Note de l'auteur : Et voici la suite, un an plus tard. Merci à Lohhh pour sa review! Et comme répondu par MP, des explications sur la rupture viendront dans quelques chapitres ! Bonne lecture.

Chapitre 14 : Un an plus tard

Novembre 1979

Le temps passe, même quand ça semble impossible

Je me regarde dans le miroir, peu convaincue par ce que j'y vois. J'ai été réquisitionnée pour être la demoiselle d'honneur de Lily, lors du mariage auquel je n'avais pas prévu de venir. Maintenant que j'ai un rôle « officiel », je ne peux plus me défiler.

J'ai donc revêtis une robe vert d'eau, un peu décolletée dans le dos, avec de courtes manches flottantes et cintrée à la taille par une ceinture émeraude. Elle a été choisie par Lily, et, comme l'automne tire à sa fin, j'ajoute une étole émeraude également, légère, pour couvrir mes épaules.

- Parfait ! s'exclame Marlène.

Je me tourne vers elle pour la remercier, mais je me rends compte qu'elle ne s'adresse pas à moi. Elle est face au miroir, portant la même robe que moi, et semble très satisfaite du résultat. Il est vrai que cette couleur verte pâle va mieux à son teint de blonde qu'au mien.

- Rappelle-moi pourquoi Lily a besoin d'une deuxième demoiselle d'honneur ? Je pensais qu'ils voulaient un mariage intime.

- Parce que je suis aussi son témoin ! Et que je ne peux décemment pas jouer les deux rôles en même temps au moment crucial.

- Ah oui …

- Elle te va très bien cette robe ! Je ne comprends pas pourquoi tu voulais en changer à ce point …

Je ne comprends toujours pas l'absolue nécessité de jouer la potiche pendant l'échange des vœux, mais je n'ai pas l'énergie de protester.

Evidemment, Sirius sera présent puisqu'il est le témoin de James. Quand Marlène m'avait parlé du mariage, et avait transmis l'invitation, j'avais mollement acquiescé, pensant faire acte de présence, me fondre dans la masse et m'éclipser rapidement, voire même trouver un prétexte au dernier moment pour ne pas venir.

Plus tard, j'avais appris que la cérémonie serait intime et que le nombre d'invité s'en trouvait limité. Très limité. Seulement la famille proche et quelques amis. Je pensais donc le moment venu pour me désister, mais Marlène avait été plus rapide que moi et avait proposé ma candidature au poste de demoiselle d'honneur. « Les deux sœurs McKinnon Lily ! tu te rends compte ? Ce sera charmant ».

Ça n'allait pas être charmant. C'était uniquement une occasion qui nous ferait porter la même robe et qui mettrait nos différences en avant.

Je trouvais que la taille empire de la robe me grandissait et que sa couleur me donnait l'air malade. Au contraire, Marlène semblait resplendissante dedans, grandie et ses courbes mises en avant. Je fis part de mes réflexions à la vendeuse.

- Au contraire, la couleur émeraude de la ceinture et de l'étole convient très bien aux brunes mademoiselle. Il est vrai que la coupe met en avant votre taille mais je ne vois pas le mal personnellement …

Elle me sembla suffisamment convaincante concernant l'association des couleurs, moins sur la coupe de la robe. Mais je n'y allais pas pour faire un défilé. J'avais la ferme intention d'arriver au dernier moment, et de repartir sitôt les vœux prononcés. Même si, pour cela, je devais faire le trajet à pied.

- Pourquoi cet air renfrogné 'Léna ? c'est un mariage, pas une exécution !

- C'est une vraie question ?

Elle soupira.

- Ça fait presque un an Helena…

- Et ?

- Et il serait temps que tu passes à autre chose. Cette relation ne t'a rien apporté de bon.

- Qu'est-ce que tu en sais ?

- J'en sais que, depuis, tu as été promue, que tu as une ligne incroyable et …

- J'ai été promue parce que je passe tout mon temps au travail ! et je n'ai pas une ligne incroyable, j'ai l'air … malade c'est tout.

Je baisse la voix, me rendant compte que plusieurs clients commencent à nous dévisager. Avant de me trouver ici, entourée par tous ces miroirs, je ne m'étais pas rendu compte à quel point j'avais maigri. Ni à quel point j'avais une tête de déterrée.

- Tu aurais mieux fait de t'abstenir quand tu as parlé de moi à Lily, je conclus.

Marlène fait une petite grimace contrite et retourne à la cabine pour se changer. Je fais de même. Quand Sirius a rompu, c'était un jeudi soir. Je suis allée au travail comme un automate le vendredi et j'ai passé le week-end au lit, dans un état second, écrasée par le choc.

Le lundi suivant, je suis retournée au bureau et je me suis plongée dans le travail. Après des heures à enchainer les dossiers, je me suis rendue compte que cela me permettait de ne pas penser à lui. Le travail est donc devenu une addiction. Je faisais tout pour éviter de penser à Sirius et à notre rupture. J'arrivais tôt le matin après avoir attrapé de quoi manger en chemin, prenait une pause déjeuner express sur mon bureau, et partait tard le soir.

Je ne supportais pas de rentrer chez moi et de me mettre à cuisiner, une activité que nous avions plaisir à faire ensemble. Aussi, je ne prenais mon repas du soir que lorsque Marlène et mes parents insistaient pour m'avoir à diner. La plupart du temps, je préférais m'asseoir toute la soirée avec un livre sur la petite terrasse qui prolongeait mon salon. Et tout recommençait le lendemain.

Ce régime désastreux associé à ma sortie définitive de l'adolescence m'avait fait perdre toutes mes rondeurs. Mes joues s'étaient creusées, ma silhouette s'était allongée et, voilà ce que Marlène eut tôt fait d'appeler « une ligne incroyable ». Je me suis coupé les cheveux, qui n'étaient plus qu'un long rideau terne, et avait opté pour une coupe courte et pratique. Le jour où je les ai coupés, ils balayaient mes épaules mais, de par leur nature, ils se sont mis à boucler et à remonter. Il me suffisait de les coincer derrière mes oreilles pour ne plus y penser.

Le pire, c'était l'absence. Par habitude, je le cherchais dans le lit, à demi endormie, pour me rendre compte que j'étais seule. Je le voyais dans la rue, mais ce n'était que des inconnus qui, finalement, ne lui ressemblais même pas. J'avais même l'impression de le sentir près de moi parfois, au bureau, mais je ne me laissais pas distraire et reprenais mes tâches avec plus de détermination encore.

En à peine un an, j'étais passée du poste d'assistante en relations publique moldus, à celui de responsable des relations avec les oubliators. Ce poste était tout récent, et vu les évènements liés à la guerre, il devenait de plus en plus prenant. J'imagine que mon père y était pour quelque chose, mais je travaillais avec un tel acharnement que personne ne contesta ces décisions malgré mon jeune âge.

J'arrivais encore à bien cacher mon incapacité à faire de la magie, en révélant à mon supérieur, les larmes aux yeux, un soi-disant un terrible accident qui me faisait redouter tout usage de ma baguette. Il avait fait comprendre aux autres membres du service de ne plus m'importuner avec ce sujet. Je m'étais également confiée à la pipelette du coin, qui avait relayé l'information, et le sujet fut définitivement clôt. De plus, j'utilisais toujours le nom de jeune fille de ma grand-mère paternelle, Hamilton, simple précaution pour ne pas me lier de trop près à la famille McKinnon, régulièrement sollicitée pour prendre partie dans la guerre qui faisait rage.

Marlène travaille également au ministère, mais est encore en formation afin de devenir Auror. Autant dire que mon père est comblé. Ma mère, elle, perçoit mieux mon mal-être et insiste régulièrement pour me faire revenir à la maison. Je refuse encore, ne pouvant pas rentrer en cage, si confortable soit elle, après avoir connu l'ivresse de la liberté. Cela ne ferait que me rappeler plus cruellement encore ce que j'avais perdu.

J'attendais Marlène dans le petit salon et nous sortîmes rapidement, laissant le soin à la couturière de faire les dernières retouches.

- J'ai promis à Lily de passer la voir après nos essayages, tu viens ?

- Non je ne peux pas, j'ai du …

- Travail ? On est samedi Helena !

- Les mangemorts ne prennent pas leurs week-ends …

Elle me regarde gravement.

- Si tu changes d'avis, envoi moi un hibou.

J'acquiesce et la regarde partir. Je vais effectivement faire un rapide tour au bureau, mais la vérité, c'est que j'ai bien trop peur qu'il soit là. Le mariage a lieu dans un mois et j'angoisse déjà tellement que je me demande comment je vais résister à la pression le jour J.

Une semaine plus tard. Vendredi

- Mademoiselle Hamilton ? Votre rendez-vous est arrivé.

Je relève la tête. Mon bureau n'est qu'un amas de documents se multipliant de tout côté depuis quelques semaines. Je dévisage Théonora, l'assistante qui me seconde moi ainsi que ma collègue Judy.

- Mon rendez vous ?

- Oui, le candidat pour votre ancien poste aux relations publiques moldus.

Je la regarde avec le même air d'incompréhension.

- Mademoiselle Glover vous a demandé de la remplacer pour ce rendez-vous, comme il s'agissait de votre ancien poste. Elle avait jugé que vous seriez plus à même d'évaluer si le candidat conviendrait.

Effectivement. Je me rappelais de la version officielle. Officieusement, Judy avait horreur des entretiens d'embauche, que ce soit pour les passer ou pour les faire passer. Elle aurait été capable de recruter le premier qui se présentait juste pour s'éviter cette corvée. J'avais donc décidé de la décharger de cette tâche, compte tenu du fait que les candidats n'étaient pas nombreux.

Je devais donc trouver quelqu'un qui connaissait un minimum les moldus, qui ne les prenait pas pour des abrutis finis et qui les considérait avec bienveillance. Un peu d'organisation et de sérieux par-dessus et je tenais mon futur remplaçant. En soi, le poste n'était pas bien compliqué. Il fallait surtout épauler le responsable. J'espérais donc pouvoir jauger mon candidat rapidement et surtout, qu'il ferait l'affaire.

Je fis un signe de tête à Théonora.

- Faites-le rentrer.

J'essayai d'organiser rapidement mes documents, mais ne fit que déplacer quelques piles pour au moins être capable de voir la personne que je recevais et prendre quelques notes.

- Bonjour … me dit une voix douce, masculine, familière.

Je m'apprêtais à me lever pour accueillir le candidat mais me stoppais dans mon élan. Je le fixai un instant, les souvenirs affluant douloureusement. Remus Lupin se tenait devant moi, l'air embarrassé.

Je contournais le bureau et allait lui serrer la main, machinalement.

- Euh … assieds-toi.

Je retournais à ma place, complètement désarçonnée. Finalement, il brisa le silence.

- Je pensais avoir rendez-vous avec Judy Glover… Je n'ai su qu'au dernier moment que ce serait toi.

Cette déclaration sonnait presque comme une excuse. Bien sûr, quand j'ai commencé à travailler sous le nom d'Hamilton, je sortais encore avec Sirius, et nous y avions fait référence lors d'une soirée avec ses amis.

- Oui, elle …euh, elle ne pouvait pas.

- Tu as eu de la promotion on dirait ? me demanda-t-il en tentant un sourire.

- Oui. Je me cherche un remplaçant du coup. D'ailleurs, tu es sûrement bien trop qualifié pour ce poste tu sais …

Je n'essayai pas de le décourager : je savais déjà qu'il serait parfait. Mais s'il se désistait de lui-même, je n'aurais pas à le croiser tous les jours …

- C'est gentil à toi. Mais, comme tu le sais, j'ai vraiment besoin de travailler…

- Oui… bien sûr. Hmm, qui t'a parlé du poste ?

J'essayai de retrouver mon professionnalisme et faire comme s'il était un candidat comme un autre. Je lui décrivais les missions et fit semblant d'examiner ses résultats d'ASPIC que je savais déjà excellents. Après quelques questions assez banales, je lui demandais avec autant de délicatesse que possible si sa condition pouvait poser problème.

- Comme tu le sais, ce sera difficile certains jours, déclara-t-il en baissant la voix. Mais j'ai toujours réussi à faire face. C'est juste que certaines personnes commencent à avoir des soupçons au bout d'un moment...

Il était compétent et charmant. Malheureusement, cela ne ne suffisait pas pour la majorité des gens. J'en avais fait partie, influencée par les préjugés et la peur mais une fois que j'avais réussi à passer outre, nous étions devenus amis. Jusqu'à ma séparation avec Sirius…

- Je vois. Je pense pouvoir faire adapter ton emploi du temps si besoin, lui annonçais-je d'un air décontracté en feignant de prendre quelques notes.

Je ne voulais pas qu'il pense que je lui faisais une faveur.

- Quand peux-tu commencer ?

Il me regarda, estomaqué.

- Dès demain.

- Parfait, j'ai quelques détails à régler mais tu peux venir lundi prochain. Je t'enverrai les détails par hibou. Si tu as d'autres questions entre temps, n'hésites pas à m'en envoyer un.

Je m'écoutais presque parler. Il aurait été si facile de prendre n'importe qui à la place, pour ne pas le croiser, pour ne pas repenser en permanence à lui. Mais je ne pouvais me résoudre à faire payer Remus. Il ne méritait pas ça. Il méritait un travail convenable, de la considération. Et puis, je me sentais toujours un peu coupable d'avoir si mal réagi quand j'avais appris qu'il était un loup garou.

De toute façon, mon ancien service avait rapidement besoin de renforts. Depuis plusieurs semaines, j'alternais entre mes nouvelles responsabilités et mes anciennes missions aux relations publiques, pour rendre service, et j'étais au bout du rouleau. Je savais que Remus serait rapidement opérationnel et, avec un peu de chance, mon bureau serait bientôt déplacé au service des Oubliators.

J'allais me lever quand il reprit la parole.

- Merci.

- Comme je te l'ai dit, tu es largement qualifié, et j'ai besoin de quelqu'un rapidement.

Il me regarda plus intensément.

- Comment vas-tu ?

- Ça va bien merci.

La réponse avait fusé, comme d'habitude. Je ne réfléchissais même plus à cette question que les gens posent pour dire bonjour, sans écouter la réponse. Remus toutefois, voulait savoir. Vraiment. Je commençais à lui tendre la main pour lui signifier que notre entretien était terminé.

- Aussi bien que lui apparemment.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu as changé Helena. Je t'ai à peine reconnu.

-Je sais, Marlène dit tout le temps que ça me fait un bien fou de ne plus ressembler à une ado en surpoids.

Il ne relève pas ma pitoyable tentative pour faire de l'humour. D'autant que Marlène essaie de me « remplumer » depuis des semaines, en pensant que je ne m'en aperçois pas.

- Je ne parle pas de ça. Tu as l'air… vide.

- Je suis vide, je chuchote.

- Sirius est …

- Non !

Je me lève.

- Je suis désolée Remus, je ne peux pas.

Je vais jusqu'à la porte et l'ouvre.

- J'ai beaucoup de travail. Je t'attends lundi à neuf heures, merci d'être venu.

Il se lève à son tour et me serre la main, un peu plus longtemps que nécessaire.

- A lundi …

Au même moment, Judy revient de sa pause déjeuner, rallongée parce qu'elle l'a passé avec son petit ami du moment. Elle se présente à Remus et minaude. Je lève les yeux au ciel et retourne m'asseoir.

Nous partageons le même bureau, chacune d'un côté de la pièce. Elle s'installe et pouffe de rire, pendant que je reprends mes documents.

- Très beau choix Helena, vraiment.

- Dois-je te rappeler que tu as déjà quelqu'un ? je demande, sans relever la tête de mes papiers.

- Arrête de faire la rabat joie tu veux ? Je ne fais qu'approuver ton choix et tes compétences de recrutrice.

- Est-ce que ça se dit ?

- Pardon ?

- Recrutrice ?

- Aucune idée, ce n'est pas pour ça qu'on m'a engagé !

- Moi non plus figure toi.

- Allez avoue-le au moins ! Il est plutôt mignon ! Certes, on a l'impression qu'il n'a pas dormi depuis une semaine, mais il a dû faire la fête hier soir. Peut-être qu'à nous deux on arrivera à te convaincre de venir au bar un peu plus souvent.

Judy adore aller au bar après le travail. Au début, j'allais avec elle de temps en temps. Mais le plus souvent, je lui tenais compagnie le temps qu'elle repère sa proie et l'observait draguer en sirotant un cocktail infâme. Elle avait essayé de me « trouver quelqu'un » mais j'y mettais une telle mauvaise volonté qu'elle avait rapidement renoncé. J'avais ensuite catégoriquement renoncé à y aller.

- Ça m'étonnerait que Remus participe à ce genre de guet-apen.

Oups. Je lâchais mon document et jeta un regard vers elle, espérant qu'elle n'avait pas relevé dans ma phrase le fait que je connaissais déjà Remus. C'était peine perdue.

- « Remus » ? Tu l'appelles déjà par son prénom ? demanda-t-elle en pouffant, avant d'ouvrir grand la bouche et de se la couvrir aussitôt de la main. Non ! Tu le connais déjà ?

Je me maudissais intérieurement et levais les yeux au ciel.

- Tu te souviens de mon … ex ?

Je savais par avance que j'allais détester cette conversation.

- Le deuxième « Tu sais qui » ?

Judy était la seule à encore faire de l'humour sur un tel sujet. Elle faisait référence au mage noir dont personne ne voulait dire le nom, chose que je me refusais aussi à faire avec Sirius. Le faire en pensée était déjà bien assez douloureux.

- Remus et lui sont amis. Enfin, j'imagine qu'ils le sont toujours en tout cas.

- Non ?!

- Si. Je te laisse réfléchir à la surprise que j'ai eu en le voyant débarquer ici.

Surprise était un euphémisme. J'avais surtout l'impression de m'être pris un seau d'eau glacé en pleine figure.

- Tu m'en veux ? demanda-t-elle en faisant la moue.

Je soupirai.

- Non … mais c'est la dernière fois que je te rends service.

- Pour me faire pardonner, je te paie un verre ce soir ! C'est vendredi ! me déclara-t-elle avec un grand sourire, attrapant un dossier sans me laisser le temps de protester.