Pairing : TR/HG
Rating : M
Résumé : Ultima ratio - le dernier recours. Le jour de la bataille finale contre Lord Voldemort est enfin arrivé. Harry, Ron et Hermione se battent avec courage contre leur ennemi juré, mais tout ne se passe pas comme prévu et Hermione se retrouve seule dans une situation bien précaire.
Auteur : Winterblume
Traductrice : me !
Disclaimer : Les personnages et le monde d'Harry Potter appartiennent à JKR. Le scénario complet appartient à Winterblume. Je ne fais que traduire avec son autorisation.
Ultima Ratio
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Chapitre 13 : La baguette de Riddle
Il était tard lorsque Hermione se réveilla, n'ayant pas pu fermer l'oeil de la nuit. Elle fouilla dans sa valise à la recherche d'une jupe et d'un chemisier. Après tant de mois passés dans les années quarante, elle ne s'habituait toujours pas au style vestimentaire et son jeans préféré commençait franchement à lui manquer.
Au moins, je boycotte toujours les coupes de cheveux, pensa t-elle en se brossant, ébouriffant encore davantage ses boucles brunes. Elle finit par les attacher. Après une bonne douche, elle décida d'aller voir comment se portait son voisin aujourd'hui.
Elle toqua et attendit, puis frappa de nouveau lorsqu'elle ne reçut aucune réponse. "Hey, Riddle ! Tu es debout ? C'est moi !"
Un moment s'écoula. Elle l'entendit ensuite approcher et la porte s'ouvrit enfin. Ses yeux se posèrent aussitôt sur le visage du Serpentard. Il était plutôt pâle et les bleus marquaient encore horriblement sa peau, mais il semblait plus détendu que la veille. Hermione sourit.
"Comment te sens-tu ?"
"Mieux," répondit-il calmement. Son masque d'indifférence n'avait pas bougé d'un poil.
"C'est plutôt une bonne nouvelle, non ?" se réjouit-elle. "Que dirais-tu d'un petit déjeuner ? Tu veux descendre au bar avec moi ?"
Il acquiesça.
"Bien ! Alors suis-moi, j'ouvre le chemin."
Riddle lui emboîta le pas. Il se déplaçait lentement mais elle constata avec soulagement qu'il pouvait marcher sans soutien. Lorsqu'ils furent arrivés au bar, la jeune femme alla s'installer à une table et le ténébreux prit le siège d'en face tout en survolant la salle du regard. Il portait sa nouvelle tenue, pantalon noir et pull vert foncé. Elle avait été tentée d'en choisir un aux couleurs de Gryffondor en faisant son shopping, mais finalement le vert lui seyait mieux.
"Bonjour, qu'est-ce que je vous sers ?" La voix de Luisa mit fin à ses divagations.
La serveuse du Chaudron Baveur se dressait à côté de leur table, bloc-note en main.
"Bonjour. Peux-tu nous préparer un petit déjeuner ? Du café ne serait pas de refus," répondit-elle.
"Bien sûr." Luisa griffonna quelques notes avant de se tourner vers Riddle. "Tu dois être l'ami dont Hermione m'a parlé." Elle grimaça d'inquiétude en voyant ses hématomes. "Que t'est-il arrivé, mon chou ?"
Son visage s'assombrit et il lui rendit sa grimace. La brune dû faire un effort pour ne pas lever les yeux au ciel. Il était plutôt désagréable lorsqu'il ne jouait pas à l'élève modèle. Mais à quoi s'attendait-elle ?
"En fait, il n'a pas voulu me tenir compagnie, donc j'ai dû le persuader," expliqua t-elle, l'air aussi sérieuse que possible. Luisa lui lança un regard interloqué et Hermione ne pu retenir un rire.
"Okay, d'accord. Je me vais contenter de vous apporter votre déjeuner," dit-elle en souriant.
Lorsque la serveuse eut disparu, Riddle planta ses yeux gris pénétrants sur sa voisine de table. Son expression ne laissait rien voir mais elle le devinait en train de réfléchir. Il garda le silence sans ciller. Au bout d'un moment, elle en eut assez et s'exclama avec irritation :
"Quoi ? Qu'est-ce que tu regardes ?"
Il ne répondit pas tout de suite mais fronça ses sourcils. "Ami ?" articula t-il enfin.
"Pardon ?" Elle était confuse. "As-tu perdu la capacité de t'exprimer en phrases complètes ?"
"Tu as dit à cette femme que j'étais ton ami ?"
Oh, alors c'était seulement ça. Lord Voldemort était perturbé par le concept d'amitié.
"Il le fallait bien, puisque je t'ai loué une chambre ici. Qu'est-ce que j'étais sensée dire ? Que c'était pour un élève qui passe son temps à me haïr ?"
Riddle détourna les yeux. "Qui a dit que je te haïssais ?"
"Oh, c'est juste une supposition de ma part. Bien que le dernier sort que tu m'aies lancé soit on ne peut plus clair."
"Si tu penses que je te déteste, pourquoi m'avoir aidé hier, DeCerto ?" siffla t-il.
Ce soudain changement d'humeur lui fit relever les sourcils mais elle répliqua sincèrement : "Parce que tu avais besoin de mon aide, Riddle."
Il la dévisageait encore. Elle s'étonna du tourbillon d'émotions qui agitait ses pupilles et par-dessus tout, de la confusion. La brune posa une main sur son bras qu'elle sentit aussitôt se crisper. Elle sourit.
"Ne t'en fais pas trop. Tu es là maintenant, c'est tout ce qui compte. Et tu ne retourneras pas là-bas."
"Je ne peux pas rester," murmura t-il. Un air désespéré passa brièvement sur ses traits.
"Pourquoi ça ?" demanda t-elle d'une voix douce.
Il se mit à examiner ses mains. "Je dois rester à l'orphelinat, sinon il va m'expulser."
"Qui ? Dumbledore ?"
Un hochement de tête.
"Écoute, j'ignore ce qu'il y a entre toi et Dumbledore, mais je suis sûre qu'il ne te renverrait pas là-bas s'il savait comment on te traite," assura t-elle.
Le sorcier resta silencieux et continua à fixer ses mains. Hermione poursuivit : "Si ça peut te rassurer, je ne dirai rien à Dumbledore. Et si un jour il découvre que tu as quitté l'orphelinat, tu pourras dire que c'est entièrement ma faute, d'accord ?"
Il la toisa d'un oeil sceptique tandis qu'elle lui adressait un énième sourire réconfortant. Au même instant, Luisa revint avec leur commande. Ils déjeunèrent en silence, chacun occupé à ses propres pensées.
Adossée au dossier de sa chaise, la jeune femme s'était mise à détailler Riddle. Son teint était d'une pâleur extrême, il avait l'air fatigué et quelque peu malade. Cela prendrait un certain temps avant qu'il ne retrouve son tempérament exécrable. Le voir dans cet état lui donnait envie de débarquer à l'orphelinat pour mettre une raclée à Carter. Cet homme ignoble le méritait sérieusement. Mais puisqu'elle se comportait comme une sorcière respectable et non un mangemort sanguinaire, elle ne céderait pas à cette pulsion.
"Alors, que veux-tu faire aujourd'hui ?" fit-elle en reportant son attention sur lui.
Il arqua un sourcil interrogateur.
"C'est les vacances, alors on devrait s'amuser un peu," élabora t-elle.
"S'amuser un peu ?" répéta t-il de sa voix mélodieuse.
Elle ne pu s'empêcher d'éclater de rire devant son air abasourdi. "Quelque chose de raisonnable, cela dit. On ne peut pas aller persécuter les gens comme tu aimes le faire d'habitude."
Il se renfrogna.
"Oh, allez Riddle. Tu sais que c'est vrai," gloussa t-elle, avant d'ajouter d'un ton plus conciliant : "Nous pouvons nous promener sur le Chemin de Traverse. De toute façon, je crois que tu as besoin de fournitures puisque tu as tout laissé à l'orphelinat. Je voudrais aussi aller chez Fleury et Geare, le libraire. Qu'en dis-tu ?"
"Très bien," finit-il par approuver.
La brune se réjouissait qu'il l'accompagne. Elle voulait lui changer un peu les idées. Quoique, tout compte fait, remonter le moral au Seigneur des Ténèbres était un concept plutôt inquiétant.
"Attends-moi là. J'en ai pour une minute."
Elle ne lui laissa pas l'opportunité de répondre et monta directement à l'étage. Dans sa chambre, elle débusqua son porte-feuille et un flacon de potion avant d'enfiler sa cape noire d'hiver et de mettre une écharpe. Il faisait un froid polaire en ce mois de Décembre. Puis, elle lança un sort d'agrandissement à la cape de son uniforme, de sorte qu'elle puisse convenir à Riddle. Elle devrait tout de même lui en acheter une plus convenable, puisque ce charme ne durerait pas éternellement et qu'il n'avait pas besoin d'un mauvais rhume par dessus le marché. Elle descendit retrouver son camarade de table qui, en l'entendant approcher, leva vers elle un visage éternellement impassible. Elle lui répondit d'un sourire. Quelque part, elle s'était accommodée de sa froideur, réussissant parfois à deviner ses humeurs derrière ce masque de marbre.
"Bien, allons-y," s'écria t-elle en lui offrant sa cape.
Le Serpentard l'accepta, scrutant un instant le vêtement d'un air pensif. Puis, il regarda Hermione et plissa les yeux avant de déclarer lentement, comme s'il soupesait chaque syllabe :
"Merci."
Elle crut avoir une attaque. Lord Voldemort venait de la remercier, elle, une Née-moldue.
"Mais de rien," répondit-elle en s'efforçant de dissimuler sa surprise.
Riddle se redressa. Une vive douleur assaillit son dos alors qu'il passait sa cape. Une plainte faillit franchir ses lèvres mais il se contrôla à temps. L'habit lui allait comme un gant et il pouvait sentir le charme utilisé par DeCerto. Cette cape devait lui appartenir. Il était stupéfait par les efforts que déployaient la jeune femme pour lui. Encore une chose à ajouter sur la longue liste de ce qu'il ne comprenait pas chez elle.
Lorsqu'il eut terminé, elle lui tendit une fiole.
"Tiens, bois-ça," fit-elle de sa voix douce.
Le fait qu'elle parvienne à lui donner des ordres sans l'irriter était aussi invraisemblable. DeCerto semblait avoir le don de commander les autres sans que cela ne sonne comme un ordre.
"C'est une potion contre la douleur. Ça devrait faire du bien à ton dos. Nous n'en avons pas pour longtemps, mais je pense qu'un peu d'exercice aidera le processus de guérison."
Il accepta la potion, hésitant seulement quelques secondes avant de l'avaler. Si elle avait voulu l'empoisonner, elle avait eu assez d'occasions pour le faire jusqu'à présent. La douleur lancinante s'atténua, ne laissant que de légers picotements dans son dos.
"Cette fois, on y va !" sourit-elle en reprenant le flacon vide.
Avant qu'il ne puisse protester, elle l'avait déjà agrippé par le bras et entraîné hors du Chaudron Baveur. Riddle s'était instinctivement raidit à ce geste. Elle le rendait encore nerveux et n'était définitivement pas facile à cerner. Il détestait rester dans l'ignorance, or DeCerto dissimulait de nombreux secrets. En général, il était doué pour soutirer des informations aux autres mais avec elle, il n'avait pas le temps d'élucider quoique ce soit qu'un nouveau mystère était déjà venu épaissir les anciens. La brise froide caressa sa peau et il prit une rapide inspiration, se sentant tout de suite mieux.
Quand avait-il vu la lumière du jour pour la dernière fois ? Il ne s'en souvenait plus. Combien de temps était-il resté enfermé dans la cave cette fois-ci ?
Les derniers jours ressemblaient à un brouillard obscur. Il n'y avait eut que la froideur de sa prison, la faim insoutenable, la soif... et la souffrance. Le cliquetis du verrou avant chaque visite de Carter résonnait encore comme une menace dans son esprit, l'alertant que la douleur allait redoubler. Il frémit au souvenir de ce supplice et de son impuissance. Des doigts pressèrent soudain son bras et il tourna la tête. DeCerto l'observait avec de grands yeux inquiets. Pourquoi se souciait-elle de lui ?
"Ça va ?"
Il hocha la tête, trop perplexe pour répondre.
Elle l'attira ensuite le long du Chemin de Traverse. Une poignée de personnes flânaient dans les rues, accaparées par leurs achats. Quelques minutes plus tard, ils étaient visiblement arrivés à destination puisque la brune le traîna à l'intérieur d'une boutique. Elle choisit quelques articles qui, pour la plupart, semblaient lui être destinés.
"Tu sais, je n'ai pas d'argent," précisa t-il en la voyant ajouter une écharpe coûteuse mais chaude pour l'hiver à une pile déjà assez importante de courses qu'elle tenait dans ses bras.
Sa voix étouffée s'éleva derrière la pile : "Ne t'inquiètes pas pour ça."
Après avoir payé au comptoir, elle réapparut devant lui avec un énorme sac à la main et passa l'autre sous son bras pour le guider hors de la boutique. Riddle n'arrivait pas à la comprendre. Pourquoi se donnait-elle tant de mal pour lui ? Qu'avait-elle à y gagner ? Aider les autres ne se faisait pas gratuitement, sans quelque chose en échange. Mais que pouvait-elle bien attendre de lui ? En général, les filles lui accordaient leurs faveurs parce qu'elles s'étaient amourachées de lui, le trouvaient séduisant et désirable. Mais la Gryffondor ne l'avait jamais apprécié. Parfois, elle semblait même dégoûtée par sa présence. Il y avait bien deux ou trois Serpentards pour le considérer comme un bâtard malfaisant mais même ceux là lui ciraient les pompes, puisqu'il pouvait les rendre puissants. Quelque chose qui n'intéressait pas non plus DeCerto. Elle n'était pas du genre à courir derrière le pouvoir. Alors, quoi d'autre ? Pourquoi se montrait-elle si agréable ?
À cause de Dumbledore ? présuma t-il.
Elle s'entendait bien avec le vieux fou. Il l'utilisait peut être comme un pion pour le faire quitter l'orphelinat et enfin lui donner une excuse pour l'expulser de Poudlard. Ce dont rêvait le professeur, Riddle en était persuadé.
Une haine brûlante jaillit de ses entrailles à l'évocation de Dumbledore. Depuis cet incident il y a quelques années, le professeur avait un avantage sur lui dont il se servait à loisir. Il n'en avait pourtant pas le droit, puisqu'il ne détenait aucune preuve contre lui.
Ce vieux branleur !
Mais le ténébreux ne pouvait risquer une confrontation directe avec lui. Pas encore. Il était trop puissant et influent, surtout en ce moment. Avec la menace de Grindelwald qui planait sur le monde magique, la plupart des gens croyaient que seul le professeur de métamorphose était capable de vaincre le mage noir. Qui donc s'opposerait à leur sauveur pour soutenir un pauvre orphelin insignifiant ?
Était-ce un plan élaboré dans les détails par Dumbledore ? Mais la question restait la même, pourquoi DeCerto se laisserait-elle manipuler et entraîner dans une telle machination ? Il l'observa du coin de l'oeil. Elle marchait à ses côtés en tenant distraitement son bras tout en lorgnant les vitrines des boutiques. Si tout cela n'était qu'une comédie, quelle brillante actrice elle faisait. Il eut un noeud étrange à l'estomac en pensant qu'elle simulait. Soudain, quelqu'un tira sur son bras. La Gryffondor s'était arrêtée devant une boutique et l'avait entraîné dans son élan.
"Tiens, je ne connais pas cet endroit," bredouilla t-elle dans sa barbe. Elle s'adressa ensuite à lui : "On entre faire un tour ?"
Il promena ses yeux sur son visage enthousiaste, puis sur la devanture du magasin. C'était la librairie Anderson. Elle paraissait enchantée à l'idée d'explorer cet endroit. Plutôt étrange pour une fille. Il s'était attendu à quelques boutiques de vêtements en vogue. DeCerto le dévisageait toujours dans l'expectative. Riddle n'y voyait aucun inconvénient, fouiner dans des rangées de vieux livres était aussi l'un de ses passe-temps favoris. Toutefois, il n'avait jamais eu assez d'argent pour s'acheter quoique ce soit et préférait visiter la bibliothèque de Poudlard.
Il haussa des épaules. Son geste sembla passer pour un 'oui', puisqu'elle s'engouffra aussitôt dans la librairie. Le Serpentard la suivit à l'intérieur, ayant tout juste le temps de la voir disparaître derrière l'un des nombreux rayonnages. Il arpenta la boutique à une allure plus digne, franchit une section d'ouvrages sur la métamorphose en ressentant un frisson glacé, puis le prochain rayon de livres sur les animagus. Il secoua sa tête, n'ayant jamais saisi l'utilité à pouvoir se transformer en lapin. Il dépassa quelques rangées sans intérêt lorsqu'un détail attira son attention. Une étagère reculée à l'arrière du magasin. Il parcourut quelques titres :
Les Forces du Mal et comment les contrôler
Malédictions les plus puissantes
Enchantements les plus sombres
Il arqua un sourcil. Ce n'était pourtant pas l'Allée des Embrumes ? Il tendit une main vers l'un des vieux manuscrits et l'ouvrit. Certains livres étaient fascinants, des textes qu'il n'avait jamais rencontré à Poudlard. La bibliothèque de l'école était l'une des plus grandes du Royaume-Uni et il avait quasiment lu tous les livres de la réserve, puisque le naïf Slughorn avait été plus que disposé à lui donner la permission d'en inspecter chaque recoin. Trouver quelque chose d'inédit ici était plutôt significatif.
Il resta plongé dans ces livres et la connaissance qu'ils offraient, jusqu'à entendre un gloussement dans son dos. Pivotant sur lui-même, il fit face à DeCerto. Elle lui affichait un petit sourire suffisant.
"J'étais sûre de te trouver ici."
Riddle avisa l'énorme pile de livres dans ses bras. Apparemment, elle n'avait pas chômé pendant tout ce temps.
"Qu'as-tu déniché ?" demanda t-elle en posant les yeux sur l'ouvrage qu'il tenait.
C'était l'ancien manuscrit qu'il avait vu en premier, rempli de sortilèges dont lui-même n'avait jamais eu écho. La jeune femme lui prit le livre des mains.
"Malédictions les plus puissantes ?" Elle examina la couverture. "C'est intéressant ?"
Il acquiesça.
"Bien." Elle l'ajouta à sa montagne de livres. "Veux-tu autre chose ?"
Le Serpentard ne parvint pas totalement à masquer l'incrédulité dans sa voix en répondant : "Tu vas l'acheter pour moi ?"
"Bien sûr," fit-elle d'un ton distrait, scrutant quelques rangées de livres avant de reporter son regard sur lui. "Rentrons, si tu as terminé."
Hermione le jaugea des yeux. Son teint était encore très pâle. Ils feraient mieux de regagner le Chaudron Baveur pour qu'il puisse se reposer. Par chance, elle avait fait tous les achats dont elle avait besoin. Cette librairie, plutôt utile, n'existait plus à son époque et elle avait dû assouvir sa curiosité en l'apercevant sur le Chemin de Traverse. Cela en valait le détour, étant donné le butin entre ses mains, même si l'endroit paraissait un peu louche. Preuve en était cette section sur les Forces du Mal. Elle espérait juste que le livre choisi par Riddle ne traitait pas des affres de la magie noire. Cet ouvrage le tiendrait peut être occupé. Un Lord Voldemort blasé ne pouvait être une bonne chose, conclut-elle en allant régler sa note.
Elle sortit quelques instants plus tard, les bras chargés de paquets qu'elle avait allégés d'un sort, avant de prendre la direction du bar. Riddle peinait à la suivre et se déplaçait plus lentement, comme si chaque pas lui coûtait.
Son dos lui fait de nouveau mal.
Les effets de la potion anti-douleur devaient s'être dissipés. Ses blessures étaient assez profondes mais cette potion était déjà forte et elle n'avait guère mieux à lui donner. Il devrait probablement en reprendre ce soir. Elle patienta jusqu'à ce qu'il soit à sa hauteur et saisit son bras pour le soulager un peu. Son camarade releva un sombre sourcil mais ne fit aucun commentaire.
La brune fut soulagée en rejoignant le Chaudron Baveur, puisque Riddle avait fini le trajet lourdement appuyé sur elle. Elle salua Luisa qui servait ses clients et ils montèrent à l'étage.
Voyant qu'il s'apprêtait à la quitter, elle s'interposa : "Je dois d'abord examiner tes blessures et changer tes bandages. Suis-moi," fit-elle en l'invitant à entrer dans sa chambre.
Il hésita, l'obligeant de nouveau à le pousser à l'intérieur.
"Je vais bien," se défendit-il.
Hermione plissa ses yeux. "Vraiment ?" ironisa t-elle. "C'est pourquoi j'ai pratiquement dû te porter jusqu'ici ?"
Les traits du ténébreux se façonnèrent en une grimace et il ne bougea pas. Son entêtement la fit soupirer. Elle reprit sa main avec plus de douceur que précédemment. Si elle ne pouvait le forcer à coopérer, elle devrait l'amadouer.
"Laisse-moi voir tes blessures, Riddle. Tu n'as pas envie qu'elles s'infectent, n'est-ce-pas ?" souffla t-elle. "Ça ne prendra qu'une minute."
Elle le guida jusqu'au lit et l'aida à s'asseoir. Munie de sa boîte à potions, elle remonta délicatement sa manche de pull-over, faisant disparaître le bandage en place dans la foulée. Sa peau était toujours enflée mais les os s'étaient ressoudés.
"As-tu encore mal ?"
Un silence.
Puis, il répondit doucement : "Pas tellement."
Elle acquiesça et étala l'onguent sur ses bleus, avant de conjurer un pansement autour de son avant-bras. "Ton bras n'est plus cassé, mais tu devrais continuer à porter un bandage pour maintenir les os."
"Maintenant, je dois voir ton dos."
Riddle, qui examinait son nouveau pansement, s'exécuta à contrecoeur. Après avoir ôté son pull vert et son t-shirt noir, il s'allongea à plat ventre sur le lit. Le tissu blanc recouvrant ses blessures était souillé de sang en grosses tâches sombres à plusieurs endroits. Son dos offrait une vision terrible, couvert d'hématomes verdâtres et violacés et ses coupures étaient encore à vif. Bon dieu, mais comment pouvait-on autoriser un sale type comme Carter à veiller sur des enfants ?
Baguette en main, elle commença à nettoyer ses coupures avec soin, avant d'appliquer les potions nécessaires. Son dos était très raide, elle savait qu'il avait mal mais elle faisait déjà le maximum.
"Voilà, c'est terminé," dit-elle à voix basse.
Il tressaillit en se remettant assis, puis attrapa ses vêtements.
"Ça s'améliore. Cela dit, il te faudra encore du temps pour guérir."
Elle farfouilla ensuite dans son sac, à la recherche de l'ouvrage en vieux cuir relié acheté tout à l'heure.
"Tu peux lire si tu t'ennuies, mais essaye de t'allonger un peu. Je t'apporterai quelque chose à manger plus tard, d'accord ?" déclara t-elle en lui tendant son livre.
Ses yeux gris scannèrent le livre, avant de s'égarer sur sa main tendue et remonter vers son visage. Il ne laissait toujours rien filtrer de ses émotions mais une réponse semblait lui brûler les lèvres. Finalement, il l'accepta avec un bref hochement de tête et quitta la pièce sans un mot.
Hermione soupira. Elle ne savait vraiment pas sur quel pied danser avec lui. C'était éprouvant de toujours essayer de déchiffrer son état d'esprit ou ses sentiments. Elle avait du mal à percer ce masque de froideur impénétrable qu'il portait constamment. Pourquoi devait-il toujours autant rester sur ses gardes ? Refouler ses émotions ?
Peut-être son côté typiquement Serpentard ?
Non, c'était autre chose. Elle se souvenait des récits de Harry, de ce qu'il avait partagé des séances avec Dumbledore tout au long de leur sixième année. Le professeur lui avait montré des bribes du passé de Voldemort. Le mage noir avait eu un tempérament secret et étrange dès sa plus tendre enfance. Ceci étant dit, si elle avait grandi dans l'enfer de cet orphelinat, se serait-elle mieux débrouillée ? Comparé aux autres enfants, sa situation avait dû être deux fois plus difficile. Des choses inhabituelles se produisaient autour des sorciers en bas âge lorsqu'ils montraient leurs premiers signes de magie, sans que personne ne puisse les contrôler.
Pendant son enfance, la jeune femme avait également été à l'origine d'incidents étranges. À l'école primaire, elle se faisait parfois taquiner par les autres élèves. Un jour, des filles l'avaient poussée et insultée sur le chemin du retour. Elle s'était sentie si impuissante et en colère qu'une décharge de magie avait jailli vers les élèves, et propulsé leurs affaires hors de leur cartable. Une pluie de cahiers et de crayons leur était retombée sur la tête. Les enfants avaient pris peur et détalé chez eux en pleurant. Ce souvenir la fit sourire. Ses poussées de magie accidentelles avaient été amusantes dans l'ensemble.
Contrairement à elle, ce genre d'accidents avait sûrement attiré des ennuis à Riddle. Il était un sorcier hors du commun, Hermione devait le reconnaître malgré elle. Ses expériences avaient dû être plus puissantes et fréquentes. Les années quarante n'étaient pas non plus un exemple de tolérance et d'ouverture envers ce qui sort de la norme. Était-ce l'une des raisons qui expliquait sa prudence ? On lui avait ensuite offert la merveilleuse chance d'intégrer le monde magique, juste pour atterrir dans une maison qui méprisait ses origines. Faire abstraction de ses émotions et rester sur la défensive avait probablement été un mode de survie parmi ses condisciples.
Ou bien il est complètement cinglé.
La brune retira le manuscrit de Peverell de sa valise, avec l'intention d'avancer dans sa lecture. Elle s'installa sur son lit, s'affaissant contre son oreiller et se mit au travail. Elle avait déjà lu plusieurs chapitres, mais aucun ne mentionnait encore la baguette de Sureau ni une quelconque Relique. Dans les premiers passages, Peverell décrivait la nature de la magie, ou plutôt ce qu'il considérait comme tel. C'était extrêmement difficile de suivre le fil de ses démonstrations abstraites. Ses idées étaient impressionnantes et son savoir magique sans limite. Elle doutait qu'aucun sorcier ne puisse rivaliser avec lui. Dumbledore et Flamel avaient travaillé ensembles pour tenter de décrypter ce livre, alors quelles étaient ses chances de comprendre un jour ses théories ?
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À treize heures trente, Hermione grimpa à l'étage du Chaudron Baveur en faisant léviter deux assiettes de délicieux rôti de boeuf et du jus de citrouille. Elle s'arrêta devant la chambre de Riddle et toqua. Au bout d'un moment, ce dernier lui ouvrit, l'air moins pâle et en meilleure forme qu'il y a quelques heures.
"Hey, Riddle." N'attendant aucune réponse de sa part, elle enchaîna : "tu as faim ?"
Elle agita sa baguette et les assiettes atterrirent sur la petite table près de la fenêtre.
"Ça te dérange si je me joins à toi ?" demanda t-elle en désignant leur repas.
La surprise s'inscrit un instant sur le visage du ténébreux, puis son regard se radoucit.
"Non," répondit-il avec calme.
La brune sourit chaleureusement et alla s'installer à table. Riddle l'imita.
"Une chance que tu ais une table dans ta chambre. Sinon, j'aurais été forcée de manger sur mon lit et renversé de la sauce partout."
"Ou tu aurais pu simplement conjurer une table," suggéra t-il poliment. Un léger sourire étirait ses fines lèvres.
"Quoi ? Et me priver de ta compagnie ?" se moqua t-elle. "Je n'aime pas dîner seule. Je crois que je suis trop habituée à la Grande Salle et aux autres élèves."
Une fois leur repas terminé, elle fit disparaître les plats et s'adossa à son siège, prenant un moment pour réfléchir. Pourquoi avait-il dû retourner à l'orphelinat pendant ces vacances ? Elle ne comprenait pas. Dumbledore était impliqué, c'était une certitude. Après tout, il lui avait confisqué sa baguette. Mais pour quelle raison ?
Hermione contempla le sorcier pendant de longues minutes et prit son courage à deux mains pour l'interroger. "Où est ta baguette, Riddle ?"
Le concerné releva la tête d'un coup, soupçonneux. "Quoi ?"
"Ta baguette. Où est-elle ?"
"Pourquoi cette question ?" riposta t-il lentement.
"Visiblement, tu ne l'as pas sur toi. Alors ?" insista t-elle.
"As-tu vraiment besoin de savoir ?" continua t-il, les yeux plissés.
"Je n'ai pas besoin de savoir. Je suis juste curieuse."
Le Serpentard la scruta pendant quelques instants, plongeant ses prunelles grises et perçantes dans les siennes. Lorsqu'elle fut certaine qu'il ne révélerait rien, il répondit d'une voix contrôlée :
"Elle est à Poudlard."
La jeune femme l'interrogea silencieusement du regard. Il poussa un faible soupir, puis détourna les yeux.
"Dumbledore l'a prise."
À présent, ils approchaient le coeur du problème. "Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ?"
Il l'observa à nouveau, le visage fermé et l'air hostile. Il ne dirait rien de plus, réalisa t-elle avec déception.
"Je ne vois pas en quoi ça te regarde," lâcha t-il sèchement.
"D'accord, d'accord !" se résigna t-elle. "Tu n'es pas obligé de me le dire." Puis, elle ajouta prudemment : "Mais, c'est également lui qui t'a renvoyé à l'orphelinat."
Il se mura dans un silence imperturbable. Elle était perplexe. Dumbledore avait laissé l'un de ses élèves dans une zone de guerre, livré à lui-même, sans possibilité de se défendre. Pourquoi ferait-il cela ? C'était odieux, même s'il s'agissait de Riddle. Elle se rappelait le raid aérien, le bombardement effrayant, la peur qui l'avait envahie alors qu'elle se trouvait à l'abri sur le Chemin de Traverse.
"C'est juste... c'était dangereux. Tu aurais pu mourir."
Il la fixait toujours mais son regard avait perdu toute trace de froideur.
"Le bombardement sur Londres, la nuit dernière... " souffla t-elle. "J'ai tout vu et tu étais là-bas." Elle hésita un court instant avant de poursuivre : "C'est pour ça que je suis revenue à l'orphelinat. Je voulais voir comment tu allais."
La brune frémit en imaginant les conséquences dramatiques dans le cas contraire. Il serait toujours cloîtré dans cette cave sordide. Peut-être même dans un état plus critique, pensa t-elle avec un coup d'oeil vers son avant-bras. Le pansement blanc autour de ses blessures dépassait un peu de sa manche.
"Je ne regrette pas de l'avoir fait," conclut-elle dans un murmure.
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Plus tard dans la journée, Hermione était étendue sur son lit devant le manuscrit de Peverell. Plus elle lisait, plus elle se rendait compte du caractère exceptionnel de ce livre. Le texte datait de plusieurs siècles et était comparable à aucune de ses lectures. Elle savait qu'une partie de la magie décrite par l'auteur appartenait aux Forces du Mal mais ses théories restaient tout de même impressionnantes. Peverell explorait l'essence même de la magie, à laquelle il ajoutait ses conclusions personnelles pour aboutir à quelque chose de totalement nouveau.
L'ouvrage était aussi fascinant que complexe. Des sujets comme la structure de la magie étaient étudiés en profondeur et elle avait du mal à suivre. Elle passait plus de temps que d'ordinaire sur une page, frustrée par le niveau élevé de ce livre. Ne pas être en mesure de comprendre un texte la blessait dans son amour propre et elle devait encore se familiariser avec les recherches de l'auteur. Comprendre comment la baguette de Sureau fonctionnait. C'était absolument vital, puisque sa seule présence ici pouvait produire de graves effets. Un détail pouvait à jamais modifier le futur qu'elle s'était battue pour construire avec ses amis. Or sa responsabilité était de préserver la paix qu'ils avaient créée. Pendant sa lecture, elle tombait parfois sur des annotations personnelles de Peverell entre deux explications théoriques, comme on le ferait dans un journal intime.
Comprendre la nature de la Magie est mon souhait le plus cher. Ayant étudié chaque aspect de ce Pouvoir, j'ai été impressionné par un domaine de connaissances en particulier : l'art subtile de la création des objets magiques. C'est l'une des branches les plus difficiles de la Magie et aussi la plus gratifiante. Cet art extraordinaire consiste à créer des objets qui contiennent et dégagent de la Magie.
La beauté de cet art est indéniable. Tout commence avec un objet ordinaire, peu importe lequel, du vieux seau d'eau à l'épée forgée dans l'acier le plus raffiné, que l'on transformera en quelque chose d'exceptionnel. Ces objets deviennent magiques et en conséquence, une part intégrante de la Magie elle-même.
J'ai exploré tous les travaux sur le sujet. J'ai discuté avec des maîtres, qui m'ont transmis leur talent. Ainsi, j'ai rapidement rencontré les limites inacceptables de la création des objets magiques. J'ai été surpris et presque choqué de prendre conscience de la nature véritablement rudimentaire de cet art. Malgré toute sa valeur, malgré les découvertes capitales acquises dans cette branche de la Magie, elle est toujours à un stade embryonnaire et grossier. Mais j'ai bien l'intention d'y remédier.
L'obstacle majeur est l'immense difficulté avec laquelle les sorciers confèrent une bribe de leur pouvoir à un objet. La première étape de création d'un objet magique est également la plus importante. Le transfert de la Magie constitue la base de toutes les manipulations relatives à l'objet. Si la Magie est faible ou impure, l'objet magique sera défectueux.
Dès lors, il m'a fallu améliorer cette étape de base. C'est pourquoi j'ai inventé un nouveau sortilège destiné à faciliter le transfert de la Magie dans l'objet. L'incantation est 'Confero' et véritablement puissante. Elle me permet de canaliser la Magie et de la maintenir efficacement à l'intérieur de l'objet. Ce sortilège va me permettre de réaliser des oeuvres grandioses.
Hermione referma lentement son livre. Sa lecture s'arrêterait là pour aujourd'hui. Elle commençait à avoir une migraine et se sentait étourdie. Un coup d'oeil à sa montre lui indiqua qu'elle avait lu pendant cinq heures d'affilée, pas étonnant que sa tête tournait. Se bourrer le crâne ne l'aiderait pas à en comprendre davantage. Une pause était donc la bienvenue.
Après avoir rangé le livre dans son compartiment secret à l'aide des habituels charmes de protection, elle alla se rafraîchir à la salle de bain. Son reflet dans le miroir n'était pas beau à voir ; teint pâle et yeux cernés.
Tu as l'air affreuse.
L'entière situation l'épuisait. À vrai dire, elle était surprise d'avoir tenu aussi longtemps sans craquer. À son problème de voyage dans le temps, s'ajoutait Riddle. Quelle ironie. Après tout, il était Lord Voldemort. Comment était-elle sensée réagir face à lui ? Il était maléfique... mais parfois, elle n'en avait pas l'impression. Ça n'avait aucun sens et elle se retrouvait piégée dans ce concours de circonstances. Maintenant qu'elle avait pris sa décision, elle devait s'y tenir. Elle se contenterait d'ignorer l'absurdité de cette situation dans les jours à venir.
La brune quitta la pièce, ayant définitivement besoin d'un bol d'air frais. Elle sortit du Chaudron Baveur emmitouflée dans sa cape d'hiver. Le ciel était gris et la bise glacée lui mordait la peau. Quelque part, la froideur du temps était apaisante et l'aidait à clarifier son esprit. Elle descendit l'allée principale, se frayant un chemin parmi les passants sans un regard pour les vitrines attrayantes. Les mains dans les poches, elle regretta de ne pas avoir pensé à ses gants. Une petite dame chargée de paquets passa à côté d'elle. Ses longs cheveux roux et sa drôle d'écharpe tricotée verte et jaune lui rappelèrent Molly Weasley. Elle eut un pincement au coeur et accéléra le pas, résistant à l'envie de se retourner. Les fantômes de son passé ne la laisseraient donc jamais en paix.
Elle emprunta le prochain carrefour, près de la librairie visitée avec Riddle un peu plus tôt. Ses yeux rencontrèrent une silhouette assise sur un banc. C'était étrange, car le temps glacial ne s'y prêtait pas du tout. Elle traversa la rue et s'étonna de voir qu'il s'agissait de Riddle. Que diable faisait-il ici ? Elle le pensait en train de faire une sieste dans sa chambre. Il était en convalescence et devait se reposer au lieu de se promener seul sur le Chemin de Traverse. Mais voilà qu'elle le retrouvait là, assis sur un banc, le regard dans le vide.
La jeune femme se posa à son tour sur le banc, sentant le sorcier se crisper légèrement. Elle crut voir une esquisse de sourire sur ses lèvres lorsqu'il la reconnut, mais disparue si vite qu'elle fut certaine de l'avoir imaginée.
"Que tu fais là ?" demanda t-elle.
Il la considéra un moment, puis répondit de sa voix de velours : "J'avais besoin de prendre l'air."
"Hmm..." Hermione s'appuya contre le banc. "Moi aussi. Ça aide à réfléchir."
Le ténébreux ne répliqua pas, se remettant à fixer la rue d'un air vacant. Son visage était de nouveau très pâle. Il ne devrait pas rester assis à l'extérieur par un temps pareil.
"Tu n'as jamais répondu à ma question," reprit-il tout à coup.
Elle haussa des sourcils. "Quelle question ?"
"Pourquoi tu m'as aidé."
Riddle se tourna, braquant ses prunelles insondables sur elle. Toujours aussi sombres et nébuleuses. S'attardant sur son regard, elle pu toutefois déceler la myriade d'émotions qu'il dissimulait. Elle vit aussi la méfiance, constatant qu'il n'avait toujours pas baissé sa garde autour d'elle. Bizarrement, cet état de fait la rendait triste.
"À Poudlard, nous étions ennemis. Je ne vois pas ce que tu pourrais gagner en m'aidant. Pourtant, tu l'as fait. Pourquoi ?" répéta t-il calmement.
La jeune femme se décala vers lui. "Je ne le sais pas moi-même," fit-elle avec un haussement d'épaules et un léger sourire. "Je l'ai juste fait et je ne regrette rien."
Avec stupéfaction, elle se rendit compte que c'était la vérité. En fait, elle était même contente de s'être rendue à son orphelinat et de l'avoir sorti de cette cave répugnante. Puis, elle remarqua la douceur qui s'était glissée dans les yeux du Serpentard, même si le doute persistait.
"J'ai voulu t'aider, alors tu ne me dois rien."
Il continua à la dévisager, semblant tester la véracité de ses mots avant d'acquiescer. C'était encourageant de savoir qu'il commençait à la croire. Une brise froide s'engouffra dans ses cheveux, la faisant trembler de la tête aux pieds. Riddle ne paraissait guère mieux. Hermione saisit sa main glacée. Son camarade s'était raidi au contact et la scrutait maintenant avec attention.
"Tu es gelé," dit-elle doucement. "Depuis combien de temps es-tu assis là ?"
Il en resta muet de surprise.
"On devrait rentrer," poursuivit-elle d'un ton plus ferme. "Si tu veux rester assis à broyer du noir, tu peux aussi bien le faire à l'intérieur où il fait chaud."
Elle se redressa sans attendre une réaction de sa part et tenta de le déloger du banc. Contre toute attente, il consentit à la suivre.
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Riddle marcha jusqu'à la petite fenêtre de sa chambre donnant sur le Chemin de Traverse. Il pouvait apercevoir le manège des passants qui se hâtaient le long de la rue en serrant leur cape autour d'eux.
La nausée menaçait de l'envahir et son dos le faisait atrocement souffrir. Il détestait se sentir aussi faible. Il ne pouvait même pas se servir de la magie, puisque sa baguette était enfermée dans le bureau de Dumbledore. Une rage à peine contrôlable s'empara de lui à cette pensée et il agrippa le rebord de la fenêtre si fortement qu'il en eut les jointures blanches. Pourquoi le vieux fou l'avait-il renvoyé dans ce trou à rat pendant les vacances de Noël ? Il se souvenait du choc en apprenant qu'il ne resterait pas à Poudlard. Dumbledore ne voulait pas le voir, ce qui lui convenait parfaitement. En général, le professeur le convoquait peu avant l'été pour lui confisquer sa baguette.
Oh combien il abhorrait cet orphelinat ! À chaque fois, c'était comme retourner en arrière, avant d'apprendre qu'il était un sorcier et non une abomination de la nature. À cette époque, il avait toujours vécu dans la peur qu'on l'enferme dans un asile. Madame Cole avait eu des soupçons et menacé de le faire interner à plus d'une occasion. Peu importe, il s'était toujours dit qu'il n'était pas fou mais plus talentueux que les autres, qu'il possédait un don exceptionnel que personne ne pouvait comprendre. Personne ne l'avait jamais compris, on le rejetait et il les avait haï pour cela. La haine avait été sa seule arme. Que lui restait-il d'autre ?
Puis un jour, Madame Cole avait été remplacée par cet homme. Il répugnait déjà à devoir passer ses vacances dans cet endroit déprimant, mais Carter rendait l'expérience monstrueuse. L'ancienne directrice ne l'avait jamais apprécié, toutefois, elle n'avait pas non plus essayé de le changer, sans doute par peur ou par paresse. Avec Carter, c'était différent...
Riddle ferma les yeux. Son impuissance l'écoeurait. Il n'avait aucun moyen de stopper ce vil moldu. S'il se rebiffait, il risquait d'être expulsé de Poudlard, ce qui signifiait renoncer à sa baguette et au monde de la magie. Pour lui, ce serait aussi fatal que la mort. C'est pourquoi il continuait à subir cette torture chaque fois qu'il retournait là-bas. La douleur cuisante dans son dos lui servait de rappel.
Il inspira profondément sans parvenir à se calmer. Au contraire, il avait l'impression de suffoquer. Il s'éloigna de la fenêtre. La pièce semblait minuscule tout à coup... comme cette cave...
Rester à l'intérieur était devenu insupportable et oppressant. Il se sentait enfermé. Il sortit de sa chambre en trombe, attrapant sa cape au passage, et ne s'arrêta qu'une fois dans la rue. À l'air libre et sous le vent glacial. Une promenade lui ferait du bien.
Après une demi-heure de marche, son dos commençait à être trop douloureux. Se précipiter hors du Chaudron Baveur n'avait pas non plus aidé. Il aperçut un banc dans la prochaine ruelle et décida de s'asseoir en évitant soigneusement de s'appuyer contre le dossier. Il ferait une petite pause avant de rentrer.
Il se sentait frustré, assis là au milieu du Chemin de Traverse. Sa situation était juste intolérable, sauf qu'il n'avait pas le pouvoir d'y remédier. Là était le coeur de ses problèmes, il n'était pas encore assez puissant.
Cela dit, il n'aurait peut être plus à se préoccuper de Carter ou de l'orphelinat, DeCerto lui avait assuré qu'il ne remettrait plus les pieds là-bas. Riddle eut un froncement de sourcils. Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Depuis quand comptait-il sur les autres ? Il n'avait besoin de personne et ne pouvait faire confiance qu'à lui-même. Sérieusement, il ne connaissait rien de la Gryffondor et l'once d'espoir qu'elle faisait naître en lui l'agaçait au plus haut point.
Soudain, quelqu'un vint s'asseoir sur son banc. Il fut surpris de découvrir qu'il s'agissait de la même jeune femme qui obnubilait ses pensées. DeCerto le regardait avec inquiétude et quelque part, il se sentit soulagé de la voir.
"Que tu fais là ?" Son timbre de voix était doux.
Il l'observa un instant, jugeant s'il convenait ou non de lui répondre.
"J'avais besoin de prendre l'air," concéda t-il.
"Hmm..." Il la vit sourire distraitement, puis s'adosser au banc. "Moi aussi. Ça aide à réfléchir."
Il se demanda encore quel intérêt elle retirait depuis le début à lui porter secours. Il ne le tolérerait pas, si tout cela n'était qu'un complot orchestré par Dumbledore pour définitivement se débarrasser de lui.
"Tu n'as jamais répondu à ma question," fit-il d'un ton calme.
"Quelle question ?" Elle paraissait confuse.
"Pourquoi tu m'as aidé."
Il examina son visage avec soin en vue d'y déceler un quelconque mensonge.
"À Poudlard, nous étions ennemis. Je ne vois pas ce que tu pourrais gagner en m'aidant. Pourtant, tu l'as fait. Pourquoi ?" s'obstina t-il.
D'un geste, elle glissa plus près de lui sur le banc et adopta l'un de ses sourires sincères. "Je ne le sais pas moi-même," répondit-elle, le rendant de plus en plus perplexe. "Je l'ai juste fait et je ne regrette rien."
Comment arriver à la croire ? Comment être certain qu'elle ne manigance pas quelque chose ?
"J'ai voulu t'aider, alors tu ne me dois rien," renchérit-elle avec sérieux.
Si la jeune femme travaillait réellement pour le vieux fou, rien ne l'obligeait à continuer son manège. Il avait déjà fui l'orphelinat, donnant ainsi à Dumbledore l'opportunité rêvée pour le chasser de l'école. Mais rien ne s'était produit jusqu'ici. Cela signifiait-il que DeCerto disait la vérité ?
Il fut tiré de ses réflexions par une main chaude qui enveloppa la sienne.
"Tu es gelé," fit-elle remarquer avec une grimace. "Depuis combien de temps es-tu assis là ?"
Pourquoi cette sollicitude ?
"On devrait rentrer," ordonnait-elle à présent. "Si tu veux rester assis à broyer du noir, tu peux aussi bien le faire à l'intérieur où il fait chaud."
Curieusement, Riddle ne s'en formalisa pas pour cette fois et se laissa entraîner sur le chemin de retour au Chaudron Baveur.
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TBC
Ça y est, on n'y croyait plus mais nos deux persos arrivent enfin à avoir une conversation normale ! J'espère que cette évolution vous plaît, n'hésitez pas à me le faire savoir, même dans le cas contraire.
Je ne remercierai jamais assez ceux et celles qui commentent, j'apprécie vraiment chacune de vos reviews : Madison2220, Rhumanesque, Angie5282, Grain-de-sel, opale, Julie, Stou, Jenny, Mariiiiiie, luffynette.
Rendez-vous au prochain chapitre !;)
