N.D.A :

Bonsoir,

Je poste aujourd'hui car je ne serais pas disponible demain et je préfère poster en avance qu'en retard.

Je vous annonce aussi avec grand plaisir que j'ai maintenant un bêta, ce qui devrais vous garantir une lecture plus fluide. Merci beaucoup donc à Cognards de faire ce travail.

Merci également à ceux qui passent, lisent, commentent.

Elishae


mamy 83 : Je suis heureuse de voir que le changement de taille vous plaise, je sais que c'est un gros changement.

Guest : Pour leur réaction, réponse plus bas. En effet les jumeaux font ce qu'ils peuvent pour agir vu que les autres ne font rien, mais c'est certain que tout ceci attirera l'intention de Dumbledore.

Adenoide : Je suis d'accord, Eiden devrait dire la vérité à Blaise, d'ailleurs c'est se qu'il fait dans ce chapitre.

En ce qui concerne l'identité de l'agresseur d'Elie, je ne vais pas confirmer ou infirmer ta théorie ici, il faudra patienter encore, mais dans tout les cas elle tient la route. La suite que tu t'es imaginée est intéressante, mais la mienne est déjà prévue, tu verras donc à ce moment sur quels points tu avais vu juste.

Comme dans le canon les parents sont affligent d'aveuglement, apparemment être loup-garou est plus grave qu'être incompétente et sadique. Et comme je suis les grandes lignes de l'oeuvre pour la cinquième année, il en est de même ici. Ombrage va cependant fort dégringoler dans la hiérarchie du Ministère à son retour, certains vont s'en assurer. Quelqu'un de compétent (enfin) va la remplacer à Poudlard et ceux qui le veulent vont continuer de s'entraîner, je ne l'ai abandonne pas, contrairement à Dumbledore.

Merci pour ta fidélité et ton avis sur la fiction et la suite. Je trouve toujours cela intéressant de lire les hypothèses des lecteurs.


Chapitre 13 : Le coup du crapaud

Severus ne tarda pas à s'entretenir avec son mystérieux contact et le lendemain il avait déjà une réponse. Glissant discrètement un morceau de parchemin sur le bureau de son fils pendant son cours, il lui fit un faible hochement de tête qui ravit le garçon avant même qu'il ait ouvert le petit morceau de papier. Le soir même, Elie et lui se chargèrent de mettre au courant les trois concernés. L'air de rien, la jeune fille prit place aux côtés de ses amis bleus et bronze et convint d'un rendez-vous avec Kathleen en toute discrétion. Elle expliqua également à Andrea, plus tard, les arrangements pris en ce qui concernait Arya. La petite fille avait huit ans, elle était suffisamment âgée pour comprendre la situation et suivre le plan qu'ils prépareraient pour elle. Lorsque sa sœur reviendrait pour les vacances de printemps, elle lui remettrait un portoloin qu'elle allait devoir utiliser à la gare, le jour du retour de sa sœur et qui l'emmènerait en sûreté, chez le contact de Severus. Andrea l'aiderait à faire une liste de ce qu'elle devait emmener avec elle. Le potionniste avait même prévu en plan de secours qu'un des elfes des Rogue la fasse transplaner s'il y avait le moindre problème, mais la capitaine était confiante : Arya était maligne, elle suivrait les consignes à la lettre et tout se passerait bien. Pour Kathleen, Allen, Andrea et Elijah le plan était plus simple. Ils devraient se retrouver à l'arrière du train à son arrivée et prendre ensemble le portoloin avant que quiconque ne puisse les rattraper. Ayant déjà leur valise sur eux, ceci serait assez simple. Tout avait été prévu et les six amis serpentards se réjouissaient de cette manœuvre.

La réunion suivante de l'AD eut lieu le vendredi soir, après une journée particulièrement détestable, passée pour les cinquièmes années à braver le regain soudain de froid pour se rendre aux serres. La pluie les avait surpris pendant le double cours de soins aux créatures magiques, rendant l'endroit boueux et glissant. Ces en pataugeant dans la fange et l'eau qu'ils regagnèrent le château, épuisé et de fort mauvaise humeur, rêvant d'une douche comme un assoiffé rêve d'un peu d'eau. Un nouveau décret stupide d'Ombrage avait été promulgué et découvert au dîner, rendant Eiden et les autres de plus méchante humeur encore.

Mais tout fut oublié en passant la porte de la salle sur demande, au septième étage et c'est avec entrain qu'ils attendirent les autres. Le fils Rogue avait prévu de revoir les sorts de défenses et d'essayer de trouver différentes façons d'y faire face ensemble. Dans un coin Elie et Anton discutaient en celtique. Les pouvoirs métis d'Elie avaient grandement augmenté, tandis que pour Eiden c'était plutôt ses pouvoirs sorciers. Les jumeaux le savaient, même s'ils se ressemblaient énormément, certaines choses divergeaient et la jeune fille était plus une métisse que le garçon ne le serait jamais, mais cela lui allait. Il se sentait bien avec sa magie, son utilisation était naturelle et intuitive, comme il savait que c'était le cas pour la magie elfique et métamorphe d'Elie. Anton était également un puissant mage métamorphe, la magie ancienne coulait en lui, forte et sauvage. Ces deux-là en usaient sans même s'en rendre compte et en dehors de quelques crises passagères mais jamais dangereuses, ils maîtrisaient cette ancienne magie plutôt bien, elle qui était pourtant si versatile. Ils agissaient davantage par instinct et n'avaient pas toujours l'entière maîtrise de ce qu'ils faisaient, mais ils savaient que c'était le prix à payer et ils s'y soumettaient avec joie. Eiden trouvait qu'ils se ressemblaient beaucoup tous les deux, ils avaient cette même lumière dans les yeux, cette même confiance et ce pouvoir brut qui se dégageait. Lui-même était un sorcier très puissant, plus que sa sœur, mais il n'avait pas cette aura sauvage qu'eux possédaient, ou du moins à moindre échelle. Anton aidait beaucoup son amie à se canaliser et la conseillait comme il le pouvait. Il était un Alta, tout comme elle et était plus à même de comprendre ce qu'elle traversait. Si Eiden était triste de cette barrière entre eux, il savait que même si sa nature profonde était différente de celle de la blonde, ils avaient des tas d'autres choses en commun que leur pouvoir et leur nature. Il restait un changeur de peau particulièrement doué, même si il n'était pas autant en phase avec cela qu'Elie. Au fond de lui il était un sorcier, cela avait toujours été et cela serait toujours ainsi, quoi qu'il puisse faire et cela lui convenait. L'appel du clan et de ses instincts n'était pas aussi fort pour lui et certaines choses humaines resteraient à jamais hors de portée de sa sœur. Blaise les rejoignit et Eiden sourit. Son compagnon était comme lui, avec ces deux parts en son sein, mais la sorcière prenant plus de place. Il l'avait totalement accepté et le vivait plutôt bien. Il soutenait Eiden sur ce chemin comme Anton le faisait pour Elie, chacun y trouvait son compte. Même Drago avait fini par faire taire la jalousie qu'il éprouvait envers le bel égyptien, même s'il ne s'était guère calmé pour les autres, il avait enfin compris que ni lui, ni Neville, ni George n'étaient une menace. Et Merlin que cela avait été long …

— Alors on rêvasse capitaine ?

Eiden se retourna pour découvrir le visage charmeur et réjoui d'Assar. Comme à son habitude, il avait envoyé bouler l'uniforme réglementaire pour des vêtements moldus qui lui seyait bien mieux. D'ailleurs le brun ne put s'empêcher de le taquiner :

— Est-ce pour les besoins de ton sex-appeal que tu boudes toujours les robes de l'école ?

L'autre découvrit un sourire aux dents légèrement pointues.

— Les robes en générale d'ailleurs, déclara-t-il sans réellement confirmer l'hypothèse de son ami. On n'a pas idée de se vêtir comme une femme !

Le fils de Severus éclata de rire.

— Je savais que tout ceci n'était en faite qu'une question d'ego … déclara-t-il d'un air malicieux.

— Pas seulement très cher, pas seulement, fit l'égyptien en souriant encore. En vérité je trouve cela plus confortable et pratique, mais c'est également une question de culture, je suppose … Tante Sekhmet me charrie à chaque fois qu'elle me voit attifé de l'une de ces choses repoussantes.

— Une question de culture ? interrogea le brun.

— Et bien je suppose qu'il est délicat pour certains de notre peuple de porter les vêtements et de respecter les usages de ceux qui les braconnent. Mais c'est souvent une question de pratique, nous sommes un peu plus … remuants que les humains diront nous … Tout ceci n'est pas étudié pour courir et sauter.

— Les sorciers raisonnables ne sautent pas et ne courent pas dans une école, Assar, le gronda-t-il faussement.

— Fort heureusement je ne suis ni sorcier ni raisonnable alors …

Il rit et chassa ses paroles d'un geste de la main. Lui non plus ne se considérait pas comme sorcier, contrairement à Blaise et Eiden qui se tenaient en équilibre sur la ligne.

— Alors il paraît que tu te tiens enfin tranquille en Défense contre les forces du mal, ricana Assar. Comment as-tu réussi ce prodige ?

Pour toute réponse, le fils Rogue fit un signe discret en direction du basané qui discourait toujours avec Elie et Anton.

— Je vois … c'est une bonne motivation je l'avoue, dommage que je n'en ai pas de telle, c'est chaque jour plus difficile de se taire.

— Il le faut Assar, ils ont peut-être effacé sa mémoire, mais si l'idée à germée une fois … Elle peut très bien recommencer, sur n'importe lequel d'entre nous tu le sais, rétorqua le garçon aux cheveux bruns.

— Je sais, ma tante m'a fait la leçon, grimaça le jeune métamorphe. Et crois-moi, personne ne voudrait désobéir volontairement à ma tante, pas lorsqu'elle est dans cet état. Ce que cet affreux crapaud a fait l'a mise dans une rage folle. Elle n'a pas décoléré pendant des jours et je suis certain qu'elle cherche toujours un moyen de l'éliminer sans laisser de trace. Ce n'est pas une femme qu'il faut se mettre à dos …

— Je te crois sans difficulté, mon père et Rose sont furieux également, mais ils ont tous les mains liées. Je ne me retiendrais pas si Blaise ne m'avait pas supplié de le faire. S'il n'avait pas été aussi mal …

— Elie m'a parlé de sa crise. C'était vraiment si terrible que cela ? s'enquit le garçon en gratouillant la marque invisible à son poignet.

Eiden avait déjà vu sa sœur, son petit-ami, Anton, Paavan et d'autres faire la même chose. Le clan et la proximité de ses membres était une chose primordiale pour les métis, même ceux qui ne le côtoyaient que peu comme les Menes et à plus forte raison Blaise. Même habitué à l'éloignement physique et psychologique, tous ressentaient le manque, plus ou moins léger selon les cas. Le fils de Severus ressentait également parfois quelque chose, mais c'était léger et vague puisqu'il n'avait jamais mis les pieds dans le clan qui l'avait accepté et il était certain que pour ceux comme son compagnon et lui qui avaient fait le choix du sorcier c'était plus simple à gérer. Neville le ressentait bien plus faiblement qu'Elie ou Anton.

— Cela nous a pris des heures pour le calmer El et moi. Il avait complètement perdu pied, il était dans un autre monde et ne faisait que pleurer et s'accrocher à moi comme si j'allais soudainement disparaître, expliqua l'adolescent.

— Le lien des compagnons est très fort chez les métis et vous avez un lien étonnamment solide pour des personnes si jeunes et en couple depuis si peu de temps, opina le jeune homme à la peau caramel. Nul doute que ton petit séjour aux portes de la mort a dû lui faire beaucoup de mal …

Eiden fit une affreuse grimace.

— C'était le cas en effet, je l'ai senti une fois réveillé, comme une pression constante sur le cœur.

— Oui, le lien cause des douleurs physiques et mentales aux deux compagnons s'ils sont séparés trop longtemps ou si l'un est gravement atteint. Dans le cas de Blaise, ces deux conditions étant réunies, je n'ose imaginer ce qu'il à vécu. D'autant plus qu'il ne pouvait se réconforter auprès d'Elie … c'était difficile pour les deux.

— Je n'en doute pas. Mais depuis, il panique assez rapidement, ce qui est tout à fait compréhensible.

— Oui, approuva Assar, mais les choses vont doucement revenir à la normale et ses instincts vont se calmer un peu. Je me répète, mais vous avez un lien puissant, je ne me suis guère trompé dans mes intuitions …

L'égyptien se moquait ouvertement de lui à présent. Il avait passé des jours au début de l'année à lui ouvrir les yeux sur se qu'il ressentait pour Blaise et à le convaincre que le bistré partageait ses sentiments. Vivianne, cela crevait les yeux ! Mais Eiden n'était pas vraiment connu pour sa perspicacité dans ce domaine alors …

— Ouais et je te remercie d'avoir insisté lourdement et de m'avoir ouvert les yeux.

Le métamorphe eut un sourire carnassier.

— Je dois avouer que l'aide d'Elie n'a pas été de trop. Quand je pense que j'ai précipité le meilleur coup de Poudlard dans les bras d'un autre, j'ai encore peine à y croire. Quel gâchis ! Je n'en ai même pas profité !

Les deux garçons éclatèrent de rire et la séance ne tarda plus à commencer, tout le monde était à présent arrivé et ils pouvaient démarrer.

— Nous allons commencer par travailler à nouveau la déviation et la parade des sortilèges. Tiens Andrew, lève-toi et montre-nous ce que tu sais faire !

Le petit angelot de serpentard vint à lui, ses boucles dorées s'agitant au rythme de sa marche.

— Bien, mets-toi en place et bloque mon sortilège.

Le jeune homme hocha la tête et se prépara à l'assaut, sa baguette levée. Eiden lui envoya un simple sortilège de chatouillis informulé et le plus jeune le para juste à temps.

— Très bien Andrew, très bien. Recommençons veux-tu ?

Une seconde fois il dévia le sort qui heurta le plafond en produisant quelques minuscules étincelles. Le brun le félicita une nouvelle fois et le renvoya à sa place.

— Le sortilège du bouclier est parfait pour se protéger d'un sort, mais à votre niveau, il n'arrêtera pas un sort sombre ou un impardonnable. Mais il existe heureusement d'autres parades à votre portée, autre que l'esquive j'entends.

Sans même prévenir, il envoya un sortilège puissant contre sa sœur qui éleva devant elle une sorte de mur de métal qui renvoya le sort contre un des miroirs qui explosa. Elle haussa un sourcil amusé tandis qu'Hermione réparait l'objet d'un coup de baguette.

— Aurais-tu quelque chose me dire mon cher frère ? demanda-t-elle plaisamment sous les rires des autres.

— Rien. As-tu quelque chose à te reprocher ? répondit le garçon avec un grand sourire éblouissant.

— Pas le moins du monde, contrairement à certains …

Il fit mine de s'offusquer et les autres élèves rirent à nouveau. Eiden avait rapidement compris que l'humour permettait de garder son public intéressé et concentré. De petites pauses de la sorte étaient toujours bienvenues.

— Attaquer sans prévenir n'est pas exactement ma définition de l'innocence Den, s'amusa Elie, mais elle se leva sur un signe de lui.

— Comme vous l'avez vu, reprit plus sérieusement le jeune homme, dévier un sortilège est également un moyen de s'en protéger. Malheureusement, on ne peut pas prévoir dans quelle direction il rebondira et cela peut être dangereux pour ses alliés. Ce qui nous amène à la troisième solution, nettement plus difficile, mais que nous allons cependant également travailler.

Il prévint sa sœur cette fois et agita sa baguette, envoyant un trait rouge de stupéfix vers elle. Mais alors qu'il allait l'atteindre, la jeune fille fit naître un vague d'eau qui s'enroula autour du sort et l'emporta. Ils recommencèrent, usant cette fois d'une sorte de sphère gazeuse qui absorba le trait coloré.

— La dernière solution, la plus risquée est d'interrompre la course d'un sortilège par un autre. Les effets sont toujours … hum … assez spectaculaires.

Pour illustrer ses propos, les jumeaux le mirent en pratique et lorsque le sort violet du brun rencontra celui doré de la jeune fille ils explosèrent en crépitant, emplissant l'espace entre eux d'étincelles.

— Je ne vous conseille pas cette solution, déclara le fils de Severus. Les effets peuvent être très dangereux et vous blesser vous ainsi que ceux qui vous entourent. Mais il est bon de la connaître et de voir ce qu'elle produit. Je vous propose de vous y mettre et de tester vous-même les trois autres solutions. S'il vous plaît, pas de choc entre deux sortilèges, vous êtes nombreux et je ne veux pas expliquer à Madame Pomfresh pourquoi autant de monde est blessé.

Les autres se répartirent en groupe de deux et les incantations commencèrent. Très peu d'entre eux pouvaient faire usage d'informulés, mais ils étaient pour la majorité très jeune alors cela n'avait rien d'alarmant, c'était quelque chose que l'on n'apprenait normalement pas avant la sixième année. Dans l'ensemble, tout le monde se débrouillait honorablement, tous avaient fait de gros efforts et maîtrisaient quantité de sortilèges qu'ils n'auraient sans doute pas appris ailleurs. C'était rassurant pour Eiden de se dire que ceux-là au moins pourront (àici l'emploi du conditionnel présent serait plus judicieux) plus facilement se protéger en cette période sombre. Même Neville avait fait des progrès spectaculaires, n'hésitant plus à faire appel à sa magie terrestre lorsque c'était l'occasion. Ses notes en sortilèges et métamorphose s'en ressentaient et Minerva avait même écrit une lettre à sa grand-mère pour lui faire part de ses bons résultats, pour la plus grande fierté de la vieille femme. Tout se passait merveilleusement bien lorsqu'un craquement se fit entendre et qu'un elfe de maison paniqué fit son apparition.

— Dobby !? Qu'est-ce qui se passe ?

La petite créature était toute tremblante et ses yeux écarquillés de terreur. Il ne parvenait pas à faire une phrase correcte et balbutiait sans arrêter.

— Monsieur Eiden Rogue … couina-t-il. Monsieur … Dobby venu … elle … interdit de dire …

L'être semblait vraiment en plein conflit moral et Elienor coupa court à la situation en posant une main très légère sur l'épaule de la créature.

— Tu n'as pas le droit d'être ici n'est-ce pas ? Et tu ne peux rien dire ? Mais tu pourrais me montrer ce qu'il se passe, d'accord ?

L'elfe sanglota et hocha la tête, les yeux cachés derrière ses mains. Les yeux de la jeune fille se firent trouble un bref instant puis elle revint parmi eux, le visage de marbre.

— Anton, Paavan, Assar, Luna, par petits groupes vous ramenez les serdaigles chez eux le plus vite et le plus discrètement possible. Les serpentards avec Andrea, Allen, Artémisia, les Poufsouffles avec Hanna, Ernie, Justin, Susan, les gryffondors avec Angelina, Katy, Fred et George. Ombrage arrive, sortez ! Maintenant !

La voix d'Elie était dangereusement calme et douce, mais tous obéirent sans discuter fuyant rapidement de l'endroit sans vraiment réaliser ce qu'ils faisaient.

— Dobby elle a tout découvert ? s'enquit nerveusement Eiden en sortant la carte du maraudeur pour scruter l'étage.

L'elfe opina et voulut se projeter contre le mur pour se punir, mais le garçon l'attrapa au vol.

— Dobby, je t'ordonne de retourner immédiatement aux cuisines et de ne parler à personne de ceci, tu n'es jamais venu et tu ne m'a pas prévenu. Qui que ce soit qui te demande, tu n'étais pas là et tu ne sais rien, d'accord ?

L'elfe s'immobilisa en gémissant.

— Et je t'interdis de te faire du mal, ajouta précipitamment le jeune homme en voyant qu'il allait recommencer.

L'elfe couina un merci et disparut aussitôt. Il ne restait plus que les six serpentards, Ron, Hermione et Neville.

— On bouge d'ici, ordonna Elie de la même voix de commandement et tous se dépêchèrent de quitter les lieux.

Mais alors qu'ils allaient tous tourner à l'angle d'un couloir, des bruits de courses se firent entendre. Les jumeaux échangèrent un regard, ils étaient coincés. Eiden murmura précipitamment quelque chose en celtique que personne ne comprit et il agrippa la main de sa sœur qui chuchota une incantation, brouillant l'air un instant, ne laissant visible que leur deux corps.

Ombrage et sa brigade inquisitoriale arrivèrent sur ces entrefaites et les deux enfants Rogue plaquèrent sur leur visage une expression de franche innocence.

— Alors on organise une petite réunion secrète ? fit-elle d'une voix extasiée, comme si son plus beau Noël état arrivé.

Les jumeaux ne répondirent pas et la petite femme furieuse et fulminante se tourna vers sa petite troupe :

— Vous deux restez ici, les autres allez rattraper ceux qui se sont enfuis, ordonna-t-elle aux élèves sous sa coupe et ils disparurent. Lorsque l'on m'a parlé de ces petites réunions secrètes, sourit-elle méchamment, j'étais persuadée que c'était vous. Étonnant n'est-ce pas ?

Eiden voulu répondre quelque chose de brûlant et d'impoli, mais la pression de la main de sa sœur sur la sienne l'en dissuada et elle déclara sur un ton totalement angélique.

— Je ne vois absolument pas de quoi vous parlez, Professeure.

La femme tourna vers elle un regard stupéfait. Elie croisa brièvement les yeux de son frère et fit résonner dans sa tête un brusque « Silence ».

— Vous ne voyez pas ce dont je veux parler, minauda le vieux crapaud. N'étiez-vous pas en train d'organiser des sessions d'entraînement illégales dans cette salle un peu plus loin ?

— Pas le moins du monde, assura la blonde calmement. Nous faisions juste une petite balade fraternelle, j'aime beaucoup cette partie du château.

La femme semblait mi-stupéfaite, mi-furieuse de l'obstination d'Elie (mal dit, je suis furieuse à cause de, pas furieuse de), mais elle ne lui cria pas dessus, continuant plutôt d'une voix onctueuse et parfaitement désagréable.

— Votre dénégation est inutile, Mademoiselle Rogue, j'ai toutes les preuves de votre forfait.

Elie ne répondit pas, se contentant de sourire. Eiden ne voyait vraiment pas en quoi prétendre l'innocence pouvait avoir un quelconque intérêt, ils venaient tout de même d'être pris sur le fait !

— La seule preuve qu'elle a, fit en réponse sa sœur dans sa tête, c'est que nous sommes dans ce couloir, ce n'est pas suffisant. Elle n'a pas surpris ni cette réunion ni les autres et elle ignore qui en fait réellement partie.

La femme aboya sur les deux élèves qui les saisirent brutalement par le bras pour les faire suivre leur professeure qui avait pris leur baguette. Comme s'ils en avaient besoin ! Mais conscients qu'il ne servirait à rien de fuir, les deux adolescents firent route sagement jusqu'au bureau du professeur Dumbledore. À l'intérieur, il y avait le directeur, le professeur Mcgonagall, leur père, Fudge, Kingsley, Percy Weasley et un auror inconnu. Eiden envoya un regard noir au fils d'Arthur et Molly qui l'ignora complètement. Il était le seul de la famille à ne rien savoir de la véritable ascendance des jumeaux, ayant déjà coupé les ponts avec sa famille à ce moment. Puis croisa le regard inquiet de son père et il se sentit mal, tentant de faire passer ses excuses dans ses yeux il le contempla un instant puis se détourna. Finalement, ils avaient fini par se faire prendre.

— Monsieur et Mademoiselle Rogue, interrogea le Ministre avec un air dégoûté. Comme si leur nom ne lui inspirait que ceci. Savez-vous pourquoi vous êtes ici ?

Bien conscient des dernières paroles de sa sœur, le garçon dénia.

— Non Monsieur.

— Pardon ? fit Fudge, stupéfait.

— J'ai dit que j'ignorai pourquoi nous sommes ici. Elie pressa vivement sa main et il rajouta : Monsieur.

Fudge, incrédule, passa successivement ses yeux sur lui, Ombrage et Elie.

— Vous ne savez pas … Ne pensez-vous pas avoir violé le règlement de l'école et même les décrets du Ministère ?

— Je regrette Monsieur le Ministre, mais non.

Le sarcasme était clairement visible dans la voix de Fudge, mais celle d'Eiden restait très calme et posée. Celle-ci tranchait d'ailleurs fortement avec la tempête qui faisait rage en lui. Il savait qu'il pouvait tous deux faire leur bagage et que les autres allaient être au mieux sévèrement puni, au pire … il l'ignorait et ne préférait pas le savoir. Il s'en voulait à présent d'avoir été si effronté. Comment avait-il pu entraîner les autres là-dedans, lui se fichait du règlement, mais les autres ? Les influençables et doux premières années, les enfants des gens du Ministère et ceux des Mangemorts, quel accueil auraient-ils ? Il commençait à sérieusement paniquer intérieurement lorsqu'il sentit la brume blanche caractéristique de sa sœur envahirent son esprit et effacer ses doutes et ses peurs, le laissant seulement déterminé et avec une seule phrase en tête : elle n'a pas la moindre preuve. Il soupira très discrètement.

— Vous n'avez donc absolument rien à voir avec une certaine organisation illégale d'élèves découverte un peu plus tôt dans la soirée ?

— Pas le moindre Monsieur.

— Et vous Mademoiselle Rogue ? éructa le Ministre qui commençait franchement à s'emporter, prenant peu à peu une jolie teinte carmine.

— Je n'ai aucune idée de ce dont vous parlez, Monsieur le Ministre, fit-elle plaisamment.

L'homme la fixa quelques secondes, ailleurs, et Eiden ne put s'empêcher d'afficher un tout petit sourire amusé. Ah la voix d'Elie et les ravages du charme elfique. Tout le monde lui donnerait le bon dieu sans confession quand elle était ainsi, enfin tout le monde sauf …

— Si vous le permettez Monsieur le Ministre, je pense que nous gagnerions du temps à faire monter la personne qui m'a renseigné.

Son patron hocha la tête et elle disparut, toute guillerette. Eiden recommençait doucement à paniquer lorsque sa sœur intervint une nouvelle fois dans son esprit et que Kingsley effleurait gentiment et très discrètement son dos pour lui donner du courage. Personne ne parla et le vieux crapaud fut rapidement de retour avec une élève de sixième année aux cheveux bouclés et au visage enfoui dans ses mains. L'amie glousseuse et idiote de Cho se rappela-t-il. Un frisson de haine parcourut l'échine d'Eiden, écho de celui de sa sœur qui fusilla un bref instant la fille du regard.

— Mademoiselle Edgecombe est venue me voir tout à l'heure pour me signaler qu'un groupe d'étudiants étaient sur le point de se réunir au septième étage. Une réunion parfaitement illégale bien entendu.

— Je vois … fit Fudge qui avait l'air parfaitement stupide en ce moment dans sa parodie de pouvoir.

— Mademoiselle Edgecombe est la fille de Madame Edgecombe du Département des transports magiques, elle travaille au Service du réseau des cheminées et nous aide pour la surveillance de cette école.

— Et bien telle mère telle fille hum ! Mais voyons ma petite regardez nous donc, ce n'est guère pratique de converser avec les mains sur le visage.

Le Ministre était ridicule et Eiden percevait parfaitement l'hilarité de sa sœur à travers le lien même si sa propre nervosité l'empêchait de la partager. Il ne put cependant ignorer l'éclat de rire intérieur de la blonde qui retentit dans sa propre tête lorsque la serdaigle enleva ses mains. Son visage était couvert de pustules purulentes et violacées qui formaient un ravissant « CAFARD » étalé sur ses joues et son nez. Eiden surprit même une étincelle d'amusement dans les yeux de son père avant de les détourner pour ne pas rire lui-même. En son cœur il louait Hermione plus encore qu'il ne l'avait jamais fait. Cette fille était véritablement brillante.

À la vision de son visage défiguré, Fudge sursauta si fort qu'il faillit tomber dans la cheminée et enflamma sa cape. Charitable, Minerva lança un aguamenti qui l'éteignit et le détrempa du même coup. Ignorant le regard furibond du Ministre goûtant au sol, elle se détourna. Marietta avait à nouveau caché son visage et refusait de parler, malgré les demandes d'Ombrage. Furieuse, elle finit par expliquer elle-même. Elle avoua à Fudge qui le demandait qu'elle n'avait pas trouvé de contre-sorts pour cette irruption et Eiden entendit une nouvelle fois le ricanement d'Elie dans sa tête et ses moqueries en celtique. Il savait que sa sœur était hors d'elle, pour les métis la fidélité était une des plus hautes vertus, la trahison de Marietta la reléguait à un rang minable. La parjure était une des pires choses qu'un métis puisse faire, un impardonnable. Elienor ne montrait donc aucune pitié pour la pauvre serdaigle défigurée, ce n'était pas dans son éducation et Eiden était très loin de l'en blâmer.

— Très bien petite sotte, puisque c'est ainsi, fit-elle en relevant le menton. Mademoiselle Edgecombe est venue me prévenir de cette réunion et je suis immédiatement montée avec ma brigade inquisitoriale et je suis tombée sur ces deux jeunes gens. Vous vous souvenez sans doute de ce dont m'a fait part Willy Labrousse en octobre dernier, sur cette réunion d'élève à Pré-au-Lard, au pub de la Tête de Sanglier, mené par Monsieur Rogue ici présent.

— Voilà donc le grand mystère de la cessation de poursuite qui pesait contre lui. Tout ceci éclaire un peu mieux la façon dont notre système fonctionne, intervint Minerva d'un air dédaigneux avant que le Ministre n'ait pu répondre à Ombrage.

L'un des portraits du bureau cria à la corruption, mais Dumbledore le fit taire.

— Le but de Monsieur Rogue était d'enrôler ses camarades dans une organisation illégale visant à pratiquer des sortilèges désapprouvés par le Ministère, dangereux pour de si jeunes enfants.

Elie ne put s'empêcher de rouler des yeux. Même sans le lien, Eiden aurait compris ce qu'elle ressentait, il le faisait aussi. À entendre Ombrage, ils faisaient quelque chose d'horrible, entre le trafique de drogues et le terrorisme, ils pervertissaient d'autres et les entraînaient dans leur chute.

— Il me semble Dolores que vous vous trompez sur ce point, intervint doucement Dumbledore.

Fudge et le crapaud lui lancèrent un regard sarcastique et Eiden lui-même était septique. Il ne voyait pas vraiment ce que le vieil homme pourrait dire pour le défendre, il avait bien tenu cette réunion et ces propos.

— Quand Monsieur Rogue a organisé ce rassemblement, il était tout à fait légal, puisque le décret n'a été promulgué que le lendemain.

La joie d'Eiden fut de courte durée cependant, car Ombrage intervient de son horrible ton mielleux :

— Si celle-ci l'était, toutes celles qui ont eu lieu depuis ne le sont pas, voilà six mois que le décret d'éducation numéro vingt-quatre a été promulgué.

— Certes, approuva Dumbledore et Fudge jubilait. Elles le seraient si elles avaient continué, mais avez-vous la preuve qu'elles aient été reconduites ?

Les oreilles métissées d'Eiden entendirent un doux bruissement et le son à peine perceptible d'un murmure et il aurait juré que Marietta avait légèrement tangué. La lumière se fit brusquement dans son esprit et il remercia Kingsley dans le secret de son cœur. Un sortilège de confusion. Cela paya puisque lorsqu'Ombrage interrogea Marietta, celle-ci assura qu'il n'y avait pas eu de réunion depuis celle de la Tête de Sanglier. Et même lorsqu'elle lui demanda de confirmer celle du soir même, l'élève secoua la tête brutalement.

— Que voulez-vous dire par là, demanda Ombrage d'une voix menaçante. Vous êtes venue me trouver pour me prévenir de cette réunion … N'est-ce pas ? … Ils l'ont fait …

La serdaigle continuait de dénier avec ferveur, causant la colère de la professeure de Défense et le sarcasme de celle de Métamorphose.

— Habituellement lorsque quelqu'un secoue la tête de gauche à droite ça veut dire non, fit cette dernière et Eiden aurait juré l'avoir vu faire un clin d'œil à Elie.

Puis tout bascula, Ombrage secoua durement Marietta et Kingsley, Severus, Minerva et Dumbledore s'interposèrent. Ce dernier était d'ailleurs terrifiant de colère.

— Je ne puis accepter que vous molestiez mes élèves Dolores, fit-il sur un ton dangereux et les trois autres approuvèrent fermement. Même Elie qui n'avait que du dégoût pour la jeune fille semblait prête à bondir, tout comme lui. Cette femme était une brute.

— Revenons à cette réunion Dolores, dit Fudge qui sentait que les choses tournaient mal. Celle de ce soir …

— Je n'ai malheureusement pu coincer personne, hormis ces deux-là, mais l'un des membres de la brigade a trouvé ceci dans la salle …

Elle tendit au Ministre la liste de nom affichée dans la salle, jubilant.

— Voyez, il y a clairement inscrit ici le nom de ces deux élèves, ainsi que nombre d'autres connus pour leur manque obéissance et leur ingérence.

— Leur manque d'obéissance, grommela Severus, consterné que l'on parle en ces termes d'enfants, de ses enfants. C'était des élèves, pas des petits soldats par Mordred !

— Mais voyez le plus intéressant, Monsieur le Ministre, juste ici !

Elle désigna le nom d'un doigt triomphant.

— L'Armée de Dumbledore, s'étouffa Fudge.

Sans un mot le vieil homme prit la feuille puis la lui rendit avec un sourire.

— Eh bien je pense que nous y sommes, fit-il plaisamment. Cornélius voulez vous une confession écrite ou une déclaration devant témoin sera suffisante ?

Kingsley, Mcgonagall et Severus échangèrent un regard empreint de peur tandis que le Ministre cherchait toujours à comprendre, puis il s'étouffa à nouveau et balbutia :

— Vous… vous… je... ce papier…

— En effet, Cornelius, ce parchemin dit très clairement l'Armée de Dumbledore, pas de Rogue. C'est moi qui ai organisé ceci. Je me suis cependant manifestement trompé en faisant confiance à Mademoiselle Edgecombe. Nous devions tenir cette réunion plus tard ce soir. Moi et moi seul suis responsable.

Eiden était choqué, il comprenait bien ce que signifiait tout ceci. Dumbledore s'accusait à sa place ! Et il empêchait de plus le Ministre et Ombrage de punir les élèves contre lesquels ils n'avaient pas de preuve. C'était une liste d'invités, pas des pris sur le fait. Même lui et Elie n'avaient pas réellement été découverts dans la salle.

— Non, fit-il d'une voix forte. Dumbledore avait fait des erreurs les concernant, mais il ne pouvait le laisser s'accuser de cela.

Un regard conjoint de son père et de Minerva le fit taire et Kingsley effleura une nouvelle fois son dos pour lui intimer de garder le silence. Même Elie serra plus fort sa main.

— Vous … éructait Fudge, vous avez comploté contre moi. Vous vouliez entraîner ces jeunes et faire tomber le Ministère ! Vous …

— Moi en effet, déclara joyeusement le vieillard.

Le ministre semblait partagé entre la jubilation et la colère. Il était euphorique d'avoir enfin une raison de coincer Dumbledore, mais il était furibond de s'être fait rouler ainsi et que le vieil homme ait œuvré dans l'ombre pour sa chute.

— Weasley, prenez bien en note tout ce qu'il a dit, Kingsley, Dawlish, emparez-vous de lui, il sera envoyé à Azkaban dans l'attente de son procès pour trahison.

Le dénommé Dawlish s'avança, mais Kingsley ne bougea pas. Dumbledore lui souriait toujours.

— Vous semblez caresser l'espoir Cornelius que je vais me laisser emmener sans opposer de résistance. Mais comprenez que je n'ai aucune envie d'aller à Azkaban.

Ombrage ouvrait et fermait la bouche comme le gros crapaud qu'elle était et Fudge fixait le directeur d'un air idiot. L'autre auror s'avança encore et le vieillard intervint d'une voix douce :

— Voyons Dawlish, ne vous mettez pas en mauvaise posture, je ne voudrais pas avoir à vous faire du mal.

Tout se précipita ensuite, Fudge hurla une nouvelle fois qu'on l'arrête, un cri de Fumseck retentit et une brusque déflagration coucha à terre les cinq membres du Ministère, laissant les autres debout et sans dommage. Eiden tourna un regard surpris vers sa sœur qui grogna légèrement :

— Quoi ?! Je n'y suis pour rien.

— En effet Elienor c'est moi ! fit le vieil homme avec un clin d'œil.

— Mais Monsieur, vous ne pouvez pas, je suis désolé, mais je … commença Eiden, mais le Directeur le coupa gentiment.

— Écoute mon garçon tout ceci n'est pas de ta faute, c'est seulement politique. Je m'en vais, mais c'est temporaire et crois-moi Fudge regrettera bientôt de m'avoir délogé de cette école et de m'avoir imposé Ombrage et ses décrets. Continue de t'exercer à l'occlumancie c'est primordiale et n'oublie pas de fermer ton esprit. Tu entends Eiden ?

Le jeune homme hocha la tête, affreusement désolé d'avoir mené l'AD et de l'obliger à partir pour sauver sa peau à lui. Dawlish commença à bouger et Dumbledore fit un sourire à Eiden, un clin d'œil à Elie et un signe de tête aux autres avant de disparaître. Les cinq membres du Ministère se relevèrent d'un bon et Fudge se mit immédiatement à crier sur tout le monde et à chercher frénétiquement le Directeur sous et derrière un tas de choses improbables. Les aurors se précipitèrent dans les escaliers, tentant de l'y rattraper. Kingsley leur fit d'ailleurs un petit sourire avant de s'élancer par la porte.

— On dirait bien que le règne de Dumbledore s'achève Minerva, fit le Ministre d'un ton mauvais.

— Vous croyez, déclara-t-elle avec mépris en se détournant de lui. Monsieur Rogue, Mademoiselle Rogue, il est tard, retournez à votre dortoir. Severus, pouvez-vous conduire Mademoiselle Edgecombe à l'infirmerie pendant que je reste avec le ministre ?

L'homme accepta et fit un regard encourageant à ses enfants qui quittèrent le bureau. À aucun moment Elie ne lâcha la main de son frère qui semblait dans un état second. Elle le mena directement au dortoir, l'aidant à se dévêtir avant de le pousser gentiment sous la douche. Elle les lava tous les deux rapidement et lui enfila un pyjama chaud avant qu'il ne reprenne ses esprits.

— Il …

— Oui, mais comme il te l'a dit, ce n'est pas ta faute, Fudge aurait trouvé quelque chose pour le faire virer de toute façon.

— J'ai mené l'AD, répliqua d'une voix sombre le garçon.

— Et nous t'y avons tous poussé, moi la première. Si tu es fautif, nous le sommes tous, mais tu ne l'es pas.

Elle se hissa sur le lit à côté de lui et posa la tête sur son épaule, ils restèrent ainsi quelque temps avant que la porte du dortoir ne s'ouvre à nouveau, laissant entrer les autres qui vinrent s'installer près d'eux. Sur le lit de Blaise pour Drago et Pansy et au sol, entre les deux couchages pour Blaise et Théo.

— Dumbledore nous a couverts, il s'est enfui de l'école. Ils voulaient l'arrêter, expliqua sommairement Elie.

Les précisions pouvaient attendre la lumière du jour et elle n'avait ni l'envie ni l'énergie de s'étendre là-dessus ce soir.

— Pourquoi nous avoir dissimulés tout à l'heure ? demanda doucement Blaise.

— Il n'y avait aucune raison qu'Ombrage nous attrape tous et elle savait déjà que j'étais dans le coup alors … déclara Eiden en haussant les épaules, désabusé.

— Et je vous rappelle que tes parents travaillent au Ministère Blaise et que les vôtres, fit-elle en désignant les autres, croient que vous soutenez les thèses de Voldemort. Vous croyez vraiment qu'ils seraient enchantés de vous voir collaborer avec des gryffondors et des poufsouffles pour apprendre à se battre ? Je suis certaine qu'ils se seraient montrés très compréhensifs … soupira la jeune fille.

— De toute façon c'est trop tard ils ont la liste, dit sur un ton funèbre son frère.

Un sourire rusé éclaira le visage d'Elie.

— Oh ils ont la liste en effet, mais cela ne les aidera pas beaucoup, je pense …

— Que veux-tu dire ? interrogea Eiden.

— J'ai tout effacé. Il n'y a absolument plus rien sur cette liste et aucun d'eux ne se rappellera le moindre nom. Ce fut une soirée fort embrouillée … ricana-t-elle.

— Kingsley a bien jeté un sort de confusion à Marietta alors …

— Oh oui, rit toujours sa sœur, et je ne me suis pas gênée pour faire de même aux autres. Aucun d'eux ne pourra véritablement nous accuser. À chaque fois qu'ils repenseront à ce soir, tout se floutera …

— Tu es un génie, murmura tendrement le brun en frottant son nez contre sa joue.

— Dumbledore est un génie et un pro du spectaculaire ! contra joyeusement la jeune femme.

Ils rirent tous deux, mais Pansy intervint.

— Marietta ? Comme Marietta Edgecombe ? C'est elle qui nous a balancés ? Je vais lui faire regretter à cette abrutie !

— Oh ne t'en fais pas, Hermione s'en est déjà chargée. Au moment où elle nous a trahit, une violente et douloureuse poussée de furoncles violets est apparue sur son petit minois, contra Elie avec un sourire sadique.

Un sourire satisfait s'étendit sur les lèvres de la brune puis il pâlit et son visage se fit brusquement résolu. Elle lança fermement :

— Nous devons parler.

Intrigués par son ton brusque, les jumeaux tournèrent la tête vers elle et le basané soupira :

— Pas ce soir Pansy, ce n'est pas le moment, tenta-t-il d'une voix lasse.

— Tout ceci a suffisamment duré Blaise, c'est ce soir !

— Mais …

Le regard noir de la jeune femme le fit taire et elle se tourna vers le fils Rogue.

— Alors Eiden, vas-tu enfin nous dire qui tu es réellement ?

Personne ne faisait plus le moindre mouvement dans le dortoir et c'est à ce moment qu'Eiden réalisa que Crabbe et Goyle n'étaient là. Où étaient-ils ? Mais ce n'était pas le problème le plus urgent, le principal était dans les yeux noirs et froids de Pansy qui semblaient le transpercer. Eiden soupira intérieurement, il savait bien que cela finirait par arriver. Il espérait avoir quelques mois encore devant lui, mais apparemment, tout se terminait ce soir. Bizarrement, il n'était pas paniqué. Il ne savait si c'était à cause de cette soirée plutôt forte en émotions où s'il était simplement soulagé que le dernier de ses secrets tombe enfin. Mais il se sentait prêt à affronter cela. La petite main d'Elie se glissa dans la sienne et elle lui envoya des ondes de réconfort, elle aussi pensait qu'il était temps.

— Très bien, fais-moi part de tes soupçons et je te dirais si tu as tort ou raison, déclara-t-il calmement, se surprenant lui-même de la constance de sa voix.

La jeune femme eut un rictus.

— Qui me dit que tu n'essayes pas de m'embobiner ? Que tu ne me conforteras pas dans une fausse hypothèse ?

— Rien, mais si tu le crois c'est que j'ai vraiment chuté dans ton estime et ta confiance.

Pansy le fixa un instant. Les paroles du garçon étaient justes, lui faisait-elle encore confiance ? La réponse était évidente et la franchise des mots du brun acheva de la convaincre.

— D'accord.

L'adolescent hocha la tête et se redressa un peu, attendant la confrontation imminente, mais son amie se radoucit un peu.

— En faite c'est Blaise qui s'en est douté le premier, concéda-t-elle.

— Vraiment, fit le jeune homme à mi-voix sans oser regarder son compagnon.

— Oui, puis j'ai commencé à remarquer aussi quelques petites choses, expliqua Pansy. Ta chouette, ton balai, le quidditch, l'attitude des Weasley et d'Hermione, ton attitude, les commentaires que Severus et toi faites parfois, ta connaissance de Poudlard, de l'Angleterre … Votre façon de ne jamais prendre parti lorsqu'on discute de lui et le fait que vous prononciez son nom, la Défense contre les forces du mal et ton caractère aussi, tes petites escapades, le fait que tu ne tolères pas les propos racistes, l'inégalité et le Ministère. Tes cauchemars aussi, bref beaucoup de choses anecdotiques seules, mais qui misent ensemble … et ce soir, lorsque tu as sorti cette carte …

— Alors, ton hypothèse ? interrogea le garçon en étirant ses jambes, les yeux rivés dans les siens.

— Elle est si incroyable, mais en même temps, cela expliquerait beaucoup de choses … Mais si c'est le cas, Rogue comme père, ça a dû te paraître la blague la plus cruelle de l'univers !

— C'était … surprenant, avoua Eiden sans l'éclairer plus.

— Tu es Harry Potter n'est-ce pas ?

Les mots tombèrent plus durement dans le silence qu'ils ne l'auraient cru et cela dura quelques instants, étranges et pesants avant qu'il ne murmure.

— Oui, j'étais Harry Potter.

Les réactions furent assez diverses, Pansy eut un petit sourire satisfait, Blaise ne fit rien, les yeux de Théo s'agrandirent un peu et Drago pâlit brusquement.

— Je suis désolé de vous l'avoir caché, mais …

— C'était nécessaire, pour notre sécurité à tous les deux, termina Elie serrant toujours la main de son frère.

— Je suis désolé, répéta-t-il, la tête tournée vers Blaise, mais toujours incapable de le regarder.

Le basané cependant sourit et attrapa sa main libre.

— J'ai de soupçons depuis un moment, cela ne change rien.

Eiden osa risquer un coup d'œil et tomba sur le visage tendre et souriant de son compagnon qui ne semblait pas lui tenir rigueur d'avoir gardé son identité secrète. Le basané s'approcha encore et captura amoureusement les lèvres de son petit ami.

— Mince, ça veut dire qu'on est ami avec Saint Potty ? fit Théo, sans que personne ne parvienne à dire s'il le regrettait au non.

— Je suppose, dit Pansy en haussant les épaules.

— Tu aimes toujours le chocolat ? Pas de secret là-dessus ?

— Non, répondit Eiden qui ne comprenait pas vraiment où l'autre voulait en venir.

— D'accord, c'est ok alors.

Elie ne put retenir un petit rire.

— C'est vrai que c'est déroutant, mais bon on te connaît, ce n'est pas comme si ce que nous avons cru sur le balafré était vrai … Je veux dire, on s'est bien planté sur ce coup-là, continua le jeune homme aux cheveux corbeaux.

— Si cela peut te rassurer, vous n'êtes pas du tout comme je le croyais non plus, lui répondit Eiden.

— J'imagine, répliqua l'autre en faisant venir d'un accio un paquet de bonbon qu'il proposa aux jumeaux en signe de paix.

Tous se servir, mais lorsque Théodore agita le paquet sous le nez de Drago, celui-ci le contempla sans faire le moindre geste.

— Dray, l'interpella doucement Pansy.

Il leva ses yeux clairs vers elle, mais ne répondit pas.

— Cela te pose un problème ? demanda calmement Eiden. Je sais que l'on a une histoire commune pas vraiment reluisante, mais je suis passé au-dessus moi et je suis certain que tu peux le faire aussi.

Le blond ne répondit toujours pas. Elie se leva lentement pour prendre place à ses côtés, mais au moment de la toucher, le garçon eut un mouvement de recul, brisant le cœur de la jeune femme. Il était aux premières loges pour assister à la peine qui envahit les yeux de la fille de son parrain, mais il ne bougea ni ne parla. Elle se leva alors et disparut promptement du dortoir, y laissant un silence assourdissant.

— Bouge Drago, siffla avec colère Pansy entre ces dents et l'adolescent sembla enfin se réveiller et sortit en trombe de la pièce.

Il rattrapa la jeune femme dans les escaliers, la retenant par le bras. Elle se retourna brusquement à son contact, plongeant ses yeux assombris dans les siens.

— Alors Drago, le problème c'est mon survivant de frère ou ma sang de bourbe de mère ?

— Elie, je …

La voix de la jeune métisse était glaciale et son visage semblable à du marbre, dur et sans émotion. Le jeune homme en fut déstabilisé et ne put que bredouiller :

— Rien de tout cela, El. Eiden reste Eiden, même s'il était Harry avant et le sang de ta mère n'a aucune importance.

D'autant qu'elle n'était pas du tout sang de bourbe, mais cela il le garda pour lui, ne voulant pas exacerber plus encore l'ire de l'adolescente qui semblait déjà bien partit.

— Je suis désolé, implora-t-il, je ne t'en veux pas du tout, ni à toi, ni à Eiden d'ailleurs. C'est… après moi que j'en ai.

Ces derniers mots eurent le mérite de faire hésiter la fille qui tourna un regard plus interrogatif que furieux vers lui.

— J'ai vraiment fait des efforts cette année, je me suis rendu compte que je n'étais qu'un petit bâtard de fils de riche et j'ai essayé d'être moins pourri… Alors savoir qu'en réalité vous saviez tout… et qu'Eiden était parvenu à passer outre notre passé et à devenir mon ami… cela m'a dévasté.

Il semblait véritablement désolé et mal, alors Elie oublia un peu sa colère et sa peine pour le laisser s'expliquer.

— Je ne sais pas si j'aurais été capable de faire de même, j'ai vraiment été un tel connard avec lui…

— Je sais.

Loin de le rassurer, ces deux mots abattirent encore plus le garçon qui chancela, se retenant au mur.

— Depuis combien de temps sais-tu… commença Drago.

— Depuis le début.

Elie semblait s'être calmée à présent, du moins, elle ne paraissait plus à deux doigts de l'étriper et ses yeux ne le fusillaient plus du regard. Elle l'écoutait, attentive.

— Et tu… enfin tu… m'as quand même laissé … enfin je veux dire on… et ensuite nous… bégaya le garçon.

Confus, irrité par sa propre incapacité à s'exprimer, la colère de Drago envers lui-même grandit encore.

— Merlin je n'arrive pas à y croire, souffla-t-il. Je ne comprends pas comment tu as pu ne serait-ce que m'adresser la parole …

La jeune fille s'adoucit à cette phrase et à ces réflexions un peu brouillonnes.

— J'ai tout de suite vu que ce n'était qu'un rôle Drago. Que tu étais différent à l'intérieur, déclara-t-elle. Dès la boutique du chemin de Traverse.

Le garçon soupira lourdement et s'affaissa un peu.

— Ça n'a pas toujours été le cas, j'ai été tellement horrible pendant toutes ces années.

— Tu as changé, Drago. Tu étais un enfant alors, embrigadé par ton père et ses croyances.

— Ça ne m'excuse en rien …

— Peut-être, mais ça explique. Ce qui compte c'est que tu t'en sois rendu compte et que tu ais agi dans ce sens.

Drago baissa les yeux, fixant le sol piteusement.

— Je ne te mérite vraiment pas ni toi ni Eiden comme ami.

Elie pencha un peu la tête, les sourcils froncés, ne semblant pas comprendre ces dernières paroles. Pourquoi dire cela maintenant ? La métisse ne saisissait pas.

— Je ne vois pas ce que cela change. J'étais au courant depuis le début, mon frère aussi, la situation est la même. Mon opinion de toi n'a pas changé depuis ce soir ni celle d'Eiden. C'est toi qui as découvert des choses à notre propos, pas l'inverse.

— Oui, mais tant que je croyais que tu ne savais rien je pouvais m'en persuader… me persuader que tu n'étais pas trop bonne, trop gentille et adorable pour moi.

Il semblait si misérable, le visage tourné vers le sol et les cheveux le recouvrant qu'Elienor ne résista pas et l'étreignit, encaissant son sursaut et sa passivité sans broncher. Puis finalement il céda et la lui rendit, enroulant ses bras autour d'elle, comme pour l'empêcher de partir. Ils restèrent un moment ainsi et la métisse finit par s'apercevoir qu'il pleurait. Elle lui embrassa alors tendrement le front, écartant quelques mèches rebelles et essuya les perles qui coulaient. Drago finit par relever la tête et elle murmura :

— Cela ne change rien pour moi. Et pour toi ?

Il n'hésita pas, même s'il avait le sentiment que tout ceci était trop beau pour être vrai et qu'on allait la lui reprendre.

— Rien du tout.

Elle sourit.

— Fort bien, nous allons pouvoir retourner dans le dortoir alors et voir si tout le monde s'est remis du choc d'avoir Potty comme ami depuis la rentrée, d'accord ?

Il hocha la tête, incapable d'en faire plus et elle l'entraîna dans les escaliers. Arrivé devant la porte il la plaqua doucement contre lui pour l'embrasser tendrement avant qu'elle ne l'ouvre. Le baiser était doux, amoureux, comme les centaines d'autres qui l'avaient précédé. Rien n'avait changé. Les voyant revenir complices, les mains liées, les quatre autres se rassurèrent et Pansy intervint :

— Maintenant que Drago a achevé son petit numéro de connard, pourrait-on avoir la véritable version de cette histoire ?

Drago grimaça, mais il ne dit rien, conscient que les paroles de son amie étaient vraies.

— Moi ce que j'aimerai d'abord savoir, c'est quand est-ce que vous avez découvert cela ? questionna Eiden.

Ils étaient à présent tous assis entre les deux lits, confortablement installés sur une pile de couettes et de coussins, vraisemblablement préparés à passer une partie de la nuit à éclaircir les choses.

— Où sont Gregory et Vincent ? interrogea Elie en s'installant entre les jambes de son petit ami.

— Peu importe, répondit Pansy en coupant court à la question. J'ai pour ma part commencé à avoir de sérieux soupçons au retour des vacances, même si je n'avais pas encore pensé à Potter, mais je savais qu'il y avait anguille sous roche. Blaise, lui, a commencé avant, au début de l'hiver, mais ce n'est qu'il y a une quinzaine de jours que nous en avons discuté ensemble et que nous avons commencé à penser que tu puisses être lui. Je veux dire, une fois que nous avions mis nos informations en commun, c'était tellement évidant !

— Ça veut dire que ce soir là, ici, quand tu as reçu la lettre de ton père… fit Eiden qui ne savait s'il devait se sentir blessé ou heureux des propos qu'avait tenu petit ami ce jour-là. Étaient-ils toujours aussi sincères sous cet éclairage ?

Le basané passa un bras fort autour des épaules du brun, voyant bien ce qui le tourmentait.

— Je pensais chaque mot de ce que j'ai dit Eid, à ce moment je n'avais pas encore intégré le fait que tu étais peut-être lui. C'est étrange, mais c'était une chose de le suspecter avec Pansy, mais une autre d'y croire lorsqu'on était ensemble. C'était… comme si mon cerveau était séparé en deux.

— Je vois tout à fait de quoi tu parles, grommela Drago. Vous aviez beau nous avoir fait part de votre quasi-certitude ce soir, il n'empêche que lorsque tu l'as avoué Den, eh bien cela a été un choc. Je savais que c'était toi, surtout avec la carte et tout, mais c'est une chose de le savoir et une autre de se l'entendre confirmer. J'ai… un peu perdu mes moyens je dois dire…

Le blond serra un peu plus Elie pour se faire pardonner et elle caressa doucement ses mains jointes sur son ventre. Le brun hocha la tête, il comprenait.

— En fait je voudrais m'excuser, continua Drago, envers toi pour se que j'ai pu faire pendant ces quatre années et envers Elie pour tout à l'heure.

— Tu l'as déjà fait, souffla la jeune femme.

— Je veux recommencer, assura l'autre, publiquement.

— Je m'excuse aussi des crasses que j'ai pu te faire Drago, mais si tu le permets, j'aimerai que l'on oublie cela et que l'on passe à autre chose. Ça vaut pour tout le monde, on était tous des gosses embrigadés, on a levé le voile maintenant et vous me plaisez bien finalement. Donc on passe à autre chose. Les circonstances sont contre nous et je suis persuadé que nous n'en serions jamais arrivés à ce point si tout Poudlard ne nous mettait pas en situation favorable au conflit entre maisons.

Pansy et Théo hochèrent la tête et Blaise embrassa sa tempe pour réponse. Drago fut un peu plus lent, comme s'il ne parvenait pas vraiment à réaliser puis chuchota un finalement un « oui ».

— Comment as-tu pu être ami avec moi cela me dépasse… fit-il doucement, très loin en cet instant du petit prince arrogant qu'il pouvait être.

— De la même façon que tu restes ami avec moi maintenant que tu es au courant de tout, supposa Eiden en haussant les épaules, appuyant son côté un peu plus confortablement sur Blaise assis près de lui.

— Oui, mais moi je t'ai balancé à Mcgonagall en première année, attiré dans un piège, fait ces badges en quatrième et puis les insultes et le reste. Toi tu t'es contenté d'être le petit sauveur horripilant et tout ce que j'avais cru sur toi s'est révélé faux. Alors que moi …

— Si ça peut te rassurer, tout ce que j'avais cru sur toi s'est révélé faux également et tu as pas mal contribué à te racheter depuis notre re-rencontre. Merlin Drago tu ne te rends pas compte de combien tu as changé ! Tu viens juste de me présenter des excuses publiques, à moi le balafré ! Tu as fait partie d'un groupe anti-Ministère et Voldemort et tu aides des élèves à échapper à la marque, sincèrement, si je n'avais pas assisté à cela de mes propres yeux, je ne l'aurais jamais cru.

— Moi ce que je trouve le plus incroyable, intervint pensivement Théo, c'est que tu lui ais laissé Elie en toute connaissance de cause …

— Hey je ne suis pas un objet ou un animal de compagnie, je fais mes propres choix merci ! rouspéta la susnommée.

— Je le sais bien El, répliqua Théo, ce que je veux dire, c'est que concernant leurs… antécédents, je m'étonne qu'il n'ait pas été plus vindicatif. Il n'a rien fait pour empêcher votre relation.

— Eh bien on ne pouvait pas vraiment dire qu'au début cela m'enchantait, mais elle s'est montrée plutôt têtue et confiante envers ce qu'elle voyait en lui donc j'ai laissé couler, expliqua le fils de Severus. Elle est plutôt butée et convaincante. Et je suppose que je me doutais déjà que les choses étaient plus compliquées que le petit masque d'enfoiré de Drago parce que je ne l'ai pas réellement empêché.

— Oui enfin j'ai essuyé quelques bouderies et moqueries... sourit la jeune femme.

— Dois-je te rappeler que je t'ai poussée plusieurs fois dans ses bras ?

Elienor tira simplement la langue à son frère sous les rires des autres. Blaise ébouriffa ses cheveux d'un air amusé et Eiden se tourna vers lui :

— Quoi ? J'ai toujours dit qu'ils allaient bien ensemble !

— Oui, oui on sait … s'impatienta Pansy. Mais nous on voudrait des précisions sur cette folle histoire et enfin la vérité. Vous allez nous dire toute la vérité n'est-ce pas ?

Les jumeaux hochèrent la tête de concert. Leurs amis avaient mérité de savoir, ils avaient largement prouvé qu'ils pouvaient avoir confiance en eux.

— Oui, répondit le brun sans hésiter. Et c'est Elie qui va commencer …

Il sentit une pointe de nervosité venir de sa sœur, mais surtout une grande résolution. Pour elle aussi c'était le moment de tout révéler à ses amis. Elle savait que c'était la chose à faire et grâce à ses proches et à Drago, elle avait pu vaincre beaucoup de ses fantômes issus de cet horrible cauchemar. Ce soir, le dernier disparaîtrait.

— À la sortie du carrosse de Beauxbâtons en juin dernier, un mangemort a frappé Nannez, ma nourrice korrigane venue me chercher et m'a enlevé. Pendant un mois, il a tout tenté pour me briser et faire de moi un pantin de Voldemort, avant que je ne parvienne à m'enfuir, par hasard, un soir de juillet.

— Il … commença Pansy qui avait peur de comprendre.

— Il m'a battue, torturée et… violée.

La jeune femme ferma douloureusement les yeux à ce dernier mot et Drago l'entoura plus encore de son corps, comme pour la soustraire au monde extérieur, mais Elie était étrangement calme. Son petit ami l'avait compris à demi-mot, mais l'entendre... Tendant son esprit vers celui de sa sœur, Eiden ne constata qu'une pointe de tristesse et de la résolution. Rien d'autre. Elle semblait faire à présent complètement face à son passé et le garçon s'aperçut que c'était la première fois que le mot viol était clairement énoncé à voix haute. Personne, ni lui, ni elle, ni Severus ou Pomfresh ne l'avait jamais prononcé. Et cette étape montrait bien le chemin qu'avait parcouru la blonde. Elie avait raconté à son frère les progrès qu'elle avait fait avec son petit ami concernant les rapports intimes, il savait ce qu'il s'était passé dans la salle de bains des préfets avant leur coma, mais il n'imaginait pas que cela ait aidé Elie à ce point.

— Je ne suis pas un cas isolé, continua l'adolescente. Des familles ont été assassinées durant cette période et cela continue encore. Les Van Ernz, les Berhn, les Sax, la jeune Honorina de Saint Alouin et le petit Enersto Carix, tous ont été confrontés aux gens de Voldemort.

Théo avait pâli, à l'entente du calvaire de son amie, mais aussi du reste :

— J'ai surpris mon père qui parlait de cela avec Rosier, cela dure depuis l'été dernier. Voldemort essaye de convertir de gré ou de force les individus ''intéressants'' à sa cause sur le continent pour ne pas encore trop attirer l'attention ici.

— Et il réussit, souffla Elie. Peu le suivent certes, préférant mourir, mais certains le font et de leur plein gré. Il fait des tas de promesses à ceux de notre peuple et plus particulièrement aux loups-garous sur un monde meilleur et une entière acceptation de leur condition.

— Et ils le croient ? s'enquit, stupéfait, Drago.

— La plupart voient clair dans ses manigances, mais certains, marqués par les pertes, le désespoir et le braconnage se laissent embrigader, expliqua Blaise.

— Voldemort peut se montrer très séduisant et convaincant. Il m'a presque eu en deuxième année avec ses petits airs d'élève parfait.

— Comment ? s'exclama Pansy, mais Eiden leva une main pour l'empêcher d'aller plus en avant.

— Ce n'est pas le moment. On parlera de tout cela une autre fois, je te le promets.

La jeune fille acquiesça, consciente que tout ne pourrait être éclairé cette nuit, elle savait qu'il respecterait sa promesse.

— Et donc ce mangemort, tu sais quelque chose sur lui ? intervint Théo pour recentrer la discussion.

— Non je n'ai rien vu à part la marque. Il se dissimulait toujours sous les vêtements et les sortilèges. Il était toujours très méticuleux, mais il a fini par faire une erreur une nuit et n'a pas replacé tous les sortilèges qui me maintenaient enfermée. J'ai donc pu briser ceux qui restaient, récupérer ma baguette et m'enfuir le plus loin possible. Je suis restée cachée pendant des heures puis une lueur m'a entourée et j'ai transplané chez l'oncle et la tante d'Eiden.

— Ouais et elle a atterri à moitié morte sur le plancher de ma chambre. Je fais mon maximum pour la soigner avec le peu que j'avais et elle a fini par s'endormir sur mon lit.

— Le sang chez les moldus… commença Blaise qui semblait comprendre.

— Était le sien, termina Eiden alors que l'autre encaissait la nouvelle. Son père lui avait dit qu'il y en avait tant que Potter était sûrement mort de cette hémorragie, si le feu ne l'avait pas surpris avant. Apparemment, il s'en était fallu de peu pour sa sœur.

— Cela a bien failli être le tien, répliqua Elie, ton oncle avait l'air tout prêt à te tuer.

Eiden se tortilla un peu sous le regard des autres et déclara sur un ton qui se voulait léger :

— Ouais, il se pourrait que les thèses des aurors ne soient pas si éloignées de la vérité …

— Ta famille te maltraite réellement depuis des années ? questionna Théo qui en avait cessé de manger des friandises. Lui d'ordinaire si imperturbable.

— Il semblerait, grimaça le brun, pas vraiment à l'aise de leur confirmer ce pan guère glorieux de son passé. Mais revenons à cette nuit. Une lettre de ma mère est apparue sur mon bureau, elle m'avouait que mon père n'était pas James Potter, mais Severus Rogue. Elle expliquait également les circonstances de leur séparation et elle espérait que ma sœur Anna et moi étions en sécurité. Je vous laisse imaginer le choc d'apprendre que mon père était Rogue et que j'avais une sœur dont personne ne savait rien.

Les autres échangèrent un regard éloquent et Drago souffla seulement :

— J'imagine…

— Bref, Elie a commencé à s'agiter dans son sommeil alors je l'ai appelée par son ancien nom et elle a réagi. Mais une fois encore ma délicatesse habituelle s'est manifestée et ayant été un peu trop enthousiaste, j'ai appuyé sur l'une des blessures d'Enor qui a crié et réveillé mon oncle. Il a déboulé, bien décidé à me faire payer son saut du lit et la présence d'une anormalité femelle sous son toit. En le voyant si menaçant, El l'a assommé d'une onde de choc si puissante qu'elle a secoué toute la maison. Puis Sev est apparu comme une fleur dans ma chambre et ma sœur adorée l'a envoyé au tapis, causant le début d'incendie.

La susnommée lui adressa un regard sombre, mais il balaya ses reproches d'un geste de la main.

— Honnêtement, ricana le brun, je dois avouer que sur le moment j'étais plutôt heureux que tu lui ais fait payer un peu de ses traitements à mon égard.

— Attends, attends, tu veux dire qu'Elie a démoli une maison en deux ondes de magie instinctive ? s'exclama Pansy.

La blonde roula des yeux.

— Je n'ai pas démoli la maison, elle est toujours debout !

— Pas tout à fait si l'on en croit la photo publiée dans la Gazette cet été, rit Théo.

— Calomnies ! ronchonna Elie ce qui fit sourire les autres.

— Tu as envoyé Sev à terre, demanda Drago sur un ton amusé. Sympa comme première rencontre !

— Je ne l'ai pas fait exprès, Eid ne le considérait pas comme un allié, j'ai agi par instinct, geignit-elle fourrant sa tête dans la poitrine du garçon, gênée.

Il passa une main tendre dans ses cheveux et sur sa nuque alors qu'Eiden contait aux autres la suite des événements.

— On est restés une semaine à l'infirmerie et ensuite on a rejoint le QG de l'Ordre, passant le reste des vacances la semaine là-bas et le week-end à Poudlard avec Père.

— Donc les Weasley, Hermione et Neville sont également au courant ? devina Pansy.

— Oui, les Weasley et Hermione depuis le début et Neville a tout découvert en octobre. Il a reconnu Elie et a fait le lien avec moi. Les Menes de même.

— Wouah ça fait un sacré paquet de monde dans la confession ! s'étonna Théo.

— Oui, mais tout le monde est soumis à un serment sorcier alors… et puis ce n'est pas comme si le monde entier finira par le savoir …

Eiden avait l'air passablement déprimé, mais sa parole était assurée, il ne fléchissait pas.

— Pourquoi veux-tu que… commença son amie brune.

— Voldemort veut ma peau et il sait que je suis vivant. Je ne suis pas bête au point de croire qu'il ne finira pas par me trouver. J'espère juste que ce soit le plus tard possible et de préférence lorsque Sev ne sera plus à sa portée.

— Ce n'est pas dangereux pour lui de continuer de faire l'espion ? demanda Théo. Je veux dire plus dangereux encore que le simple fait d'espionner le Seigneur des Ténèbres…

— Ça l'est, mais il veut le faire. Il est le seul aussi bien placé dans ces rangs et ses informations ont sauvé nombre de fois la mise de l'Ordre. Il est beaucoup plus prudent, mais il sait également que sa couverture ne tiendra pas éternellement, comme la nôtre.

— C'est pour cela que l'on veut qu'il en sache le moins possible sur tous nos plans, expliqua Elie. La situation est déjà assez précaire comme cela…

—Tu m'étonnes, grogna Drago, le meilleur espion de l'Ordre, le survivant et la plus puissante métisse de ce pays. Le Lord mettrait l'Angleterre à feu et à sang pour vous avoir.

— Il semblerait que ton goût pour le danger ne s'est pas franchement atténué avec ton changement de nom, ricana Théo en regardant Eiden.

— Il y a quand même quelque chose qui me chiffonne, avoua Blaise. Comment as-tu fait pour que le choixpeau t'envoie ici ?

— Eh bien cela n'a pas été très difficile, répondit le brun avec un petit sourire, en fait il était plutôt ravi, c'est là qu'il voulait m'envoyer depuis le début...

— Quoi ?! fut le cri unanime de ses amis.

— Le choixpeau voulait que j'aille à Serpentard, mais j'ai refusé, explicita simplement le garçon.

— Tu as refusé ! émit Pansy d'une voix aigu alors que l'autre haussait simplement les épaules. Mordred Blaise, est-ce que tu as conscience que tu sors avec monsieur Harry-les-lois-de-l'univers-ne-me-concerne-pas-Potter ?

— En effet, sourit le basané, et je m'en porte très bien.

— Non, mais refuser ! On n'envoie pas bouler le choixpeau ! Qui fait cela ? Ce truc officie depuis que l'école est debout, tu ne peux pas simplement ignorer ce qu'il dit et te dire : ''non je m'en balance, je vais chez les gryffonds'' ! Je rêve ! Qui fait ça ? s'emporta la jeune femme.

— Bah moi apparemment et Elie même si elle a demandé Serpentard.

— Quoi ? s'étouffa la fille Parkinson qui semblait au bord de l'apoplexie.

— Il voulait que j'aille à Gryffondor ou Serdaigle, mais je préférai être avec Eiden alors… répondit très calmement la blonde qui ne semblait pas voir où était le problème. Si vraiment il n'avait pas voulu, il l'aurait dit !

La brune était à présent muette de stupéfaction, comme si elle ne parvenait à croire le peu de cas dont semblaient faire preuve les jumeaux envers un objet souverain et mythique de cette école.

— Il a été très sympa d'ailleurs, on a bien discuté, cela le faisait bien rire de mettre finalement Den chez les verts.

Il y eut un silence, chacun tentant d'intégrer les paroles de la blonde et sa familiarité envers le choixpeau.

— J'ignore pourquoi cela m'étonne en fait, déclara Blaise en riant nerveusement. Vous avez le truc pour les choses étranges et inhabituelles. Je ne devrais même pas être étonné que vous teniez tête à ce pauvre chapeau.

— Il ne m'en a pas tenu rigueur ! On s'est revu ensuite et on a parlé un peu, rétorqua Eiden au souvenir de sa deuxième année. Bien sûr il m'a fait le coup du ''je te l'avais bien dit'', mais c'était de bonne guerre.

— Le coup du ''je te l'avais bien dit'', répéta d'une voix faible Pansy.

Théo, hilare, cru bon d'intervenir pour éviter plus de mal à son amie :

— Pourquoi tu ne voulais pas venir ici ?

— Pour plusieurs choses, on m'avait dit dans le train que c'était la maison des sorciers noirs et je venais tout juste d'apprendre que j'étais un sorcier et que le meurtrier de mes parents venait de là. Oh et bien sûr le comportement exécrable de Drago durant nos deux entrevues a aussi pesé dans la balance …

Le susnommé se rembrunit un peu, mais ne dit rien. Il avait parfaitement conscience d'avoir été un horrible petit connard arrogant, même s'il n'aimait guère qu'on le lui rappelle.

— Je vois … sourit Théo, les yeux braqués sur le blond.

— Enfin tout est bien qui finit bien, je suis content, Père est content, le choixpeau est content et j'espère que vous l'êtes également ?

— Beaucoup, assura Blaise en promenant ses lèvres dans le cou de son compagnon, tandis que les autres opinaient.

— C'est très bizarre de se dire que l'image que l'on avait de Potter est si fausse. Je veux dire, je ne pense pas que tu ais tant changé ? Cela fait donc quatre ans que l'on aurait pu profiter de tout cela.

Eiden grimaça un peu.

— Non, on ne se serait pas approchés. Les tensions entre les maisons sont bien trop fortes et ancrées dans les mœurs pour cela. La seule chance que j'ai eue de passer par-dessus, c'est que je devais bien faire des efforts pour vous connaître puisque nous devions nous côtoyer toute l'année et la seule raison pour laquelle personne ne nous a vraiment empêchés de tisser des liens avec tout le monde, c'est qu'ils nous croyaient tous étrangers et ignorants des usages. Un autre gryffondor ou autre maison n'aurait pas pu faire amis amis avec les serpents, à cause de la pression de l'entourage et du bain de préconçut qui nous inonde dès le premier jour. Honnêtement, je crois que sans l'AD, même les gryffondors et les pouffsoufles ne se seraient pas autant mélangés. Je veux dire on se croise, se supporte pendant les cours communs, à l'occasion on parle un peu, mais on ne fait rien ensemble. Et c'est encore plus vrai pour les serpentards, on peut compter sur les doigts de la main ceux qui ont de véritables amis en dehors de ses murs.

— En tout cas avant cette année, intervint Blaise. Les choses ont changé depuis.

— Oui, par ce que nous faisons tout pour, mais si j'étais resté Harry Potter, j'aurai sûrement mené l'AD, mais je n'aurai jamais convié des serpentards. C'est le fait qu'Elie et moi avions déjà des amis dans d'autres maisons avant la rentrée qui nous fait enfreindre les règles tacites de non-approche.

— Une bénédiction, assura Pansy, sinon nous n'aurions jamais eu le soutien et le courage nécessaire à nous rebeller contre le Seigneur des Ténèbres et nos parents.

— Et des tas de choses n'auraient pas eu lieu, renchérit Eiden en enserrant tendrement le corps musclé de Blaise qui lui rendit son regard amoureux. Bien sûr je n'aurais pas eu à supporter la fouine comme beau-frère, mais…

Un oreiller, envoyé magiquement par sa sœur s'écrasa sur son visage, mais il s'en fichait complètement, riant à pleine gorge au délicieux souvenir de ''l'extraordinaire fouine bondissante de Maugrey''. Drago grogna une nouvelle fois et lança un reproche à Eiden en voyant que sa petite amie souriait elle aussi.

— Tu lui as raconté ? Quelle question évidemment… grommela-t-il, même s'il savait le mériter un peu. Bien qu'il ne l'aurait jamais avoué.

— Je n'ai rien eu à faire puisque nous avons échangé tous nos souvenirs je te rappelle, riait toujours le brun.

La soirée dura encore un moment, faisant se coucher fort tard les six amis

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Ebloui par la brassée de flammes émeraude, la première chose que vit Severus quand il atterrit dans la cheminée étrangère fut le visage souriant de Rose. Elle se leva immédiatement à son arrivée et se porta à sa rencontre, serrant doucement son épaule en guise de salutation.

— Comment vas-tu Severus ? demanda la demi-elfe de sa voix mélodieuse.

— Aussi bien qu'on le peut.

L'homme jeta un coup d'œil intéressé autour de lui. C'était la première fois qu'il pénétrait dans la demeure de la femme, celle où sa fille avait grandi. Il était apparu dans un vaste salon décoré dans un style art nouveau dont la cheminée semblait être le point central. Il fallait dire qu'elle était magnifique, tout ornée d'albâtre, de bois poncé et d'émaux. C'était presque un crime de l'utiliser pour faire un feu et à plus forte raison comme moyen de locomotion. Le reste de la pièce était à l'avenant : les canapés et fauteuils étaient tissés de riche tapisserie représentant des végétaux ou de petits animaux, une immense table d'acajou trônait sur un des côtés et quatre grandes fenêtres habillées de voilage laissaient voir le ciel assombri et le jardin environnant. Dans son pantalon de toile verte d'eau et sa chemise immaculée, évasée au-dessous des coudes, Rose ne dépareillait pas le moins du monde de l'atmosphère élégante et sereine de l'endroit. Et bien que le potionniste se doutât que la moindre chaise coûtait plus cher que tout ce que pouvait contenir son appartement de Poudlard, il ne régnait pas en ce lieu le faste ostentatoire de certains manoirs anglais, tel que celui de Lucius Malfoy. Il s'assit à l'invitation de la rousse, qui considérait sa curiosité avec amusement.

— C'est une très belle pièce, déclara l'homme en s'installant. Je ne crois pas en avoir déjà vu de telles au Royaume-Uni.

Un sourire tranquille fleurit sur le visage parfait de son hôte.

— Cette demeure a été construite à la demande de mon arrière grand-père maternel au début du siècle dernier, elle s'inspire largement du style de l'école de Nancy et de la célèbre villa Majorelle, dont l'homme était un fervent admirateur. Je m'y suis toujours sentie bien, alors son fils m'en a donc fait cadeau à ma majorité. Nous sommes dans un village exclusivement sorciers, plusieurs familles de métisses y vivent également, c'est un endroit parfait pour quelqu'un qui travaille au Ministère. Accessible, mais protégé.

— Je vois cela, opina l'autre.

Sur ces entrefaites entra discrètement un petit korrigan vêtu d'un pantalon et d'une veste de drap qui demanda d'une voix flûtée ce qu'ils voulaient boire. Le professeur fit confiance à son hôtesse qui demanda au petit être de lui apporter un vin de miel aux épices, une des spécialités françaises auxquelles Severus n'avait pas encore eu la chance de goûter. La créature fit un petit sourire malicieux et se retira. Il semblait plus jeune que Nannez, l'employée de Rose qu'il avait déjà rencontrée, ses immenses oreilles en pointe étaient encore plus grandes et la touffe de cheveux désordonnée qui poussaient entre elles avait une couleur châtaigne. Il revint assez vite, mais toujours par la porte et repartit après avoir déposé sur la table basse deux verres et une carafe de cristal pleine d'un liquide ambré que Rose servit. Prenant un verre sculpté entre ses longs doigts, le potionniste demanda :

— Je croyais que les korrigans pouvaient transplaner.

— Ils le peuvent en effet, mais il n'est pas considéré comme poli d'apparaître et de disparaître devant des tiers dans ce pays. C'est vu comme une habitude assez hum… brutale… donc ils attendent de sortir de la pièce pour le faire. C'est l'usage des sorciers ici.

Ils prirent chacun une gorgée et l'homme aux cheveux de jais fut une fois de plus grandement satisfait d'avoir fait confiance à la française : le liquide avait un véritable goût de paradis et l'enveloppait d'une douce chaleur. Severus se détendit un peu plus dans le confortable canapé, reprenant rapidement son inspection de la pièce. Il y avait de nombreuses plantes aux environs, des fleurs coupées et rassemblées dans de grands vases ou de spécimens mis en terre dans de grands pots ornés d'émaux. La lumière de quelques fragiles lampes murales, œuvres de ferronnerie et de pâte de cristal, venait seconder celle, réconfortante, du feu qui brûlait toujours dans la cheminée.

— En tout cas cette maison te correspond tout à fait, fit doucement l'homme. Je comprends pourquoi Elie l'adore …

Le rire cristallin de Rose le berça de sa douce musique.

— Tu n'en as vu que cette pièce !

— Elle a suffi pour me faire forte impression et ma fille m'en a parlé.

— Nous vivions ici lorsque nous n'étions pas auprès du clan, bien plus au sud. Elle y a passé son enfance. J'ai d'autres propriétés bien sûr que nous investissions plus ponctuellement, mais celle-ci était la principale. Elle promena son regard autour d'elle et revint à son invité. Elle dispose de toutes les protections possibles et même si nous sommes à l'écart, je ne voulais pas couper Enor du monde, qu'elle se fasse des amis autres que ceux du clan. Bien sûr cela n'a pas été si simple, mais j'ai bon espoir de lui avoir offert une enfance agréable, du moins, je pense…

— C'est le cas Rose, tu le sais parfaitement, répondit le professeur puis il continua : qu'est-ce qui n'a pas été simple ?

Rose soupira et fit tourner son hydromel dans son verre.

— Elle était particulièrement puissante, je crois qu'elle faisait un peu peur aux autres enfants, de plus élevée par une femme seule et ouvertement métisse, bref cela ne rassurait pas trop les autres parents et puis elle a toujours été très solitaire en dehors du clan …

— Tu penses que c'est à cause de la séparation d'avec Eiden n'est-ce pas ? soupira le potionniste qui était certain de la réponse.

— Oui, approuva la rousse. On ne sépare pas sans conséquence des jumeaux de sang magique et je ne comprends toujours pas que Dumbledore l'ait fait, cela aurait pu être bien plus grave et engendrer des conséquences irréversibles pour eux …

Elle ne manqua pas le visage brusquement durci de celui qui était devenu son ami, presque un membre de sa famille et elle s'empressa de changer de sujet.

— J'ai eu des lettres bien sûr, mais comment se passe l'incorporation ? interrogea-t-elle.

— Très bien, un peu trop même, déclara le professeur avec un rictus tordu, mi-sourire, mi-grimace ennuyée. Ils vadrouillent plus encore et deviennent franchement impertinents !

Rose dissimula un sourire derrière son verre, elle n'avait pas manqué l'amour et la fierté dans la voix de l'autre, ainsi que le nouvel éclat de ses yeux.

— Tu adores qu'ils soient ainsi, Sev ne tente pas de me faire croire le contraire, rit-elle doucement.

L'autre plissa un peu les yeux puis rit également.

— J'aime qu'ils soient indépendants, uniques, c'est leur nature je ne veux pas qu'ils en changent, même s'ils me feront blanchir avant l'heure.

— Quelques sorts régleront ce souci, se moqua gentiment la femme. Et ça te donnerait un petit côté poivre et sel sexy…

Il grimaça franchement sous les facéties de son amie.

— Je ne veux pas d'un côté poivre et sel sexy Rose, grogna-t-il.

Avant qu'elle n'ait pu répondre, le petit korrigan refit apparition pour annoncer à sa maitresse que son rendez-vous était arrivé.

— Merci Briac, nous venons, assura la femme en réponse.

Severus la suivit sans un mot, traversant un couloir orné de vitraux éclairés par les mêmes réalisations délicates de fer et de cristal. Il semblait que la maison tout entière était bâtie et meublée dans ce style particulier de l'Art Nouveau. Il passa devant une grande salle à manger et un petit boudoir avant de rejoindre le bureau de Rose. Le visiteur les y attendait déjà, debout au centre de la pièce. Celle-ci était de belle taille, meublée de bois d'acajou dans le même style que le reste de la maison. Derrière le somptueux bureau, les murs en demi-octogone étaient percés de six grandes fenêtres ourlées de riches tentures bleues batik. Ici encore il y avait de nombreuses plantes et un gracieux lustre en forme de branche d'arbre fleuri trônait au-dessus du bureau.

Rose accueillit le nouveau venu avec politesse et respect, dans la langue dure et complexe des gobelins et la créature lui répondit dans la même avant de saluer le sorcier en anglais en serrant sa main :

— Bonsoir Monsieur Rogue, je suis Hem, il me semble que l'on vous a parlé de moi, ma famille est en charge des voûtes et du patrimoine de la famille Grimm, depuis la fondation de notre établissement par Hemlott.

— En effet, répondit l'homme, enchanté de faire votre connaissance.

Le gobelin hocha la tête et tous trois s'assirent autour du bureau, Rose à la place d'honneur et Hem sortit une liasse de parchemin.

— Après avoir été prévenu du retour des héritiers Grimm, Hemlott a commencé à classer et lister l'ensemble du patrimoine dans l'attente de leur majorité. Bien sûr cela n'avait jamais été abandonné, mais à présent que les descendants sont connus, notre établissement se prépare à pouvoir répondre à leurs attentes.

— Qu'entendez-vous par ''maintenant que les héritiers sont connus'' ? interrogea le potionniste.

— La magie des gobelins est différente de celle des vôtres, Monsieur Rogue, étant en charge de leur patrimoine, nous avons nos propres moyens de savoir si une lignée est éteinte ou non. Bien sûr sans votre manifestation nous n'aurions appris la réelle filiation de vos enfants qu'à leur majorité magique, dans quelques mois, mais nous connaissions leur existence.

— C'est pour cela notamment que les possessions des Grimm n'ont pas été dispersées entre les branches secondaires et que les voûtes sont restées inaccessibles, expliqua Rose.

— Donc vous saviez que la lignée n'était pas détruite ? s'enquit le professeur.

— Oui, mais sans les récents événements, nous n'aurions pu les connaître et les localiser qu'à partir du jour de leur seize ans. Il y a également un système semblable chez les sangs purs anglais si je ne m'abuse… continua la rousse.

— Oui, mais je ne me suis pas vraiment penché sur tout ceci, ma mère était sang pur, mais mon père était un moldu qui détestait la magie.

Rose ne dit rien, mais le couva de son regard tendre, rassurant, qu'elle utilisait aussi pour Eiden et Elienor.

— Pour ce qui nous intéresse, la famille Grimm a plusieurs demeures au Royaume-Uni. Une en Irlande à Antrim, ainsi qu'une en Écosse, près du Loch Lomond. Il y a aussi un cottage dans les Cotswolds, une propriété non loin de Tinworth et une autre dans la péninsule de Gower, et également une maison à Londres dans le quartier d'Ealing.

— Autant que cela ? s'étonna Severus.

— Les Grimm sont très riches, Sev, intervint doucement Rose, et très anciens, ils ont des liens avec la plupart des grandes familles métissées et ont toujours aimé voyager.

— Toutes ses propriétés hormis celle de Londres sont des demeures assez isolées et protégées par tous les sortilèges possibles. Tinworth et Ealing sont un peu moins à l'abri, bien qu'elles soient plus imperméables que la plupart des possessions sorcières, mais de toute façon j'ai cru comprendre que vous ne vouliez pas de demeures trop proches du monde sorcier …

Les deux humains hochèrent la tête et le gobelin posa sur le bois verni quatre dossiers assez épais.

— Voici ce que Hemlott a pu recueillir comme informations, mais je vous pris de garder à l'esprit que personne n'a pu y pénétrer depuis la mort de Nicolas et Sarah Grimm donc notre connaissance des lieux n'est malheureusement que fragmentaire. Je vous invite à en prendre rapidement connaissance avant que nous discutions des choix à faire.

Rose s'empara du dossier irlandais tandis que Severus faisait de même avec celui des Cotswolds. D'après ce qu'il pouvait voir, le cottage de la famille de Lily n'était guère loin du Manoir Prince, proche du village moldu de Bourton-on-the-Water. Il lut également qu'elle était bardée de sortilèges et protégée par la magie spécifique des métisses, reposant en partie sur le sang. Comme les autres elle était à l'écart de tout voisinage, près d'une petite rivière d'après la vieille photographie que lui avait donnée le gobelin. Il se surprit à penser que si les choses avaient été différentes, c'était un endroit où Lily aurait adoré élever ses enfants avec lui. Il reposa le dossier, surpris de ne pas ressentir la cruelle morsure habituelle, juste un pincement au cœur. Ses yeux tombèrent sur Rose qui lisait consciencieusement la liasse de parchemin, Eiden, Elie et elle avaient soigné son cœur brisé, ils étaient sa famille et même si Lily lui manquait, il était à présent capable d'avancer sereinement à leurs côtés.

— L'Irlande n'est pas une option, soupira la métisse française, interrompant les pensées du potionniste.

— Pourquoi ? s'enquit ce dernier.

— Elle est trop près du territoire du clan du Feu d'Aibell. Ils ont été durement touchés par les sorciers dans le passé et se cache à présent, je ne veux pas qu'ils soient mêlés à cette guerre. Voldemort sera attiré par cette demeure et je refuse de le faire venir si près d'eux et Elie sera du même avis.

— Je le pense également, lui assura Severus. Éliminons Antrim alors. Il reste l'Écosse, le Pays de Galle et les Cotswolds.

— Le cottage est le plus près de Londres, ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise chose, Loch Lomond est proche de Poudlard, seul Gower est éloigné des deux.

— Les protections sont semblables pour chacune, intervint le gobelin, mais si je puis me permettre, si vous prévoyez d'y loger un nombre encore inconnu de personnes, peut-être que le cottage n'est pas la meilleure solution, il est le plus petit des trois. Mais peut-être pouvez en parler avec Monsieur et Mademoiselle Rogue-Grimm ? En tant qu'héritiers ils sentiront certainement les choses différemment et pourront se décider pour l'une ou l'autre de ces propriétés.

— Pouvez-vous faire mettre en leurs possessions ses trois domaines pour leur seize ans ? s'enquit le potionniste.

— La réglementation est très stricte en la matière, avec un pourcentage très faible d'héritage du patrimoine, mais au vu des possessions, disons… hum… étendues de la famille Grimm, ces trois demeures devraient pouvoir être léguées à vos enfants, assura le gobelin en déposant un parchemin entre eux.

— Et par rapport à ce dont nous avions discuté Hem…

— C'est tout à fait possible, Mademoiselle Clairbois, si le lègue des jumeaux ne comprend que des possessions immobilières et pas monétaires. Nous rentrons dans les quotas.

— Parfait.

Rose était satisfaite, Severus et elles voulaient que les enfants aient également accès à une propriété en France, si jamais les choses tournaient mal, qu'ils puissent se mettre à l'abri. Elle avait donc fait en sorte que la demeure que possédaient les Grimm ici, à Combe-les-lys deviennent la propriété des jumeaux. Ils en avaient discuté tous les quatre et si Elie était enchantée d'hériter d'une propriété toute proche de celle de sa tutrice, les enfants avaient choisi de devenir conjointement propriétaire de tout ce que leur lignée leur léguerait. Leurs deux magies viendraient ainsi renforcer les protections.

— Nous voudrions que vous transfériez à la date du 31 juillet les sommes indiquées ici sur les comptes de Mademoiselle et Monsieur Rogue-Grimm ainsi que celles-ci sur leur compte commun. Pouvez-vous vous mettre en relation avec Gringotts pour que la voûte de Monsieur Rogue et la mienne puissent être prélevées ?

— Bien sûr, Mademoiselle, ce sera fait, fit le gobelin en inclinant la tête.

Comme le premier héritage des adolescents ne comprendrait que des biens immobiliers, l'anglais et la française voulaient s'assurer qu'ils auraient tout de même une somme confortable à leur disposition en cas de problème et avaient transféré une partie de leur fortune sur leur compte. Avec l'ancien compte français d'Elie, ouvert et abreuvé par Rose dans son enfance, et la fortune conséquente des Potter qu'avait légué James à Eiden, les enfants avaient à leur disposition un tas de galions des plus respectables, sans parler leur coffre commun ouvert par Severus à leur intention. Avec la guerre qui se profilait, il fallait être prudent. Ils échangèrent encore un moment sur les différentes décisions à prendre et ce qui allait changer à compter des seize ans révolus des jumeaux puis le gobelin s'inclina et quitta la demeure, raccompagnée à la cheminée du hall d'entrée par les deux êtres humains. Rose se tourna vers Severus avec un sourire tendre :

— Ça te dirait de voir la chambre d'Elie ?

Severus s'immobilisa à cette demande, regardant son amie.

— Bien sûr, mais je ne pense pas que ce soit très juste pour elle de fouiner dans ses affaires.

La rousse leva les yeux au ciel, amusée.

— Qui te parle de fouiner dans ses affaires ! rigola-t-elle. Juste te montrer, je suis sûre que cela ne la dérangerait pas. De plus elle sait que tu ne ferais rien pour l'espionner. C'est étrange d'ailleurs comment ta conception de l'éducation est proche de la nôtre. Tu les éduques à la métisse sans même le savoir !

Le professeur leva un sourcil interrogatif.

— Tu prônes l'indépendance, tu leurs laisses la toute jouissance de leur compte sans vérifier, tu fermes les yeux sur leurs escapades dans le château, sur le non-respect du règlement, sur leur participation à une entreprise florissante de farces et attrapes. Ils ont monté une association de défense illégale sous le nez de la sous-secrétaire d'État auprès du Ministre et ils organisent la résistance contre Voldemort sans que tu ne te mettes jamais en travers de leur route.

L'homme aux cheveux de jais haussa les épaules.

— Ils savent très bien se débrouiller sans moi et c'est une bonne chose qu'ils soient indépendants. Ils connaissent les limites et viennent me trouver lorsqu'ils ont besoin d'aide, je leur fais confiance et c'est réciproque. Ils savent que je suis là pour eux s'ils ont besoin, c'est tout ce qui m'importe.

— On aurait pu croire qu'après tant de temps passé loin d'eux tu te montres plus restrictif et hyperprotecteur, que tu les consignes dans tes appartements loin du monde et des dangers, surtout connaissant leur passé mouvementé.

— C'est un reproche ? Tu penses que je n'agis pas de la façon qu'il faudrait ? s'enquit Severus qui parvint à garder un visage de marbre.

La rousse éclata de rire et caressa doucement la joue de l'autre.

— Bien sûr que non, je trouve que tu es un père formidable et un aveugle verrait que les jumeaux sont parfaitement heureux avec toi. C'est juste étonnant que tu ais les mêmes habitudes parentales qu'un membre d'un clan.

Il la suivit en silence dans le grand escalier de pierre blanche et ils montèrent au deuxième étage. Un parquet blond recouvrait le sol et faisait claquer les souliers à talons de Rose. La cage d'escalier s'ouvrait sur un espace ouvert et agréable prolongé par un couloir percé de porte de bois chacune sculptées d'une espèce de fleurs différentes. La femme en passa plusieurs et ouvrit doucement celle ornée de fleurs de cerisier et s'effaça pour le laisser entrer.

La pièce était de belle taille et trois grandes fenêtres adjacentes perçaient le mur opposé. Les motifs floraux de la porte étaient repris et tous les meubles étaient faits du même arbre. Un lit à la tête sculptée d'un paysage bucolique occupait le centre, en face d'une cheminée surmontée d'un tableau de maître. Sur le côté se dressait une glace sur pied ornée de fleurs et de nacre, renvoyant la douce lumière des deux lampes de chevet de pâte de cristal enchantée. Au plafond une branche de cerisier taille réelle, de bois et de verre faisait office de plafonnier. L'ambiance était douce, dans les tons pastels rose et vert, des photographies ornaient la cheminée et Severus y reconnut Rose ainsi que les amis de sa fille en compagnie d'une enfant blonde et souriante. Sans un mot il s'en approcha et détailla la petite. Elie n'avait pas autant changé qu'Eiden, on la reconnaissait encore si l'on était attentif, mais elle avait le visage un peu plus rond de James et des yeux d'un bleu-violet-vert renversant, mais sans la couleur changeante et l'éclat d'argent qui les caractérisait à présent. Elle possédait déjà la peau pâle de Lily et ses longues mains à lui, ce que le sort n'était pas parvenu à dissimuler. Elle ressemblait déjà beaucoup à son frère. Rose saisit un cadre de nacre et le lui tendit :

— C'était à ses onze ans, le premier jour d'école.

L'enfant avait revêtu son uniforme de soie bleu et avait attaché en longue natte ses cheveux dorés, Rose la tenait dans ses bras et on voyait la petite et elle échanger un regard tendre puis reprendre leur place face à l'objectif.

— J'étais complètement déchirée entre la fierté de la voir entrer à l'école et l'inquiétude que je me faisais pour elle. Illégitime je le savais bien, elle était déjà tout à fait capable de prendre soin d'elle-même, mais je ne pouvais m'en empêcher.

— Elle est comme ta fille, répondit le potionniste, ses doigts s'attardant sur le visage enfantin d'Elie, c'est tout à fait normal.

— Je sais, on avait toujours été que toutes les deux alors c'était difficile pour moi de la laisser s'en aller aussi longtemps.

Elle sortit sa baguette et incanta doucement pour qu'apparaisse dans sa main une autre photographie, assez vieille et un peu usée sur les côtés, comme si elle l'avait emportée partout avec elle, ce qui était sûrement le cas. Elle montrait un nourrisson d'un peu plus d'un an, dans les bras d'une très jeune femme. Severus reconnut immédiatement Rose et Elie.

— Celle-ci a été prise le jour où elle est arrivée chez moi.

— Tu as l'air très jeune, commenta le potionniste en contemplant le visage de son amie.

— J'avais dix-neuf ans, je travaillais au Ministère depuis à peine un an et demi et Roman était mort ...

Elle cessa quelques instants de parler, perdue dans des souvenirs peu joyeux. Son visage s'était fermé brusquement et le professeur en connaissait parfaitement la cause. Roman était son fiancé, assassiné quelques mois après être sortis de Beauxbâtons. Rose n'en parlait jamais et il lui semblait que c'était plus difficile pour elle que pour lui. Son union avec Lily avait été officialisée et deux magnifiques enfants en étaient nés, lui rappelant chaque jour leur mère alors que Rose n'avait plus rien de Roman. Sa famille, des sorciers, ne voulait pas entendre parler d'elle, l'accusant d'avoir mené leur fils à la mort. Rose ne leur en voulait pas cependant, comprenant leur peine, elle était seulement en contact avec le frère cadet de Roman, Thoman qui travaillait avec elle au Ministère, le seul qui acceptait de la voir. Il faisait partit d'une grande famille de sangs purs français et œuvrait au parlement sorcier, ainsi qu'au Bureau international des lois magiques. Severus la laissa se reprendre puis elle continua, le visage plus ouvert :

— Je n'étais pas certaine de pouvoir m'occuper d'un enfant, mais lorsque Dumbledore me l'a présentée, j'ai tout de suite senti un lien avec elle et j'ai cédé. Elle était tellement calme pour un bébé, tellement triste et aussi seule que moi. Maintenant je me sens mal de te l'avoir enlevée.

— Tu ne me l'as pas enlevée, Rose, Dumbledore l'a fait. Toi tu lui as offert une enfance heureuse et protégée, tu lui as fait connaître son monde, ce que j'aurai été incapable de faire. Je suis vraiment content que ce soit toi qui te sois occupée d'Elie.

Il continua son inspection, observant les bibelots et autres petits objets qui peuplaient l'antre de sa fille. Il y avait une très grosse quantité de livres et des petites figurines enchantées, domaine qu'adorait Elie ainsi que des dessins et des croquis de sorts, de runes et d'expériences d'alchimie et de potions, tous classés ou punaisés au mur près du grand bureau. Le potionniste sourit en les voyant, il savait que l'adolescente avait besoin d'être stimulée, de réfléchir et de créer, elle se passionnait pour les enchantements, surtout les plus anciens et secret. Morwen lui avait parlé de ses voyages et lui avait enseigné quelques-unes de ses méthodes de travail, et visiblement cela avait porté ses fruits, il suffisait de voir sa participation active à l'entreprise des frères Weasley …

— Tu sais, fit Rose en s'approchant elle aussi, hormis lorsque nous étions au clan, Elie était assez solitaire comme je te l'ai dit. Elle passait énormément de temps à étudier et à faire ses expériences. Elle passait plus de temps avec les adultes, mes amis et mes proches, plutôt qu'avec les enfants de son âge, elle apprenait frénétiquement tout ce qui était nouveau et j'ai toujours pensé qu'elle cherchait à compenser un manque, maintenant je sais ce que c'est…

— Je ne connaissais pas très bien le Eiden d'avant, je ne le voulais pas. Mais je sais qu'il avait de très bons amis, il n'était pas seul à Poudlard, même s'il l'était chez sa tante et son oncle. Cependant, il m'a récemment confié qu'il avait également toujours ressenti ce manque, ce froid en lui. Je pense que c'est cela que je ne parviendrais jamais à pardonner à Albus, de les avoir éloignés et amputés d'une part d'eux même. Il aurait pu les briser et il leur a fait du mal.

— Il ne s'était pas renseigné sur les conséquences. Peu de sorciers s'intéressent à nos mœurs et nos besoins, cela nous met très souvent en danger je le crains. Même s'il pensait agir pour le mieux.

— Je me fiche de ce qu'il a pu penser, il n'avait pas le droit de prendre cette décision, de détruire ainsi ma vie et la leur, même pour le plus grand bien !

Severus s'était emporté sur le sujet Dumbledore, encore, et il en était désolé que Rose en fasse à nouveau les frais. Il le lui dit, mais elle balaya ses mots d'un geste gracieux de la main.

— Ne t'en fais pas, je comprends tout à fait, je suis fort en colère moi aussi, plus encore depuis l'épisode Ombrage. Cela me met dans une rage folle de la savoir là-bas avec les pleins pouvoirs.

Le professeur passa une main lasse sur son visage.

— Comment ça se passe à Poudlard ? interrogea doucement la métisse en les menant à nouveau au salon.

— Pas très bien, elle fait passer toute sorte de décrets stupides et nous empêche de faire notre travail correctement. La seule bonne chose et qu'elle n'a toujours pas pu pénétrer le bureau de Dumbledore. Cela la rend vraiment folle.

— Je peux l'imaginer sans peine.

— C'est tout à fait normal, elle est un imposteur, l'école ne la reconnaît pas comme véritable Directrice, alors elle a gardé son bureau et elle se défoule sur les décrets d'éducation et nous en pond de nouveau tous les jours.

— Qu'a-t-elle inventé cette fois ? grimaça la femme en entourant la porcelaine délicate de sa main gracieuse.

— Nous n'avons plus le droit de parler d'autres choses que des cours à nos élèves. La situation devient vraiment compliquée, mais personne ne peut rien y faire.

— J'imagine, avec le Ministère derrière elle.

— Oui, mais je ne pense pas que Fudge surveille vraiment Ombrage, il est en plein dans l'affaire Potter et cherche à empêcher Marcus Zabini de trop en révéler, ils veulent étouffer tout ceci et conclure une bonne fois pour toutes à un accident ayant causé la mort, voire à un suicide.

Rose eut un rictus un peu douloureux.

— Je suis certaine qu'Eiden s'en veut pour tout ceci.

— C'est le cas, il veut écrire à Marcus de laisser tomber, mais sans lui avouer la vérité il ne pourra l'en convaincre. Mais c'est trop dangereux pour le moment donc on attend de voir en espérant que les choses se calment d'elle-même.

— De ce que tu m'as raconté de l'époux d'Helena il y a peu de chance …

— Non en effet, mais si les choses restent aussi tendues nous serons bien obligés de tout raconter à Marcus, Eiden ne veut pas qu'il perdre son travail en se battant contre des moulins. Il se fiche de ce que l'on peut bien penser de son ancien lui.

— Cela n'a vraiment pas d'importance ou il voudrait simplement le croire ? interrogea la française.

— Eiden n'en est pas à sa première polémique et personne ne s'attaque à lui directement, contrairement aux fois précédentes. Je pense que c'est réellement plus simple, même si cela doit tout de même le blesser.

Briac, le jeune korrigan revint leur apporter quelques douceurs et une théière fumante puis il s'éclipsa à nouveau, les laissant tous les deux.

— Je croyais que tu avais une korrigane, Nannez il me semble, s'enquit le professeur en prenant la tasse que lui tendait son hôtesse.

— Elle travaille toujours pour moi, mais elle est en congé aujourd'hui. Ce n'est pas comme les elfes de maison, elle n'est pas enchaînée ici. J'ai pris Briac récemment, il s'occupe surtout du service et de choses en rapport avec mon travail tandis que Nannez œuvre dans la cuisine et tient la maison. Je suis beaucoup moins présente ici depuis le retour de Voldemort, nous essayons de faire ce que nous pouvons entre le Ministère et les clans pour protéger la population.

— Le ministère français reconnaît le retour de Voldemort ? interrogea Severus en savourant les délicieux gâteaux de Nannez.

— Ils savent que des jours sombres arrivent, il y a de nouveau des attaques, des disparitions et on commence à le murmurer. Mais comme il n'y a pas de confirmation de votre gouvernement et qu'il s'échine à réfuter son retour, ce nom n'est pas prononcé.

— Au moins ils font quelque chose, pas comme Fudge. J'ai entendu qu'il y avait eu de nouveaux incidents cette semaine…

— Oui, deux familles de petites envergures, mais puissantes, fort heureusement nous avons pu intervenir avant qu'il ne leur soit fait trop de mal. Le père de l'une est à l'hôpital, mais il va s'en sortir, les autres vont bien. Notre liaison avec l'Ordre du Phénix est une bonne chose, avec se partage d'information nous arrivons plus souvent à contrer ses plans.

À cet instant une espèce de monstre bleu au pelage moucheté d'or sauta souplement sur les genoux de Rose et s'y installa en fixant Severus d'un air mauvais. L'homme se contenta de subir le regard de la créature d'un air blasé, pas le moins du monde apeuré par les petites canines aiguisées. Voyant cela l'œil du petit fauve se fit un peu boudeur et il se lova plus confortablement sur sa maîtresse avec un air de propriétaire.

— Un Aelurus ? Je ne savais même pas qu'il pouvait faire office d'animal de compagnie…

Le très gros chat gronda à ses mots et la rousse rit.

— Mahès ne se considère pas comme un animal de compagnie, plus comme un colocataire. Il se débrouille sans moi et seule la paresse l'enjoint à manger ce que je lui donne.

— Je ne connais personne chez les sorciers qui possèdent un tel animal, dit pensivement le professeur, ils ont la réputation de se laisser mourir en captivité s'ils ne parviennent à s'échapper.

Les doigts fins de Rose se perdirent dans les poils soyeux du chat et il ferma langoureusement ses paupières sur ses yeux d'or, contemplant moqueusement l'homme face à lui.

— Ils s'accommodent assez bien de la compagnie des métisses, bien qu'ils se méfient en général des êtres humains. Il y a quelques cas de maître sorcier Astu, mais ils sont rares, je pense simplement que les mœurs des clans leur conviennent et qu'ils y gagnent un certain confort. Nous leur laissons leur indépendance et ils vont et viennent à leur guise. Mahès n'était pas rentré depuis quatre jours, je suppose qu'il veut me voir avant que je reparte pour l'Italie.

— Combien de temps pars-tu ?

— Je l'ignore, répondit la femme, quelques jours au moins, le temps de nous accorder sur la nouvelle loi bilatérale. Mon département entretient de bonnes relations avec celui d'Italie, mais il nous reste encore à convaincre le parlement sorcier et le ministre. J'ai de bons espoirs cependant…

— Qu'en est-il avec l'Angleterre ? interrogea Severus en croisant élégamment ses pieds devant lui.

Il portait pour une fois un pantalon noir simple et une chemise gris anthracite, omettant volontairement ses robes de sorciers habituelles. Il faisait davantage d'effort au sujet de son apparence depuis que ses enfants étaient là et il savait que les semblables de Rose ne portaient pas de robe, du moins la plupart du temps. Ceux qui, comme la rousse, travaillaient avec les sorciers devaient parfois y passer, mais lui-même ne l'avait jamais vu ainsi vêtu. En les voyant tous deux côte à côte on aurait pu les prendre pour un couple de moldu si les bottines de la rousse n'avaient pas été en peau de dragon et la chemise de l'homme en soie d'acromentule. Il était d'ailleurs assez séduisant dans ces vêtements, élégants et bien coupés. Bien sûr il ne serait toujours d'une beauté particulière, avec ses traits marqués et son nez plus long que la normale, mais il avait un charme indéniable, surtout lorsqu'il mettait ses atouts et son corps élancé en valeur.

— Le ministère ne souhaite pas se pencher sur ces questions pour le moment, grimaça la française.

Elle était déçue, le potionniste le savait. Rose œuvrait par tous les moyens pour une meilleure qualité de vie de son peuple et avait espéré faire un peu bouger les choses au Royaume-Uni, surtout depuis qu'Elie y vivait, mais Fudge se fichait royalement du sort des autres créatures.

— Il prévoit une nouvelle loi contre les loups-garous, Helena pense que ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne s'attaque aux autres métisses.

— C'est dangereux pour elle ? s'inquiéta Severus qui était ami depuis de longues années avec la belle vélane.

— Je l'ignore, Ombrage prévoit une loi pour restreindre leur emploi et même les interdire si c'est possible. Helena n'a pas vraiment besoin de travailler pour vivre, mais si elle est mise au ban de la société, il sera de même pour sa famille et les autres de notre race.

— Ses enfants ont été déclarés sans sang mâtinés aux autorités par le médecin de famille. Eux au moins ne risquent rien.

— Les enfants de mariage mixte au sang purement sorcier sont aussi rares que les cracmols… commença Rose qui ne comprenait pas comment leur gouvernement avait pu gober une chose pareille.

— Je le sais, mais eux non, ils ne s'y connaissent guère en la matière, Helena a fait cela pour les protéger et son médicomage a accepté de falsifier les résultats.

Rose eut un rictus et Severus savait qu'elle n'approuvait guère. Elle n'en voulait pas à la basanée de l'avoir fait, elle comprenait qu'elle veuille garder ses enfants en sûreté, mais elle réprouvait que l'on soit obligé d'en arriver là.

— Les jours prochains s'annoncent sombres, souffla-t-elle.

— Je le crains en effet.

0o0o0

Drago se dépêcha de sortir de la douche pour retrouver sa petite amie qui l'attendait toujours assise en tailleur sur son lit. Elle avait libéré ses cheveux après l'entraînement de quidditch et ils avaient gardé une forme bouclée que le blond adorait. Ils lui faisaient comme un halo sur la tête, accentuant son petit côté sauvage. La jeune fille était en pleine discussion avec son serpent qui avait encore pris quelques centimètres. Pour une fois Assia n'était pas blotti contre sa maîtresse, mais à demi enroulée sur la couette, le reste du corps dressé vers le ciel dans une étrange symétrie de la posture d'Elie. De doux chuintements et sifflements s'échappaient des deux créatures, en grande conversation. Il s'arrêta un moment pour les observer puis il s'approcha doucement.

— Vient donc t'asseoir Drago, fit gentiment Elie.

Il s'exécuta en tentant de mettre le maximum de distance entre le serpent et lui tout en restant sur le lit, ce qui n'échappa pas à sa compagne qui fronça imperceptiblement les sourcils. Le petit serpent tira la langue dans sa direction puis sifflota à l'adresse de la blonde qui fronça un peu plus les sourcils.

— Qu'y a-t-il ? interrogea Drago en les voyant faire.

— Tu as peur d'Assia ?

— Je… peur non, mais… je ne suis pas super à l'aise…

Le petit serpent siffla encore et s'approcha doucement de Drago qui ne put empêcher un mouvement de recul.

— Désolé…

Il se disciplina et laissa le reptile lui effleurer la main. Assia n'insista pas et revint sagement se lover dans le cou d'Elie, remontant lentement le long de son bras.

— Assia voulait te réconforter lorsque j'étais à l'infirmerie, comme Saffi l'a fait avec Blaise, mais elle a deviné qu'elle ne serait pas la bienvenue.

Drago fit un rictus tordu, mais ne réfuta pas. La petite créature siffla d'un air interrogatif et Elie traduisit :

— Elle demande si elle a fait quelque chose de mal ?

— Non ! Rien de tout cela ! C'est juste... Lucius aimait assez m'enfermer dans les cachots avec des serpents lorsque j'étais plus jeune. Ils me terrifiaient.

— Était-ce... une punition ? grimaça la blonde à l'idée de jeter un enfant en pâture à de telles créatures.

— Il semblerait, il aimait assez en user, cela me rendait particulièrement obéissant parait-il… répondit froidement l'adolescent. Alors évidemment maintenant…

Aucun des deux reptiles ne s'était jamais montré menaçant envers lui, mais il ne parvenait à maitriser les réminiscences de son enfance qui lui venait à chaque fois que l'un d'eux le touchait.

— Je sais qu'elle ne me fera jamais de mal, assura-t-il.

En réponse l'animal chuinta gentiment, comme pour confirmer ses dires.

— En réalité les races de Saff et Assia sont très protectrices et comme ils considèrent que vous faites partie de leur nid, ils ne vous toucheront jamais et même vous protégeront en cas d'agression. Elle a vu que tu n'étais pas bien lorsque j'étais absente, elle aurait voulu te rassurer.

Drago hocha la tête et se sentit un peu peiné de fuir la créature apparemment si bien attentionnée envers lui. Courageusement il tendit donc la main vers elle, la laissant s'approcher lentement. Elle darda sa langue en avant, semblant le goûter puis glissa progressivement sur les doigts du jeune homme et remonta le long de son bras sans qu'il n'ait de mauvaise réaction. Étrangement, son contact ne lui rappelait pas si fortement ses cauchemars juvéniles. La peau d'Assia était chaude, ses écailles très douces au toucher et elle sifflotait d'un air tranquille. Arrivée près de son épaule, elle bifurqua soudain et passa délicatement autour de son cou pour finir sa course la tête sur sa clavicule. Confortablement installée elle produisit une sorte de ronronnement satisfait et transmis sa douce chaleur au corps de son porteur qui ne s'en trouva pas plus mal.

— C'est… assez étrange, fit le blond, mais pas désagréable. Je crois que je pourrais m'y habituer.

— Elle aussi je crois, sourit sa petite amie en contemplant sa compagne fermer paresseusement les yeux. Je suis sûre qu'elle est très contente de la tournure des choses, elle t'aime bien.

— Tu crois ?

— Elle adore te regarder te préparer le matin, expliqua Elie en souriant de plus belle.

— Génial ! Un serpent voyeur et pervers ! Elle m'espionne sous la douche également ?

La jeune femme leva les yeux au ciel.

— Tu sais bien que ce n'est pas ainsi. Elle ne voit même pas la nudité. Pour elle, en dehors de nous protéger du froid, les vêtements ont pour seul utilité d'appâter nos congénères, comme la couleur des écailles pour eux. Tes petits rituels du matin l'amusent beaucoup.

Drago ne répondit pas, se contentant de gratter la tête de la bête qui ferma langoureusement les paupières.

— Elle te couve du regard, elle trouve que tu ressembles aux bébés qui veulent impressionner les plus grands qu'eux en se redressant et gonflant leur corps. Elle trouve cette attitude très attendrissante.

Le garçon savait qu'il aurait dû s'offusquer de cette comparaison, mais l'attitude quasi maternelle que le reptile montrait envers lui faisait chaud au cœur. Consciente de ses bons sentiments, Assia accentua sa petite pression réconfortante. Jamais le fils Malfoy n'aurait imaginé qualifier quarante centimètres de mort potentielle de réconfortants, mais c'était le cas cependant.

— Elle connait toutes tes petites habitudes, je crois que cela l'amuse.

— Mes petites habitudes ? s'enquit le jeune homme.

Le serpent et la fille échangèrent quelques chuchotis puis Elie traduisit.

— Elle dit que tu utilises ton savon aux oranges amères lorsque tu dois me retrouver parce que tu sais que je l'adore et elle trouve ton attitude très mignonne lorsque tu cherches absolument à déposer ton odeur partout sur moi avant que l'on se sépare.

— Je… commença l'adolescent, mais il se stoppa, conscient que tout était vrai.

Elie rit de son attitude, mais un crachotement l'interrompit et le rouge colora ses joues tandis qu'Assia laissait échapper une sorte de grondement réjouie.

— Est-ce qu'elle est en train de rire ? Peut-elle réellement faire cela ?

— Il semblerait en tout cas, rétorqua la blonde, l'air toujours gênée.

Le sang affluait délicatement à ses joues et son nez, la rendant totalement adorable couplé avec son attitude embarrassée. Drago ne l'avait encore jamais vu ainsi et il ne pût s'empêcher de se réjouir de ce fait. Il était certain que c'était une très bonne chose pour lui.

— N'as-tu rien à m'avouer El ? minauda-t-il.

— Je… peut-être que tu n'as pas le monopole de la possessivité après tout.

— Voyez-vous cela, ricana son compagnon que la situation intéressait de plus en plus.

Assia se laissa tomber sur la couette, riant toujours et Elie parla finalement.

— Je laisse souvent une empreinte magique sur toi, avoua-t-elle, gênée. Je ne le fais pas vraiment exprès, c'est comme laisser son odeur, pour les métisses c'est un comportement instinctif pour montrer aux autres que tu es pris.

Drago affichait à présent un sourire immense et éclata de rire avant de prendre Elie dans ses bras, pas du tout en colère. Il se trouve en réalité très satisfait de la possessivité de sa petite amie et le lui dit. Elle fronça le nez avant de répondre :

— La moitié de l'école te cours après et même si ce n'est pas dans mes habitudes de faire preuve de jalousie, j'aime que les choses soient claires. Même si c'est inconscient, tout le monde sait que tu n'es plus libre.

Pour toute réponse Drago embrassa son nez plissé, fort heureux de cet aveu. Elie ne faisait jamais montre de jalousie et bien qu'il sache qu'elle l'aimait, il était très agréable d'en avoir une nouvelle preuve.

Lorsqu'ils rejoignirent les autres dans la salle commune un moment plus tard, ils parlaient encore tous de l'extraordinaire farce des jumeaux Weasley qui avaient lâché des dizaines de feux d'artifice enchantés dans le château, plongeant l'établissement dans le chaos pour toute une journée. Lorsque les serpentards les avaient croisés après le lancement, Fred avait simplement déclaré à Blaise, l'air malicieux, qu'ils lui avaient simplement organisé un petit cadeau d'anniversaire.

— Les meilleurs étaient tout de même ces petits cochons volants adorables ! pépia Pansy, encore enthousiasmée par cet interlude.

— Je dois bien avouer qu'ils étaient à croquer, opina Blaise, Fred et George sont vraiment doués !

— Et en marketing également, bonjour le coup de pub ! renchérit Théo.

— Vous en avez mis du temps ! s'exclama Pansy en voyant les deux blonds arriver.

Le couple échangea un regard tendre avant de s'asseoir dans le fauteuil, se mêlant avec plaisir à la conversation.