Précédemment, dans 'Days of Ruin'...
"He ben, Zoro, pourquoi tu tires cette tronche ?"
"À ton avis? Je pense à l'enfer qu'on s'apprête à vivre, évidemment."
"J'avoue que dans le genre plan foireux, ils ont fait fort sur ce coup-là! Traverser un véritable enfer pour aller piquer un bateau à l'autre bout du pays et essayer de rejoindre une île lointaine en espérant qu'on se paume pas en pleine mer... Faut croire que le voyage était déjà pas assez dangereux à leur goût."
"Ça encore ça va, le danger ne me fait pas peur. Non, ce qui me fait surtout chier c'est qu'on va devoir se coltiner l'autre connard."
"Ah, ça! C'est vrai qu'insister pour emmener avec nous l'enfoiré qui a essayé de nous buter pas plus tard qu'hier, là aussi c'est à croire qu'ils cherchent les emmerdes..."
"Non mais Gin, c'est pas un problème, moi je te parle de l'autre Casanova de mes couilles. Dire qu'il va falloir supporter ses conneries en permanence... La poisse, putain!"
Et maintenant, place au chapitre 14 ! Comme d'habitude, les notes sont en bas de page. Bonne lecture!
Le groupe n'étant pas spécialement pressé en l'état actuel des choses, Kaya recommanda de passer une journée supplémentaire sur place afin que tous puissent se reposer au mieux et que les blessures de chacun et de Gin en particulier guérissent un minimum avant qu'ils ne retournent dans l'arène.
La présence de ce dernier parmi eux était loin de faire l'unanimité mais tous se plièrent comme convenu au verdict de la majorité. Même ceux qui avaient voté pour accepter qu'il se joigne à eux ne l'accueillaient pas à bras ouverts pour autant. Il n'y avait guère que Luffy et sa candeur si singulière pour aller taper la discute avec lui en faisant preuve de la même familiarité que s'ils étaient deux amis de longue date.
De son côté, l'intéressé ne cherchait en aucun cas à s'imposer, conscient que tenter d'établir le contact avec eux était futile à l'heure actuelle. Mieux valait attendre que l'eau ait coulé sous les ponts avant de se lancer dans une telle entreprise. D'ici là, l'isolement ne le dérangeait pas. Il demeura donc seul dans son coin, aidé en cela par les instructions de la doctoresse qui l'enjoignit à rester couché autant que possible.
Ce délai leur permit également de fouiller en toute tranquillité l'intégralité de l'aire d'autoroute, y compris les cadavres qui jonchaient le sol ici et là tel que suggéré par Nami. Comme elle l'avait présumé, ils trouvèrent sur plusieurs d'entre eux des clés dont certaines correspondaient à des véhicules stationnés sur le parking qui n'avaient pas ou peu été endommagés.
Parmi ceux-ci figurait notamment un camping-car de luxe assez spacieux qui retint leur attention. Ce n'était certes pas le choix le plus rapide ni le plus discret mais au moins disposeraient-ils d'un tant soit peu de confort ; un luxe dont ils n'allaient pas se priver. Par précaution, ils y ajoutèrent un monospace capable de transporter toute la fine équipe – dont un dans le coffre – histoire d'avoir une solution de secours au cas où une avarie irréparable surviendrait sur l'un ou l'autre.
C'est ainsi que le lendemain matin après le petit-déjeuner, tous prirent place à bord de leurs deux nouvelles acquisitions et mirent les voiles vers Jaya.
Ils roulèrent d'abord un bon moment sur l'autoroute, ne s'arrêtant que lorsque les décombres d'un ahurissant carambolage se dressèrent en travers du chemin. Peu enclins à sortir dégager le passage sous la neige qui n'avait cessé de chuter depuis la veille, ils optèrent pour faire demi-tour jusqu'à la sortie la plus proche puis emprunter des axes moins fréquentés et par conséquent moins susceptibles d'être bloqués de la sorte. En l'absence d'obstacles supplémentaires, ils furent en mesure d'arriver à destination en milieu d'après-midi.
Sans réelle surprise, le spectacle qui s'offrit à eux était sensiblement le même que partout ailleurs : un théâtre de mort et de destruction avec des zombies comme seul comité d'accueil. La seule variation notable était l'aspect plus rural et traditionnel de la ville.
Deux heures durant, Wiper les guida à travers ces rues qu'il connaissait comme sa poche, fouillant chaque coin et recoin à la recherche d'éventuels survivants retranchés dans un bâtiment quelconque. La chance n'était cependant pas d'humeur à leur sourire, si bien qu'ils ne croisèrent qu'un ramassis de cadavres ambulants et revinrent bredouille de leur exploration.
Encore que 'bredouille' n'était pas tout à fait exact. Au grand dam du Shandia, nombre de défunts ne lui étaient pas inconnus. Certes, la plupart n'étaient que de simples connaissances, voire des visages dont il ignorait le nom qui allait avec. Hélas, dans le lot figurait également Genbo, un des rares qui avait autrefois pu se vanter de s'être lié d'amitié avec l'introverti qu'il était et avec qui il avait gardé contact depuis son départ six ans plus tôt.
Bonne ou mauvaise nouvelle, le reste de son cercle d'amis manquait à l'appel. Avaient-ils réussi à sauver leur peau ou étaient-ils en train d'errer au milieu de nulle part en quête de chair fraîche ? La perspective de ne jamais connaître la réponse à cette question le faisait bouillir de rage et de frustration.
Plutôt que de repartir illico, la bande se barricada ensuite dans la maison d'enfance de Wiper pour y passer la nuit.
Ce dernier, incapable de trouver le sommeil, s'éclipsa dès l'aube pour une escapade en solitaire dans la forêt environnante. Bien que ne se faisant pas d'illusion, il nourrissait toujours au fond de lui l'infime espoir de découvrir au moins une piste qui le mènerait à quelqu'un. Malheureusement, le succès ne fut pas plus au rendez-vous que la veille et le seul être vivant qu'il rencontra fut un cerf frénétique qu'il dût se résoudre à abattre quand il sentit au bout de trois charges successives esquivées que l'animal n'avait nullement l'intention de lui lâcher la grappe.
À son retour trois heures plus tard, c'est le cœur lourd du chagrin du deuil et de l'amertume de l'échec qu'il souhaita adieu à son adorée terre natale, non sans offrir au moins une sépulture digne de ce nom à Genbo dont le triste destin ne faisait hélas plus de doute ainsi qu'une prière pour Braham, Laki et Kamakiri, ses autres camarades probablement disparus à jamais.
C'est dans cette ambiance morose qu'ils quittèrent Jaya pour se diriger plein sud direction la première étape de leur future virée en enfer : la cordillère de Synesta.
La météo avait semble-t-il décidé pour sa part de jouer en leur défaveur. Bien loin de se calmer, elle avait encore empiré par rapport à la veille avec pour conséquence que le sol commençait à se couvrir d'une fine couche blanche qui s'épaississait peu à peu. Si ce n'était guère gênant pour l'instant, mieux valait espérer que le ciel s'éclaircisse au plus vite car dans le cas contraire, leur progression n'allait pas tarder à être fort ralentie voire stoppée.
L'après-midi touchait à sa fin lorsqu'ils atteignirent le tunnel de Kyria qui s'étendait sur près de quarante kilomètres sous la montagne, ce qui représentait un sacré raccourci pour des voyageurs. Une alternative a priori alléchante qu'ils se refusèrent malgré tout à tenter par sécurité.
En effet, pour peu qu'une horde de zombies rôdât à l'intérieur, non seulement ils n'auraient pas la place pour la contourner mais il serait trop dangereux d'employer la tactique du barbecue géant car un tel incendie présenterait un risque non-négligeable d'endommager la structure de l'édifice et de déclencher ainsi un effondrement qui au mieux leur bloquerait le passage, au pire les écrabouillerait ou les ensevelirait vivants. Il serait donc impératif pour éviter cela d'aller se battre au corps à corps dans un espace exigu et mal éclairé ; une option périlleuse qui ne servirait peut-être à rien au final car un carambolage ou tout autre incident lié à l'Évènement pouvait très bien avoir déjà causé un tel écroulement.
C'est pourquoi, le temps ne leur faisant pas défaut, ils préférèrent jouer la prudence plutôt que de se hasarder dans ce sombre piège à rats. Les routes sinueuses et à rallonge des montagnes n'étaient certes pas les plus pratiques ni les plus agréables qui soient mais au moins n'auraient-ils aucune difficulté à nettoyer le terrain si nécessaire, qu'il s'agisse d'ennemis ou d'obstacles.
Néanmoins, sur recommandation d'Usopp, ils firent tout de même une halte pour la nuit à l'entrée du tunnel, halte durant laquelle le long-nez s'affaira à récupérer des tôles de diverses carcasses de voitures traînant aux alentours afin de fabriquer des étraves de déneigement de fortune qu'il fixa ensuite à l'avant de leurs véhicules, la météo n'étant visiblement pas près de s'améliorer.
Pourtant, comme pour tourner en dérision sa louable initiative et ses efforts, c'est sous un soleil radieux doublé d'un ciel dégagé qu'ils se réveillèrent le lendemain. On pouvait presque deviner le rire sournois de la nature qui prenait à n'en pas douter un malin plaisir à se moquer d'eux ainsi.
Réjouis mais non moins frustrés par ce changement à la limite de la provocation, ils entamèrent la traversée de la cordillère.
Comme à l'accoutumée, ils prirent soin de planifier leur itinéraire afin d'éviter au maximum les plus importantes villes de la région. Toutefois, même avec une telle stratégie, ils n'eurent d'autre choix que d'entrer dans certains villages plus petits où erraient parfois des morts-vivants mais dans des effectifs si réduits qu'ils ne constituaient pas une menace sérieuse.
Une vision à la fois intrigante et terrifiante les attendait d'ailleurs dans l'un d'eux, en l'occurrence à Bugarach… où pour être plus précis, ce qu'il en restait, c'est-à-dire absolument rien. Jamais au cours de leur périple n'avaient-ils encore observé une scène de destruction aussi ultime. Quels que soient les incidents qui avaient éclaté ici suite à l'Évènement, ils avaient entraîné l'oblitération la plus totale de tout ce qui existait dans le secteur. Humains, bâtiments, faune, flore… rien n'avait été épargné. À l'emplacement où se dressait naguère ce modeste patelin ne se trouvait plus aujourd'hui qu'un vaste terrain vague sans la moindre trace de ruine dépassant du sol.
Un comble d'ironie quand on sait qu'à peine deux ou trois ans auparavant, une folle rumeur prétendait que Bugarach serait le seul et unique endroit sur la planète qui échapperait à la fin du monde…
En début d'après-midi, ils firent halte à Palo et s'installèrent dans l'ancienne auberge du coin où leur chef-cuisinier attitré s'attela à préparer le déjeuner pour toute la troupe.
Wiper annonça très vite son intention d'aller faire un tour rapide dans la forêt à proximité en quête de bois et de gibier, estimant qu'il valait mieux le faire tant que la météo le leur permettait encore. Luffy se porta volontaire pour l'accompagner et obligea plus ou moins Ace et Zoro à en faire de même afin de les aider à tout rapporter ici.
Étonnamment, Gin se joignit lui aussi à eux, faisant fi des réticences de Kaya qui aurait préféré qu'il se ménage et à qui il avait répliqué d'une part qu'il avait plus que besoin de se dégourdir les jambes et d'autre part qu'il ne s'embarquait pas dans une éprouvante mission à haut risque mais qu'il sortait juste faire une balade.
Tous les cinq s'aventurèrent ainsi dehors, bravant le froid et la neige qui avait déjà recommencé à tomber pour s'enfoncer au milieu des arbres. Ses compagnons laissèrent le Shandia prendre la tête du groupe, ses années d'expérience comme garde-forestier le désignant naturellement comme le meilleur pour ce rôle de guide.
S'ils n'eurent aucune difficulté à ramasser du bois mort, les animaux, eux, semblaient être partis en vacances. En une vingtaine de minutes, leur seule et unique prise était un lièvre plutôt maigrichon. Les seules autres bêtes à avoir pointé le bout de leur nez étaient un couple d'écureuils qui avaient déguerpi en quatrième vitesse à leur approche.
C'est sur ce bilan un poil décevant que s'acheva leur séance de chasse lorsque Sanji les contacta par talkie-walkie pour les informer que le repas serait bientôt servi et qu'il était temps pour eux de ramener leurs fesses.
Mais alors qu'ils s'apprêtaient à rentrer au bercail, une voix inconnue s'éleva soudain non loin de leur position…
— Non, dégagez, laissez-moi tranquille ! Reculez ! Reculez ! Au secours ! Par pitié, si quelqu'un m'entend, venez m'aider, vite !
Plus réactif et surtout plus impulsif que ses partenaires, Luffy n'hésita pas une seconde et fonça à toute blinde dans la direction d'où provenait ces appels désespérés. Devant le fait accompli, les quatre autres n'eurent d'autre choix que de le suivre.
Un bref instant plus tard, ils pénétrèrent dans une mini-clairière où, légèrement en contrebas, une douzaine de loups se rapprochaient avec prudence et lenteur d'un jeune homme blond, visiblement résolus à faire un festin de sa chair. À en juger par ses jambes sanguinolentes, celui-ci était incapable de tenir debout et s'efforçait en vain de maintenir la distance en rampant sur le dos.
Sans réfléchir comme à son habitude, l'ado balafré s'empara la hachette du Shandia et fila s'interposer entre les prédateurs et leur proie, rejoint en un éclair par ses équipiers qui dégainaient eux aussi leurs armes.
Les bestiaux les plus avancés marquèrent un léger recul devant l'arrivée impromptue de ce mur de renforts mais ne paraissaient pas décidés à abandonner aussi facilement pour autant.
— Ne les regardez pas directement dans les yeux, prévint Wiper en se remémorant ce qu'il avait appris par le passé. Pour eux c'est une provocation, un peu comme lancer un défi.
— Qu'est qu'on s'en fout ? rétorqua Zoro d'un ton sceptique. Ils finiront quand même par nous attaquer de toute manière.
— S'ils étaient complètement enragés, ils seraient déjà en train de bouffer son cadavre. Dans le doute, s'il y a moyen de s'épargner un combat de plus, on n'a rien à perdre à essayer.
Tandis que le brun prononçait cette dernière phrase, l'ensemble de la meute commença à se déployer autour d'eux, manœuvre dont il saisit immédiatement la signification.
— Placez-vous en cercle autour de machin, ordonna-t-il en désignant l'inconnu, et quoiqu'il arrive, restez en formation. Leur stratégie classique est de s'en prendre en priorité aux plus faibles, à commencer par les blessés. Si on leur offre la moindre occasion, ils se jetteront sur lui.
Tous s'exécutèrent et redoublèrent de vigilance alors que la dizaine d'assaillants les encerclaient afin d'empêcher toute tentative de fuite de leur part. Dans une telle situation, il ne restait plus que deux issues possibles : l'intimidation ou l'affrontement.
L'atmosphère se fit oppressante et les secondes interminables alors que chaque camp guettait un quelconque signe d'ouverture ou d'initiative adverse. Les défenseurs se préparaient pour l'assaut à venir en ne prêtant qu'une oreille semi-attentive aux conseils et avertissements que leur expert continuait de prodiguer tels que 'pas de mouvement brusque' ou 'viser la tête en cas de corps-à-corps'.
Un des loups clairement plus belliqueux que ses congénères ne tarda pas à ouvrir les hostilités. Sans doute énervé que ces trouble-fêtes osent le priver de son repas, il chargea subitement l'archer et bondit vers sa gorge, tous crocs dehors. Celui-ci décocha illico une flèche qui atteint sa cible en pleine poitrine sans toutefois s'avérer mortelle. Par ailleurs, la puissance de l'impact ne suffit pas non plus à repousser son agresseur si bien qu'il eut tout juste le temps de se baisser un peu avant la collision. Fort de son expérience autant que par ses muscles, il ne paniqua cependant pas et parvint très vite à coincer le bestiau sous lui pour ensuite l'achever en se servant d'une autre flèche comme d'un poignard.
À peine se relevait-il qu'un second ennemi lui sautait dessus, profitant du fait qu'il tournait à présent le dos pour bénéficier de l'effet de surprise. À son grand soulagement, une grosse branche vint se fracasser avec violence sur le museau de l'animal, l'envoyant s'écraser au sol à moitié sonné. Une frappe magistrale signée Gin qui, même convalescent, demeurait un combattant à ne pas sous-estimer.
Tous deux mirent alors en pratique l'un des conseils donnés plus tôt par Wiper lui-même, à savoir prendre l'air imposant et effrayant dans l'optique d'impressionner la meute et avec un peu de chance l'inciter à renoncer et à leur foutre la paix. Pour cela, ils se dressèrent de toute leur hauteur au-dessus de la bête à terre et lui hurlèrent dessus de concert avec toute la fureur et l'énergie qu'ils purent puiser en eux. Le succès fut au rendez-vous quand le prédateur si féroce l'instant précédent décampa en gémissant, la queue entre les jambes, plutôt que d'attaquer à nouveau.
Appuyée par quelques jets de pierre en direction du fuyard, la tactique sembla porter ses fruits, la plupart des loups reculant d'un ou deux pas, visiblement plus hésitants face à des proies peut-être trop dangereuses pour valoir la peine de s'y risquer.
L'un d'entre eux ne partageant a priori pas l'avis de ses congénères choisit à l'inverse de se ruer vers l'inconnu en s'engouffrant dans la faille laissée ouverte par Gin en s'écartant pour épauler le Shandia. C'était sans compter sur Ace qui s'interposa et l'abattit sec et net d'un tir de fusil lorsqu'il fut clair qu'il n'allait pas s'arrêter.
Cette deuxième perte ajoutée à la défaite cuisante d'un des leurs acheva de convaincre les membres les plus craintifs de la meute qui commencèrent à s'éloigner. Quant aux rares encore enclins à prolonger cette partie de chasse, ils réalisèrent très vite qu'ils n'avaient aucun espoir de l'emporter en si petit nombre et n'eurent d'autre choix que de battre en retraite à leur tour.
Prudents, ce n'est qu'une fois le dernier loup disparu au milieu des arbres que les garçons s'autorisèrent à baisser leur garde. La pression ne retomba toutefois pas totalement, la possibilité qu'ils reviennent leur tendre une embuscade n'étant pas à écarter selon Wiper. Mais alors que celui-ci donnait déjà des instructions en vue du trajet retour, leur protégé éleva la voix pour l'interrompre.
— Attendez, on ne peut pas partir ! Vivi est en danger ! Elle est seule avec ces ordures, il faut se dépêcher avant que…
Devant cette protestation, tous les cinq eurent un moment de blocage dont Ace fut le premier à se remettre. Il coupa alors le blondinet et le pria de tout expliquer depuis le début, notant au passage la cicatrice au coin de son œil gauche qui n'était pas sans lui rappeler celle de son frangin.
Celui-ci se présenta comme Kohza, jeune recrue en poste à la base militaire de Rolante, une ancienne citadelle en ruines rénovée, modernisée et reconvertie en camp d'entraînement sous la férule de l'autoritaire général Sakazuki et son éternelle humeur de chien. En ce jour funeste où l'Évènement avait changé la face du monde, il profitait de sa permission dans une ville voisine avec Vivi, sa petite-amie venue lui rendre visite pour l'occasion. Devant l'émergence des zombies, tous deux s'étaient frayés un chemin jusqu'à la base où ils s'étaient barricadés.
Il y a bientôt une semaine, trois personnes les avaient rejoints là-bas, les premiers survivants qu'ils rencontraient après un mois de solitude en ces murs. Bien que méfiant au départ, il avait fini par leur accorder sa confiance. Terrible erreur car il y a moins d'une demi-heure de cela, pendant qu'il effectuait sa tournée d'inspection quotidienne des collets et autres pièges qu'il avait installé dans la forêt, la femme qui l'accompagnait lui avait soudain tiré une balle dans chaque jambe et volé son arme avant de l'abandonner à la merci du premier prédateur venu, non sans lui assurer qu'il n'avait pas à se faire de mouron pour sa chère et tendre car ils seraient très vite réunis, peut-être même l'attendait-elle déjà là-haut.
— Donc j'ai pas rêvé, c'était bien des coups de feu que j'ai entendus tout à l'heure! s'exclama Luffy, remarque qui lui valut les remontrances de ses amis pour ne pas les avoir prévenus.
Loin de baisser les bras malgré la merde extrême dans laquelle il était fourré, Kohza avait fait de son mieux pour stopper les hémorragies avec des garrots improvisés puis avait entrepris de ramper jusqu'à la citadelle, prêt à tout pour secourir celle qu'il aime. Cette opération désespérée avait duré jusqu'à ce que les loups lui tombent dessus. Par miracle, ses prières avaient été exaucées in extremis avec l'apparition salvatrice de leur groupe, et maintenant que cette menace sauvage était écartée, il avait la ferme intention de poursuivre sa mission.
Bien que tous comprenaient l'inquiétude qui rongeait le malheureux, les sentiments étaient partagés au sein de l'équipe entre ceux qui voulaient foncer sauver la belle et ceux pour qui c'était une cause perdue. Par ailleurs, au-delà de toute question éthique, l'état de santé du garçon compliquait sévèrement la situation.
L'abandonner seul ici reviendrait à signer son arrêt de mort mais le transporter les ralentirait. De plus, il avait d'urgence besoin de soins, autrement, pour peu que ses plaies soient déjà infectées, il risquait fort de devoir dire adieu à ses jambes sinon pire. Néanmoins, un détour par Palo afin de l'amener à Kaya serait très certainement fatal à sa bien-aimée.
C'était une double course contre la montre : chaque seconde écoulée augmentait la probabilité que Vivi soit morte à leur arrivée sur place mais aussi que Kohza y laisse tout ou partie de son être.
Ce fut Gin qui mit une fin brutale au débat en s'approchant du balafré blond et en commençant à manœuvrer de manière à le prendre sur ses épaules, initiative qui interpella ses partenaires.
— Si vous espérez vraiment les sauver tous les deux – et je sais que c'est le cas – la seule solution, c'est de se séparer. Mes blessures me font encore chier pour courir et me battre donc il vaut mieux que ce soit moi qui m'occupe de le porter. Ace peut m'escorter jusqu'à l'auberge pendant que vous foncez tous les trois à la base.
— Pourquoi moi en particulier ? demanda le pyrophile d'un ton mêlant étonnement et curiosité.
— Si ces saloperies agissent bien de façon aussi normale que le prétend Wiper, alors on peut raisonnablement supposer qu'elles ont peur du feu. J'ai cru comprendre que t'étais un expert dans ce domaine.
— Euh, ouais, je te signale au cas où t'aurais pas remarqué qu'on est au beau milieu d'une forêt. Un faux mouvement et c'est l'incendie assuré, et je peux te garantir par expérience que ça cramera tellement vite qu'on sera carbonisés en moins de deux.
— On n'a pas le choix, y a trois connards armés jusqu'aux dents dans cette base. On ne peut pas se permettre d'envoyer moins de trois personnes là-bas, ce serait du suicide. Par contre, j'aurai aussi besoin qu'on m'escorte, et le plus apte à faire ça tout seul, c'est toi avec tes flammes.
— Ça reste trop dangereux, rétorqua le Shandia. Tout seul pour se défendre en cas d'attaque, ça aussi, c'est la mort assurée.
— Donnez moi le fusil, réclama Kohza à la surprise générale. Mes jambes sont H.S. mais je peux encore me servir de mes mains. Faites-moi confiance, je n'aurai aucun mal à vous couvrir, même en mouvement. Je suis soldat ; tirer, c'est ce que je fais de mieux.
Cette intervention vint renforcer Gin dans sa position et, s'abstenant d'exprimer le "C'est madame qui doit être contente !" que lui soufflait son esprit un tantinet grivois, c'est avec un rictus aux lèvres qu'il reprit la parole.
— Satisfaits ? Si quelqu'un a une meilleure idée, c'est maintenant ou jamais. Si vous voulez une chance de sauver cette fille, il faut se magner le cul.
En l'absence d'inspiration, tous furent forcés de se rallier à ce plan, aussi audacieux fut-il. C'est donc ainsi qu'un bref instant plus tard, le groupe se scinda en deux trios. Tandis qu'Ace allumait une torche avec une extrême précaution avant d'emprunter le trajet recommandé par Wiper pour rentrer à Palo, ce dernier entamait sa course effrénée dans la direction indiquée par Kohza, ses deux équipiers sur les talons… ou presque.
— De l'autre côté, Zoro !
Le vert fit demi-tour et rattrapa ses compagnons, non sans gratifier Luffy qui explosait de rire d'un énervé "Ta gueule !".
Tout en filant au milieu des arbres, le visage fouetté par le vent froid en plus des quelques branches basses qu'ils ne parvenaient pas à esquiver, ils contactèrent Sanji par talkie-walkie pour le prévenir de l'arrivée imminente d'un blessé, laissant aux autres le soin de tout leur raconter en détail une fois là-bas pour économiser leur souffle.
Aucune nouvelle bête sauvage n'ayant la mauvaise idée de leur barrer la route, ils atteignirent l'orée du bois moins d'une quinzaine de minutes plus tard. Avant de sortir, ils profitèrent du camouflage offert par les feuillages pour s'assurer que nul ne surveillait la zone, puis ils franchirent aussi vite et furtivement que possible la centaine de mètres les séparant encore de leur objectif.
Le stress monta d'un cran dès qu'ils réalisèrent que les bruits qu'ils entendaient depuis un moment n'étaient autres que des coups de feu provenant de l'intérieur de la base. La bonne nouvelle était que la fameuse Vivi devait toujours être en vie. La mauvaise, c'est que le rapport de force ne jouait pas du tout en sa faveur. Seule contre trois, elle ne tiendrait pas éternellement.
Lorsqu'ils furent enfin au pied des vieux remparts, ils longèrent ceux-ci à la hâte pour rejoindre l'entrée ouest et pénétrèrent dans l'enceinte grâce à la clé fournie par Kohza. Armes au poing, ils se faufilèrent ensuite avec un maximum de discrétion dans la cour intérieure où la bataille faisait rage.
D'un côté, réfugiée dans un petit bâtiment à l'autre bout de la base, une ravissante jeune fille à l'air autant terrorisé que déterminé. Sa longue queue de cheval d'un bleu d'azur correspondait à la description faite par son amant, ce qui la désignait donc a priori comme la raison de leur présence ici.
Face à elle, deux inconnus aux sourires retors se tenaient à couvert derrière des éléments du parcours d'entraînement ; une femme blanche et blonde visiblement obnubilée par les citrons à en juger par l'accoutrement et les boucles d'oreilles ridicules dont elle était parée, épaulée par un homme à la peau à peine plus claire que ses courts dreadlocks noirs, vêtu d'un long manteau marron décoré d'un gros chiffre cinq et portant des lunettes de soleil en dépit de la météo qui ne s'y prêtait guère.
Chaque camp canardait l'autre à grands renforts de pistolets mitrailleurs et de fusils d'assaut mais nul ne semblait blessé ; pour l'heure, seul le décor avait souffert de ces pluies de balles opposées.
Un détail alarma Zoro et Wiper, à savoir leur nombre. Kohza avait mentionné trois personnes en plus de sa petite-amie. Ces deux-là devaient être Valentine et Jackson. Il manquait donc Paula, celle-là même qui l'avait attaqué en traître dans la forêt. À moins que son compte n'ait déjà été réglé ailleurs, celle-ci pouvait se cacher n'importe où, prête à leur tomber dessus. En l'absence de cette information, mieux valait rester vigilants.
Ils ne tardèrent cependant pas à être fixés. En effet, alors qu'ils tâchaient de s'approcher en silence de leurs cibles, une femme aux longs cheveux bouclés bleu sombre affublée d'une étonnante tenue à mi-chemin entre l'aristocrate pète-cul et la dominatrice sado-maso émergea soudain d'un autre édifice, non par la porte mais par une des fenêtres au premier étage.
La voyant s'avancer sur l'avant-toit du rez-de-chaussée puis sauter au sol pour atterrir sur le côté du bâtiment où la jeunette se terrait, ils comprirent aussitôt qu'elle cherchait par cette manœuvre à prendre celle-ci par le flanc tandis que les autres faisaient diversion.
Mais alors qu'elle se tournait pour faire signe à ses alliés, elle aperçut Luffy derrière eux puis croisa le regard de Wiper. Sans réfléchir, ce dernier leva son arc et tira une flèche vers elle tout en hurlant pour avertir Vivi du danger.
D'abord méfiante envers ce nouvel inconnu surgi de nulle part, la bleue réalisa ce qu'il se tramait lorsqu'elle vit Paula derrière la fenêtre se plaquer contre le mur afin d'esquiver le projectile. Dans un élan de panique, elle fit feu sans viser et manqua sa cible qui se mit prestement à couvert en poussant un juron rageur devant l'échec de son plan.
Alertés eux aussi par le cri du Shandia, Jackson et Valentine se défendirent en faisant feu à volonté sur les deux intrus qui foncèrent se planquer dans un bâtiment à proximité pour le balafré et derrière un tas de sacs de sable pour le tatoué, endroits où ils étaient en relative sécurité.
En effet, malgré leur net avantage en termes d'armement, leurs adversaires pris en tenaille n'osaient pas bouger de leur position par crainte de recevoir une balle dans le dos. Néanmoins, au vu de leur attirail, ils avaient prévu un joli paquet de chargeurs en réserve, assez pour arroser sans retenue durant une longue période encore.
Pendant que le conflit prenait des allures de guerre des tranchées, Zoro, dissimulé dans les galeries des remparts, profita du fait qu'il n'avait pas été repéré pour continuer à s'avancer dans l'ombre. Puis, dès qu'il eut dépassé le duo de mitrailleurs, il vérifia que leur partenaire était toujours trop occupée avec Vivi avant de taper un sprint jusqu'au muret derrière lequel se trouvait Jackson.
Ayant réussi à l'atteindre sans se faire détecter, il put ensuite guetter l'arrêt des coups de feu, signe de la seule ouverture dont il disposerait pour frapper, à savoir le court laps de temps durant lequel l'enfoiré rechargerait son fusil d'assaut.
Vint l'instant fatidique. La peur au ventre mais l'esprit porté par son habituel mélange de courage et d'inconscience, il bondit de l'autre côté et fondit sur sa proie dont les réflexes ne suffirent pas à échapper à son impitoyable lame. Celle-ci vint d'abord trancher la main qui tenait l'arme et entailler l'autre au passage dans un hurlement d'intense souffrance, puis fila en un éclair achever sa victime en se plantant droit dans sa gorge, le réduisant à jamais au silence.
Non loin de là, les cris d'agonie firent sursauter Valentine qui assista horrifiée à l'assassinat de son partenaire. Au choc initial succédèrent très vite la fureur et la haine qui sa manifestèrent par une soif de vengeance des plus extrêmes. Une seconde plus tard, balles et insultes pleuvaient de concert sur l'infâme meurtrier.
Malgré la rapidité dont il fit preuve pour se remettre à couvert, Zoro n'eut hélas pas la chance d'échapper à l'a volée de projectiles dans son intégralité. Si l'une manqua de peu la tête et ne fit au final que lui érafler la tempe, une autre en revanche atteignit son bras gauche.
Alors qu'il avait lâché son sabre pour agripper son membre douloureux, le vert réalisa soudain avec effroi que la blonde avançait dans sa direction avec l'intention évidente de lui régler son compte.
Voyant cela, Wiper sortit de sa cachette pour lui porter secours. Malheureusement pour lui, la flèche manqua sa cible qui répliqua d'une salve si prompte qu'il n'eut guère l'occasion de se mettre à l'abri. Maigre consolation, l'absence totale de visée limita les dégâts à trois balles : une à la cuisse, une deuxième au bassin et une dernière à la base du cou, à quelques centimètres à peine de la gorge. Ce fut néanmoins suffisant pour le neutraliser, incapable de supporter la douleur émanant de sa jambe lorsqu'il se tenait debout.
Hors-jeu, il ne put alors qu'observer Valentine recharger son pistolet-mitrailleur puis l'ignorer royalement pour poursuivre sa marche vers Zoro, source de toute sa rage.
Elle n'était plus qu'à une poignée de mètres du bretteur lorsqu'elle s'écroula subitement au sol. Leur salut venait de Vivi. Dans sa folie meurtrière, la blonde avait oublié toute précaution en sortant de sa planque, s'exposant ainsi aux tirs de la bleue qui ne s'était pas faite prier pour en profiter dès qu'elle s'en était aperçu. Une balle en pleine tête ; mort instantanée. L'entraînement avec son cher Kohza n'avait pas été en vain.
La partie n'était cependant pas terminée pour autant. Toujours réfugiée sur le côté du bâtiment d'où elle canardait la jeunette par la fenêtre, Paula, seule survivante du camp ennemi, était beaucoup trop fière pour capituler. Les échanges de coups de feu entre les deux femmes continuèrent donc comme si de rien n'était, pour une courte durée toutefois.
Luffy avait en effet eut l'idée a posteriori judicieuse de rester à couvert dans le bâtiment où il était entré et de foncer jusqu'à la fenêtre d'où il avait vu Paula sortir auparavant. De là, il n'avait plus qu'à attendre le moment propice pour taper un sprint sur le toit et lui sauter dessus. Focalisée sur son combat, celle-ci ne distingua que trop tard la voix du brun survolté au milieu de ce concert de détonations. La hachette mit une fin brutale à ses jours avant qu'elle n'ait l'occasion de réagir d'une façon ou d'une autre.
La bataille enfin achevée, un silence de mort retomba sur la base, bientôt brisé par les appels débordants d'inquiétude de l'ado affolé qui courait rejoindre ses amis.
— Zoro, Wiper, est-ce que ça va ?
— Ça pourrait être pire, répondit le vert en se levant, sa main droite serrant sa blessure autour de laquelle il avait noué son bandeau noir fétiche. On pouvait voir dans sa démarche qu'il s'efforçait de bouger au minimum son bras afin de limiter la douleur.
— Parle pour toi ! rétorqua le Shandia d'un ton énervé quoique moins énergique qu'à son habitude. Bordel, saloperies de balles, ça fait mal !
Toujours allongé à terre, celui-ci avait ouvert son sweatshirt et se servait d'un lambeau déchiré sur son débardeur pour stopper au mieux l'hémorragie causée par le projectile qui lui avait transpercé la base du cou. Le sang qui s'en écoulait donnait à la neige près de sa tête une teinte cramoisie des plus funestes. Bon ou mauvais signe, il ne s'en échappait que très peu de ses deux autres blessures, sans doute bloqué par les balles encore fichées dans sa chair.
— Il faut t'amener à Kaya et vite ! s'exclama le plus jeune, anxieux des conséquences que de telles plaies pourraient avoir en l'absence d'un traitement rapide.
— Et comment tu comptes faire ça, crétin ? rétorqua Zoro. On n'a rien pour le transporter, quant à le porter sur ton dos, entre les mouvements, les chocs et tout le reste, ça ferait pire que mieux, il va juste souffrir le martyr pour rien. Au lieu de dire des conneries, prend le talkie-walkie et dis aux autres de se grouiller, qu'ils ramènent Kaya ici avant qu'il ne perde sa jambe et moi mon bras.
— Euh, excusez-moi…
Tous trois tournèrent la tête vers la voix timide dans leur dos. Sans surprise, il s'agissait de la jeunette, sortie de sa cachette pour venir à leur rencontre, son arme toujours à la main, bien en évidence. Bien que toute trace de panique ait disparu, son air demeurait méfiant. Après le coup en traître qu'elle avait vécu, elle devait sans doute attendre confirmation que le trio n'avait effectivement pas des intentions aussi malveillantes que celui dont ils venaient de la sauver pour baisser sa garde.
— Qui… qui êtes-vous ?
— Moi c'est Luffy, répondit illico celui-ci en se fendant du large sourire affable qui le caractérisait tant. Et eux, c'est Zoro et Wiper. Toi, c'est Vivi, c'est bien ça ?
— Comment…
— C'est Kohza qui nous l'a dit.
Déjà étonnée que ces inconnus connaissent son prénom, cette révélation du vert lui fit l'effet d'un coup de tonnerre. Ses yeux écarquillés menaçaient de sortir de leurs orbites tandis qu'ils fouillaient les environs à toute allure en quête d'un signe quelconque de sa présence, l'appréhension envahissant son visage devant l'absence flagrante de son amant.
— Kohza ?! Vous l'avez vu ? Où est-il ? Est-ce que…
— Calme, calme, il est blessé mais vivant. On l'a trouvé dans la forêt tout à l'heure. Des amis à nous l'ont emmené avec eux à Palo où se trouve le reste de notre groupe pendant qu'on se magnait de venir ici. Si tout s'est bien passé, à l'heure qu'il est, notre médecin doit être en train d'essayer de le soigner.
— 'Essayer' ? Vous voulez dire que c'est grave ?
— Tout ce qu'on sait, c'est qu'il a reçu une balle dans chaque jambe et qu'il a perdu pas mal de sang. Pour les détails, mieux vaut demander à Kaya directement. Il suffirait que Luffy veuille bien se décider à appeler les autres.
Entre l'air suppliant de la jeune fille et la pique du plus vieux, l'intéressé s'exécuta et tomba sur Gin. Celui-ci les informa qu'ils étaient arrivés à destination sans encombre. Ace était reparti sur le champ au volant du monospace avec Sanji et Usopp en renforts pour leur prêter main forte tandis que lui était resté sur place pour aider Nami et Kaya à s'occuper de Kohza. Non pas qu'il rechignait à prendre part au combat mais déjà qu'il n'était pas au mieux de sa forme à la base, après avoir en prime porté le blondinet sur son dos près d'un quart d'heure durant, il n'était absolument pas en état de participer à une mission de ce genre.
Il laissa ensuite la parole à la doctoresse qui leur confirma qu'à première vue, le pronostic vital ne devrait pas être engagé, ce qui soulagea Vivi au plus haut point. En revanche, elle ne cacha pas qu'en l'absence d'équipement de diagnostic digne de ce nom, il lui était impossible de connaître l'état exact de ses jambes et donc de prédire si et comment celles-ci guériraient, sans parler du fait qu'elle n'avait aucune expérience question blessures par balles et qu'elle allait devoir se débrouiller avec les moyens du bord. Au mieux, il lui faudrait minimum deux à quatre semaines avant de pouvoir remarcher tout seul ; au pire, il serait condamné au fauteuil roulant jusqu'à la fin de ses jours.
Puis, sans interrompre sa propre tâche, elle leur transmit toute une série de consignes visant à limiter au maximum les risques pour la santé de Wiper et Zoro d'ici à ce qu'elle ait effectué le strict minimum afin de pouvoir les rejoindre sans mettre en péril la vie de son autre patient.
Elle était en plein milieu de ses explications lorsqu'un cuistot surexcité suivi de près par ses deux acolytes débaroula à toute blinde en hurlant, hachoir et couteau à la main, en mode chevalier blanc remonté à bloc et prêt à en découdre avec les sauvages qui osaient s'en prendre à une frêle lady sans défense.
— T'es à la bourre, abruti, l'engueula le vert en levant les yeux au ciel. Le combat est déjà terminé. Maintenant range ces trucs, c'est pas des jouets, tu vas te couper.
— Merde, déjà qu'en temps normal, tu sais rien foutre à part te branler, là c'est mort, tu vas vraiment servir à rien…
— Même avec les deux bras en moins, j'arriverais quand même à te mettre la dérouillée de ta vie, cook de mes deux !
— On parie, la tronche de marimo avarié ? Je veux bien me dévouer pour te péter le deuxième si tu veux, ça…
— Vous deux, fermez-là immédiatement sinon je vous fais bouffer les couilles qui vous servent de cervelle pour dîner, c'est clair ?
L'ire de Nami radiait si fort que tous pouvaient la sentir même à travers le talkie-walkie. Si elle avait été présente à leurs côtés, nul doute que les deux querelleurs seraient déjà étalés sur le sol avec chacun une magnifique bosse sur le crâne.
Le silence ainsi revenu, Kaya put donner le reste de ses instructions. Avant de couper, Vivi intervint pour demander à échanger un mot avec Kohza, souhait qui ne put hélas pas être exaucé, son cher et tendre ayant sombré dans l'inconscience un peu plus tôt, la faute à la quantité de sang qu'il avait perdue.
S'ensuivit alors une longue attente. Interrogée par l'équipe sur comment les choses en était venues à cette véritable guérilla, la fille expliqua qu'elle avait eu la chance de surprendre Jackson et Valentine en train de discuter de leur plan pour se débarrasser de leurs hôtes. Réalisant que son homme était en danger de mort, elle s'était dépêchée de s'équiper à l'armurerie pour ensuite foncer le sauver mais il était déjà trop tard. Paula était rentrée alors qu'elle traversait la cour en direction de la grande porte.
Dès que leurs regards s'étaient croisés, la traîtresse avait compris qu'elle était démasquée et avait donc réagi en ouvrant le feu, la forçant à se mettre à couvert dans le bâtiment le plus proche. Ses deux complices s'étaient vite pointés en renfort et la bataille avait pu débuter. Par la suite, la situation n'avait pas vraiment évolué jusqu'à ce que le trio ne se joigne à la fête.
Environ vingt minutes plus tard, le camping-car pénétrait dans l'enceinte de la base avec à son bord le groupe de l'auberge. Tandis que la jeunette fonçait voir son amant, la doctoresse se mit au travail sur Zoro et Wiper sans perdre une seconde. Le verdict, bien que soumis là encore à une certaine réserve due à l'absence d'un diagnostic poussé, fut plutôt rassurant.
Chez le bretteur, la balle qui avait frôlé la tempe n'avait fait qu'arracher la peau, une fine couche de chair et quelques cheveux. Au final, le résultat était à peine plus grave que s'il s'était cogné violemment contre un placard ou quelque chose d'autre. Quant à celle qui l'avait atteint au bras, elle n'était pas rentrée très en profondeur, si bien que l'os ne paraissait pas avoir été endommagé. Il allait provisoirement devoir ménager ce membre afin de lui permettre de cicatriser au mieux, mais il devrait être en mesure de s'en servir à nouveau sans problème d'ici deux à trois semaines tout au plus.
Le cas de l'archer était plus sérieux mais loin d'être critique. Comme pour l'humérus du vert, son tibia avait été épargné. Il allait sans doute devoir utiliser des béquilles l'espace de quelques jours mais dès la plaie refermée, il devrait pouvoir marcher puis gambader à nouveau comme un lapin.
Le bassin avait eu un peu moins de veine. Si aucun organe vital n'avait été touché, l'os, lui, l'avait été. À une vélocité certes trop lente pour le briser mais suffisante pour le fragiliser et très légèrement l'abîmer. Du fait de cette faible gravité, il était peu probable que cela impacte sur son rétablissement mais la blonde allait devoir surveiller cela de très près au cas où la poisse déciderait de venir mettre son grain de sel.
Paradoxalement, bien que plus impressionnante, la blessure au cou était en réalité la moins inquiétante des trois. En effet, un transpercement de part en part épargnait de devoir trifouiller le corps de la victime pour aller récupérer la balle logée à l'intérieur et évitait également au passage un certain nombre de complications. De fait, celle-ci devrait donc guérir sans trop de mal et surtout plus vite que les deux autres.
Tous deux avaient a priori de bonnes chances de s'en tirer sans séquelles importantes, contrairement au soldat dont le sort était plus incertain. Des douleurs plus ou moins fortes n'étaient cependant pas à exclure à l'avenir lorsqu'ils exerceraient un effort intense et continu sur les muscles touchés ainsi que dans certaines circonstances, par exemple en cas de grand froid.
Ce bilan plutôt positif était loin d'être sans conséquence pour autant, et une discussion s'engagea au sein du groupe au sujet de la suite de leurs péripéties. Se lancer dans la traversée de Termina puis de la presqu'île de Toltus avec deux membres de l'équipe dans cet état, voire trois si Kohza et Vivi désiraient se joindre à eux, n'était pas sans risque. Sans parler des chutes de neiges qui ne cessaient de s'intensifier, augurant une météo ô combien défavorable au cours des prochains jours.
Kaya recommanda comme à son habitude de jouer la prudence. Ils n'avaient de toute manière aucun impératif de temps, et même s'ils s'acharnaient autant que possible à respecter le délai mentionné par Nami, ils avaient encore près de trois mois devant eux pour atteindre l'archipel Zeal. À partir de là, ils pouvaient se permettre de patienter un peu avant de s'embarquer dans cette galère. Une fois encore, leur priorité numéro une était la survie, pas la rapidité.
Vivi les invita de bon cœur à s'installer dans la base aussi longtemps que nécessaire. En plus de jouir d'un minimum de confort et d'une excellente protection face aux menaces extérieures, ils n'auraient pas à s'inquiéter question nourriture. Conformément aux règles militaires en vigueur avant l'Évènement, l'endroit disposait d'assez de réserves pour nourrir l'ensemble des troupes qui y étaient stationnées durant un éventuel siège de deux semaines, c'est-à-dire de quoi les sustenter tous les onze pendant un bon bout de temps.
Si le terrain avait été plus adapté pour l'agriculture, ce lieu aurait limite pu devenir le sanctuaire dont ils rêvaient tant. Hélas, ce n'était pas le paradis, juste un de ses avant-postes perdus au milieu de l'enfer ; une escale parfaite pour des voyageurs comme eux mais en aucun cas une solution adaptée pour un séjour à long terme.
Décision fut donc prise, une fois n'est pas coutume à l'unanimité, de faire une pause ici jusqu'à ce que tous les blessés de l'équipe soient suffisamment rétablis pour affronter la prochaine étape, sans doute la plus périlleuse d'entre toutes. En prime, ils auraient l'occasion de profiter du contenu de l'armurerie pour s'entraîner au maniement des armes à feu comme nombre de soldats avant eux et augmenter leur puissance de feu en vue des multiples dangers qu'ils ne manqueraient pas de croiser sur leur chemin.
L'aventure était loin d'être terminée, mais après plus d'un mois d'errance à travers le pays, ils allaient enfin pouvoir goûter à un peu de repos bien mérité à l'abri des morts-vivants et des bêtes sauvages. C'était devenu le meilleur des luxes en ce monde hostile, ils seraient fous de s'en priver.
Néanmoins, tous savaient pertinemment que le plus dur restait à venir. Ce n'était jamais qu'un calme illusoire avant une tempête de tous les diables.
Ils avaient remporté la première manche mais la grande faucheuse n'avait pas dit son dernier mot.
La partie ne faisait que commencer et elle avait encore bien des cartes en main pour tenter de voler leurs âmes…
Notes de l'auteur:
Inutile de préciser que le prochain chapitre concernera le séjour dans la base et sera évidemment beaucoup plus calme. Ce sera notamment l'occasion de faire progresser un peu les histoires de coeur des garçons.
Pour ceux qui l'ignoreraient, Paula et Valentine sont les prénoms officiels de Miss Doublefinger et Miss Valentine. En revanche, Mister 5 ne possédant pas de prénom officiel, il m'a fallu lui en choisir un et très vite, Jackson m'est venu en tête. Pourquoi Jackson? Parce que "Jackson Five"... Oui, je suis sérieux, c'est pour ça que j'ai envisagé et retenu ce prénom là. XD
Concernant Kohza, son âge dans le manga est censé être le même que celui de Vivi, c'est à dire 16 ans (avant l'ellipse). Néanmoins, dans le cas présent, il est considéré comme un peu plus vieux (elle, 16 ans ; lui, 18), autrement il serait trop jeune pour être soldat dans l'armée.
Pour l'anecdote, le village de Bugarach existe bel et bien, il est situé dans le sud de la France. En 2012, lorsqu'on nous bassinait avec la soit-disant fin du monde prédite par les Mayas, une rumeur a réellement circulé, prétextant que Bugarach serait le seul endroit sur Terre à être épargné, avec des théories telles que l'existence d'une base martienne sous la montagne... Et mon cerveau malade a trouvé marrant de mentionner Bugarach comme le seul endroit anéanti par l'Évènement, d'où la référence. :p
Le titre est une référence à une musique du RPG "Tales of Phantasia".
Merci d'avoir lu et plus encore, merci de laisser une review! ;)
