Note de l'auteur :

Je vous emmène directement quelques mois après le dernier chapitre. Ce choix pourra surprendre, mais vous comprendrez que je n'avais pas grand-chose à dire sur ce laps de temps ;). Deuxièmes chaleurs obligent (déjà ?), il y aura un petit lime (enfin je crois, je ne sais pas ce qu'il y a derrière ce terme exactement ^^'), mais ce sera bref ! Je mets tout de même des /!\ /!\ pour prévenir (je pense à toi, ma chère KnaD !).


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Tensions (Sasuke, octobre)

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Il y a Naruto et Shensu assis derrière moi, Sakura à ma gauche, Kiba et Ino deux rangs devant, et puis Lee, Shusen, Shino, Ayame, Chôji... La prof de maths réexplique le cours pour la troisième fois à cause des distraits et des lents à la comprenette mais, même si en général ça m'agace, je me surprends à devoir retenir un sourire. Je suis là avec eux, j'ai fait ma rentrée au lycée le mois dernier... Je n'aurais jamais imaginé, il y a quelques années, qu'on me laisse aller aussi loin.

Je m'imprègne de chaque détail comme si c'était la dernière fois. Peut-être que ce sera la dernière fois...

Trois mois et demi se sont écoulés depuis mes premières chaleurs.

Lorsqu'elles ce sont terminées, cinq jours après le début de mon assignation d'office à domicile, j'ai eu l'impression de sortir d'une bulle, une bulle de phéromones, de tension disons... "reproductrice" et d'Itachi.

Mettre ces deux derniers termes dans le même contexte est toujours aussi gênant... Déjà, j'aurais préféré que mon frère ne me voit jamais en "demande", même si j'ai parfaitement conscience que c'est sa présence qui a rendu les choses supportables et que je lui suis infiniment reconnaissant d'être resté. Et puis... il a réagi à mes phéromones. Si sur le coup je m'en fichais royalement, voire ça m'a aidé à calmer mon instinct, après réflexion c'est tout de même perturbant.

Et il y a eu le retour à ma réalité : mon moi Oméga supposé être Bêta, plus une enveloppe persistante de phéromones.

Elles étaient légères, ça n'avait rien à voir avec ce que j'avais dégagé pendant cette semaine "d'appel", mais c'était là et mon frère m'a confirmé que c'était tout à fait perceptible - heureusement, à ce niveau, son instinct n'y réagissait absolument pas. La machine était réveillée, perceptible par tous les Alphas et Omégas dans un rayon d'une dizaine de mètres et attendant la première occasion pour s'emballer à nouveau.

Cette fatalité s'est imposée à moi, Itachi ne savait pas quoi faire et, avec le contrecoup de l'intensité des chaleurs, j'ai complètement sombré pendant deux jours.

Puis j'ai forcé Itachi a retourner en cours - il n'y avait pas de raison qu'il pâtisse de ma situation pitoyable - et une fois seul, j'ai mis mon cerveau de côté et je me suis secoué les puces. Je me suis lavé, j'ai fait du ménage, de la cuisine, une heure d'exercices dans le salon...

Lorsque mon frère est rentré dans la maison, en fin d'après-midi, il ne sentait presque plus rien sur moi. Après plusieurs minutes de réflexion et d'essais, nous nous sommes rendu compte que ma carapace énergétique, que j'avais spontanément remise en place une fois sorti de ma chambre, retenait une bonne partie de mes phéromones.

J'ai passé la soirée avec lui à m'entraîner, à consolider ma carapace, à essayer différentes techniques, avec un espoir et une détermination farouche... jusqu'à ce que plus une seule petite effluve ne passe. C'était dingue, c'était une révélation, c'était... euphorisant ! J'aurais pu ne même pas penser à essayer parce que j'étais persuadé que ce n'était pas possible !

Deux jours plus tard, mes parents sont rentrés et il n'y avait plus une seule trace de mes chaleurs ni de mon nouveau statut.

L'été est passé, puis la rentrée...

Trois mois et demi où j'ai l'impression de marcher sur des œufs en permanence.

J'ai bien conscience que ma carapace à phéromones reste fragile, alors j'ai limité les contacts au maximum. Je n'ai pas mis un pied hors du quartier, j'ai fui les Alphas comme la peste - surtout mon père - et j'ai profité de la période estivale intensive pour le Clan pour suggérer à Madara de réduire nos entraînements au minimum. Itachi a veillé à distance, il a laissé traîner ses oreilles, et visiblement personne ne se doute de rien. Personne.

Tout se passe comme si de rien n'était. Mes parents, le Clan, mes amis, mon frère... ils agissent tous normalement avec moi. Est-ce que ma maturité peut réellement passer inaperçu ? Est-ce que tout peut vraiment être aussi simple ? Bien-sûr que non, du moins pas pour ceux qui habitent sous le même toit que moi. Je sais que c'est un sursis de plus, un sursis qui va prendre fin très prochainement.

Trois mois et demi... et je sens de nouvelles chaleurs arriver.

C'est beaucoup trop tôt. Normalement, jusqu'à ce que l'Oméga trouve un Compagnon potentiel - ce qui n'est pas mon cas, je pense que je serais au courant - les chaleurs ont lieu tous les six mois environ. Est-ce que mon instinct s'est décidé à mettre les bouchées double pour compenser mon retard ? Là, tout de suite, je rêverais qu'il prenne forme humaine pour pouvoir l'insulter en direct et l'étouffer avec ses fichues phéromones !

Quoi qu'il en soit, les signes précurseurs sont là et je sais les reconnaître, maintenant. Je dors mal depuis trois jours, j'ai une tension désagréable qui grandit dans mon bas ventre et je me sens en insécurité au point de trouver salutaire l'idée de me rouler en boule sous une couette collé à mon frère. Je ne sens pas encore mes phéromones s'agiter et je n'ai aucun mal à les garder à l'intérieur de ma carapace mais elles vont finir par se manifester avec plus d'enthousiasme et je ne pourrais plus les retenir.

Ma première expérience était bien moins pire que ce à quoi je m'attendais et elle a été presque positive. C'était... intense, perturbant et aussi rassurant, d'un côté. Je sais maintenant à quoi m'en tenir, je sais que j'ai la maîtrise si je veux et je sais aussi que mon frère me soutient réellement malgré la preuve de ce que je suis. Pour autant, si j'arrive plus ou moins à me faire à l'idée et au vécu des chaleurs, la sensation de faiblesse me fait horreur.

Et maintenant je suis de plus en plus angoissé, pas par rapport à l'inconnu, à la gêne ou à la peur du ridicule mais parce que, cette fois, mon père sera là.

Itachi m'a certifié qu'il ne lui en avait pas parlé et son comportement avec moi n'est pas pire qu'avant mais j'ai comme l'impression qu'il est au courant. Pourtant, s'il l'était, il m'aurait surement confronté... A moins qu'il préfère fuir la situation ? Je sais de moins en moins comment agir avec lui... J'ai surpris quelques regards préoccupés de ma mère aussi, même si elle n'a pas essayer d'entamer une discussion en ce sens. Elle attend un signe de ma part, j'imagine... Mais je n'ai pas envie d'en parler, ni avec elle, ni avec personne. La perspective de l'ancrage imposé flotte encore entre mes parents et moi.

Une pointe me pique l'arrière de l'épaule, me ramenant brutalement à l'instant présent.

Je jette un coup d'œil rapide sur la salle de classe. Ils ont tous le nez dans leur livre de maths et Madame Yûhi est en train de préparer une opération au tableau. Apparemment tout va bien... Je tente de faire comme si de rien n'était tout en calmant mon cerveau reptilien passé en mode "survie".

Je me retourne discrètement pour tomber sur l'expression perplexe de Naru, le bout du crayon encore pointé vers mon épaule. Je me contente de hausser les épaules et je reviens à mon cahier. Avec un peu de chance, j'arriverais à éviter un interrogatoire de sa spécialité pour cette absence mentale un peu trop évidente.

Je regarde le livre de mon voisin pour savoir ce qu'on est censé faire mais il met son bras puérilement devant. Je me retiens de soupirer. Celui-là est persuadé que c'est parce que je triche que j'ai d'aussi bons résultats et il enrage d'être toujours en deuxième position... Mon salut vient de l'autre côté, Sakura étant visiblement ravie de me rendre service, elle.

- N° 3 page 26, me chuchote-t-elle en souriant.

Je la remercie d'un hochement de tête et d'un petit sourire qui la fait rougir.

J'ai bien essayé l'indifférence, la froideur et même l'évitement mais, malgré les années, elle s'obstine visiblement dans son béguin... alors j'ai arrêté de me forcer à être un autre que moi-même et je me contente d'une neutralité amicale. Elle est vraiment sympa, en plus, Saku.

Je me mets au travail en vitesse, me concentrant sur le problème présenté pour tenter d'oublier les miens.

- Ah tiens, tant que j'y pense ! nous interrompt soudainement la prof en se tournant vers nous. Je voulais vous parler d'un projet en commun avec votre professeur d'histoire, Monsieur Sarutobi, qui portera sur l'origine de l'algèbre. Vous serez en groupe de quatre et vous préparerez un exposé de vingt minutes sur l'une des périodes de progression de cette science, détaillant à la fois le contexte historique et les avancées mathématiques, y compris leurs démonstrations.

Plusieurs murmures perplexe se font entendre autour de moi.

- Madame, on n'a jamais fait un truc comme ça, proteste Kiba en écho aux autres.

- Eh bien, ce sera l'occasion d'innover. Je suis sûr que ça va être très formateur !

- Il y a conflit d'intérêt, vous pouvez pas faire un projet avec votre mari ! fait Ino à côté de lui.

- C'est tout à fait autorisé, nous sommes tous les deux vos professeurs et le projet a été validé par la responsable des secondes, fait-elle avec un sourire satisfait.

- Mais c'est sûr qu'il a magouillé ça pour nous punir après le désastre de la dernière interro surprise ! insiste la blonde à queue de cheval.

- En effet ! avoue notre prof avec un sourire sadique. Cependant c'est moi-même qui lui ai proposé ça. Après tout, votre manque d'assiduité dans sa matière a aussi pourri tout mon weekend, tellement il râlait en corrigeant vos copies... La présentation est prévue dans trois semaines et, puisque le travail est à cheval sur deux matières, la note comptera double.

Les exclamations indignées redoublent d'ardeur, faisant carrément rire la prof.

Moi je me fiche pas mal du contenu du travail mais je déteste les exposés... Tout le monde est persuadé que je suis parfaitement à l'aise mais à l'intérieur je suis liquéfié à chaque fois. Je n'aime pas être au centre de l'attention, vraiment pas. Quand je pense à Itachi qui a dû animer des réunions du rassemblement des Clans il y a deux ans... Rien qu'à m'imaginer à sa place, j'en frissonne d'horreur ! Lui trouve que c'était une bonne expérience, c'est peut-être un truc d'Alpha, ou juste lui qui est doué.

Bon, ce n'est pas comme si on avait le choix... Je retiens un soupir et me remet au travail, le visage impassible.

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J'arrive à l'arrêt de bus avec un nœud dans le ventre. Je sens que la tension commence à monter. J'ai hésité à ne pas aller en cours ce matin, je sentais déjà un peu quelque chose, j'aurais dû m'écouter... Je serais rentré dans moins d'une heure mais être exposé maintenant, sans même parler de la possibilité de me dévoiler involontairement, ça m'angoisse terriblement. Ça frôle l'irrationnel, il n'y a pas encore de risques, mais ça doit être un truc instinctif, un besoin d'être dans un cocon protecteur à cette période. Je déteste cette faiblesse ! Je l'ai déjà pensé quinze fois aujourd'hui ? Eh bien ça fera une de plus !

Le bus arrive, i peine une dizaine de personne dedans mais c'est déjà beaucoup trop à mon goût. Je rentre en vitesse, le plus neutre possible, et je me cale tout au fond, le plus loin des autres possible et quasiment caché derrière deux sièges. Je me sens ridicule, et pourtant je ne peux pas agir autrement.

A mi-parcours, un homme monte. Un Alpha. Il faudrait que je le sonde pour en être certain mais je sais que c'en est un. Je me ratatine encore plus. Heureusement, il reste à l'avant...

Je ronge mon ongle du pouce, je serre mes mains l'une contre l'autre pour les empêcher de trembler, j'essaye de retenir mes tressautements de pieds... Apparemment ma tentative pour masquer mon état de stress n'est pas très réussie, vu le coup d'œil inquiet de la grand-mère assise de l'autre côté de l'allée centrale. Je détourne la tête et tente de remonter mon pull fin sur le bas de mon visage. Pourquoi il fait encore trop chaud pour porter un col roulé et une énorme écharpe ? Ça aurait été parfait pour me cacher dedans...

Les secondes me semblent être des heures et je ne suis qu'à peine rassuré en voyant mon arrêt enfin arriver. Je bondis hors du bus, je presse le pas et dès que je tourne au coin de la rue, je me mets à courir. Cinq minutes plus tard, je passe l'entrée de la maison, plus essoufflé par la nervosité que par la course.

Il n'y a personne, tant mieux. Je monte dans ma chambre et je me réfugie sous ma couette. Je soupire de soulagement. Ou plutôt, mes poumons se dégonflent comme des ballons maintenu sous tension depuis trop longtemps et l'air emporte miraculeusement une partie de ma nervosité avec elle. Là, ça va déjà un peu mieux...

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Je suis sorti des limbes du sommeil par le bruit de la porte d'entrée renfermée avec un peu trop d'entrain. Dormir sans penser à quoi que ce soit était une très bonne activité, pourtant... Je soupire et je tente de faire abstraction des intrus avec la ferme intention de replonger aussitôt.

Le filament qui me lie à Itachi vibre légèrement et me force à la pleine conscience avec bien plus de douceur que le bruit précédent. L'idée de le rejoindre tout de suite est bien aussi, finalement.

La voix de notre père me fige dans mon élan. Ça aurait été trop beau que je sois seul avec mon frère maintenant... Je consolide fermement ma carapace, je m'assois sur mon lit et j'attends (im)patiemment qu'il monte me voir. Heureusement, il ne tarde pas trop.

Je vois qu'il capte tout de suite mon malaise en entrant.

- Ça va ? demande-t-il en fermant la porte derrière lui.

- Hn, acquiescé-je vaguement.

Il plisse un œil, me tend la main d'un air autoritaire et je le rejoins aussitôt en laissant notre lien se former pour lui partager ma nervosité. Je le sens perplexe puis préoccupé en retour. S'il n'a pas encore compris c'est qu'au moins je n'ai pas semé de phéromones sur mon passage depuis l'école...

Je me blottis contre lui et j'attire son nez dans mon cou. En me forçant à relâcher un peu ma carapace. Je sens qu'il comprend tout de suite, avant même d'avoir pris une profonde inspiration.

- Merde... Déjà ? chuchote-t-il.

Je me contente de hocher la tête, c'est plus confortable que de parler.

- Ok... Ça va bien se passer.

Il n'a pas l'air très sûr de lui... Mais à peine cette idée m'effleure qu'il fiche son regard résolu dans le mien en me transmettant toute son assurance.

- Ça va bien se passer, affirme-t-il plus fermement. Tu restes à la maison et je veille sur toi, comme la dernière fois.

- Tu n'es pas obligé de m'aider, je peux me débrouiller tout seul, lui rappelé-je un peu à contrecœur.

Il claque la langue en me serrant plus fort contre lui.

- Je n'ai pas changé d'avis depuis la dernière fois. Je ferais un bien piètre chef si je ne peux déjà pas tenir ma parole et participer au bien-être de mon petit frère adoré.

Il termine sur un clin d'œil et m'embrasse le front.

Ok, ça pourrait effectivement bien se passer...

oOo

Jour 2 (après-midi)

Ça va bien se passer, ça va bien se passer...

En effet, la soirée d'hier a été calme plat, Itachi m'a aidé à garder ma carapace hermétique pendant le repas et je me suis enfermé dans ma chambre depuis. Il est resté dormir avec moi et ça a encore été l'une des nuits les plus reposantes de ma vie, malgré tout. Ca me donnerait presque envie qu'il dorme avec moi même en dehors de mes chaleurs... mais ce serait surement bizarre.

J'ai entamé la journée sereinement, bien avec ma solitude et entre les quatre murs de ma chambre, malgré que ça tiraille un peu dans mon ventre. Mais justement, ça tiraille de plus en plus, mes phéromones s'agitent et je suis à peu près persuadé qu'elles seront perceptibles par toute la maisonnée ce soir.

Et il y a mon frère qui m'a encore promis qu'il m'aiderait. D'un côté ça me rassure énormément et d'un autre c'est ça, encore plus que le reste, qui me fait me sentir mal.

Mon frère a dû m'aider pendant mes chaleurs. J'ai joui sur ses doigts, bon sang ! Nous n'avons pas abordé le sujet une seule fois depuis et je ne peux m'empêcher de me dire que c'est parce qu'il veut me cacher ce qu'il en pense vraiment. Est ce qu'il regrette ? Est-ce qu'il me trouve bizarre ? Est-ce que je ne suis pas devenu à ses yeux exactement ce que je ne voulais pas devenir : un assisté, soumis à ses instincts et en demande de se faire remplir comme un animal ?

Je me sens honteux de ne pas pouvoir me débrouiller tout seul... Mais encore maintenant, la perspective d'être livré à moi-même, d'être seul face à ce tourbillon fou et à cette impression d'être suspendu au-dessus du vide, de ne pas l'avoir lui à côté de moi pour me protéger, ça me rend malade. C'est bien plus qu'une histoire de tension sexuelle, c'est encore ce fichu sentiment d'insécurité !

Non, le pire c'est que mon besoin de lui va bien plus loin que juste le temps des chaleurs. Dès que quelque chose ne va pas c'est vers lui que je me tourne. Il me marque de son odeur chaque matin minutieusement, il m'accompagne à l'entrée de l'école, il passe son temps à me rassurer et me dorloter comme un petit garçon et je ne me sens parfaitement bien que lorsque je suis collé contre lui. Je suis ridicule...

Alors certes, il a plus de marge de manœuvre que moi et il m'a répété plusieurs fois que ça ne le dérangeait pas de faire tout ça pour moi, il me le prouve par ses ondes à chaque fois qu'il me prend dans ses bras, mais je ne lui rends pas le quart de ce qu'il m'offre ! Je suis un fardeau, un faible petit Oméga qui a besoin qu'on le soutienne tout le temps, qui angoisse pour un rien et qui se plaint sans arrêt...

Et s'il décide que je suis une charge trop importante, s'il se lasse de ma faiblesse, qu'est-ce que je deviens ? Je suis complètement dépendant, je le lui ai déjà dit. Je préfère être dépendant de lui que du néant affectif de mon père mais ça reste exaspérant pour moi. J'aimerais tellement pouvoir être libre et le libérer de moi !

Maintenant je suis franchement nerveux.

Je me lève pour m'installer à mon bureau devant mes cours, histoire de me concentrer sur autre chose que cette situation à laquelle je ne peux de toute façon rien changer. Entre mes réflexions parasites et ces chaleurs qui commencent à flouter mes capacités cognitives, je risque d'avancer à deux à l'heure, mais c'est mieux que rien...

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- Coucou, fait Itachi en passant la tête dans l'ouverture de ma porte.

- Coucou.

Je lui souris pendant qu'il s'avance tranquillement vers moi. Il glisse sa main sur ma nuque, nos Auras fusionnent, je me retrouve dans sa puissance assurée habituelle et... tout va mieux.

- Sur quoi tu travailles ? s'enquiert-il sur le ton de la conversation.

Je soupire et je m'appuie un peu plus sur sa paume. Je n'arrive vraiment pas à lutter contre ma faiblesse...

- C'est de la bio, rien de bien compliqué mais j'ai du mal à me concentrer... avoué-je.

Il glisse ses doigts dans mes cheveux et commence à masser doucement mes épaules. Je laisse échapper un autre soupir, de bien-être cette fois, je lâche mon crayon et je me penche vers lui jusqu'à ce que ma tête vienne s'appuyer sur son ventre. J'enfonce mon nez plus franchement dans son t-shirt et j'inspire profondément. J'adore son odeur... Ça sent la quiétude et une enfance innocente, ça sent la nature au grand air, ça sent la bienveillance et aussi l'Alpha. C'est réconfortant.

Peut-être que ça pourrait le rester ? J'ai besoin de savoir ce qu'il pense de la dernière fois, je n'ai pas la force de garder mes réflexions pour moi...

- 'Tachi...

- Oui ?

- On n'en a pas reparlé, me lancé-je enfin.

- De quoi ?

Je laisse filtrer ma gêne et toute la flopée de sentiments qui concernent ce sujet et visiblement ça lui suffit pour faire le lien.

- De tes premières chaleurs ?

Je hoche la tête en me cachant dans son t-shirt.

- Je ne pensais pas que c'était nécessaire, dit-il. Je crois que ça s'est bien passé et il n'y a pas eu de problème depuis, si ?

- Ça ne s'est pas mal passé, grâce à toi, mais... je crois que j'aurais préféré qu'on en parle, avoué-je.

Je me sens un peu ridicule. En fait, maintenant que je suis tout contre ses ondes, je suis persuadé qu'il est totalement serein par rapport à ça et que je me suis monté le bourrichon tout seul. Ces chaleurs me font complètement dérailler...

- Je te demande souvent si tu vas bien, pourquoi tu ne m'as pas dit que quelque chose te posait problème à ce moment là ?

Je suis bien forcé d'admettre qu'il ma tendu des perches, en plus.

- Je réponds toujours oui à cette question, tenté-je de me justifier. La plupart des gens la pose par politesse et se fiche de la réponse. Ce n'est pas comme si je pouvais parler à tous de mes problèmes de toute façon...

Ses doigts passent et repassent lentement dans mes cheveux.

- Tu peux m'en parler à moi. Je sens que tu es préoccupé des fois mais c'est de toi que ça doit venir, je ne peux pas deviner et te pousser à bout pour que tu craches le morceau... Bon, ce n'est sans doute pas trop tard pour aborder le sujet. C'est parce que je suis réceptif à tes phéromones ? Je t'avoue que je ne suis pas très à l'aise avec cette idée mais avec le bloquant ça va, non ?

Heu... Là, tout de suite, c'est bien le cadet de mes soucis.

- Non, c'est pas ça. Je sais bien que ce n'est pas de ta faute et oui, le bloquant règle le problème. C'est juste que... je t'ai utilisé pour mon plaisir et... et...

- ... et tu rumines dans ton coin là-dessus depuis trois mois ?

Je n'ose pas le regarder mais j'imagine très bien le haussement de sourcil sceptique. Je garde le silence en réponse, c'est bien assez évocateur.

- Je t'ai dit que tu pouvais agir comme tu voulais, soupire-t-il en me frottant les cheveux.

- Mais je me sens mal de t'imposer de me faire ce genre de choses ! protesté-je.

- Tu ne m'imposes rien du tout, affirme-t-il tranquillement. Si tu as besoin de soutien et de contact, je suis heureux de pouvoir t'aider et je t'assure que te câliner est loin d'être la chose la plus désagréable dans ma vie.

Il me force à relever la tête vers lui et je tombe sur son air détendu et amusé.

- Il n'y a pas de mal, m'assure-t-il. Certes, c'est peu conventionnel mais on s'adapte à la situation, je suis le plus à même de t'aider et il n'y a aucune mauvaise arrière pensée, n'est-ce pas ?

- Non, bien-sûr.

Ce serait vraiment bizarre si nous... si vraiment... enfin, bref.

Il me frotte à nouveau les cheveux.

- Bien. Donc cette fois c'est bon ? Tu ne vas pas essayer de me repousser parce que tu penses que je ne veux pas être avec toi ou un truc de ce genre ?

- Tu me jures que ça te dérange pas et que tu ne me trouves pas méprisable parce que j'ai besoin de... contact ?

Il lève les yeux au ciel en secouant la tête et il plonge son regard dans le mien en posant le bout de son index au milieu de mon front, faisant partir de là des petites ondulations toutes douces.

- Je te le jure, petit frère. Tu ne seras jamais méprisable à mes yeux, peu importe ce que tu fais.

Sa sincérité transparaît dans sa voix, dans ses ondes, dans son regard... Je ravale résolument la boule d'émotion qui monte dans ma gorge et jusqu'à mes yeux.

- Ok... murmuré-je.

Il me sourit et pose un petit bisou sur mon front avant de se détacher de moi.

- Je reste travailler ici et après on mangera avec maman. Elle est au courant pour toi. Et papa... hum... je ne sais pas encore, il m'a dit qu'il restera travailler tard.

Je sourit tristement. Evidemment qu'il préfère ne pas être là... J'imagine que c'est mieux ainsi et au moins il n'y aura pas de face à face ce soir.

oOo

Jour 3 (matin)

Je baille légèrement et je retourne aussitôt contre mon frère en "mode koala" comme il dit. C'est plutôt mignon. Peut-être que j'ai le droit d'être juste mignon des fois... J'ai bien dormi et la tension est encore raisonnable. D'après mes estimations, je suis un peu décalé dans le temps par rapport à mes premières chaleurs et le pic arrivera plutôt dans l'après-midi. Génial...

- Tu veux que je reste aujourd'hui ? s'enquiert soucieusement mon frère.

Je mets mes pensées parasites de côté. Je sens déjà mon frère nerveux à l'idée d'être loin de moi et je m'en veux d'influencer son instinct involontairement. Pour l'instant il est seulement protecteur, il doit y avoir une sorte de seuil pour qu'il bascule en... attirance. Avec un peu de chance ça restera comme...

- Non, tu ne peux pas manquer les cours à cause de moi, surtout que papa le saura. Si j'ai encore une chance de m'en sortir, il vaut mieux le ménager...

- Ne dis pas ça comme ça, bougonne-t-il.

Il ne dément pas pour autant et il se lève en soupirant.

- Faut que je me dépêche alors, j'ai déjà bien traîné.

Il s'arrête dans son mouvement pour renifler son t-shirt en grimaçant. Evidemment, même si je les retiens au mieux, mes phéromones l'ont enseveli pendant la nuit... Il aura beau se changer et se laver, sa restera un peu sur sa peau. Et notre père est encore dans la cuisine... Il me fait un sourire qui se veut sans doute rassurant mais qui ressemble plus à une grimace.

- Je remonte te voir avant de partir, m'assure-t-il en refermant derrière lui.

Malgré mes efforts, le fourmillement dans mon ventre semble me narguer. Ce n'est pas qu'il soit dérangeant, en lui-même, mais je sais qu'il va véritablement augmenter aujourd'hui et dans les conditions actuelles, ça me fait peur. J'aimerais tellement pouvoir être encore seul avec Itachi... ou même juste complètement tout seul, très loin...

Je prends le livre qui traîne sur mon chevet le temps que la sentence tombe. Je l'ouvre au hasard et j'occupe mes yeux et une partie de mon cerveau avec des mots qui semblent s'aligner sans prendre de sens. Je n'entends pas d'éclats de voix, j'imagine que c'est plutôt bon signe... Itachi remonte quelques minutes plus tard.

- Alors ? m'enquiers-je.

Ma voix sonne bien faiblarde. Il hausse les épaules en me faisant une moue incertaine.

- Il m'a regardé en plissant le nez et il est parti travailler sans rien dire.

Nous voilà bien avancé...

- Au moins, on est sûr qu'il est au courant, maintenant... poursuit Itachi. Pour tes chaleurs et aussi que je suis resté avec toi cette nuit, et visiblement il s'en fiche.

- Hn, fais-je sans grande conviction.

J'entends maman s'activer dans la cuisine, peut-être que sa présence a calmé le démon... Elle est mon alliée dans cette histoire, j'ai confiance en elle et elle sait par quoi je passe -enfin, peut-être, plus ou moins...

Itachi prend mes joues entre ses mains et les tapote gentiment pour m'encourager.

- Ça va aller aujourd'hui ?

- Oui, l'assuré-je pour la troisième fois depuis notre réveil avec l'ombre d'un sourire. Et toi, ça va aller ?

- Je tâcherais d'être plus zen que la dernière fois... marmonne-t-il.

Il n'a pas l'air de parler de son attirance instinctive pour moi.

- La dernière fois ? répété-je en fronçant les sourcils.

Il se détache de moi en haussant les épaules.

- C'est rien. Maman reste là aujourd'hui, au cas où. D'ailleurs elle voulait venir te voir, je lui dis de monter ?

C'est sans doute mieux d'avoir sa présence bienveillante dans la maison plutôt que d'être entièrement seul... Je me suis sauvé après le repas hier soir avant qu'on ai pu discuter tous les deux -je n'en avais vraiment pas envie- mais je sais qu'elle est préoccupée.

- Oui, si elle veut... Dépêche toi, tu vas être en retard.

Il me fixe en soupirant, visiblement peu enthousiaste.

- Tu es sûr que tu ne veux pas que je reste ?

Je pouffe de rire et je me lève pour le pousser de force jusque dans le couloir.

- A ce soir ! m'exclamé-je en riant.

Je lui claque la porte au nez. On ne va jamais s'en sortir sinon... et surtout, je ne veux pas prendre le risque de le retenir. Bien-sûr que je préférerais qu'il reste...

Je l'écoute descendre les escaliers et passer la porte d'entrée. Notre filament devient de plus en plus fin, jusqu'à devenir imperceptible.

L'angoisse traîtresse se réinstalle aussitôt dans mon ventre et la boule dans mon estomac se transforme en vague nausée. J'essaye d'étouffer tout ça en rebâtissant solidement ma carapace autour de moi, c'est le mieux que je puisse faire pour me sentir protégé, mais ce n'est pas très efficace...

Les pas de ma mère résonnent dans l'escalier, elle toque à ma porte et l'ouvre presque timidement.

- Je peux entrer, mon chéri ?

- Oui, viens, l'invité-je en tentant un sourire décontracté.

Elle s'assit à côté de moi avec un air préoccupé et passe sa main sur mon bras. Son apaisement est mon efficace que celui de Itachi mais il calme tout de même un peu mon mal-être.

- Comment tu te sens ? s'enquiert-elle.

- J'ai vu mieux... avoué-je.

Sa mine se fait d'autant plus soucieuse.

- Tu as mal quelque part ou bien c'est du stress ?

- Les deux, j'ai mal au ventre.

- Ce n'est pas censé être douloureux, une gêne, tout au plus... fait-elle en fronçant les sourcils. C'était comme ça la dernière fois ?

Je secoue la tête.

- La dernière fois, j'étais seul avec Itachi.

Je n'ai vraiment pas envie de lui donner de détails et, heureusement, elle semble le comprendre. Elle comprend aussi très bien mon sous-entendu.

- Je suis contente qu'il ai pu t'aider mais tu es en sécurité ici, même avec ton père et moi à la maison. Tu aurais dû nous prévenir hier matin déjà, plutôt que de nous laisser dans le flou ainsi... me reproche-t-elle doucement.

- Je ne voulais pas vous embêter...

- Tes chaleurs ne sont pas un embêtement et on ne laisse pas un ou une jeune Oméga seul pendant ses chaleurs.

Pour mon père ça l'est clairement...

- Merci de rester, dis-je à la place.

Elle me fait une petite moue compatissante.

- Tu veux que je te prépare un petit déjeuner ? Je peux te le monter si tu veux.

Heu... Manger est la dernière chose dont j'ai envie maintenant.

- Non, ça ira, merci.

- Ok. N'hésite pas à m'appeler ou venir me voir si besoin, d'accord ? fait-elle est me frottant doucement le bras.

J'acquiesce à nouveau et je reprends mon livre pour lui prouver que j'ai la situation en main et que je n'ai pas besoin qu'elle reste à côté de moi. Alors elle se lève et quitte ma chambre sans un bruit.

Je me mets contre ma tête de lit, calé entre mes oreillers, avec le maximum de couette entassée sur les genoux, mon doudou nuage entre les bras et de la musique sur les oreilles. J'ouvre mon livre à la bonne page cette fois, résolu à oublier ma situation pitoyable dans les aventures héroïques d'un autre.

.

Je lâche mon livre pour me concentrer sur ma respiration et convaincre mon estomac de rester sagement à sa place.

La diversion avec mon bouquin a marché au moins une heure. Depuis, je me sens de plus en plus mal. Ce n'est plus seulement de l'angoisse mais un mal-être physique, j'ai l'impression que mes organes se crispent tous ensemble, ma nausée grandit encore et mes neurones semblent définitivement foutre le camp, rendant ma lecture ridiculement laborieuse.

Les odeurs de cuisine ont encore empiré mon état, je suis carrément sur le point de vomir maintenant. Super, vraiment super !

Maman vient à nouveau toquer à ma porte. Elle fronce les sourcils en me regardant. Il faut dire que je n'ai pas bougé de mon lit depuis trois heures...

- Est-ce que tu descends pour le repas ? s'enquiert-elle.

- J'ai pas faim... marmonné-je.

- Tu n'as déjà pas mangé ce matin...

- Je ne vais pas mourir parce que je saute deux repas. Je mangerais ce soir ou demain.

- Tu es sûr ? J'ai fait les lasagnes que tu aimes bien, avec de la viande hachée, la béchamel au poivre et les carot...

Je me lève d'un bond et me précipite vers les toilettes en plaquant une main sur ma bouche. J'ai juste le temps de m'agenouiller devant la cuvette avant que mon estomac convulse pour le bon. Mon cœur s'emballe, les spasmes douloureux s'enchaînent et m'empêchent de respirer, la bile me brûle la gorge et d'horribles gargouillis résonnent dans la cuvette.

Maman arrive en catastrophe derrière moi et pose sa main sur mon dos pour calmer ma douleur et mes crispations.

- Excuse-moi, je ne pensais pas que c'était à ce point là... murmure-t-elle en redoublant d'apaisement.

Je ne prends pas la peine de répondre, me concentrant plutôt sur l'oxygène qui parvient enfin à se frayer un chemin dans ma trachée. Je crache le mélange de bile et de salive qui me reste dans la bouche - beurk - et je me redresse tant bien que mal. Mes jambes flageolent, je me tiens au toilette et au mur, ma mère me soutien jusqu'au lavabo et j'ouvre le robinet d'une main tremblante.

- Mon pauvre chéri... Mais pourquoi tu réagis comme ça ?

- Ce n'est pas la première fois que mon instinct fait de la merde... croassé-je cyniquement.

Tant pis pour la grossièreté, j'en ai déjà ras le bol ! Ma mère a l'air encore plus préoccupée.

- Peut-être qu'il faudrait appeler le médecin...

Je recrache d'un coup l'eau dans ma bouche.

- NON !

Elle sursaute, visiblement choquée par mon cri, et l'effort imposé à ma pauvre gorge me fait tousser douloureusement.

- Je... D'accord, pas de médecin... murmure ma mère.

Je ferme les yeux en m'accrochant au lavabo et je tente de reprendre le contrôle de mon cœur qui est reparti à cent à l'heure. Bon sang, il ne manquerait plus que Kabuto débarque maintenant... Je sens que ma mère est désemparée mais je n'ai vraiment pas la force de la rassurer maintenant. En fait, je préférerais être seul, finalement.

- Je vais juste... me brosser les dents... et aller dormir, je pense... Tu peux me laisser.

- Je...

- S'il te plait, insisté-je pour lui signifier que c'est bien une requête et non une proposition.

- Oh... D'accord. Oui, je te laisse. N'hésite pas à m'appeler...

Je hoche la tête et replonge vers le robinet pour m'asperger le visage d'eau fraîche.

De retour dans mon lit, j'envoie un message rassurant à mon frère pour le principe, puis je me roule en boule sous ma couette, encore plus mal qu'avant.

Ce serait bien si je pouvais juste dormir pendant trois jours et me réveiller lorsque toute cette merde sera passée... mais malgré la fatigue, même une sieste n'est apparemment pas envisageable.

Je me sens faible et inutile.

Je repense encore à ce que Itachi doit faire pour moi. La dernière fois tout était bien, hier encore il a réussi à me faire oublier toutes les choses négatives... Je ne sais plus comment. Seul, ça ne fait que tourner et retourner, c'est embrumé, ça n'a pas de sens... Le rejet de mon père, l'impotence, le besoin d'un soutien, l'absence d'Itachi, le sentiment d'abandon, la faiblesse de mon corps, de mes muscles, de ma capacité de réflexion...

La tension dans mon ventre augmente de plus en plus mais il n'y a pas la moindre trace de désir. Je me sens juste malade et fiévreux comme un Bêta ayant attrapé la grippe. J'ai mal à la tête, j'ai encore envie de vomir et mon énergie tourne à l'envers.

Pire que tout, je me sens en colère. Contre moi, contre mon père et tous les Alphas du Clan, j'ai envie de frapper quelqu'un, n'importe qui, juste pour passer mes nerfs. Parce que je n'en peux plus de ce que ma Classe m'impose depuis toujours et de tout ce dont elle me prive !

Je me retourne pour enfouir mon visage dans l'oreiller avec la ferme attention de crier dedans mais ça fait tellement longtemps que je n'ai pas extériorisé par ma voix et je suis tellement faible que je n'y arrive pas. Ça reste bloqué dans ma gorge et c'est à peine un gémissement qui s'échoue dans les plumes.

Je suis pitoyable.

Je m'agrippe à ma couette en grelottant et je ferme les yeux le plus fort possible pour retenir mes larmes.

.

Je ne l'entends pas, je ne sais pas où ni quand, mais je le ressens, il est là, tout autour de moi. Son énergie Alpha bienveillante se dépose sur la mienne et un petit courant de reconnaissance spontané secoue mon instinct pour me ramener lentement à la surface.

- Hey, Moya...

Il y a un poids léger sur mes cheveux, son souffle sur mon visage, son front collé au mien et, enfin, son Aura unie à la mienne. C'est très embrumé, mais il y a l'essentiel. Je crois qu'il faut que je respire. Depuis quand je n'ai pas respiré ? Je me concentre pour faire rentrer l'air dans mes poumons et j'ai l'impression de sortir d'une longue apnée.

- Je suis là, je suis là... murmure-t-il.

Je prends à nouveau une profonde inspiration et j'essaye de lui répondre, lui dire que je suis content qu'il soit là, mais je crois qu'i peine un petit gémissement qui sort de ma gorge. J'essaye d'ouvrir les yeux mais ils sont beaucoup trop lourds. A moins qu'ils soient définitivement collés ? Je mets tous mes efforts pour desserrer mes doigts presque tétanisés de la couette et les tendre vers mon frère. Je crois qu'il n'est pas loin, vraiment pas loin... Il voit et il comprend, il sait tout. Son front se décolle du mien mais je sens encore son souffle. Je sens qu'il prend ma main, il y a une pression toute douce sur ma paume et il la plaque sur sa joue en alternant nos doigts. Enfin, je crois...

- Je suis désolé, j'aurais vraiment dû rester... murmure-t-il encore.

Je me laisse juste aller dans son contact, dans ses caresses sur mes cheveux, dans son Aura tellement douce et tellement Alpha, dans son assurance tranquille... J'essaye de revenir, de mieux comprendre, mais c'est difficile. Tout est si loin... Je crois que j'ai dormi une éternité. C'est ankylosé, mon corps, ma tête, mon énergie.

Il n'y a que lui qui a du sens, qui est important. Son nez se rapproche un peu plus, son souffle se mélange au mien, je le respire comme je le ressens, partout. Mon Alpha... Il me dit qu'il est là, qu'il sera toujours là. Instinct contre instinct, il me pousse doucement, il me pousse à revenir. Ses lèvres effleurent les miennes et s'y pressent brièvement.

La sensation fugace passe dans ma poitrine. C'est une petite étincelle. Ça vibre tout doucement et ça se répand, ça remonte le long de mes bras et de mes jambes, ça relance mon énergie. Les barrages tombent, l'un après l'autre. Un flot paisible s'écoule enfin dans tout mon corps, son énergie à lui, elle s'insinue dans chaque muscle, dans chaque organe, chaque cellule... et mon corps se relâche d'un coup.

Tout redevient calme. J'arrive à desserrer les dents et à bouger mes bras librement, même si mes muscles protestent. Je peux même ouvrir les yeux sans que ça me demande un effort surhumain.

Itachi s'écarte un peu et je plonge dans son regard attentif mais serein. Je sais qu'il l'est pour moi et rien que ça me fait un bien fou. Il me sourit légèrement.

- La prochaine fois, tu m'appelles avant de te retrouver dans des états pareils... Maman était paniquée quand je suis rentré. Apparemment elle est venue te voir plusieurs fois, tu dormais profondément et tu tremblais. Comme je t'ai trouvé là, quoi... Tu n'as pas réagi lorsqu'elle t'a secoué et elle ne sentait plus une seule trace de ton Aura malgré ses stimulations. Elle était à deux doigts d'appeler les urgences.

Mes neurones se remettent enfin à fonctionner pour de bon. Mes chaleurs, mon mal-être, l'angoisse dévorante, la fièvre... Alors quoi ? J'étais à moitié dans le coma ? Je souffle légèrement.

- Je ne veux pas qu'il y ai de prochaine fois, croassé-je faiblement.

Il secoue la tête, toujours avec ce léger sourire, et il m'ébouriffe les cheveux. Comment arrive-t-il a dédramatiser si facilement ? Il a balayé des heures de lutte en quelques minutes. Enfin je crois.

- Depuis quand tu es arrivé ?

- Cinq minutes à peu près.

- Tu es magicien ? bougonné-je.

- Avec toi, peut-être... rit-il doucement. Mais je n'ai aucun mérite, mon instinct me guide sur ce que je dois faire pour t'aider.

Il s'écarte et je m'agrippe désespérément à son bras.

- Ne pars pas... soufflé-je.

- Je reste là, m'assure-t-il.

Il m'embrasse le front et, sans rompre notre lien un seul instant, il entreprend de s'asseoir contre ma tête de lit. Je me glisse contre lui et je pose ma joue sur sa cuisse. Il est beaucoup plus confortable qu'un oreiller, une couette et un doudou nuage réunis.

- J'envoie un message à maman pour lui dire que tu es réveillé, m'informe-t-il en sortant son portable de sa poche. Elle doit encore tourner en rond dans le salon.

- J'ai pas envie qu'elle monte...

- Je transmets, me rassure-t-il en glissant à nouveau une main dans mes cheveux.

Il pianote rapidement et repose son portable.

- Bien... reprend-il doucement. Tu sais pourquoi tes phéromones sont si faibles ?

Ah bon ?

- Elles le sont ? Je sens que ça pourtant...

- Peut-être parce que tu fais une fixation dessus, mais je t'assure qu'il y en a à peine plus que ce matin et c'était déjà très faible par rapport à ton troisième jour de la dernière fois. C'est pour ça que je suis parti...

J'essaye de réfléchir, j'essaye vraiment, mais ça ne vient pas.

- Je sais pas...

- Je pense que tu te retiens trop, avance-t-il.

- Je n'ai pas envie de... faire quoi que ce soit.

De ça, au moins, je suis sûr.

- Justement, ce n'est pas normal. Est-ce que tu essayes consciemment de retenir tes phéromones ?

- Je me sens mieux avec ma carapace et puis je ne veux pas qu'il y en ai partout dans la maison...

Il pousse un soupir qui sonne dépité.

- Tu es plus têtu qu'une mule. Si tu muselles ton instinct maintenant, ce n'est pas étonnant qu'il réplique.

Ce serait à cause de ça que je me sens aussi mal ? C'est vrai que la dernière fois j'étais libre avec Itachi. Pff, c'est vraiment n'importe quoi cet instinct...

- Maintenant il faut que tu te laisses aller, Moya, conclue mon frère en me relevant un peu la tête vers lui.

- Papa est rentré ? marmonné-je.

- Non, il m'a dit qu'il ne sera sans doute pas là avant 22h00, mais de toute façon il est au courant, ça ne sert à rien d'essayer de te cacher...

- Il y a une différence entre le savoir et... le sentir.

- Tu es un Oméga, il ne peut pas te reprocher d'avoir des chaleurs... Quoiqu'il en soit, tu as au moins quatre heures avant son retour.

- Hn.

Il me repousse un peu pour s'allonger à côté de moi et il me sourit en tapotant mon front.

- Aller, arrête de penser à lui. Il n'y a que toi qui compte, là, tout de suite.

Bon, il faudra bien que je cède à un moment et il vaut mieux que ce soit maintenant...

- Laisse toi aller, je te protège, m'assure Itachi.

Je soupire, vraiment peu enthousiaste mais résigné.

.

/!\ /!\

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Je me blottis contre lui, il m'enlace étroitement et je me laisse convaincre par ses ondes affectueuses. Ce n'est pas instantané, parce que ça me demande un effort considérable de me mettre à l'écoute de mon instinct et je crois qu'il met du temps à comprendre que le champ est libre, mais la vague grandit de minute en minute.

Plus je laisse venir et plus je m'accroche à mon frère. C'est effrayant et loin d'être agréable, cette perte de contrôle, cette impression que je vais me faire engloutir par quelque chose que je ne maîtrise pas...

Parce que tu n'as pas confiance en toi...

Comment je peux avoir confiance en mes réactions alors que je sens ce désir vertigineux grimper ?

Je sens l'énergie tourbillonner, elle prend ses droits, elle fait s'emballer mon cœur et ma respiration, elle pousse les limites de mon Aura pour m'obliger à laisser tomber mes résistances plus rapidement. Mon bas-ventre frémit, je sens mon membre viril réagir mais c'est surtout bien plus en profondeur.

Ça monte bien plus vite que la dernière fois, parce que je l'ai retenu trop longtemps. Ça monte plus fort et plus haut, je contrôle moins, mes hanches commencent à bouger d'elles-mêmes... Je m'agrippe à ma bouée, si elle n'était pas là j'aurais complètement paniqué, c'est certain.

- Tu veux que je... t'aide ? demande délicatement mon frère.

Je hoche la tête sans trop d'hésitation. J'ai besoin de lui, pas seulement partout autour de moi mais aussi en moi. J'ai besoin d'être sûr qu'il m'accepte et qu'il restera là. J'ai besoin qu'il me prouve son dévouement encore et encore et qu'il fasse taire ce déferlement pour de bon. Je ne veux pas de tout ça, je n'en ai jamais voulu !

Je relève un genoux pour libérer de la place à cet endroit, j'attrape la main proposée presque brusquement et je m'enfonce d'un coup sur deux doigts, m'arrachant un gémissement douloureux.

- Hé, doucement ! chuchote Itachi avec un mélange de surprise et réprobation.

Je secoue la tête frénétiquement. Je m'en fiche, peu importe la douleur, peu importe que je n'en ai pas vraiment envie et que mon entrée soit à peine lubrifiée, j'ai juste besoin que ça s'arrête. Je m'apprête à me rengainer aussi brutalement mais il bloque fermement mon bassin d'une main et il récupère ses doigts d'autorité.

Je gémis de dépit.

- Non, je ne te laisserais pas faire ça, tranche-t-il fermement.

Il bascule au-dessus de moi, il me bloque les mains de chaque côté de ma tête en entrelaçant nos doigts et il me fixe attentivement. Je détourne les yeux, incapable de soutenir son regard, trop honteux, trop... Je me sens encore au bord des larmes, désespéré, abandonné, tellement triste et...

Je suis percuté par une puissante vague d'apaisement et toute l'affection du monde en même temps. Elles terrassent sur le champ mes émotions négative et je me retrouve plongé dans le regard bienveillant de mon frère.

Je suis complètement paumé mais... ça va.

- Ok, on va reprendre depuis le début... dit-il doucement.

Il souffle sur mon front gentiment pour faire voler mes cheveux. Il détache nos doigts pour tracer lentement les contours de mon visage, il dépose un petit bisou sur le bout de mon nez et y frotte le sien brièvement en souriant. Je ne peux m'empêcher d'y répondre en soufflant un petit rire. Un foutu magicien...

- Voilà, c'est déjà mieux, approuve-t-il en hochant la tête.

Il embrasse mon front, ma joue, descend brièvement dans mon cou et remonte en picorant de ma mâchoire à ma tempe, tout en m'enveloppant d'un cocon de douceur. Il me regarde à nouveau intensément, sans cesser de me bercer de ses ondes.

- Je ne veux plus que ne serait-ce l'idée te traverse de t'infliger de la douleur volontairement, surtout pas de cette façon. J'ai compris que la journée a été difficile, j'aurais dû faire plus attention... mais j'avoue que j'ai encore du mal à démêler le mélange d'émotions qui t'habite pendant tes chaleurs. Je suis là pour toi, toujours, tu peux me faire confiance.

Il frotte à nouveau son nez contre le mien en m'enveloppant de toute son affection. Son énergie s'enroule doucement autour de mon ventre et la sensation fugace m'étreint le cœur un instant.

- Maintenant, ce que j'aimerais, c'est que tu accueilles toute ta magnifique énergie Oméga, reprend-il, imperturbable. Tu sens comme elle pétille ? Elle attend seulement que tu la laisses s'exprimer pour célébrer la vie.

Comment fait-il pour me faire me sentir si précieux et chéri en quelques phrases ? Je ne sais pas d'où il sort tout ça... Je crois qu'en temps normal je trouverais ça excessivement mièvre, mais là c'est exactement ce que j'ai besoin d'entendre. Il trouve toujours les mots justes, le ton et même la bonne ondulation... Ça, c'est une preuve de son dévouement, la plus sincère d'entre toutes. Comment je pourrais douter de lui ? Il a fait de mes premières chaleurs un moment agréable, il peut parfaitement transformer cette deuxième fois aux débuts catastrophiques en quelque chose de similaire.

Je ferme les yeux et j'expire lentement, savourant le retour du calme dans mon esprit. Je suis vraiment instable... Il faut que je reste concentré. Mon énergie repart dans le bon sens, mon ventre se dénoue et la tension encore douloureuse se transforme progressivement en quelque chose de plus... pétillant, comme dit mon frère. Peut-il savoir mieux que moi ce que je ressens ?

- Bien, reprend-il en souriant et vibrant tranquillement contre moi. Est-ce que tu veux que je t'aide ?

Je hoche la tête avec un petit sourire contrit.

Il se replace à côté de moi en laissant son Aura rassurante tout autour de moi, puis il procède de la même façon que la dernière fois, lentement, par étape. C'est bien plus facile, maintenant que je l'accepte. Ses doigts me préparent et entrent en moi délicatement, ils commencent un lent va-et-vient et je les accompagne en prenant soin de ne pas y aller trop fort. Mon frère a raison, bien-sûr, la douleur n'est pas une bonne chose, c'est blessant.

J'accueille mon énergie à travers ses attentions. Ou bien est-ce lui que j'accueille à travers mon énergie ? Ça n'a pas d'importance, l'un et l'autre sont liés, il est celui qui me permet d'être libre dans cet instant. Je veux le laisser prendre le contrôle pour soulager cette tension et le fardeau qui m'écrase trop souvent... Je veux m'abandonner à ses attentions, le laisser me faire du bien. Je peux sauter dans le vide, je sais qu'il sera là pour me rattraper.

Le bout de ses doigts vient réveiller ma zone sensible un peu plus à chaque mouvement, me faisant respirer plus vite. Je ne suis pas pressé pourtant, je suis bien et je voudrais que ce moment dure toujours. Il est là, juste à côté, autour de moi, en moi, bien mieux que tout à l'heure.

Son odeur devient plus captivante. Son souffle dans mon cou me fait frissonner, le contact de son nez et de ses lèvres sur ma peau me font vibrer tout entier. Et puis il y a un contact humide et appuyé sous mon oreille qui provoque un arc de plaisir jusqu'à mon entre-jambe, le gémissement franchit mes lèvres sans passer par le contrôle de mon cerveau et je me laisse glisser sur les doigts avec bonheur.

- Merde...

Le murmure rauque tout près de mon oreille m'arrache un nouveau gémissement. Il est tellement... Alpha. Et cette odeur musquée... Et ces vibrations qui deviennent plus intenses...

Pourtant, il y a une onde de réticence qui vient nuancer la perfection de la situation. Je passe une main dans les longs cheveux par réflexe pour le retenir. Je veux encore être léché, je veux encore ce contact et ce désir...

L'intensité des vibrations augmente, elles sont tout autour de moi et je m'y lover avec délice... mais l'intensité de la réticence augmente aussi.

- Sas', attends. Je... je dois...

Itachi.

Oh... Mon instinct est vraiment capable de faire abstraction de notre lien fraternel lorsqu'il est aux commandes...

J'en gémis presque de frustration en me forçant à relâcher ses cheveux. Il s'écarte aussitôt et retire ses doigts aussi vite que sa précaution le permet.

- Je suis désolé. Je vais juste... prendre un bloquant.

Il se relève et s'enfuit vers sa chambre comme s'il avait le feu aux trousses. Étrangement, le vide qu'il laisse derrière lui n'est pas si difficile à gérer et au moins je ne repars pas complètement en vrille. Je sais qu'il va revenir très vite et même le filament qui nous relie à distance est plus épais et vibrant que d'habitude.

Je suis les bruits qu'il fait de l'autre côté du couloir, dans sa chambre puis dans la salle de bain, et il ne tarde pas. Il se réinstalle à côté de moi avec presque autant de hâte qu'il est parti mais il ne se colle pas, il s'allonge juste sur le dos et il glisse ses doigts entre les miens en se forçant manifestement à respirer calmement.

Le bloquant n'est pas encore actif et, maintenant que je suis un peu redescendu, je sens bien son désir impérieux, son instinct Alpha qui me réclame, sa frustration et aussi sa culpabilité par rapport à la situation. Je m'empresse de le rassurer en pressant doucement sa main.

J'ai bien conscience que je ne l'aide pas avec mes envies de m'abandonner à lui... Est-ce que c'est normal que je veuille ce genre de choses à ce point ? J'en sais rien mais je ne vois pas comment je pourrais faire autrement, je crois que c'est tout ou rien, et le "tout" est définitivement plus agréable. Itachi m'a dit qu'il gérait la situation et je lui fais confiance. Ça ira bien comme ça, j'ai déjà beaucoup trop réfléchi ces deux derniers jours.

- J'aurais dû me douter que tant que je ne sentais pas vraiment tes phéromones, c'est que tu n'étais pas encore dans le truc... marmonne mon frère entre ses dents en fixant obstinément le plafond.

Il bouche son nez, sans doute dans l'espoir de diminuer sa sensibilité à mes phéromones.

- Fichus instincts...

Sa voix nasillarde déformée me fait pouffer de rire et il tourne la tête vers moi avec un sourire en coin. Il rend tout ça tellement facile...

.

/!\ /!\

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oOo

Jour 4 (matin)

- Itachi ! tonne la voix de notre père en bas des escaliers.

Mon frère soupire en se retournant vers mon réveil. Il est 7h30. Je me bouche les oreilles juste à temps.

- Quoi ?! crie-t-il en retour.

- J'ai un document à te donner et tes cours ne sont pas en option !

- 'Tain, il connait mon emploi du temps par cœur... grommelle Itachi.

Je lui fais une moue contrite mais il me rassure aussitôt.

- Je vais descendre le voir et je remonte tout de suite après, pas question que je te laisse aujourd'hui. Il va partir bosser de toute façon.

- Ok...

Ça ne manque pas : dès que mon frère s'éloigne, je recommence à angoisser. Je me disais aussi que c'était trop beau que je ne réagisse pas à l'évocation de mon père alors que je suis encore en chaleurs... Bon sang, je m'exaspère moi-même.

Quitte à risquer de me faire prendre, je me glisse dans le couloir pour tendre l'oreille. Je me sens perdu, je ne sais pas comment agir et j'ai besoin de savoir si mon père va faire une réflexion à mon sujet. Savoir que je vais être tranquille avec mon frère toute la journée me rend sans doute un peu téméraire.

- Tu regarderas ça, j'attends ton avis pour ce soir.

J'entends quelques bruits de papier et le silence s'étend. Je me mets dans l'angle de l'escalier pour pouvoir les voir. Itachi parcourt un dossier en diagonal et notre père le regardant en fronçant les sourcils.

- Il y a un problème avec ton Aura, déclare-t-il.

Merde... Il a du reprendre deux fois un bloquant pendant la nuit et le dernier est encore bien actif. Evidemment que notre père allait le remarquer...

- C'est rien, je suis juste fatigué.

Ce qui n'est pas faux en soi, entre mes pics phéromonaux et sa veille permanente, il n'a pas beaucoup fermé l'œil de la nuit... Mais l'instinct de notre père n'est pas facile a berner.

- Ce n'est pas rien, c'est comme si elle était atténuée.

Il ne va pas lâcher l'affaire... Itachi le sait aussi. Il soupire légèrement et change subtilement d'attitude pour quelque chose de plus respectueux, plus protocolaire face à un supérieur. Ça ne me rassure pas du tout.

- Je suis sous α-bloquant, avoue-t-il.

Les yeux de notre père s'écarquillent d'ahurissement. J'aurais pu en rire si la situation n'était pas devenue aussi tendue en l'espace de deux secondes.

- Et je peux savoir pour quelle sainte raison tu décide de shooter ton instinct avec des substances illicites ?!

Itachi garde les yeux baissés.

- Tu sais très bien pourquoi... marmonne-t-il.

Notre père garde le silence quelques instants, visiblement en colère.

- Tu n'as qu'à rester loin de lui si tu y es sensible, réplique-t-il sèchement.

Mon filament avec Itachi vibre doucement. Je crois qu'il est furieux aussi...

- Il est mal, j'essaye juste de l'aider un peu.

C'est un euphémisme, il fait bien plus que m'aider... Il m'aide à garder la tête hors de l'eau.

- Ton frère n'est pas une petit chose fragile, il est tout à fait capable de gérer ça tout seul. C'est un Uchiha, bon sang !

Oh, heureux qu'il finisse par le reconnaître.

- Quant-à toi, reprend-il à l'intention d'Itachi, il est hors de question que tu te rendes indisponible pour la Clan, d'autant plus sans m'en parler auparavant.

Donc il ne lui reproche pas directement de tourner autour de moi pendant mes chaleurs ? C'est surprenant. Ou bien il est juste lunatique. Je ne suis plus capable de suivre sa façon de penser depuis longtemps, de toute façon...

- En effet, ce n'était pas correct de ne pas t'en parler, mais il n'y a pas de mission m'impliquant avant plusieurs jours et ça ne m'empêche pas d'effectuer mon travail quotidien envers le Clan, c'est juste mes Sharingans qui seraient instables, je pense.

- Instable ? Tu penses ?! De par ta position d'héritier, tu dois d'être en pleine possession de tes capacités à n'importe quel moment, mission prévue ou pas ! Et que tu te fasses écraser par un autre Alpha serait une humiliation pour le Clan. Il est hors de question que tu prennes ces merdes. Si tu ne peux pas prendre sur toi, tu t'éloignes.

- Je suis persuadé qu'en cas de problème, je pourrais faire céder les barrières chimiques, plaide Itachi.

C'est possible, ça ? C'est vrai qu'il n'est pas un Alpha ordinaire...

J'ai à peine le temps de comprendre l'intention qu'une vague d'Aura augmentée de la puissance du vent percute mon frère de plein fouet, le projetant deux mètres plus loin. Je retiens de justesse un cri d'effroi. Heureusement, il se redresse immédiatement en position accroupie.

- Si ça avait été un ennemi, tu aurais déjà des os brisés, remarque froidement notre père.

- Généralement, l'ennemi n'apparaît pas dans la maison au milieu du petit déjeuner, riposte Itachi en le foudroyant du regard.

Notre père ignore sa remarque et j'aperçois le reflet de ses Sharingans dans un cadre du couloir en face de lui. Bon sang, il ne plaisante pas ! L'attaque a vraisemblablement pour objectif de vérifier qu'il est en capacité de se libérer du bloquant mais c'est sans doute aussi une façon de mettre au défi son autorité. Itachi prend à ma place...

Je cherche désespérément comment je pourrais l'aider sans intervenir directement.

Heureusement pour ma santé mentale, notre père se contente de lui opposer une pression constante plutôt que de le balancer impitoyablement aux quatre coins de la maison...

Je ne peux décemment pas lâcher une vague de phéromones volontairement et je suis de toute façon trop stressé pour ça... Oh, mais justement, mon angoisse est quelque chose à quoi répond très bien l'instinct d'Itachi.

Je me concentre sur notre filament. Nous ne sommes seulement à une dizaine de mètres et il est particulièrement solide, peut-être grâce à mes chaleurs. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, ce lien ne semble pas être affecté par le bloquant de son côté...

J'essaye de le faire vibrer à distance, pour la première fois volontairement, et je suis rassuré de voir que ça fonctionne assez bien. Alors je me concentre sur mon angoisse, je la pousse à l'extrême en pensant à des scenarii catastrophes -ce qui n'est pas très compliqué...- et j'appelle mon Alpha à l'aide, de toutes mes forces.

Itachi lève les yeux vers moi, d'abord surpris, puis il semble comprendre mon intention. Il ferme les yeux et se focalise de son côté. Ses vibrations se font impérieuses, il reporte son regard sur notre père mais toute son attention reste sur moi.

Ça ne prend que quelques secondes. Il se met à grogner, ses Sharingans flashent un peu puis de plus en plus vite et ses cheveux se retrouvent pris dans une bourrasques. Notre filament devient plus dense et soudain sa puissance Alpha explose, autant dans l'air qu'en moi. Cette fois je dois véritablement retenir la vague de phéromones que cet afflux provoque en moi.

Itachi reste fixer notre père avec ses Sharingans bien actifs et un tourbillon d'air stable autour de lui. Lui a toujours son Aura dominante et furieuse largement étendue autour de lui, le dos raide et ses bras croisés accentuant sa tension apparente. Itachi a beau le fixer dans les yeux, il garde une approche soumise, avec son Aura et par sa position accroupie. Pourtant l'air crépite et l'échange silencieux me semble interminable. Notre père ne va tout de même pas l'attaquer plus franchement pour le punir... ?

- Vous me faites chier tous les deux ! explose-t-il soudainement.

Je sursaute et je le vois, médusé, se diriger vers la porte d'entrée d'un pas vif. Il attrape sa sacoche et sa veste au passage et le claquement du bois contre la chambranle me fait sursauter encore une fois. Itachi me jette un regard tout aussi déboussolé. Il est souvent agacé par moi mais le voir s'énerver sur qui que ce soit d'autre et surtout jurer, avec une réaction presque puérile, ça ne lui ressemble pas du tout.

- Ça ne s'arrange pas chez lui... marmonne Itachi en se relevant.

Il grimpe les escaliers en quelques instants pour me rejoindre. Je me blottis contre lui avec soulagement et il niche son nez dans mon cou. Je sens son désir, puis aussitôt il grogne de frustration.

- Je suis plutôt rassuré de savoir que je peux récupérer mon instinct en cas de besoin mais je suis bon pour reprendre un bloquant maintenant... grommelle-t-il.

- Je sens que ça se calme, ça devrait être le dernier pour cette fois, fais-je avec une moue contrite.

Non content de lui imposer ma présence, je lui coûte une fortune... Il acquiesce en ébouriffant mes cheveux, m'assurant que ce n'est rien, et il se sauve dans sa chambre.

Est-ce que cet éclat avec notre père aura des conséquences ? Tant que Itachi est à côté de moi, je n'en ai pas l'impression.

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Note de l'auteur :

Alala, Fugaku... Je vous laisse vous exprimer librement à ce sujet :P

Ce chapitre est segmenté et Sasuke tourne clairement en rond. Gardez à l'esprit que ses chaleurs le perturbent dès le début et que ce sentiment d'insécurité, déjà latent à cause du rejet de son père, prend des proportions qu'il n'arrive plus du tout à gérer seul. Ce n'était pas le plus facile à écrire pour moi et peut-être pas le plus plaisant à lire pour vous, mais c'était un passage obligé !

Pour me faire pardonner de cette fin en demi-teinte, je tâcherais de poster le prochain chapitre vendredi soir ;). D'autant plus que j'ai un peu tardé à sortir celui-là... Quand je l'ai relu, il y avait pas mal de trucs à modifier et hier j'étais pas opérationnelle '. Au final j'ai retravaillé plusieurs passage, j'ai rajouté plus de 1K mots et du coup je suis largement sorti de ma fourchette de 7-10K mots par chapitre. Mais bon... vaut mieux dans ce sens là x)

Ce chapitre conclue une deuxième partie de l'histoire qui concerne essentiellement la création du lien de base entre Itachi et Sasuke. A partir du prochain, on va ouvrir un peu les horizons et faire entrer de nouveaux protagonistes !

Un super grand merci à mes reviewers et surtout à ceux à qui je n'ai pas pu répondre : Elendil (contente d'avoir collé à tes espérance :D), Thea R, Aki, Penny (si tu n'aimes pas l'inceste, ne te force pas à lire :P).

A Catsu : T'es adorable 3. Ce chapitre est un peu le summum du Sasuke "faible et soumis" (mention spéciale pour toi avec le premier paragraphe de ma note !), alors j'espère que tu as tout de même réussi à apprécier ce pov. Il va s'améliorer avec le temps, le petit loup, et j'espère continuer à te faire rêver :D. Si ça peut te rassurer, le mpreg ne sera pas vécu en pov ici, donc Sasuke ne tombera pas enceinte (mais chuuut, certains veulent peut-être garder la surprise !).

J'ai hâte de lire vos retours :)

Mysterre

° Je vous écris depuis le blizzard glacial et la brume opaque. Je vous écris surtout depuis la merveille du lendemain, les sommets enneigés, l'étendue immaculée et le silence paisible. Enfin, je vous écris au détour d'un instant magique, flocons glissant dans l'air illuminé d'un rayon de soleil, transformés en milliers d'étoiles scintillantes. °