Chapitre 13 – Il était une fois…

J'étais de retour dans le Manoir. Ni vraiment calme ni vraiment perturbée. J'étais comme sur du coton. Le choc ? Peut-être ne voulais-je pas me rendre compte des implications de ce changement fatal. Le Glamour de ma demeure m'inspirait de la somnolence. Aussi étais-je pour défaire ma robe, la ranger et prendre un bain.

C'est une fois nue dans la baignoire que ce sentiment étouffant de fatalité dont parlait le Leprechaune me serra les épaules. Lia Vilorë…

N'existera plus désormais.

J'étais une enchanteresse des Scathach. Ecaterina Gavril.

J'arpente les chemins du Songe comme adorable arme de ma Maison contre les Fomoris et leurs alliés.

Et bien qu'il y ait toujours dans ma poitrine cet amour ineffable, il est voué à me retenir dans le Songe par crainte de cet autre monde méchant. Même si je suis lâche… Je ne suis pas assez forte pour supporter les doutes et les regards ombreux de ces autres êtres de la nuit. Je sais qu'en décembre Judas avait déjà ouvert la bouche. Mais ça n'est pas la même chose que toute une vie contenue dans un classeur exposée aux yeux étrangers.

Je voulais enterrer mon ancien 'moi' avec mon Etreinte, être une nouvelle personne avec un nouveau nom qui n'aura que la connotation que je lui aurais choisie. Mais je n'ai que traîné mon linceul avec moi en espérant que personne ne le remarque.

« Ecaterina, ma filleule… Mets ceci et écoute moi, » murmura soudain une douce voix dans mon dos. Je me retournai pour voir une femme aux yeux gris cendre, à la peau laiteuse et aux longs cheveux noirs de jais. Elle était très belle et sa voix était douce et chaude comme du velours. Elle était aussi grande que moi et porta sa main droite aux longs doigts fins dans mes cheveux. Assise sur le rebord en porcelaine, elle portait un collant bleu ciel, un minishort en jean bleu et un haut semi transparent à col de même couleur.

« Lulainn ! » Dis-je en couvrant ma poitrine avec mes bras.

La jeune femme hocha la tête, un sourire mutin éclaira son petit visage aux traits fins et il s'élargit pour m'illuminer de son amour. Ses yeux brillaient d'une lueur lunaire si nacrée que l'expression 'bienveillance maternelle' s'imposa à mon esprit et me fit soupirer de soulagement. Libérée d'un grand poids, celui de la solitude. Elle m'indiquait de l'autre main des vêtements qu'elle avait posés sur la chaise près de la coiffeuse au fond à gauche. « Laisse moi d'abord te baigner, tu m'as tellement manqué ma petite Hécate. »

Ainsi la seconde mère de ce lointain passé qui m'avait retrouvée me lava les cheveux et les parfuma. Me lava le corps et le parfuma.

Plus trace du sang sur mes mains.

Plus de trace de ses mains sur mon corps.

Pure et vierge sorcière de guerre.

Ensuite Lulainn m'habilla d'une robe mi-longue au corset à agrafes, il était vert pastel aux couleurs passées, aux motifs damassés de glycines et de roses dont les pans étaient des volants se dégradant en forme de feuilles de chêne. Enfin d'un collant vert. « Je dois te présenter à notre cour. En un autre temps il y aurait eu une grande fête pour ton retour parmi nous mais l'heure est à la guerre.

-Où se trouve cette cour ? » Demandai-je en l'observant se mouvoir avec la grâce d'une divinité. Elle ouvrit la fenêtre de ma chambre en me tenant par la main. Ses longs cheveux noirs bouclaient autour de son visage et de ses petites épaules. Elle était si jolie que je l'imaginais aussi délicate qu'une poupée de porcelaine.

Alors qu'elle se tournait vers moi, son sourire était doux et lumineux comme le miel et ses yeux gris brillaient si joliment. « Nous sommes réunis à Griffith Park. »

J'aurais dû m'en douter, mais je ne dis rien.

Griffith Park, Hollywood, Los Angeles, 12 août 2014, 23h25

Nous nous rendîmes donc au parc proche de la ville d'Hollywood. La nuit était très douce et la lune nous éclairait gentiment entre les feuilles des arbres.

Lulainn me tenait par la main en me guidant à travers les arbres, le sol sous mes pieds presque nus était froid et coupant mais je marchais pour faire le moins de bruit possible et mes pieds se posaient à peine.

On arriva dans le Caern, autour d'un petit feu se trouvait assemblée la meute d'un Steven qui était assis jambes croisées à même le sol devant le feu et face à nous. Certains de ceux que j'avais déjà vus me saluèrent parfois de sourire ou alors de hochement de tête. Il y avait aussi des femmes et ELLES tiraient la tronche.

Je baissai les yeux et je me rendis compte en ce moment de solitude que mes pouvoirs de vampire n'étaient plus. Il ne devait me rester que la guérison rapide et la crainte du soleil et des flammes à l'inverse des autres Changelins. Plus de célérité, plus de force, plus de résistance.

Arrivée près du feu je relevai les yeux pour entendre Lulainn parler en celtique irlandais mais je ne comprenait pas. Au 12ème siècle elle m'avait instruite en roumain. Elle s'adressait à un groupe de Sidhe qui se tenaient derrière le feu, dans l'ombre des arbres. Je pouvais voir leur forme féerique : oreilles pointues, cheveux sombres ou clairs, traits surfins, yeux de différentes couleurs merveilleuses et haute taille. Auras éblouissantes. Je me demandai ce à quoi je ressemblais moi.

Mais bientôt Lulainn me fit signe de m'approcher de ce groupe et elle me parla en roumain. Dans ce groupe de cinq il y avait trois femmes dont une flamboyante rousse aux yeux d'or portant un arc. Son regard m'hypnotisa autant que les boucles tout autour de son petit visage. Elle était plus grande que moi. Elle me souriait aussi avec ce mélange de gentillesse et de délicate timidité.

« Ailìs, Aisling – la rousse tourna la tête vers Lulainn – Aoife, Aidan et Alastar… Les deux frères et les trois sœurs de la famille Maeve. Je vous présente Ecaterina de la famille Gavril, elle nous a enfin rejoints.

-Gavril, c'est cette lignée de guérisseuses roumaines que lord Mihai a découverte durant l'Eté ? – Demanda d'un ton très sobre l'un des deux garçons aux lumineux yeux verts et aux longs et lisses cheveux châtains.

-Celle dont son Excellence nous abat les oreilles depuis des mois – fit remarquer, acide, une des filles qui était brune et qui leva le menton, ferma les yeux, fronça les sourcils et croisa les bras.

-D'ailleurs l'Excellence te fait remarquer, Ailìs, que tes derniers échecs pour retrouver l'assassin en série sont encore tout frais dans ma mémoire. Dois-je le rappeler à la tienne ? – Sourit très mielleusement Lulainn en dardant sur l'arrogante un regard perçant.

Celle-ci baissa la tête « non, Excellence, pardonnez-moi.

-On verra plus tard – passa ma marraine en se tournant vers moi avec un sourire – Ecaterina. Parmi la cour de son Altesse Scathach, je suis la comtesse Lulainn. En tant que telle je dois m'assurer de la stratégie à adopter contre nos ennemis sur le champ de bataille… Les Maeve sont ma plus fidèle baronnie. Aisling est l'aînée et porte le titre de baronne.

-Mais je n'ai pas besoin de titre honorifique, Ecaterina, vous pouvez m'appeler par mon prénom – me souligna celle que j'aimais bien de la voix qu'on adopte pour rassurer une souris.

Ca tombait bien, je me sentais comme une souris de labo – comme vous voudrez, » répondis-je en évitant d'afficher mon égarement.

Aisling me sourit encore gentiment puis se tourna et je suivis son regard vers les loups-garous, elle croisa le regard gris vert de Steven puis revint à Lulainn. « Commençons-nous, Excellence ? » Demanda t-elle humblement en baissant le regard.

Lulainn hocha la tête puis fit signe à celui qui avait parlé un peu plus tôt. Il fit une courbette, se retourna, partit et revint avec une cape en velours gris nuage qu'il déposa sur mes épaules avant de nouer le cordon tressé doré. Il remonta aussi la capuche sur ma tête et se recula.

« Ecaterina, va te tenir en face du feu avec monsieur Queelie. »

Je baissai la tête puis obéis. Le Lycanthrope blond et moi échangeâmes un regard et il semblait désolé.

Lulainn vint après quelques secondes et se tint dos au feu. Elle sortit une épée du fourreau qu'elle venait d'attacher à sa ceinture et m'ordonna de poser un genou à terre.

Je m'exécutai avant de sentir Steven prendre ma main et faire pareil que moi. Surprise, je tournai la tête vers lui mais il ne quittait pas ma marraine des yeux et je suivis son regard, le cœur serré dans un étau.

Ma marraine me cita le serment d'allégeance d'une voix solennelle et cela me donnait l'impression de mourir alors que je répétais ses mots, malgré tout… J'avais la gorge serrée. Mais je n'avais pas le choix, je ne l'avais jamais eu, l'ennuie avec la magie c'est qu'elle cache un destin. « Je vous jure fidélité ma Dame. Vos ordres sont mes désirs, et puissent mes services vous satisfaire toujours et ma vue s'assombrir si je devais faillir. Telles les marées à la lune, ma volonté est vôtre, ma Dame et lige. » Le serment prononcé je fermai les yeux en retenant ces larmes stupides. Ca n'allait me servir à rien de pleurer, seulement à donner l'impression à certaines que j'étais idiote. Et à elles, je pouvais leur botter le cul en toute sincérité.

Steven serrait fort ma main, ça me réconforta un peu.

Ma Dame me fit dire en entier mon nom et mon prénom en face d'un petit miroir de main et dans un éclair blanc, il se transforma en une épée dans son fourreau de cuir noir et ceinturé au début, au milieu et à la fin par un carcan de métal. Il y avait deux anneaux, un au début et un au milieu pour l'harnacher à la ceinture. Lulainn tira la lame et la fit étinceler à la lueur de la lune. Blanche du pommeau jusqu'à la pointe, c'était une épée impériale de mousquetaire. Une longue lame à double tranchant aussi longue que celle d'une rapière et aussi fine qu'une flamberge. Une garde striée et fine dont chaque extrémité s'arquait vers la lame, un pommeau à une main striée et le sommet du pommeau formait une boule ouvragée en forme de couronne ronde. La garde comportait un rubis incrusté et gravé des armoiries de la Maison Scathach : une tête de licorne devant une tour de garde.

C'était à vue d'œil une épée légère, facile au maniement et adéquate pour s'assurer une certaine distance de l'ennemi quand on n'a pas la force d'un combat trop rapproché. Et elle était étincelante.

« Ecaterina, ton Legs est celui de paladine. Tu ne dois jamais refuser un défi noble et te battre pour de hauts faits. Tu es donc adoubée à mon service et celui de la meute en tant que Paladine de Fianna, » déclara Lulainn avant de toucher chacune de mes épaules de la pointe de cette épée.

Elle était en Fer Froid… Mais elle signifiait tellement pour moi que je voulais la voir comme la plus étincelante des épées de paladine.

« Tu serviras les loups, mais pour le moment les loups te suivrons. Toi qui a appris à les commander. Appelle-en un. »

Lulainn me tendit l'épée posée dans ses mains plates. Je la reçus, saisis la garde et pris le fourreau en me relevant. Une corde magique bleu ciel éclaira mon visage lors de son apparition lorsque j'approchai le fourreau de ma taille et de ma large ceinture en cuir marron sur la jupe. La corde passa par les deux anneaux du fourreau et s'enroula cinq à six fois autour de ma ceinture puis en bandoulière sur mon épaule droite.

« Tu devrais enquêter sur ce tueur en série qui t'as en réalité pour cible, ma petite Hécate. L'un de mes meilleurs agents… – Lulainn rit en relevant les yeux au-dessus de mon épaule – t'aidera.

-Même si je ne sais pas très bien comment on pourrait mettre la main sur cette personne, » fit une voix grave et au léger accent espagnol derrière moi, je ne l'avais pas entendu s'approcher et je sursautai en me retournant brusquement !

Pour la description du type c'était simple : Antonio Banderas physiquement coupé avec Fox Mulder pour le costard et le badge. « Le F.B.I ?! Mais ! C'est vous le Profiler qui travaille avec mon serviteur, Valoric !

-Je préfère travailler avec cet illuminé de Dick Tracy plutôt qu'avec les empotés de flics du coin, » avoua Alejandro Renzo en relevant ses lunettes de soleil pour que je voie ses yeux marron.

Je l'observai, il avait l'air trop sérieux pour aimer Philippe.

« Alejandro, il se pourrait que vous devriez revoir toutes les victimes avec Dame Hécate.

-Pourquoi ?

-Parce que c'est un membre du clan Malkavien – fis-je en jetant un coup d'œil à Steven qui ne m'avait pas lâché la main. Il semblait attendre quelque chose, Lulainn m'avait ordonné d'appeler un loup. Ca avait l'air de l'attrister.

-Ainsi, elle verra peut-être quelque chose que tu ne peux pas voir. Retrouvez ce vampire et tuez le après lui avoir fait dire pour qui il travaille.

-Moi je propose Eithlinn et… Eithlinn ! – Bougonna Ailìs derrière Lulainn qui roula des yeux :

-Eithlinn a échoué en décembre, elle n'est pas assez stupide pour réessayer !

-Sauf si elle sait que c'est capital.

-Ailìs ça suffit… – Susurra Lulainn en se retournant vers l'intéressée, encore de cette voix trop douce pour être honnête, puis elle en revint à moi – appelle un loup.

J'hochai la tête et allai obéir, m'éloignant de l'assemblée pour avoir un assez grand espace de vide autour de moi.

Silence et odeurs de la nature, plantée dans cet espace, les pieds quasiment nus posés au sol humide et odorant, je sentais ce petit vent frais couler sur mon visage. Je fixai un point noir à l'horizon, les oreilles remplies des bruits des animaux tous proches. Les yeux distinguant mille et unes nuances de gris, de blanc et de noir. Je relevai lentement la tête vers la lune au travers des feuilles d'arbres et commençai peu à peu à lui adresser la parole dans un long murmure en roumain.

« Si quelqu'un avait l'humeur

De lire au fond de mon cœur

Il lirait

Tout qu'il vivrait

Et du tout m'en finirait.

Terre, puisses tu prendre feu ! »

C'était une plainte, j'en profitai à ce que seule Lulainn comprenne pour exprimer la solitude et le chagrin que je ressentais maintenant face au destin. Pour ces sorts…

Je savais qu'elle voulait de moi à ce que je lance ce charme, l'appel aux loups dévoreurs comme Fenris. Elle voulait m'entendre hurler à la lune, ça n'était pas juste ça n'était pas juste. Mais c'était comme ça, il fallait continuer, il y a ma voix qui meurt, soulevée vers la lune par mes mains tendues vers le ciel et il y a mon corps qui reste sur terre parmi les mortels et les immortels.

Comme un étau glacé qui presse le cœur et le pèse, faisant monter aux yeux des larmes amères.

Un loup répondit à mon hurlement pour lui incompréhensible, derrière moi c'était un loup noir de belle taille aux yeux vert et gris. Il frotta sa tête contre mon genou et je me laissai tomber à côté de lui.

Cacher mes mains dans son noir pelage. Sentir la douceur de sa fourrure nocturne.

Je sais qu'elles ne vont pas rester blanches longtemps…

« Ainsi un loup Fianna a choisi de répondre à ton appel. Il sera ton compagnon, » murmura doucement Lulainn avec un léger sourire bienveillant.

J'hochai la tête sans la tourner vers elle. La capuche de velours baissée sur les yeux. Il se mit à pleuvoir du sang sur mes joues contre la fourrure noire.

Downtown Los Angeles, 12 août 2014, 00h00

Steven n'aimait pas la situation. D'abord parce qu'il avait assez de cœur pour avoir compati au tourment de Lia, ensuite parce que le chant funèbre roumain le lui avait brisé et qu'enfin il savait que pour lui, la fin ne justifiait pas toujours les moyens. D'accord ils étaient dans une guerre qu'ils étaient peut-être en train de perdre et qu'il ne fallait pas perdre mais… Son honneur lui disait de rattraper l'erreur de son ancêtre et de rompre le contrat, ou au moins de le rendre plus humain.

D'accord, il y avait aussi son côté bardique qui lui soufflait qu'il n'avait rien de plus poétique et mignon qu'une histoire d'amour entre une Changelin à l'âme pluriséculaire réincarnée en vampire et un autre vampire qui ressemble au chef de chantier avec son petit marteau. Il voulait les aider, en bon personnage entremetteur, à roucouler au balcon sous un clair de lune drapé de brumes.

Il se sentirait aussi lâche, s'il devait sa victoire aux plaies d'une jolie fille, rouvertes et salées de force.

Lulainn devait sans doute être de son opinion mais elle n'était que comtesse, elle avait ses ordres. Peut-être que s'il essayait de lui en parler…

Pour le moment il devait donner un indice au chevalier de la demoiselle en détresse.

Le Lycanthrope blond en jean et basket soupira à fendre l'âme en décrivant des cercles avec la tête pour détendre sa nuque. Il se trouvait devant le Nocturne Theater. Un de ses contacts lui avait appris que ça chauffait façon fusion de chez maréchal-ferrant parmi les Anarch. La situation était explosive, donc, nous étions plutôt chez l'alchimiste.

En gros, Garcia avait sans doute attendu la visite de Smiling Jack pour savoir qu'il était temps d'organiser une réunion Brujah et disputer la légitimité de Nines Rodriguez à la tête de l'Etat Libre avec un argument implacable. Il avait réussi à convaincre assez de Brujah pour justifier une réunion anarch au Nocturne. Son argument choc, son seul et unique argument basé sur cette opportunité que lui avait apportée Jack sur un plateau c'était que Nines était infoutu de réunir et diriger sans la Toréador. Bref qu'il était un incapable du moment qu'on lui retirait son petit marteau. « Ahlala, » soupira Steven en écoutant avec ses oreilles sensibles le bordel de boucaniers que faisaient les Anarch à l'intérieur. Et ce n'était pas la sono qui braillait du hard métal qui allait couvrir l'ouïe du Lycanthrope en face de la porte.

Il ne passa pourtant pas par la porte, il passa par les égouts et remonta jusqu'aux coulisses. Il marcha en évitant stratégiquement les quelques vampires qui s'y trouvaient et s'approcha du rideau tombé.

A écouter, Jack s'en voulait assez d'avoir donné l'occas' à Garcia de faire le mariolle, il usait de sa notoriété pour convaincre les nouveaux partisans de l'aspirant Garcia, et ainsi montrant qu'il soutenait Nines. Et si le légendaire Smiling Jack soutenait un jeunot comme Rodriguez c'était que ledit Rodriguez était meilleur que le non moins légendaire Garcia Salvador.

Et Nines se débrouillait très bien pour user de ça aussi, il gueulait (et gueulait tellement fort pour son tour qu'il gueulait plus fort que Garcia au tour précédent, donc il avait raison) : « Salvador était le successeur logique de Jeremy MacNeil, parfait ! Alors il lui succède en allant faire un ma-jong avec les Kuei-jin ?! Haha ! Mon cul si CA c'est de la succession pour l'Etat Libre de Californie ! »

Tapons là où ça fait mal : Garcia traître. « Aha, bien vu, facile mais bien vu, c'est bien d'être fourbe, continue garçon !! » Marmonna tout bas pour lui-même Steven en souriant jusqu'aux oreilles. Ah, il l'aimait bien ce Rodriguezou. Il n'hésitait pas à utiliser des évidences, des vieilles rancoeurs plutôt que de jouer trop fin !

Garcia avait bien tenté le coup, très bien, sauf qu'il avait méchamment sous-estimé son rival et la logique lapidaire. Quoi qu'il puisse dire à présent, il avait l'animosité de toute une salle remplie à 90 de Brujah rancuniers sur le dos. Difficile à balayer. Ne jamais sous-estimer cette technique. Toutefois, dans un élan de projection dans le futur (ce que les chiens ne sont pas censés avoir, mais auraient quand même des fois), il lança à peine plus fort que Nines : « et que compte faire Rodriguez maintenant ?! Le Sabbat se prépare à attaquer de parts et d'autres ! Nous ne sommes ni assez armés ni assez nombreux pour les contenir et les repousser ! Tu proposes quoi ? Un petit pacte en agitant une rose en P.Q ? »

Rires sonores dans la salle, « haha, quel comique ce type, » marmonna encore Steven en se retenant de glousser. Il entendit quelqu'un laisser échapper un rire léger et typiquement anglo-saxon. Le cœur irlandais du Lycanthrope connut un regain de « trucidons du Saxon ! » Et il tourna vivement la tête vers le futur mort qui s'ignore pour croiser les yeux rouges et jaunes de Beckett.

« Ah, t'es là toi ? – Lâcha Steven en murmurant le plus bas possible avec beaucoup d'amusement auquel répondait son interlocuteur, et quelque fois, rare partenaire aux échecs. Oui, Steven était un contact de Beckett, mais c'était bien parce qu'il était Gangrel et super drôle.

Beckett fit un signe de tête vers la scène avec son super fun sourire en coin de la mort, ce qui fit d'autant plus sourire le Lycan en chef qui comprit qu'il fallait en revenir d'urgence à la scène qui se jouait en ce moment même.

Car Garcia Salvador avait commis l'erreur monumentale que commet tout Espagnol : il agite une cape rouge sous le nez d'un taureau, et après il s'étonne de se faire arracher la culotte par des cornes.

En l'occurrence, sous l'insulte, le taureau mexicain (les plus dangereux, d'après Steven) fonçait sur le matador en soufflant. Le bruit des talons de ses bottes se répercutant lourdement dans toute la salle. Nines hurla de tous ses poumons, si fort que le Lycanthrope et le Gangrel firent la grimace en portant une main à leurs oreilles maltraitées : « en tout cas je ferais beaucoup mieux que d'abandonner les miens pour sauver mes fesses !! Où est-ce que tu étais, torchon de culs mandarins, quand LaCroix s'est installé ?! »

Echec et mat, le hurlement digne d'un Loup-Garou forme Crinos en super rogne matinale fit scander les Anarch qui répétaient la question en ajoutant divers mots fleuris, ce qui permit à Steven d'élargir son jargon d'insultes. Pour des rimes, bien sûr. La palme du vocabulaire et de la voix la plus bruyante était attribuée à Smiling Jack qui échauffait méchamment la foule. Rodriguez, sachant qu'il venait de gagner et d'arrêter définitivement le statut de Garcia auprès des Anarch (peste, à éviter, voire à persécuter et à tuer, voir 'chasse aux sorcières édulcorée'. Garder quand même certains gays et certaines jeunes femmes.) Sortit son flingue et le pointa sur la tête d'un Salvador passablement refroidi. « Ouvre encore la cave à merde qui te sert de bouche pour faire allusion à Aurélia, et je te fous dans une urne, » murmura t-il très bas et sombrement, dans une sorte de grognement menaçant animal. Celui d'un loup dominant face à un petit nouveau qui veut faire le grand. « Tu as peut-être protégé les Caïnites qui t'ont fait confiance avec le Mandarinat, mais tes couilles ont ramolli quand la Camarilla nous a envahis ! T'as quitté ton poste, on m'a choisi pour diriger à ta place. N'oublie pas le danger que représentait LaCroix pour nous et la Camarilla, n'oublie pas que c'est moi qui aie conclu un pacte avec le Sénéchal Toréador de Paris pour obtenir ce 'charmant poison'. T'as rien foutu pendant ce temps alors que tu avais les mains plus libres que les miennes ! »

Ils se regardèrent un moment, le regard bleu glacé de Nines prêt à tirer et celui noir et non armé de Garcia. Qui s'inclina, tête et buste penchés vers le bas. Assez pour signifier qu'il acceptait sa défaite mais pas assez pour considérer son cadet comme un leader.

C'est le moment que choisit Steven pour faire son entrée en scène après un rapide échange de regards avec Beckett. Il prit son élan et fit un bond en avant sur la scène en écartant les bras.

« BORDEL PUTAIN SURTOUT NE TIREZ PAS SUR CET ALLUME !! » Beugla Nines à la ronde alors qu'une quarantaine d'objets boum boum se pointaient sur un Steven tout content de son petit effet. Qui fit une pirouette sur un pied et s'inclina à 90 vers Nines totalement largué.

« Alors si ça t'intéresse, je viens te dire que A : le Legs de Lia est celui de Paladin, elle doit accomplir des exploits et B : est tenue par l'honneur de toujours accepter un défi noble.

-Défendre son honneur, ça compte ? » Demanda immédiatement le Brujah gravement.