Chapitre 14

Sherlock tournait en rond dans le bureau du DI Lestrade. Plus tôt dans la matinée, il avait reçu la visite d'Harry lui annonçant la disparition de Mycroft. Le détective ne l'avait pas écouté. Une demi-heure plus tard, ça avait été au tour de David de venir au 221B Baker Street pour lui annoncer une autre disparition. Celle d'Harry, cette fois. Il avait donc mené son enquête le plus rapidement qu'il avait pu. Puis il était venu prévenir Lestrade.

Selon ses investigations, ceux qui avaient fait cela étaient nombreux. Il allait avoir besoin de l'aide de la police pour sauver son frère et le jeune homme. Il était donc en train de tourner en rond en attendant que la hiérarchie de Scotland Yard se décide à donner son accord pour une intervention.

-Vous allez faire un trou dans mon plancher, remarqua l'inspecteur.

Celui-ci était assis derrière son bureau. John, qui avait suivi Sherlock, était installé en face de lui. Et d'où il était, le DI pouvait parfaitement voir Anderson et Donovan les observer à travers la paroi vitrée.

-Pourquoi est-ce aussi long ? râla le détective. Mycroft n'est pas n'importe qui. Ils devraient se décider plus vite.

-Une telle opération demande un minimum de préparation. Soyez patient et calmez-vous.

-Je suis calme, répliqua Sherlock en plaquant soudainement ses mains sur le bureau.

Puis il les porta à hauteur de son visage et les observa avec surprise. Ces mains tremblaient. Pourquoi ? Il les ferma et jeta un regard un peu perdu à John. Celui-ci se leva et vint le rejoindre.

-Tu n'es pas calme Sherlock. Tu es en colère. Et ça peut se comprendre, mais cela n'aidera personne. Alors s'il te plaît, calme-toi.

Le détective acquiesça doucement et se laissa tomber sur le fauteuil à côté de celui occupé par John. Quelques minutes plus tard, le téléphone sonna et l'opération de sauvetage put être lancée. Le cadet des frères Holmes était monté avec John et Lestrade. Ils traversèrent Londres, gyrophare allumé et sirène tonitruante, suivis par deux camions d'unité spécialisée dans ce genre d'opération. Anderson et Donovan avaient pris une voiture à part et suivaient derrière les trois véhicules.

Il ne leur fallut pas longtemps pour arriver sur les docks où se trouvait l'entrepôt où étaient retenus prisonniers l'aîné des Holmes et son jeune ami. Ils n'étaient plus qu'à cent mètres lorsque l'explosion eut lieu et pulvérisa le bâtiment visé par les forces spéciales.

Lestrade pila net et observa, impuissant, les chances de retrouver Mycroft vivant tomber à zéro. Sherlock, lui, ne se posa pas de question. Il bondit de la voiture et voulut se précipiter vers le bâtiment en flamme, vite arrêté par John qui l'avait prévu. L'inspecteur lâcha un juron et sortit à son tour pour prêter main-forte au médecin qui essayait tant bien que mal de maîtriser son colocataire. À son tour, il agrippa Sherlock et ils l'éloignèrent de l'entrepôt en feu. Sherlock pendant tout ce temps se débattait en appelant son grand frère encore et encore. John et Lestrade réussirent à le plaquer contre la voiture de Donovan, sous le regard de celle-ci et d'Anderson qui ne savaient pas comment réagir.

Le détective ne pouvait pas détacher son regard des flammes qui consumaient le bâtiment. C'était impossible, n'est-ce pas ? Son ennuyant de frère ne pouvait pas être mort. Pas comme ça. Et qu'allait-il dire à Mummy ? Elle n'aurait même pas un corps à enterrer. Sans s'en apercevoir, des larmes s'étaient mises à couler le long de ses joues et ses jambes lâchèrent, le laissant glisser le long de la voiture jusqu'à tomber sur le sol.

Aussi longtemps qu'il se souvenait, Mycroft avait toujours été là. Toujours à l'espionner tout en affirmant veiller sur lui. Peut-être que c'était ce qu'il faisait vraiment. Mais maintenant c'était terminé. Il ne pourrait plus le taquiner sur son régime. Il ne pourrait plus s'amuser à fouiller l'appartement à la recherche des micros ou des caméras qui y auraient été posés. Est-ce que John s'était senti comme cela lorsqu'il s'était fait passer pour mort ? Comme si plus rien n'avait d'importance. Comme si une part de lui avait soudainement disparu. S'il avait vécu cela alors il pouvait maintenant comprendre pourquoi John lui avait cassé le nez à son retour après trois ans d'absence.

Ce fut une douleur à la joue qui le sortit de son état de choc. Il leva les yeux et fronça les sourcils en s'apercevant qu'il voyait flou. Il lui fallut quelques secondes de plus pour comprendre qu'il avait pleuré. Sherlock sécha ses larmes d'un revers de manche et croisa le regard inquiet de John.

-Sherlock ?

-Ça va, renifla le détective. Je… Je vais trouver ceux qui ont fait ça et ils vont le payer très cher.

À ce moment-là, l'un des agents en faction un peu plus loin cria. Il venait d'apercevoir quelque chose. Le détective se leva et rejoignit rapidement l'homme au bord de la Tamise et il se figea. Sur le quai en contre bas se tenait Harry. Celui-ci s'avançait vers eux soutenant un Mycroft qui semblait être dans un sale état. Tous deux étaient trempés jusqu'aux os.

-Lestrade appelez une ambulance, cria John en se précipitant vers la voiture de police la plus proche pour prendre le kit de premier secourt.

Sherlock, pendant ce temps, avait descendu les marches qui menaient au quai quatre à quatre. Il s'approcha du duo et fit passer le bras qu'Harry ne tenait pas autour de son cou.

-Sherlock, murmura le politicien à moitié dans les vapes.

-Je suis là Mycroft. Ne t'inquiète pas tu es sauf et Harry aussi. Tout va bien se passer.

Il aida Harry et Mycroft à monter et déposa ce dernier sur une couverture étalée sur le sol. Aussitôt, John commença son auscultation. Par chance, il n'avait que quelques bleus et des plaies bénignes. Il désinfecta soigneusement celles-ci et couvrit l'aîné d'une couverture pour le réchauffer.

-Il va bien, annonça alors John.

Sherlock soupira doucement et voulut poser des questions à Harry. En particulier sur leur ravisseur. Mais celui-ci s'était déjà éloigné de leur petit groupe. En fait, il était au bord de la Tamise et observait celle-ci. Le détective s'avança vers le jeune homme et l'observa trembler doucement. Il ôta alors son long manteau et le posa sur les épaules d'Harry. Celui-ci lui jeta un coup d'œil surpris.

-D'après John, Mycroft devrait s'en sortir.

-Je sais, répondit simplement Harry.

Le détective consultant fronça de nouveau les sourcils. Lorsqu'il avait croisé Harry pour la première fois, il avait eu une drôle d'impression. Comme si l'image qu'il avait devant lui n'était pas réelle. Eh bien, cette impression avait disparu pour laisser place à une autre sensation. Le jeune homme devant lui était dangereux, très dangereux et il en avait conscience. Il s'était passé quelque chose dans cet entrepôt. Sherlock en était sûr.

Le cadet des Holmes se plaça aux côtés d'Harry et observa à son tour l'eau s'écouler devant lui. Le tout sous le regard des agents de Scotland Yard qui ne comprenaient pas ce qui se passait sous leurs yeux. Anderson plissa les siens de dégout. Le taré allait encore faire parler de lui. Et en plus, son attitude était parfaitement équivoque pour lui. En plus d'être un psychopathe, il était homo.

-Eh le taré, appela le médecin légiste, ne gardez pas le témoin pour vous ! Nous aussi on aura des questions à lui poser !

Si Sherlock ne se manifesta pas à l'insulte lancée par Anderson, ce ne fut pas le cas d'Harry qui se tendit. Le jeune homme fit volte-face alors que l'agent de Scotland Yard approchait.

-Le taré ?

-Il suffit de le voir pour s'apercevoir que s'en est un, répondit Anderson, un taré doublé d'un psychopathe. On appelle ça un monstre.

Les poings d'Harry se serrèrent sous le regard surpris de Sherlock. Ça n'était rien pour lui. Il avait l'habitude des insultes, il n'y faisait même plus attention à force. Mais de toute évidence, ça n'était pas au gout du jeune protégé de Mycroft.

-Un monstre ? Pourquoi ? Parce qu'il est plus intelligent que vous ? cracha Harry, furieux. Pour ce que j'en sais et ce que j'ai sous les yeux, n'importe qui ici est plus intelligent que vous.

Le médecin légiste se figea et pâlit lorsqu'il croisa le regard du jeune homme.

En effet quelque chose avait changé avec Harry. Autrefois, il n'aurait même pas croisé le regard de son interlocuteur.

-Si vous ne supportez pas que quelqu'un soit meilleur que vous alors vous ne devait pas supporter grand monde, enchaina Harry en fusillant le pauvre homme des yeux.

Anderson balbutia pendant quelques instants sous le rire de certains de ses collègues, puis il se reprit et foudroya du regard le petit con qui lui faisait face. Il n'allait pas laisser un morveux l'insulter sans réagir.

Il s'approcha du jeune homme et leva la main dans le but de le gifler. Mais Harry, qui avait vu la menace réagit. Il attrapa le bras de son assaillant et le fit basculer, profitant de l'élan pour le faire passer au-dessus de lui et l'envoyer dans la Tamise en contre bas. Aussitôt son mouvement, qui n'avait pris que quelques secondes, finit. Il se remit en position de combat. Prêt à en découdre avec le reste de la brigade. Voyant qu'aucun d'entre eux n'avait l'intention d'intervenir, Harry se détendit.

-Pourquoi avoir fait cela ? demanda Sherlock.

-Il vous avait insulté, répondit Harry en haussant les épaules.

-J'ai l'habitude et je m'en fiche.

-Ça n'est pas parce que vous avez l'habitude et que vous vous en fichez que cela ne vous touche pas. Vous n'êtes pas un taré. Vous êtes un génie exceptionnel.

-Exceptionnel ? Lui ? demanda alors Donovan.

-La plupart des génies… des vrais génies de cette planète utilise leur intelligence pour faire le mal. Parce qu'ils s'ennuient et que c'est la seule façon pour eux de s'occuper. Mais Sherlock, lui, a décidé de vous aider dans vos enquêtes. Il a décidé de mettre son intelligence au service du bien. Et cela doit être reconnu. Oui, il pourrait devenir un meurtrier, un de ceux que vous ne pourrez jamais coincer. Ou il pourrait devenir un grand homme de bien. Et ce n'est pas en l'insultant que vous le pousserez dans la bonne direction.

La colère légitime du jeune homme fit baisser la tête de pas mal de monde. Et fit sourire doucement Lestrade et John. Sherlock lui observait le jeune protéger de son frère. Personne ne l'avait défendu avec autant d'ardeur à part John. Le détective s'approcha alors d'Harry avec un fin sourire et il posa une main sur l'épaule du jeune homme.

-Je ne deviendrais pas comme Moriarty, assura-t-il. Je vaux mieux que ça. Et puis Mycroft m'enfermerait dans une chambre avec plein de micros et de caméras partout.

-Et John serait furieux, renchérit Harry avec un sourire amusé.

-Aussi, approuva le détective avec une grimace.

Le jeune homme éclata alors de rire, puis il resserra les pans du manteau de Sherlock qu'il portait toujours. Le détective se pencha un peu plus vers son cadet.

-Où sont les hommes responsables de cette situation ? murmura-t-il.

-Ils étaient toujours dans le bâtiment lorsqu'il a explosé, répondit Harry sur le même ton

Sherlock s'écarta alors en frissonnant, surpris de se sentir menacé par le jeune homme qui paraissait pourtant inoffensif. Son regard se posa sur le bâtiment qui fumait encore. Aurait-il tué tous les mercenaires présents dans l'entrepôt ? Ce qui expliquerait que lui et Mycroft avaient pu sortir, mais pas les ravisseurs.

Harry se dirigea vers l'ambulance dans laquelle était son hôte. Il monta dans celle-ci et passa doucement le dos de sa main sur la joue de l'occupant. Celui-ci ouvrit les yeux.

-Comment ça va ? demanda Harry avec un doux sourire.

-Ça va, souffla le politicien. Ce qui est surprenant compte tenu de mon état avant l'explosion.

-Tu as perdu connaissance. Ce qui explique que tu ne te souviennes pas. Pour tes blessures, on en parlera à la maison. Ce n'est pas vraiment le bon endroit pour discuter de ça.

L'aîné acquiesça puis tendit la main vers Harry. Celui- eut un sourire en comprenant la demande de Mycroft. Il se pencha et posa ses lèvres sur celles de l'homme allongé sous lui pendant que l'ambulance démarrait pour les conduire à l'hôpital.