[I] Chapitre 14 : Rencontres (Deku et Katchan)


Je ne parvenais pas à bouger.

J'étais une fourmi face à un éléphant.

C'était lui, le père de Shōto.

L'homme responsable de tous ses maux.

Son regard me transperçait, me faisait suffoquer.

Je sentis une vibration, au niveau de la mâchoire.

Il en portait un aussi !

Il réitéra sa question et passa devant moi, se servir un verre d'alcool dans la cuisine.

- Alors ? S'impatienta-t-il, en nous jetant un regard de dédain, où est-il ?

- Vous devriez le savoir mieux que nous, répondit Katchan en le défiant du regard. Vous êtes son père, après-tout.

Le Docteur Todoroki arqua un sourcil.

- C'est ça, dit-il indifférent. Je veux savoir où il est.

- Pas ici, en tout cas, répliqua Katchan. Vous pouvez partir, maintenant.

L'homme éclata d'un rire sardonique, en posant son verre.

- Ça, c'est trop fort ! Cria-t-il. Je suis chez moi, imbécile !

Son regard passa tour à tour de moi à Katchan.

- D'ailleurs, c'est vous qui devriez partir, je crois...

La menace était claire.

Nullement perturbé, Katchan répliqua avec un calme olympien.

- Il n'y a que Shōto qui peut nous demander de partir de chez lui, je crois...

Il m'impressionnait vraiment. Katchan n'aurait pas hésité à hurler et provoquer pour se faire entendre, avant...

Il n'était plus le même, cette histoire l'avait complètement transformé.

Pour la première fois depuis notre rencontre, je l'admirai.

- Tu joues au plus malin... Siffla l'homme en regardant Katchan, les yeux plissés.

- Pas du tout, rétorqua celui-ci. Je dis juste la vérité.

Son vis-à-vis se pencha légèrement par-dessus la table, ses yeux se plissant encore un peu plus.

- Je pourrai asservir ton petit copain, là.

Il me montra de la tête.

Je me figeai.

Katchan secoua la tête.

- Vous n'en avez pas besoin, vous ne le ferez pas. Un Docteur aussi célèbre que vous ne s'abaisserait jamais à ce genre de choses. Vous l'auriez déjà fait sinon. Vous préférez refiler ce genre de besogne à votre fils ou aux gens qui travaille pour vous.. Ce n'est pas vous qui vous salissez les mains, de cette façon mais uniquement les autres...

- Arrête ! Criai-je.

Le géant fulminait.

Katchan fit la sourde oreille.

- Pourquoi être venu jusqu'ici ? Demanda-t-il curieux. Vous savez que Shōto n'est pas ici, n'est-ce pas ?

- Je voulais le voir.

Il porta son attention sur moi.

- Shōto semble beaucoup t'apprécier, me dit-il en se caressant le menton. Si quand il revient, et je sais qu'il le fera, il ne te trouve pas ici, il partira à ta recherche. Je ferai en sorte qu'il sache que c'est moi qui te retient dans mon labo. Je veux précisément l'y attirer, j'ai besoin de lui là-bas.

- Vous voulez m'emmenez avec vous ?

Il secoua la tête.

- Comme l'a fait très justement remarqué ton ami, j'ai horreur de me salir les mains. Quelqu'un attends à l'extérieur, que je lui fasse signe pour le faire.

La panique me saisit.

Une seule question me vint.

- Qu'allez-vous faire de Shōto ? M'affolai-je.

Son rire sardonique resonna à nouveau dans l'appartement.

- C'est tout ce qui t'inquiète ? Même pas de savoir ce qui va t'arriver à toi ? Shōto a dû te prévenir, non ? Mes hommes ne sont pas des enfants de cœur.

C'était tout ce qui m'inquiétait, en effet.

Je ne voulais pas que Shōto souffre.

- Aucun mal ne te sera fait, assura l'homme. Seul Shōto nous intéresse. Je te donne le choix. Tu nous suis bien gentiment ou bien...

Ses prunelles se mirent à briller d'une étincelle qui n'augurait rien de bon.

- Eh bien... Disons qu'il utilisera la manière forte.

Dehors, un éclair déchira le ciel et la pluie se mit à tomber avec force.

Je n'avais pas le choix.

Je devais suivre cet homme.

Je baissai la tête, résigné.

- Izuku ! Cria Katchan. N'y pense même pas !

Je sursautai.

Katchan ne m'appelait pas comme ça, d'habitude...

Il avait peur pour moi... ?

Je me tournai vers lui.

- Si je ne le fais pas, il pourrait te blesser et la situation est suffisamment chaotique comme ça, affirmai-je.

Je m'efforçai de sourire.

- Tout se passera bien...

- Arrête tes conneries ! On ne sait même pas où est Double-face ou s'il compte revenir !

- Il le fera, retentit la voix de l'homme. Aucun doute.

- Ta gueule, papy... articula Katchan, le regard noir.

Ça, c'est le Katchan que je connais... Pensai-je en souriant intérieurement.

- Je n'ai pas confiance en cet homme. Il pourrait te faire du mal ou pire... Double-face m'a dit...

Je m'avançai vers le Docteur Todoroki.

- Je vous suivrai mais avant, laissez-moi lui parler seul à seul s'il vous plait, quémandai-je. Je vous rejoindrai dehors ensuite, c'est promis.

L'homme massif me détailla longuement et fini par sortir. Dehors, une élégante voiture noire était garée juste devant l'appartement.

Une fois la porte refermée, Katchan passa à l'attaque.

- A quoi tu joues ?! Tu te jettes dans la gueule du loup !

- Je sais bien... Tu vois une autre solution ? La police ignore où est Shōto, son père également, alors qu'il doit surveiller ses faits et gestes. Si je ne le suis pas, il me forcera de toute façon et pourrai t'égratigner au passage. Je ne le permettrai pas.

- Tu es fou ! Cria-t-il. On trouvera une autre solution, ne suis pas ce type !

- Je n'ai pas le choix !

- Non ! Je refuse que tu te sacrifies pour Double-face !

Il tremblait.

Jamais je ne l'avais vu trembler ainsi.

- C'est mon ami et mon maître Katchan... Je dois l'aider. C'est pour ça que je suis venu, rappelle-toi.

Il tenta de me raisonner.

- C'est une situation qui nous dépasse... Si on continue, on pourrait y perdre la vie !

Je lui montrai ma mâchoire.

- J'ai ce SCM... Lui rappelais-je. Tu le sais aussi bien que moi... Il n'y a pas que ma loyauté dans cette relation maître-esclave qui me pousse à agir. Je lui dois en tant qu'ami, aussi.

Je m'avançai vers lui et le prit dans mes bras.

Il ne me repoussa pas.

- Tout se passera bien, Katchan... Murmurai-je. Fais-moi confiance, je le sais.

- Deku... Chuchota-t-il, la voix brisée.

J'enfermai sa tête entre mes mains et plongeai mes yeux dans les siens, qui brillaient de larmes contenues.

- Fais-moi confiance.

Il ferma les yeux et hocha lentement la tête.

Je le libérai et m'avançai vers la porte d'entrée. Je m'apprêtai à sortir quand je sentis ses mains me saisir par la taille, me forçant à me retourner. Il m'embrassa ardemment, me plaquant contre la porte.

Je répondis avec la même ardeur désespérée. Lentement, des larmes roulèrent sur mes joues tandis que ne voulions pas nous séparer, par peur d'affronter la suite.

Pendant ce bref instant qui nous était accordé, la magie de ce baiser occulta tout le reste.

- Deku... Souffla-t-il quand nos lèvres se séparèrent, et que nous reprenions chacun notre souffle. Je...

- Ne dis rien.

Je sais.

La main sur la poignet, j'ouvris doucement la porte et me détournai de lui pour m'effacer derrière elle ; je m'offris alors à la pluie glaciale, la laissant me noyer, mes larmes se mêlant aux gouttes drues qui me tombaient dessus, telles de fines lames tranchantes m'écorchant finement, entièrement.

Une main cadavérique me toucha l'épaule droite et je me laissai entraîner dans cette voiture noire sans opposer la moindre résistance.

- Tu es trempé, sèche-toi, m'ordonna l'homme une fois à l'intérieur. Je ne veux pas que Shōto nous accuse de t'avoir abîmé.

Mais je n'en fis rien.

Je ruisselai, grelottai.

Mon corps avait froid mais je ne le sentais pas.

La voiture démarra et se mit à rouler.

- On est suivis, Doc, fit remarquer une voix d'outre-tombe.

L'homme se retourna.

- Ce gamin...

Je me retournai à mon tour et vit Katchan courir désespérément derrière la voiture.

Je lui offris un dernier sourire.

La voiture accéléra et l'image de Katchan trempé jusqu'aux os s'éloigna...

Sans doute était-ce mon imagination mais je cru l'entendre hurler, de toute la force de ses poumons...


- DEKU !

La voiture disparue à un tournant.

Je tombai à quatre pattes, les mains au sol.

L'ensemble de mes muscles me brûlaient.

J'étais essoufflé.

Pris d'une rage folle contre toute cette situation qui m'avait fait perdre la personne que j'aime, je me mis à le marteler avec violence, en poussant des cris de frustration.

Je suis faible, tellement faible...

Je n'ai pas pu le protéger.

Je n'ai...

L'orage tonna de nouveau alors que je poussai un hurlement déchirant dans la nuit.

J'ouvris les yeux difficilement.

Je reconnus le décor de ma chambre chez Shōto.

J'ai fait un cauchemar ? Me demandais-je.

- Deku ! M'exclamai-je soudain.

Je me levai et sortit de la chambre.

- Deku ! Appelai-je dans la salon.

Sa tête émergea par-dessus le canapé.

Il me souriait.

- Bonjour, Katchan ! Lança-t-il gaiement en se levant à son tour. Je vais préparer le petit-déjeuner. Tu veux manger quelque chose en particulier ?

Sans lui répondre, je me précipitai vers lui et le prit contre moi.

Il était là.

Je sentais la chaleur de son corps.

Quel cauchemar horrible...

Interdit, Deku n'osai pas faire un geste.

- Ça va, Katchan ? S'enquit-il, la voix étouffée, par-dessus mon épaule.

- Maintenant oui... Murmurai-je en resserrant mon étreinte.

- Kat... Tu m'étouffes ! Suffoqua-t-il.

Je m'éloignai de lui.

Il reprit difficilement son souffle.

- Excuse-moi...

Remarquant mon teint pâle, il me regarda, soucieux.

- Tu vas bien ? Tu es tout blanc, comme si tu avais vu un fantôme.

Je secouais la tête.

- J'ai fait un mauvais rêve, c'est fini, maintenant, le rassurai-je.

J'allais me servir un verre d'eau sous ses yeux inquiets.

- Double-face n'est toujours pas rentré ?

Il parut étonné.

- Shōto ? Rentrer d'où ? Il est ici, affirma mon ami d'enfance.

La porte de la salle de bain claqua, et il apparut en effet dans le couloir.

- T'es rentré quand ?! Criai-je. Ça va faire des jours qu'on te cherche partout, sale Double-face !

Il me jeta un regard en biais.

- De quoi tu parles ? Je suis pas sorti d'ici.

Le verre que je tenais se brisa sur le sol.

Ce bruit résonna en moi.

J'écarquillai des yeux, effaré.

Non... !

Non !

NON !

Je vis Deku et Double-face remuer des lèvres sans qu'il me soit possible de les entendre.

La cruelle vérité s'imposa à moi...

Tu rêves, Katchan...

Mes yeux s'ouvrirent brusquement.

Avec une lenteur infinie, je me redressai.

Je ne me rappelai même plus comment j'étais rentré dans cette maison, après...

Même si ça n'avait été qu'un rêve, je pouvais encore sentir la chaleur de mon étreinte avec Deku.

Et sentit mon cœur se briser, une nouvelle fois.

Je portai ma main dessus en empoignant le haut de mon pyjama toujours trempé.

J'avais si mal.

J'aurai voulu crever.

Deku et Double-face disparus, j'étais le seul qui restait dans cet appartement vide.

Pourquoi étais-je encore là ?

J'avais échoué.

Je n'avais pas pu le protéger.

Résolu à partir, je me levai pour me préparer.

Je n'avais pas la force de me rendre au lycée, aujourd'hui.

On me demanderait où ils étaient, j'en savais rien. Je n'aurai pas pu expliquer toute cette folie, de toute façon.

La seule certitude qui m'obsédait…

J'avais échoué.

Après m'être douché et habillé, je pris mon sac et pêle-mêle, enfournai mes affaires dedans.

Ensuite, ce fut au tour de mes valises.

Je trouverai un moyen d'aider Deku de chez moi.

Au diable Double-face et toute cette histoire.

Je voulais seulement récupérer Deku.

Mon sac en baluchon sur mes épaules, une valise dans chaque main, je couvai une dernière fois du regard le salon de cet appartement où, pendant des mois, nous avions vécu tous les trois...

Au moment où je me retournai, la porte s'ouvrit.

Mon visage se déforma de rage. Je laissai tout tomber au sol.

- TOI ! Hurlai-je en fonçant sur Double-face.

Il réagit promptement, évitant mon poing, prêt à s'abattre durement sur son visage.

Essoufflé, fatigué, peiné, je n'avais plus la force de lui porter une nouvelle attaque.

Je me contentai de l'observer, en priant que mes yeux se transforment en rayon laser qui le réduirait en poussière.

Malheureusement, ça ne marchait pas.

Je finis par rompre le silence entre nous, hurlant encore :

- Où étais-tu, depuis des jours ? Tu sais ce qui s'est passé ici, hier ?

- Je suis au courant, dit-il simplement.

Sa voix était calme et posée.

Presque détachée, ne trahissant aucune émotion.

Sentant mes forces me revenir, je m'abattis sur lui et le prit par le col.

- Et c'est tout ?! Deku est en danger !

Double-face posa des yeux vides sur moi.

- Il va bien, affirma-t-il. Il ne lui feront rien, ne t'inquiète pas.

- Comment tu peux en être sûr ?

- C'est moi qu'ils veulent. Je vais donc me rendre là-bas et Deku sera libre.

Je me mis à le secouer comme un prunier.

- Tu as une idée de ce qui t'attends, idiot ?

Il saisit mes deux mains, les écarta doucement et s'éloigna.

Il alla s'asseoir sur une chaise de la cuisine.

- Je le sais parfaitement. C'est pour ça que je ne suis pas revenu seul.

Je haussai un sourcil.

- Ce qui veut dire ?

Il me désigna la porte d'entrée de la tête.

Un homme à la chevelure longue et blonde, aux yeux vitreux, à l'allure fragile et squelettique, venait d'en franchir le seuil.

- Bonjour, mon garçon ! Dit-il d'une voix enjouée. Tu peux m'appeler All Might, se présenta-t-il.