le nez. Mauvais signe. Comment lui dire que j'étais une mauvaise élève qui en plus avait loupé des cours et rien écouté aux autres ? Cela n'avait, bien sûr, pas du tout arrangé mes maigres connaissances. Le Maraudeur se tourna vers son collègue, qui s'était adossé contre le dossier de sa chaise d'un air conquérant, comme si la pièce lui appartenait. Arrogant comme pas deux… Mais tellement mignon ! Bon, stop, il fallait que je l'oublie et que je me concentre sur mes devoirs, c'était un mec qui n'était pas pour moi.
- Hey Sirius, t'as vu le devoir de Marie ? C'est une de tes matières préférées ! Tu devrais l'aider…
- Hein ? C'est quoi ? De la Métamorphose ? Mais ce n'est pas du tout… aïe !
- Mais si, tu me disais encore hier que tu y arrivais tellement bien que tu pourrais faire tous les devoirs des élèves de l'école si l'envie t'en prenait, le coupa Remus.
- Ah oui, j'ai dit ça ? Euh… oui sûrement, ça me ressemble bien… Enfin… Fais voir Vasseur…
Je ne comprenais pas ce qui venait de se passer, mais Sirius tira à lui le parchemin et il perdit son air arrogant pour se concentrer. Puis, comme s'il venait de se souvenir de quelque chose de très important, il me dit d'un ton supérieur :
- Ah oui, je me souviens de ça ! Rien de plus facile, il suffit de lancer le sort de Rétrécissement, soit Retricus perfectus et de…
Il s'arrêta sur sa lancée lorsque Remus se leva. Ce dernier nous sourit et nous expliqua qu'il venait de se souvenir d'un devoir en retard à faire et il s'éclipsa rapidement. Sirius en resta pantois en disant qu'il ne se souvenait pas d'un devoir qu'ils avaient encore à faire. Puis il bredouilla quelque chose que je ne saisis pas avant de se tourner à nouveau vers moi. Il faisait une drôle de tête, mais il s'éclaircit la gorge avant de continuer son explication :
- Oui euh… Alors Retricus perfectus, ainsi le chat devient bah… plus petit. C'est mieux pour commencer. Et puis après, il faut lancer le sort pour le transformer en un objet inanimé, soit Inanimus chatum, inanimus pour l'objet inanimé et chatum… pour le chat.
Je prenais des notes de tout ce qu'il me disait, ravie d'avoir une leçon personnelle de Sirius Black. Beaucoup de jeunes filles aimeraient être à ma place et me tueraient pour avoir ne serait-ce qu'un seul mot de lui. Il continua la leçon, me donnant même l'historique de plusieurs sortilèges, comment ils avaient été inventés, par qui et dans quelles circonstances. Et tout ça, de tête ! Je découvrais une nouvelle facette des Maraudeurs : ils étaient intelligents. Et vraiment ! Je les pensais vantards, avec beaucoup de paroles et finalement pas grand-chose derrière. Mais au final pas du tout. Ils pouvaient se la raconter puisqu'ils avaient la connaissance. Je mis un point final à mon devoir, qui faisait plus de trois rouleaux ! Satisfaite, j'attendis bien sagement que l'encre sèche avant de le ranger et de déclarer à Sirius :
- Vraiment, merci. Je n'y serais pas parvenue sans toi !
- Oh bah c'est rien… me répondit-il gêné.
- Oui, mais tu n'étais pas obligé de le faire. Alors merci d'avoir passé tout ce temps pour ça ! Surtout que c'est quelque chose que tu as fait l'année dernière.
- Entre amis, on s'entraide…
Je lui fis un magnifique sourire et il prit plusieurs fois sa respiration, comme s'il s'apprêtait à dire quelque chose, puis il renonça. Il regarda l'heure et déclara d'un ton enjoué et superficiel :
- Oh, mais tu as vu l'heure ? Viens, on va manger.
Je finis de remplir mon sac et je le suivis à la Grande Salle. Le repas fut très animé encore une fois, d'autant plus que j'étais ravie de l'aide de Sirius, qui allait me valoir sûrement la meilleure note de toute ma scolarité, mais en plus, passer du temps avec lui me remplissait de joie. Je n'attendais rien de lui bien sûr, et je ne lui demandais rien, juste que maintenant que nous étions amis, le rester, le plus longtemps possible. James nous taquina bien sûr, mais je le pris en rigolant, et j'allai même jusqu'à en rajouter une couche. Mais bizarrement, cela ne fit pas rire Sirius, lui qui était si prompt à l'autodérision et à l'amusement. Puis, au moment du dessert, Remus lança tout haut :
- Hey, mais j'ai une idée ! Et si on aidait Marie à réussir ses BUSE ? Pour nous, c'est de la gnognote !
- Oh oui, excellente idée, ajouta Peter en applaudissant.
- Je dirais même plus, c'est super ! Pas vrai Patmol ?
Ce dernier grogna comme un ours. Mais je ne le relevai pas, tant j'étais surprise mais ravie de l'aubaine. J'acceptai avec joie, bien sûr, et il fut convenu que James allait me donner ma première leçon le samedi matin à onze heures dans la salle désaffectée du premier étage.
- Vous allez avoir du boulot avec moi ! les asticotai-je.
- Les défis ne nous font pas peur, pas vrai les mecs ? jeta Remus, l'œil brillant.
J'avais le sentiment qu'il mijotait quelque chose de pas net, mais je ne fis pas plus de commentaires.
La vie reprit le cours normal pour moi, les cours passant lentement et les pauses à une vitesse fulgurante. Outre le fait qu'ils m'aidaient dans mes devoirs, les Maraudeurs me donnaient quelques leçons supplémentaires dès que nous avions un moment en commun. Je m'aperçus vite que James, sous ses airs fanfarons, était très doué pour la Métamorphose et la Défense contre les Forces du Mal, que Remus était infiniment doué avec les sortilèges, et il fut le premier à m'apprendre à faire un sortilège informulé, et Peter m'apprit énormément de chose sur les Potions, la seula matière dans laquelle il était surpassait les autres. Seul Sirius ne m'avait pas encore donné de leçon, prétextant mille et une choses à faire. Mais qu'importe. Mes notes passèrent de P à A, puis j'obtins même un E au devoir de Métamorphose de McGonagall, qui était bien sûr très fière de ce changement.
Janvier était passé, février était déjà bien avancé et petit à petit, John, avec qui j'avais partagé tant de bons moments, devint un simple souvenir. J'arrêtai petit à petit de le regarder en cours et de le chercher du regard dans la Grande Salle. Et même si parfois nos regards s'accrochaient encore, il n'y avait que froideur et reproches dans nos yeux. Un soir, dans la Salle Commune, alors que John et moi venions d'échanger un regard indifférent, je m'en étonnai auprès de Remus qui jouait aux échecs version sorcier avec Sirius, tandis que Peter finissait un devoir :
- Pourquoi John est-il si en colère après moi ?
Il sourit en déplaçant une pièce et se tourna vers moi pour me répondre :
- Parce qu'il t'a aimée, voire même qu'il t'aime encore. Mais qu'il n'a jamais eu le courage de se déclarer puisque tu as été surprise par sa réponse. Et maintenant qu'il voit que tu ne t'effondres pas, il est jaloux tout simplement. Sirius, tu pourrais attendre que je regarde le jeu avant de déplacer une pièce !
- J'ai juste pris ton pion, répondit-il avec un sourire en coin.
- Jaloux ? lançai-je en fronçant les sourcils. Pourtant, je suis allée vers lui, je me suis excusée, alors pourquoi m'a-t-il tout simplement rembarrée ?
- Sans doute parce qu'il était blessé et lorsqu'on est ainsi, on réagit de façon bizarre.
- C'est bizarre les garçons quand même, murmurai-je.
- Oh, les filles, ce n'est pas mieux ! lança Sirius.
Mais voyant que j'étais toujours absorbée dans mes pensées au sujet de John, Sirius balbutia :
- Bah… t'occupe. Il a perdu une… enfin, toi… Et c'est bien fait pour lui. Oublie-le, il n'en vaut pas la peine, ce n'est qu'une tache.
- C'est qu'il a été pendant cinq ans mon meilleur et seul ami. Ce n'est pas si facile à faire.
Les garçons observèrent le silence, puis ils continuèrent de jouer aux échecs. Peter leur posa une question, et mon attention fut détournée par des éclats de voix de l'autre côté de la Salle Commune. C'était John justement. Il était avec sa petite amie, une certaine Lucie qui avait un an de moins que nous, et qui avait un visage cramoisi tant elle semblant en colère. Bientôt, toute la Salle Commune s'était tue et on pouvait entendre les hurlements hystériques de Lucie et John qui commençaient à s'échauffer. Puis la jeune fille finit par fondre en larmes et monta dans son dortoir tandis que John faisait une grimace. Pendant une fraction de seconde, il me regarda, avant de détourner les yeux et de fuir la Salle Commune. Peu à peu, les conversations reprirent dans la Salle ronde comme il y a environ deux mois, lorsque John avait hurlé contre les Maraudeurs.
Je n'aurais pas dû ressentir ça, j'aurais dû compatir pour eux, parce que je savais combien c'était difficile, mais j'éprouvais au contraire un sentiment de revanche sur John qui venait de se disputer avec sa copine. Qu'il sache ce que c'était que de souffrir à cause de quelqu'un. Qu'il sache à quel point j'avais été blessée par son comportement, qu'il ne me fasse pas confiance et qu'il ne me laisse aucune chance. Et surtout, qu'il ne me dise rien des sentiments qu'il avait pour moi. Même si apparemment, j'étais la seule qui n'était pas au courant. Mais c'est bien souvent ce qu'on a sous le nez qu'on ne voit pas. Tant pis pour lui.
Je reportais mon attention sur le jeu d'échecs lorsque je surpris le regard insistant de Sirius. Gênée, je fis mine de ne pas l'avoir vu et me prélassai dans le fauteuil près de la cheminée. J'avais fini mes devoirs grâce à l'aide des Maraudeurs, donc j'avais le droit à une petite soirée de détente et j'en profitais bien.
- Tu joues Sirius ? demanda Remus, l'œil pétillant.
- Oui, oui, répondit Sirius en se concentrant derechef sur le jeu.
