— Ginny ! appela Harry du bas de l'escalier. Il y a un paquet pour toi !
Ginny rangea sa plume et descendit dans le salon, où son mari l'attendait avec un carton entre les mains. Il soupira en le voyant arriver.
— Toujours habillée en noir ? demanda-t-il tendrement. Ginny…
— Quand je mourrai je veux que mes enfants puissent faire leur deuil comme ils le veulent, alors laisse-moi faire pareil pour ma mère, répondit-elle un peu trop sèchement.
Harry leva une main en signe de capitulation, puis lui donna le carton en lui déposant un baiser sur la joue.
— Je serai dans la cuisine si tu as besoin de moi.
Ginny décacheta en premier la lettre qui était attachée au paquet. Rédigée dans la plume du notaire, elle était courte et directe :
Madame Potter,
Votre mère vous a légué ses livres de cuisine, que vous trouverez dans le colis ci-joint.
Toutes mes condoléances,
Herbert Sundae
Ginny fronça les sourcils. Des livres de cuisine ? Elle avait cru que Molly les lèguerait à Fleurk, pour qu'elle arrête de faire de la cuisine française qui dégoûtait toute la famille. Elle ouvrit la boîte et en sortit le premier ouvrage, un simple carnet brun avec une pomme gravée sur la couverture. Elle l'ouvrit et lut la première page.
Ce livre contient les recettes des femmes du sang Prewett, conservées depuis des générations – depuis la mienne, Anne Isadora Prewett, 1701. Personne d'autre que mes descendantes – dont tu fais partie si tu lis ces lignes – ne peut lire les recettes contenues entre ces couvertures. J'espère que tu continueras la tradition et copieras tes propres recettes sur les pages blanches qui te sont réservées, puis que tu lègueras ce cahier à ta fille si tu en as une, puis tes petites-filles, arrière-petites-filles…
Ginny était surprise : elle n'avait vu ce carnet, n'en avait même jamais entendu parler. Elle le feuilleta et vit qu'à la fin, une dizaine de pages étaient effectivement vierges. Elle se demanda un instant comment un simple carnet comme celui-ci faisait pour contenir les recettes de toutes les femmes Prewett depuis plus de 300 ans, mais se dit qu'avec la magie, tout était possible. Elle trouva, sur une des premières pages, la recette du gâteau au citron, son préféré, celui que sa mère lui faisait à tous ses anniversaires. La signature au bas de la page disait que c'était une œuvre de Jillian Ophelia Prewett, 1796. Elle appela Harry. Aussitôt, la tête ébouriffée de son mari apparut dans la porte de la cuisine.
— T'es capable de lire ça ? dit-elle en lui tendant le livre.
Il lui prit des mains et parcourut la page des yeux.
— Oui, bien sûr.
Ginny eut un sourire triste. L'héritage des filles Prewett n'était apparemment qu'un mensonge…
— Mais depuis quand on met une livre de sel d'ail dans un gâteau au citron ? continua-t-il, les sourcils froncés.
Ginny reprit le livre à toute vitesse, les yeux écarquillés. Elle lut la recette d'un bout à l'autre, mais ne vit aucune instruction concernant le sel d'ail.
— Où est-ce que tu vois ça ? demanda-t-elle à son mari.
— Là, dit-il en montrant du doigt la ligne sur la farine. Et ici, ils disent de rajouter une tasse d'écailles de botruc.
Ginny lut 'mélangez une tasse d'épluchures de citron'.
Elle éclata de rire. Harry la regarda, les yeux ronds derrière ses lunettes.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— C'est le livre, dit-elle entre deux éclats de rire. Il ment !
