14.

L'Amiral du Firestarter avait convoqué son second.

- Je dois m'absenter, Lieutenant Torsbim.

- Mais que sont donc vos voyages, Amiral ? insista le chirien au teint bleuté et à la crinière écarlate.

- Ma bénédiction et la malédiction de la généalogie des balafrés. Je n'ai aucun compte à vous rendre. Je vous avertis juste que je serai injoignable, par quel que moyen que ce soit !

- Mais que va dire l'Amiral Zéro ?

- Rien du tout ! Il n'a pas voix à l'appel. Et il ne m'a jamais arrêté depuis presque vingt-cinq ans !

- Il est au courant ? s'étrangla le jeune lieutenant.

- Bien sûr, il a été le premier aux loges ! ricana sans pitié Alérian. Et nous ne cesserons jamais de marcher main dans la main, au sens prude du terme, au cas où vous auriez eu des pensées sarcastiques !

Phop Torsbim ouvrit des yeux.

- Je ne vois absolument pas de quoi vous pouvez parler, Amiral ! protesta le jeune Chirien ?

- Et ça ne m'étonne même pas… grinça Alérian. Vous êtes pire que mes deux coincés du règlement !

- Je vous demande pardon ? continua à s'étonner Phop.

- Je ne vous prie pas de comprendre. Je vous ordonne juste d'accepter ! grogna Alérian.

- Ce n'est pas très correct comme attitude, marmonna Phop, n'ayant pu retenir sa réplique. Je m'excuse, fit-il ensuite. Je n'ai pas à juger vos décisions !

- Vous apprendrez à vous adapter à mes rythmes de vies, ironisa Alérian, sans vraiment plaisanter malgré tout.

- Bien, admit Phop Torsbim. Quels sont mes ordres ?

- J'ai tout réglé concernant mes obligations d'Amiral. Tout peut attendre. Je vous laisse juste la direction du Destroyer pour la suite de la Mission.

- A vos ordres !

Soulagé, Alérian s'était retrouvé face à Beebop.

- Tu veilles sur le Destroyer et sur mon équipage ?

- Je suis à tes ordres, Alie. Je ferai comme tu dis !

- Merci, Beep'.

- Et toi, que veux-tu faire ? s'enquit le petit robot rouge et blanc.

- Mon prochain interlocuteur est Denver, s'il accepte de s'entretenir avec moi…

- Je suis là, mon Roi et mon ami ! Je n'attendais que ton appel ! Je ne voulais pas te déranger avant.

- Merci, mon Dragon de Poche !

- Je suis petit, mais…

- C'est l'appellation que je t'ai toujours donnée, mon vieux jeune ami, sourit Alérian en flattant la tête de Denver comme s'il avait un simple animal de compagnie, mais avec infiniment de respect dans son toucher, son regard et sa voix. Tu es un dragon miniature, c'est ainsi !

- Dragon de Poche j'aime ! Merci, Alérian !

Denver se racla la gorge, sortant et rentrant sa langue râpeuse et bifide de lézard.

- Quelles sont tes intentions ? Tu ne peux affronter Maya la Déesse des Ténèbres et encore moins le Suprême Juge Lovisthar ! Ils sont Immortels. Même si tu pouvais leur ficher une pâtée – c'est bien cela votre expression d'Humains ? – tu ne tiendrais pas sur la durée du combat, car ils sont Immortels ! rappela-t-il.

- Je tiendrai autant de temps qu'il le faudra… Je ne peux effectivement rien de plus, reconnut Alérian.

Le Dragon de Poche battit précipitamment de ses paupières de grand reptile miniature.

- Quel est ton plan, Alie ? s'alarma-t-il. Tu as pris ta décision, même avant que tu avoines la première fois ton père de remarques insultantes et imméritées ! Tu as toujours su ce que tu faisais, tu t'es coupé même de ton allié le plus cher à tes cœurs, le plus fidèles de tes compagnons de combat !

Alérian secoua la tête de façon négative.

- Non, je ne réalisais pas le mal que je lui faisais, et pourquoi ! Comment pourrait-on analyser, presque d'un point de vue psychiatrique, mes actions et paroles ? Je suis juste bon pour l'asile, entièrement, oui ! Comment un fils pourrait-il insulter son père au point que je l'ai fait, sans s'en prendre en retour ? Parce qu'il est le Pirate le plus impitoyable de la mer d'étoiles, le chevalier blanc des jeunes galons de sa jeunesse, et que je ne suis qu'un sale gosse irrespectueux ! ? En quoi je suis coupable, quelles sont mes folies, Denver ?

Le Dragon de Poche, roi ayant abdiqué, Denver frotta sa joue contre l'épaule de son ami Humain.

- Tu es coupable de tout, Alérian ! C'est toi, tu ne peux le changer. Il te faut vivre avec. Ca va aller ?

- Non…

- Tu vas affronter ta mère ?

- Oui…

- Ca va aller ?

- Non…