Un serpent dans la nasse


Résumé du chapitre précédent :

Deux mois se sont écoulés depuis la rentrée et les attentats des Fous-de-Dieu. La Bible dédicacée en français que Lullaby avait reçue a été récupérée par la directrice, et la jeune fille n'en a plus entendu parler. Après une altercation étrange avec le psychomage, elle doit faire face à de nombreux cauchemars qui la rendent d'autant plus nerveuse et agressive avec son entourage, plus particulièrement les adultes. Elle découvre cependant les émois adolescents en cachette avec Vega Alpheratz. Alors que le départ pour les vacances de la Toussaint sonnait, un incident se produit Nagisa semble avoir été découverte et la directrice somme les élèves de révéler tout ce qu'ils savent. Le serpent de Lullaby est-il le responsable ?


Après qu'elle a été rattrapée par son frère, les choses se passèrent curieusement très rapidement. Albus n'était pas le seul à avoir fait un lien plus qu'évident entre un serpent venimeux dans le château et le serpent venimeux de Lily Potter. Déjà les deux petits métis Weasley s'étaient jetés sur elle, Fred plus bruyant que sa sœur, comme s'il voulait que le monde entier l'entende.

« C'est vrai Lily ?! Tu l'as amenée ici ? Et tu nous as rien dit ? Elle est où ?

- Bon sang Fred, tais-toi ! assénna Albus tout en soupirant en voyant l'attroupement que l'arrivée des autres membres de la famille provoquait, bon Lily... est-ce que c'est vrai ? Tu as amené ce fichu serpent à Poudlard ? »

Encore une fois, cette voix calme semblait cacher une tempête, une fureur que ses yeux verts exprimaient à merveille. Marie se renfrogna, figée sur elle-même. Quoiqu'elle dise, elle serait engueulée, c'était certain... Il y avait déjà Fred et Roxanne, ainsi que Louis et Hugo. Lucy arrivait, curieuse et perplexe, ainsi que James, le visage fermé et – étonnement – plutôt conciliant.

« Oui... Nagisa est là, à Poudlard... mais je suis sûre que ça n'est pas elle !

- Bah bien sûr, c'est pas elle, c'est un gentil serpent de la Forêt Interdite qui est venu chercher la chaleur d'un foyer dans les murs du château ! railla Rose d'une voix fulminante tout en s'intégrant au petit groupe formé.

- Rose... tenta de la calmer Albus, bien incapable de gérer une furie en pétard telle que sa cousine.

- Mais elle est complètement tarée ! chuchota l'adolescente, un air entendu sur son visage tâché de roux, c'était déjà pas suffisant tout ce qu'elle a fichu en deux mois, fallait qu'elle ajoute un autre – pardon Lily, ça ne se fait pas de parler de toi quand tu es à côté, je disais donc – fallait que TU rajoutes encore dans la connerie !

- Ne parle pas à ma sœur de cette manière ! s'énerva à son tour James, faisant se retourner les quelques élèves qui étaient encore dans l'entrée à discuter de l'événement, bon, va falloir qu'on se trouve un coin plus discret pour voir ce qu'on fait. Il est hors de question que...

- Ça ne sera pas la peine. »

La voix venait de l'extérieur du groupe, et Marie n'eut aucune peine à la reconnaître. C'était Melody.

« Je vais me dénoncer. Ce n'est pas Nagisa qui a fait ça, mais mon propre serpent. »

Sa voix était toujours aussi grave, solennelle, rude. Marie cligna des yeux, choquée. Melody avait donc un serpent caché dans l'école elle aussi ? Comment ? Pourquoi ? Et pourquoi ne lui en avait-elle pas parlé ? Son assurance avait laissé coi tout le groupe, tandis qu'elle continuait.

«N'en parlez pas à la directrice, peu importe ce que vous décidez, ensemble, pour Nagisa, ne parlez pas de Nagisa à la directrice. C'est tout ce que je peux dire. »

Et elle s'en alla, rapidement, ombre funeste d'un présage étrange. Un silence d'une seconde, peut-être deux, perdura sur les adolescents, suivant la ligne de fuite de l'étrangère qui filait vers les bureaux tant connus de Mrs. MacGonagall.

« Ta copine est vraiment bizarre... pas si étonnant vu… murmura James, les yeux rivés sur le couloir où elle s'était éclipsée, bref ! Peu importe que ça soit Nagisa ou non, enfin si ça importe, mais...

- Comment t'as pu faire ça ? Même si c'est pas ton serpent, nous mentir encore comme ça ? On te faisait confiance ! C'est pas possible d'avoir une cousine aussi branque !

- Rose... siffla Albus, d'un même élan avec James pour une fois.

- Pardon, les interrompit Marie, les larmes aux yeux, je ne voulais pas...

- Tu ne voulais pas quoi ? demanda son frère plus doucement qu'elle ne s'y attendait.

- Je ne voulais pas vous mentir ! C'est juste que j'avais besoin de Nagisa et... et je savais que je n'avais pas le droit de l'avoir avec moi alors...

- Alors t'as décidé de croire qu'on aurait été des rapporteurs ? demanda Hugo, cet air choqué toujours si expressif sur son visage doux.

- Ah, parce que tu crois qu'on ne l'aurait pas dit peut-être ? Elle nous a mis en danger ! Elle est folle ! C'est pas à Poudlard qu'elle devrait être ! continuait sur sa lancée Rose, trépignant sur place, furieuse qu'on ne suive pas son courant de pensée.

- Calme-toi Rose, apparemment ça n'est pas son serpent qui a tué les animaux de compagnie, mais celui de Melopoïa Deakins. C'est contre elle qu'on devrait être furieux. Je ne savais pas que Lily avait un serpent, mais vous semblez tous être au courant... s'interrogea Lucy, l'air songeuse avant de reprendre d'un ton sans appel, quoi qu'il en soit, s'il faut qu'on décide pour le sort de son animal, j'aimerais qu'on fasse ça dans un endroit plus discret, genre la Salle sur Demande, et avec le serpent en question. Et avant ça, on jure de ne rien dire à personne avant d'avoir voté tous ensemble, toi aussi Rose. »

La voix de la raison les apaisa, et après avoir rapidement juré, le groupe familial rejoignit l'étage de la Salle, tandis que Marie s'éclipsait, Albus sur les talons, pour retrouver le serpent. Elle avait le cœur battant et se sentait mal ce n'étaient pas tant les reproches de ses frères et cousins que cette souffrance de savoir que son amie Melody lui avait caché quelque chose de si important, alors que Marie lui avait tout révélé d'elle-même. Elle se sentait trahie, vexée à coup sûr d'avoir ainsi été écartée d'un secret qu'elle aurait pensé évident à partager. La corrélation avec la situation que devait ressentir Albus la frappa, et tandis qu'ils déambulaient vers la cache convenue de son amie rampante Marie se retourna vers son frère, le souffle court pour lui demander pardon.

« Je ne savais pas que ça faisait si mal, quand quelqu'un à qui on fait confiance nous cache quelque chose... Je suis désolée. Je n'aurais pas dû, vraiment pas dû ! J'aurais au moins dû vous en parler, à toi et James, parce que je vous aime et que je ne veux pas vous blesser... hoqueta-t-elle, vibrante de l'émotion qu'elle contenait trop souvent.

- Oh Lily... Ne te mets pas dans des états pareils... Faudrait juste que tu arrêtes de nous cacher des choses et de nous mentir comme ça. J'ai l'impression de marcher sur des œufs avec toi, c'est épuisant.

- Je suis vraiment vraiment désolée Albus ! Je te jure que je fais tous les efforts du monde pour être parfaite !

- Je te demande pas d'être parfaite, petite sœur... Je te demande d'être toi et de ne plus avoir peur. Tu n'as pas besoin d'être parfaite pour être aimée et avoir une famille. Heureusement. »

Marie buvait ses paroles et son sourire rassurant, son regard planté dans le sien. Parfois il disait des choses très belles, entre deux grossièretés quand James était là. Un sifflement interrompit sa réflexion, et elle eut le réflexe de répondre, provoquant un sursaut de son frère, peu habitué à entendre sa sœur parler fourchelangue. Nagisa apparut à travers la fente de deux pierres de taille au coin sombre du mur d'un couloir abandonné de la tour est.

« Oh Nagisa ! Je suis rassurée que tu n'aies rien ! Il s'est passé quelque chose de terrible ! Viens contre moi...

- ... On m'a prévenu... L'autre serpent n'est pas de ma race, mais nous nous entendions bien...

- Tu... tu savais pour l'autre serpent ? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?

- Tu ne m'as pas demandé... C'était sans importance... Il est mort.

- Comment ? Où ?

- Quelque part, quelques jours... Sans importance... »

Pas facile de récupérer des informations avec de telles paroles lacunaires ! Le serpent s'enroula sur le bras de la jeune fille, s'enfouit sous la manche de sa veste et se cala contre le corps chaud, la peau frissonnante du froid de l'animal. Maintenant que Nagisa était là, Marie était plus rassurée. Tenter de lui parler en pleine journée alors qu'elle était à moitié endormie aurait été idiot, aussi elle en resta là, avant de remarquer le regard de son frère. Elle rougit, comprenant sa gêne.

« Excuse-moi...

- Alors c'est comme ça que tu la cachais pour l'amener ici ? Dans le Poudlard'Express aussi ?

- Oui... c'était le plus simple.

- C'est intelligent, et fourbe.

- Très Serpentard n'est-ce pas ?

- Ou Gryffondor, assura-t-il avant de rajouter, vous avez parlé, elle t'a dit quelque chose d'important ?

- Seulement qu'il y avait bien un autre serpent mais qu'il est... il est mort.

- Pourquoi faut-il que tout ce qui t'entoure fasse n'importe quoi et soit bizarre et incompréhensible... soupira son frère, mains dans les poches, tout en l'amenant vers la Salle sur Demande. Y a d'autres trucs que tu nous caches au fait ?

- Euh... sans doute... murmura Marie, l'air fautive.

- Et tu veux pas me le dire ? Au moins à moi ?

- Je... Si tu le dis à personne oui, répondit-elle, cherchant le truc le moins grave qu'elle avait fait en deux mois, j'utilise la cape d'invisibilité pour aller à Pré-au-Lard.

- Oh bon sang... si Papa savait ça, tu te ferais trucider.

- Tu ne lui diras pas hein ?

- Seulement à une condition. Tu iras désormais à Pré-au-Lard uniquement avec moi, ou avec James.

- James ?

- Yep mademoiselle. Il était au courant et me l'avait déjà dit. Je voulais savoir si tu allais me l'avouer ou pas. Apparemment il...

- Il m'espionne ?!

- Ne le prends pas comme ça... On te surveille un peu, c'est tout. C'est toi la fautive dans l'histoire tout de même ! Me dis pas qu'on n'a pas raison de veiller à ce qu'il ne t'arrive rien ?

- C'est pas juste ! Vous m'espionnez tous les deux ? Pourquoi ça serait toujours que de ma faute ! Pourquoi est-ce qu'on me regarde toujours de travers et qu'on m'accuse sans raison ? Tout de suite avec Nagisa, c'était ma faute, sans raison !

- Sans raison ? Vraiment ?

- Oui ! Vraiment ! Tout ça parce que c'est un serpent et que vous ne m'aimez pas, et que vous me prenez pour une folle !

- Arrête de raconter n'importe quoi ! Tu m'insultes en disant ça, je t'ai jamais prise pour une folle. Assume que c'était une connerie ce que tu as fait et ça ira bien mieux après !

- Je suis plus une enfant ! J'ai pas besoin que tu me dises ce que je dois faire.

- Eh bah... si, ajouta-t-il avec un sourire assez bizarre, mi-fatigué mi-moqueur, avant de redevenir sérieux, déjà tu vas te calmer, et ensuite on va ensemble à la Salle sur Demande pour décider ensemble de ce qu'on va bien pouvoir faire de ton serpent. Arrête d'être aussi agressive sans cesse. Comment veux-tu qu'on puisse t'aider si tu fais toujours tout dans notre dos ?

- Je... J'ai pas l'habitude qu'on me chaperonne sans cesse ou qu'on me... surveille. »

Elle avait dit ce mot avec une colère non dissimulée, mais en fait, sa colère était retombée, faisant place à une grande lassitude. Comme toujours elle se disputait avec son frère dès qu'ils discutaient vraiment. Trop de choses les séparaient encore pour qu'ils n'arrivent à se retrouver vraiment, malgré l'amour fraternel qu'ils se portaient mutuellement. Nagisa remua légèrement, serra sa prise sur sa taille, faisant sourire la jeune fille. Ce contact étrange lui avait manqué. Elle espérait que la réunion de famille allait finir sur quelque chose du genre : on ne le dit pas aux adultes et puis voilà. Non parce que déjà, essuyer la rage et les insultes de Rose, c'était pas mal, mais ça n'était rien, absolument rien, à l'ouragan que pourrait être son père s'il apprenait la présence de Nagisa dans Poudlard. Et Marie ne voulait pas subir des réprimandes pire que la mort durant les vacances ou durant son anniversaire. Elle ne voulait pas voir non plus le regard triste ou sévère de sa mère, ni les voir serrer les dents à ne pas réussir à la comprendre. La jeune fille voulait juste être tranquille, visiter Londres, être avec ses frères et sa mère, se reposer.

La réunion se passa étrangement. Marie avait montré Nagisa, peu commode en milieu de journée, ce qui n'avait rassuré personne. Après d'âpres discussions, des disputes entre Rose et James – qui, curieusement, défendait son serpent et sa bêtise de l'avoir amené avec tact – et des suggestions de la part de Lucy et de Louis, il fut décidé que Marie pouvait garder l'animal à Poudlard, mais uniquement s'il était prouvé que ce dont avait parlé la directrice était le fait du serpent de la Serdaigle.

« D'ailleurs, comment se fait-il que Melopoïa était au courant pour ton serpent ? demanda Lucy, à la fin de la réunion.

- Elle l'avait croisé accidentellement dans le train...

- Tu veux dire... alors qu'on était tous ensemble avec Naomi et Thomas ? Tu avais le serpent... comme là ? C'est... ça fait bizarre...

- C'est vraiment un serpent inoffensif, je t'assure ! Elle ne tuera jamais d'humains sans que je ne lui demande.

- Tu veux dire que... Non non je ne veux pas savoir finalement. J'espère juste qu'on ne fait pas une bêtise en la laissant avec nous dans l'école. Si MacGonagall l'apprend... c'en est fini de toute la merveilleuse équipe Potter/Weasley !

- J'espère que Melody ne sera pas embêtée ! Si elle se fait virer de l'école ?

- Non, je pense pas... si son serpent est mort en plus... c'est triste en fait. Même pour une fille bizarre comme elle, j'ai de la peine. »

A peine Lucy avait-elle fini de dire cela, alors que tous étaient sortis de la Salle pour préparer le départ en vacances, ayant à nouveau juré de ne rien révéler, que l'ombre de la Serdaigle grecque rattrapa le duo.

« Lullaby, il faut que je te voie. »

Marie comprit vite l'aspect privé, Lucy également, qui s'éclipsa tout en se retournant sur son passage, toujours méfiante et perturbée en présence de sa camarade de classe.

« Il fallait que je te dise, le peu que je peux en dire. Mon serpent est mort, depuis une semaine au moins, je crois que c'est Nagisa qui l'a tué.

- Comment tu...

- Les traces de morsures... J'ai dû les cacher avant de donner sa dépouille à la directrice et... »

Pour la première fois, Marie reconnut des larmes dans les yeux de son amie. Cela la surprit, et elle eut le réflexe de tendre la main, entraînant le recul de la jeune fille. Elle culpabilisa si c'était vraiment Nagisa qui avait tué l'animal, alors... c'était un peu de sa faute si Melody pleurait !

« Non, ce n'est rien. Je savais déjà que... Enfin, tu vois...

- Pas vraiment... tu veux dire que tu savais ce qui allait se passer ? Tes visions ?

- Oui... non... jamais aussi précisément que la réalité. J'aimais mon serpent, pas de la même manière que tu aimes le tien mais je l'aimais.

- Pourquoi l'avais-tu apporté au château ?

- Je n'avais pas le choix. C'était un cadeau de mon père, mais... »

Enfin, allait-elle lui parler de sa vie, de ses parents, d'où elle vivait ? Marie savait que la jeune Grecque restait à Poudlard durant chaque période de petites vacances, ce qui l'étonnait et la chagrinait. Seulement il était littéralement impossible d'en apprendre plus sur la vie de son amie, même par l'assistante Sophia.

« Bref, excuse-moi... Je ne voulais pas provoquer un tel remue-ménage, c'était un très jeune serpent, il ne m'obéissait pas toujours, je ne suis pas fourchelangue... Je comprendrais que tu m'en veuilles, à cause de ce qui s'est passé.

- T'en vouloir de quoi ? A part de m'avoir menti... par omission en quelque sorte... Non ça va aller, je crois. Qu'a dit la directrice ?

- Elle va prévenir mes deux parents, mais puisque je suis venue aussitôt, je n'aurais pas de souci, et personne dans l'école, hormis les professeurs, ne saura qu'il s'agit de moi. Enfin, personne hormis les Potter/Weasley... Vous avez bien fait ce que je vous ai dit n'est-ce pas ?

- Oui, Nagisa est... là. En sécurité. Elle pourra rester au château et ils ne diront rien.

- Tout se passe comme il faut alors. Tout va bien... » murmura la jeune fille en clignant des paupières, le regard perdu sur une ligne au loin.

Elle faisait ça régulièrement, et Marie savait ce que cela signifiait. Bientôt Melody revint à elle, lui sourit, hocha la tête et s'en alla comme elle était venue. Elle restait très étrange, surtout après les instants où elle perdait pied avec le présent. Complètement folle, de l'avis de la plupart des élèves, mais bien entendu, ces mêmes élèves la traitaient également de folle. Hors Marie se sentait tout à fait normale... tout comme elle trouvait Melody normale quand elle ne se transformait pas en devin. Marie soupira, puis retourna à ses affaires, serrant son serpent endormi contre elle, le plus discrètement possible. Elle était sincèrement attristée par ce qui semblait être arrivé au serpent de son amie, mais trop de questions se bousculaient encore, et puis elle culpabilisait d'être si soulagée au sujet de Nagisa.

Une fois ses affaires finies, la jeune fille retrouva Albus dans le croisement d'un couloir. Curieuse, elle lui demanda pourquoi James avait dit qu'il n'était pas étonnant que Melopoïa Deakins soit étrange.

« Tu ne savais pas ? L'oncle de Melopoïa était professeur de Défense contre les Forces du Mal il y a quelques années.

- Elle ne m'en a jamais parlé…

- C'est plutôt normal il est mort alors qu'elle entrait en première année. Ça a été une histoire et des rumeurs folles durant des mois. Ça n'a pas dû l'aider à se faire des amis dès le début. James et les autres l'ont eu comme prof, Phillip Deakins c'était. Il paraît qu'il était génial, un des meilleurs profs de DCFM que Poudlard ait eu.

- Mais… de quoi il est mort ? Pourquoi des rumeurs ?

- Il s'est suicidé. C'est pour ça que plus personne n'en parle à présent.

- Oh… »

Décidément elle ne savait vraiment rien de la vie de son amie. Tout n'était que mystères savamment entretenus. Que savait-elle vraiment de Melody au juste ? Pourquoi restait-elle à Poudlard durant les vacances si son père habitait non loin ?

« A quoi penses-tu Lily ?

- Au serpent. Elle m'a dit que c'était un cadeau de son père. Quel cadeau en effet ! Mais surtout comment il a pu le faire entrer dans Poudlard ?

- Comme tu as fait avec le tien sans doute ?

- Non, elle ne l'avait pas sur elle quand je l'ai rencontrée dans le train, Nagisa me l'aurait dit.

- Cette même Nagisa qui ne t'a pas dit qu'il y avait un autre serpent venimeux dans le château… Lily, je sais que tu vas mal le prendre, mais tu ne devrais pas accorder tant de confiance à un simple animal, a priori un serpent. Surtout que…

- Que quoi ? répondit-elle, agressive soudainement, dès qu'on remettait en cause ses actes.

- Surtout que c'est un serpent de ta vie d'avant. On ne peut pas lui faire confiance.

- Désolée mais Nagisa m'a sauvé la vie plusieurs fois, je lui fais bien plus confiance qu'à ce foutu psychomage qui a voulu m'arracher mes souvenirs ou même plus confiance qu'à vous tous, toi y compris ! »

Comme d'habitude sa colère mal dirigée laissait échapper des affirmations qu'elle regrettait immédiatement. Elle rougit, honteuse elle aimait son frère, elle lui faisait confiance ! Et pourtant elle continuait avec cette fureur injuste, schéma défensif jamais remis en cause véritablement depuis deux mois. Le visage décomposé d'Albus laissait envisager la goutte d'eau de trop d'un vase si longtemps rempli petit à petit des frustrations d'une relation houleuse entre le frère et la sœur, malgré leur amour réciproque.

« Très bien. Reste donc avec ton horrible reptile puisque tu le préfères à nous. J'en ai marre. J'abandonne.

- Albus… ? »

Mais déjà il s'éloignait. Jamais elle ne l'avait vu aussi furieux contre elle, d'habitude c'était contre James que toute sa colère se dirigeait toujours, d'habitude il était toujours si patient et compréhensif avec elle ! Pourquoi avait-il fallu qu'elle dise ça, alors que c'était justement Albus qui l'avait toujours protégée et aidée ? Lui qui lui avait appris à jeter des sorts potables, et à s'élever à plus de deux mètres du sol en balai ? Elle hésita, le voyant disparaître au fond du couloir. Sa fierté en prendrait un coup si elle lui courait après. Mais sa fierté était-elle plus importante que l'amour de son frère et sa protection ? Quelques longues secondes s'écoulèrent avant que la balance ne bascule en faveur de la réconciliation, elle suivit ses traces pour le retrouver plus loin, mais s'arrêta net à l'angle.

Son frère était en train de se faire consoler par Leila Minter, sa meilleure amie, loin de la foule des élèves en partance pour la gare. Marie eut un battement d'émotion en le voyant si fragile dans les bras de cette jolie adolescente aux longs cheveux noirs. Elle voulut aller s'excuser mais de le savoir en compagnie l'en empêchait. Une vague de jalousie la traversa alors que la Gryffondor caressait les cheveux de son frère tout en chuchotant à voix basse. Ils étaient… amoureux ? La colère revint et c'est les lèvres pincées que Marie rebroussa chemin. Il disait qu'elle devait tout lui dire, mais lui aussi lui cachait des choses ! De toute façon elle saurait bien le consoler, cette Minter !

Furieuse sans trop savoir pourquoi, la jeune fille rumina plusieurs minutes tout en marchant dans les couloirs, s'approchant de la sortie du château quand une présence inattendue mais bienvenue fit son apparition.

« Oh Vega… ! Il ne faut pas qu'on nous voit ensemble !

- J'avais trop envie de te voir… lui chuchota-t-il avec cette voix toujours si chaude et rassurante, viens, on peut aller se planquer dans une salle de cours si tu veux bien. »

Elle se laissa conduire, heureuse de pouvoir penser à autre chose qu'à ses problèmes relationnels avec sa famille. Quand elle était avec Vega, elle se sentait normale enfin, le plus normale qui lui était possible de l'être. Elle se sentait bien et détendue, et c'était ce qui lui plaisait le plus dans leur relation, voilà pourquoi elle était amoureuse de lui, même si elle ne savait pas trop ce que signifiait ce mot encore. Il l'amena dans la salle vide de divination, l'invita à s'asseoir sur les sofas rouges tandis qu'il lui présentait une surprise.

« J'ai découvert que c'était ton anniversaire durant les vacances, donc si on n'arrive pas à se voir, je préfère t'offrir ton cadeau maintenant… »

Oubliant sa journée forte en émotions négatives, Marie rougit et déballa le cadeau, dévoilant une fleur de lys en cristal qui tenait dans le creux de sa main. C'était un travail magnifique.

« Les artisans moldus peuvent faire des choses incroyables… Bien entendu je l'ai protégée avec plein de sorts pour qu'elle ne casse pas ! Elle te plaît ?

- C'est… magnifique… c'est la première fois que j'ai un cadeau de ce genre… Mais pourquoi cette fleur ?

- Bah… Lily c'est la fleur du lys. Ton nom est une fleur et je te trouve aussi belle que cette fleur.

- Je ne savais pas… »

Elle se trouvait un peu idiote, sur le coup, de ne pas savoir ce que signifiait son nom anglais. Emue par le cadeau, elle embrassa son petit-ami sur la bouche pour la première fois, mais elle était trop embarrassée pour aller plus loin. Il ne chercha pas à la forcer, et l'invita à venir chez lui durant les vacances si l'attente était trop longue. Ils se quittèrent rapidement, Marie gardant son cadeau précieusement, ravie, le remerciant encore. Non vraiment, c'était trop chouette d'avoir un petit-ami, surtout un si prévenant et si gentil avec elle !

La jeune fille n'avait absolument pas songé qu'elle cachait exactement la même chose que ce qu'elle reprochait à son frère. C'est l'esprit plus léger – ou plutôt enamouré – qu'elle se dirigea enfin vers la gare pour rentrer chez ses parents. Elle avait pris bien peu d'affaires, moins qu'à la rentrée, et appréhendait ce retour aux sources. Heureusement que le secret de Nagisa semblait encore bien gardé ! Même si la menace d'une révélation par Rose, voire par Albus ne semblait pas si incongrue… Elle verrait bien, il fallait penser aux choses dans l'ordre, n'est-ce pas ? C'est dans l'excitation générale de ce départ en vacances qu'elle s'installa dans un des wagons du train en compagnie de Naomi et de Thomas, ses deux amis Poufsouffles. Bien sûr, elle songeait à la colère de son frère, mais elle ne regrettait plus ce qu'elle avait dit et ne risquait pas de s'en excuser ! S'il l'aimait, il n'avait qu'à lui pardonner à elle, quand elle était fâchée, même si c'était parfois pour de mauvaises raisons, non ?

Quand elle pensait à Albus, elle pensait à son père. Elle n'avait pas franchement envie de le revoir, se souvenant trop précisément son air dur et ses questions de flic, loin de l'image du père aimant et tendre qu'elle aurait souhaité avoir. Heureusement il y avait sa mère !

Son père n'était pas là. C'était la première chose à laquelle elle avait pensé en sortant du train.

« Où est… ? »

Comme toujours elle n'arrivait pas à prononcer le mot papa ou père, sans doute devrait-elle se résoudre à l'appeler Harry, comme elle l'aurait fait pour un beau-père. Mais sa mère l'avait accueillie dans ses bras avec chaleur tout en lui répondant.

« Ton père est à l'étranger pour le moment, il revient dans quelques jours. Tu n'étais pas avec tes frères dans le train ?

- Non… J'étais…, elle hésita, ne souhaitant pas évoquer sa récente dispute avec Albus, ni même ses problèmes de communications fraternelles tout court, j'étais avec des amis Poufsouffles !

- Oh… c'est une bonne chose ! Tu ne m'avais pas dit que tu t'étais fait des amis en dehors des Serpentards. »

Justement Naomi et Thomas sortaient à leur tour, et c'est rougissante que la jeune Poufsouffle au corps élancé et aux cheveux blonds vint saluer Ginevra. Alors Marie se souvint que son amie lui avait dit que sa mère, Luna Lovegood, avait été sa marraine lorsqu'elle était petite. Les salutations semblaient gênées mais cordiales, même si rapidement la jeune fille disparut dans la foule d'élèves et de parents qui se retrouvaient.

« Naomi Lovegood… Vous jouiez ensemble lorsque vous étiez petites, c'est amusant de voir que vous vous êtes finalement retrouvées. »

Amusant ? Ça n'en avait pas l'air au vu de la tête que sa mère tirait. Encore des secrets de famille ? Mais ses frères arrivaient à leur suite, curieux duo dont la ressemblance physique était d'autant plus frappante que leur caractère se différenciait. Albus ne lui accorda pas un regard tandis qu'il venait enlacer leur mère, mais James osa – je dis bien osa – poser sa main sur les cheveux de sa petite sœur pour les ébouriffer. Marie ne se laissa pas faire et râla avec superbe, furieuse qu'il puisse lui faire ça en public. Déjà que sa tignasse n'était pas la plus élégante ! Mais le sourire qu'il lui afficha la désarçonna, une fois de plus.

« Hey, t'inquiète donc pas, ça va aller. Albus découvre juste que tu n'es pas l'enfant modèle que tout le monde attendait. Moi je le savais déjà, t'as trop sale caractère, lui affirma-t-il en lui faisant un clin d'oeil, comme moi. »

Ça voulait dire quoi ça ? Mais déjà ils étaient embarqués en dehors de la gare de Londres, dans leur voiture familiale, chacun répondant avec politesse et emphase aux questions de leur mère sur ce début d'année et sur ce qu'ils comptaient faire durant les vacances.

Curieusement, Marie retrouva avec plaisir ce qu'elle jugeait pourtant comme sa prison familiale.

Elle avait bien compris qu'elle n'avait pas le droit d'en sortir à moins d'être dûment chaperonnée. Néanmoins, elle avait déjà pris l'habitude de n'en faire qu'à sa tête, et elle trouverait bien le moyen d'en sortir sans être vue, cape ou pas cape ! D'ailleurs, comment se faisait-il que ses frères aient été au courant de ses sorties à Pré-au-Lard ? Elle avait pourtant été toujours très discrète, personne n'avait été mis au courant, à part Melody ! Et jamais son amie, bien que bizarre et secrète, ne l'aurait dénoncée, elle en était certaine. Etre espionnée lui déplaisait, même si ni Albus ni James n'avaient semblé faire grand cas de ses escapades pourtant interdites dans le village sorcier. On lui cachait trop de choses, voilà ce qu'elle pensait alors qu'elle montait dans le grenier, s'extasiant face à sa mère de retrouver son serpent, comme s'il n'avait jamais quitté les lieux. Leur petit accord avec les quelques musaraignes et araignées régnant sur les lieux avait fonctionné à merveille, elles, trop heureuse de voir disparaître le prédateur et de recevoir à manger de façon régulière, quand bien même ça n'était pas leur régime alimentaire habituel. Marie avait quelque peu menti à sa mère concernant le dit-régime d'ailleurs… il allait falloir jouer serré durant les deux semaines de vacances pour nourrir l'animal, avant de retourner à Poudlard l'air de rien.

Comme si elle venait de la retrouver, Marie ressortit du grenier avec Nagisa enroulée autour de son bras, pour la présenter à sa mère et la remercier de s'en être occupée jusque-là. Elle mentait à merveille, jusqu'à ce qu'Albus passe derrière sa mère pour aller dans sa chambre, lançant un regard à sa sœur, le type de regard qu'on pouvait aisément qualifier de noir. Marie se décontenança et retourna déposer son amie rampante dans son habitat attitré, trop gênée pour continuer sa petite mascarade auprès de sa mère à présent.

« Nagisa… on parlera du serpent ce soir…

- Comme tu le souhaites, bien que ça n'ait aucune importance… »

Etrange, vraiment étrange, songeait-elle tout en redescendant des combles. Elle retrouva sa valise au coin de sa porte de chambre, la rentra et s'occupa de l'ouvrir pour ranger ses affaires. Retrouver sa chambre d'enfance était un plaisir, et cette odeur de jasmin ! Plutôt qu'écœurantes, les effluves ne faisaient que raviver ses souvenirs et l'apaiser. Fouillant dans l'armoire, elle retrouva le pull en laine gris qu'elle avait récupéré sur le corps disparu de sa grand-mère. Elle enfouit son nez dedans, souhaitant retrouver l'odeur de celle qui l'avait élevée avec tant d'amour et de tendresse, malgré des secrets qu'elle était encore loin de percer. Parfum lourd de Cologne et de fruits rouges. Elle avait l'impression que c'était hier qu'elle avait été arrachée à elle et s'était retrouvée là ! Et pourtant, voilà qu'elle jouait la parfaite petite écolière sorcière anglaise. Enfin, parfaite, il fallait le dire vite. Qu'allait-elle bien pouvoir faire durant deux semaines, si elle ne pouvait pas sortir comme elle le voulait ? Vega l'avait bien invitée à venir chez lui, mais elle sentait bien que ça ne serait pas du goût de ses parents.

Tout en s'asseyant sur le lit, Marie remarqua un éclat blanc au milieu de ses affaires encore en vrac dans la valise. Elle se pencha, l'attrapa, le fit tomber de surprise et l'observa comme une proie face à une araignée vorace.

Le livre, c'était le livre, c'était la Bible Blanche qu'elle avait reçue ! Comment s'était-il retrouvé là ? Son cœur battait à tout rompre, le souvenir si fort de sa peur d'il y avait deux mois lui faisait vivre la même angoisse. Ce livre la poursuivait ! Devait-elle appeler quelqu'un, le faire récupérer ? Il ne fallait pas qu'elle le lise ! Si ? Un livre ne pouvait pas bien être dangereux… Même si elle ne voyait pas comment il avait bien pu se retrouver dans ses affaires, ce n'était qu'un livre ! Sa curiosité gagnait le pas sur la peur. Déjà il y avait deux mois, elle avait regretté de n'avoir pu le lire…

Marie récupéra l'ouvrage et ouvrit la première page.

Tout pouvait commencer.